GuppY, le CMS de référence sans base de données

 
Recherche

telecharger01.png

Texte à méditer :  N'oubliez pas d'installer un htaccess pour protéger l'accès à la zone d'administration de GuppY   
Vous êtes ici :   Accueil » Exemples de RSS - April
 
Prévisualiser...  Imprimer...  Imprimer la page...
Le CMS GuppY
Texte animé

GuppY 5.01

HTML 5
CSS 3
jQuery
UTF-8

GuppY 5.01

Boites illimitées
Menus déroulants
Fonction Installation
Fonction Sauvegarde

GuppY 5.01

Import documents
Gestion de la sécurité
Réécriture d'adresses
Nouveautés du site

GuppY 5.01

Centre d' Aide
Aide en ligne
GuppYLand
GuppYEd

GuppY 5.01

guppy_love.png

Calendrier
Exemples de RSS - April
Les associations du Libre, un combat quotidien -OWF 2014  Voir?


photo des intervenants

Titre : Les associations du Libre, un combat quotidien.
Intervenants : Thierry Noisette, François Élie, Jeanne Tadeusz, Tangui Morlier, Pierre-Yves Gosset, Laurent Seguin, Tristan Nitot, Nicolas Vérité.
Lieu : Open World Forum 2014
Date : Octobre 2014
Durée : 34 min 36
Lien vers la vidéo

Transcription

Présentateur : Pour conclure cette journée d’interventions et avant la ''Student Demo Cup'' de tout à l'heure, j'invite à me rejoindre sur scène Thierry Noisette qui va animer cette table ronde. J'invite également à me rejoindre sur scène Patrice Bertrand, Tristan Nitot, Pierre-Yves Gosset, Jeanne Tadeusz, François Élie, Laurent Seguin et Nicolas Vérité. Ça fait du monde.

Thierry Noisette : Bonsoir. Merci pour ceux qui sont encore là après cette longue journée. On va parler non plus business, non plus technologie, mais aussi le monde du Libre ça n'est pas que ses aspects d'affaires ou ses affaires de technique, c'est aussi une question d'engagement, une question de militantisme, il faut bien dire, avec certaines associations. Et ce soir nous avons, je crois, on peut dire, la crème de la crème des associations libristes françaises qui vont nous parler de leurs actions, de leur vision, de ce qui a été fait et de ce qui reste à faire, chacun dans leur domaine d'action spécifique. Alors, comme on est extrêmement nombreux, comme vous pouvez le voir, pour un temps en théorie très court, trente à quarante minutes, on va avoir d'abord quatre interventions de cinq minutes, à peu près chacun maximum, s'il vous plaît, et ensuite on sera dans un question-réponses. Je ne suis pas sûr, excusez-moi mais s'il est possible d'avoir un peu moins de lumière sur la scène parce qu'on ne voit absolument pas la salle, s'il est possible, peut-être, d'avoir quelques questions de la salle et sinon, entre nous, je pense qu'on aura matière à discuter, sachant qu'on doit rendre l'antenne dans, je vais dire, environ quarante minutes. C'est extrêmement court. On va commencer par parler collectivités territoriales et administrations avec François Élie pour l'Adullact.

François Élie : Bonjour à tous. Je vais présenter l'Adullact en deux mots : c'est l'Association des Développeurs et Utilisateurs de Logiciels Libres pour les Administrations et les Collectivités Territoriales. Il a été question tout à l'heure de la circulaire Ayrault de septembre 2012, nous, la circulaire nous mentionne comme mutualisant pour les collectivités depuis, eh bien simplement dix ans. Ça fait dix ans qu'on dit qu'il ne faut pas simplement utiliser le Logiciel Libre, mais le développer, et le développer sur fonds publics, sur les segments métiers pour épargner l'argent public qui ne doit payer qu'une fois. Et ça tombe bien le Logiciel Libre, une fois qu'il a été payé, il est gratuit, enfin, du moins on n'a plus qu'à payer le service. Alors cette idée de développer, on l'a mise en œuvre pour les collectivités de manière relativement discrète. Les choses avancent bien. Je trouve qu'on a de beaux jours devant nous puisque quand on est pauvre on devient intelligent et, apparemment, on devient de plus en plus intelligent. Deuxième chose à dire, simplement pour se projeter, quel écosystème me semble le plus vertueux ? Je rêve d'un monde où les clients, avant de réfléchir à leurs besoins, réfléchissent en se demandant « qui a les mêmes besoins que moi pour mutualiser et se coaliser ? », pour faire le club utilisateurs avant que la solution n'existe. Et je rêve d'un monde où les faiseurs, où les producteurs, où les intégrateurs, soient moins frileux devant la concurrence et soient un peu moins propriétaires de leur Libre. Et, pour terminer parce qu’il faut faire très court, j'ai deux inquiétudes : dans ce monde il y a beaucoup trop de travail non payé. Il y a des gens qui sont des contributeurs et la rétribution ne va pas toujours aux contributeurs, suivez mon regard. Il y a une lutte entre Open Source et Logiciel Libre, ça recouvre un petit peu ce genre de choses. Et puis la deuxième inquiétude, elle est sur le modèle économique. Le code produit beaucoup de service, le service produit très très peu de code. Merci.

Applaudissements

Thierry Noisette : Merci François, c'est magnifique, cinq minutes sont devenues deux. Je crois qu'on va tenir cette table ronde. Quand on dit associatif et on dit militantisme, on pense forcément à l'association qui peut-être est la plus politique, me semble t-il, d'entre vous toutes, militante de longue date, à savoir l'April et, illustration de la diversité dans le Libre, l'unique femme et on a failli ne pas en avoir du tout. Donc merci Jeanne Tadeusz de prendre la parole pour l'April et de nous exposer quelle est la vision de l'April et ses récents grands chantiers.

Jeanne Tadeusz : Merci. Je vais rester aussi dans le très court autant que possible. On dit quatre minutes donc c'est parfait. Alors qu'est-ce qu'on a appris ces derniers temps ? On a eu notamment les révélations Snowden, on a eu un certain nombre de scandales qui nous ont mis en évidence l'importance de reprendre en main et de reprendre le contrôle, ce qui est d'ailleurs le thème de cet Open World Forum, reprendre le contrôle sur son informatique. Reprendre le contrôle c'est, tout d’abord, savoir quels sont les logiciels qu'on utilise, savoir ce que font les logiciels qu'on utilise. Donc c'est utiliser du Logiciel Libre, utiliser en priorité du Logiciel Libre. C'est quelque chose qui est valide tant pour les administrations, pour le politique, que pour les citoyens. Pour les politiques, pour les administrations, donner la priorité au Logiciel Libre, c'est ce qu'ils ont fini par faire après de nombreuses batailles législatives, au moins pour l'enseignement supérieur et la recherche en 2013, quand ils ont choisi, dans la loi, de donner la priorité au Logiciel Libre pour le service public de l’enseignement supérieur. Donc là on voit des progrès, effectivement, qui sont réjouissants, qui ont été finalement une victoire après des combats qu'on mène, nous, depuis dix-huit ans maintenant ; donc un premier début, maintenant on n'est encore que sur l'enseignement supérieur et la recherche. Le travail ça va être, aujourd'hui, de donner la priorité au Logiciel libre dans toutes les administrations partout en politique. On voit que c'est possible. On voit que pour la gendarmerie ça fonctionne, pourquoi pas pour les autres ? Mais aussi donner la priorité au Logiciel Libre c'est quelque chose qui nous implique tous en tant que citoyens, en tant qu'individus, et donner la priorité au Logiciel Libre dans nos choix techniques personnels, pour maintenir la propriété de ses données, maintenir la propriété de sa propre informatique. Ça passe par des actions notamment de sensibilisation, ce qu'on cherche à faire par exemple en éditant des guides comme le catalogue du Libre ou le Guide Libre Association. En tout cas, le combat continue, il progresse. C'est sûr qu'on a vu des évolutions là-dessus, mais aujourd'hui il reste crucial de prendre déjà tous conscience de l'importance de donner la priorité au Logiciel Libre dans tous nos choix techniques, et aussi de le faire donc à la fois au niveau individuel et collectif.

Applaudissements

Thierry Noisette : Merci. Je pense aussi. En fait, on s'est tous parlé un peu avant cette table ronde et je pense que j'ai tellement insisté sur les cinq minutes chacun que je vous ai tous traumatisés. Je vois que vous êtes tous à du deux, trois minutes, c'est formidable. On parlait de rapport avec les politiques et de pression. Parfois cette pression peut passer sur les politiques en tant que tels, et on a beaucoup parlé, depuis notamment l’affaire Cahuzac, de transparence des hommes politiques, enfin des personnages politiques, puisqu’il y a aussi quelques femmes. C'est parfois un peu à contrecœur qu'ils acceptent d'ouvrir leurs données. Quand on parle d'open data c'est parfois sous forme de documents relativement inexploitables et c'est là qu'intervient une association comme Regards Citoyens. Tangui Morlier qui, par ailleurs, est un ancien de l'April, donc on reste dans ce petit monde du Libre mais avec différentes facettes, un même combat : Regards Citoyens, quelles actions et quels objectifs pour les prochains mois ?

Tangui Morlier : Alors, oui effectivement, j’ai été très investi à l'April et il me semble que quand on s’investit dans le Logiciel Libre on a une valeur en commun. C'est d'ailleurs ce que dit Stallman, il reprend les valeurs de la République et on a la démocratie comme une valeur importante. Donc, assez naturellement, on s'est penché sur le fonctionnement démocratique et particulièrement le Parlement, donc on a créé nosdéputés.fr. Et on s'est aperçu que la démocratie, si elle fonctionnait très bien avec du papier, on a le Journal Officiel tous les jours, on peut accéder au code de lois, etc., à l'heure du numérique, il y avait quelques petits freins. Il y avait des freins qu'en tant que libristes, on utilise des outils comme Git qui nous permettent très facilement de savoir qui est à l'origine d'un bug. Lorsqu’on a un bug dans un projet de loi, eh bien on a beaucoup de difficultés à savoir qui en est à l'origine.

Donc on a créé un certain nombre d'outils, je parlais de nosdéputés.fr. On a la même chose pour les sénateurs. On a récemment créé un site qui s'appelle « la Fabrique de la Loi » qui essaye de mieux vulgariser le processus parlementaire. Et on s'est amusé à faire un petit rêve personnel qui est de mettre les projets de loi dans Git pour essayer de savoir quel parlementaire est à l'origine de telle disposition, et donc de mieux comprendre comment la loi est construite, et donc c'est le projet ''Git Law'' qu'on a rendu public au printemps dernier. Il se trouve qu'avec cette expertise et du numérique et de notre capacité à traiter de l'information et créer des outils qui soient utiles pour tous les citoyens et pas seulement pour le geeks comme nous, eh bien on nous a demandé notre avis. Et on nous a demandé effectivement notre avis sur le projet de loi Cahuzac. On a commencé à faire du lobbying et on assume totalement le fait de faire du lobbying parce qu'on ne peut pas interdire le lobbying. Donc, pour contrer le lobbying des GAFAM que, par exemple Framasoft essaye d’amoindrir, eh bien il faut que plus de citoyens fassent du lobbying et plus de citoyens utilisent des outils pour parler à leurs représentants.

Donc voilà, on a suivi le projet de loi Cahuzac et on a réussi, de haute lutte, à obtenir l'open data sur les déclarations d’intérêt, ce qui nous semblait extrêmement important pour pouvoir juger de la pertinence des prises de position de nos élus. Il se trouve que ça été compliqué de convaincre les parlementaires, on y a réussi. Il y a eu une petite bagarre interne, parce que la CNIL n’était pas très fan de l'open data, donc elle avait essayé de mettre des bâtons dans les roues du gouvernement qui a, heureusement, gardé le cap. Et il se trouve que pour des raisons techniques, effectivement, comme ce sont des documents juridiques, il fallait qu'il y ait la signature du parlementaire, et donc ils ont libéré ces données, sous la forme, malheureusement, pas de données mais de documents, des PDF, écrits de manière manuscrite, et donc en gros, eh bien c’était totalement inexploitable et on ne pouvait pas vraiment faire d’analyse sur combien gagnent, en plus de leur rémunération de parlementaire, les parlementaires, etc. Donc on a fait une application de crowdsourcing, qui est un logiciel Libre, où on a appelé les citoyens à numériser ces informations pour nous aider à mettre en application ce que voulait le législateur, c'est-à-dire avoir de l'open data sur ces déclarations d’intérêt. Et grâce à huit mille personnes on a réussi à atteindre cet objectif-là. Donc voilà une des petites expériences. Il se trouve que, grâce à Mozilla, la semaine prochaine, on fête chez eux nos cinq ans pour remercier toutes ces personnes qui nous ont aidé durant nos cinq ans.

Thierry Noisette : Si j'ai bonne mémoire, en plus, cette opération de crowdsourcing a été menée à une vitesse extraordinaire !

Tangui Morlier : En moins d'une semaine, effectivement, on a réussi à récupérer 90 %, et puis après, eh bien, il a fallu faire appel à des pharmaciens, des graphologues, pour essayer de bien décrypter les quelques déclarations d’intérêt qui étaient vraiment très compliquées.

Thierry Noisette : C'était une grande opération de graphologie. Il faut reconnaître que certains députés ou sénateurs…

Tangui Morlier : Non. Alors étonnamment, il se trouve qu'on été contacté. Sans doute la première réutilisation, en plus des réutilisations médiatiques que vous avez pu voir sur Médiapart ou sur Le Monde, ça va être par un projet de recherche qui essaye de faire de l'OCR sur des documents calligraphiés, et il se trouve que comme là il y avait mille écritures différentes de parlementaires, ils vont réutiliser les données qui ont été numérisées pour essayer de voir si leur logiciel d'OCR fonctionne correctement. Donc, c'est quelque chose qu'on n'imaginait pas du tout, une externalité positive de cette initiative.

Thierry Noisette : Merci. Et je vais maintenant passer la parole à Laurent Seguin, pour l'AFUL, qui va nous parler, si je ne m'abuse, liberté et responsabilité.

Laurent Seguin : Bonsoir à tous. Deux petits mots rapides sur l'AFUL. L'AFUL est l'Association Francophone des Utilisateurs de Logiciels Libres, mais pas que de logiciels, puisqu'on s'occupe aussi des ressources de contenus pédagogiques, etc. Comme on est à l'Open World Forum, je vais faire un petit focus sur le U de AFUL : c'est Utilisateurs. En 2011, l'AFUL a décidé de se tourner vers les clients de l'open source et du Logiciel Libre et donc d'aller voir des entreprises qui ne sont pas éditeurs, qui ne sont pas sociétés de service, qui ne sont pas du tout numériques, pour leur dire vous devez utiliser du Logiciel Libre et on va vous expliquer quoi, pourquoi et comment. Donc, tout ça ça a été un dossier de trois ans, avec, je ne vous cache pas, de grosses déceptions parfois, des joies, un gros travail de tête-à-tête parce que ce sont des choses, chaque dossier est unique et chaque personne a ses réactions.

Il y a une petite histoire que je voudrais partager avec vous, c'est un DSI d'un grand groupe français du CAC 40. Pendant très longtemps, je lui ai expliqué qu'il fallait qu'il achète du Logiciel Libre, que ce serait bien que s'il prenait du Logiciel Libre, et puis, tiens tu as pensé à prendre du Logiciel Libre ? Voilà, chaque fois que je le voyais je n’arrêtais pas de l’embêter. Un jour, il me dit : « Bon, eh bien c'est bon, j'en ai acheté et je n'ai pas vu la différence ». Et là je me suis posé la question, je me suis dit « comment ça se fait que tu n'aies pas vu la différence ? Normalement, avec tout ce que j'ai expliqué sur le pourquoi le Libre c'est le mieux, tu dois comprendre pourquoi il y a une différence. » Et il me dit : « Eh bien non, ça coûte aussi cher, ce sont quasiment les mêmes prestataires et tout ça ». Donc je suis allé voir chez lui ce qu'il se passait. En fait, il s'était fait vendre du logiciel par des gens qui se disent du mouvement open source et qui lui ont donné du logiciel qu'on appelle ''open core''. Donc, en fait, il y a bien une version libre, communautaire, que tout le monde peut utiliser. Mais seulement, la version qui est donnée au client, c'est une version qui n'est pas libre. Donc du coup, nos clients commencent à être perdus vis-à-vis des valeurs qu'on promeut.

C'est pour ça que j'aime bien dire on peut produire en open source mais on doit utiliser du Logiciel Libre parce que, à partir du moment où on a un client et qu'on fait le choix du Logiciel Libre, on va rajouter des critères supplémentaires à ses critères de choix. Et surtout, ce que je voudrais casser, c'est cette vision qu'ont les grands clients, qui est de voir les solutions en open source et libres comme étant une solution ''low cost'' parce que juste ils n'ont pas les moyens de s'acheter la solution dont ils ont envie. On n'en est pas encore arrivé au stade où j’adorerais qui est on paye plus cher parce c'est libre. C'est un des gros chantiers sur lesquels l'AFUL travaille parce que les valeurs qui ont été initiées il y a trente ans sur le Libre et sur pourquoi il faut utiliser du Logiciel Libre, que ce soit à titre personnel, mais également dans sa structure, dans son entreprise, commencent à se perdre parce qu'il y a des acteurs qui font croire qu'ils sont open source alors qu'ils livrent du logiciel totalement fermé.

Applaudissements

Thierry Noisette : Est-ce qu'on peut dire que c'est un équivalent entre le Logiciel Libre et la réalité de ce qu'on voit dans l'écologie, des marques qui se disent toutes vertes et qui en fait sont d'abominables pollueurs ?

Laurent Seguin : Non, c'est un peu différent parce qu'ils font vraiment du Libre, et c'est pour ça que je ne veux pas attaquer ces acteurs-là parce que, mine de rien, ils contribuent quand même à la base de code global et donc c'est anti-productif d'aller dire « Ah toi ce n'est pas bien, toi c'est mal ! » Non. Moi, ce que je préfère c'est dire « Eux, c'est vachement bien ce qu'ils font, achetez-en ». Et si vous voulez un exemple de fournisseurs de Libre, il y a un stand A7, là juste au-dessus, vous allez les voir, il y a six entreprises, ces entreprises-là ont un business modèle qui est de « je ne donne que du Logiciel Libre à mes clients ».

Thierry Noisette : Juste un petit mot peut-être sur LinuxFr, parce que Nicolas Vérité est avec nous à ce titre. LinuxFr, je crois, a seize ans, c'est ça ? Ça a été lancé en 98 ; c'est avec l'April, je crois, parmi les grands ancêtres ici et, d'un point de vue journalistique, c'est un peu wiki-news du Logiciel Libre puisque, pratiquement tous les jours, c'est plein d'infos, d'actualités technos et d'actualités associatives. Quand on parle Libre, on parle associations, on parle groupes d'utilisateurs locaux, est-ce qu'on n'a pas un peu une vue d'ensemble, puisque finalement la plupart des communautés parlent à un moment ou à un autre via linuxfr ? Et aujourd'hui, qu'est-ce que représente l'activité, c'est-à-dire seize ans après ? Est-ce que ça continue ? Les contributeurs arrivent à se, comment dirais-je, à se maintenir parce qu'on parle de contributeurs bénévoles, c'est ce qui est impressionnant pour la quantité de nouvelles extraordinaire et la modération ? On en a parlé au téléphone, je ne sais pas si parmi vous beaucoup lisent tous les commentaires, ils sont souvent nombreux. Il se trouve que les commentaires se tiennent relativement, il y a un peu de trolls, dans le Libre en général ça se fait, mais par rapport à ce que je vois en presse classique, en tout cas, ça reste d'assez bonne tenue, me semble t-il.

Nicolas Vérité : Oui, tout à fait. Avant de commencer à répondre, je voudrais savoir qui dans la salle ne connaît pas LinuxFr ? Je vois. Qui ne connaît pas ? Il y en a trois. C'est bien. Quatre, une dizaine, je n'en ai pas vu une dizaine. Bon, ça commence à troller. Oui, LinuxFr dans ce qu'on fait depuis toutes ces années, on le fait plutôt pas mal, en tout cas les communautés du Libre s'en sont rendu compte et sont toujours présentes. Ça se voit dans les contributions, dans les news et aussi bien dans les commentaires. Effectivement, on a petit système de karma, de points, qui nous permettent de lire, de filtrer les commentaires, qui fait que, en fait, on peut faire fi de tout ce qui est troll. Donc, on a des news de qualité qui sont revues par une équipe de modération et un système de commentaires, de qualité, qui est alimenté par une communauté qui est, effectivement, d'un très bon niveau. Ce qu'on a, et ce qui est nouveau, relativement, depuis quelques mois peut-être même quelques années, on a un système de rédaction collaborative et c'est là-dessus qu'on essaye de mettre l’accent ces temps-ci. Ce système permet à n'importe qui qui crée un compte sur LinuxFr, de poster une news. Tout simplement comment ça s’organise : on a un petit chat, on a une liste d'articles, on a un petit bouton créer un article ; si vous cliquez sur ce petit bouton l’article tombe dans la liste et tous les gens qui passent par là peuvent y contribuer. Donc lire, poster un commentaire sur la news en rédaction, dire « il y a une faute d'orthographe ici ». On peut lui répondre « eh bien vas-y, va la corriger ! », ou bien il manque telle information ou alors elle n'est pas bien présentée, en tout cas ce n'est pas très libriste ''compliant''. Donc, avec toute cette communauté qui passe, on arrive à faire des articles de qualité comme sur Wikipédia. Donc, c'est de l'article de news qui peut mettre un jour, une heure ou trois semaines.

Donc, notre défi aujourd'hui, effectivement, c'est de faire connaître cet espace de rédaction collaborative. On a, comme vous l'avez souligné, toutes les associations du Libre qui nous connaissent déjà, qui nous passent déjà beaucoup d’informations. Merci, merci à vous, vous êtes déjà dans la salle. En revanche, ce qu'on a moins, ce sont les entreprises, les administrations, les collectivités. Ça les gens sont un petit peu plus frileux. On a eu des expériences 100 % positives là-dessus. On a eu des entreprises qui sont venues, qui nous ont posté des news et ça ressemblait à des communiqués de presse, des « PR » Public Relation, NdT. Donc, le format, je ne sais pas si vous le connaissez, le but c'est de vanter le produit et de vanter l'entreprise. On n’aime pas du tout ça dans le Libre, en tout cas dans la communauté. En fait, ce qu'on essaye de faire, c'est de transformer la news en disant : « Le produit, c'est quoi ? Il fait quoi ? Ça rentre dans quelle catégorie ? Il est écrit en quel langage ? Quelle est sa licence ? Où est le code source ? Comment est-ce qu'on peut l'installer ? » Etc. Et là, ça génère du débat, ça génère des clics, puisque les gens visitent le site. L'info est disséminée via des lecteurs RSS et puis, aussi, désolé, sur Twitter. Donc moi, je vous encourage, les chercheurs, les administrations, les entreprises, à venir sur LinuxFr, à poster vos news dans l'espace de rédaction collaborative et on va vous aider. On va vous aider avec des gens que vous ne connaissez pas forcément, qu'on ne connaît pas forcément, et qui passent par là et qui ont envie d'aider, comme sur Wikipédia. Et avec ça, on va augmenter notre volume de news, vous allez augmenter votre visibilité, et je pense qu'on peut avoir beaucoup de fun tous ensemble là-dessus.

Thierry Noisette : Merci Nicolas. J'espère que cet appel.

Nicolas Vérité : On m'a posé une question c'est quoi l'URL ? LinuxFr.org

Public : Slash rédaction.

Nicolas Vérité : Slash rédaction.

Thierry Noisette : Juste une question pour Tristan. J'entendais Tangui tout à l'heure qui mentionnait que dans quelques jours il y a une petite fiesta pour les cinq ans de Regards Citoyens. Il me semble que dans les hauts lieux du numérique à Paris, tout le monde connaît le Numa qui a pris le relais de La Cantine, il y a quelques endroits, je vois souvent passer des choses qui se passent boulevard Montmartre dans un très beau bâtiment. On connaît beaucoup Mozilla comme éditeur, comme le navigateur, l'OS mobile, etc., mais Mozilla est très actif, me semble t-il, entre autres, grâce à ce somptueux siège, dans la vie des associations ou avec les associations. Tristan, tu peux nous dire un petit mot sur comment ça s'insère dans cet écosystème associatif du Libre français ?

Tristan Nitot : C'est très juste puisqu’on a des grands locaux boulevard Montmartre, à côté de l'ancienne Cantine justement, donc en plein centre de Paris, c'est bien desservi, l'Opéra, etc. Et on les a choisis parce qu'on veut avoir des contributeurs, des bénévoles qui viennent nous voir, qui viennent nous aider, donner un coup de main, déboguer, etc., et ils le font plus facilement, évidemment, si c'est un endroit qui est bien desservi, et si après ils peuvent se faire un cinéma, un resto, un théâtre. Donc, c'est pour ça qu'on a choisi le quartier. Et puis c'est aussi une façon pour nous de rendre à la communauté du Libre ce qu'elle nous a donné puisque évidemment, Firefox n'aurait pas eu le succès qu'il a connu, les centaines de millions d'utilisateurs, s'il n'y avait pas eu tous les bénévoles, si la toute la communauté du Libre ne s'y était pas mise en 2004, il y a dix ans déjà, pour propulser Firefox sur le devant de la scène. Donc, c'est une façon de contribuer et c'est une façon de mutualiser aussi, mais là on ne mutualise pas des électrons, on mutualise un espace qui est celui de Mozilla, puisque, eh bien, déjà on paye un loyer pour l'utilisation propre de nos locaux, cette salle des fêtes qui, effectivement, est magnifique et autant la mutualiser et la mettre à disposition d'autres projets du Logiciel Libre, parce que plus le Logiciel Libre fonctionne, plus il attire des gens, finalement plus ça nous est bénéfique à nous Mozilla, donc on n'hésite pas à le faire. On a reçu récemment Framasoft à plusieurs reprises. Donc, ça va être Regards Citoyens bientôt et à peu près tout le monde, l'April, l'AFUL. Si vous êtes une association, que vous avez besoin, passez-moi un petit coup de fil ou envoyez-moi un mél, ça sera avec beaucoup de plaisir qu'on regardera comment on peut vous aider de ce point de vue là.

Thierry Noisette : Merci. On pourrait avoir l'impression et surtout démentons-la, que le Libre est un petit monde au sens un peu endogamique de la chose, mais on touche aussi plus largement, enfin je pense, au-delà des seuls convaincus, des seuls associatifs de longue date, il me semble que depuis un an et demi, au niveau vraiment du grand public, même les plus paranos, on ne pouvait peut-être pas imaginer l'ampleur des révélations qu'on a eues avec la cascade de documents sortis à la suite du travail d'Edward Snowden et des journalistes comme Glenn Greenwald, qui ont relayé ces documents, montrant qu'il n'y avait pas grand-chose de ce qui se passait en ligne qui échappait aux griffes des principaux acteurs et à travers eux des services secrets. Est-ce que les uns les autres, alors la question vaut peut-être particulièrement pour Framasoft avec la campagne en cours « dégoogleliser l'Internet ». Je crois que chacun, dans vos différentes associations, vous avez peut-être pu y être confrontés, qu'est-ce que ça a changé et dans quelle mesure le discours libriste, peut-être que les gens sont plus réceptifs, et sous quel angle ? Est-ce que c'est le côté sécurité ? Est-ce que c'est le côté économique ? Qu'est-ce qui a changé ou éventuellement pas changé, malheureusement, suite aux révélations Snowden ?

Pierre-Yves Gosset : Je vais prendre la parole, je vais essayer de faire court comme ça les autres pourront répondre aussi. Pour Framasoft, en fait, il faut juste que je fasse un rapide historique. Framasoft c'est « français et mathématiques » au départ. Donc, on est une association issue du milieu de l’éducation et de l'éducation populaire. Ce qui, pour nous, a changé, nous on n'est pas du tout des développeurs. Ce qui nous semblait intéressant, c'était les valeurs, non seulement techniques du Logiciel Libre, mais surtout les valeurs éthiques et sociales, et donc au départ on a commencé à parler du Logiciel Libre, avec Framasoft qui est un annuaire de logiciels, un peu les pages jaunes du Logiciel Libre. Mais derrière, on est passé ensuite à la culture Libre, qui nous portait aussi ses valeurs éthiques et sociales qui nous paraissaient intéressantes. L'exemple type de la culture Libre dont nous on se sert pour s'adresser au grand public, typiquement c'est Wikipédia. Et, pour en revenir à la question de l'évolution, on voit bien qu’aujourd’hui l'usage de l'informatique change. L’accès, les terminaux avec lesquels on accède aux informations, changent aussi et on s'est aperçu que de plus en plus de gens utilisaient des services en ligne, et que ces services en ligne étaient un petit peu le pétrole de demain pour certaines entreprises. Et c'est vrai que la situation est un peu particulière parce que j'ai un peu l'impression d’être un imposteur, dans le sens où, finalement, tout le discours sur la sensibilisation qu'il y a autour de l'importance prise par ces acteurs, nous, elle nous a été complètement insufflée par toutes les autres associations qui sont autour de moi aujourd'hui et c'est juste que voilà.

Nous on a lancé une campagne qui s’appelle « Dégooglelisons internet », sur le site degooglisons-internet.org, qui vise à sensibiliser le grand public aux dangers qu'il y a à laisser ces grands acteurs, typiquement ce qu'on appelle GAFAM, donc Google, Apple, Amazon, Facebook, Microsoft, à prendre le contrôle d'Internet. Et donc, comment est-ce qu'on reprend le contrôle ? Eh bien justement, en utilisant une infrastructure Libre et des logiciels libres et des données interopérables. Ce qui est un peu paradoxal, c'est que, finalement, nous, on se retrouve à lancer une campagne, c'est la société civile qui, quelque part, nous on est sous forme associative, et c'est la société civile qui met en garde les citoyens là-dessus. Moi, ça m'aurait paru plus logique que ça soit à un niveau légèrement plus élevé que le nôtre, parce que, comme je le disais, nous, tout à l'heure, on a petit peu l'impression d'attaquer l’Himalaya par la face nord en tongs, peut-être fourrées grâce au Logiciel Libre, mais ce sont des tongs quand même. On ne souhaite pas s’attaquer à Google, mais on souhaite quand même informer le public, donc sensibiliser, et puis mettre en place des outils, derrière, qui montrent que le Logiciel Libre est une réponse aux attaques, enfin à cette colonisation, cette vassalisation aujourd'hui des géants de l'Internet. Voilà. Donc, on a lancé cette campagne il y a maintenant trois semaines, donc c'est encore tout frais. Maintenant, je rebondis peut-être sur une question, sur les modèles économiques dont parlait François Élie au départ. Pour faire ça, évidemment, comme toutes les associations autour de moi, on a besoin d'argent et c'est vrai que se pose la question du financement de telles actions et des contributions que vous pouvez y apporter, pas forcément en aidant Framasoft. Tout à l'heure dans ma keynote, je disais « Contribuez au Logiciel Libre, parce que si vous contribuez à Etherpad, on fera du meilleur Framapad, etc. » Voilà.

Thierry Noisette : Merci. Si d'autres veulent prendre la parole, je vais juste leur demander de faire super court parce qu'on nous a dit dans l'oreillette qu'il allait falloir rendre le micro pour une courte pause ensuite. Donc vous allez être très court. Merci.

François Élie : Quelques courtes remarques. Ça rejoint la question du Libre sur la question de la sécurité. Il y a des forts arguments qui préfèrent la sécurité ouverte à la sécurité fermée, mais c'est toujours de la sécurité. Après la question, c'est ce qu'on fait avec. Il y a une chose qui devrait nous inquiéter, il faut peut-être éviter les discours angélistes. J'entendais, à propos de Snowden, qu'il faudrait interdire le renseignement, il y en aura toujours, il sera secret, simplement, un peu plus secret. Donc, arrêtons le discours qui voudrait qu'on interdise le renseignement, il y en aura toujours. La question qui devrait nous inquiéter c'est ce que sont maintenant des entreprises qui sont plus puissantes que des États et c'est ça, à mon avis, le plus inquiétant. Ce n'est pas tant que les politiques nous espionnent, ça ils le font depuis toujours, c'est qu'il n'y a pas que les politiques qui nous espionnent. Ça, ça devrait nous inquiéter beaucoup plus.

Laurent Seguin : Pour répondre à ta question qu'est-ce que ça a changé les révélations de Snowden, comme tu sais, je ne vois pas mal les grandes entreprises françaises, puisque je fais du porte-à-porte, ce n'est pas parce qu'elles m'invitent, enfin certaines si quand même, ça n'a rien changé, absolument rien changé. Il y a juste un truc qui a changé, c'est quand je dis le Logiciel Libre ne vous fera pas de mal, parce qu'il ne va pas contenir une bombe logique, parce qu'il ne va pas contenir un ver, parce que etc., et que je dis qu'avec un logiciel qui n'est pas libre vous devez avoir le doute, c'est votre devoir d'avoir un doute s'il y a une bombe logique ou autre, maintenant on ne me prend plus pour un hurluberlu, maintenant on a des preuves. Voilà. C'est la seule chose que ça a changé. Après, sur l'initiative de Framasoft « Dégooglelisons internet », c'est extrêmement important, c'est extrêmement majeur, je tiens à le dire. Et surtout, enfin, il y a quelques semaines Framasoft a ouvert Framasphère qui est une instance de Diaspora, c'est génial. Donc, nous citoyens, on peut y aller. Par contre, vous, organisations, n'allez pas sur Framasphère, n’allez pas sur Diaspora.fr. Installez-vous le logiciel dans votre organisation, et c'est ça qu'il faut faire en fait. Framasoft ouvre la voie. En fait, chaque organisation doit installer la même chose que Framasoft. Si Framasoft y arrive, n'importe quelle organisation y arrive. Et Framasoft vous expliquera et vous donnera tous les fichiers de conf pour le faire. Quand on est un grand groupe du CAC 40, on sait s'installer Diaspora, ce n'est pas compliqué. Voilà. Donc il y a cet aspect d'utiliser, il y a aussi l'aspect de contribuer, donc il y a, oui, donner de l'argent à Framasoft pour que eux financent pour leurs propres besoins. Mais si vous êtes une grande entreprise, une grande administration, une collectivité et que vous utilisiez ce logiciel-là, vous aussi vous pouvez contribuer, vous aussi vous pouvez payer, peut-être l'éditeur ou une société de services pour mettre les fonctionnalités qui vous manquent et ça bénéficiera à tout le monde. Merci.

Thierry Noisette : Merci Laurent Seguin.

Tristan Nitot : Je veux juste rajouter, 15 secondes. S'il y a des entrepreneurs dans la salle, montez un business, ce genre de choses, par exemple du Framadate, ou l'équivalent de Framadate ou du Framapad ou autre. Il y a du pognon à faire et ça sera toujours plus décentralisé, et en plus, vous pourrez gagner votre vie à l'occasion. Voilà.

Thierry Noisette : C'est un bel enchaînement de synthèse.

Jeanne Tadeusz : Oui et juste pour conclure pareil.

Thierry Noisette : Non.

Jeanne Tadeusz : En trente secondes, très rapidement, la conclusion était magnifique, je te l'accorde. Non, non, très rapidement, et juste pour appuyer ce que vient de dire Laurent, effectivement il y a encore deux ans, trois ans, on nous traitait de parano quand on parlait. Je pense qu'on a tous été choqués par l'ampleur finalement des révélations. Même nous, pourtant on est impliqués là-dedans, on ne pensait pas que ça pouvait aller jusque là. Aujourd'hui, on le sait. Je pense que ça n'a pas forcément changé grand-chose encore dans le concret, parce que dans les grandes organisations, le changement c'est long. Par contre, il y a de plus en plus de prise de conscience chez certains acteurs, mais pas chez tous encore, malheureusement. Je pense notamment au Ministère de la Défense qui a un dossier qu'on suit quand même depuis longtemps, où Microsoft est vraiment très investi dans la place et où, finalement, on a une perte complète de contrôle de la part d'un ministère pourtant aussi régalien, aussi important que la défense sur sa propre informatique et la nécessité d’arrêter de se mettre la tête dans le sable en se disant que, finalement, ce n'est pas si grave que ça et que les solutions qu'on nous propose, qu'on ne maîtrise plus, clefs en main, eh bien c'est commode, et on va continuer à faire pareil. Il y a vraiment un travail à faire de prise de conscience du fait que, parfois, on va devoir passer par des solutions plus complexes, mais c'est le prix de notre liberté. Et ça vaut pour les organisations, les administrations et aussi individuellement ; le nombre de personnes qui, encore aujourd’hui, utilisent des téléphones propriétaires par exemple, alors même, on le sait bien, que les données confidentielles qui sont dessus, eh bien elles ne le sont pas. Elles sont stockées dans les serveurs des services qu'on utilise.

Thierry Noisette : Très bien. Merci Jeanne pour ce mot de la fin. Je suis désolé, mais cette table ronde avait un temps extrêmement court !

... / ... Lire la suite

(14/08/2015 @ 23:13)

PLFR pour 2014 - Amendement 290  Voir?


photo Isabelle Attard

Titre : PLFR pour 2014 - Amendement 290
Intervenants : Isabelle Attard - Rapporteure générale - Christian Eckert, Secrétaire d'État au Budget
Lieu : Assemblée Nationale
Date : 5 décembre 2014
Durée : quelques minutes
Lien vers la vidéo => amendements 259 à 501 à partir de 1 min 35

Transcription

Président : Le 290, madame Attard.

Isabelle Attard : Monsieur le Président, monsieur le Ministre et madame la Rapporteure générale, notre amendement 290 répond simultanément à trois problèmes majeurs du marché du livre numérique. Chacun de ces problèmes est suffisamment sérieux pour justifier l'adoption de cet amendement.

Le marché du livre numérique en France est prisonnier d'opérateurs étrangers, Amazon avec Kindle, Apple avec Itunes et Google avec Google Play Books. Leurs clients croient acheter des livres numériques. C'est faux. Leurs clients souscrivent une licence de lecture extrêmement limitée. Si le client change de système de lecture, il ne peut plus accéder au livre qu'il croit avoir acheté. La solution s'appelle l'interopérabilité. Acheter un livre numérique doit donner accès à ce livre sur n’importe quel appareil, sans limitation. J'ai entendu effectivement beaucoup de discours en faveur de l’interopérabilité, il est temps aujourd'hui de passer aux actes.

Je vous propose de restreindre la TVA réduite aux ventes de vrais livres numériques, donc aux fichiers fournis sans verrou logiciel, sans DRM. Nous réglerions par la même occasion trois problèmes. Premièrement nous favoriserons les petits éditeurs et vendeurs qui optent pour des systèmes ouverts et nous leur donnerons les moyens de lutter à armes égales contre les systèmes fermés des multinationales. Si Hachette a tant souffert de son conflit avec Amazon, c'est qu'il n'est pas en position de se retirer. L'interopérabilité est une condition importante de limitation des monopoles. À ce titre l'éditeur français Bragelonne, leader français du livre numérique, qui n'applique aucun verrou logiciel à ses fichiers, n'a pas de problème.

Deuxièmement, nous inciterons au respect des lecteurs. Il n'est pas normal que l'on puisse vous priver des livres que vous avez achetés, par exemple si vous souhaitez changer de matériel. Et enfin, troisièmement, et ce n'est pas le moindre, nous offrirons un compromis acceptable à la procédure engagée par la Commission européenne contre la France. La Commission européenne prétend que les livres numériques ne sont pas des livres mais des services, ce qui impliquerait un taux de TVA normal à 20 %. La Commission a raison mais seulement à propos des licences de lecture limitées. La France prétend, de son côté, qu'un livre, numérique ou pas, est un livre, et que le taux de TVA réduit s'impose. La France a raison mais seulement pour les fichiers numériques librement réutilisables. Le Syndicat National de l’Édition vient de demander à ses membres de se préparer à la condamnation de la France et à la suppression en urgence de la TVA réduite sur le livre numérique.

Donc distinguons fiscalement les livres avec et sans verrou logiciel et nous obtiendrons tous les bénéfices que je vous annonce. Merci.

Président : Avis de la commission. Madame la Rapporteure générale.

Rapporteure générale : Avis défavorable. C'est un amendement que nous avions déjà rejeté lors du projet de loi de finance rectificatif, en juillet dernier. Alors deux points. Si effectivement nous supprimions l'éligibilité des livres numériques au taux de 5,5 %, nous risquerions de fragiliser notre position devant la Cour de justice européenne sur le livre numérique, puisque, effectivement, nous défendons la position que les textes dématérialisés puissent bénéficier du taux réduit, comme les livres papier, puisque nous estimons que leur contenu est de même nature. C’est la position que nous défendons auprès de la Cour de justice européenne. Ensuite vous soulevez un second point qui est l'interopérabilité des livres numériques. C’est vrai que ce point-là mérite, je crois, d’être approfondi et d’être traité notamment en liaison avec le ministère chargé de la Culture, mais il ne relève pas directement de la fiscalité, c’est-à-dire qu'il n’est pas directement lié au taux à 5,5 % de TVA. Donc pour ces deux raisons, la commission a rejeté votre amendement

Président : Avis du gouvernement. Monsieur le Ministre.

Christian Eckert : Les deux raisons évoquées par madame la Rapporteure générale sont partagées par le gouvernement. Nous sommes en procédure d'infraction devant la Communauté puisque nous avons décidé, en nous appuyant sur le principe de neutralité fiscale, c'est-à-dire considérer que le livre papier ou le livre sous forme numérique sont de même nature, nous avons décidé d'appliquer le taux réduit à 5,5 % sur les livres au format numérique. La Commission conteste cette position, et si nous restreignions, comme vous l'évoquez, aux seuls livres numériques chargés suivant un format libre, nous fragiliserions notre position par rapport à la Commission puisque nous appuyant sur un argument qui n'est pas celui que nous mettons en avant et qui nous semble plus solide. Et deuxièmement, comme l'a dit parfaitement la rapporteure générale, l'outil fiscal, sur un vrai sujet que vous évoquez, l'interopérabilité, l'outil fiscal ne nous semble pas approprié pour régler ce type de question. Donc le gouvernement est également défavorable à cet amendement si vous le mainteniez. Je pense que nous ne rendrions pas service à la cause poursuivie en adoptant cet amendement. Si vous le mainteniez, le gouvernement y est défavorable.

Président : Madame Attard.

Isabelle Attard : Monsieur le Ministre, je vous entend très bien, je vous entendais aussi très bien il y a un an, lorsque vous étiez rapporteur et que vous m'aviez répondu la même chose sur ce même amendement. Je me souviens également de ce qu'on nous a répondu, au niveau du groupe écologiste, sur cet amendement en juillet dernier et à chaque fois, c’était «  oui c'est très intéressant, mais nous allons en discuter avec le ministère de la Culture ». Donc j'espère qu'il faut moins d'un an pour discuter d'un seul amendement avec un autre ministère et ce n’est pas une condition qui me satisfait. Je pense qu'un an pour discuter c'est largement raisonnable.

Ensuite, vous nous dites que cet amendement affaiblirait les positions de la France face à la Commission européenne. Nous devons déjà provisionner, pour tous les jours où nous enfreignons la réglementation de cette TVA à 20 % sur les livres numériques, avec verrou ou sans verrou, avec DRM ou sans DRM, donc nous sommes déjà face à un conflit. Et nous vous disons que, lorsque deux parties en conflit sont dans l'erreur, chacune a en partie raison, chacune a en partie tort. La première à le reconnaître et à proposer une solution mutuellement avantageuse est forcément en position de supériorité.

Effectivement, la Commission a raison : un livre numérique est un service et nous leur disons, plus intelligemment, que lorsque ce livre est avec un verrou c'est un service, mais lorsqu'il ne l'est pas c'est un vrai livre. Vous respectez et vous défendez l'exception culturelle face aux GAFA depuis deux ans et demi et je suis tout à fait d’accord avec vous contre Google, Amazon et Apple, vous avez raison. Ils sont en position de monopole et empêchent et censurent les éditeurs qui oseraient proposer des livres qui ne correspondent pas à leur éthique. Ce qui est complètement incroyable de censurer un livre, ça n'existe pas sur le marché du livre papier. Pour régler ce problème le mieux possible, parce qu'on va commencer à avoir des sommes à provisionner pour chaque jour en infraction, cette solution nous semble extrêmement raisonnable, de faire la distinction entre un vrai livre numérique et un faux livre numérique.

Président : Monsieur Le Ministre.

Christian Eckert : Oui, madame la Députée, j’entends bien votre argumentation. Premièrement, en ce qui me concerne, à titre personnel, je n'ai jamais été favorable à ce que nous nous mettions en infraction par rapport à la réglementation européenne. Le Parlement a adopté une disposition, il est bien évident que je m'y rallie. Ça c’est pour la première partie de votre intervention. Quand à la seconde partie de votre intervention, je pense que l'outil fiscal n'est effectivement pas la bonne solution. Il y avait plus de six cents amendements sur ce texte, madame la Députée, le Secrétaire d’État au Budget n'est pas le ministère de la Culture !

Président : Je mets aux voix cet amendement qui fait l'objet d'un avis défavorable. Qui est pour son adoption ? Contre ? Il est rejeté.

... / ... Lire la suite

(14/08/2015 @ 12:01)

Obsolescence programmée vs durabilité planifiée - why! des ordinateurs contre l'obsolescence - Fêtons Linux - Genève - Mai 2014  Voir?


Nom de l'orateur

Titre : Obsolescence programmée vs durabilité planifiée -« why! »des ordinateurs contre l'obsolescence.
Intervenant : François Marthaler
Lieu : Fêtons Linux - Genève
Date : Mai 2014
Durée : 46 min 51
Lien vers la vidéo

Transcription

Très bien, mesdames, messieurs, je crois que, si on ne veut pas arriver à la fin de la journée avec une heure de retard sur l'horaire annoncé, on va commencer cette petite conférence. On peut encore peut-être laisser les portes ouvertes pour permettre à d'autres personnes de se laisser tenter par le suivi de cette conférence que je suis tenu de garder dans un cadre de une heure maximum dont quarante minutes de présentation.

Si on parle beaucoup, ces derniers temps, ces dernières années, d'obsolescence programmée, force est de constater que c'est fréquemment avec des exemples à l'appui qui viennent du domaine de l'électronique voire de l'informatique, et comme je suis, on le verra, je le rappellerai tout à l'heure, depuis plus de trente ans un fervent défenseur du concept de développement durable, eh bien j'ai considéré que le défi de concevoir de la durabilité dans le secteur de l'informatique était un défi passionnant qui devrait être un moteur. Voilà.

Je me permets de faire un bref récapitulatif de mon parcours professionnel parce qu'on pourrait parfois avoir l'impression que c'est un parcours un petit peu décousu, en zigzag. La réalité est plutôt celle d'une démarche parfaitement rectiligne et cohérente. Il faut remonter en 1980, il y a trente-quatre ans, lorsque je crée « La Bonne Combine », atelier de réparations en tous genres à Lausanne, qui existe toujours, qui répare toujours des milliers d’appareils chaque année, des produits qui se trouvent dans le ménage, de l'électroménager à l'électronique, en passant par le mobilier, les luminaires et que sais-je. Objectif, déjà à l'époque, essayer de lutter contre le gaspillage. J'avais le sentiment en 1980 que la camelotisation, c'était le terme consacré, la camelotisation du matériel ménager notamment, était juste, avait atteint les limites à ne pas dépasser et j'étais persuadé que les consommateurs se révolteraient rapidement et qu'il y avait donc un intérêt à proposer des services pour faire durer les objets qu'on avait, ma foi, payés fort cher. La réalité de l'histoire a été plutôt dans le sens inverse, la camelotisation s'est poursuivie jusqu'à ce qu'on finisse par parler d'obsolescence programmée, parce qu'il y a des cas effectivement patents à ce niveau-là, genre la machine à café avec son petit programmeur électronique qui compte le nombre de cafés et puis qui s’arrête en réclamant un service de réparation après x cafés. Voilà un bel exemple d’obsolescence programmée au sens strict.

Après ce qui s'est passé, c'est que « La Bonne Combine » a connu un certain succès, notamment dans les médias et je me souviens avoir entendu à plusieurs reprises des clients me dire « Ouais, mais écoutez, c'est bien joli ce que vous faites, c'est sympa de réparer les appareils, de lutter contre le gaspillage et contre la raréfaction des ressources, mais enfin, chaque fois que vous réparez un appareil, c'est un appareil neuf qui n'est pas fabriqué, qui n'est pas vendu. Vous tuez de l'emploi industriel ! » Et cette idée m'a tellement dépassé, qu'on puisse avoir dans la population une telle idée, que je me suis engagé sur le tard à reprendre des études à l’École des HEC de Lausanne pour essayer de savoir, bon sang de bonsoir, mais qu'est-ce qui dans la théorie économique libérale exigerait qu'on détruise la planète pour pouvoir soutenir le développement économique ? Évidemment, vous ne serez pas surpris d'apprendre que rien de tel ne figure dans aucune théorie économique classique ou néo-classique, c'est même exactement le contraire, puisque dans la théorie néo-classique, à l'équilibre général des marchés, dans une situation dite de concurrence parfaite, le bénéfice des entreprises est de zéro et on est dans une situation d'allocation optimale des ressources, en ce sens que le maximum de satisfaction et de bien-être est procuré aux consommateurs sous contrainte du minimum d'inputs en intrants, capitaux, main-d’œuvre, matières premières et énergie. Donc si l'économie fonctionnait réellement telle que la théorie la décrit on devrait arriver à une situation qui se rapprocherait assez de ce que postule le développement durable, qui lui, rajoute la notion de raréfaction des ressources.

Sorti de ces études, je me suis dit qu'après avoir réparé pendant quinze ans les camelotes fabriquées par d'autres, j’allais essayer d'apporter du conseil aux fabricants pour fabriquer dans une perspective durable. J'ai fondé le bureau d'investigation sur le recyclage et la durabilité et puis des rencontres du hasard ont fait que je me suis retrouvé candidat puis élu au Grand Conseil vaudois et cinq ans plus tard, candidat élu à la succession de Philippe Biéler qui était le premier conseiller d’État Vert dans le canton de Vaud. Pendant cette dizaine d’années passée à la tête du département des infrastructures, j'ai beaucoup fait avancer l'idée de développement durable, et j'ai notamment eu la responsabilité de l'informatique et beaucoup promu les solutions open source qui s'imposent, théoriquement, encore plus dans les collectivités publiques que dans les entreprises privées. Ces dernières étant plutôt en concurrence, on pourrait imaginer que l’esprit coopératif des logiciel libres devrait mieux fonctionner entre collectivités publiques. Ce n'est pas tout à fait ce qu'on observe, en réalité il y a bien des domaines où, pour la même tâche publique, les vingt-trois cantons inventent ou se font vendre vingt-trois solutions informatiques pour gérer le même genre de problème. Résultat j'ai fait en sorte que le mouvement de mutualisation de solutions informatiques entre collectivités publiques suisses, voire au-delà, s’accélère et le canton de Vaud a mis à disposition des autres cantons toute une série de logiciels dont la plate-forme CAMAC qui gère le complexe processus de demandes et d'octrois des permis de construire, qui est déjà utilisée par plusieurs cantons : dans le Tessin, deux cantons alémaniques et trois cantons romans.

Et puis voilà, j'ai pris ma retraite politique. J'avais assez donné et atteint les objectifs que je m'étais donnés dans cette fonction et puis, parmi une dizaine de projets, il y avait celui de promouvoir les logiciels libres dans la vraie vie, et c'est comme ça que j'ai été amené à créer « why! open computing » qui veut vendre les premiers ordinateurs durables évidemment sous Linux. Je vous expliquerai en quoi l'un est absolument indissociable de l'autre.

Intéressant de noter qu'en tant que distributeur suisse du domaine informatique nous avons dû adhérer à la Swico, qui est association des entreprises du secteur qui, accessoirement, gère la taxe anticipée de recyclage. À ce titre-là, on reçoit leur rapport. Le dernier rapport annuel que j'ai reçu, qui portait sur le bouclement de l'exercice 2012, nous présentait ce tableau assez effrayant avec l'évolution des quantités totales de déchets électriques, électroniques en Suisse entre 2000 et 2012. Voyez qu'on est à peu près stables entre 2000 à 2002, mais entre 2002 et 2012 on passe de quantités totales de 35 000 à 130 000 tonnes de déchets en Suisse. Multiplication par 4 ! Je ne veux pas dire que c'est une preuve de l'obsolescence programmée, mais à l'évidence l'activité économique comme le nombre d’appareils qui se trouvent dans les ménages ou les entreprises n'a pas été multiplié par 4 en 10 ans, il y a certainement cette dimension de raccourcissement de la durée d’utilisation de la durée de vie de ces appareils.

Alors comment s'y prennent les marques et les fabricants pour gérer, on va dire, si ce n'est provoquer cette obsolescence accélérée. Je vois en tout cas deux leviers principaux. Le premier, bien sûr, ce sont les logiciels qui ne sont pas compatibles. En gros, vous avez certainement tous une fois ou l'autre vécu cette mésaventure. Voulant utiliser un nouveau logiciel pour pouvoir ouvrir des fichiers qui vous ont été transmis de l’extérieur, vous vous apercevez qu'il faut changer l'OS parce que l'OS est trop vieux pour supporter le logiciel. Puis le nouvel OS, vous ne pouvez pas l'installer sur votre machine qui n'est pas assez puissante, pas assez récente ou qui a des composants qui ne sont plus gérés par le nouvel OS, donc vous changez d'ordinateur. Et puis à la fin des fins vous vous apercevez qu'il n'y a plus moyen de trouver un driver pour votre vieille imprimante sur cette nouvelle machine, et vous changez encore l'imprimante et dieu sait quoi d'autre. Ça, c'est vraiment la manière la plus aisée et facile de forcer les consommateurs à renouveler de manière anticipée leurs équipements, soft et hardware, conjointement.

Et puis après il y a le caractère démontable, donc la possibilité qui existe de réparer ou de mettre à niveau votre machine pour qu'elle soit toujours dans la course bien des années après son achat, respectivement les prix des réparations des pièces détachées. Sur le caractère démontable ou peu démontable, je ne peux pas m’empêcher de briser une lance à l'encontre de Apple qui a certainement la palme en la matière. J'ai vu récemment une petite vidéo du démontage du dernier MacBook Pro Retina. Il faut juste savoir deux trois choses quand même. Pour ouvrir, juste pour ouvrir le boîtier il vous faut un outil spécial qui est un tournevis qui a été inventé par Apple pour Apple, tournevis pentalobé, alors que la plupart des outils du type Torx sont hexalobés. Donc sans l'outil, que vous ne trouvez évidemment pas dans un commerce quelconque, qu'on peut dégotter sur internet il est vrai, sans l'outil vous n’ouvrez même pas votre appareil.
Puis après si vous l'ouvrez, c'est généralement statistiquement pour faire la première chose, réparer la première chose qui tombe en panne dans un ordinateur portable, c'est l'accumulateur qui a une durée de vie qui peut osciller, selon l'usage qu'on en a, entre dix-huit mois et peut-être trois ans. Et bien les accumulateurs dans cet appareil sont collés dans le boîtier. Donc il faut trouver des combines incroyables, pour parvenir à réchauffer la colle, décoller la batterie, puis enfin la remplacer. C'est juste invraisemblable d'imaginer que le composant le plus évident, enfin qui devrait être renouvelé un peu comme les pneus d'une voiture plusieurs fois sur la durée de vie de l'appareil ne puisse être changé par le consommateur lui-même, ni même par le réparateur du quartier, ni le fils de la voisine qui touche un peu.

Eh bien les choses ne s’arrêtent pas là, pour bien montrer qu'il y a une volonté délibérée, du fabricant en l’occurrence, d’empêcher la réparation, la mise à niveau. Deuxième exemple c'est que sur ces nouvelles machines les barrettes mémoire sont soudées sur la carte mère maintenant. Donc vous ne pouvez pas rajouter, vous ne pouvez pas acheter une machine, parce que vous n'avez pas les moyens de mettre plus, avec 8 gigas de RAM, en vous disant demain je passerai à 16 ou à 32 gigas. Vous avez intérêt à viser juste tout de suite et puis à payer le prix de la mémoire maximum dont vous pensez avoir l'utilité sur le long terme. Malheureusement la plupart des gens ignorent cette impossibilité de mise à niveau. Puis alors où les choses commencent à devenir assez retorses, c'est quand on découvre que le disque SSD, parce qu'évidemment il n'y a plus de disque mécanique dans ces machines, le disque avec la mémoire flash qui fonctionne comme un disque dur, c'est une technologie tout à fait standard que plusieurs fabricants produisent, sauf que, Apple a fait développer un connecteur spécial au lieu d'utiliser le connecteur mSATA qui est utilisé par tous les autres constructeurs. Ils ont fait développer un connecteur spécial, ce qui fait que si vous voulez avoir un disque SSD parce qu'il est tombé en panne et qu'il ne conserve plus la mémoire, vous n'avez pas d'autre choix que de passer à la caisse chez Apple qui vraisemblablement vous convaincra qu'il n'y a pas beaucoup à rajouter pour avoir un appareil neuf de la dernière génération. Voilà le genre de choses que l'on voit.

Et puis sur la politique des prix, juste une petite anecdote, je ne vais pas être très long là-dessus, mais il y a quelques mois, à la Bonne Combine précisément, un client a rapporté un laptop avec un écran cassé, parce que malheureusement il l'avait posé sur une chaise, puis après il s'est assis sur la chaise en oubliant que l'appareil était posé dessus. Écran brisé. Le prix de la pièce chez l'importateur à Zurich : 700 francs. Mais il se trouve et c'est là qu'on voit qu'il y a des politiques tarifaires qui vont vraiment dans le sens d'une obsolescence programmée, c'est qu'exactement la même pièce, on peut la trouver sur internet et se la faire livrer dans les trois jours depuis le Canada pour 70 dollars. C'est moins du dixième du prix. Alors, bien évidemment, dans le premier cas, 700 francs la pièce plus la main-d’œuvre, la personne, même sur un laptop qui a deux ans et demi, dans le cas précis, renonce à faire la réparation, achète un nouveau. Dans le second cas, 70 dollars plus la main d’œuvre, c'est évident que la réparation sera effectuée.

Malheureusement il y a une limite à tout, comme le disaient déjà les économistes du Club de Rome, une croissance infinie, c’était à la fin des années septante, une croissance infinie dans un monde fini, ce n'est pas possible. Eh bien, figurez-vous, qu’on commence, enfin que les industriels commencent à s'en inquiéter. D'une part parce qu'on commence à prendre la mesure des impacts de la production, des impacts environnementaux de la production de ces appareils. Là vous avez un petit graphe qui sort d'une étude du laboratoire fédéral d'essai sur les matériaux, l'EMPA, avec à gauche les impacts sur l'environnement de la fabrication, au milieu les impacts sur l’environnement de l'utilisation puis à droite les impacts sur l'environnement, en réalité les bénéfices, liés à la récupération de matières premières notamment, les bénéfices du recyclage, la phase d'élimination.

En bleu foncé ce sont les ordinateurs de bureau avec écran cathodique, on va les oublier parce qu'ils n'existent plus. En vert ce sont les ordinateurs de bureau avec un écran plat. En orange les ordinateurs portables. Ce qui est intéressant de noter ici, c'est qu'entre la colonne fabrication et puis la colonne correspondante utilisation, il y a peu près un facteur quatre à cinq. Ça veut dire que sur la durée de vie, l’ordinateur, que l'on vous invite à remplacer plus rapidement parce que le nouveau est plus écologique, eh bien, va engendrer un impact sur l’environnement cinq fois inférieur à celui qu'il a déjà provoqué lors de sa fabrication. Conclusion en termes de développement durable, il n'y a qu'une seule réponse à apporter c'est de faire durer ses appareils le plus longtemps possible.

Et puis, maintenant, justement c'est ce que je disais à l'instant, les industriels commencent à se rendre compte que ceci ne pourra pas aller à l'infini. Il y a certains composants absolument nécessaires à la fabrication de ce genre d'appareils qui sont en voie de raréfaction totale, voie d’épuisement, à des horizons de dix, quinze, vingt ans et qui se sont décidés, là c'est de nouveau la Swico en collaboration avec l'EMPA, qui se disent, eh bien maintenant on va essayer déjà de récupérer l'indium et le néodyme, qui sont deux de ces métaux que l'on dit sensibles pour leur rareté et des conditions dans lesquelles ils sont extraits et qui commencent à manquer. Et on va essayer de récupérer ça, quelques milligrammes par kilo, dans des montagnes de déchets, aujourd'hui ces métaux sont malheureusement perdus. Donc on voit bien qu'on sera gentiment amenés à concevoir une économie circulaire, fermée sur elle-même, un peu comme la nature fonctionne, où les déchets des uns servent à la croissance et au développement des autres, dans une boucle fermée.

Alors comment « why! » va t-il faire pour réaliser, concrétiser l'objectif d'ordinateurs durables, qui puissent durer plutôt dix ans que trois à cinq, comme ça semble être le cas aujourd'hui. Eh bien tout d'abord c'est la qualité de démontablité. Pas tellement la qualité intrinsèque, parce qu'au fond il s'agit de composants pour la plupart du temps assez standards, de fabrication Intel ou normalisée, qui peuvent aisément être remplacés. Et c'est ainsi que l'appareil est extrêmement démontable avec un tournevis courant, que tout le monde a dans le ménage, et puis, dès la mise en vente du produit, on trouve sur iFixit.com aux États-Unis, je précise que la plate-forme a été traduite depuis peu en allemand, en italien, en français, en espagnol, une plate-forme collaborative où sont publiés les guides pour faire toute opération de réparation, de mise à niveau sur ces machines. Je crois que c'est une première mondiale. Il y a des milliers et des milliers de guides sur iFixit.com, mais tous ces guides ont été réalisés par des gentils bricoleurs qui ont pris le temps de mettre leur savoir, leurs compétences techniques à disposition de la communauté. Là c'est la marque elle-même qui se préoccupe de tout faire pour que ses appareils puissent durer le plus longtemps possible, ce qui en soit constitue un modèle économique assez révolutionnaire.

Deuxièmement, évidemment on mise sur les logiciels libres. Pourquoi me direz-vous ? Ce n'est pas seulement par affection, mais tout simplement et concrètement parce que la machine que j'ai là devant moi, fabriquée en 2013, eh bien je n'ai absolument aucune certitude que Windows, elle tourne aussi très bien sous Windows, que Windows 2025 sera toujours capable de gérer tous les composants qui se trouvent à l'intérieur. En tout cas je ne peux avoir aucune garantie de la part de Microsoft à ce sujet, et puis j'ai même furieusement l'impression que la réponse, enfin j'aurais tendance à dire spontanément que la réponse est négative. Or avec le modèle des logiciels libres, je pourrai toujours, même dans dix ans, au besoin réinstaller la vieille version Ubuntu 12.04, qui était sur la machine et qui gérait bien ce hardware-là en 2013. Et puis il y a toute la maturité de ces systèmes d'exploitation Linux et en particulier la simplicité d’utilisation pour un non geek qu'offre Ubuntu, avec des mises à jour régulières. En fait votre système d’exploitation ne sera pas le même dans dix ans que ce qu'il était aujourd'hui, ni même il ne sera le même à fin de la période de cinq ans pendant laquelle la version Long Term Support sera maintenue, parce qu'il y a toutes les semaines des mises à jour y compris sur le noyau Linux. Voilà.

Et puis l'autre constat, et là, c'est à nouveau l'économiste plutôt que l'écologiste qui parle, c'est l'incroyable modèle des logiciels libres qui fait qu'on a, en réalité contrairement à ce que d'aucuns pourraient imaginer, non pas des logiciels gratuits qui ne valent rien, mais au contraire des logiciels gratuits qui sont les plus performants, qui sont développés avec les coûts de production les plus faibles, tout ça grâce à une « coopétition », comme disent certains, c'est ce mélange de coopération et de compétition. Pour faire court, je crois qu'on peut dire que le fait de pouvoir réutiliser tout morceau de code qui fonctionne bien dans un autre projet, fait qu'évidemment on construit plus rapidement les choses, mais aussi qu'ils s'améliorent extrêmement rapidement ces logiciels, et qu'on se retrouve dans une situation où, en gros et pour caricaturer, si vous n'avez pas le meilleur produit qui soit au monde, vous disparaissez à peu près aussi vite que votre logiciel a été lancé au départ.

Et puis la logithèque que l'on trouve sur Ubuntu permet vraiment à n'importe qui, sans rien connaître à l'informatique de sélectionner un programme adapté à sa machine, cliquer sur un bouton installer, tester le logiciel, éventuellement le désinstaller tout aussi simplement. Et on a vraiment accès à un patrimoine logiciel en perpétuel développement, amélioration, et évidemment toujours respectant les standards ouverts qui nous permet d'univers informatique ou de système d'exploitation sans risque de ne plus pouvoir accéder aux donnés que vous avez vous-même générées, qui sont les vôtres, indépendamment du logiciel qui a permis de les générer.

Puis après le dernier élément qui me sensibilise beaucoup là-aussi en tant qu'économiste, c'est que j'ai fait le calcul que lorsque l'état de Vaud développait des projets importants en informatique, avec des solutions propriétaires, plus de la moitié des coûts traversait l'Atlantique pour aller dans la poche des éditeurs, alors que dans le modèle open source, lorsque l'on faisait des projets open source, la quasi totalité de l'argent restait en Suisse et quelque part promouvait la création d'emplois, l'innovation, la maîtrise technologique locale. C'est pour ça qu'on a fait un gros effort pour déployer un réseau de partenaires. C'est toutes ces petites entreprises qui ont une connaissance de Linux parce que, je rappelle juste que sur les serveurs, Linux occupe à peu près deux tiers de parts de marché quand ça n'est que 1 % sur le poste de travail. En gros quand les informaticiens se posent la question de savoir quel logiciel utiliser, s'agissant du système d’exploitation, c'est Linux qui est choisi, puis quand c'est le particulier, on préfère rester dans le cocon douillet de Mac OS X ou de Windows. C'est malheureusement ainsi ! Bref pour rassurer tout le monde, j'ai voulu démontrer avec une carte qui comprend aujourd'hui plus de cent trente spécialistes Linux dans toute la Suisse que, si on quittait les bras de sa marque fétiche pour embrasser Linux, on ne serait pas tout seul, il y a des possibilités de tester, d'acheter, d'obtenir des conseils, des réparations, ou voire chez certains, de suivre des cours de formation sur Linux pour débutants ou plus pointus, si nécessaire. Alors voilà, j'ai lancé un pari que j'espère bien gagner, avec quand même quelques atouts pour lui puisque, à l'heure où je vous parle,« why! »est la seule marque qui propose un ordinateur portable, je dis bien portable, avec Linux pré-installé dessus et puis c'est une première mondiale en ce sens que c'est la première fois qu'une marque fait tout pour que ses produits durent le plus longtemps possible.

Et puis, autre source de satisfaction, c'est que cette démarche s'inscrit clairement dans une tendance, un trend tout à fait passionnant, l'open hardware qui vise en gros à faire ce qu'on a fait sur les logiciels libres et qui a fait leur succès, dans le domaine du hardware et des machines, avec le respect des règles que je viens d'évoquer sur l’interopérabilité, la modularité, la réparabilité et, au fond, mettre en ligne les plans ou concevoir de manière collaborative les plans d'un appareil complexe comme le smartphone qui est présenté ici. C'est à peu près la même chose que de mettre sur Internet, à disposition de tout le monde, les plans sur comment démonter et réparer. C’est un peu la même démarche, et cet open hardware je pense qu'il ira très loin quand on sait que Google, par exemple, a investi 12 milliards et quelques de dollars pour racheter Motorola Mobile et puis signer un contrat l'an dernier avec Phonebloks. C'est le projet d'un designer hollandais qui propose de construire un smartphone par éléments séparés et distincts. Ils doivent évidemment être normalisés qu'ils puissent s'échanger les uns les autres, pas seulement dans un but de réparation, mais parce que vous pourriez avoir besoin d'un écran plus grand, parce que vous avez une mauvaise vue ou que sais-je, ou bien parce que vous avez envie de renoncer peut-être à la caméra, je dis n'importe quoi, au profit d'un accu de plus grande capacité qui vous permet, dans un long trek de dix jours sans prise électrique, d'aller plus loin. Ça c'est proprement révolutionnaire. Ça signifie que si ce projet aboutit, ce dont je ne doute pas une seconde, vous pouvez être un petit commerçant qui imagine un certain assemblage, destiné à une certaine clientèle, de ces différents composants, pour faire un smartphone vraiment adapté, soit vous pouvez être un petit industriel. Je ne sais pas, je prends l'exemple de notre fabricant national, enfin un de nos fabricants nationaux de piles et accumulateurs, Leclanché à Yverdon, qui bat de l'aile depuis de fort nombreuses années, qui pourrait proposer, à tous les clients du produit estampillé Google et surtout à l'échelle d'un marché mondial, des accumulateurs particulièrement performants, alors pas au prix de la camelote fabriquée en Chine, mais voilà, d'autres prix et puis écouler des quantités de produits dans ce sens-là sur un objet qui soit durable et réparable.

Après on sort même du secteur de l'informatique, enfin pas tout à fait, parce que je vous invite à aller regarder, je pourrais en faire une conférence pour elle même, le site OpenSourceEcology.org. C'est un projet qui vise à créer un kit de démarrage pour une nouvelle civilisation. En gros l'idée c'est de permettre à un village, par hypothèse africain, de produire lui-même, d'entretenir tous les appareils nécessaires à son développement, du tracteur au groupe électrogène, en passant d'ailleurs par le haut-fourneau, ben oui, pour fabriquer l'acier dont sont faits les autres appareils et en passant par la table de découpe, laser ou autre, pour fabriquer d'autres produits. Tout ça avec des plans qui sont publiés, disponibles, vous avez accès à tout ça. On est vraiment à un changement de civilisation.

On observe ici aussi la dynamique formidable des logiciels libres en ce sens que tout est parti de l'histoire d'un paysan américain qui casse pour la deuxième fois son tracteur et qui se dit je vais le faire moi-même, maintenant, mon tracteur. Il fera exactement ce que je veux, si il casse je sais à qui m'en prendre, mais j'en ai marre ! Et puis il fait ça, il a peu une drôle d'allure le tracteur, mais il fait ce qui est attendu de lui et puis à l'issue de ça, il a encore passé quelques heures à documenter tout ça sur internet. Et c'est comme ça que ce projet de kit de démarrage pour une nouvelle civilisation est parti. Et puis c'est marrant parce que qui c'est qui est derrière cet opensourceecology.org ? C'est une certaine fondation Mark Shuttleworth, le fondateur de Canonical, qui est l'éditeur de Ubuntu puis qui a fait fortune en Afrique du Sud dans le domaine des systèmes de sécurité, si je ne m'abuse.

Et bien voilà, la boucle est bouclée. Vous voyez bien que open source, open hardware, durabilité, autonomie, revenir à des échelles de production plus petites. J'évoquais à l'instant le haut-fourneau. Oui, je dis haut-fourneau parce que c'est comme ça qu'on appelle ça aujourd'hui. Ce sont ces trucs où il faut s'appeler Mittal, avoir une société qui pèse des milliards de capitalisation boursière pour racheter des installations absolument gigantesques. Là on parle d'un haut-fourneau, qui ressemble, avec les dernières technologies de four à induction, à ce que nos ancêtres faisaient à l’âge du fer, il y a trois mille cinq cents ans. Donc on change d'échelle, complètement. Et, au fond, on va un petit peu vers une sorte de mondialisation à taille humaine, alors que c'est, jusqu'ici, le contraire qui s'est produit avec des entreprises de plus en plus gigantesques. Je lisais l'autre jour que Foxconn, ceux qui fabriquent en Chine les ordinateurs Apple, emploient plus d'un million de collaborateurs. Incroyable ! Et puis si vous n'avez pas cette taille-là, eh bien vous n’êtes pas compétitif. Ben donc tout ça est en train de changer. Je vous invite à aller jeter un petit coup d’œil, parce que c'est absolument passionnant. Évidemment ça me donne plein d'idées, parce qu'après l’ordinateur why!, pourquoi ne pas imaginer, je ne sais pas moi, la machine à laver« why! »La machine à laver qui aurait un Rasperry Pi, ce petit ordinateur taille de crédit, avec son petit programme qui pilote tous les composants, et puis au lieu de changer dans cinq ou six ans la machine à laver pour en acheter une plus écologique, vous allez télécharger sur internet, sur le site de « why! » le dernier programme qui lave encore plus écologique, que vous installez sur la machine. Ou alors vous lancez un petit programme de diagnostic et la machine, avec votre portable why!, par hypothèse, et la machine vous dit quel est le composant défectueux et vous accédez directement à la page iFixit qui vous dit combien de temps ça va prendre, combien coûte la pièce, si c'est difficile ou pas difficile, à portée de tout le monde ou pas, que d'effectuer la réparation.
Voilà un petit peu les perspectives que ça ouvre, assez magiques. Et puis j’aurais atteint mes objectifs lorsqu'on pourra donner moyen au chauffeur de taxi-brousse en Afrique de continuer à faire rouler des voitures en arrachant l'ordinateur de bord, vous savez, celui qui empêche le véhicule de démarrer si la ceinture de sécurité du conducteur ou du passager n'est pas fermée, ce qui évidemment pose des problèmes dans ces pays-là. Remplacer ça par un petit ordinateur open source dont les programmes peuvent être téléchargés, et qui permettent de faire des diagnostics et qui permettent de réapprendre à réparer soi-même ces machines qui sont devenus des ordinateurs roulants.

Voilà. J'ai magnifiquement tenu mon temps de parole. J'espère avoir suscité votre curiosité. On peut maintenant passer à une petite séquence de questions-réponses. La parole est à qui veut la prendre. Il y a un micro qui va être apporté à qui a un commentaire à faire.

Public : Bonjour. J'ai deux questions, ou deux remarques. La première est-ce que vous pensez, vous avez baigné dans le monde politique, est-ce que vous pensez qu'au niveau politique il y aura, à terme, une certaine incitation des fabricants ou des distributeurs ou du monde commercial en général, à fabriquer, à mettre en vente des produits qui seront un peu plus durables qu'aujourd'hui ? Que ce soit sous forme d'incitation, ou même quelque chose de plus contraignant, par exemple aujourd'hui la plupart des appareils mobiles ont, enfin les fabricants ont été forcés je crois par l'Union européenne de se mettre d'accord sur un connecteur de recharge, bon c'est un petit détail, mais qui permet avec l'USB ou micro-USB de se connecter partout, alors qu'il y a cinq ans c’était la merde quoi ! Est-ce que ce serait imaginable que quelque chose vienne, que ce soit au niveau national, que ce soit au niveau plus large, mais à travers le monde politique, pour forcer ou inciter les constructeurs à aller dans ce sens-là ?

François Marthaler : Merci pour cette vaste question. En gros je résume. Qu'est-ce que le monde politique peut faire ? Ou comment légiférer pour favoriser des solutions plus durables, en particulier l'interconnexion, l'interopérabilité des appareils entre eux, pour éviter de devoir tout changer dès qu'il y a un composant qui est défectueux, par exemple ? J'aurais tendance à dire pas grand-chose. J'aurais tendance à dire pas grand-chose, parce que force est de constater sur la base de mon expérience politique que la politique et en particulier les législations sont plutôt toujours en retard sur ce qui se passe dans la vie réelle. Alors que le pouvoir qu'ont les consommateurs de tourner le dos à des comportements abusifs de la part de tel ou tel fabricant est probablement un levier qui pourrait faire changer beaucoup plus vite les choses. Je pense à cet égard à ce site en Allemagne, créé par un prof d'uni, invitant à donner des exemples d'appareils tombant en panne, avec marque, modèle, etc, juste après la fin de la garantie, pour pouvoir documenter scientifiquement ce phénomène. Et je peux vous dire que ça fait du mal parce que de plus en plus les gens vont commencer à aller regarder ce genre de sites ou voir certaines plates-formes en ligne, vont les intégrer dans leur shop pour vous permettre d'accéder directement à ce type d'informations pour orienter les comportements. Puis détournant l’intérêt des consommateurs pour les produits non conformes à ces critères de durabilité, faire en sorte que ces comportements disparaissent petit à petit.

En revanche, ce que par exemple pourrait faire le monde politique, j'en ai d'ailleurs fait une proposition qui a été étonnement lue sur notre page Facebook, c'est l'idée d'un label normalisation. En gros, on pourrait imaginer que, comme il existe un écolabel européen, il existe un label de normalisation européen qui fait que quand vous achetez un produit vous savez que si un jour il vous manque un composant, que vous avez besoin d'une pièce de rechange ou d'un composant plus performant, vous n’êtes pas le bec dans l'eau parce que le fabricant n'existe plus ou ne veut ou ne peut plus vous livrer la pièce. En gros le critère de réparabilté ou de normalisation, ce serait simplement ceci, que les composants qui sont dans l'appareil proposé peuvent s'acheter en dehors du fabricant du produit ou de la marque du produit. Voilà. Ça c'est une idée toute simple qui ne fera pas hurler à droite, qui n'est pas contraire à la liberté du commerce et de l'industrie, qui améliore la circulation de l'information, en la synthétisant, parce que un label c'est plus facile que de lire toutes les prescriptions, même la fiche énergétique, il faut déjà avoir une certaine habitude pour comprendre ce qui y figure. Un truc tout bête quoi ! Vous achetez cet appareil, le fabricant ne veut pas vous le réparer, eh bien vous pouvez aller n'importe où, vous trouverez quelqu’un qui peut se fournir les pièces et qui peut vous réparer le produit. Voilà, c'est une idée de ce qui pourrait être fait et que j'ai déjà poussée, parce qu'évidemment j'ai mes entrées encore sous la coupole fédérale pour faire avancer ce genre d'idées.

Public : J'aurais une dernière question surtout par rapport à ce que vous démontrez, le tracteur open source, les équipements qui sont achetés dans le commerce et qu'on pourrait faire soi-même. Moi il y a une grosse barrière que je vois là, ce sont les questions de certification, de barrière de conformité, ce genre de chose, dans cinq ans avec un Raspberry dans un marché politique. C'est sympa mais à mon avis par les geeks. La machine à laver, avec le Raspberry qui commande le cycle de lavage, quand on sera quelques geeks, comme ça, ça ira, mais le jour où ça sera dans le commerce ? Ma question c'est est-ce que ce n'est pas une grosse barrière ce genre de choses, en tout cas chez nous, en tout cas en Europe, aux États-Unis, comme dans les pays occidentaux.

François Marthaler : La question est comment est-ce qu'on fait pour réaliser des produits open hardware dans des domaines où toutes sortes de certifications, de marquages du type CE doivent être légalement obtenus. C'est une excellente question. C'est vrai que si vous bricolez pour vous-même dans votre garage, il n'y a pas de souci, mais si vous commencez à faire du commerce, vous ne mettrez pas sur le marché un produit qui ne répond pas, qui n'est pas estampillé avec toutes les normes CEN, CENELEC et consorts.

Mais c'est justement là que le modèle open hardware, tout comme open source, est intéressant, c'est que, au lieu de tout seul dans votre coin, vous êtes à l'échelle européenne des centaines, potentiellement des milliers qui peuvent se répartir les coûts d'une certification, laquelle d'ailleurs peut être très partielle, parce qu'au fond, on peut faire certifier l'appareil de base, du départ, qui lui la mécanique ne va peut-être pas évoluer aussi rapidement et il n'y a plus à certifier que le composant, si on remplace le Raspberry Pi par autre chose, il n'y aura plus que ce composant-là à faire certifier. Moi je pense qu'on pourrait faire évoluer en tout les cas les législations de certification pour faire en sorte qu'une machine donnée ne doive pas repasser par toutes les étapes de certification mais uniquement celles qui concernent les composants qui ont été modifiés à l'intérieur, ce qui permet de simplifier le problème, ce qui permet de répartir la charge et puis rendre les choses possibles. Faire certifier comme il se doit une voiture que vous auriez construite vous-même à la swaro ( ?), pour obtenir le droit non pas de rouler mais d’être vendue sur le marché européen, c'est juste inimaginable. Donc la question est bonne mais la réponse pourrait être le fait que, avec Internet, et je pense qu'on n'a pas encore pris toute la mesure de ce que rend possible de totalement nouveau cet Internet et ses réseaux et ses collaborations de l'individu avec un autre, ou des milliers d'autres individus, c'est la possibilité de regrouper des besoins. Le crowdfunding fait aussi partie de cette mouvance qui est en train de changer complètement la donne, qu'il s'agisse de trouver des moyens financiers, de développer des projets, de développer de meilleurs projets, d'avoir de meilleures idées qui correspondent mieux aux besoins des consommateurs ou aux exigences de l'environnement. Tout ça est devenu fabuleusement plus simple aujourd'hui que ça n’était le cas il y a dix ans.

Public : Bonjour. C’était juste une remarque. Je ne comprends pas du tout, parce que j'ai trouvé sur Wikipédia matériel libre. Dans ce cadre-là j'ai trouvé Openmoko, donc c'est un téléphone qu'on peut normalement faire évoluer, etc, qui a été fait par le réalisateur qui s'appelle openmoko.org et puis ça a été repris par openphoenux.org, et puis je ne comprends pas parce qu'il n'est pas connu en Suisse. Voilà. Il y a des choses qui se cachent, mais que ce n'est pas connu, c'est vraiment impossible.

François Marthaler : La question est : « Pourquoi est-ce qu’on ne vend pas d'openmoko en Suisse ? C'est ça ? » Téléphone open hardware qui répond à ce critère-là. Je n'en sais rien. C'est même tellement vrai que j'avoue j'ai entendu parler de ce projet mais je ne me suis jamais intéressé, parce que voilà, juste dans l'immédiat je n'ai pas besoin de téléphone portable. Mais je pense que ces projets-là ont de l'avenir, notamment avec toutes les polémiques qui tournent autour de la manière dont certaines agences américaines notamment espionnent nos conversations téléphoniques, nos mails et le reste. Je pense qu'on aura besoin de solutions ouvertes, notamment ouvertes à l'examen du fait qu'elles ne comportent pas de failles.

Public : Bonjour. Tout d'abord merci pour cet exposé très intéressant. Ensuite une question, enfin, deux questions même. On sent qu'il y a une certaine réticence du monde politique suisse pour rester dans le domaine logiciel et matériel à tout ce qui est open source. Par exemple la décision par le tribunal administratif de ??? il y a quelques années de revenir à des logiciels propriétaires ou la décision du tribunal fédéral suite au ??? qui avait été déposé par des sociétés œuvrant dans l'open source pour certaines licences de logiciels. Alors une question bien simple. Pourquoi, en Suisse, une telle réticence et une pratique politique de limiter ces extensions ? Et deuxièmement qu'est-ce qu'on peut faire pour infléchir cette volonté.

François Marthaler : Bonne question. Qu'est-ce qu'on peut faire dans les administrations publiques suisses, en particulier au niveau de la Confédération pour faire en sorte que l'open source soit mieux promu et surtout plus utilisé qu'il ne l'est aujourd'hui. Je me souviens, juste pour l'anecdote, d'une petite entreprise fribourgeoise qui avait fait exactement ce que fait« why! »en mettant Linux pré-installé sur des ordinateurs pas chers. Elle les a principalement vendus à des agriculteurs, qui, quelque temps plus tard, ont demandé à se faire rembourser parce que l'office vétérinaire fédéral venait de mettre en ligne un outil dans lequel devait être obligatoirement être déclarées les entrées et sorties d'animaux dans les fermes, avec Silverlight. Et puis ! Eh ! Eh ! Malheureusement Silverlight, ça ne marche sur les navigateurs qui tournent sous Linux. Depuis on a trouvé des moyens de contourner le problème, mais ça c'est juste inimaginable. Ça me fait bondir et c'est assez régulier qu'on tombe sur des cas de ce type-là. Mais bon ! Vous dire d'où vient la volonté, je ne saurais pas trop. Mais il y a une chose que j'ai pu observer quand même, c'est que si vous vous mettez à la place d'un chef de projet informatique dans une administration publique, d'ailleurs c'est la même chose dans une organisation privée, si un projet construit sur des solutions disons Microsoft, pour prendre un exemple au hasard, foire, ben ce sera la faute à Microsoft en gros ! Et puis on va leur adresser des lettres chargées pour exiger que tout fonctionne dans un délai sous peine de sanctions financières. Si le même projet construit sur des briques open source foire, alors c'est le chef de projet qui saute, clairement. Et je pense que ça c'est un des éléments d'ordre psychologique, au fond, qui explique pourquoi ceux qui prennent les décisions au quotidien pour orienter des projets vers du libre ou vers du non libre, font plutôt le second choix que le premier.

Organisateur : Une dernière question ? Je crois qu'on a terminé. Merci beaucoup.

François Marthaler : Merci. Merci à vous.

Applaudissements.

... / ... Lire la suite

(14/08/2015 @ 11:41)

Comment Wikipédia peut-il être un modèle éducatif - émission Ludovia, plateau TV de Ludomag d'aout 2014  Voir?


Photo de Christophe Batier et Dominique Cardon

Titre : Comment Wikipédia peut-il être un modèle éducatif ?
Intervenants : Dominique Cardon, sociologue et enseignant à l’Université de Marne-la-Vallée - Christophe Batier, interviewer 
Lieu : Ludovia, plateau TV de Ludomag
Date : Août 2014
Durée : 9 min 03
Lien vers la vidéo

Transcription

Christophe Batier, interviewer : Nous sommes à Ludovia, 11ème édition, 10ème anniversaire, en 2014. J'avais des questions à te poser.

Dominique Cardon : Eh bien, voilà.

C. B. : Je voulais te poser des questions et donc je voulais te poser la question suivante : « Comment Wikipédia peut-il être un modèle éducatif&nbsp? » Vaste question !

D. C. : D'un certaine manière l'encyclopédie a été conçue dans un esprit d’apprentissage collectif.

C. B. : Transmission des savoirs.

D. C. : La transmission est liée à l'univers de la connaissance, d'une certaine manière, et donc aussi dans le monde éducatif. Moi ce qui me passionne et me fascine un peu, je dois dire, dans Wikipédia, c'est que le principe de la communauté a radicalisé une idée, qui est assez centrale dans les débats éducatifs aujourd'hui, elle a amené une version nettement radicale, c'est peut-être aussi problématique pour le milieu éducatif, qui est de séparer le contenu du savoir, de la procédure par laquelle on va chercher, maîtriser, publier, partager, synthétiser le savoir. Donc il y a cette séparation entre la substance et la procédure qui est absolument centrale dans l’esprit de la communauté. L'idée de Wikipédia c'est n'importe qui peut participer. On ne lui demande aucun titre, de diplôme, de qualité, de statut professionnel. N'importe qui est, potentiellement, contributeur dans Wikipédia. Donc il n'y a pas une définition par le statut des individus qui est mis en scène dans cette affaire-là.

En revanche, ce n'est pas parce que n'importe qui peut contribuer qu'on peut faire n'importe quoi. On ne peut pas faire n’importe quoi parce que tous les wikipédistes ont mis en place un système de règles, qu'ils s'obligent mutuellement à respecter, et quand on ne les respecte pas on a des injonctions pour le faire, qui sont des procédures par lesquelles chacun va révéler, à soi-même et aux autres, les capacités qu'il a, son intelligence on pourrait dire, pour mettre en œuvre collectivement quelque chose. Or ça, il me semble que ça désigne, très explicitement, quelles sont les orientations actuelles du monde éducatif et enseignant avec la multiplication de l'accès à la connaissance dans le réseau. Désormais ce qui devient central c'est précisément de mettre en forme les savoirs, comme le fait Wikipédia.

Le grand exemple, évidemment est très connu dans la communauté éducative mais qui est je crois, qui est à la fois très fort, c'est l'ouvrage de Jacques Rancière sur « Le maître ignorant ». Le maître est ignorant. Ce n'est pas un cerveau qui déverse dans le cerveau de ses élèves un ensemble de connaissances qui seraient stockées comme dans des petits tiroirs. Le maître doit, simplement mais essentiellement, et c'est une tâche incroyablement difficile, ardue, noble et complexe, il doit vérifier que chacun de ses apprenants, de ses élèves, fasse sur lui-même l'effort nécessaire pour mettre en œuvre les qualités, les compétences dont tout le monde dispose, dans une égalité des intelligences. Et c'est ce travail de mise en relation, de vérification, d'assemblage, de mise en cohérence des différents savoirs disciplinaires différents qui devient le travail du maître ignorant. Et ça, Wikipédia c'est ça tous les jours.

C. B. : Le modèle de Wikipédia pour l’enseignant, c'est ça&nbsp? Ce processus-là&nbsp?

D. C. : Moi je crois qu'on voit beaucoup ça aujourd'hui. On a des nouvelles ressources qui sont présentes. Elles sont faites par des amateurs, elles sont faites par des profs bénévoles, elles sont faites par des profs, des éditeurs, elles sont faites par, etc. On a accès à toute une série de ressources. La classe c'est l'endroit où le prof invente des règles du jeu, et des règles du jeu exigeantes, on y reviendra peut-être, mais ce ne sont pas les règles du jeu de on s'amuse, on fait n'importe quoi, des règles du jeu dans lesquelles, à partir de ces toutes ces ressources documentaires, on va arriver à produire quelque chose de collectif, qui va nous rendre plus intelligent ou qui va nous aider à révéler aux autres des capacités et des ressources, des « skill », des habiletés, que chacun possède.

C. B. : Et une fois qu'on a produit tous ces contenus, qu'on a finalisé, enfin il y a déjà énormément de choses, mais là Wikipédia arrive à ce niveau-là, une fois qu'on a produit tous ces contenus, quelle peut être l’évolution&nbsp?

D. C. : Wikipédia est Wikipédia. Je prends Wikipédia comme un exemple de principe. On peut, sur plein d’autres plate-formes produire de la connaissance, du savoir, le faire de façon collaborative, c'est quand même vraiment l'essence de Wikipédia. Et aussi je connais des enseignants qui utilisent Wikipédia dans la classe, c'est-à-dire qu'ils font des exercices avec leurs élèves qui seraient destinés à produire un certain nombre d'articles sur Wikipédia qui n’auraient pas été faits. Alors c'est vrai qu'une partie des articles centraux ont été réalisés, mais il y a plein de choses à faire. Il y a une classe à Bordeaux, qui a eu comme projet scolaire de l'année, de faire les articles sur l'ensemble des théâtres de Bordeaux. Il y a plein de petits théâtres à Bordeaux qui n'avaient pas leur fiche sur Wikipédia. Ils ont fait une enquête historique, ils ont été prendre des photos, ils ont été regarder la programmation des théâtres, les différentes mises en scène qui avaient été faites, et ils ont fait les fiches de ces théâtres, ça n'a avait pas été fait, et ça a été produit par un enseignant qui a établi des règles, des manières d’enquêter et de produire le savoir pour les étudiants de sa classe.

C. B. : Et des détournements&nbsp? On a eu un exemple, où le prof fait des fausses fiches pour piéger ses étudiants.

D. C. : Ah, oui. Alors c'est un grand moment. Il y a toujours eu, je ne sais pas comment l'interpréter, on pourrait en faire plein d'interprétations, mais Wikipédia a toujours eu ses détracteurs, même si aujourd'hui la critique de Wikipédia est retombée. En 2004, 2005, il y avait cette idée qui est que les sachants se sentaient dépossédés de leur autorité par l’arrivée, tout d'un coup, de ces hordes profanes d'amateurs qui, n'y connaissant rien, n'étant pas diplômés, étaient en train d'écrire l'encyclopédie. Leur jeu a toujours été de truquer l’encyclopédie pour montrer qu'elle produisait, de temps en temps, et c'est vrai qu'elle peut produire de temps en temps, des savoirs erronés, notamment factuellement erronés, parce que c'est la chose la plus difficile à vérifier en fait dans Wikipédia. Quelqu’un qui délire, quelqu'un qui ne source pas, etc, va immédiatement se faire insulter surtout aujourd'hui, il y a un côté un peu bureaucratique de l'encyclopédie, il va se faire rappeler à l’ordre par la communauté. Mais si on écrit que untel est né le 20 janvier au lieu du 19 janvier, là il n'y a personne pour vérifier, personne pour regarder et on fait passer des erreurs. Donc il y avait un enseignant, effectivement, qui avait, comme ça, essayé de créer la fiche d'un faux auteur, je crois qu'il avait créée et mise en forme. C'est bien, ça contribue au débat critique sur la vigilance, toujours nécessaire, à l'égard de tout type de savoir, qu'il soit dans les livres, qu'il soit sur Internet, où n'importe où, il faut de toutes façons, vérifier, contrôler, multiplier les sources, les remettre en perspective. Donc ça organise le débat critique.

C. B. : Pour conclure un petit peu, l'idée dans l'utilisation, pour bien éduquer à l'utilisation de Wikipédia, c'est aussi de rendre acteurs les gens, parce que ça fait partie des élèves, vous êtes enseignant, pour leur faire comprendre le processus de création des contenus et d'utilisation des contenus.

D. C. : Oui. C'est vraiment ce qui est devenu nouveau dans le numérique, ce qui est, effectivement, très central dans le tissu éducatif. Ce n'est évidemment pas nouveau, moi je pense que c'est une nécessité contemporaine de plus en plus forte, c'est-à-dire de mettre l'apprenant dans une situation de création. François Taddei insiste sur l'idée, il est chercheur, que, effectivement, une grande partie du travail d’apprentissage c'est un travail d’exploration des connaissances, de recherche et de travail de l’imagination. Or, c'est une critique qu'il faut faire doucement mais qu'il faut faire avec force au système éducatif, c'est qu'on voit bien que passé le cours élémentaire, le primaire, on va arrêter de faire de faire produire des œuvres d'imagination aux élèves. La fameuse rédaction d'imagination va disparaître au profit du commentaire, du commentaire de texte, et d'activités qui sont très normées par le système éducatif. Or on sent bien, c'est une chose qui traverse nos sociétés, que dans la fabrication des individus aujourd'hui, la question de la singularisation expressive devient inaudible ; il faut produire. Donc sur Wikipédia, on a cette dimension qui est très présente, c'est qu'on peut lire, apprendre, emmagasiner des connaissances, mais on peut aussi faire, fabriquer, produire de la connaissance à partager à notre voisin.

C. B. : Merci Dominique d'avoir répondu à ma question.

D. C. : Écoute Je ne sais pas si j'ai bien répondu.

C. B. : Merci.

... / ... Lire la suite

(14/08/2015 @ 11:03)

Émission Soft Power de février 2015 - Alphabet numérique - Le chiffrement  Voir?


photo JZ

Titre : Le Chiffrement
Intervenants : Jérémie Zimmermann - Frédéric Martel -Agnès Chauveau - Pierre Haski
Lieu : Émission Soft Power - Alphabet numérique
Date : Février 2015
Durée : 17 min 38
Lien vers la vidéo

Transcription

Voix féminine : Soft Power – L'alphabet numérique

Frédéric Martel : L'alphabet numérique, notre séquence qui décrypte les internets autour des mots du web, de ses expressions, ses tendances ou ses évolutions. Ce soir nous évoquons chiffrement, ou cryptage en anglais, avec Jérémie Zimmermann, cofondateur de la Quadrature du Net. On va définir le terme, l'expliquer, et ensuite on en débattra avec vous, Jérémie Zimmermann. Il y a différents mots qui sont utilisés : on parle de cryptologie, de cryptographie ; on parle de chiffrement, de cryptage, d'encryptage. Pour s'y retrouver, comment est-ce que vous définiriez ces termes et les distinctions qui existent entre eux ?

Jérémie Zimmermann : Déjà ils ne sont pas tous interchangeables. Lorsqu'on parle de chiffrement ou de cryptage, on parle de l'action de transformer un message pour le rendre déchiffrable seulement par celui ou celle qui possède la clef. C'est une façon de protéger ses communications.

Frédéric Martel : Donc la clef de chiffrement, quoi.

Jérémie Zimmermann : Voilà. En utilisant les mathématiques, ça ne fait pas mal, n'ayez pas peur, en utilisant donc les forces de la nature pour s'assurer que seul son correspondant soit en mesure de lire le contenu de son message. On peut chiffrer n’importe quel type de communication, que ce soit sa messagerie électronique, que ce soit sa navigation web, ses ''chats'', ses discussions online, ou même la voix. On distingue plusieurs types de chiffrement notamment le chiffrement symétrique et le chiffrement asymétrique. Le symétrique est celui dans lequel les deux correspondants partagent une même clef, ce qui est pratique si on se rencontre et qu'on peut échanger la clef, mais un peu moins pratique si vous souhaitez discuter avec quelqu'un qui est de l'autre côté d'Internet.

Frédéric Martel : Parce qu'il faut s'envoyer la clef et donc, d'une certaine manière, il faudrait la chiffrer elle-même.

Jérémie Zimmermann : Exactement. Le chiffrement asymétrique règle cette question-là, car vous générez une paire de clefs qui sont liées l'une à l'autre, une clef publique et une clef privée. La clef privée vous la gardez pour vous et la clef publique vous la distribuez sur Internet. Votre correspondant peut donc trouver votre clef publique, l'utiliser pour chiffrer le message que vous pourrez déchiffrer seulement grâce à votre clef privée.

On distingue aussi le chiffrement de point à point du chiffrement de bout en bout. Le chiffrement point à point est seulement entre certaines parties du réseau et implique donc de faire confiance à certains acteurs en chemin, alors que le chiffrement de bout en bout se fait d'individu à individu, d'un bout du réseau à l'autre bout du réseau. Lorsque l'on chiffre de bout en bout, vous générez votre clef de chiffrement, je génère ma clef de chiffrement et de là on n'a pas besoin de faire confiance à Google, à Apple, à Orange ; on est autonome ; nous pouvons prendre en main la sécurité de nos données et de nos communications, ce qui est un petit peu indispensable par les temps qui courent et au vu des révélations d'Edward Snowden au sujet de la NSA. Car, comme on le sait maintenant depuis quelques mois, tout, sur Internet, est écouté, est collecté, est analysé pour être ensuite réutilisé à des fins d'espionnage économique ou politique. On sait également que toutes les technologies commerciales de chiffrement ont été activement sabotées par la NSA et son programme « Bullrun » à 250 millions de dollars par an. Et donc la seule solution ici c'est d'utiliser le Logiciel Libre, le logiciel public, le logiciel bien commun qui appartient à tout le monde, afin de protéger soi-même ses communications. Ce que l'on apprend aussi, qui est essentiel, par Edward Snowden, c'est que le chiffrement marche. Lorsqu’il est bien fait, lorsque des précautions sont prises, le chiffrement fonctionne même contre une des institutions les plus puissantes du monde qu'est la NSA. Si Edward Snowden est encore en vie aujourd'hui pour en témoigner c'en est bien la preuve.

Extrait du film Citizenfour

Frédéric Martel : Un extrait du film « Citizenfour » de Laura Poitras, à propos d'Edward Snowden. Le film sortira en France, en salle, le 14 mars.

Jérémie Zimmermann : Il est d'ailleurs disponible sur BitTorrent depuis cette semaine, pour qui souhaiterait le voir.

Frédéric Martel : Voilà, qui le détient de manière illégale. Les raisons du chiffrement. On a évoqué les différents chiffrements mais quelles en sont les raisons ? On a évoqué Snowden, à l'instant on écoutait un extrait donc de ce film, mais il y a des raisons individuelles, il y a des raisons par des entreprises, des raisons aussi pour des gouvernements ?

Jérémie Zimmermann : Eh bien, une raison assez essentielle est que la protection de la vie privée est une liberté fondamentale.

Frédéric Martel : C'est même le quatrième amendement de la Constitution américaine.

Jérémie Zimmermann : Et le secret des communications est garanti par la loi. On sait qu'une des caractéristiques des régimes autoritaires, totalitaires, est la surveillance de masse, est d’espionner la totalité des citoyens pour pouvoir les maintenir sous contrôle. On sait que lorsque l'on sait que l'on est espionné, lorsque l'on se sent espionné, ses comportements changent, on assiste à une autocensure, aussi bien au propre, vis-à-vis de l’expression, qu'au figuré ; par exemple vous n'irez pas à une première réunion d'un nouveau parti politique si vous savez que le gouvernement autoritaire peut l’apprendre ; si vous savez que vos communications téléphoniques sont toutes écoutées, vous n'allez pas appeler un docteur pour parler d'une MST ou d'un avortement. Et donc, en tout temps, la surveillance a été un outil de contrôle social et d’oppression. Et on sait aujourd'hui que cette surveillance est globale, sur Internet, depuis le 11 septembre 2001, depuis que le général Keith Alexander a pris la tête de la NSA et imposé cette nouvelle doctrine qui est « collect it all », tout collecter, pour tout stocker, pour ensuite, potentiellement, tout réutiliser. Depuis que l'on sait également que cette collecte massive de données concerne absolument tous les vecteurs, tous les protocoles, tous les types de communication, et est utilisée à des fins d'espionnage industriel. On se souvient que les employés de l'entreprise Petrobras, le premier opérateur énergétique brésilien, étaient tous espionnés grâce à cette surveillance de masse. Et ainsi, la surveillance, comme un instrument de domination économique et politique, est création d'injustice profonde à l'échelle de la planète tout entière.

Frédéric Martel : Face à ces problèmes, il y a donc des techniques de chiffrement. Pour prendre une image toute simple, on peut envoyer un courrier par la poste, ça peut être une carte postale, dans ce cas elle peut être lue, ou alors on la met sous enveloppe et, pourquoi pas, même dans une valise diplomatique.

Jérémie Zimmermann : Exactement. Lorsqu'on parle de chiffrement on parle d'enveloppes qui, à priori, sont très difficiles à ouvrir en chemin. Comme nous le disait Edward Snowden, le chiffrement correctement mis en œuvre fonctionne. Donc on exclut, là, tous les produits commerciaux provenant des États-Unis, depuis que l'on sait qu'ils ont été activement sabotés par la NSA. Ça veut dire tous les logiciels de Microsoft.

Frédéric Martel : Distinguons, justement. D’abord des logiciels commerciaux, ensuite des Logiciels Libres.

Jérémie Zimmermann : Ensuite les Logiciels Libres, donc les Logiciels Libres de chiffrement. Les Logiciels Libres ce sont donc les logiciels biens communs, qui appartiennent à tout le monde, sur lesquels l'auteur fait le choix de conférer à l'humanité toute entière les mêmes libertés dont il jouit sur son œuvre, à savoir liberté d'utiliser le logiciel, de le copier, mais aussi d’étudier son fonctionnement et potentiellement de le modifier. Et pour cela, l'auteur met à disposition le code source du logiciel qui est l'équivalent pour un plat cuisiné de sa recette.

Frédéric Martel : Sa recette.

Jérémie Zimmermann : Comme si vous arriviez au restaurant et qu'à côté de l'assiette on vous posait, voilà, 25 grammes d'ail pelé, mis à tel moment dans la poêle.

Frédéric Martel : Puisqu'on parle d'ail pelé, on pourrait parler d’oignon pelé.

Jérémie Zimmermann : On pourrait parler d'oignon, tout à fait.

Frédéric Martel : Puisque c'est une des techniques classiques, ce qu'on appelle typiquement Tor, « onion routing », c'est-à-dire comme des peaux d'oignons, il y a tout un tas de couches et on ne va pas pouvoir, en fait, atteindre le cœur du message.

Jérémie Zimmermann : Tor est un logiciel de chiffrement et d'anonymisation, surtout d'anonymisation de ses communications sur Internet, qui utilise donc le chiffrement et qui permet de relayer ses données à un ensemble d'intermédiaires sur le réseau, qui ne seront pas conscients ni de l'émetteur, ni du destinataire, pour, en quelque sorte, brouiller les pistes. Tor est utilisé dans le monde entier par des dissidents politiques, par des journalistes, par des activistes dans des régions où s'exposer, s'exprimer publiquement, peut être la différence entre la vie et la mort. Et Tor est un outil essentiel pour pouvoir communiquer en toute liberté aujourd’hui sur Internet. On pourrait également citer GPG, le ''GNU Privacy Guard'', qui sert, lui, à chiffrer ses e-mails, ou encore OTR, « Off-the-Record », qui sert, lui, à chiffrer les « chats » sur Internet. C'est par ce biais, on le voit très bien dans le film « Citizenfour » de Laura Poitras, qu'Edward Snowden a pu correspondre avec les journalistes, donc Laura Poitras et Glenn Greenwald, qui lui ont permis d'orchestrer la fuite de ses documents. Et c'est donc grâce à la fiabilité d'OTR qu'Edward Snowden est en vie aujourd'hui, c'est une sacrée publicité. On peut recommander à notre public de tester toutes ces technologies au travers du système d'exploitation Tails, T, A, I, L, S, qui est un système « bootable » qu'il suffit de copier sur une clef USB. Ensuite cette clef vous permet de démarrer n'importe quel ordinateur, dans un système d'exploitation particulièrement sécurisé, blindé, dans lequel toutes ces technologies sont disponibles. C’est ce qu'a utilisé, encore une fois, Laura Poitras.

Frédéric Martel : Vous avez évoqué les logiciels commerciaux que, par ailleurs, vous dites, enfin vous expliquez qu'ils ont été, en tout cas, ils peuvent être infiltrés par la NSA depuis le programme existant ''Bullrun''. Mais, quels sont-ils ? On parle des VPN, on parle des proxy, il y a des ''filters breakers'', ''Freegate'', ''4shared'', etc, on ne va peut-être pas les détailler, mais quelles sont leur force, malgré tout, et peut-être leur fragilité ?

Jérémie Zimmermann : Par définition, ces produits commerciaux sont rendus accessibles, quelque part au grand public, il ne faut pas se poser la question, on clique ici, ça marche tout seul. Et c'est perçu par beaucoup comme une valeur ajoutée.

Frédéric Martel : Après, il n'y a pas que la NSA. On peut aussi vouloir coder pour plein de raisons ses messages, donc ?

Jérémie Zimmermann : Bien sûr, non non bien sûr. On a tous quelque chose à cacher, au moins de quelqu'un. Ça peut être d'une femme, d'un mari, d'une ex-femme, d'un ex-mari, d'un patron, d'un ex-patron, ou d'un ami, un ex-ami.

Frédéric Martel : Peut-être qu'un VPN, ou un proxy ou un « filter breaker » suffit d'une certaine façon ?

Jérémie Zimmermann : Peut-être, peut-être, en même temps ce que l'on sait c'est que la NSA stocke tout et le réutilise plus tard. Donc, le jour où vous deviendrez peut-être un journaliste ou un politicien, vous commencerez à gêner.

Frédéric Martel : Mais là, c'est orwellien à ce moment-là.

Jérémie Zimmermann : Hélas, je crois que c'est le monde dans lequel on vit. La différence avec le Logiciel Libre, c'est qu'il faut un certain temps pour prendre en main, pour comprendre. Il faut apprendre, et comprendre, et partager la connaissance pour les utiliser correctement. Mais on a déjà des cas dans l'histoire où, avant les années 50, personne n’utilisait de savon pour se laver les mains. Et il a fallu une grande campagne pour expliquer « voilà, il faut faire cet effort ». Avant les années quatre-vingt, personne n’utilisait de préservatif. Il a fallu, là-aussi, une campagne pour que chacun comprenne que, même si c'est un peu compliqué, pas forcément agréable, ça vaut vraiment le coup. Eh bien de la même façon, sur Internet, communiquons couverts par le chiffrement.

Frédéric Martel : Pierre Haski.

Pierre Haski : Ce que vous dites, de manière assez éloquente, on le sait globalement, surtout depuis les révélations de Snowden, et pourtant très peu de gens le font, y compris, on a eu l'exemple il y a quelques jours, au Monde. Le Monde a été victime d'une attaque de ''phishing'', donc un faux e-mail, qui semblait amical, et qui a permis de contrôler toutes les boîtes mails du Monde pendant des heures. C'est-à-dire que, même dans un journal qui devrait être conscient, ça ne se fait pas. Pourquoi cette réticence ? Je vois bien la comparaison avec le préservatif.

Jérémie Zimmermann : Hélas, hélas, il faut très souvent une catastrophe pour que les gens réalisent l'importance essentielle de la protection de ses données personnelles. De la même façon qu'il faut, une fois, perdre tout son disque dur pour se dire « tiens, il faudrait que je fasse des copies de sauvegarde, il faudrait que je fasse des ''backups'' ». J'ai l'impression que, de toute façon, cela va prendre du temps et que ça ira peut-être par cercles concentriques autour des hackers déjà conscients de ces questions techno-politiques depuis un certain temps. Et, contrairement à ce que vous dites, moi je vois un nombre croissant de journalistes qui utilisent aujourd'hui le chiffrement. Entre il y a deux ans et aujourd’hui, je connais sans doute dix fois plus de journalistes qui chiffrent leurs mails ou qui utilisent au moins de temps en temps le « chat » chiffré, parce que les journalistes sont parmi les premiers exposés ; et la même chose chez les activistes. Je pense, effectivement, qu'il faut aller expliquer aux journalistes que la protection des sources, aujourd'hui, ça passe impérativement par la protection de ses données et de ses communications et que c'est un travail qui risque de prendre longtemps, mais dont on perçoit déjà les premiers signes.

Frédéric Martel : Agnès Chauveau.

Agnès Chauveau : Sans doute y a t-il un travail pédagogique, qui est déjà entamé dans ces fameuses cryptoparties, où l'on enseigne, justement, l'art d'encoder, de crypter les e-mails. Mais vous êtes beaucoup en amont du processus, c’est-à-dire que vous militez pour que tout le monde utilise ces logiciels de façon à protéger ses e-mails. Qu'est-ce que vous pouvez nous dire, finalement, du traitement des données ? Parce que toutes ces données qui sont accumulées par la NSA ou par d'autres organismes, finalement comment arrive t-on à faire le tri pour rechercher vraiment ce que l'on souhaite trouver ? Est-on vraiment menacé du coup ? Parce que on peut se dire, que l'immensité nous préserve un peu !

Jérémie Zimmermann : Effectivement, c'est difficile d'envisager et de penser l'ampleur de cette surveillance de masse.

Agnès Chauveau : Comment chercher Jérémie Zimmermann dans un flot ?

Jérémie Zimmermann : Il est confortable de se dire qu'il y a trop de données pour qu'on puisse s'en apercevoir, mais ce que l'on sait, c'est que les données se recoupent, et qu'une entreprise comme Google, par exemple, en sachant le nom de tous vos correspondants, le vocabulaire que vous employez, tous vos trajets, ce que vous cherchez, Google sait aussi tout ce que vous lisez sur Internet. Pour peu qu'il y ait un bouton Google +, une pub Google, ou que le site utilise Google pour faire ses statistiques d'analyse, c'est-à-dire à peu près 95, ou plus, pour cent, des sites que vous consultez, Google connaît toutes les pages que vous lisez. Et donc, quand on agrège toutes ces données, on fait des profils qui sont d'une précision diabolique. Il ne s'agit pas de savoir, en temps réel, ce que vous faites. Juste dans dix ans, on regardera qu'est-ce que vous avez lu sur Internet pendant dix ans, qui vous connaissez, qui vous fréquentez et on saura faire pression sur vous, on saura vous contrôler. Vous décrivez les cryptoparties. Oui, pour répondre encore à la question de Pierre Haski, je pense qu'on est encore en train d'expérimenter, avec de nouveaux modes d'organisation sociale, comme les cryptoparties, comme les ''hackerspaces'', dans lesquels on partage la connaissance sur ces sujets-là, de forme un petit peu nouvelle. Et le fait qui me marque ici, c'est qu'on fait ça en dehors d'Internet. Et peut-être que grâce à Edward Snowden et à la surveillance de masse, on est, en fait, en train de réapprendre tout simplement à vivre ''offline'', de temps en temps, à enlever la batterie de son téléphone, à se tenir loin d'un ordinateur, pour avoir peut-être de vraies relations humaines, à nouveau, et peut-être que cela fait partie de cet apprentissage.

Frédéric Martel : Pour terminer, Jérémie Zimmermann, il y a des lois qui sont adoptées comme la loi antiterroriste fin 2014, en France. David Cameron en Angleterre a parlé d'interdire le chiffrement, justement. C'est aussi un débat, bien sûr, aux États-Unis. Quel est votre point de vue ? Mais aussi, mais comment est-ce que ce débat peut se solutionner ?

Jérémie Zimmermann : C'est d'une bêtise crasse, ces propos de Cameron. On a déjà eu une interdiction du chiffrement jusqu'aux années 90, qui a dû forcément être libéralisé. Il sera impossible d’empêcher ces Logiciel Libres de circuler. On voit qu'à Cuba, où la population est ''offline'', c'est par des clefs USB que l'information s'échange. Donc s'il s'agit d'imposer aux éditeurs commerciaux de laisser des ''backdoors'', des portes dérobées, dans leurs logiciels pour permettre à tous les gouvernements du monde d'y accéder, c’est très bien ! Ça fera une grande campagne de pub pour le Logiciel Libre. Hélas, cela fait partie d'une tendance répressive qui ressurgit au premier attentat, à la première bombinette, au premier coup de kalachnikov. Aujourd'hui, le gouvernement déploie activement la censure des sites au nom de la lutte contre le djihadisme. Quand il s'apercevra que ça ne fonctionne pas, parce que tous les djihadistes commenceront à utiliser Tor, alors il y a gros à parier que l'étape d'après ça va être de tenter d’interdire Tor, et c'est effectivement, là, une tendance extrêmement dangereuse. Je pense, au contraire, que lorsqu’un maximum de citoyens utilisent les techniques de chiffrement et prennent en main, eux-mêmes, la sécurité de leurs données et de leurs communications, on bâtit un modèle de sécurité décentralisée, dans laquelle chacun a un petit peu de la sécurité entre ses mains et que l'on bâtit ainsi un principe…

Frédéric Martel : Mais accéder aux informations entre terroristes ou entre pédophiles, etc, c'est peut-être quand même une bonne chose ?

Jérémie Zimmermann : Oui. Des terroristes vont protéger leurs communications, mais aussi des dissidents et des activistes. Et lorsque l'on voit comment fonctionne la chasse aux terroristes et comment fonctionne la surveillance. C'est par de la surveillance ciblée, par des moyens humains, par l'infiltration des réseaux, ce que l'on oublie un petit peu de faire lorsque l'on a l'illusion qu'avec les grosses machines, à tout savoir, tout le temps, on va résoudre la question du terrorisme. C'est précisément l’erreur qu'ont faite les Américains après le 11 septembre 2001 et j'ai l'impression qu'on est en train de s'engouffrer dans exactement la même erreur.

Frédéric Martel : Jérémie Zimmermann est cofondateur de La Quadrature du Net. Les mots, les tendances du web décryptés. Retrouvez l'alphabet numérique en podcast sur le site franceculture.fr, rubrique l'alphabet numérique. Pour retrouver tous les anciens mots de cet alphabet, consultez notre page alphabetnumérique.com.

... / ... Lire la suite

(14/08/2015 @ 10:38)

Braderie de Lille 2015  Voir?

5 Septembre 2015 - 09:00
6 Septembre 2015 - 18:00

La Braderie de Lille est l’évènement européen de la rentrée de septembre. Entre 2 et 3 millions de bradeux, chalands, badauds, chineurs de toute
sorte ; jeunes, vieux, enfant, familles, viennent s'y retrouver dans une ambiance festive.

Un village Logiciel Libre est proposé par Chtinux, le GULL de Lille sur la place du vieux marché aux chevaux, avec la participation de plusieurs associations.

La braderie de Lille 2015 débutera le samedi 5 septembre 2015 à 14 heures et s'achèvera le dimanche 6 septembre à 23h.

L'April y tiendra un stand. Vous pouvez y participer en vous inscrivant sur notre wiki, ou tout simplement passer sur le village et profiter de la Braderie.

... / ... Lire la suite

(11/08/2015 @ 14:07)

Humanisme et informatique libre : une lecture philosophique. Véronique Bonnet  Voir?


Nom de l'orateur

Titre : Humanisme et informatique libre : une lecture philosophique
Intervenant : Véronique Bonnet
Lieu : RMLL2015 - Beauvais
Date : Juillet 2015
Durée : 31 min 56
Lien vers la vidéo
Lien support fichier source
Lien support format PDF

Description

Le but de cette communication est de montrer pourquoi les programmes éducatifs qui formeront les citoyens internautes de demain ne peuvent pas se réduire à une formation technique. Mais se doivent de reformuler les questions qui ont été celles de l’humanisme, sur la place de l’homme, son rapport aux autres et à lui-même dans l’usage qu’il fait des nouveaux dispositifs informatiques. L’exemple du projet de filière "humanités et sciences numériques".

Transcription

Humanisme et informatique libre. J'ai précisé « une lecture philosophique », pour que vous ne soyez pas surpris. Parce que, tout simplement, mes outils sont ceux de la philosophie. Il se trouve que je suis professeur de philosophie. Mais un professeur de philosophie qui essaie de retrouver dans les grandes questions qui mobilisent actuellement la communauté libriste - qui est celle de retrouver des formes que, peut-être, la philosophie a déjà visitées en d'autres temps - et, par exemple, la question de la place de l’humain par rapport à la technique. Je vais commencer par un postulat que je vais passer ensuite - (je pense que j'ai jusqu'à quarante, c'est ça ?) - que je vais passer, donc, un certain temps à essayer d’expliquer.

Je vais dire que les menottes numériques peuvent être, en même temps, des verrous existentiels. Qu'est-ce que j'entends par là ? DRM1, menottes numériques, portes dérobées, portent atteinte à ce qu'on veut faire de l'informatique, mais peut-être aussi, parce que l'informatique touche à la vie même, à nos existences. Qui se trouvent endommagées, qui se trouvent pillées, parfois foulées aux pieds, par des entreprises qui, en position dominante, font de l'utilisateur un outil. Or, il se trouve que, surtout à partir de la Renaissance, une notion qui est celle de l'humanisme, essaie de concevoir l'humain non pas comme un moyen : je vais t’utiliser parce que telle donnée, tel profil qui est le tien m'intéresse bien. Parce que je vais pouvoir inonder éventuellement tes écrans de tel produit que je veux vendre. Ou alors ça m'intéresse beaucoup de voir avec qui tu corresponds, quel est ton sociographe, quel est ce dessin qui va vers différents destinataires, différents interlocuteurs. Parce que, si je le sais, peut-être que je pourrai avoir idée de toi. Je pourrai te proposer tel type d’assurance ou tel type d’ouvrage, pourquoi pas ? Or il se trouve que le free software, dans son projet2 le plus important, essaie de bien faire la différence entre utilisateur et outil. Et que cette proposition, elle est humaniste, parce qu'on appelle humanisme une perspective qui essaie de classer l’être humain au centre, qui fait de l'humain la finalité de toutes les actions, peut-être que toute parole et toute action n'ont de sens, prononcées par des êtres parlants, que si elles visent à accueillir un autre humain, à le respecter, à essayer de savoir de lui ce qui pourrait, d'une façon tout à fait riche, enrichir ma trajectoire propre. Et c'est pourquoi, je vais me permettre - parce que les menottes numériques sont des verrous existentiels véritablement, et le projet du ''free software est de lutter contre cet asservissement marchand - je vais me permettre de faire un détour par quelques repères philosophiques qui, vous allez le voir, se trouvent comme reflétés, retravaillés, déplacés par la philosophie GNU, notamment, et, notamment, par beaucoup de textes de Richard Stallman.

Je vais commencer délibérément mon exposé par la Free Software Song3. Alors peut-être que c'est trop tôt, de bon matin, pour faire une chorale. On pourrait quand même essayer. Donc « When we'll have enough free software at our call, hackers, at our call », Donc « quand nous aurons suffisamment de logiciels libres à notre disposition, à notre service, hackers, à notre service », « we'll kick out those dirty licenses for ever more, hackers, for ever more. », « nous pourrons jeter dehors, nous pourrons congédier ces licences sales, ces licences qui nous salissent, qui nous abaissent, hackers, pour toujours, pour toujours ».

Qu'est-ce qui est très remarquable dans cette proposition ? Parce que dans ce couplet de la Free Software Song, on fait l'hypothèse que certaines licences, par moment, aussi la chanson du logiciel libre parle de ''hoarders, ceux qui spéculent, ceux qui font des piles d'argent sur le dos de l’utilisateur qui, du coup, est simplement une source de métadonnées, qui simplement permet une rente, permet, dans la position dominante de certaines entreprises, d’être une sorte de vache à lait ou de chair. On parle de chair à canons, on pourrait parler de chair à data, corvéable, utilisable. Je crois que la dernière métaphore de Tristan Nitot4 était assez éclairante à cet égard, puisqu'il a parlé d'une analogie entre les clients de la ferme, après tout les animaux sont les clients de la ferme, alors qu'en réalité ils sont pourvoyeurs de saucisses, ils sont pourvoyeurs de gigots. Peut-être que les clients de Facebook, d'une certaine façon, qui se croient les clients de Facebook, sont des machines, sont des sources de data sonnantes et trébuchantes.

Après être partie de cette perspective de la chanson du free software, je vais faire deux postulats concernant le mouvement du logiciel libre. Premier postulat, il se trouve que la philosophie GNU5 travaille très intensément sur la dissociation entre l’utilisateur et l'outil. Il se trouve que faire son informatique comme on veut remet l’être humain au centre, il y a ici un humanisme. Et non seulement remet l’être humain au centre, en interdisant qu'on confonde utilisateur et marchandise, dans l'asservissement qui est celui contre lequel le projet GNU s'est élevé, mais en plus, faire son informatique comme on veut, ce sera mon deuxième point, faire son informatique selon la liberté 0, c'est, d'une certaine façon, c'est aussi un postulat d'humanisme, se faire soi-même. Je me déploie, je me reconfigure, je m'installe dans l'existence un peu autrement lorsque, par les textes que j'écris, par les mails que j'échange, par cette pratique dans nos vies personnelle et professionnelle de tous les instants de l’informatique, pourvu qu'elle soit libre, je me façonne moi-même, en faisant mon informatique comme je veux. Et c'est donc en ce sens, donc ce sont les deux postulats qui rendent compte de cette hypothèse de verrous numériques qui sont en même temps des menottes existentielles. À la fois, donc, l'informatique fait de l’être humain une fin, et pas un moyen : il va falloir qu'il s'installe dans l'existence, qu'il installe l'autre, qu'il laisse l'autre s'installer dans l'existence. Il ne s'agit pas simplement de rappeler que l'homme est une fin, il s'agit aussi de dire que s'il est une fin, par l’informatique libre qui est la sienne, sans verrou, sans évaporation de data, et sans faux-semblants sur la place qui est la sienne, il se trouve que l’être humain se construit. Il se trouve que l’être humain, parce que son essence n'est pas close, sa manière d’être, contrairement à celle des animaux, n'est pas fermée, il se trouve que, faisant son informatique comme il veut, alors il se construit, il se façonne.

C'est pourquoi, après les quelques repères philosophiques rapides que j'aurai évoqués, je parlerai du free softwaredans sa dissociation de l'utilisateur et de l'outil, et je parlerai du free software, ça il ne faut surtout pas l'oublier, comme forme de récréation. Eh oui, Stallman rappelle que, à écrire du code, aussi, on s'amuse. Il ne s'agit pas simplement de gagner de l'argent, il s'agit de s'installer dans l'existence d'une façon joyeuse, récréation, création. J'envisagerai en quoi le free software fait de la pratique informatique une pratique d'auto-constitution, inventive de soi. Quelque chose de créatif, quelque chose de gracieux, quelque chose de joyeux.

J'en viens à mes quelques repères philosophiques. Je vais opposer terme à terme. Nous sommes à la fin du Moyen Âge, nous entrons dans ce qu'on appelle la Renaissance et l'humanisme de la Renaissance. Je vais vous les présenter, d'abord, d'une façon simultanée. Vous avez reconnu, peut-être, l' « Homme de Vitruve », de Léonard de Vinci, c'est la deuxième œuvre. La première œuvre, c'est une œuvre des Frères Limbourg, qui est au musée de Chantilly, qu'on appelle « L'Homme et le Zodiaque »: basculement. L'humanisme de la Renaissance fait passer le statut humain…, vous voyez que là le statut humain est totalement corseté, l’être humain, qui est une créature déficitaire, une créature imparfaite, selon l'Antiquité et selon les théologies qui sont issues de l'Antiquité, est totalement comme déterminé par les formes célestes qui gravitent autour de lui, et ce qu’il est, et ce qu'il fait, est strictement tributaire d'un au-delà, d'une dimension qui est transcendante, dont il est simplement une chétive copie. Il est simplement une chétive copie de cela, il est simplement un être déficitaire. Et donc, dans « L'Homme et le Zodiaque », vous avez l'ensemble des formes des constellations, des dimensions qui sont comme un corset, et qui imposent à l’être humain une vie qu'il ne choisit pas. S'il est humain, il va pouvoir croître, se déplacer, contempler. Si c'est l'animal, [il] va simplement pouvoir croître et se déplacer. Si c'est une plante, elle va simplement croître. L’être qui, ainsi, est surdéterminé par des formes transcendantes, impératives, parfaites.

Qu'est-ce qui va se passer à la Renaissance ? Et je vais vous lire un texte de Léonard de Vinci dans son « Traité de peinture » : La Renaissance se réjouit que l’être humain soit imparfait. Elle se réjouit que un certain Épiméthée, l’étourdi, "celui qui pense après", Épiméthée, ait oublié l’être humain dans la distribution du venin au serpent, des griffes au lion, des écailles au requin. Il se trouve que Épiméthée a oublié l’être humain. C'est de toutes les créatures la créature la plus imparfaite, la plus inaboutie, la plus fragile. Et grâce à cette heureuse faute d’Épiméthée, et là c'est une constante dans la Renaissance, on se réjouit de cette imperfection-là, ça veut dire que l’être humain, au moins, incomplet, va pouvoir se donner une forme qu'il choisira, va pouvoir avec le feu prométhéen, avec la métallurgie, avec l'art des armes, avec la politique, avec les rapports entre cités, il va pouvoir se donner une essence, puisque, fort heureusement, il en est privé. Alors que le serpent, le requin, alors que la plante, ont déjà toutes les caractéristiques en elles, et chaque exemplaire de l'espèce est strictement l'exemplaire de l'espèce, modulo une transformation sur des générations et des générations. Tel n'est pas le statut de l’être humain qui, fort heureusement, est incomplet.

Que dit, par exemple, Léonard de Vinci dans son « Traité de peinture », lui qui se représente, d'une certaine façon, dans l' « Homme de Vitruve »? Et là, vous voyez que, dans l' « Homme de Vitruve » l’être humain est le centre et non plus une sorte de réceptacle douteux de toutes les formes qui gravitent autour de lui. C'est lui qui par sa gestuelle, qui par son énergie, va dessiner, autour de lui, des configurations belles, des configurations inouïes, qui n'existaient pas parce que, fort heureusement, il est incomplet, et donc il doit se donner une forme. Forme qui ne sera pas standard puisque la vie qu'il va se donner sera une vie composée et non pas une vie imposée. Que dit, par exemple dans le « Traité de peinture » Léonard de Vinci ? Il va dire, alors là on est à la limite, on n'oublie pas qu'en 1600 un certain Giordano Bruno est passé au bûcher, avec ses livres, il va dire, donc Léonard de Vinci, que l’être humain, parce qu'il est imparfait, est un créateur, que l’être humain est comme un maître et un dieu. Qu'il a la puissance, s'il veut représenter la mer, de faire surgir, par ses tableaux, par ses représentations, et par ses pensées, ce qu'il veut. On pense là l’être humain comme une source et non plus comme un réceptacle de composants qu'il doit intégrer d'une façon impérative.

J'ai parlé de Giordano Bruno, je pourrais parler aussi bien de Galilée, de Descartes qui, apprenant ce qui est arrivé à Galilée, renonce à faire paraître son « Traité du monde ». Il se trouve que cet humanisme de la Renaissance connaît une certaine pause, notamment avec la Contre-Réforme, avec les guerres de religion, et cet humanisme ressurgit au moment des Lumières. Vous connaissez le 18e siècle comme le siècle des Lumières, le retour en force d'une tentative d'émancipation de l’être humain, que ça soit par l'Encyclopédie de Diderot, d’Alembert, que ça soit par des traités politiques, comme ceux de Montesquieu qui dissocie l’exécutif, le législatif, le judiciaire qu'il ne faut jamais oublier, dans nos revendications très actuelles et très présentes. J'ai choisi cette proposition d'un humaniste qui s'appelle Rousseau, qui fait partie des philosophes des Lumières, qui fait une différence très essentielle. Là il parle du droit d'esclave, qu’est-ce que c'est le que le droit d'esclave ? « Je t'ai vaincu, je peux te mettre à mort, je suis le vainqueur. Je te propose de t’épargner, mais si je t'épargne, tu deviens mon esclave ». Et ça donne quoi ? « Je fais avec toi une convention toute à ta charge et toute à mon profit, que j'observerai tant qu'il me plaira, et que tu observeras tant qu'il me plaira ». Vous voyez qu’on est ici dans une dissymétrie, on est ici dans un pacte léonin. Que fait Rousseau dans le « Contrat social » ? Il va dire que le seul rapport politique, concevable et légitime, entre des êtres parlants, c'est un contrat qui soit véritablement un contrat, c'est-à-dire une loi qui soit proposée et non pas imposée. Parfois, lorsqu'on pense à certaines lignes très petites des contrats de Google ou de Facebook, « je fais avec toi… », bon, il y a quand même des échos de ce pacte léonin , de ces rapports dissymétriques, de ces positions dominantes, que l'humanisme, cette fois-ci des Lumières, va essayer de manifester.

Celui qui fait la synthèse de ce resurgissement, de la dissociation entre un humain qui est le centre, qui est la finalité de tout ce qui a lieu, de tout ce qui est dit, de tout ce qui est réalisé, celui qui fait la synthèse pour le siècle des Lumières, c'est un certain Kant, qui va rappeler que lorsqu'un être humain est sous tutelle c'est qu'il y a une anomalie. Lorsqu'un être humain est dans une éternelle minorité parce que son gouvernant, même s'il est un despote éclairé, prétend qu'il n'est pas mûr pour la liberté, c'est là que certaines formes mécaniques, c'est là que certaines structures répétitives, sont privatrices. La notion de privation, qui est très présente dans la philosophie GNU, qu'on va voir après, est une notion qui est récurrente dans les textes d’Emmanuel Kant. Voilà un autre moment de « Qu'est-ce que les Lumières de Kant » : « les préceptes et les formules, ces instruments mécaniques, d'un usage raisonnable ou plutôt d'un mauvais usage de ses dons naturels sont les entraves d'un état de tutelle permanent ». Là, il essaie encore de penser un être humain qui n'est pas asservi, qui n'est pas le moyen pour d'autres de briller, qui n'est pas le moyen pour l'autre de se manifester, qui n'a pas ses droits foulés aux pieds par des formes mécaniques et des formes techniques, et par des institutions.

Dernier rappel, qui, cette fois-ci, est plus proche de nous. Il se trouve que l'existentialisme, par exemple l'existentialisme d'un Jean-Paul Sartre, d'un Kierkegaard, donc au 20e siècle, il se trouve que très près de nous, l’existentialisme est un humanisme au sens où - et d'ailleurs c'est le titre d'un ouvrage de Sartre « L'existentialisme est un humanisme »- Sartre rappelle, donc dans la droite ligne, aussi bien de la Renaissance, des humanistes de la Renaissance, dans la droite ligne des humanistes des Lumières, il y a le rappel que l’être humain, en réalité, "n'a pas d'autre législateur que lui-même. Il n'est pas enfermé en lui-même, mais présent, toujours, dans un univers humain, c'est que nous appelons l'humanisme existentialiste".

Pourquoi avoir suscité ces trois rappels ? Parce qu'il se trouve que dans la philosophie GNU on va retrouver exactement ce rappel que l’être humain, en aucun cas, ne peut être réduit au statut de moyen. C'est ma seconde partie, qui va s'appeler GNU, utilisateur, outil. Je rappelle que le projet GNU vient d'un dysfonctionnement, bon, d'un dysfonctionnement, certes, de driver d'imprimante, ou plutôt de programme qui donne les ordres au driver d'imprimante, mais surtout d'un dysfonctionnement, puisque celui qui a acheté une imprimante, celui qui devrait pouvoir légitimement s'en servir, ne le peut pas.

Je vais faire référence à trois textes de Richard Stallman. Le tout premier s'appelle « Pourquoi le logiciel doit être libre »6. Et là, alors c'est très drôle, je vous conseille tout à fait ce passage-là, il se réjouit que les recettes de cuisine ne soient pas à la même enseigne que les logiciels. Pourquoi ? Parce que supposons que quelqu'un soit au régime, supposons que quelqu'un ait besoin qu'on enlève du sel de ses plats, si jamais il en était des recettes de cuisine comme des logiciels, alors il faudrait payer très cher. Voilà ce que répond le médecin : « Je serais heureux de le faire : mes honoraires ne sont que de 50 000 dollars, et entre temps j'ai une demande de la marine, entre temps il faut que je fournisse des biscuits pour la mer, et donc veuillez passer votre chemin ». Analogie, ce qui se passe dans l'informatique privative serait ubuesque, exactement dans le même sens.

Un autre texte de Richard Stallman, « Logiciel libre et éducation »7, et là, alors j'ai certainement dans le public de nombreux éducateurs, moi-même je suis professeur, dans ce texte, alors - j'ai mis à chaque fois où regarder dans la philosophie GNU - dans ce texte, il y a le rappel que éduquer quelqu'un, rendre autonome quelqu'un, ça n'est sûrement pas commencer par lui imposer des formes abusives, des formes dissymétriques, des formes privatrices. Et au sens où, dans l'éducation, le logiciel libre est plus qu'un dispositif technique, puisque c'est un dispositif d’émancipation, étant donné que celui qui l'utilise sait qu'il peut accéder au code source, il sait que ce qui l'émerveille peut être ramené à une chaîne de code. Et d'une certaine façon, ceci lui donne confiance, aussi bien, dans ses compétences à apprendre, aussi bien dans l'humanité, dans le patrimoine industriel, numérique de l'humanité, et ceci va l'aider, éventuellement, à grandir.

Un dernier texte de Richard Stallman 8. Il se trouve que je suis membre de l'April, membre du conseil d'administration de l'April. L'April cette année a lancé une pétition9 parce qu'étrangement, alors qu'il y a eu migration de la gendarmerie10, qu'il y a eu migration du ministère de l'Agriculture, on attend toujours l’interopérabilité dans le monde de l'éducation. Donc, si vous êtes dans le milieu de l'enseignement, que ce soit comme élève, étudiant, enseignant, portez sur la place publique cette étrangeté qui voudrait que, comme l'Open Bar de la Défense11, comme l'Open Bar de la Santé12, il y ait, comme des reconductions de contrat avec Windows dans l’Éducation nationale. Ce qui, non seulement, est sur le plan comptable, sur le plan de la citoyenneté, évidemment un déni, il n'y a pas d'appel d'offres, mais qui, en plus, brise l'égalité de l'usager devant le service public. Il se trouve que l'April a lancé une pétition et ne cesse de travailler ce dossier institutionnel.

Je passe à mon dernier point, et je vais montrer, donc que je vais appeler « Free Software, récréation, création », à partir du moment où on rappelle que l'utilisateur n'est pas un moyen, mais une fin, faire son informatique soi-même, faire son informatique comme on veut, c'est, en même temps, se faire soi-même. Donc, dimension récréative, libérale. On n'est pas dans une pratique qui est mercenaire. Je conseille cette lecture. C'est un texte qui s'appelle « Pourquoi le logiciel doit être libre », Richard Stallman rappelle que coder est amusant, que coder fait plaisir. Autrement dit, certains, pour faire de l'archéologie- ceux qui sont les fadas des temples et des pierriers-, ceux qui, pour la musique classique, ceux qui dans des métiers extrêmement peu payés, mais tout à fait gratifiants d'un point de vue humain, consentent à faire de leur passion leur métier néanmoins, ceux-là devraient pouvoir faire de leur passion pour le code, pour le logiciel libre, qui est gratifiant, qui est réjouissant, quelque chose aussi comme une tâche libérale, quelque chose qui ne va pas tomber sous la coupe de marchés, d'embauches, de situations dominantes, qui incitent ceux qui font du code à se tourner vers le logiciel privateur.

Un autre texte, que vous connaissez très certainement. Vous avez dans cette « histoire de l'informatique », de Philippe Breton, des références à des rêves, des références, éventuellement, à des formes de phantasmes. Qu'est-ce qui pousse quelqu'un à écrire du code ? Et Philippe Breton montre que créer une intelligence artificielle, qu'avoir pour interlocuteur, éventuellement, un système c'est aussi inventer une autre manière d'exister, c'est inventer une autre manière d’être humain, d’être homme, d’être femme. Si j'avais à retenir dans cette « histoire de l'informatique » -et je ne vais pas abuser de votre patience, et j'ai bientôt fini- si j’avais à me référer, par exemple, à la Renaissance : Philippe Breton se réfère à Paracelse, qui est un grand alchimiste, et se demande si le rêve de certains geeks n'est pas de créer de toute pièce autrement qu' en faisant un enfant, créer de toute pièce une forme intelligente. Vous savez que Marie Shelley dans son « Frankenstein », c'est aussi une référence de Philippe Breton, montre comment un homme, par un éclair galvanique, arrive à constituer un homme. On a ici, je dirais, tout le versant onirique, tout le versant inventif, et lorsque Marie Shelley écrit son « Frankenstein », elle le fait en compagnie d'un certain Lord Byron, père d'une certaine Ada13 qui, à côté de Charles Babbage, avec des algorithmes, avec les nombres de Bernoulli, va arriver à des formes abstraites, à des formes conceptuelles, absolument magnifiques.

D'où, et ceci sera ma conclusion, je termine par une œuvre de la Renaissance, qui s’appelle « L'allégorie de la Simulation », d'un certain Lorenzo Lippi. Théorie de la simulation. Que les masques ne soient pas pour nous, même si la référence à Anonymous, même si la cryptologie est plus que jamais à l’ordre du jour, que les masques ne soient pas simplement manifestations d'une occultation, d'une manière de rendre invisible le visible. Que faisons-nous lorsque nous faisons de l’informatique, lorsque nous concevons des manières inédites d'écrire du code ? Nous sommes dans une démarche joyeuse, qui va dynamiter les apparences, qui va faire de l’être humain quelqu'un d'autre, absolument non superposable à tous les autres. Autrement dit, lorsque nous écrivons du code, avec le logiciel libre, nous hackons, de manière joyeuse, aussi, les définitions que l’être humain a eues jusque-là.

Je vous remercie de votre attention.

Applaudissements

... / ... Lire la suite

(07/08/2015 @ 16:47)

Apéro April le 28 août 2015 à partir de 19h00 dans les locaux de l'April (Paris)  Voir?

28 Août 2015 - 19:00
28 Août 2015 - 22:00

Un apéro April ?

Un apéro April consiste à se réunir physiquement afin de se rencontrer, de faire plus ample connaissance, d'échanger, de partager une verre et de quoi manger mais aussi de discuter sur l'actualité et les actions de l'April. Un apéro April est ouvert à toute personne qui souhaite venir, membre de l'April ou pas. N'hésitez pas à venir nous rencontrer.

L'apéro a lieu à Paris notamment parce que le local s'y trouve ainsi que les permanents et de nombreux actifs. Membre ou pas de l'April vous êtes les bienvenus. Contactez-nous pour organiser un Apéro April dans votre région.

Quand et quoi

Le prochain apéro aura lieu le 28 août 2015 à partir de 19h00 dans les locaux de l'April au 44/46 rue de l'ouest, bâtiment 8, 75014 Paris (entrée possible par la place de la Catalogne, à gauche du biocop, au niveau des autolib), le téléphone du local est le 01 78 76 92 80 en cas de besoin.

Pour tous les détails et vous inscrire rendez-vous sur le pad.

... / ... Lire la suite

(01/08/2015 @ 14:12)

Lettre d'information publique de l'April du 1er août 2015  Voir?

Bonjour,

Début juillet a été occupé par les Rencontres mondiales du logiciel libre (RMLL) à Beauvais. L'association y a tenu un stand à destination des visiteurs et nous avons donné plusieurs conférences. Un grand merci aux organisateurs des RMLL et aux membres qui ont aidé à l'animation du stand. A eu lieu également la première édition de l'UDOS, au cours de laquelle a été annoncée l'adhésion à l'April de la Région Provence-Alpes-Côte-d'Azur.

Pendant ce temps la DISIC, Direction interministérielle des systèmes d'information et de communication, a résisté aux pressions et maintenu ODF comme format recommandé dans le RGI, Référentiel général d'interopérabilité. Pour en savoir plus, un podcast d'une émission sur radio RMLL 2015, consacrée au RGI, est disponible.

Les nouvelles sont moins bonnes au sujet du traité en cours de négociation TAFTA/TTIP, les eurodéputés s'étant prononcés pour un ISDS, mécanisme de règlement de différends, à peine déguisé. Côté droit d'auteur, le rapport Reda se révèle être une occasion manquée, en attendant la principale bataille qui aura lieu pendant la prochaine proposition législative sur la réforme du droit d'auteur, prévue pour la fin de l'année.

De son côté, le Conseil constitutionnel, en validant la majorité de la loi renseignement, valide également la mise en place de la surveillance de masse et l'atteinte aux libertés fondamentales. La mobilisation continue.

Malgré la période estivale le travail sur les dossiers se poursuit, avec, notamment, l'analyse de la version de travail du projet de loi numérique, ainsi que le suivi du RGI, et celui concernant les accords type Open Bar de Microsoft.

Le groupe Transcriptions ne chôme pas et a publié deux nouvelles transcriptions.

Un nouveau projet est en train de voir le jour : « Libre en cadeau » est son nom provisoire. Il s'agit d'un projet original pour une campagne visant à favoriser le financement de logiciels libres.

Les vacances commencent à peine, qu'il faut déjà penser aux événements de la rentrée et notamment la Fête de l'Huma, à la Courneuve, et le village Alternatiba, à Paris.

Consultez la lettre publique ci-dessous pour toutes les autres informations.

Si vous voulez nous soutenir, vous pouvez faire un don ou adhérer à l'association.

Loi renseignement validée par le Conseil constitutionnel : tristesse, déception, perplexité, mais la mobilisation continue

Jeudi 23 juillet 2015, le Conseil constitutionnel a validé la majorité de la loi renseignement. L'April dénonce la mise en place de la surveillance de masse et l'atteinte aux libertés fondamentales.

La Région Provence-Alpes-Côte-d'Azur adhère à l'April et renforce son engagement pour le logiciel libre

À l'occasion de la première édition de l'UDOS, Université d'été du développement de logiciel libre et open source, l'April a le plaisir d'annoncer l'adhésion à l'association de la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur (PACA).

Dossiers, campagnes et projets

Version de travail du projet de loi numérique

Le site Contexte s’est procuré une version du projet de loi numérique datant du début du mois de juillet. Ce document, qui date d’avant l’offensive du ministre de l’Économie, donne une vision des propositions à venir. L'analyse de ce texte est actuellement en cours de discussion sur notre liste interne dédiée aux différents dossiers de l'April.

Libre en cadeau

Sur la liste de discussion générale de l'association, de riches échanges ont permis de développer l'idée de monter une campagne, et de prévoir les outils adaptés, visant à inviter les libristes à se faire offrir des logiciels libres. Il s'agit de demander à nos amis, en lieu et place des cadeaux qu'ils souhaitent nous offrir (anniversaire, fête), de faire des dons à nos projets favoris. La discussion se poursuit désormais sur la liste publique de notre groupe Sensibilisation (inscription via l'interface web) et une page dédiée au projet a été créée sur notre wiki.

Sur le RGI la DISIC persiste : ODF recommandé, OOXML discrédité

La dernière version de travail du RGI, avant la validation finale, maintient le format ODF comme format recommandé pour les documents bureautiques au sein des administrations. Cette nouvelle version du RGI énonce des critiques argumentées sur le format OOXML de Microsoft. L'April remercie la DISIC d'avoir su résister aux pressions et de continuer à agir dans l'intérêt à long terme de l'ensemble des citoyens français et de leurs administrations. L'actualité du RGI a été discutée lors d'une émission sur radio RMLL 2015, le podcast de l'émission est disponible (35 minutes).

Les eurodéputés se prononcent pour un ISDS déguisé dans TTIP

Mercredi 8 juillet 2015, le Parlement européen a voté un rapport en faveur d'une version légèrement modifiée de l'ISDS (investor-state dispute settlement/mécanisme de règlement des différends) dans le traité TTIP (Transatlantic Trade and Investment Partnership), en cours de négociation. L'April, qui a appelé à refuser l'ISDS, regrette que le Parlement européen ait de nouveau succombé aux promesses de la Commission européenne et n'ait pas demandé la suppression définitive de l'antidémocratique ISDS au sein de cet accord commercial.

Rapport Reda : une occasion manquée, la réforme du droit d'auteur toujours en attente

Le 9 juillet 2015, le rapport Reda sur le droit d'auteur a été adopté en séance plénière par le Parlement européen. Quelques amendements ont été déposés et, à l'exception des tentatives de restrictions de la liberté de panorama, le texte adopté est quasiment le même que celui adopté en commission JURI en juin 2015. L'April regrette une occasion manquée, les mesures les plus importantes permettant de contrebalancer le droit d'auteur ayant été supprimées du rapport en commission JURI.

Transcriptions

Le groupe Transcriptions de l'April a publié deux nouvelles transcriptions :

Travail sur les dossiers en cours

La période estivale ne signifie pas une baisse de l'activité. Le travail sur les dossiers en cours continue (RGI, Open Bar Microsoft…). Plus de nouvelles à la rentrée.

Médias

Revue de presse

La revue de presse fait partie du travail de veille mené par l'April dans le cadre de son action de défense et de promotion du Logiciel Libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Emmanuel Charpentier qui s'occupe de la revue de presse fait une pause estivale. Rendez-vous à la rentrée.

Conférences, événements

Événements à venir

Événements passés

Vie associative

Travaux au local de l'April

Des travaux sont en cours au local de l'April à Paris. Nous occupons une partie des locaux de la société Easter-Eggs au 44/46 rue de l'Ouest, bâtiment 8, 75014 Paris. Les travaux consistent en : arrachage moquette, peinture sur les murs et portes, pose de parquet.

Stage vidéo du 1er juillet au 31 août 2015

L'April accueille Ethel de Sousa pour un stage vidéo du 1er juillet au 31 août 2015. L'un des thèmes de son stage est la réalisation/montage de courtes vidéos sur les RMLL (voire d'un reportage de 20/30 minutes) en se basant des interviews.

Ethel était présente aux RMLL et a fait plusieurs interviews.

Revue hebdomadaire

Chaque vendredi à midi pile les adhérents et les permanents qui le souhaitent passent en revue les tâches et actions relatives à l'April dont ils ont la charge lors de la « revue hebdomadaire April » sur IRC (canal #april sur irc.freenode.net, accès avec un navigateur web). La durée est limitée, généralement un quart d'heure. Cela stimule les bonnes volontés, suscite idées et contributions, permet de suivre les activités des autres et d'éliminer un certain nombre de problèmes bloquants...

Une page décrivant le principe d'une revue hebdomadaire est en ligne.

Vous pouvez en savoir plus en consultant en ligne les archives des premières revues hebdomadaires, et notamment la synthèse de la revue du 3 juillet 2015, la synthèse de la revue du 10 juillet 2015, la synthèse de la revue du 17 juillet 2015, la synthèse de la revue du 24 juillet 2015, la synthèse de la revue du 31 juillet 2015.

Adhésions

Au 1er août 2015, l'association compte 4 254 adhérents (3 841 personnes physiques, 413 personnes morales).

Soutenir l'association

L'April a besoin de votre aide. Vous pouvez faire un don à l'association et participer ainsi au financement de nos actions.

Pour faire un don à l'association, rendez-vous à l'adresse suivante http://www.april.org/association/dons.html (il est possible de faire un don par chèque, virement, carte bancaire ou encore prélèvement automatique).

Pour tout renseignement n'hésitez pas à nous contacter.

Rejoindre l'association à titre individuel

Dans une association, l'adhésion est un acte volontaire. C'est aussi un acte politique car c'est manifester son soutien à l'objet de l'association ainsi qu'aux valeurs qui le sous-tendent. Une adhésion fait la différence en contribuant à atteindre les objectifs de l'association.

Adhérer à l'April permet :

  • de défendre collectivement un projet de société ;
  • de s'investir activement dans la vie de l'association à travers ses groupes de travail et ses actions ;
  • d'être informé régulièrement des événements logiciel libre ;
  • d'agir sur les institutions à travers un partenaire incontournable ;
  • de soutenir financièrement les actions de l'association.

Il est possible d'aider l'association en lui donnant de son temps ou de son argent. Toutes les contributions sont les bienvenues.

Pour les hésitants, nous avons mis en ligne les réponses à de fausses idées classiques.

Pour adhérer à l'April, il suffit de vous rendre à l'adresse suivante : http://www.april.org/adherer?referent=lettre%20publique.

Pour tout renseignement, n'hésitez pas à nous contacter.

Rejoindre l'association en tant que personne morale

Que vous soyez une entreprise, une collectivité ou une association, adhérez pour participer activement aux décisions stratégiques qui vous concernent !

Votre structure a besoin de tirer le meilleur parti du logiciel libre et pour défendre ses intérêts, elle doit :

  • exercer une veille permanente pour se tenir informée des opportunités et des menaces ;
  • constituer et entretenir des réseaux relationnels institutionnels ;
  • être éclairée sur les contextes juridiques et stratégiques ;
  • contribuer à la défense de l'informatique libre face aux acteurs qui lui sont hostiles ;
  • mieux faire connaître et valoriser son action.

April est au cœur des grandes évolutions du logiciel libre. Adhérer à April permet :

  • de défendre collectivement un projet de société ;
  • de s'investir activement dans la vie de l'association à travers ses groupes de travail et ses actions ;
  • d'être informé régulièrement des événements logiciel libre ;
  • d'agir sur les institutions à travers un partenaire incontournable ;
  • de financer ou cofinancer des actions stratégiques.

Pour adhérer à l'April, il suffit de vous rendre à l'adresse suivante : adhérant dès maintenant à l'April.

Pour tout renseignement n'hésitez pas à nous contacter.

Archives

Pour recevoir automatiquement par courriel cette lettre, inscrivez-vous à la liste de diffusion : http://www.april.org/wws/info/april-actu.

Les archives de la lettre sont disponibles en ligne à l'adresse suivante : http://www.april.org/wws/arc/april-actu.

... / ... Lire la suite

(01/08/2015 @ 11:27)

Loi renseignement validée par le Conseil constitutionnel : tristesse, déception, perplexité, mais la mobilisation continue  Voir?

Paris, le 24 juillet 2015. Communiqué de presse.

Jeudi 23 juillet 2015, le Conseil constitutionnel a validé la majorité de la loi renseignement. L'April dénonce la mise en place de la surveillance de masse et l'atteinte aux libertés fondamentales.

La loi renseignement, votée par le Parlement français en juin 2015, avait fait l'objet d'une saisine inédite, à la fois par des députés, par le Président du Sénat, et par le Président de la République.

« De nombreux acteurs avaient également déposé des mémoires pour dénoncer les dangers de cette loi » rappelle Jeanne Tadeusz, responsable des affaires publiques de l'April. « Acteurs économiques, politiques, citoyens, ... s'étaient mobilisés contre les aspects liberticides de ce projet de loi ».

Malheureusement, le Conseil constitutionnel n'a pas tenu compte de ces arguments et a validé le texte de loi, en considérant que les atteintes importantes aux libertés fondamentales qu'il comporte sont justifiées par les arguments du gouvernement. Il a ainsi fait une analyse a minima du texte, et seules trois dispositions, dont celle concernant la surveillance internationale, ont été censurées.

« Le Conseil constitutionnel entérine donc un nouveau recul de nos droits fondamentaux et de nos libertés », conclut Frédéric Couchet, délégué général de l'April. « Aux côtés d'organisations comme La Quadrature du Net, la Fédération FDN (French Data Network) et bien d'autres, nous continuerons à nous battre pour protéger et restaurer nos droits et libertés. »

... / ... Lire la suite

(24/07/2015 @ 12:27)

Apéro April le 31 juillet 2015 à partir de 19h00 dans les locaux de l'April (Paris)  Voir?

31 Juillet 2015 - 19:00
31 Juillet 2015 - 23:59

Un apéro April ?

Un apéro April consiste à se réunir physiquement afin de se rencontrer, de faire plus ample connaissance, d'échanger, de partager une verre et de quoi manger mais aussi de discuter sur l'actualité et les actions de l'April. Un apéro April est ouvert à toute personne qui souhaite venir, membre de l'April ou pas. N'hésitez pas à venir nous rencontrer.

L'apéro a lieu à Paris notamment parce que le local s'y trouve ainsi que les permanents et de nombreux actifs. Membre ou pas de l'April vous êtes les bienvenus. Contactez-nous pour organiser un Apéro April dans votre région.

Exceptionnellement l'apéro a lieu le même jour que celui de nos amis de LQDN, il faudra choisir ou enchaîner :)

Quand et quoi

Le prochain apéro aura lieu le 31 juillet 2015 à partir de 19h00 dans les locaux de l'April au 44/46 rue de l'ouest, bâtiment 8, 75014 Paris (entrée possible par la place de la Catalogne, à gauche du biocop, au niveau des autolib), le téléphone du local est le 01 78 76 92 80 en cas de besoin.

Pour tous les détails et vous inscrire rendez-vous sur le pad.

... / ... Lire la suite

(15/07/2015 @ 13:45)

Alternatiba : Nos enfants nous remercieront - Village du Libre le 27 septembre 2015  Voir?

27 Septembre 2015 - 09:00
27 Septembre 2015 - 18:00

Venues de France et d’ailleurs en Europe plus de 12 000 personnes se sont réunies à Bayonne le 6 octobre 2013 à l’appel de l’initiative Alternatiba. Ce rassemblement a été l’occasion de mettre en lumière et de faire converger des initiatives citoyennes alternatives en matière d’enjeux climatiques, de justice sociale, d’économie solidaire, de relocalisations… En réponse à l’appel d’Alternatiba 2013, des francilien-n-es engagés dans des alternatives concrètes et motivés par la volonté de s’appuyer sur la réussite de ce projet souhaitent constituer un collectif francilien.

La région est riche de mille et une initiatives citoyennes qui proposent des alternatives alliant local et global. Un appel a été lancé à tout-e-s citoyen-n-e-s, toutes organisations ou collectifs qui se reconnaissent dans cette dynamique à participer à la réalisation de dizaines de villages des alternatives d’ici 2015, année de la 21ème conférence onusienne sur le climat (COP21) organisée en Ile de France au Bourget.

Alternatiba Ile-de-France est un mouvement francilien mettant en valeur des initiatives vers une transition écologique : alternatiba.eu/idf. Il propose au débat une grande initiative collective, un grand village des alternatives en Île-de-France lors du week-end des 26 et 27 septembre 2015, aux alentours de la Place de la République à Paris.

L'informatique fait aussi partie du plan pour lutter contre les monopoles que nous connaissons tous. Un « groupe de travail Numérique » s'est créé et a l'intention de mettre en avant les initiatives franciliennes des logiciels libres. Un village du Libre sera organisé le dimanche 27 septembre afin de présenter au grand public parisien toutes les alternatives qui existent. L'April, Parinux et Framasoft se sont engagées à remplir ce village et vous invitent tous à venir le visiter.

Ce village sera composé de plusieurs tentes-édifice. Plein de surprises sont prévues.

Ne ratez pas cet événement!

... / ... Lire la suite

(13/07/2015 @ 11:36)

Podcast sur le RGI enregistré lors des RMLL  Voir?

L'actualité du RGI a été discutée lors d'une émission sur radio RMLL 2015 par Jeanne Tadeusz de l'April en compagnie de Laurent Séguin de l'Aful et Christophe de l'association la Mouette. D'une durée de 35 minutes, elle est à la fois une occasion d'expliquer ce qu'est le RGI, quels en sont les enjeux, l'historique et l'actualité en cours.

Titre : RGI
Intervenants : April, Aful, La Mouette
Date : 8 juillet 2015
Durée : 35 min
Lien : Le podcast au format ogg et mp3

... / ... Lire la suite

(12/07/2015 @ 19:06)

Rapport Reda : une occasion manquée, la réforme du droit d'auteur toujours en attente  Voir?

Beauvais, le 9 juillet 2015. Communiqué de presse.

Le 9 juillet 2015, le rapport Reda sur le droit d'auteur a été adopté en séance plénière par le Parlement européen. Quelques amendements ont été déposés et, à l'exception des tentatives de restrictions de la liberté de panorama, le texte adopté est quasiment le même que celui adopté en commission JURI en juin 2015. L'April regrette une occasion manquée, les mesures les plus importantes permettant de contrebalancer le droit d'auteur ayant été supprimées du rapport en commission JURI.

Les paragraphes clés sur les DRM et l'interopérabilité ont été supprimés du rapport initial, le vidant de ses principales propositions. Malgré tout, les mesures les plus dangereuses (sur l'interdiction du droit de faire des hyperliens et la liberté de panorama) n'ont pas été adoptées non plus, rendant ce rapport pauvre mais pas dangereux en soi.

« Dans le paragraphe 24 du rapport initial, la première intention de Julia Reda était de créer un droit effectif l'interopérabilité des mesures techniques », a indiqué Frédéric Couchet, délégué général de l'April.« Malheureusement, "grâce" à Jean-Marie Cavada et à d'autres eurodéputés, ce paragraphe a été éliminé dès le vote en commission et n'a pas été réintroduit. Contrôler, imposer des restrictions, emprisonner, sont des méthodes qui recueillent encore la complaisance des eurodéputés, qui se sont montrés incapables de proposer des moyens d'améliorer la proposition initiale sur les DRM. ».

Au contraire, l'April pense que le moment est venu de faire une refonte globale de la manière dont le droit d'auteur est traité en Europe, y compris en remettant en cause des hypothèses fallacieuses qui biaisent l'approche de la Commission européenne vis-à-vis du droit d'auteur. L'April plaide pour l'abandon de l'approche fondée sur le désir de maintenir un modèle économique obsolète basé sur le contrôle des ressources numériques et l'usage privé. Rédiger une nouvelle directive sans changer les bases reviendrait à une fuite en avant.

« Faisons plutôt la promotion des usages créatifs d'Internet, de l'innovation et du développement de nouveaux modèles économiques respectueux des utilisateurs ainsi que des droits fondamentaux », conclut Jeanne Tadeusz, chargée des affaires publiques de l'April.

Le rapport Reda n'a pas de portée législative. La principale bataille aura lieu pendant la prochaine proposition législative sur la réforme du droit d'auteur, prévue pour la fin de l'année.

... / ... Lire la suite

(10/07/2015 @ 11:19)

1984, société de surveillance et Libre - V. Bonnet - L. Fievet  Voir?


Image introduction

Titre : 1984, Foucault, société de surveillance et Libre Intervenants :
Intervenants : Véronique Bonnet - Luc Fievet
Date : mai 2015
Durée : 43 min 58
Lien vers la vidéo

Transcription

Luc Fievet : Cette conférence sur la surveillance et le Libre, autour de 1984, va évoquer toute une série d'acteurs, en tout cas de références, qui tournent toutes autour de 1984 qui est une date bien pratique. On a, bien entendu, Orwell et le roman, bien connu, « 1984 » » ; nous avons Michel Foucault qui est mort en 1984. Nous avons, également, dans cette période-là, Edward Snowden et Richard Stallman.

Véronique Bonnet : Est-ce que tu dirais de ces quatre figures qu'elles font intervenir une alerte ? Est-ce que ce sont des lanceurs d'alerte ? Est-ce que, par exemple, on pourrait dire que le projet GNU de Richard Stallman, c'est comme l’antidote d'une montée en puissance à la fois de contraintes, de surveillances, de barrières à l'autonomie ? Que, par exemple, les concepts de Foucault auraient pu concevoir, éventuellement dissiper, ce dont Snowden aurait manifesté la réalité, Orwell fournissant la trame, fictive, permettant d’appréhender cette douleur infligée aux individus qui veulent décider, par eux-mêmes, de ce qu'ils font ?

Luc Fievet : Effectivement, on peut avoir ces quatre visions, cette notion de lanceur d'alerte, tu l'as reprise un peu à rebrousse-poil. Ce que je retiens, également, c'est qu'on en a deux dont on pourrait dire qu’ils annoncent, en gros, des catastrophes, que ce soit Orwell ou Foucault, chacun à leur manière, Orwell pour la partie totalitaire, Foucault pour cette question du pouvoir, du micro pouvoir, du bio-pouvoir en fonction des différentes subtilités de la notion. Et on a, comme ça, deux alternatives. On a Snowden, qui est un héros ; il a risqué sa vie pour faire ce qu'il a fait, il la risque encore, et Stallman avec le Logiciel Libre, qui a ouvert une voie, un antidote, ce que tu appelles un antidote, donc quelque chose qui serait son autre voie, une alternative à la figure de domination. On va commencer avec « 1984 » d'Orwell, parce que, finalement, c'est un bon point de départ et c'est quelque chose qui a marqué les imaginaires.

Notre première étape, c'est « 1984 » d'Orwell. Pourquoi commencer par là ? Parce que c'est un roman qui a vraiment marqué les esprits. C'est une référence qui est très souvent citée dès qu'on commence à parler de liberté et notamment de liberté numérique. Dans « 1984 », ça nous dépeint une dystopie, c’est-à-dire un autre univers qui aurait mal tourné. Un État, un système totalitaire, mais de chez nous, ça se passe notamment en Angleterre, donc dans le monde occidental et qui a tourné sur un système totalitaire. Le roman met en scène un personnage, qui s’appelle Winston, dont le travail consiste à réécrire l'histoire, en quelque sorte, dans la presse, à droite à gauche, puisqu'un des principes de ce pouvoir c'est d'évaporer des gens, c'est-à-dire de faire disparaître des individus, suite à des purges, par exemple, les faire disparaître complètement, c'est-à-dire comme s’ils n'avaient jamais existé. Pour cela il faut réécrire les articles de presse, les livres, et ce genre de choses. C'est également la même chose sur les évolutions des alliances et des choses comme ça. La mémoire doit correspondre à la fiction qui a été dictée par le le pouvoir. « 1984 » c'est également le télécran, qui est quelque chose qui a vraiment beaucoup marqué les esprits, c'est cette télévision qui va passer la voix de Big Brother. Big Brother c'est le pouvoir, donc amener toute cette propagande dans les foyers, mais qui, également, va espionner, donc écouter ce qui se passe à l’intérieur des maisons. Donc, c'est à la fois la voix et l’œil qui surveille. L'autre élément qui a retenu, qui a marqué les esprits, c'est la fameuse novlangue, donc une langue simplifiée, contrôlée et qui permet, finalement, de limiter la pensée, en limitant le vocabulaire et l’usage qu'on peut avoir de la langue. Donc Winston, là-dedans, lui va finalement s'écarter de ce modèle-là, en décidant, un jour, de faire quelque chose d'illégal.

Véronique Bonnet : Il va tenter, effectivement, quelque chose d’inouï, de décisif, il utilise ce terme-là. Il va essayer d'écrire un journal intime, ce qui, évidemment, est totalement saugrenu dans cette société qui est lisse, qui fait disparaître la moindre aspérité, comme tu l'as dit, à la fois en réécrivant la langue même qui décrit les existences, et en réécrivant, à partir de cette langue, l'histoire de chacun des individus lorsqu'ils s'écartent de la droite qui leur est tracée. A savoir, ne pas s'interroger, ne rien voir et se laisser voir sans du tout enquêter. Ce qui a été, malheureusement, tenté par Winston, qui, après une scène de torture finale, va rentrer dans les clous, très exactement.

Luc Fievet : Voilà. Donc, en fait, il pense pendant un temps avoir pris contact avec une sorte de résistance, on peut dire, de gens qui sont contre le pouvoir. Il s'avère que cette cellule de résistance est l’œuvre même du pouvoir et lui permet de récupérer les brebis galeuses. Et, à la fin du livre, il est longuement torturé pour le convaincre que 2 + 2 = 5, c'est -à-dire le faire rentrer dans sa réalité, faire rentrer le fantasme dans la réalité, ce qui est le propre d'un système totalitaire, c'est que le fantasme du dictateur doit devenir la réalité.

Véronique Bonnet : Là on est bien dans un conditionnement puisque les esprits finissent par suivre les mouvements qui sont impulsés aux corps eux-mêmes, et on est peut-être, dans ce qu'on appellera la « gouvernementalité », ce terme est de Foucault qui est, également, l'un de nos repères. Définition de la « gouvernementalité » : essayer, par le soft power, par la technologie douce, d'amener les populations où on veut qu'elles aillent, sans aucune discussion, sans aucune prise de recul. Étant donné qu'on ne se montre pas comme gouvernant, soit par le hard power, par la contrainte. On laisse faire les machines. Peut-être deux citations de « 1984 », qui disent à quel point l'audace de Winston est inouïe : « Faire un trait sur le papier était un acte décisif. En petites lettres maladroites, il écrivit 4 avril 1984. Il se redressa, un sentiment de complète impuissance s’était emparé de lui. Pour commencer il n'y avait aucune certitude que ce fut vraiment 1984, on devait être aux alentours de cette date, car il était sûr d'avoir trente-neuf ans, et il croyait être né en 1944, ou en 1945, mais par les temps qui couraient il n'était possible de fixer une date qu'à un ou deux ans près ».

Une citation qui dit à quel point cette omniprésence de la surveillance donne au corps lui-même quelque chose comme un malaise, un vertige spatio-temporel : Le corps de Winston s'était brusquement recouvert d'une ondée de sueur chaude, mais son visage demeura absolument impassible : ne jamais montrer d’épouvante, ne jamais montrer de ressentiment, un seul frémissement des yeux peut vous trahir.

Luc Fievet : Voilà. Donc « 1984 », plein d'enseignements, bien sûr. Et notre réalité, puisque évidemment, nous ne sommes pas dans un système totalitaire, ce n'est pas « 1984 », mais, dans notre réalité, il y a quelques éléments qui font réfléchir. Notamment Microsoft a déposé un brevet sur la Kinect, cette espèce de petite caméra liée la console de jeu, qui vise à contrôler la lecture de films en fonction du nombre de spectateurs qu'il y a devant la télévision. Donc l'idée c'est, enfin le système va automatiquement compter le nombre de téléspectateurs pour pouvoir facturer en fonction de leur nombre, et le raffinement est prévu, qui consiste à couper la lecture du film si quelqu’un vient se rajouter pendant cette lecture.

Il y a un autre exemple, qui est la télévision connectée de Samsung, qui est un exemple un peu plus récent, et cette télévision est une télévision moderne, elle a des commandes vocales. Or, il s’avère que le système de reconnaissance vocale n'est pas intégré à la télévision elle-même, mais tourne sur un serveur, quelque part en Corée, et donc la télévision est dotée d'un micro, elle enregistre constamment ce qui se passe, et tous ces éléments partent par Internet, sans être chiffrés, jusqu'au serveur où ils sont enregistrés, traités et stockés. Et quand le système repère une commande dans tous ces éléments qu'il a captés, il va, évidemment, envoyer la commande à la télévision. Cette affaire a fait du bruit, Samsung a fait marche arrière, parce que c’était clairement un télécran, un système qui envoie des images et qui écoute tout ce qui se passe, mais les téléphones portables qui fonctionnent sur de la commande vocale, sans qu'on n'ait besoin d'appuyer sur un bouton, font exactement la même chose, depuis un petit moment maintenant, et ça n'émeut pas grand monde. Des exemples comme ça on en a pas mal. On sait qu'aujourd'hui des systèmes automatiques reconnaissent très bien des visages. On a une capacité à traiter des photos, par exemple, des vidéos, pour identifier les gens automatiquement, de façon massive. Et donc, tout ça montre que le télécran, aujourd'hui, n'est plus une fiction, il est réel.

Il y a un autre élément qui, aujourd'hui, n'est plus une fiction, qui est l'évaporation, d'une certaine façon. On a à la fois le principe de filtrage internet pour faire disparaître des sites internet qui déplaisent, donc tout ce qui n'est pas dans la ligne de ce qui devrait être. Plutôt que de faire débat, d'en discuter ou ce genre de choses, ils vont être filtrés, on ne va pas les voir. Cette liste n'est pas connue ; si les personnes qui se sont fait filtrer ne se font pas connaître, on ne sait pas ce qui a été filtré. Une expérience, en Australie, nous a démontré qu'un site qui contestait cette loi de filtrage, qui était plutôt destinée à la pédopornographie, mais un site qui contestait cette loi, a été lui-même filtré. Et donc voilà. Et on a également le droit à l’oubli qui vise à effacer des choses qui étaient publiques, et donc on retrouve, un petit peu, cette idée de réécriture, de refaçonnage de notre mémoire, des traces qui sont laissées, pour que ça corresponde à ce qu'un pouvoir décide de ce qui doit être visible.

Véronique Bonnet : Oui, ce que tu montres bien c'est qu'Orwell, lui, essaie, alors, par des métaphores, par des descriptions, de mettre en évidence des rouages, des rouages de pression, des rouages du totalitarisme, que certains vont ensuite conceptualiser. Je pense, aussi bien, à Hannah Arendt, ses textes sur le totalitarisme et à Foucault, qui est notre second repère, dont la notion de « gouvernementalité » rend assez fidèlement ce qui est peint par Orwell, parce que ce néologisme-là, forgé par Foucault, désigne comment, d'une façon douce, par une emprise qui va être technologique, donc le « soft power », les corps sont amenés à aller là où on veut qu'ils aillent, sans s’interroger d'une quelconque manière. « Gouvernementalité » parce qu'il y a comme un savoir du pouvoir qui manie le fantasme du voir sans être vu, et du panoptique que « 1984 » d’Orwell commence à esquisser.

Luc Fievet : Donc la seconde étape de notre parcours c'est Michel Foucault. Michel Foucault est mort en 1984 et il a amené une subtilité, un détail, sur une idée qui court depuis très longtemps, sur cette idée de voir sans être vu, le panoptique. Et on a les premières phases de ces idées-là dès l'Antiquité avec Platon. Platon avait inventé l'Anneau de Gygès qui était un anneau qui rendait invisible, une idée qu'on retrouve dans beaucoup de récits, et dans son récit Gygès profite de cette invisibilité pour voler, donc faire des choses immorales. On n'est pas encore dans cette idée de voir sans être vu, mais on a déjà une première introduction de cette idée que, être invisible, relève d'une dimension corruptrice, et peut amener à des comportements immoraux. On a un deuxième élément chez Diderot. Il a écrit un conte érotique, qui s'appelle « Bijoux indiscrets », et qui permet au personnage de faire parler le sexe des femmes. Il se sert des capacités de ce bijou pour accéder à des informations sur les gens qui l'entourent, en sachant qui couche avec qui, et cela lui donne beaucoup de pouvoir. Dans la culture populaire on a également des exemples, on a l'homme invisible. L'homme invisible ne peut pas être vu et, un peu comme avec Platon, ça n'en fait pas quelqu'un de vraiment très sympathique. Ça a plutôt tendance à lui permettre d'abuser de son pouvoir. Et on pourrait citer également « Le Seigneur des anneaux » avec l'anneau de Sauron qui rend Frodon invisible et, notamment dans le film qui en est fait, quand il met cet anneau, il voit les gens comme ils sont. Il est également corrompu par cet anneau, avec cet appel de Sauron à le rejoindre et à tourner du mauvais côté. Donc cette idée, elle est là depuis longtemps.

Mais Foucault l'a poussée de façon beaucoup plus subtile et beaucoup plus détaillée, au travers d'un idéal qui est le panoptique, qui était une prison, inventée par Jeremy Bentham ; une prison qui a été sans doute construite mais jamais réalisée, vraiment, dans le sens voulu par Jeremy Bentham. Il s'agissait, en l’occurrence d'un bâtiment circulaire, et les cellules étaient contenues dans l'épaisseur du mur, avec d'un côté une porte pour rentrer dans la cellule et, de l'autre côté, une fenêtre. Et donc, du coup, comme la lumière passait au travers, on pouvait voir constamment ce que le prisonnier pouvait faire. Au centre de ce bâtiment circulaire se trouve une tour dans laquelle on met un et seul gardien qui, depuis sa tour, peut voir l'ensemble des prisonniers, constamment. Et bien sûr, la tour est faite de telle sorte qu'on ne puisse pas voir le gardien. Donc le gardien peut voir constamment chacun des prisonniers sans lui-même être vu. Le raffinement ultime, c'est qu'une fois que les prisonniers ont intégré le fait qu'ils sont observables constamment, on n'a même plus besoin de mettre de gardien, parce qu'ils vont, en tout cas régler leur comportement, sur le simple fait qu'ils sont constamment observables.

Véronique Bonnet : Cette question du panoptique s'articule à une problématique qui est centrale chez Foucault : c'est la question du rapport entre le savoir et le pouvoir. En effet, Foucault aperçoit, dans l'histoire des différentes cultures, deux cas de figure. Tantôt le pouvoir essaie d'avoir le monopole du savoir, à savoir que ceux qui gouvernent sont les sachants, les seuls à pouvoir disposer d'une vérité, qui est prétendument transmise d'une façon dynastique. Deuxième cas de figure, alors, c'est, par exemple, ce que Foucault appelle « la parenthèse enchantée », lorsqu'il arrive que le savoir, alors par exemple à l’âge d'or de la démocratie grecque jusqu'au 19e siècle, selon lui, il y a cette parenthèse enchantée, où il est possible, par les savoirs, par des enquêtes, par différentes modalités intellectuelles, de demander des comptes au pouvoir. Et là, c'est ce que le pouvoir n’aime pas, d'où l'hypothèse, que rappelait Luc à l'instant, à partir du 19e siècle, d'une discipline, d'un bio pouvoir, qui va s'exercer sur les circulations, sur les trajectoires, donc aussi bien l’hôpital, aussi bien la prison, l'asile, l'école, des espaces qui sont contraints, et qui, agissant sur les manières de se déplacer des corps, agissent, du même coup, sur les manières de penser.

Luc Fievet : On va donner une citation de Foucault sur ce que c'est que la discipline, c'est vraiment la notion centrale. Il disait de la discipline que c’était l'invention la plus importante de la modernité. « La discipline est une technique de pouvoir qui implique une surveillance constante et perpétuelle des individus. La discipline est l'ensemble des techniques en vertu desquelles les systèmes de pouvoir ont pour objectif et résultat la singularisation des individus. C'est le pouvoir de l'individualisation, dont l'instrument fondamental réside dans l'examen. L’examen, c'est la surveillance permanente, classificatrice, qui permet de répartir les individus, de les juger, de les localiser, et ainsi de les utiliser au maximum. À travers l'examen, l'individualité devient un élément pour l’exercice du pouvoir ». Donc, cette citation un petit peu longue, explique, en gros, un peu comment ça fonctionne. La discipline, on retrouve ces principes du panoptique qui est de diviser, de travailler sur chaque personne individuellement. Ce qu'il explique c'est que pendant l'Ancien Régime, l'individu n’était pas une notion à part entière, les gens appartenaient à leur village, à leur profession, à leur famille, et, sans ça, ils n'étaient rien du tout. Et notamment, quand on voulait punir quelqu'un, le bannissement était l'une des pires punitions qu'on puisse avoir. Il n'y avait guère que la peine de mort qui pouvait être pire que le bannissement. C'est-à-dire que se faire torturer, mutiler, c’était moins grave que d’être banni, parce que, à partir du moment où on n’était plus membre de son village, de sa famille, on n'était plus personne, on n'existait plus.

Et donc, la discipline a posé cette idée de travailler sur l’individu et l'examen c'est cette méthode qui consiste à faire des cases et à ranger des comportements des gens dans des cases qui sont pré-définies, qui sont en général grossières, qui vont simplifier, et qui vont permettre de classer, de dire qui sont les bons, qui sont les mauvais, et de faire travailler les gens là-dessus en les orientant, en disant vous devez acquérir tel et tel comportement qui correspondent aux cases qui permettent de vous juger et, également, de chiffrer tout ça. Aujourd’hui ce sont de choses qui sont vraiment complètement dans nos sociétés, dont on n'a pas nécessairement conscience. Si on voulait donner un exemple il y a la prison, l’hôpital, la caserne, etc. Pour moi, le supermarché est une très bonne illustration de ce que c'est que la discipline : on a des systèmes de surveillance, des caisses, avec des travaux de statistiques sur les caissières, un langage qui doit être formalisé, un uniforme. Les clients eux-mêmes sont quadrillés par, notamment, les cartes de fidélité qui permettent de savoir ce qu'ils consomment, etc. Tout ça est vraiment très pertinent encore aujourd'hui. Foucault a réussi à décrire ça de façon vraiment admirable.

Véronique Bonnet : Et non seulement il décrit cette discipline, cette manière d'endiguer, de canaliser, et de faire jouer contre l'autonomie un pouvoir qui garde pour lui le savoir, mais en plus, Foucault théorise une notion qui est la notion de ligne de fuite ou la notion d'hétérotopie. C'est-à-dire il se demande si, dans cet espace contraint, il est encore possible de faire un pas de côté ou d'avoir un certain recul, et il prend une très belle image qui est l'image de la Nef des fous. Au Moyen Âge, la Nef des fous était un bateau sur lequel [allaient] ceux qui avaient des formes de logique qui n'étaient pas habituelles,

Luc Fievet : Le panneau qui est tombé derrière nous était une parfaite illustration d'hétérotopie.

Véronique Bonnet : Voilà. Vraiment il y a chez Foucault une image qui est magnifique, donc à propos de ce navire qui parle directement aux internautes que nous sommes : « Le navire c'est l'hétérotopie par excellence. Dans les civilisations sans bateaux, les rêves se tarissent, l'espionnage y remplace l'aventure, et la police les corsaires ». Et là tout est dit.

Luc Fievet : Par rapport à tout ce que Foucault a pu dire et par rapport à l'avènement de l'informatique telle qu'on la connaît aujourd'hui, il y a quelque chose d'assez important, c’est-à-dire qu'il y a cette question de discipline, formalisée par Foucault, et aujourd'hui on pourrait parler d'une hyper discipline, parce que, dans le modèle du panoptique, le prisonnier est observable, potentiellement observable à tout moment, mais il reste quand même tributaire de la présence de quelqu'un pour l'observer. Et on a vu dans les systèmes autoritaires ou totalitaires que, eh bien, à moins de mettre un policier derrière chaque citoyen, sachant que chaque policier aura besoin lui-même d'avoir un policier derrière lui, on ne peut pas, constamment, surveiller tout le monde. Or, aujourd'hui, avec tout ce qu'on passe comme informations sur les réseaux, avec le big data, avec le traitement automatique des données, reconnaissances faciale, analyse du langage naturel etc, et l’enregistrement de tous ces éléments, on est dans un système où la surveillance est constante, générale, donc sur tout le monde, constante, et n'oublie rien, puisque toutes ces informations-là peuvent être stockées. Donc, aujourd'hui, ce modèle de Foucault est extrêmement pertinent, mais on peut considérer qu'il est, aujourd'hui, potentiellement poussé à quelque chose de bien plus sophistiqué, bien plus systématique, et, aussi, bien plus précis, puisque, évidemment, on arrive à connaître vraiment des menus détails dans les comportements des gens.

Véronique Bonnet : Tu parles, par exemple, ici, des traquenards technologiques ou des portes dérobées qui sont encore plus impitoyables que les couloirs de prison, d'une certaine manière. À cette référence à Foucault, je pense qu'il ne faut pas manquer d’insister sur une forme de clairvoyance, parce que lui, il parle beaucoup de réseaux. Il dit que la manière d'exister est en train de se modifier, et, bien sûr, il n'a pas prévu que ce qui est né libre, l'Internet, qui est acentré, qui permet, théoriquement, à quiconque d'accéder, où qu'il soit, à quoi que ce soit, assez rapidement va faire l'objet de confiscation, va faire l'objet, donc, de balises, que lui-même, par analogie, a pensé à propos de la technologie du 19e et du début du 20e siècle.

Luc Fievet : Notre troisième étape, c'est Edward Snowden. Edward Snowden est né juste un an avant 1984, en 1983, et, on peut le dire sans exagérer, c'est un héros. Il a risqué sa vie, et la risque encore, pour le simple fait d'avoir montré, en tout cas, révélé au monde l'ampleur de la surveillance du programme PRISM, américain, de la NSA. Et c'est une figure intéressante, parce qu'il a réussi, tout seul, ou presque, à passer au travers des mailles du filet et donc à échapper à cette hyper discipline dont on parlait, qui semble absolument implacable. Cet individu, héroïquement, arrive, finalement, à casser le système ou en tout cas à lui tailler une croupière et c'est quelque chose d'admirable.

PRISM, il faut en parler, c'est un système, une sorte de programme de la NSA, de surveillance massive de la population. En gros, ils ont un certain nombre de cibles qui les intéressent, alors c'est beaucoup d’espionnage industriel ou diplomatique. Ils ont des gens intéressants, donc des chefs d’État, des décideurs économiques et ils vont surveiller jusqu’à trois niveaux de relation à partir de ces personnes-là. C'est le principe des three hops, les trois sauts, et, évidemment, trois niveaux de relation, la personne qui connaît la personne qui connaît la personne qui connaît la personne, ça fait beaucoup, beaucoup de monde, ça fait des millions d'individus. Donc c'était une des révélations assez fracassante de ce que Snowden a pu nous faire connaître.

Véronique Bonnet : Pour avoir une unité d'échelle, on a idée de la surface de ce que prendraient les armoires de la Stasi ?

Luc Fievet : Effectivement, c'est un travail que certaines personnes ont fait. Elles ont montré, si on fait ça sur Paris, que les archives de la Stasi tiendraient, dans des armoires standardisées, à peu près sur le Champ de Mars, à peu près la surface de l'équivalent du Champ de Mars, à Paris. Si on devait mettre en format papier, dans les mêmes armoires, les archives de la NSA en 2013, déjà il y a deux ans, la surface occupée partirait de Paris et irait jusqu'au golfe d'Aden. Donc on est sur des proportions complètement hallucinantes, qui montrent l'ampleur de la surveillance et des données qui sont collectées.

Une chose, importante aussi, c'est que ces informations, on l'a vu dans « 1984 », c'est le totalitarisme, ce sont des gens qui meurent et ce qu'on dit souvent, ce qu'on entend, souvent, c'est de dire « oui, mais on peut me surveiller, je n'ai rien à me reprocher ; on n'est pas dans un système totalitaire, etc ». Effectivement, dans le monde occidental, cette surveillance ne tue personne. Ce n'est pas le cas dans quelques pays dans le monde, où les États-Unis font tourner des drones, toutes leurs écoutes leur servent à trouver des cibles, et les drones, autre système panoptique qui tournent pendant des heures au-dessus de ces coins-là, cherchent des cibles et vont les bombarder. Évidemment, avec eux, les voisins de ces cibles-là vont périr, ces fameuses victimes collatérales, un mot de novlangue, pure et dure, montre que cette question de la surveillance, elle n'est pas sans conséquences, des gens meurent, toutes les semaines, de cette surveillance. Et elle a également des conséquences pour nous, même si elles ne sont pas aussi dramatiques.

Véronique Bonnet : Des enjeux militaires donc, des enjeux politiques, aussi, puisque ces métadonnées, qui sont récoltées par ce qu'on appelle les filets dérivants, peuvent très bien ne pas être immédiatement analysées, mais constituent comme des épées de Damoclès. Si celui-là, un jour, a mis sur Facebook une photo de lui après une fête entre amis, ou si tel mail, posté un jour de colère, est ainsi mis en réserve, c'est vrai que, si plus tard, il décide de se présenter à un poste de responsabilité, à des élections, peut-être, alors, si on veut lui barrer la route y aura-t-il des éléments déterminants qui l'amèneront à renoncer à ses projets. Des enjeux commerciaux, également, puisqu'il va de soi que ce big data peut, dans des contextes où on va se disputer des marchés, pas simplement des territoires, mais des marchés, va permettre des avancées qui seront décisives. Il y a aussi des connexions liées à des capitaux.

Luc Fievet : Une des choses, aussi, intéressante, c'est la façon dont la NSA a travaillé avec d'autres services d'espionnage, au travers du monde, en faisant des partenariats, en échangeant des informations. La France, notamment, a abondamment participé en espionnant, plus préférentiellement, par exemple, l'Afrique du Nord où elle a pas mal de relais. Et on a appris, également, que l'Allemagne a espionné la France, mais Angela Merkel a été espionnée par la NSA. Et donc on voit comment la NSA, qui est au sommet de la pyramide et qui a le plus d'informations, finalement détient le pouvoir, et arrive à manipuler les différents acteurs du milieu pour qu'ils travaillent pour elle. Et donc, là encore, ce contrôle du savoir montre bien que ça a une conséquence sur le pouvoir. L'autre élément, c'est la loi qu'on a chez nous, maintenant, en France, puisque cette question de surveillance massive a fait des émules, chez nous, et on a nos petites boîtes noires qui permettent à nos services secrets d'espionner, de filtrer, enfin de filtrer, en tout ça de contrôler l'ensemble de ce qui se passe sur Internet chez nous. En tout cas c'est l'objectif.

Véronique Bonnet : C'est vrai qu'on est dans un paradoxe puisqu'on pense à l'histoire de ces belles démocraties que sont la France et les États-Unis. Quand on pense, donc, à la figure de Snowden, il est très étonnant - alors on va dire au mot près, au lexique près- dans les déclarations de Snowden ce qu'on trouve dans les textes fondateurs des pères de la démocratie américaine. Je donne un exemple, le 30 août 2013 à Berlin, donc juste après cette décision, à l’âge de trente ans, de tout risquer pour lever le voile sur ce qui se faisait, voilà ce que déclarait Edward Snowden : « Tous les individus et les organisations, dans d'innombrables pays, partout dans le monde, qui ont réussi à surmonter les barrières linguistiques et géographiques pour se rassembler et défendre le droit des citoyens à la vérité et à la valeur de la vie privée ». Et voilà ce qu'écrivait Jefferson, l'un des pères fondateurs des États-Unis d'Amérique : « La liberté licite et l'action non entravée, selon notre volonté, dans les limites dessinées autour de nous par les droits égaux d'autrui. Je n'ajoute pas dans les limites de la loi, parce que celle-ci n'est souvent que la volonté du tyran, et il en est toujours ainsi quand elle viole les droits des individus ». On trouve ce paradoxe-là.

Et on le trouve, d'ailleurs, ce paradoxe-là, dans les mails qu'envoie Richard Stallman. Richard Stallman, dont Edward Snowden utilise les logiciels libres, pour, donc, contacter les journalistes et transmettre les différents éléments, puisque Richard Stallman, lorsqu'il envoie un courrier, indique qu'au cas où ce courrier tomberait sous les yeux, par inadvertance, de telle ou telle instance de surveillance, alors il serait bien que les membres de ces instances s'inspirent de l'exemple de Snowden pour lutter contre tous les ennemis, qu'ils soient extérieurs ou intérieurs.

Luc Fievet : Effectivement, comme tu le dis, Snowden, pour réussir ce tour de force consistant à contourner cette surveillance massive, a utilisé des logiciels libres. Donc le Logiciel Libre, formalisé par Richard Stallman dans les années 80, bizarrement autour de 84, pas loin, et donc c'est bien parce qu'il a du logiciel libre, une informatique qu'il maîtrise, dans laquelle il a confiance, qu'il peut se permettre de faire cette action-là.

Richard Stallman est notre quatrième et dernière étape. C'est lui qui a formalisé les principes du logiciel libre et c'est arrivé, encore une fois un an avant 1984. En 1983, il lançait le projet GNU, consistant à construire un système d'exploitation entièrement libre. Donc le Logiciel Libre, en quoi ça consiste ? C'est une informatique dont on est maître plutôt que d’être maîtrisé par elle. Et l'idée c'est d'avoir quatre libertés : la liberté d'utiliser l’informatique, les logiciels, à ce que l'on veut ; la liberté d'accéder au code source qui est, en quelque sorte, la recette de cuisine du logiciel, savoir comment il fonctionne en réalité ; donc le droit de l'étudier, le droit de le modifier et le droit de le redistribuer. Stallman avait lancé ce mouvement-là au début des années 80, parce que c'est à cette période-là que sont arrivées les licences dites propriétaires, qui commençaient à mettre des droits exclusifs sur le code source, et ça lui a semblé une nécessité de réagir par rapport à ça.

Une des grandes forces du mouvement initié par Richard Stallman, c'est d’être très vertical, c'est-à-dire qu'il a ses bases philosophiques, que tu citais tout à l'heure, qui vont chercher, notamment, du côté des pères fondateurs américains, mais il a, également, travaillé, avec d'autres, à la mise en place d’outils juridiques, donc de licences spécifiques, donc pour avoir quelque chose qu'on puisse défendre devant un tribunal, et après ça, il a réuni des gens pour faire du logiciel, pour coder effectivement. Donc on a vraiment un mouvement qui va de la théorie, de la philosophie, de l'éthique, jusqu'à la pratique et on a des logiciels qui tournent, effectivement, et, aujourd'hui, le Logiciel Libre est vraiment très important. Et, de façon assez paradoxale, les GAFAMs, donc les grosses sociétés comme Google, Amazon, Facebook, etc, qui espionnent abondamment les gens, utilisent massivement du logiciel libre. Elles ont parfaitement compris l’intérêt qu'il y a à utiliser ce genre d'informatique, mais elles l'utilisent pour leur propre avantage, alors que le projet initié par Richard Stallman parle bien de la liberté de l'utilisateur, de tous les utilisateurs.

Véronique Bonnet : C'est vrai que la force de proposition, aussi bien donc de la FSF, la Free Software Foundation, de Richard Stallman, et pour l'espace francophone, de l'April, c'est de discerner ce qui est grave derrière ce qui a l'air anodin. Il est, apparemment, anodin qu'une imprimante arrête de fonctionner ; il est anodin que l'utilisateur, qui a pourtant acheté un logiciel, ne puisse s'en servir que dans une certaine direction, et je dirais que c'est en ce sens que Richard Stallman rejoint cet esprit de vigilance qui, aussi bien, l'esprit d’observation d'Orwell, aussi bien ce sens du concept de Foucault, parce qu’il y a, chez lui, un accent qui est mis sur l'autonomie, sur l’activité, sur la marche. Il s'adresse, donc, à des internautes qui sont acteurs de leur informatique et acteurs, en même temps, de leur vie. Et, si j'avais un rapprochement à faire avec un philosophe, je dirais qu'il y a chez Richard Stallman, comme chez Rousseau, une crainte de ce que serait la passivité d'une forme de spectacle qui en resterait à des usages qui sont prédéterminés, qui sont calibrés, pour ne laisser qu'une certaine initiative et faire disparaître toutes les autres.

Luc Fievet : Ce qui est intéressant, là-dedans, c'est qu'on va pouvoir faire le lien avec Foucault, et montrer comment ce modèle participatif où on s'implique, où on fait, où on est maître de ce qu'on fait, où on est acteur, est une façon de, finalement, détricoter la discipline qui, justement, propose des modèles et des cases toutes faites, et qui va, par l’examen, par le jugement, imposer aux gens de rentrer dans ce système-là. Et, autant on peut faire un parallèle entre, justement, Foucault et les GAFAMs, et ces systèmes qui vont réduire l'utilisateur au rang de consommateur, l'informatique libre, le Logiciel Libre, constituent un antidote, pour parler avec un terme un peu philosophique, donc une sorte de contre-modèle, et qui a l'avantage de fonctionner. C'est-à-dire que ce ne sont pas uniquement des grandes théories qui sont avancées, et de grands idéaux, c'est que le logiciel, à l’instar de la terre, « et pourtant il tourne ! », il existe, il est là et Stallman et les gens qui l'ont suivi, il n'est pas tout seul, évidemment, ont démontré qu'on peut le faire, et ils l'ont fait.

Véronique Bonnet : Je dirais qu'il s'agit à la fois d'un usage élargi, à savoir, si les quatre libertés permettent une forme de partage, une forme d'avancée puisqu'on va pouvoir accéder au logiciel, l'étudier, l'améliorer, redistribuer des copies qui ont été majorées, qui ont été bonifiées, il me semble que c'est aussi un élargissement existentiel, puisque, à la fois, il y a une forme de droit de regard. Je pense que c'est la notion de droit de regard qui fait le lien, assez bien, entre ces quatre figures que nous avons évoquées. Droit de regard que donne l'informatique libre, alors que même que les pires fictions, par exemple celle d'Orwell, pensent un regard qui est arrêté, un regard qui est aveuglé. Regard au sens où le savoir doit être un contre-pouvoir lorsqu'il le faut, et regard, droit de regard que Snowden donne aux citoyens qui veulent bien faire usage des repères qu'il a donnés, de façon à être dans une méfiance, me semble-t-il.

Luc Fievet : Il y a une chose, chez Stallman, qui est assez fabuleuse, c'est un texte qu'il a écrit en 1997, qui s'appelle « Le droit de lire », qu'il avait écrit, à l'époque, pour essayer de faire comprendre les effets néfastes de l'informatique propriétaire, ou privatrice, comme il aime le dire, et en montrant qu'est-ce que ce serait que de lire des livres si on souffrait des mêmes limitations que dans le monde informatique. Or, avec les liseuses et les DRM, tels que Amazon sait en produire maintenant, eh bien, cette fiction est devenue réalité.

Véronique Bonnet : Il me semble qu'un texte prolonge assez bien ce «  droit de lire, c'est un texte qui est écrit en octobre 2013, et qui s'appelle « Quel niveau de surveillance la démocratie peut-elle endurer ? », parce que, dans ce texte, il est question de ce qu'on décide de garder pour soi. Est-ce tout le monde, est-ce que toute la planète, a besoin de savoir ce que je lis, pourquoi je le lis, à qui je prête ce que je lis ? Est-ce que les différents fichiers des usagers des bibliothèques ont à tomber entre n'importe quelles mains ? Et c'est vrai que dans ce texte-là, Richard Stallman conseille de disperser nos données, essayer de rendre plus difficile, et là il écrit après les révélations de Snowden, la récolte de métadonnées, ne serait-ce que, par exemple, en chiffrant ce que nous échangeons, ne serait-ce qu'en évitant de tout stocker sur un même fichier. Avoir recours, pourquoi pas, à l'écrit pour certains éléments qui doivent nous rester propres. Et il semblerait que ce texte, « Quel niveau de surveillance la démocratie peut-elle endurer ?' » ait été tout particulièrement en vigueur cette dernière semaine.

Luc Fievet : Richard Stallman vient souvent en France. Il s'intéresse à la philosophie et a aussi découvert les Lumières. Et une des choses intéressantes, c'est que tout américain qu'il soit, il a trouvé dans notre devise nationale, liberté égalité, fraternité, la parfaite illustration du Logiciel Libre, de ce qu'il a toujours considéré être le Logiciel Libre. Et aujourd'hui, voilà c'est une des choses, c'est une des pistes qu'on voit et qui nous semble être une alternative et une issue positive à ce qui nous menace, c'est qu'il y a moyen de travailler ensemble, d'avoir de l'enthousiasme, d'avoir envie de partager, et de construire des choses en commun, plutôt que de, simplement, rentrer dans le moule, ou avoir peur, et passer son temps à craindre ce pourrait nous tomber dessus.

Véronique Bonnet : Est-ce qu'on peut dire que les deux 1983, neutralisent 1984 ?

Luc Fievet : On l'espère. Effectivement on a 1984 à la mode Orwell et à la mode Foucault, qui nous décrivent deux mondes assez peu satisfaisants, et on a deux 1983, donc Snowden et son courage, et Stallman avec son projet. Donc choisissons 1983 plutôt que 1984.

Véronique Bonnet : Et maintenant ceci vous regarde !

... / ... Lire la suite

(09/07/2015 @ 00:43)

Les eurodéputés se prononcent pour un ISDS déguisé dans TTIP  Voir?

Beauvais, le 8 juillet 2015. Communiqué de presse.

Mercredi 8 juillet 2015, le Parlement européen a voté un rapport en faveur d'une version (légèrement modifiée) de l'ISDS (investor-state dispute settlement/mécanisme de règlement des différends) dans le traité TTIP (Transatlantic Trade and Investment Partnership), en cours de négociation. L'April, qui a appelé à refuser l'ISDS, regrette que le Parlement européen ait de nouveau succombé aux promesses de la Commission européenne et n'ait pas demandé la suppression définitive de l'antidémocratique ISDS au sein de cet accord commercial.

Le vote s'est déroulé après le report du mois précédent, les eurodéputés n'étant pas convaincus par le compromis proposé.

Suite à une surprenante interprétation du règlement par le président du Parlement européen, c'est l'amendement de compromis défendu par le président qui a été voté en premier par les eurodéputés. Son adoption a rendu tous les autres amendements caduques.

L'intégralité de l'amendement de compromis est (traduction par nos soins) :

« veiller à ce que les investisseurs étrangers bénéficient d'un traitement non discriminatoire, sans jouir de droits supérieurs à ceux conférés aux investisseurs nationaux, et remplacer le système [ISDS] par un nouveau système de règlement des litiges entre investisseurs et États, soumis aux principes et contrôle démocratiques, où les affaires éventuelles seront traitées dans la transparence par des juges professionnels indépendants, nommés par les pouvoirs publics, en audience publique, et qui comportera un mécanisme d'appel, dispositif qui garantira la cohérence des décisions de justice et le respect de la compétence des juridictions de l'Union européenne et de ses États membres et qui évitera que les objectifs de politique publique soient compromis par des intérêts privés  »

D'après les eurodéputés qui ont voté pour, le nouveau texte remplace l'ISDS par un nouveau système. L'April souligne que ce système, dont le nom reste à trouver, ressemble en tous points à l'ISDS, avec, peut-être, l'ajout de la promesse d'être plus démocratique. Si ça ressemble à un canard…

« Cette journée n'était pas une bonne journée pour la démocratie, déclare Jeanne Tadeusz, chargée des affaires publiques de l'April. « Le Parlement européen recommandait l'ISDS dans le traité TTIP et son président a interprété de façon tortueuse les règles pour y parvenir. Bien que la recommandation ne soit pas contraignante, ça n'augure rien de bon pour le futur texte »

« Le vote sur ce rapport n'est qu'une étape et montre une progression de la prise de conscience par les eurodéputés du danger de TTIP », conclut Frédéric Couchet, délégué général de l'April. « Le travail de sensibilisation et de mobilisation continue et l'April y prendra toute sa part ».

... / ... Lire la suite

(08/07/2015 @ 16:56)

La Région Provence-Alpes-Côte-d'Azur adhère à l'April et renforce son engagement pour le logiciel libre  Voir?

Digne-les-Bains, le 8 juillet 2015. Communiqué de presse.

À l'occasion de la première édition de l'{UDOS} Université d'été du développement de logiciel libre et open source, l'April a le plaisir d'annoncer l'adhésion à l'association de la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur (PACA).

Dans une délibération en date du 24 avril 2014, la Région Provence-Alpes-Côte-d'Azur a décidé d'adhérer à l'April, devenant ainsi la 3e région membre de l'association (après la région Île-de-France et la région Rhône-Alpes). Dans la délibération, la Région explique notamment que « la problématique du logiciel libre est au croisement de nombreuses actions régionales, notamment dans le cadre du programme ERIC, Espaces Régionaux Internet Citoyens » et que « la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur dispose d’un réel potentiel en matière de développement de l’économie du libre et que ses PME et TPE peuvent être largement bénéficiaires des logiciels libres, au bénéfice de la création d’activité et d’emploi ».

« Après quinze années de sensibilisation au logiciel libre de Veynes à Marseille en passant par Digne-les-Bains, je suis heureux de voir la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur rejoindre l'April. Forts de nos 4 200 adhérents, nous allons poursuivre ensemble nos actions pour la promotion et la défense du logiciel libre » a déclaré Jean-Christophe Becquet, président de l'April.

Jean-Christophe Becquet anime la session spéciale collectivités de l'{UDOS}, le 8 juillet 2015 à partir de 16h, dans l'amphithéâtre de l'IUT de Digne-les-Bains.

« À la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur nous sommes particulièrement vigilants à la responsabilité environnementale et sociale du secteur du numérique et favorisons tout particulièrement l'usage des logiciels libres et l'ouverture des données publiques. L'adhésion à l'April est donc un choix politique naturel » a déclaré Philippe Mussi, Conseiller régional, délégué à la recherche et l'économie numérique.

« Nous encourageons toutes les collectivités à suivre l'exemple de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur et à promouvoir, via le logiciel libre, plus de liberté et de transparence dans l'intérêt du public » a ajouté Frédéric Couchet, délégué général de l'April.

... / ... Lire la suite

(08/07/2015 @ 09:02)

Sur le RGI la DISIC persiste : ODF recommandé, OOXML discrédité  Voir?

Paris, le 7 juillet 2015, communiqué de presse.

La dernière version de travail du RGI, avant la validation finale, maintient le format ODF comme format recommandé pour les documents bureautiques au sein des administrations. Cette nouvelle version du RGI énonce des critiques argumentées sur le format OOXML de Microsoft. L'April remercie la DISIC d'avoir su résister aux pressions et de continuer à agir dans l'intérêt à long terme de l'ensemble des citoyens français et de leurs administrations.

La DISIC (Direction interministérielle des systèmes d'information et de communication) a entamé il y a quelques mois un chantier d'actualisation du RGI (Référentiel général d'interopérabilité)1. Ce travail avait notamment abouti à préconiser ODF (Open Document Format) pour les documents bureautiques. Un lobbying, mené par Microsoft, s'est activé au plus haut niveau de l'État pour intégrer dans le RGI le format OOXML (Office Open XML) de Microsoft.

La dernière version de travail du RGI appelée « Version 1.9.9 - Juin 2015 - Projet pour validation finale » mentionne OOXML mais pour mieux discréditer ce format et lui assigne le statut « en observation », le format ODF conservant le statut « recommandé ».

Le document explique en effet:

Office Open XML est une norme ISO/CEI 29500 créée par Microsoft, destinée à répondre à la demande d’interopérabilité dans les environnements de bureautique et à concurrencer la solution d’interopérabilité OpenDocument soutenue par tous les autres éditeurs de suites bureautiques, notamment Apache et The Document Foundation. Ce format (dont les suffixes sont .docx, .xlsx, et .pptx) est utilisé à partir de Microsoft Office 2007, en remplacement des précédents formats Microsoft (reconnus à leurs suffixes tels que : .doc, .xls, .ppt), il est toutefois légèrement différent, pour ces versions d'office, de la norme ISO définitive, qui a tenu compte des remarques des membres de l'organisme normalisateur.

Le standard est positionné au statut « en observation » de par sa complexité, son manque d’ouverture (notamment dans la gouvernance de la norme) et le strict respect de la norme par Microsoft même.

Pour des besoins d’échanges d’informations sous forme de tableaux, l’utilisation d’OOXML est tolérée.

La DISIC réitère les critiques adressées depuis de nombreuses années aux format OOXML et tolère son utilisation uniquement pour des « besoins échanges d’informations sous forme de tableaux ». Il est fort probable que cette tolérance correspond à un cas d'usage particulier au sein d'un service de l'administration.

Il est savoureux de constater que le résultat du lobbying de Microsoft n'est sans doute pas celui escompté par l'éditeur et qu'il conduit à l'invalidation d'OOXML au sein de l'administration.

« Les termes employés dans le RGI sont posés mais la critique contre OOXML est sans appel. La DISIC a démontré qu'elle agit dans l'intérêt à long terme de l'ensemble des citoyens français et de leurs administrations » a déclaré Frédéric Couchet, délégué général de l'April.

  • 1. Le RGI est le document de référence pour les administrations, leur permettant notamment de savoir quels formats privilégier pour assurer l'interopérabilité.

... / ... Lire la suite

(07/07/2015 @ 16:38)

RGI, l'histoire se répète-t-elle pour maintenir la position dominante de Microsoft ?  Voir?

Paris, le 6 juillet 2015. Communiqué de presse.

Le 3 juillet 2015, Silicon.fr a révélé que la discussion autour des formats bureautiques de l'administration serait remontée jusqu'à l'Élysée. La DISIC (Direction interministérielle des systèmes d'information et de communication) souhaite en effet que ODF, le seul standard réellement ouvert de bureautique, soit désormais le seul recommandé par l'État. Le lobbying exercé par Microsoft s'est activé et, au plus haut niveau de l'État, on s'intéresserait à ce débat, ce qui n'est pas sans rappeler les épisodes de 2009 sur le référentiel général d'interopérabilité (RGI). L'April appelle le Président de la République et le gouvernement à ne pas céder aux mouvements d'influences et à agir dans l'intérêt à long terme de l'ensemble des citoyens français et de leurs administrations.

Le choix d'ODF dans le RGI : pour un standard ouvert incontestable

Le RGI, pour référentiel général d'interopérabilité, est le document de référence pour les administrations, leur permettant notamment de savoir quels formats privilégier pour assurer l'interopérabilité. Pour la bureautique, à l'issue d'une longue polémique sur le format bureautique OOXML, du scandale de la normalisation par l'ISO de ce format1 et d'attaques massives contre le travail de la DGME2 (qui était en faveur du seul format ODF), la version du RGI 1.0 publiée en 2009 recommandait en effet l'utilisation des deux formats ODF ou OOXML à égalité. La DISIC a lancé il y a quelques mois un chantier d'actualisation du RGI. Dans la nouvelle version de travail publiée, la DISIC privilégie ODF, seul standard réellement ouvert, dans la suite logique des préconisations émises depuis de nombreuses années par les experts de l'administration.

L'April salue le travail de la DISIC sur le RGI, notamment le choix d'un format réellement ouvert et interopérable pour la bureautique. De même, le CNLL (Conseil National du Logiciel Libre) a publié les résultats d'un sondage sur l'impact économique des standards ouverts qui apporte un soutien massif en faveur de la définition forte de l’interopérabilité et des standards ouverts présents dans la version actuelle du RGI.

A l'inverse, l'AFDEL soutient le format OOXML, prétendant qu'il est souhaitable de supporter deux standards de formats de documents bureautiques. Mais l'AFDEL feint d'oublier qu'à l'inverse du format ODF, OOXML ne connaît aucune implémentation autre que certaines versions spécifiques de la suite de MS Office (MS Office 2010 a un support partiel, MS Office 2013 le supporte), et encore, dans ces deux cas le format de fichier généralement connu sous le nom d'OOXML (les fichiers en .docx, .xlsx, .pptx) ne sont en réalité qu'un autre format, propriétaire celui-là et différent du standard ISO OOXML.

De plus, il est déplorable de constater que l'AFDEL, qui se présente comme le groupement des éditeurs de logiciels français, gaspille son temps et déploie ses efforts à soutenir les causes d'éditeurs américains qui ne s'acquittent guère du paiement de la TVA, contrairement à leurs collègues français et européens. Il est d'autant plus surprenant de voir cette association prendre fait et cause pour le standard OOXML alors qu'il n'existe aucune implémentation connue de ce format au niveau français et européen. Le format ODF est largement supporté, par l'industrie dans son ensemble, et par des suites bureautiques telles que LibreOffice, OpenOffice et Microsoft Office.

Le lobbying en faveur du statu quo

L'article de Silicon.fr souligne également que la proposition de la DISIC se heurte à un fort lobbying de Microsoft : ainsi, l'Élysée aurait « entendu les arguments » du directeur de la DISIC sur le sujet, en concomitance avec un entretien entre le Président de la République et Bill Gates, ce qui ne manque pas de laisser perplexe.

« Cette coïncidence de calendrier est d'autant plus troublante qu'elle rappelle clairement l'épisode 1 », explique Frédéric Couchet, délégué général de l'April. « L'article de Silicon évoque "la bataille homérique qui s’est cristallisée autour du RGI version 1", ainsi que la première intervention élyséenne en faveur de la normalisation du format OOXML de Microsoft en 2008 et son ajout dans le RGI malgré l'avis négatif de la DGME à l'époque. L'histoire se répèterait donc pour maintenir le soutien de l'exécutif français à la position dominante de Microsoft ? »

De plus, l'Afdel a récemment tenté de lancer une offensive médiatique contre la DISIC et contre son patron Jacques Marzin, qui portait sur le RGI mais aussi sur le fait que Jacques Marzin souhaite renforcer et étendre la stratégie publique en matière de logiciel libre. Cette offensive médiatique s'étant révélée un flop, on est visiblement passé au stade de la pression politique envers Jacques Marzin.

« Face aux attaques que le patron de la DISIC subit actuellement de la part d'organisations qui mènent des combats d'arrière-garde et dont le monopole s'appuie sur l'emprisonnement de toute la production bureautique de l'État et de ses interlocuteurs, l'April tient à lui apporter tout son soutien », réagit Jeanne Tadeusz, responsable des affaires publiques de l'April.

L'April appelle le Président de la République et le gouvernement à ne pas céder aux mouvements d'influences et à agir dans l'intérêt à long terme de l'ensemble des citoyens français et de leurs administrations.

... / ... Lire la suite

(06/07/2015 @ 09:11)

Reprendre le contrôle de ses données numériques - T. Nitot  Voir?


Nom de l'orateur

Titre : Reprendre le contrôle de ses données numériques
Intervenant : Tristan Nitot
Lieu : L’Échappée Volée - Paris
Date : Juin 2015
Durée : 13 min 19
Lien vers la vidéo

Transcription

Que ceux qui ont un compte Facebook se lèvent s'il vous plaît, on va faire un peu d'exercice. Ah ! C'est bienvenu ! Bien ! Écoutez-moi bien parce que ce n'est pas fini. Que ceux qui ne payent pas ce compte se rassoient, les autres restent debout. D’accord. Alors il n'y a que ceux qui n'ont pas compris qui sont restés debout.

Il y a un adage, c'est que si c'est gratuit, c'est vous le produit. Regardez, les cochons-là, vous les voyez les cochons ? Est-ce que quelqu’un peut vraiment croire que ces cochons sont les clients du fermier. Je ne vous donne pas la réponse. Mais non, parce que le client c'est celui qui consomme le saucisson, c'est celui qui achète le saucisson et qui mange le saucisson. Si vous êtes le saucisson, vous n’êtes pas le client ! D'accord ?

Applaudissements

Il y a un autre adage, c'est que les données, c'est le pétrole du 21e siècle. Évidemment, le pétrole attise les convoitises, j'en veux pour preuve, regardez cette copie d'écran quand j'ai installé l'application Facebook sur mon smartphone, avant que je ne dise non je ne le veux, parce qu'effectivement Facebook voulait me pomper, mes toutes les données de mon téléphone. Regardez : l'historique des applications, mon identité, mon agenda, mon agenda ! Non mais sérieux, pour quoi faire ? Tous mes contacts. Ils voulaient lire mes textos aussi, vous voyez. Ma position GPS, et le contenu de mes fichiers et de mes photos. Tout. J'ai dit non, mais c'est clair que Facebook veut tout pomper. Si, vraiment, mes données c'est le pétrole du 21e siècle, ces sociétés comme Facebook, Google et autres sont en train de mettre un Derrick dans mon jardin. Exemple : j'utilise Google Maps sur mon téléphone mobile, ils me pistent au mètre près. Ça, c’est mon itinéraire du 2 décembre 2014, quand je me suis promené dans Paris et je suis allé le voir sur un site Google, je n'ai pas trouvé ça dans mon téléphone, ça c'est dans les serveurs de Google, et j'ai tout l'historique, de tous les jours. Google aspire mes données, lui aussi.

Alors, ce n'est pas évident de prendre conscience de ces choses-là, parce qu'on utilise Google Maps, on utilise Facebook, comme ça en disant c'est super, c'est gratuit, qu'est-ce que c'est pratique et tout… D’accord, mais il y a un moment il faut prendre conscience qu'on échange nos données personnelles contre un service, et un service qui ne vaut même pas très cher. Il faut savoir, j'ai fait le calcul, Facebook, ça coûte 5 euros par personne et par an. C'est-à-dire que pour le prix de deux cafés, j'échange toutes mes données personnelles, en échange de quelque chose qui vaut 5 euros. Ce n'est vraiment pas beaucoup !

Alors il y a des prises de conscience, quand même, des prises de conscience qui sont souvent dramatiques parce qu'on réalise à quel point c'est une arnaque. La première prise de conscience c'était l'été dernier où des starlettes1 ont pris des photos, extrêmement intimes, d’elles-mêmes, elles prennent ça avec leur téléphone, ça reste dans le téléphone, sauf que non il y en a une copie qui est faite sur le cloud d'Apple ou de Google. Et là, le cloud, pour ceux qui ne savent pas, c'est l’ordinateur de quelqu'un d'autre.

Applaudissements

Donc dans le cloud, les photos sont piratées, et elles finissent sur Internet. Et là on réalise : « je ne comprends pas, j'ai toujours mon téléphone avec moi, comment ça se fait que les photos soient partout ? ». En plus ce sont des photos pornos, vous irez voir. Ça c’était la première prise de conscience. La deuxième prise de conscience va être amenée par Edward Snowden. En juin 2013, Edward Snowden, lanceur d'alerte qui travaillait à la NSA, donc les services secrets américains, Edward Snowden est sorti avec des wagons de Powerpoint qui expliquent comment fonctionne la NSA. Et il explique, en gros, à la NSA on veut espionner toutes les conversations téléphoniques et Internet de tout le monde. Évidemment ça coûte extrêmement cher d'écouter trois milliards de personnes, trois milliards de micros virtuels qu'il va falloir installer sur chacun de nous. Mais, Dieu merci, ça coûte trop cher, donc ils ne peuvent pas la faire. Sauf que comme on centralise toutes nos données chez Google, Facebook, Yahoo, Amazon, Apple et compagnie, en fait, il suffit de mettre cinq mégas micros chez ces cinq grosses sociétés et vous avez accès aux données de tout le monde. Et donc, en fait, cette concentration, cette centralisation des données Internet, elle permet, elle rend économiquement possible la surveillance de masse

Alors, la surveillance de masse, on s'en fout, on est des gens bien, des citoyens honnêtes, on ne fait rien de mal, bon, sur la feuille d’impôts, parfois, mais sinon, non ! Alors je vais vous expliquer que ce n'est pas tout à fait le cas. Je vous présente ma famille, soigneusement floutée pour l'occasion, j'en suis néanmoins extrêmement fier. Donc Bénédicte au centre mon épouse, Philippine et Robin, mes enfants. Je suis très fier d'avoir fait ces enfants avec ma femme, seulement je vous le dis tout de suite, je ne vais pas rentrer dans les détails. On a deux enfants, on assume, ils sont dans le cadre de la famille, etc, mais on ne dit pas exactement comment on les a faits, au point d'ailleurs qu'on a mis des rideaux dans notre chambre à coucher, pour être sûrs que les détails ne fuitent pas. De la même façon, je suis sûr que vous avez un loquet à votre porte des toilettes, très probablement. Vous ne faites rien d'illégal dans vos toilettes, normalement, eh puis c'est chez vous, mais il y a quand même un loquet à votre porte de toilettes. Et puis il y a ceux qui ont changé de métier. Moi j'ai changé de job récemment, j'ai envoyé des CV, ce n’était pas illégal, mais je n’avais pas très envie que mon patron soit au courant. Bref, chacun de nous a des choses à cacher, qui ne sont pas forcément des choses illégales, mais on a besoin de secret.

La semaine dernière, au Sénat, ou plutôt cette semaine, on est samedi, a été votée une loi, un projet de loi sur le renseignement, qui était déjà passé à l'Assemblée nationale ; et, dans ce projet de loi, il y a quelque chose d’extrêmement inquiétant, il y a la mise en place, noir sur blanc, de quelque chose qu'on a appelé dans les débats les boîtes noires. Les boîtes noires, ça surveille Internet, pas tout Internet tout le temps, mais ça surveille des pans entiers de l'Internet. Donc, en fait, quand elles seront mises en place, autorisées par la loi, on sera sous surveillance. C'est ce qu'on appelle une société panoptique. Alors qu'est-ce que c'est que le panoptique ? Voici une prison, qui est une prison panoptique. C'est une prison qui existe réellement, elle est à Cuba, grand pays démocratique que connaît notre président. Et donc on a cette prison, vous voyez, les cellules sont concentrées sur l'extérieur du bâtiment et au centre il y a une tour, une tour où se trouve le gardien, et, il y a une porte, bon, qui a disparu depuis le temps, mais le gardien peut être là ou ne pas être là, mais il peut observer toutes les cellules quand il le décide. Et, du coup, les prisonniers se tiennent à carreau, ils ont une attitude conforme à ce qu'on attend de leur part, parce qu’ils savent qu'à tout instant ils peuvent être surveillés. Ça a été inventé par les frères Bentham, au 19e siècle, en Angleterre et les Bentham disaient : « Mais attendez, c'est génial, parce que même quand le gardien part pisser, les prisonniers se tiennent toujours à carreau. C'est formidable. Des économies de personnel, vous n'imaginez même pas quoi ! ». Donc vous avez un gardien pour surveiller tout le monde et même s'il n'est pas là, ça continue de marcher.

Donc le fait qu'on soit surveillé a un impact sur notre comportement. Et ça, c'est compliqué parce que quand on grandit, en tant qu'enfant qui devient adulte et même, on espère, citoyen, eh bien on apprend en faisant des erreurs, en inventant des trucs un peu à la con, on apprend en inventant des choses qui ne sont peut-être pas politiquement correctes et puis, après, on les regrette ou on ne les regrette pas, mais comme de toutes façons on n'est pas observé, on peut se permettre de les imaginer. Mais si on m'ose plus les imaginer parce qu'on se sait surveillé, eh bien, en fait, on fabrique une société de clones, une société où la création, la créativité deviennent impossibles parce qu'on n'ose pas. Voilà toute la problématique liée à cette société panoptique.

Cette société panoptique, en fait, elle fait partie d'une démarche, une vision de la société assez effrayante qu'on retrouve dans le film Minority Report, où on essaye d’arrêter les gens avant qu'ils ne fassent des crimes. Et, idéalement, quand ça réussit vraiment bien la société panoptique où on a surveillé tout le monde, on n'arrête que des innocents, c'est formidable ! C'est extraordinaire… Surtout en film !

Alors, la vraie question c'est qu'est-ce qu'on fait ? Puisqu'on donne toutes nos données à des géants, qui du coup sont espionnés par les États, on rend possible cette société panoptique. Évidemment, la première chose c'est « j'arrache le câble Ethernet de mon PC et je coupe le wifi ». Ce n'est pas la solution que j'ai retenue. Il y a un potentiel fabuleux avec la technologie et il ne faut pas pour autant se passer de la technologie, il faut juste inventer un futur différent qui est celui qu'on veut pas celui qu'on voudrait bien nous laisser.

Alors, il y a un certain nombre de principes, en fait, pour réinventer pour redécentraliser Internet, principes qui vont nous permettre, donc, d'avoir toujours les services du cloud'', mais des ''clouds personnels, donc un ordinateur qui m'appartient, à moi, pour de vrai. Le premier de ces principes c'est redevenir client, accepter de payer. L'homme a une fascination pour la gratuité, c’est difficile, mais, moi, franchement je suis prêt à payer 5 euros pour avoir l'équivalent d'un service de Facebook, mais garder mes données personnelles. Donc premièrement redevenir client. C'est le premier principe.

Deuxième principe, du matériel que je contrôle. Idéalement ce matériel, il est chez moi. Ça existe, aujourd'hui, des PC qui sont tout petits, qui valent quelques dizaines d'euros, le Raspberry Pi 2 pour ne pas le citer, qui vaut, je crois, 35 euros, il pourra rajouter une alimentation, etc. Donc. pour moins de 100 ou 200 euros, on a, vraiment, un ordinateur personnel qu'on peut laisser chez soi, qu'on connecte à sa box ADSL, avec un disque dur, où sont stockées nos données qui nous appartiennent et donc sur lesquelles on a le contrôle.

Pour cet ordinateur, il faut du logiciel, et il faut du logiciel qui soit libre, qu'on appelle aussi de l'open source. Pourquoi ? Parce que ce logiciel il doit être sûr qu'il fait ce qu'il dit qu'il fait. Ce n'est pas un truc, une boîte noire qui refile mes données à l'extérieur. Non ! Je veux être sûr que ce logiciel soit auditable, que je comprenne, que je puisse le modifier, que j'ai le contrôle dessus. Et donc, c'est du logiciel libre.

Ensuite il faut que mon accès à Internet et mes connexions soient toutes sécurisées, chiffrées, cryptées comme on dit parfois, pour être sûr que mes données ne sont pas interceptées et modifiées quand je me connecte à Internet depuis cette machine.

Et puis enfin, il faut une ergonomie avancée. C’est-à-dire que ça ça va marcher, cette décentralisation d'Internet, si jamais on arrive à faire des trucs vraiment sexys, vraiment sympas à utiliser, et pas un truc de geeks avec des fils qui dépassent de partout et des commandes à taper, en ligne de commande, avec des écrans vert sur fond noir. Non ! Ça, ça ne marche pas. Il faut vraiment un truc qui soit beau, qui soit facile. On branche, ça marche et c'est génial.

Bon, alors je sais, que ça paraît bien utopique. Qu'est-ce qu'on peut faire face à des Google et des Facebook et compagnie ? Ce n'est pas facile. Et pourtant, on l'a déjà fait. Moi j’ai donné 17 ans de ma vie à ce projet, Mozilla, qui fait Firefox. Ça paraissait hallucinant à l'époque quand on disait on va faire un logiciel, avec des bénévoles et on va aller botter les fesses de Microsoft qui a le monopole sur les navigateurs. C'est vrai que ce n’était pas gagné. On a réussi à le faire, à force d'acharnement, et de créativité et de collaboration. Donc c'est possible. Aujourd'hui, il y a des tas de systèmes comme cela qui vont vous remplacer Facebook, qui vont vous remplacer des data centers, qui vont vous remplacer Google Search , qui vont vous remplacer Dropbox, etc. Ils existent ces systèmes. Ils existent, ils ne sont pas encore parfaits, ils sont encore un peu compliqués, ils ne sont pas forcément finis, mais ils existent.

Alors ce que je vous demande c'est de les essayer, c'est que nous, technologues, on les améliore pour en faire quelque chose de vraiment bien, pour éviter qu'on ne finisse tous en saucisson du numérique.

Applaudissements.

... / ... Lire la suite

(04/07/2015 @ 18:06)

Le rapport TTIP au Parlement européen les 8 et 9 juillet : appelons les eurodéputés à refuser l'ISDS  Voir?

Après un report de dernière minute en juin, le rapport de Bernd Lange sur le TTIP (Transatlantic Trade and Investment partnership, Partenariat transatlantique sur le commerce et l'investissement) devrait finalement être débattu puis voté les 8 et 9 juillet 2015. Les groupes politiques ont en effet annoncé être arrivés à un compromis pour mettre en place une nouvelle version du mécanisme de règlement des différends (ISDS). L'April regrette qu'une fois de plus la solution qui s'imposait, à savoir la suppression de ce type de mécanisme, n'ait pas été retenue et appelle les eurodéputés à voter contre ce texte.

Pour plus d'information, vous pouvez également consulter l'analyse du compromis par Touchstone (en anglais).

... / ... Lire la suite

(03/07/2015 @ 16:20)

Lettre d'information publique de l'April du 1er juillet 2015  Voir?

Bonjour,

De nombreux dossiers, sur tous les fronts, notamment au niveau des accords internationaux en cours de négociation. Ainsi, un nouvel article dans TiSA (Accord sur le commerce des services) interdirait la priorité au Logiciel Libre. Du côté de TAFTA, la France propose un emplâtre sur une jambe de bois au sujet des mécanismes de règlement des différends. Concernant ce texte, des dissensions internes dans les différents partis au Parlement européen ont conduit au report du débat et du vote sur le rapport TAFTA de l'eurodéputé Bernd Lange.

Toujours sur le front européen, les propositions anti-DRM ont été massacrées lors du vote du rapport Reda en commission. Le vote en plénière est prévu pour le 9 juillet 2015. D'autre part, la Cour de justice de l'Union européenne va devoir se prononcer sur la vente forcée ordinateur/logiciels.

En France, le projet de loi renseignement a été adopté par le Parlement. Prochaine étape : le Conseil constitutionnel.

Dans le même temps, le CNNum (Conseil national du numérique) rendait son rapport « Ambition numérique » qui énonce de nombreuses recommandations. Nous encourageons le gouvernement à inscrire dans le futur projet de loi numérique, certaines recommandations spécifiques. Frédéric Couchet, notre délégué général, a profité de cet événement pour poser une question sur le dossier « avis CADA/code source du logiciel simulant le calcul de l'impôt ».

À la rentrée aura lieu le Festival francophone des communs 2015 dont l'April est partenaire.

La lettre d'information est également l'occasion de présenter une vidéo sur les actualités de l'April ainsi qu'un petit bilan de l'April Camp de Toulouse.

Deux importants événements approchent : les Rencontres Mondiales du Logiciel Libre (RMLL) à Beauvais ; l'Université d'été du développement de logiciel libre et open source à Digne-les-Bains. Nous avons notamment besoin de personnes pour nous aider à tenir notre stand aux RMLL à Beauvais (du 4 au 10 juillet) ne serait-ce que quelques heures ; si vous êtes disponible, n'hésitez pas. Merci de vous inscrire sur le wiki.

Consultez la lettre publique ci-dessous pour toutes les autres informations et notamment la revue de presse qui propose une trentaine d'articles.

Si vous voulez nous soutenir, vous pouvez faire un don ou adhérer à l'association.

TiSA: l'accord commercial qui interdirait la priorité au Logiciel Libre

Le 27 mai 2015, une nouvelle version fuitée de TiSA (Trade in Services Agreement, Accord sur le commerce des services) a été publiée. TiSA est un accord commercial international actuellement négocié en secret par 5O pays, dont l'UE et les États-Unis. Dans cette version, un article empêche explicitement un État de donner la priorité au Logiciel Libre.

De nombreuses recommandations du Conseil national du numérique à entériner dans le projet de loi numérique

Le 18 juin 2015, le gouvernement a dévoilé sa stratégie numérique. À cette occasion, le Conseil national du numérique a également remis son rapport « Ambition numérique ». Ce dernier présente, dans ses propositions, notamment la recommandation de donner la priorité au logiciel libre dans la commande publique, priorité que l'April encourage le gouvernement à inscrire dans le futur projet de loi numérique.

Dossiers, campagnes et projets

Projet de loi renseignement adopté : le Conseil constitutionnel, dernier rempart de nos libertés ?

Après le Sénat le 23 juin, l'Assemblée nationale a adopté définitivement le 24 juin 2015 le projet de loi renseignement, entérinant ainsi la surveillance de masse. Le Conseil constitutionnel doit désormais se prononcer sur la constitutionnalité du texte et sur sa validité face au respect de nos libertés fondamentales.

Les propositions anti-DRM massacrées dans le vote du rapport Reda

La commission des affaires juridiques (JURI) du Parlement européen a détruit par voie d'amendements la plupart des mesures sur les DRM du rapport Reda sur le droit d'auteur, avant d'adopter le rapport à une large majorité.

Report du vote sur le rapport TTIP : vers ACTA 2.0 ?

Le débat et le vote sur le rapport TAFTA/TTIP1 du 10 juin 2015 avaient finalement été reportés sine die par la présidence du Parlement européen. L'April appelle les eurodéputés à refuser clairement et une bonne fois pour toute ce type d'accord et demande à l'Union européenne l'arrêt complet des négociations. Lors d'une réunion de la commission du commerce international le 29 juin 2015, les eurodéputés ont décidé que les amendements seront soumis au vote en session plénière du Parlement européen, pendant la session de juillet ou de septembre.

TAFTA/TTIP : la France propose un emplâtre sur une jambe de bois

Mathias Fekl, secrétaire d'État au commerce extérieur, a présenté les propositions de la France pour une réforme des mécanismes de règlement des différends dans les accords internationaux (TAFTA, CETA) actuellement en cours de négociations. L'April regrette une fois de plus que l'existence, pourtant inutile, de ces mécanismes ne soit pas remise en cause.

Question aux ministres sur l'avis CADA / code source du logiciel simulant le calcul de l'impôt

Par un avis en date du 8 janvier 2015, la Commission d'accès aux documents administratifs (CADA) a rendu un avis favorable à la communication du code source du logiciel simulant le calcul de l'impôt sur les revenus des personnes physiques. Depuis cette date, rien n'a bougé du côté de la direction générale des finances publiques. À l'occasion de la présentation de la stratégie numérique du gouvernement le 18 juin 2015, Frédéric Couchet, délégué général de l'April a pu poser une question aux ministres présents.

La vente forcée ordinateur/logiciels devant la Cour de justice de l'Union européenne

Le jeudi 25 juin 2015, la Cour de cassation a posé une question préjudicielle à la Cour de justice de l'Union européenne sur la vente forcée ordinateur/logiciels. L'April suivra avec attention la réponse de la Cour de justice européenne, qui pourra enfin clarifier le droit et faire respecter les droits des consommateurs.

L'April partenaire du Festival francophone des communs 2015

L'April fait partie des partenaires du Festival francophone des communs qui aura lieu du 5 au 18 octobre 2015, et se propose d'organiser au moins un événement.

Actualités de l'April du 24 juin 2015

Magali Garnero, François Poulain et Luc Fievet présentent les actualités de l'April dans une vidéo de 8mn37.

Médias

Revue de presse

La revue de presse fait partie du travail de veille mené par l'April dans le cadre de son action de défense et de promotion du Logiciel Libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Pour gérer cette revue de presse, un groupe de travail a été créé (vous pouvez en consulter la charte ici) ainsi qu'une liste de discussion rp@april.org où vous pouvez envoyer les liens vers des articles qui vous semblent intéressants.

La revue de presse est désormais diffusée également chaque semaine sur le site LinuxFr.org. Cette diffusion lui offre un lectorat plus large.

Cette revue de presse est commentée dans un podcast disponible sur http://audio.april.org. Il est repris chaque semaine dans l'émission Divergence numérique qui est diffusée sur Divergence FM, Radio Escapade, Radio Larzac. Le podcast est également diffusé sur Radio Ici&Maintenant et Radio Au fil de l'eau.

Il existe un flux RSS permettant de recevoir la revue de presse au fur et à mesure (rapidement et article par article donc).

Les derniers titres de la revue de presse :

Un Petit guide revue de presse est disponible pour ceux qui souhaitent contribuer.

Voir la page revue de presse sur le site pour le détail des articles.

Conférences, événements

Événements à venir

Événements passés

Vie associative

Stage vidéo du 1er juillet au 31 août 2015

L'April accueille Ethel de Sousa pour un stage vidéo du 1er juillet au 31 août 2015. L'un des thèmes de son stage est la réalisation/montage de courtes vidéos sur les RMLL (voire d'un reportage de 20/30 minutes) en se basant des interviews.

Petit bilan de l'April Camp de Toulouse

Du 19 au 21 juin 2015 a a eu lieu un « April Camp » à Toulouse. Cette édition a été sympa avant tout pour l'aspect humain, les rencontres avec les libristes de la région. Il y a eu entre 10 et 25 personnes présentes. Les discussions ont porté sur les sujets d'actualités et certains dossiers. On a pu traiter des micro-tâches. Une réalisation du camp est la finalisation du sous-titrage en de notre vidéo sur livres électroniques et DRM (version en anglais et la version en français).

Un grand merci à Ekito qui a hébergé le camp et à Laurent Guerby qui s'est occupé de l'organisation sur place.

Il est fort probable que le prochain camp se déroule les 5 et 6 décembre à Paris (les semaines qui précédent cette date sont déjà chargées en événements), je dois voir pour la disponibilité du lieu. Et au printemps 2016 un camp à Lyon par exemple ou ailleurs (en fonction des propositions).

Revue hebdomadaire

Chaque vendredi à midi pile les adhérents et les permanents qui le souhaitent passent en revue les tâches et actions relatives à l'April dont ils ont la charge lors de la « revue hebdomadaire April » sur IRC (canal #april sur irc.freenode.net, accès avec un navigateur web). La durée est limitée, généralement un quart d'heure. Cela stimule les bonnes volontés, suscite idées et contributions, permet de suivre les activités des autres et d'éliminer un certain nombre de problèmes bloquants...

Une page décrivant le principe d'une revue hebdomadaire est en ligne.

Vous pouvez en savoir plus en consultant en ligne les archives des premières revues hebdomadaires, et notamment la synthèse de la revue du 5 juin mai 2015, la synthèse de la revue du 12 juin 2015, la synthèse de la revue du 19 juin 2015, la synthèse de la revue du 26 juin 2015.

Adhésions

Au 1er juillet 2015, l'association compte 4 226 adhérents (3 814 personnes physiques, 412 personnes morales).

Soutenir l'association

L'April a besoin de votre aide. Vous pouvez faire un don à l'association et participer ainsi au financement de nos actions.

Pour faire un don à l'association, rendez-vous à l'adresse suivante http://www.april.org/association/dons.html (il est possible de faire un don par chèque, virement, carte bancaire ou encore prélèvement automatique).

Pour tout renseignement n'hésitez pas à nous contacter.

Rejoindre l'association à titre individuel

Dans une association, l'adhésion est un acte volontaire. C'est aussi un acte politique car c'est manifester son soutien à l'objet de l'association ainsi qu'aux valeurs qui le sous-tendent. Une adhésion fait la différence en contribuant à atteindre les objectifs de l'association.

Adhérer à l'April permet :

  • de défendre collectivement un projet de société ;
  • de s'investir activement dans la vie de l'association à travers ses groupes de travail et ses actions ;
  • d'être informé régulièrement des événements logiciel libre ;
  • d'agir sur les institutions à travers un partenaire incontournable ;
  • de soutenir financièrement les actions de l'association.

Il est possible d'aider l'association en lui donnant de son temps ou de son argent. Toutes les contributions sont les bienvenues.

Pour les hésitants, nous avons mis en ligne les réponses à de fausses idées classiques.

Pour adhérer à l'April, il suffit de vous rendre à l'adresse suivante : http://www.april.org/adherer?referent=lettre%20publique.

Pour tout renseignement, n'hésitez pas à nous contacter.

Rejoindre l'association en tant que personne morale

Que vous soyez une entreprise, une collectivité ou une association, adhérez pour participer activement aux décisions stratégiques qui vous concernent !

Votre structure a besoin de tirer le meilleur parti du logiciel libre et pour défendre ses intérêts, elle doit :

  • exercer une veille permanente pour se tenir informée des opportunités et des menaces ;
  • constituer et entretenir des réseaux relationnels institutionnels ;
  • être éclairée sur les contextes juridiques et stratégiques ;
  • contribuer à la défense de l'informatique libre face aux acteurs qui lui sont hostiles ;
  • mieux faire connaître et valoriser son action.

April est au cœur des grandes évolutions du logiciel libre. Adhérer à April permet :

  • de défendre collectivement un projet de société ;
  • de s'investir activement dans la vie de l'association à travers ses groupes de travail et ses actions ;
  • d'être informé régulièrement des événements logiciel libre ;
  • d'agir sur les institutions à travers un partenaire incontournable ;
  • de financer ou cofinancer des actions stratégiques.

Pour adhérer à l'April, il suffit de vous rendre à l'adresse suivante : adhérant dès maintenant à l'April.

Pour tout renseignement n'hésitez pas à nous contacter.

Archives

Pour recevoir automatiquement par courriel cette lettre, inscrivez-vous à la liste de diffusion : http://www.april.org/wws/info/april-actu.

Les archives de la lettre sont disponibles en ligne à l'adresse suivante : http://www.april.org/wws/arc/april-actu.

... / ... Lire la suite

(01/07/2015 @ 16:33)

Revue de presse de l'April pour la semaine 26 de l'année 2015  Voir?

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 26

[L'OBS] Je suis tombé dans l’univers parallèle des «crypto-parties»

Par Marc Meillassoux, le dimanche 28 juin 2015. Extrait:
> Ces rencontres hackers-débutants peuvent rebuter par leur langage ésotérique: mais elles sont précieuses pour partager des outils de cryptographie et sécuriser les connexions internet, mails, docs et périphériques.
Lien vers l'article original: http://rue89.nouvelobs.com/2015/06/28/suis-tombe-lunivers-parallele-crypto-parties-259995

[ITespresso] Vente liée ordinateur-logiciel: la Cour de cassation demande l'arbitrage de l'Europe

Par la rédaction, le vendredi 26 juin 2015. Extrait:
> Sur demande de la Cour de cassation française, la Cour de justice de l’Union européenne devra se prononcer que la réalité de pratiques commerciales déloyales dans le cadre de la vente liée d’ordinateur et de logiciels.
Lien vers l'article original: http://www.itespresso.fr/vente-liee-ordinateur-logiciel-cour-cassation-demande-arbitrage-europe-99893.html

Et aussi:
[Silicon.fr] Logiciels préinstallés: la Cour de cassation demande à l’Europe de trancher

Voir aussi:
La vente forcée ordinateur/logiciels devant la Cour de justice de l'Union européenne

[Le Mag numérique] Richard Stallman à Rennes pour clôturer Jardin Entropique

Par Anthony Chénais, le vendredi 26 juin 2015. Extrait:
> Breizh Entropy Congress et Jardin Numérique fusionnent pour créer un événement sur le numérique et la liberté, Jardin Entropique.
Lien vers l'article original: http://www.lemag-numerique.com/2015/06/richard-stallman-a-rennes-pour-cloturer-jardin-entropique-7601

Et aussi:
[Le Telegramme] Jardin Entropique: rencontres autour du numérique et de la liberté

[Next INpact] Le CNNum invite le gouvernement à donner la priorité aux logiciels libres

Par Xavier Berne, le mardi 23 juin 2015. Extrait:
> Le moins que l’on puisse dire, c’est que le rapport remis jeudi à Manuel Valls, et qui se présente comme le fruit de plus de cinq mois de concertation citoyenne, prend clairement position en faveur du logiciel libre. Dans le sillon d'un précédent rapport sénatorial, le Conseil national du numérique préconise en effet de «mobiliser le levier de la commande publique pour mettre en avant des exigences d’interopérabilité, de standards ouverts et d’accès au code source».
Lien vers l'article original: http://www.nextinpact.com/news/95515-le-cnnum-invite-gouvernement-a-donner-priorite-aux-logiciels-libres.htm

Et aussi:
[Silicon.fr] ODF seul format bureautique: la France tiendra-t-elle bon?
[Silicon.fr] «Open Source contre propriétaire, un faux débat»
[ZDNet France] Standards ouverts dans l'administration: le CNLL soutient l'interopérabilité
[Le Monde Informatique] Le projet de loi sur le numérique rendu public en juillet

Voir aussi:
De nombreuses recommandations du Conseil national du numérique à entériner dans le projet de loi numérique

[Numerama] Loi Renseignement: un recours citoyen de 120 pages dévoilé!

Par Guillaume Champeau, le mardi 23 juin 2015. Extrait:
> La Quadrature du Net, l'association French Data Network (FDN) et la fédération FDN ont rendu public mardi un projet d'argumentaire de 120 pages qui sera envoyé au Conseil constitutionnel pour lui permettre de limiter la portée du projet de loi Renseignement.
Lien vers l'article original: http://www.numerama.com/magazine/33489-loi-renseignement-un-recours-citoyen-de-120-pages-devoile.html

Et aussi:
[L'OBS] Loi renseignement avant/après: petits mieux et grandes vacheries
[Next INpact] Loi Renseignement: la saisine constitutionnelle du président de la République
[Next INpact] Loi Renseignement: comment le gouvernement a trucidé les lanceurs d'alerte
[Next INpact] Loi Renseignement: les non-résidents mieux protégés, les lanceurs d'alerte beaucoup moins
[Libération.fr] Loi renseignement: ils ont dit non

Voir aussi:
Projet de loi renseignement adopté: le Conseil constitutionnel, dernier rempart de nos libertés?

[Next INpact] Le gouvernement prêt à saper l'Open Data sur les données de transport

Par Xavier Berne, le lundi 22 juin 2015. Extrait:
> Alors que le Premier ministre promettait jeudi d’inscrire les principes de l’Open Data dans la loi, son gouvernement a soutenu dans le même temps un amendement à la loi Macron qui permettra aux sociétés de transport de s’exonérer des obligations de diffusion initialement voulues par le législateur. La SNCF, Air France ou la RATP pourront en effet signer des codes de bonne conduite prévoyant entre autre le paiement de redevances.
Lien vers l'article original: http://www.nextinpact.com/news/95504-le-gouvernement-pret-a-saper-open-data-sur-donnees-transport.htm

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

... / ... Lire la suite

(29/06/2015 @ 18:39)

Question aux ministres sur l'avis CADA / code source du logiciel simulant le calcul de l'impôt  Voir?


Par un avis en date du 8 janvier 2015, la Commission d'accès aux documents administratifs (CADA) a rendu un avis favorable à la communication du code source du logiciel simulant le calcul de l'impôt sur les revenus des personnes physiques. Depuis cette date, rien n'a bougé du côté de la direction générale des finances publiques (DGFiP). À l'occasion de la présentation de la stratégie numérique du gouvernement le 18 juin 2015, Frédéric Couchet, délégué général de l'April a pu poser une question aux ministres présents.

Titre : Question / CADA et code source simulation impôts
Intervenants : Frédéric Couchet - Emmanuel Macron - Axelle Lemaire
Lieu : Remise du rapport "Ambition numérique" CNNum - Paris
Date : Juin 2015
Durée : 04 min 10
Lien vers la vidéo

Transcription

55'15

Frédéric Couchet : Bonjour. Frédéric Couchet, Délégué général de l'April, Association de Promotion et Défense du Logiciel Libre, j'ai une question très précise à Emmanuel Macron. Début janvier la CADA, la Commission d’Accès aux Documents Administratifs, a donné son feu vert à la communication du code source de simulation de l’impôt. Un citoyen avait fait cette demande. La DGFiP avait refusé. Il a saisi la CADA, la CADA lui a donné un avis favorable. Or, depuis, comme l'a révélé Nextinpact, il y a à peu près un mois, le fisc refuse de donner cet accès à ce code source. Alors j'ai un peu de mal à comprendre : d'un côté on diffuse OpenFisca, logiciel de simulation de calculs sociaux, qui est une très bonne chose, mais d'un autre côté, visiblement, les services du fisc refusent de suivre l'avis de la CADA, sur la mise à disposition du code source du simulateur des impôts, qui n'est autre que quoi ? Un algorithme qui implémente des données publiques, évidemment, la règle fiscale.

Rires du public

Emmanuel Macron, ministre de l'Économie, de l'Industrie et du Numérique : Alors, pour éviter toute ambiguïté, je ne suis pas le ministre des impôts, donc, je vais vous répondre par voisinage avec mon collègue Michel Sapin et Christian Eckert. Mais, on va regarder la chose. Je pense, qu'en tout cas, il doit y avoir une partie de sensibilité dans l'algorithme pour qu'il ne soit pas transmis, mais, tout le travail qui est fait en continu et qui sera poursuivi à travers le projet de loi numérique, c'est bien celui de la mise à disposition de tout ce qui doit l’être, et de l'open data. Et donc, non seulement des données elles-mêmes, mais des algorithmes sous-jacents, partout où c'est possible de le faire. On a commencé à le faire dans les transports, on continuera, Axelle le disait, en matière de travail, de social, partout où c'est possible, parce qu'il y a des contraintes aussi, qui sont liées à la CNIL et à la protection des libertés.

Pour la question très précise que vous évoquez, on va se retourner vers les services fiscaux, et je vais transmettre à mon collègue Michel Sapin, pour, très précisément, savoir ce qui explique que nous n'avons pas respecté cet avis de la CADA. Mais je pense qu'il y a une bonne raison.

Axelle Lemaire, secrétaire d’État chargée du Numérique : En fait, le directeur de la DGFiP, le directeur général des finances publiques, est très au fait de cette décision. Il travaille, d'ailleurs, en coordination avec la CADA pour adapter, en interne, l'offre informatique à cette décision. Donc, moi, il m'a donné l'assurance que c’était une question d'adaptation et de temps. Dans le projet de loi numérique, nous modifierons les missions de la CADA, la Commission d'Accès aux Documents Administratifs, qui a été crée en 1978, et qui doit, certainement, avoir un rôle plus important dans l’ouverture des données publiques. J'en profite pour relever le fait que la stratégie introduit l'idée de créer des données d’intérêt général. C'est un nouveau type de données juridiques, qui n'existe pas jusqu'à présent. On se rapproche de la notion de communs, de biens communs et Internet, au niveau mondial, devrait être un bien commun, qui ne peut pas être approprié ni par des États, ni par des entreprises privées. Eh bien, nous allons mettre en œuvre cette notion de biens communs en créant cette notion d’intérêt général dans le droit français.

... / ... Lire la suite

(29/06/2015 @ 09:38)

La vente forcée ordinateur/logiciels devant la Cour de justice de l'Union européenne  Voir?

Le jeudi 25 juin 2015, la Cour de cassation a posé une question préjudicielle à la Cour de justice de l'Union européenne sur la vente forcée ordinateur/logiciels. La cour de Luxembourg se prononcera donc dans les prochaines semaines sur cette pratique. L'April attend avec impatience une décision qui pourrait confirmer le caractère déloyal de l'obligation d'acheter des logiciels quand on acquiert un ordinateur sur le marché grand public.

Dans le cas d'espèce, un consommateur voulait acquérir un ordinateur Sony d'un modèle particulier, mais ne pouvait pas le faire sans avoir à acheter un système d'exploitation ainsi que plusieurs logiciels qui étaient pré-installés sur la machine. Il a donc exigé le remboursement de ces logiciels devant le tribunal, ce qui lui avait été refusé en appel.

La Cour de cassation ne se prononce pas sur le fond, mais considère qu'il s'agit d'une vraie question de droit, qui doit être traitée par les juridictions européennes afin que la directive 2005/29 relative aux pratiques commerciales déloyales des entreprises vis-à-vis des consommateurs s'applique de la même manière dans toute l'Union.

Les questions auxquelles la Cour de Justice européenne aura à répondre sont les suivantes :

1°) les articles 5 et 7 de la directive 2005/29 du Parlement européen et du Conseil du 11 mai 2005 relative aux pratiques commerciales déloyales des entreprises vis-à-vis des consommateurs dans le marché intérieur doivent-ils être interprétés en ce sens que constitue une pratique commerciale déloyale trompeuse l’offre conjointe consistant en la vente d’un ordinateur équipé de logiciels préinstallés lorsque le fabricant de l’ordinateur a fourni, par l’intermédiaire de son revendeur, des informations sur chacun des logiciels préinstallés, mais n’a pas précisé le coût de chacun de ces éléments ?

2°) l’article 5 de la directive 2005/29 doit-il être interprété en ce sens que constitue une pratique commerciale déloyale l’offre conjointe consistant en la vente d’un ordinateur équipé de logiciels préinstallés, lorsque le fabricant ne laisse pas d’autre choix au consommateur que celui d’accepter ces logiciels ou d’obtenir la révocation de la vente ?

3°) l’article 5 de la directive 2005/29 doit-il être interprété en ce sens que constitue une pratique commerciale déloyale l’offre conjointe consistant en la vente d’un ordinateur équipé de logiciels préinstallés, lorsque le consommateur se trouve dans l’impossibilité de se procurer auprès du même fabricant un ordinateur non équipé de logiciels ?

L'April suivra avec attention la réponse de la Cour de Justice européenne, qui pourra enfin clarifier le droit et faire respecter les droits des consommateurs.

... / ... Lire la suite

(26/06/2015 @ 17:47)

Projet de loi renseignement adopté : le Conseil constitutionnel, dernier rempart de nos libertés ?  Voir?

Après le Sénat le 23 juin, l'Assemblée nationale a adopté définitivement le 24 juin 2015 le projet de loi renseignement, entérinant ainsi la surveillance de masse. L'April regrette que l'adoption se soit faite à une large majorité malgré les dangers du texte, qui plus est au moment des révélations de l'espionnage américain dont ont été victimes les trois présidents de la République en fonction de 2006 à 2012.

L'April s'était opposée au projet de loi et avait appelé à agir contre la surveillance de masse. Cependant, et malgré la mobilisation citoyenne, le Sénat et l'Assemblée nationale ont adopté le texte à une très large majorité. Cela est d'autant plus paradoxal qu'au même moment, Libération et Mediapart révélaient que les présidents français, ainsi que de nombreux services de l'État, avaient été espionnés par les États-Unis ces dernières années. Mais la découverte de cette surveillance de certains n'a pas empêché les parlementaires de voter la surveillance de tous.

Le Conseil constitutionnel doit désormais se prononcer sur la constitutionnalité du texte et sur sa validité face au respect de nos libertés fondamentales. La Quadrature du Net, French Data Network et la Fédération FDN ont déposé un mémoire citoyen récapitulant les dangers du texte pour nos libertés.

... / ... Lire la suite

(25/06/2015 @ 12:10)

Actualités de l'April du 24 juin 2015  Voir?

Informations

NouvellesApril150623.png
Magali Garnero, François Poulain et Luc Fievet
vous présentent les actualités
de l'April du 24 juin 2015

  • Titre : Actualités de l'April du 24 juin 2015
  • Intervenants : Magali Garnero, François Poulain et Luc Fievet
  • Réalisation : Luc Fievet
  • Licences : Gnu FDL 1.3 ou ultérieure, CC-by-SA 2.0 ou ultérieure, Art Libre 1.3 ou ultérieure
  • Durée : 8 mn 37 s
  • Média : NouvellesApril150623.webm (57,1 Mo)
  • Logiciels utilisés : Kdenlive pour le montage vidéo et Inkscape pour le générique

Transcription

Luc : Les nouvelles de l'April bonjour. Ça faisait un petit moment qu'on n'en avait pas sorties, donc nous revoilà, avec Magali. Bonjour Magali.

Magali : Bonjour Luc.

Luc : Tu es secrétaire de l'April.

Magali : Exactement.

Luc : Et François.

François : Bonjour Luc.

Luc : Tu es donc, trésorier.

François : C'est ça, je tiens les comptes.

Luc : Voilà. Et donc, moi je ne suis pas au bureau, mais je suis là quand même. Donc on va faire un petit point, à la fois pour parler de l'actualité du Libre et parler aussi de l'actualité de l'April, bien sûr. Donc, Magali, côté actualité du Libre, qu'est-ce qui s'est passé, des bonnes ? Des mauvaises nouvelles, alors ?

Magali : Des mauvaises nouvelles, le rapport Reda.

François : C'est le rapport qui allait un peu dans le bon sens, ces derniers temps.

Magali : Voilà, qui était sur le droit d'auteur, et non seulement il a été amendé, mais en plus ils ont enlevé tout ce qui était sur les DRM1, et il a été plus ou moins vidé de son sens sur les sujets qui nous concernaient nous.

Luc : Voilà. Donc il y avait des dispositions anti DRM et on peut remercier…

François : Jean-Marie Cavada pour son travail acharné2, comment dire, pour relayer la position des lobbies de l'industrie du divertissement.

Luc : Très bien. Enfin très bien, pas bien du tout.

Magali : Non.

Luc : Mais, il y a quand même des bonnes nouvelles au niveau français. Il y a la DISIC.

Magali : La DISIC, des propositions.

Luc : La DISIC, en gros, c'est la DSI de l’État. Donc c'est le machin qui chapeaute toutes les DSI de tous les ministères et qui essaye de les faire aller dans le même sens, parce que chacun est plus ou moins autonome.

Magali : En tout cas dans le bon sens, parce que là ils mettent en avant l’interopérabilité.

Luc : Et le Libre3.

Magali : Le Libre en avant, et avec le RGI.

Luc : Tout à fait. Le RGI c'est le ?

François : Référentiel Global d'Interopérabilité.

Luc : Général peut-être,

François : Ah oui, général, pardon.

Luc : C'est à peu près pareil. Maintenant, très sérieusement, une vraie prise de position en faveur du Logiciel Libre de la part de la DISIC, donc une très bonne nouvelle. On a également le Conseil National du Numérique, le CNNum, qui a pris une position qui va dans le sens de la priorité 4au logiciel libre. Le CNNum, on le rappelle, c'est ce machin qui prend divers acteurs d'Internet, du monde de l'informatique, du numérique, et qui doit conseiller l’État. Donc ça fait un peu hurler les lobbies et les éditeurs propriétaires.

Magali : Le Syntec Numérique.

François : Et l'AFDEL.

Magali : Et l'AFDEL.

Luc : On rappelle que le Conseil d’État a déjà validé le fait qu'on puisse, enfin qu'une collectivité puisse donner priorité au logiciel libre dans un appel d'offres. Mais, il y a quelques nouvelles de ce côté-là un petit peu sombres, du côté de TISA, qui est un nouvel accord commercial en cours de négociation, un machin international, et il y a des infos qui ont fuité et on a découvert que le Japon avait proposé un élément5 qui interdirait de donner la priorité au logiciel libre, donc on a réagi là-dessus.

Magali : Il me semble que la Colombie, aussi, a réagi contre le Japon.

Luc : Oui.

Magali : On n'est pas tout seul.

Luc : Oui. On a vérifié. Il y a beaucoup de pays entiers qui sont pro Logiciels Libre, donc rien n'est perdu de ce côté-là.

François : Malheureusement l'essentiel de TISA est inconnu, ce sont juste quelques chapitres qui ont fuité, et on ne saura à quelle sauce on sera mangé qu'une fois que ce sera bien avancé.

Luc : Au chapitre des accords internationaux il y a TAFTA/TTIP.

Magali : Oui, mais ça, c'est encore repoussé6.

Luc : Là, ça a l'air de piétiner. La mobilisation très importante qui a eu lieu contre ce traité semble faire effet. C'est devenu, comment dire, quelque chose d'un peu sensible, donc, en gros, ils attendent de voir si, des fois, le ciel se dégagerait pour eux. Nous, on avait des craintes également du côté des DRM, c'est, a priori, un enjeu très important pour les libertés informatiques dans les temps à venir. Le côté open source est aujourd'hui bien reconnu, mais la liberté des utilisateurs, ce qui fait vraiment le principe du logiciel libre, ça reste, aujourd'hui, quelque chose de vraiment très difficile à obtenir. Quoi d'autre dans l'actualité ?

Magali : Peut-être des bonnes nouvelles, il y a eu plein d'apéros. On sait faire ça à l'April !

Luc : Oui, dans la vie de l'association.

Magali : C'est quand même une association. Le 16, il y avait un apéro à Reims, 18/20 il y avait un apéro à Toulouse. Il y en aura un le 26 juin à Paris. Mais bon, Toulouse, surtout parce qu'il y a un April Camp qui a eu lieu.

Luc : C’était plus qu'un apéro, quoi !

François : C'était deux jours de travail intense.

Luc : Mais ce ne sont pas deux jours de picole intense.

Rires

Magali : Ouais, si vous voulez, moi je n'y étais pas.

Luc : C'est vrai. Moi non plus.

François : Toulouse est trop loin de Paris, de toutes façons, on ne peut y aller qu'en avion, donc ce n'est pas gagné.

Luc : Mais il y avait quand même du monde. Il y avait tous nos amis toulousains, qui nous ont accueillis. Il paraît que le lieu était vraiment super et l'ambiance très bonne. Et on a plein d'Apriliens très actifs là-bas. Donc on se moque, mais c'était un April Camp.

Magali : On a deux administrateurs qui sont à Toulouse, donc c’était sérieux, quand même Toulouse. Dans le genre tout aussi sérieux, il y a l'April qui a participé à Pas Sage En Seine. On a aussi eu une conférence à Beauvais par Marie Duponchelle à la CCI de l'Oise. Et, bien sûr, on sera dans deux endroits bien sympas, mais en même temps, les Rencontres Mondiales du Logiciel Libre et l'UDOS.

François indique son tee-shirt RMLL

Luc : Donc les RMLL cette année c'est où ?

Magali : C'est à Beauvais.

François : C'est le Woodstock du logiciel libre, si vous n'y avez jamais été, il faut venir, c'est super. Le gros de la communauté française, des intervenants de classe internationale qui se déplacent, etc.

Luc : Donc c'est quasiment une semaine.

François : On pourra visiter le musée de l’éponge cette année à Beauvais.

Rires

Luc : Beauvais, c'est une petite ville sympa, moi je connais assez bien ; et donc les RMLL c'est toujours, chaque année, un super événement. Donc, si vous ne savez pas trop quoi faire de votre été, venez au moins une fois aux Rencontres Mondiales, c'est un événement qui vaut le détour. On a fait aussi des salons, je reviens un petit peu en arrière, mais on a fait Geekopolis, par exemple.

Magali : Ah ouais ! Geekopolis, trop bien. Geekopolis super sympa. Geekopolis c'est le salon de l'imaginaire, c'est la troisième édition qui a eu lieu à Paris. C'est plein de geeks déguisés, soit à la mode de Japan Expo, soit steampunk, soit plutôt Heroïc Fantasy. Et il y avait un quartier qui s'appelait le Teklab, où il avait un super village du Libre, avec plein d'associations dont l'April, Parinux, Café vie privée, Mozilla, Ubuntu-r, Borsalinux. Il y avait Ze Marmot le projet de l'association LILA, LIbre comme L'Art. Et c'était super sympa de faire ça tous ensemble.

Luc : Voilà. C'est le genre d’événement qui est vraiment très intéressant parce que ça permet de rencontrer du grand public. Ce n'est pas uniquement un événement de Libristes. Et on en a un autre, à la rentrée, de septembre de prévu ?

Magali : Deux !

Luc : Deux ?

Magali : Deux. On va aller à la fête de l'Huma, début septembre, et on va avoir le festival Alternatiba, en prévision de la réunion de COP21 de décembre, où il y aura de nouveau un village du Libre. Mais ça, j'en reparlerai plus tard.

Luc : Alternatiba, c'est en plus dans la mouvance développement durable, écologie, etc. Et, a priori, un événement important, beaucoup de place pour le Libre et tu travailles là-dessus, d’arrache-pied.

Magali : Voilà.

Luc : Quoi d'autre ?

Magali : UDOS ?

Luc : Pardon ?

Magali : UDOS7, c'est un événement qui aura lieu dans le Sud de la France.

François : À Digne-les-Bains.

Magali : À Digne-les-Bains, parce que notre président il est de Digne-les-Bains.

François : Voilà. Je pense que ça a peut-être joué un peu.

Magali : Donc, Jean-Christophe Becquet, Université d'été du développement du logiciel libre et open source, donc ça sera un événement sur deux jours, auquel il participera. Il y aura des conférences, des ateliers, plein de gens qui viendront faire la promotion du logiciel libre.

Luc : Très bien, on a fait le tour.

Magali : Je crois.

François : Il me semble.

Luc : Bon, eh bien merci de la précision de vos arguments. Donc on se retrouve aux Rencontres Mondiales du Logiciel Libre8, j'en bafouille tellement je suis heureux. C'est le prochain événement, on y sera tous, ou presque.

François : Du 4 au 10, à Beauvais.

Luc : Du 4 au 10, à Beauvais, on espère vous retrouver là-bas.

Luc, Magali, François: A bientôt.

... / ... Lire la suite

(24/06/2015 @ 01:02)

Revue de presse de l'April pour la semaine 25 de l'année 2015  Voir?

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 25

[ZDNet France] Descente dans les forges des "makers"

Par Frédéric Charles, le samedi 20 juin 2015. Extrait:
> Cette semaine GreenSI a visité un des lieux des "makers", Usine IO, une forge de l'ère numérique, où on réinvente la fabrication.
Lien vers l'article original: http://www.zdnet.fr/actualites/descente-dans-les-forges-des-makers-39821154.htm

[Silicon.fr] Open Source et administration: le CCNum rallume l’incendie

Par Reynald Fléchaux, le vendredi 19 juin 2015. Extrait:
> Dans son rapport Ambition Numérique, le Conseil national du numérique préconise de donner la priorité au logiciel libre dans l’administration. Syntec Numérique et Afdel sont vent debout contre une proposition qui, à leurs yeux, sent un peu la naphtaline.
Lien vers l'article original: http://www.silicon.fr/open-source-administration-ccnum-rallume-incendie-119578.html

[madmoiZelle] «Faut-il apprendre à coder aux enfants?», une conférence pertinente sur une problématique d’actualité

Par Sarah Bocelli, le jeudi 18 juin 2015. Extrait:
> À l’occasion de la sortie de Scratch pour les Kids, un manuel d’initiation informatique, les éditions Eyrolles et Mozilla ont organisé une conférence autour d’un thème d’actualité: faut-il apprendre à coder aux enfants?
Lien vers l'article original: http://www.madmoizelle.com/apprendre-coder-enfants-conference-382905

[UP] Ordis partagés, ordis libérés!

Par Jeanne La Prairie, le jeudi 18 juin 2015. Extrait:
> Les logiciels libres, gratuits, créés par des communautés de chercheurs et de passionnés, permettent à certains d'accéder à l'informatique. Rencontre avec les geeks activistes qui luttent contre le gâchis et la précarité numérique en redonnant vie aux vieilles machines.
Lien vers l'article original: http://www.up-inspirer.fr/magazine/150618401-ordis-partages-ordis-liberes

[Contrepoints] Le mouvement du logiciel libre: sentinelle des libertés en ligne

Par Farid Gueham, le mercredi 17 juin 2015. Extrait:
> «Il faut alerter vos sénateurs contre le flicage généralisé!» Richard Sallman
Lien vers l'article original: http://www.contrepoints.org/2015/06/17/211181-le-mouvement-du-logiciel-libre-sentinelle-des-libertes-en-ligne

[L'OBS] Axelle ma sœur Axelle, ou la lente gestation de la loi sur le numérique

Par Andréa Fradin et Rémi Noyon, le mercredi 17 juin 2015. Extrait:
> Manuel Valls présente ce jeudi la «stratégie numérique» de la France. L’un des aspects devrait être la loi Lemaire. Cela fait des mois qu’on l’attend. Why darling?
Lien vers l'article original: http://rue89.nouvelobs.com/2015/06/17/axelle-soeur-axelle-lente-gestation-loi-numerique-259787

Et aussi:
[Le Monde.fr] Le gouvernement présente sa stratégie numérique pour la France
[cio-online.com] Clotilde Valter succède à Thierry Mandon à la Réforme de l'Etat
[Le Point] L'opération séduction de Valls envers les internautes
[L'OBS] Valls: «Le monde est numérique, l’Etat ne peut être observateur»
[L'OBS] Et Manuel Valls amputa la «République numérique» d’un sein
[L'OBS] «La simplification, la simplification», hurlaient les députés
[ouest-france.fr] Brest saura bientôt si elle est French tech...

[ITespresso] Futur en Seine 2015: carrefour du crowdfunding et des monnaies virtuelles

Par Clément Bohic, le mercredi 17 juin 2015. Extrait:
> Quels sont les marqueurs de Futur en Seine 2015? Finance 2.0, robotique, impression 3D, crypto-monnaies, objets connectés…Petite visite sur place.
Lien vers l'article original: http://www.itespresso.fr/futur-en-seine-2015-carrefour-crowdfunding-monnaies-virtuelles-98958.html

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

... / ... Lire la suite

(22/06/2015 @ 20:41)

De nombreuses recommandations du Conseil national du numérique à entériner dans le projet de loi numérique  Voir?

Paris, le 22 juin 2015, communiqué de presse.

Le 18 juin 2015, le gouvernement a dévoilé sa stratégie numérique. À cette occasion, le Conseil national du numérique a également remis son rapport « Ambition numérique ». Ce dernier présente, dans ses propositions, notamment la recommandation de donner la priorité au logiciel libre dans la commande publique, priorité que l'April encourage le gouvernement à inscrire dans le futur projet de loi numérique.

Le rapport « Ambition numérique »1 contient 70 propositions dont certaines retiennent particulièrement l'intérêt de l'April. Ainsi la priorité au logiciel libre dans la commande publique, l'abaissement des barrières techniques et contractuelles à l'interopérabilité et le renforcement du droit à la rétroingénierie d'un logiciel existant sont regroupées sous l’appellation « ouvrir et maintenir des passerelles entre grands écosystèmes concurrents » (page 69).

De même, une place importante est donnée aux communs et à la promotion des pratiques collaboratives et de la réciprocité. Notons également le rappel au fait de ne pas déroger au principe du recours au préalable à une autorité judiciaire de mesures de blocage de sites ; l'importance d'établir un régime de protection des lanceurs d’alerte clair et effectif ; le déploiement des pratiques de chiffrement des données (avec le recours systématique à des logiciels libres pour l'enseignement à l'école du chiffrement des communications) ; l'ouverture par défaut des données publiques ; l’interopérabilité dans l'Éducation nationale…

Sur la base de ce rapport, le gouvernement a présenté sa stratégie numérique2 qui vise, selon les propos du Premier ministre Manuel Valls, « à faire de la France une République numérique ». Cette stratégie se décline en 14 axes, parmi lesquels la libre diffusion et la publication des données de recherche, la mise en œuvre du plan numérique pour l'éducation, la confirmation dans la loi des principes d'accès et de réutilisation, de manière libre et gratuite, des données publiques, l'inscription dans la loi d'une définition claire de la neutralité du net.

La place du logiciel libre est trop modeste dans cette stratégie. La « promotion active des licences libres » est citée dans le dossier de presse mais semble ne concerner que les résultats de la recherche. Dans une page du site dédiée à la stratégie il est indiqué que « Le Gouvernement portera une attention particulière aux développements en source ouverte et entend promouvoir le développement et l'utilisation des logiciels libres, domaine dans lequel la France est un des pays les plus actifs au monde. Ainsi, sur certains marchés très largement dominés par certains éditeurs de logiciels, cette évolution pourrait permettre à l’industrie européenne de regagner des positions de premier plan » et sur une autre page il est écrit que « l'utilisation de logiciels libres sera encouragée en poursuivant la logique de la circulaire du 19 septembre 2012. ». Mais aucune action précise n'est annoncée. D'autres recommandations du Conseil national du numérique, pourtant à considérer, ne sont pas mentionnées (promotion du chiffrement, place du juge dans le blocage des sites, rétroingénierie…).

« Le logiciel libre est l'incarnation informatique de notre devise républicaine, "Liberté, Égalité, Fraternité". Nous encourageons le gouvernement à suivre la recommandation du Conseil national du numérique concernant la priorité à donner au logiciel libre dans la commande publique » a déclaré Frédéric Couchet, délégué général de l'April.

« Quand le gouvernement évoque "certains marchés très largement dominés par certains éditeurs de logiciels", une première action concrète serait de mettre un terme à l'aveuglement sur les contrats de type "Open Bar" avec Microsoft » poursuit Frédéric Couchet.

Au final, la stratégie du gouvernement ne présente que peu de nouveautés, et alors que le projet de loi renseignement est sur le point d'être voté définitivement par le Parlement, l'April reste préoccupée au sujet des politiques que le gouvernement compte effectivement mener.

L'April appelle le gouvernement à prendre en compte les propositions mises en évidence ici et lui demande de donner toute sa place au logiciel libre dans le projet de loi numérique que va présenter Axelle Lemaire, Secrétaire d'État chargée du numérique.

  • 1. Le rapport intégral, tout comme une synthèse, sont disponibles sur le site du Conseil national du numérique. Ce rapport contient 398 pages et 70 propositions, regroupées en 4 volets (loyauté et liberté dans un espace numérique en commun; vers une nouvelle conception de l'action publique : ouverture, innovation, participation ; mettre en mouvement la croissance française : vers une économie de l'innovation ; solidarité, équité, émancipation : enjeux d'une société numérique
  • 2. Un dossier de presse de 28 pages est disponible sur le site du gouvernement ainsi qu'une page La République numérique en actes

... / ... Lire la suite

(22/06/2015 @ 14:18)

L'April partenaire du Festival francophone des communs 2015  Voir?

L'April fait partie des partenaires du Festival francophone des communs qui aura lieu du 5 au 18 octobre 2015, et se propose d'organiser au moins un événement.

Le « réseau francophone autour des communs », lancé en 2012, organise un festival francophone des communs du 5 au 18 octobre 2015. L'April, déjà partenaire de l'édition de 2013 dont l'intitulé était« Villes en Biens Communs », participera à l'édition 2015.

Selon le site du festival « Les communs désignent l’activité des communautés qui s’organisent et se régulent pour protéger et faire fructifier des ressources matérielles ou immatérielles, en marge des régimes de propriété public ou privé. Zones urbaines transformées en jardins partagés par les habitants, savoirs versés dans l’encyclopédie Wikipedia par des millions d’internautes, cartographie OpenStreetMap nourries par les utilisateurs, savoirs traditionnels, logiciels libres, science ouverte, publications en libre accès, pédibus scolaires, système d’irrigation agricole partagé, semences libres, contenus éducatifs ouverts, échanges de savoirs, justice participative… Les initiatives fleurissent qui inventent des manières créatives et solidaires de générer, gérer et partager des ressources et les communs apparaissent comme source d’alternatives ».

... / ... Lire la suite

(20/06/2015 @ 14:12)

Dernière mise à jour : 28/08/2015 @ 15:17

Vous êtes ici :   Accueil » Exemples de RSS - April
 
Préférences

Se reconnecter :
Votre nom (ou pseudo) :
Votre mot de passe
ypFZMd
Recopier le code :


  12217398 visiteurs
  11 visiteurs en ligne

  Nombre de membres 10661 membres
Connectés :
membresJeandePeyrat (GT)
membresPapinou (GT)
Newsletter
Pour avoir des nouvelles de ce site, inscrivez-vous à notre Newsletter.
ypFZMd
Recopier le code :
Site enregistré à la CNIL sous l'agrément 1040387.
Vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification
et de suppression des données selon la loi Informatique et Liberté (article 34) du 6 janvier 1978.

FreeGuppY.org est hébergé sur un serveur dédié Nuxit
 


Nuxit Partenaire de GuppY
 

    gy_twitter02.png