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Exemples de RSS - April
L'April présente à l'Ubuntu Party de Paris de mai 2016  Voir?

28 Mai 2016 - 11:00
29 Mai 2016 - 18:00

L'April sera présente à l'Ubuntu party de Paris les 28 et 29 mai 2016. Un stand sera tenu par plusieurs bénévoles au sein du village associatif. Nous vous invitons à venir nous rencontrer et à participer à l'animation du stand, pour faire de cet événement un moment fort de nos actions de sensibilisation.

Plusieurs conférences et ateliers vous sont proposées :

  • Le logiciel libre : base incontournable d'une informatique loyale, par Étienne Gonnu, samedi 28 mai 2016 à 15h30
  • Réalisation d'une interview en vidéo, par Lionel Allorge et Luc Fievet
  • Sympathy for the free software, par Véronique Bonnet, dimanche 29 mai à 15h
  • L'April, les jedis du logiciel libre, par Magali Garnero

L'Ubuntu Party aura lieu à la Cité des Sciences et de l'Industrie :

Cité des science et de l’industrie
30 Avenue Corentin Cariou
75019 Paris
Niveau -1

Métro : Ligne 7, station Porte de la Villette

Bus : 139, 150, 152, T3b

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(24/05/2016 @ 14:45)

L'impossible combat contre la vente forcée, de Laurent Costy  Voir?


Laurent Costy

Titre : L'impossible combat contre la vente forcée
Intervenants : Laurent Costy - Camille Gévaudan
Lieu : Émission 56Kast - #75
Date : Mai 2016
Durée : 24 min
Licence : Verbatim
Pour visionner la vidéo

Présentation

Notre invité Laurent Costy raconte les cinq ans de procès qui l’ont opposé à Hewlett-Packard. Il cherchait simplement à se faire rembourser le système d’exploitation livré d’office sur son ordinateur…

Transcription

Camille Gévaudan : Bienvenue dans le 75Kast. Aujourd'hui, on va parler de Paris, de son aménagement, de ses espaces verts. Non, je plaisante. Le 75Kast, pour les nouveaux, c'est seulement le 56Kast numéro 75. C'est ma blague préférée. Plus je la fais, plus elle est nulle, et donc plus elle est bonne. Laurent Costy, bonjour, tu es mon invité d'aujourd'hui, et tu vas nous raconter comment tu t'es battu pendant cinq ans contre Hewlett-Packard pour te faire rembourser Windows. C'est ça ?

Laurent Costy : Exactement, exactement.

Camille : Trop bien. On va commencer par une petite actu, si ça ne te dérange pas, à propos de messages de haine, parce que j'ai envie de nouvelles réjouissantes aujourd’hui, sur les réseaux sociaux. En fait la semaine dernière, trois associations, l'Union des étudiants juifs de France, SOS racisme et SOS homophobie ont publié les résultats d'une campagne qu'ils ont faite, deux tests auprès de Facebook, Twitter et c’était quoi le troisième ? YouTube. En fait, ils ont essayé de mettre des commentaires homophobes, des commentaires racistes, des commentaires négationnistes, des commentaires antisémites, d'apologie du terrorisme ou de crimes contre l'humanité. Enfin bref, que des choses très sympa et ils ont vu comment ça se passait, comment répondaient Facebook, Twitter et YouTube. Est-ce que les commentaires étaient enlevés ou pas, selon qu'on leur signalait ou pas.

Laurent : Avec une grande réactivité, je suppose. Très grande réactivité.

Camille : Ils promettent d'avoir les services qui sont dédiés 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

Laurent : Merveilleux !

Camille : Donc après, on va voir comment ça se passe. Leur campagne c’était entre fin mars et mi-mai, donc ça a duré, avril, mai, c'est ça, un mois et demi, et ils ont posté en tout 586 commentaires haineux. Et voilà le résultat : seuls 77 d'entre eux ont été supprimés ! Ce qui est quand même formidable. Il y avait de grosses différences entre les services. Donc le bon élève, a priori, c'est Facebook. Mais on savait que Facebook, de toutes façons, a tendance à supprimer beaucoup, même les photos de nu et puis les tableaux de Courbet un petit peu dénudés. Voilà. Donc eux ils suppriment. Ils ont supprimé 34 % des commentaires. YouTube en a supprimé 7 %, ce qui n'est franchement pas grand-chose. Et Twitter, grand champion, en a supprimés 4 %. Donc quelques exemples de tweets qui n'ont pas été supprimés par Twitter : « Hashtag stop islam. Morts aux Juifs et aux Bougnoules. »

Laurent : D'accord. Effectivement, ça c'est clair.

Camille : Il n'y a aucun petit drapeau rouge qui s'est levé dans leur système de détection. Autre tweet : « Les homos n'ont pas leur place sur cette terre. Les pendre est un luxe. On devrait les brûler vifs de l'ongle du pied à la tête. »

Laurent : Parfait !

Camille : Voilà, voilà. Et ça, ça reste, il n'y a pas de problème. Le problème, c'est que la loi pour la confiance dans l'économie numérique, que l'on dit LCEN, qui a été votée en 2004, impose en fait aux hébergeurs de contenus, parce qu’eux ils disent : « Bah oui, mais ce n'est pas nous, ce sont les internautes qui postent. Il y a beaucoup de contenus, on ne peut pas tout surveiller et ça passe entre les mailles du filet. » Sauf qu'ils sont tenus d'enlever les contenus manifestement illicites dont ils ont connaissance. Et là, on a beau leur signaler des trucs et derrière ça ne suit pas. Donc ils disent qu'ils ont des équipes dédiées 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. Mais a priori, les trois associations qui ont fait le test trouvent que c'est extrêmement flou. Ils disent : « Le mystère qui plane sur le fonctionnement des équipes de modération des réseaux sociaux empêche toute avancée sérieuse dans la diminution des messages racistes et antisémites. On ne sait pas bien comment ça marche derrière. » Donc en fait, les assos ont plusieurs réclamations à faire. D'abord, elles voudraient qu'il y ait un outil de suivi, clair, des signalements qui ont été faits, je suppose par la personne qui a signalé pour voir si sa demande est prise en compte, traitée, refusée, pour quelle raison. Ça je crois que c'est un peu le cas sur Facebook, qui dit toujours : « Non, on ne voit pas le problème, d'ailleurs ». Moi j'ai signalé des trucs, c'est hallucinant.

Deuxièmement, elles réclament des technologies d'empreintes numériques pour bloquer automatiquement la republication. Ça c'est comme sur YouTube : une fois qu'une vidéo a été signalée une fois comme enfreignant, enfin comme étant une contrefaçon, on repère la vidéo et on ne peut plus la ré-uploader, elle est reconnue automatiquement quoi ! Et du coup elle est enlevée.

Et troisièmement, les associations réclament, et c'est là que ça fait un petit mal, l'obligation de renseigner sa véritable identité sur des réseaux sociaux quand on s'inscrit sur une plate-forme. Donc là, les défenseurs de la vie privée ne sont pas tout à fait d'accord avec cette obligation de donner son vrai nom. D'ailleurs, il y a eu des problèmes sur Google+, ils refusaient absolument les pseudonymes, à un moment ils voulaient qu'on ne mette que nos vrais noms, et je crois qu'il y a eu d'autres problèmes sur d'autres plates-formes. Donc ça, ça peut faire polémique, mais en tout cas, il faut réagir sur le signalement des messages.

Voilà. Sur ce, on va regarder des drones devant le mont Fuji.

[Projection d'une vidéo de drones , NdT]

Voilà. C'était un spectacle avec une vingtaine de drones équipés de 16 500 leds, devant le mont Fuji, avec un concert de Shamisen, donc la guitare traditionnelle japonaise. C'était une création de Tsuyoshi Takashiro, que je trouve très jolie.

Et maintenant on va passer au Quartier libre.

[Jingle de la rubrique Quartier libre, NdT]

Camille : Donc notre invité du jour, je le répète, est Laurent Costy qui milite à l'April1. Tu es administrateur de l'April, mais c'est en tant que citoyen que tu t'es attaqué à Hewlett-Packard.

Laurent Costy : Alors je ne me suis pas attaqué à Hewlett-Packard. J'ai d'abord voulu acheter un ordinateur.

Camille : Tout simplement.

Laurent : Tout simplement, et c'est un peu eux qui ont contre-attaqué, on va dire ça comme ça. Moi je cherchais un ordinateur portable, avec effectivement des spécifications un peu précises, je voulais qu'il soit léger, je voulais telle capacité au niveau du processeur, etc., et surtout évidemment, je ne voulais pas qu'il y ait un système d'exploitation pré-installé. Parce que j'avais l'habitude d'utiliser des systèmes GNU/Linux, des systèmes libres depuis plusieurs années. Donc voilà ! Je cherchais quand même un ordinateur assez précis et, malgré mes recherches, je n'ai pas trouvé d'ordinateur qui me convenait sans ce système d’exploitation. Donc j'ai fait le choix d'acheter l'ordinateur qui me convenait techniquement et de demander le remboursement à Hewlett-Packard du système d'exploitation que je n'utilisais pas. Ce qui semble normal à tout un chacun a priori.

Camille : Bon, déjà, tu les as un peu cherchés, non ?

Laurent : J'ai un peu cherché. Enfin je ne sais pas. Quand vous achetez quelque chose et qu'on vous fourgue quelque chose que ne vous n'utilisez pas, en général votre premier réflexe c'est de demander au moins le remboursement de la chose que vous n’utilisez pas. On va peut-être prendre une analogie assez simple. C'est comme si à partir d'aujourd'hui, quand vous achetez une voiture, on vous oblige à prendre un assureur donné. Vous n'avez pas le choix de l'assureur et en plus le coût de l'assurance est compris dans la voiture et on ne vous donnera pas le prix. On ne vous donnera pas non plus le contenu du contrat d'assurance. Vous n’avez pas à savoir. On s'occupe de tout, ne vous inquiétez pas ! Moi effectivement, j’étais parti sur cette logique-là.

Camille : C'est vrai qu'on ne s'en rend pas compte mais le système d'exploitation et l'ordinateur sont deux choses totalement différentes, qui du coup sont vendues ensemble.

Laurent : On essaye de nous faire passer le système d'exploitation pour le moteur, mais ce n'est pas du tout le moteur. C'est plutôt l'analogie du contrat d'assurance. Il faut vraiment séparer les choses.

Camille : C'est ce qu'on appelle la vente liée ?

Laurent : La vente même forcée, c'est même de la vente forcée. On peut même aller jusque-là ! C'est vrai que j'ai demandé le remboursement à Hewlett-Packard et Hewlett-Packard a refusé. Voilà. Pour un coût, je le précise qui oscillait, estimé entre 50 euros et 120 euros. Il y avait à la fois le système d'exploitation et puis quelques logiciels complémentaires. Ça se monte à cette somme-là.

Camille : Toutes leurs merdouilles d'antivirus.

Laurent : Voilà, c'est ça les choses, dans un premier temps, qu'on vous présente comme gratuites et puis au final, trois mois après, il va falloir quand même payer l'antivirus, etc.

Camille : J'ai été voir sur le site Racketiciels, qui a été fait par….

Laurent : L'AFUL

Camille : Voilà. Ça c'est ce qu'on appelle les Racketiciels, c'est le petit surnom des logiciels qu'on nous force à payer.

Laurent : Exactement.

Camille : Sur l'AFUL, l'Association française des utilisateurs de logiciels libres, je crois que c'est ça ?

Laurent : C'est ça.

Camille : Ils ont un schéma qui dit que 10 à 30 % du prix d'un ordinateur, en fait, ce sont les logiciels qui sont pré-installés dessus.

Laurent : Voilà ! Donc on le paye, sans le savoir, et c'est ça qui est tout à fait scandaleux, moi je trouve, surtout quand on ne souhaite pas l'utiliser. Donc du coup, effectivement, suite au refus de Hewlett-Packard de me rembourser, eh bien j'ai été dans l'obligation de prendre un avocat pour essayer de faire valoir mes droits. Voilà. Et c'est toute une aventure : cinq ans et demi de procès. Le litige 50 à 120 euros, je l'ai dit tout à l'heure. C'est complètement démesuré par rapport à la problématique.

Camille : Pour un logiciel quoi !

Laurent : Pour un logiciel, pour un simple logiciel et quelque chose que je n'utilise pas. Qui, dans le commerce traditionnel, n'aurait posé aucun problème à personne.

Camille : Comment on fait, donc concrètement, quand on a un système d'exploitation et qu'on le refuse ? L'ordinateur s'allume et comment on signale son refus ?

Laurent : Il faut refuser, il faut refuser le contrat exploitation. Toute la procédure, finalement, est sur le site qu'on a évoqué tout à l'heure, http://racketiciels.info/

Camille : Ils ont un guide.

Laurent : Voilà, il y a tout un guide et il faut suivre cette procédure-là. Ceci étant, c'est quelque chose qui a été renvoyé dans le cours du procès en disant : « Oui, mais de toutes façons, vous avez utilisé cette procédure-là, c'est que vous vouliez nous embêter, etc. Ils retournent systématiquement les arguments qui sont proposés sur le site. Donc ça se retourne aussi un peu contre l'utilisateur. C'est un peu dur, un peu fort de café quand même quelque part, pour quelque chose qu'on ne souhaite pas utiliser. Et puis, effectivement, par rapport aux moyens qui sont déployés par Hewlett-Packard pour ne pas, finalement, débourser 50 euros, c'est absolument démesuré quoi !

Camille : Oui. Parce qu'ils auraient réglé l'affaire en un seul courrier, en acceptant de rembourser le logiciel.

Laurent : Tout à fait.

Camille : Mais eux, ils acceptent de se retrouver au procès.

Laurent : Ils sont allés jusqu'au bout. C'est inquiétant parce que ça veut dire que aller jusqu'au bout pour eux, soit c'est de la mesquinerie, mais je ne crois pas qu'une entreprise de cette taille-là, elle a le loisir de faire de la mesquinerie. Soit effectivement ça sous-entend qu'il y a des accords avec Microsoft qui font qu'à aucun moment ils ne doivent lâcher l'affaire. Donc ils mettent tous les moyens.

Camille : Pour ne pas qu'il y ait une brèche et que les autres fassent pareil, éventuellement. C'est ça ?

Laurent : Sans doute. C'est une hypothèse, on n'a pas de preuves évidemment. Mais je n'arrive pas à m'expliquer autrement cet état des choses.

Camille : Comment tu t'es organisé ? Tu as fait ça avec le soutien d'une association ou vraiment tout seul ?

Laurent : Non. À l'époque l'AFUL2 soutenait certains utilisateurs et puis là ce n’était plus le cas. Donc j'ai engagé des fonds personnels dans le procès. J'ai dû payer mon avocat, pour des coûts bien supérieurs évidemment aux 50 et 120 euros qui sont évoqués là. Et puis surtout, prendre mon mal en patience. Parce que finalement pour, encore une fois, un litige de 50 à 120 euros, on a enquiquiné un juge pendant cinq ans et demi, quoi ! On a quand même d'autres problèmes en France, à régler, que ce genre de choses, me semble-t-il ! Et c'est ça qui m'a presque le plus abattu par rapport à tout ça.

Camille : Et alors pourquoi c'était si long ? C'était quoi les étapes d'avant ? Il y a eu des échanges de courriers un peu polis ?

Laurent : Oui. Alors après ce sont toutes les procédures juridiques. Quand on n'est pas du milieu on n'y comprend pas grand-chose. On a évidemment l'avocat qui est spécialiste qui s’occupe de tout ça. On essaie de raccrocher, de comprendre un peu tout ce qui se passe. Il y a sans cesse des renvois parce que le juge estime qu'il n'est pas compétent, qu'il n'a pas toutes les pièces. Il y a toute une logique à suivre dans le procès pour évidemment qu'il ne soit pas renvoyé pour vice de forme. Donc on suit les épisodes de renvois et hop c'est re-décalé de six mois, etc. Après l'autre répond. Enfin voilà, c'est très, très long.

Camille : Les arguments de Hewlett-Packard pour ne pas rembourser, c'est quoi ?

Laurent : Ils ont tout essayé. Déjà c'est une bonne leçon pour ceux qui pensent qu'on n'a rien à cacher sur Internet. Il faut savoir qu'ils ont balayé Internet pour me connaître, moi, jusqu'à ma naissance quoi !

Camille : Ils t'ont stalké.

Laurent : Ah oui, carrément. Ils ont tout fait, ils ont tout regardé. Évidemment j'étais déjà intervenu pour défendre le logiciel libre, puisque je suis militant du logiciel libre. Alors je suis devenu après, ça c'est la petite parenthèse que je voulais faire. Effectivement au départ, ils expliquaient que j'étais le faux-nez de l'association April qui attaquait Hewlett-Packard, ce qui n'était pas le cas. Par contre, ça m'a motivé pour intégrer le conseil d'administration de l'April.

Camille : Maintenant, c'est fait !

Laurent : Voilà. Je suis devenu administrateur à cause de ça. Merci Hewlett-Packard et merci, ça sert l'April. Ils ont donc effectivement passé ma vie en revue. Ils ont sorti toutes les vidées montrant que je défendais le logiciel libre, que j'étais un méchant, que j'étais un mauvais citoyen, que je ne voulais pas consommer comme eux le voulaient. Enfin voilà, c'est tout ce qu'ils ont déroulé pendant le procès.

Camille : Ta démarche n’était pas honnête, en fait !

Laurent : Ouais ! J'étais le vilain. Et c'étaient eux les bons qui étaient dans leur bon droit de faire consommer les gens comme eux l'entendaient. Voilà. C'est extrêmement dur à vivre parce que finalement moi je faisais ça parce que j'estime être dans mon bon droit. Je n'utilise pas quelque chose et on me le fait payer. Ça partait vraiment de cet état d'esprit-là. Et puis effectivement, défendre le logiciel libre qui est quelque chose, quand même, d'un peu plus éthique que ces programmes privateurs qui empêchent les gens d’être autonomes sur leur informatique et libres dans leur informatique.

Camille : Et comment ça s'est terminé ?

Laurent : Alors ça c’est terminé ! Ce n'est pas tout à fait terminé parce qu'en fait il y a eu un jugement sur le tribunal de proximité, mais un jugement défavorable pour moi et il faudrait que je me pourvoie en cassation.

Camille : D’accord !

Laurent : Sauf que là il faut des moyens financiers que j'estime ne plus avoir. Donc quelque part ils ont gagné parce qu'ils avaient de l'argent. Mais sur le fond ça n'a pas été jugé. Mon avocat m'a aussi déconseillé de poursuivre parce que devrait survenir, durant le cours de l'année 2016, un jugement européen.

Camille : D'accord !

Laurent : On espère qu'il sera favorable, mais rien ne le dit puisque, de toutes façons, il y quand même une force de lobbies extrêmement importante. Il faut savoir qu'il y a eu deux jugements un peu similaires qui ont été portés en 2015. Un favorable et un défavorable à une semaine d’intervalle.

Camille : Ah oui ! C'est le bordel complet !

Laurent : C'est le bordel complet ! Ça veut dire qu'il y a des pressions, il y a des coups de fil qui se passent. Ça ne peut pas être autre chose ! Par le même juge quoi ! Donc voilà. C'est ça qui n'est pas très sain quand même.

Camille : D'accord. Donc c'est vraiment partagé entre favorable, défavorable ? Il n'y a pas une majorité de cas qui passent ou pas ?

Laurent : En fait ça dépend des périodes. Il y a des fois des jugements favorables qui passent et après il y a des constructeurs qui arrivent à faire pression pour que, finalement, ça s’arrête de passer. C'est plutôt par périodes et par lobbies que ça fonctionne.

Camille : Il y a une loi là-dessus ?

Laurent : Une loi. Oui. Mais alors après, c'est l’interprétation de ce qu'est la vente forcée. Donc évidemment, tout le travail des très nombreux avocats de Hewlett-Packard sur la place parisienne, c'était de chercher la faille, de dire : « Mais oui mais ça ce n'est pas tout à fait de la vente forcée. Mais non regardez. Et puis de toutes façons il nous embête »

Camille : Mais la loi à la base, elle dit quoi ?

Laurent : Elle est interprétable la loi. C'est comme toute loi, c'est-à-dire qu'à un moment donné, en fonction de la force de l’avocat, il va réussir à convaincre le juge que finalement…

Camille : Oui, mais est-ce qu'il y a un truc qui est interdit ? Les termes qui sont utilisés à la base, et après ce qu'ils interprètent.

Laurent : La vente forcée est interdite en France. Mais encore une fois, il faut réussir à montrer qu'on est bien dans le cas de vente forcée.

Camille : Oui d'accord.

Laurent : Parce que l'argument qu’on me renvoyait c’était de dire « eh bien oui, il y avait d'autres ordinateurs qui pouvaient être achetés, etc. Donc il a fait exprès. » Voilà. Alors qu'en fait, moi j'avais vraiment choisi cet ordinateur-là qui correspondait à mes besoins. C'est ce que j’expliquais au début.

Camille : D'accord. OK. Donc eux ils disaient que tu pouvais te débrouiller pour continuer à chercher et trouver un ordinateur où il n'y aurait pas Windows.

Laurent : Tout à fait.

Camille : Et toi tu as dit que tu voulais cet ordinateur-là pour ses capacités techniques et qu’il y avait Windows dessus de fait.

Laurent : Exactement. Tout à fait.

Camille : D’accord. OK. Et tu dis qu'il y a un truc qui va passer au niveau européen. C'est un jugement qui va être rendu sans doute, c'est ça ?

Laurent : En tout cas il devrait survenir une décision sur la vente forcée et puis, justement, le fait de reconnaître, ou pas, le système d'exploitation comme vente forcée quand il est vendu directement avec la machine.

Camille : OK. Le système d'exploitation et les logiciels qu'il y a avec ? Ou juste le système d'exploitation ?

Laurent : Je n'ai pas le détail.

Camille : D'accord.

Laurent : Moi je ne suis pas spécialiste. Je suis un simple citoyen. Déjà essayer de comprendre tout ça.

Camille : Oui, ça fait cinq ans, tu as mis le temps.

Laurent : Cinq ans et demi ! Mais c'est vraiment complexe. C'est vrai que c'est l'avocat qui mène toute la démarche juridique. C'est vrai que c'est pas toujours évident à se mettre dedans quoi !

Camille : OK. Est-ce que tu conseillerais à des gens de faire comme toi ? Encore aujourd'hui ?

Laurent : Si on a un peu d'argent, oui. C'est citoyen de faire ça parce qu'on travaille dans l’intérêt général alors que eux travaillent dans l’intérêt privé. Pour moi ça fait une vraie différence.

Camille : Oui ! Ça fait avancer les choses de continuer à y aller individu par individu ?

Laurent : C'est un peu une goutte d'eau dans l'océan. Mais après, toute action est une action citoyenne et intéressante à mener, de mon point de vue. Après ça reste compliqué. Après, il y a de plus en plus d'ordinateurs ou de sites qui proposent des ordinateurs sans système d’exploitation. Ça se démocratise un peu plus. Donc on peut trouver quand même maintenant un ordinateur portable qui correspond à ses besoins sans système d’exploitation.

Camille : Je suppose que ça ce n'est pas dans les grandes boutiques physiques d’électronique.

Laurent : Ah ben non ! Si vous allez à Carrefour, vous ne trouverez jamais ça. Et puis on va vous regarder avec deux yeux ronds quoi ! Si vous posez la question : « Est-ce que vous vendez des ordinateurs sans système d’exploitation ? », le vendeur ne comprend même pas la question.

Camille : C'est sur les sites un peu spécialisés de matos informatique, non, qu'on trouve ça ?

Laurent : Voilà, exactement tout à fait.

Camille : Avec des configs déjà faites.

Laurent : Oui. Et puis on peut même moduler un peu la mémoire, le processeur, etc. Et ça se démocratise, mais il ne faut pas lâcher non plus cette question de la vente forcée qui est importante.

Camille : OK. Mais alors aujourd'hui donc tu dis que l'AFUL n'accompagne plus trop les gens. C'est un combat qu'ils ont un peu laissé de côté ? Ça se fatigue ?

Laurent : Non. Mais après il y a toujours de l'action qui est menée auprès des politiques. Il faut savoir que La Quadrature du Net3, l'April agissent systématiquement auprès des députés pour essayer d’influencer des lois par rapport à ça. Mais c'est vrai que c'est un combat quotidien. Si des gens veulent agir, n'hésitez pas à rejoindre ces associations-là qui se battent au quotidien, qui agissent auprès des députés, auprès des sénateurs pour faire évoluer la loi. Alors ça prend du temps, il faut prendre son mal en patience, mais les choses, tout doucement, tout doucement, évoluent dans le bon sens.

Camille : Il y a des petites avancées, là, récemment ? Des propositions d'amendements qui, éventuellement, pourraient avoir une place quelque part ces prochains mois ?

Laurent : Là, les regards sont rivés sur l'Europe. Parce que c'est l'Europe qui va dicter.

Camille : C'est de là que ça va venir.

Laurent : Oui, c'est de là que après ça va redescendre sur les États donc ce serait plus efficace que ce soit décidé au niveau européen.

Camille : En plus, il y a plusieurs trucs à demander. Il y a l'interdiction de la vente forcée explicite des systèmes d'exploitation et des logiciels avec l'ordinateur. Mais il y a aussi déjà une histoire de transparence à avoir et d'afficher sur les étiquettes, sur les descriptifs des ordinateurs qu'on achète, le prix et les logiciels qui sont installés dessus.

Laurent : Bien sûr. Tout à fait.

Camille : Parce que ça ce n'est pas encore fait, aujourd'hui.

Laurent : Normalement, c'est dans les textes. Il faudrait afficher le coût du système d'exploitation qui est dessus.

Camille : C'est vrai ? C'est dans les textes ?

Laurent : A priori oui. Sauf erreur. Sous réserve, encore une fois je ne suis pas juriste. Mais a priori, j'aurais tendance à penser que oui. C'est l'exemple que je prenais tout à l'heure de la voiture. C'est comme si on vous vendait une voiture et dedans vous avez l'assurance, mais vous ne savez pas combien ça coûte, vous ne savez pas ce que ça couvre, etc. On est vraiment dans un monde à l'envers.

Camille : Je pense que si les gens, déjà, voyaient effectivement. Ils vont à la Fnac, ils voient sur leur étiquette : prix de leur ordinateur 550 euros, dont Windows 100 euros, dont Norton 30 euros, dont machin…

Laurent : Bien sûr. Mais c'est extrêmement compliqué, d'ailleurs, de connaître le prix de la licence Windows. C'est impossible de le savoir. Ce n'est qu'une évaluation qui a été faite par l’avocat en disant « on estime que c'est situé entre ça et ça ». Parce qu'évidemment Microsoft ne souhaite absolument pas donner ce coût-là.

Camille : Ah bon !

Laurent : Et puis il y a des accords.

Camille : Ce n'est pas juste le même prix que si on achète Windows à part ?

Laurent : Ah non, pas du tout. Ça n'a rien à voir, puisque de toutes façons c'est négocié justement entre HP et Microsoft qui font…

Camille : Des partenariats de groupe quoi !

Laurent : Évidemment. Et du coup le client d'HP, le premier client d'HP, ce n'est pas moi. Le premier client d'HP, c'est Microsoft. Ils font leurs ententes, et moi je suis un client secondaire. Si je consomme comme ils souhaitent eh bien tant mieux. Si je ne consomme pas comme ils souhaitent, eh bien je ne suis pas un client. Je suis méprisé. HP méprise ses clients, en tout cas les clients comme moi.

Camille : D’accord. Mais tu as eu affaire à Microsoft à un moment ? Ou ce c’était que toi contre Hewlett-Packard ?

Laurent : Non, non ! Le système fait que, finalement, c'est auprès de Hewlett-Packard que je demande le remboursement. C'est ça qui est hallucinant. C'est Hewlett-Packard qui défend les intérêts de Microsoft. C'est quand même étonnant. Donc ça sous-entend bien des accords incroyables entre les deux firmes. Parce que moi je n'ai pas de raisons de te défendre si je ne te connais pas, je veux dire !

Camille : Ça c’est sûr !

Laurent : Sauf si tu me donnes de l'argent. C'est un peu étonnant comme système.

Camille : Et il y a des différences entre les différents constructeurs d'ordinateurs ? Il y en a qui sont plus ouverts à l'installation de Linux ou au remboursement ?

Laurent : Oui tout à fait. Alors justement sur le site Racketiciels, il y a la liste des bonnes pratiques, des constructeurs qui ont des bonnes pratiques par rapport à ça, qui favorisent l'installation de GNU/Linux ou de logiciels libres, etc.

Camille : C'est une minorité ou ?

Laurent : Oui. Il y en a qui vont dans le bon sens. Encore une fois c'est un peu lent. Mais il y en a qui permettent, effectivement, d'aller un peu plus vite que d'autres, sans aucun doute. Parce que c'est vrai qu'à un moment donné, cet ordinateur que j'ai sous la main, là c'est pareil.

Camille : C'est lui ?

Laurent : Non ce n'est pas celui-là.

Camille : Dommage ! Oh tu aurais dû l’amener !

Laurent : C'est ma fille qui l'utilise. Ma fille l'utilise encore parce que le matériel est bon, mais pas le système d'exploitation à mes yeux. Sur celui-là, Darty, à une époque, permettait de rembourser la licence. Mais ça a été une histoire incroyable pour me faire rembourser cette licence. Parce que c'est pareil, la fois où je l'ai demandé, le vendeur m'a regardé comme ça et m'a dit : « Ah ben oui, c'est marqué sur l'étiquette donc on doit pouvoir le faire ». Et ça m'a pris facilement un mois et demi pour réussir à me faire rembourser parce que ça sortait de leurs procédures, ils n'avaient pas leurs procédures. Je pense que d'ailleurs les 50 euros qui m’ont été remboursés ne sont pas passés du tout sur le bon compte. Ça a été « je rembourse le client emmerdant et puis c'est tout ! » Enfin c'est le compte ! Voilà et puis c'est fait.

Camille : C'est un geste commercial, quoi !

Laurent : Bien sûr. Voilà, c'est ça. Je pense que ça s’est conclus comme ça après un mois et demi de négociations. Pour dire que ce n'est encore pas prêt.

Camille : C’était il y a combien d'années ça ?

Laurent : Celui-là il a quatre ans.

Camille : D'accord. Donc ils avaient prévu une procédure mais personne n'était au courant.

Laurent : Voilà, et ce n’était pas suivi derrière.

Camille : C’était pour faire vitrine quoi !

Laurent : Exactement !

Camille : OK. Qu'est-ce que je voulais demander ? Tu as quel système d'exploitation du coup sur l'autre ? Tu as viré Windows ou tu l'as gardé ?

Laurent : Ah ben non. Bien sûr que je l'ai enlevé. Le problème c'est que je suis honnête. Le problème c'est ça, c'est que je suis attaqué, mais je suis honnête. Bien sûr que j'utilisais Ubuntu à l’époque. Maintenant ça doit être Xubuntu pour ma fille parce qu'il commence à peiner un peu, l'ordinateur. Mais du coup, c'est un système, bien sûr, libre, évidemment.

Camille : OK. Et il y a des gens qui ont fait le même genre de procédure pas pour le système d'exploitation mais pour les logiciels ? Ça a dû être encore plus pinailleur, mais c'est une idée qui me vient.

Laurent : Je ne saurais pas répondre. Je suis désolé, je ne connais pas.

Camille : J'aurais envie d'attaquer juste les antivirus.

Laurent : Oui.

Camille : Mes pires ennemis.

Laurent : Passe sous GNU/Linux, tu seras tranquille. Je n'utilise plus d'antivirus depuis dix ans, maintenant, et je m'en porte très bien. Je n'ai jamais eu de perte de données.

Camille : Il n'y a pas de virus sur Linux. C’est comme les Mac.

Laurent : Il y en a beaucoup moins en tout cas. Oui. Il pourrait y en avoir. Moi en tout cas moi je n'ai pas eu de problèmes depuis dix ans.

Camille : OK. Eh bien merci beaucoup pour ton histoire Est-ce que tu as quelque chose à ajouter ?

Laurent : Non. On a un peu fait le tour.

Camille : OK ! Cool. Eh du coup maintenant on va regarder maintenant une vidéo de chats.

Laurent : J'adore.

Camille : Parce que c'est la conclusion, la meilleure conclusion à toutes les histoires de logiciels libres qu'on puisse raconter, comme toujours.

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(23/05/2016 @ 18:28)

Revue de presse de l'April pour la semaine 20 de l'année 2016  Voir?

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 20

[ZDNet] Danese Cooper (PayPal): ”L'open source, c'est les gens”

Par Thierry Noisette, le samedi 21 mai 2016. Extrait:
> Responsable en chef de l'open source chez PayPal et de longue date liée au Libre (Sun, Drupal, Apache, Wikimedia...), Danese Cooper souligne des principes clés, transparence en tête.
Lien vers l'article original: http://www.zdnet.fr/actualites/danese-cooper-paypal-l-open-source-c-est-les-gens-39837160.htm

[Libération] 56Kast #75: l'impossible combat contre la vente forcée

Par Camille Gévaudan, le vendredi 20 mai 2016. Extrait:
> Cette semaine, notre invité, Laurent Costy, raconte les cinq ans de procès qui l’ont opposé à Hewlett-Packard. Il cherchait simplement à se faire rembourser le système d’exploitation livré d’office sur son ordinateur…
Lien vers l'article original: http://www.liberation.fr/futurs/2016/05/20/56kast-75-l-impossible-combat-contre-la-vente-forcee_1453382

[Lemag.ma] Le logiciel libre dans les pays du sud

Par la rédaction, le jeudi 19 mai 2016. Extrait:
> L’Ecole Nationale Supérieure d’Arts et Métiers (ENSAM) organise, les 23 et 24 mai à Meknès, un colloque international sur "Le logiciel libre dans les pays du sud: outil stratégique de formation, d'innovation et de développement durable".
Lien vers l'article original: http://www.lemag.ma/Le-logiciel-libre-dans-les-pays-du-sud-theme-d-un-colloque-international-les-23-et-24-mai-a-Meknes_a100286.html

[Next INpact] Une résolution européenne française pour bétonner le droit d'auteur

Par Marc Rees, le mardi 17 mai 2016. Extrait:
> Comment court-circuiter les débats parlementaires sur le projet de loi Création? Simple: en faisant adopter une résolution européenne sur la protection du droit d’auteur dans l’Union européenne.
Lien vers l'article original: http://www.nextinpact.com/news/99866-une-resolution-europeenne-francaise-pour-betonner-droit-dauteur.htm

Et aussi:
[Next INpact] À l'Assemblée nationale, nouvelles tentatives pour accentuer la lutte contre la contrefaçon
[Next INpact] Des députés veulent coupler vidéosurveillance et reconnaissance faciale

[zonebourse] Retour sur la dernière édition de Pouvoirs Numériques avec Henri Verdier

Par la rédaction, le mardi 17 mai 2016. Extrait:
> Concernant la neutralité de la commande publique, Henri Verdier a précisé qu'il ne souhaitait pas faire du logiciel libre un sujet sectaire indiquant «apprécier» le premier alinéa de la nouvelle version de l'article 9 ter du projet de loi numérique,en ce qu'il clarifie les objectifs recherchés par l'administration lorsqu'elle privilégie un logiciel libre
Lien vers l'article original: http://www.zonebourse.com/actualite-bourse/TECH-IN-France-Retour-sur-la-derniere-edition-de-Pouvoirs-Numeriques-avec-Henri-Verdier--22374265/

[internet ACTU.net] A combien peut-on coopérer?

Par Jean-Michel Cornu, le lundi 12 mai 2016. Extrait:
> De même que Linux a montré dans les années 90 qu’il était possible de travailler à plusieurs centaines… sous certaines conditions, des succès des années 2000 comme Wikipédia ou Open Streetmap montrent qu’il est possible de faire une encyclopédie ou une cartographie à plusieurs dizaines de milliers de personnes voire plus. Peut-on comprendre comment développer des écosystèmes (d’équipes projets ou de communautés) de plusieurs dizaines de milliers de personnes?
Lien vers l'article original: http://www.internetactu.net/2016/05/12/a-combien-peut-on-cooperer

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

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(23/05/2016 @ 18:24)

« 01net magazine » associe l'April, La Quadrature du Net et la FSF à la « filière des filous du net »  Voir?

Image de l'encart sur le mercenaire

Le magazine 01net, dans son édition n°843 du 18 au 31 mai 2016, a publié un dossier portant sur les « Virus, la déferlante ». Dans l'article intitulé « On a remonté la filière des filous du net » (page 33), les auteurs cherchent à comprendre quels sont les responsables des attaques par rançongiciel, ces logiciels qui chiffrent les données du disque dur de la victime, qu'il n'est possible de déverrouiller que contre paiement, et qui se cache derrière « ces logiciels malveillants » selon les termes de l'article.

Dans ce que 01net dénomme « la famille pirate », on retrouve « le voyou 2.0 », « l'hacktiviste », « l'espion » et « le mercenaire », chacune de ces entitées étant illustré par le dessin d'une personne.

Plus particulièrement, le mercenaire est décrit, page 35, comme un « hackeur chevronné vend[ant] ses compétences au plus offrant, [...] des mafias, des services de renseignement ou des entreprises peu scrupuleuses [...] ». Le dessin associé à cette description montre un homme derrière son ordinateur portable dont le dos de l'écran est couvert d'autocollants de la Free Software Foundation (FSF), de La Quadrature du Net et de l'April et particulièrement ceux qui concernent les quatre dangers pour le Logiciel Libre (voir l'extrait de l'article).

Associer la FSF, La Quadrature du Net, l'April, leurs membres et soutiens à des actes malveillants est scandaleux. Un programme malveillant est conçu dans le but de nuire à un système informatique et à son utilisateur. Alors que les logiciels libres permettent au contraire de construire une informatique au service des utilisateurs. Les actions de la FSF, de La Quadrature du Net et de l'April visent à développer et défendre les libertés informatiques et les droits et libertés des citoyens sur Internet.

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(20/05/2016 @ 14:29)

Point d'étape sur loi française de finances 2016 (article 88) et les logiciels libres de caisse  Voir?

Depuis plusieurs années, le gouvernement français s’est engagé dans la lutte contre la fraude à la TVA. Dans cette optique, la loi de finances 2016 démontre une volonté de mieux encadrer les logiciels de comptabilité, de gestion ou d’encaissement. Malheureusement le texte comporte un article 88 qui aurait pour effet de bord l'interdiction de détenir des logiciels libres de caisse. Visiblement sensible à ce problème l'administration fiscale a fait preuve d'une attitude conciliante et constructive. Voici un point d'étape sur ce dossier.

En décembre 2015, la loi de finances pour l'année 2016 a donc été votée. Son article 88 « dispose que les assujettis à la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) doivent à compter du 1er janvier 2018 être équipés d'un système de caisse sécurisé ». La formule est celle de la DGFIP (Direction Générale des FInances Publiques).
Cette obligation se traduit dans les grandes lignes par le respect des « conditions d'inaltérabilité, de sécurisation, de conservation et d'archivage des données » ainsi que par le jeu de la responsabilité essentiellement basé sur un système de certification/attestation obligatoire.

Philippe Pary (gérant de la société Scil, éditrice du logiciel libre de caisse Pastèque) avait alors publié une dépêche pour faire part de ses craintes sur les conséquences de cet article ; la disposition pouvant clairement résulter, de fait, dans l'interdiction des logiciels libres de caisse.

En janvier 2016 l'April et Philippe Pary ont rencontré des membres de la DGFIP qui se sont montrés réceptifs aux problèmes soulevés. Les éléments clefs qui sont ressortis de cette rencontre sont que l'administration fiscale n'est pas opposée en soi au logiciel libre, qu'il est important de mieux définir la notion d'éditeur, à laquelle est attachée la responsabilité, et de se poser la question de comment assurer les conditions d'inaltérabilité, de sécurité, de conservation et d'archivage des données.

Fin mars la DGFIP a fait un « appel à remarques » sur son projet de commentaire au BOFIP de l'article 88, clos le 29 avril. Celui-ci, bien sûr perfectible, montre un réel pas en avant vers les logiciels libres. Les inquiétudes n'ont pas été ignorées. Pour rappel, le BOFIP ou Bulletin Officiel des Finances Publiques a valeur de doctrine opposable à l'administration fiscale. Il s'agit donc d'un texte essentiel dans l'application de la loi de finance et qui aura à ce titre un impact direct sur l'étendue et la nature des obligations qui pèseront sur les « éditeurs » de logiciels de caisse, notamment libres.

Fin avril, Philippe Pary et Baptiste Simon (Libre Informatique SCRL) ont co-signé une réponse à cet appel au nom du Syndicat Professionnel des Éditeurs de Logiciels Libres (SYNPELL). Le document co-signé expose clairement les différents points de vigilance et d'inquiétude, en voici les points essentiels :

Conditions d'inaltérabilité, de sécurisation, de conservation et d'archivage des données :

  • Notions définies de manière trop floue.
  • Il n'existe aucune méthode 100% fiable scientifiquement pour garantir ces conditions.

Système de certification, l'enjeu du lien de solidarité :

  • Pour rappel il s'agit d'une certification de conformité du logiciel à la loi. Peut être délivrée par un organisme, ou par l'éditeur qui atteste de cette conformité (en engageant sa responsabilité).
  • Le SYNPELL appelle à une certification directe par l'administration fiscale, et non déléguée à un organisme privé.
  • Le syndicat critique également l'obligation de détenir un code NACE (~ le champ d'activité) spécifique à l'édition de logiciel de caisse pour auto-attester de la conformité de son logiciel, et/ou des modifications effectuées sur celui-ci.
  • Cela est en lien direct avec un aspect positif du BOFIP qui précise que l'« éditeur » est soit le concepteur d'origine, soit le dernier intervenant qui a effectué une modification liée aux conditions d'inaltérabilité, de sécurité, etc. Ce dernier point est particulièrement important dans la mesure où il autorise la modification des logiciels sans faire porter une responsabilité « infinie » à l'éditeur initial. L'attestation de conformité s'éteint si la partie du logiciel qu'elle concerne est modifiée.

Définition du logiciel libre :

  • Le projet de commentaire au BOFIP définit un logiciel libre comme étant « librement paramétrable ». La réponse du SYNPELL en rappelle la véritable définition, plus précise, basée sur les 4 libertés.

À présent, nous sommes dans l'attente de la publication officielle du BOFIP sur la loi de finances 2016. Espérons que la DGFIP accorde à ces remarque la même attention que celle qui nous a été réservée lors de notre entretien en janvier. Et qu'elle évitera ainsi de créer des barrières aux logiciels libres de caisse dans la poursuite de son objectif, légitime, de lutte contre la fraude fiscale.

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(19/05/2016 @ 14:14)

Histoire du logiciel VLC - Jean-Baptiste Kempf  Voir?


Titre : Histoire du logiciel VLC
Intervenant : Jean-Baptiste Kempf
Lieu : Nevers - Galerie des Chapelains
Date : Mars 2016
Durée : 59 min
Licence : Verbatim
Pour écouter l'enregistrement

Transcription

On est là pour parler de VideoLAN1. VideoLAN, c'est une association loi de 1901 qui existe depuis quelques années, mais en fait, c'est un projet qui date d'il y a très longtemps et dont le but c'est que l’icône devienne Les Maîtres du monde !

C'est une histoire complètement débile et complètement délirante qui commence à peu près il y a vingt ans, à l’École Centrale Paris. Ça, c'est le super campus de l’École Centrale Paris, perdu à 20 kilomètres au sud de Paris, avec absolument rien à foutre. L'histoire commence, en fait, dans les années 60. L’École Centrale Paris, qui s'appelait à l'époque l’École Centrale des arts et manufactures était à Gare de Lyon et il n'y avait pas assez de place. L’École Centrale Paris, contrairement à la plupart des autres grandes écoles, c'est une école qui dépend de l’Éducation nationale, et l’Éducation nationale n'a pas d'argent. Ils décident de construire une nouvelle école et puis, comme ils n'ont pas le pognon et que le terrain ça coûte cher en région parisienne, ils décident donc, puisque l’École s'appelle Centrale, de la mettre à Clermont-Ferrand. Ce n'est vraiment pas une blague. C'était vraiment les plans, et là il y a des anciens élèves qui ont fait : « Hou là, là, ça nous fait chier ! » Donc ils sont allés trouver un truc à côté du parc de Sceaux, c'est ce que vous voyez en haut à droite, ils ont acheté un terrain — ne vous inquiétez pas, je parle de VLC, il n'y a pas de souci. Ils ont acheté un terrain, ils arrivent, ils posent leur terrain et ils disent à l'école : « Écoutez, nous on a un terrain, on a construit le campus », c'est ce que vous voyez, tous les bâtiments là, à peu près. Et puis bon, quand même, il faut qu'il y ait des cours, « alors construisez votre machin en haut, grosso modo, allez-y, mais c'est nous qui avons le campus »,e qui est intéressant. C'est une école qui n'a pas son campus parce que le campus appartient, en fait, aux anciens élèves et c'est très important pour la suite.

Qu'est-ce qui se passe dans les années 80 ? Je ne sais pas pourquoi, IBM et Bouygues, qui avaient construit la résidence, arrivent et mettent du réseau qui était du Token Ring2. Est-ce qu'il y a quelqu'un qui sait ce que c'est que le Token Ring ?

Public : Ils vont en entendre parler en cours de réseau.

J. B. Kempf : D'accord. Alors le Token Ring, je vous explique. C'est un réseau qui est donc en boucle comme son nom l'indique et l’intérêt c'est, qu'en fait, quand on veut parler sur le réseau, tout le monde est sur la même boucle et on prend le jeton, le token et on parle et voilà.

Dans les années 80, quand c'est pour faire du mail, du Gopher et du Telnet, grosso modo ça va, quoi ! Le problème, c'est que dans le début des années 90 on commence à jouer à Doom. Non, mais je vous raconte vraiment l'histoire de pourquoi on a commencé VLC ! C'est vraiment une histoire de « j'avais envie de jouer à Doom ». Et donc, le problème, c'est que plus tu as de cons qui sont sur ton réseau, plus ta latence est grande. Et donc tu ne peux pas fraguer tranquille, et donc ça fait chier.

91/92/93, régulièrement les étudiants, puisqu’en fait c'est une association qui s'appelait VIA – Centrale réseau, arrivent et qui vont voir l'école en disant : « Écoutez, le réseau Token Ring, c'est vraiment… On pourrait avoir un nouveau réseau ! » Et alors là, l'école dit : « On voudrait tellement vous aider, mais vous comprenez, le campus ne nous appartient pas. On ne peut rien faire pour vous ». Et en fait l'idée c’était, grosso modo, « vous en avez besoin pour jouer aux jeux vidéo ».

Maintenant, c'est peut-être un peu plus logique, mais 93 on est vraiment avant le début du web grand public. Le web grand public c'est 95/96 pour les early quoi, à peu près au moment de l'ordinateur Pentium 75. Donc voilà. Donc ils se font un peu chier et puis il y a quand même quelqu'un qui dit : « Je vais aller voir des industriels. On va voir ce qu'ils peuvent nous dire. » Donc il va voir Bouygues. En fait Bouygues, à ce moment-là, c’était aussi TF1 et le début du satellite, CANALSAT, les anciens de CANALSAT, et il y a un gars de Bouygues qui dit : « Écoute, nous on a commencé à faire joujou sur du numérique avec la télé, mais si jamais vous êtes capables de prendre le flux télé du satellite et de le balancer sur votre réseau, donc de détruire votre réseau parce qu'un truc Token Ring, jamais il ne prendra ça, et de décoder sur chacun des PC, je vous paye un nouveau réseau ». Vous ça ne vous semble pas logique, mais là on est en 95. C'est 12 ans avant YouTube, c'est avec des 486 ou des Pentium 90. Donc faire du décodage vidéo MPEG-2, donc les DVD quoi, audio et vidéo sur un soft, c'est de la science-fiction quoi ! Et les mecs disent : « Mais vous êtes complètement barges ». Et puis les étudiants disent : « OK, on va essayer ». Ils avaient vraiment envie de jouer à Doom !

Là, sur le bâtiment B, en fait, ils installent une antenne satellite et donc ils bossent. Grosso modo il leur faut un an, avec l'histoire de taxe d'apprentissage, taxe professionnelle. Tous ceux qui connaissent un peu ça, c'est un peu compliqué. Et puis ils commencent à coder, et à la fin ils ont donc une démo, au bout d'un an et demi, qui marche. Donc la démo elle dure trente secondes, parce qu'au bout de 40 secondes il n'y a plus de RAM dans le PC parce qu'il y a forcément des…, mais ça on ne le dit pas. Et ils sont capables, sur une sorte de Linux, de faire fonctionner ce truc-là. Et c'est un succès et ils sont trop contents. Et le projet s'appelait donc « Projet Network 2000 ». Hou ! Et c'est comme ça, en fait, qu'arrive à Centrale Paris, le projet VideoLAN.

Voilà hop ! C’est ce que je vous disais, le premier projet. Et puis ils décident, en fait en 98, de recommencer le projet, mais avec plusieurs idées en tête. La première idée c'est qu'ils veulent que ce soit open source et que ce soit réutilisable à l’extérieur, parce qu'ils disent qu'il y a d’autres gens qui peuvent en avoir besoin. Que ce soit modulaire et que ce soit cross-platform. Attention, je vous calme, cross-platform, là l'idée c’était d’être à la fois sur BeOS et Linux. Le reste on s'en foutait.

Network oriented, ça c'est super important parce que c'est une des décisions qui va faire que VLC va devenir hyper populaire. C'est un lecteur qui doit un être lecteur pour lire des flux réseau. Et puis c'est un projet étudiant.

Ça leur prend à peu près deux ans à se battre avec l'école pour transformer tout ça en GPL, puisque l’école avait comme seule idée, l'idée de récupérer le décodeur MPEG-2, de le revendre, licence, etc. Sauf que c’était des étudiants qui faisaient ça sur leur projet de deuxième année. Ils faisaient 150 heures, ils n'avaient pas envie de bosser gratos pour l'école, grosso modo. Je ne vais pas dire que c'est pas des gentils, mais en tout cas…

Voilà. VideoLAN, en fait, ça fait plein de projets, et c’était donc un groupe de projets. Il y a plein de projets qui sont morts. Ça fait partie du deal. Mais il y en a deux qui sont, enfin, il y en a deux qui étaient assez connus à l'époque. Il y avait donc VideoLAN client, qui est devenu donc VLC, et puis VLC Media Player. Et puis il y avait serveur qui s'appelait VideoLAN Server et donc qui s'appelait VLS. Et puis il y avait plein d'autres trucs complètement délirants, notamment une façon de faire du multicast sur un réseau qui ne supporte pas du multicast avec DVLAN. Si un jour il y a des gens qui ont de l'estomac, je vous raconterai.

Voilà. Il y a plein de bibliothèques, de décryptions DVD, décryptions de Blu-ray, etc., et donc c'est plein de projets qu'on hausse. Évidemment le projet que les gens connaissent bien c'est VideoLAN, c'est VLC.

Et le deuxième projet que les gens connaissent bien c'est 264, qui est donc le meilleur encodeur au monde de vidéo, qui est utilisé par tout le monde, aussi bien par les pirates, évidemment, que par YouTube, Facebook et tous ces gens-là qui n'utilisent évidemment que ça.

Ça, c'est le schéma qui avait été fait en 2003. C'est assez intéressant parce qu'en fait rien n'a changé, à part qu'il y a certains projets qui sont morts. Vraiment, l'idée c'était on prenait tous les inputs que ce soit en fichiers, en DVD, le satellite, ou la TNT. On prenait avec VLC. Soit on le ré-encodait et on l'envoyait sur le réseau, soit avec VLS. Et puis on voyait, et puis on avait des clients. Ça c’était le projet VideoLAN, c'était vraiment l'ensemble de la solution. VLC en fait c'était à l'origine juste un des clients, et puis ensuite c'est devenu la chose… plus connue.

Juste un petit point. L'idée d'open source c'est clair pour tout le monde ? Ouais ?

Public : Inaudible.

J. B. Kempf : Alors tu me tutoies parce que je ne suis pas vieux et je vais le prendre hyper mal, ça c'est clair. La différence entre open source et free software ? Ouais. Bon ça commence à être un peu plus compliqué !

Alors c'est quoi l'open source ? L'open source, c'est comme la cuisine. La seule façon d'expliquer aux gens facilement, c'est la cuisine. Qu'est-ce qui se passe quand vous faites de la cuisine ? Grosso modo, vous avez une recette qui arrive. On vous dit : « Prenez 100 grammes de sucre, 20 grammes de beurre, etc., du chocolat », et vous suivez la recette de façon assez basique, et à la fin ça vous fait un gâteau au chocolat. C'est, grosso modo, assez facile.

Et puis quand vous allez au restaurant, en fait vous allez chez un grand maître, et là, il sort une sorte de moelleux au chocolat avec des trucs, des copeaux, etc., vous voyez le truc ? Et vous n'avez absolument aucune idée de comment il l'a fait. Parce que d'abord, il y a les trois quarts des ingrédients, on ne sait pas ce que c'est, et ensuite avec votre four, jamais vous n'arriverez à faire ça.

C'est exactement la même chose pour l'informatique. En fait les programmeurs écrivent du code qui est transformé en instructions élémentaires, mais qui est, finalement, juste une très longue recette de cuisine. Il faut faire ça, c'est juste qu'on vous donne tous les ingrédients, toutes les instructions, on vous donne même les paramètres du four qu'on compile là-haut et en fait, ça marche.

Et donc, pendant très longtemps, des grosses boîtes comme Bill Gates dont on parlait tout à l'heure, vous donnent juste le résultat final, le gâteau, un word.exe. Vous double-cliquez. Ça marche, ou pas, mais en tout cas, vous n'avez jamais accès à la recette.

L'idée du logiciel libre c'est de se dire que tous ensemble on peut améliorer la recette. Par exemple, vous arrivez, votre grand-mère vous a donné une recette de gâteau au chocolat et puis vous dites : « Ah, il n'est pas assez salé quand même, pas assez sucré, je vais rajouter 20 grammes de plus de sel et 30 de sucre. » On s'en fout, c'est complètement débile, mais ce n'est pas grave. Il y a un mec qui va dire : « Tiens essaye », et puis un autre qui va dire : « Ah ce n'est pas mal, mais au lieu de mettre ton four à 222 degrés, mets-le à 212 ». Et en fait, comme ça, chacun va améliorer et transmettre la recette, pour que tout le monde soit capable de faire le meilleur gâteau au chocolat.

C'est super important parce que, finalement, toute votre vie va passer devant des écrans ou derrière des écrans. De toutes façons, je pense qu'il n'y a quasiment plus aucune activité aujourd'hui, que vous faites, à part la pêche, quand vous y allez, et encore, puisque de toutes façons les gars qui ont conçu votre canne à pêche, ils l'ont fait derrière un PC. En fait, l'intégralité de ce qui va se passer est numérisée, tous vos loisirs sont numériques, une bonne partie de votre boulot, finalement, est numérisée. Donc c'est super important de comprendre ce qui se passe. Parce que, malheureusement, un ordinateur c'est complètement débile, mais ça le fait très, très vite. C'est vrai ! Le nombre de fois où tu vois des gens qui s'énervent devant leur PC : « Ah il ne fait pas ce que je dis ! » Non, non, il fait ce que tu dis, ça c'est sûr, par contre, tu le fais mal. C'est super important, parce que la seule façon de savoir, par exemple, qu'il n'y a pas du cyanure dans votre gâteau au chocolat, c'est d'avoir la recette. D'accord ?

Donc l'open source, il y a des mecs absolument géniaux, notamment Richard Stallman, je trolle parce que c’est quand même un mec, un philosophe génial qui a donc ouvert la voie. Je pense juste, personnellement, qu'il est un peu has been, mais ce sont des gens qui ont justement vu. Et vous lirez, je vous conseille de lire, par exemple, Le Droit de lire3 qu'il a écrit il y a dix ans (NdT, en 1997 donc presque 20 ans). C'est une dystopie et on y arrive, mais en courant.

Qu'est-ce que c'est le logiciel libre ? Là on commence déjà à être un peu plus technique. Donc l'open source, en fait, c'est juste qu'on donne la recette. Mais juste donner la recette, ça ne veut pas dire qu'on vous donne tous les droits associés. Par exemple on peut dire : « Tiens regarde la recette, comme ça tu peux vérifier que tu peux faire bien le gâteau, mais on ne te donne pas, par exemple, le droit de revendre le gâteau ». Le logiciel libre, c'est vraiment une idée de liberté et de capacité d'étudier, de modifier, d'améliorer, de faire vraiment ce que vous voulez avec le logiciel. Et donc c'est aller plus loin, et c'est ce qui est assez important. Mais pour beaucoup de gens, la différence entre open source et logiciel libre est vraiment trop ténue.

Le multimédia

VideoLAN c'est donc un projet qui fait de l'open source et du multimédia. Qu'est-ce que c'est le multimédia ? Une définition ? Quelqu'un ? Non ? Si vous voulez, le multimédia c'est la lecture synchronisée d'un ensemble de flux qui vous permettent de recréer plusieurs sens. Ça veut dire que, potentiellement, vous avez de façon temporelle, du son, de la vidéo, pour vos oreilles, mais aussi, par exemple, on pourrait avoir un truc qui diffuse des odeurs. Ou quand vous avez les Emacs 4K, 4 dimensions, du toucher, des choses comme ça. Et tout ça, c'est synchronisé. Ça peut être beaucoup de choses, notamment si vous voyez des trucs d'artistes, très compliqués. Souvent, quand on parle multimédia, maintenant, on parle vraiment de la partie vidéo, c'est-à-dire on joue une piste de sous-titres, une piste d'audio et une piste vidéo en même temps, comme quand vous allez au cinéma.

Le problème du multimédia c'est que c'est n'importe quoi ! Le multimédia c'est n'importe quoi pour deux raisons. Il y a deux règles, c'est que dans le multimédia, s'il y a une façon de faire un truc complètement idiot, il y a quelqu'un qui va le faire et qui va se plaindre jusqu'à ce que ce soit un standard. Vous regarderez, tous les standards que vous voyez dans le multimédia, c'est tous entre du complet what the fuck à du catastrophique n'importe quoi. Pour plein de raisons, notamment des raisons économiques où, grosso modo, ils n'ont pas réfléchi à ce qu'ils voulaient faire et puis « on a notre encodeur vidéo qui produit ce format-là, ça coûte 100 000 euros de changer mon encodeur ! Eh bien ce n'est pas grave, on va modifier tout le reste ! Après ça va être n'importe quoi, mais ce n'est pas grave, ce n'est pas mon problème, ce n'est pas moi qui les lis, les vidéos. »

Et le deuxième point c'est, dans le multimédia tout le monde pense qu'il sait tout alors qu'en fait, il ne sait pas grand-chose. Le nombre de gars que tu vois : « Ah ouais j'ai trouvé un tuto. Je prends ce format, cet encodeur, je le mets, je vais mettre ça dans ce format, du MP4. Ah c'est de l'AVI, ah ce n'est pas grave parce, etc. ». Il y en partout. Alors ça c'est un peu calmé, quand même, mais dans les années 90/2000, notamment au moment où on a commencé à faire pas mal de piratage et les DivX et les tutoriels, etc., c’était absolument n'importe quoi ! Le résultat, c'est qu'en fait, c'est globalement le bordel.

Donc il y a un syndrome not invented here absolument partout. Il y a 42 façons de faire tout et bien sûr, les meilleures façons ne sont jamais celles qui sont utilisées. Tout ce qu'on appelle les formats vidéos, c'est-à-dire MP4, AVI, OGG, MKV, etc., ils sont tous absolument catastrophiques, voire calamiteux. Là on vient de se taper 10 ans de web avec un format qui s'appelle le FLV, qui est encore moins fonctionnel que l'AVI qui, quand même, date du début des années 80. Il faut quand même le faire ! Les mecs de l'open source adorent un format qui s'appelle OGG, qui est absolument catastrophique, calamiteux et complètement pourri. Pour vous donner une idée, juste pour être capable de connaître les temps de la vidéo dans de l'OGG, ça dépend du codec, donc le conteneur, en fait. C'est donc finalement votre petite boîte qui vous donne, grosso modo, une longue timeline en vous disant « voila toutes les secondes » et qui vous donne les blocs à décoder et à afficher. Dans de l'OGG, par exemple, il faut aller dans le décodeur pour être capable de l'afficher.

Des codecs, dans VLC, il y en a, je ne sais pas, trois, quatre cents, cinq cents peut-être, avec, bien sûr, chacun, notamment le HD 6.4, une douzaine de profils et à peu près six ou sept levels. Voilà. Et puis, bien sûr, il y en a de tout. C'est le bordel mais c'est bien pour nous parce que nous, on est capables de le faire et c'est pour ça que VLC, c'est connu.

Je continue. Il y a encore plein d'exemples de trucs tout pourris et en plus on a les gens du web qui sont géniaux. Qui, bien sûr, n'ont jamais fait de vidéo de leur vie, mais ils savent tout et ils nous ont pondu de trucs géniaux comme le WebVTT, ou le HLS et l'adaptive streaming qui sont, bien sûr, de la merde ! Bon, bref !

Le multimédia, c'est le bordel, mais c'est cool parce que le résultat, c'est ça qui est intéressant. Notamment dans le multimédia, il y a des choses qui sont très mathématiques, donc qui sont finalement très compliquées mathématiquement, avec des transformées de Fourier, des transformées en cosinus discrètes, des onglets. Plein de choses très intéressantes mathématiquement, donc c'est très compliqué et en plus c'est très complexe parce que, comme vous avez vu, il y a 28 milliards de formats, 28 milliards de… Et donc, réussir à faire une solution qui marche à peu près partout, c'est quand même super chaud ! Et là arrive le cône, le VLC.

Souvent ça arrive, j'arrive et je dis : « Bonjour !

- Qu'est-ce que tu fais dans ta vie ?

- Moi je bosse sur VLC.

- Non, non !

- Si, si, le cône-là, le truc-là sur ton PC qui lit les vidéos.

- Ouais ! Le cône qui lit les vidéos.

- Ouais ! »

Alors évidemment, c’était une idée complètement débile de choisir un cône pour une application, mais en fait c'est génial, parce que personne de sain d'esprit ne prendrait ça et donc, résultat, c'est hyper reconnaissable. Tu vas partout : « Ah oui le cône qui lit les vidéos ». C'est impossible d'en changer, même si tous les mois on a un mec qui nous dit : « Il faut en changer », et bien sûr, on ne le fera pas !

VLC ça a été connu parce que ça lisait tous les formats et notamment… Ouais, je ne sais pas, il y a des gens qui ont utilisé Kazaa, eMule ? Ouais un peu ? Ouais ? Edonkey ? Ouais voilà. On est en 2003/2004, on a des 56 K ou des ADSL « pourraves ». Télécharger un film de 700 mégas ça te prend à peu près 24 heures. Il y a des gens encore ?

Public : Ça prend ça encore !

J. B. Kempf : Je suis désolé ! Bref ! Donc je commence à télécharger mon truc et qu'est-ce qui se passe ? Eh bien en fait, au bout de 50 mégas, tu as quand même envie de savoir si, alors que tu étais en train de télécharger ton Disney, c'est bien ton Disney et pas un gros « boulard » de film adulte, etc. Ou l'inverse : si tu télécharges ton film adulte, tu n'as pas envie de te retrouver avec ton Disney. Et en fait, la raison pour laquelle VLC a été utilisé, c'est que, comme vous avez écouté tout à l'heure et je vous ai dit que VLC était un lecteur network oriented. Les DivX, c'est dans l'AVI, en fait les informations sont à la fin du fichier. Quand tu utilises Windows Media Player ou même la plupart des autres lecteurs, ils arrivent et ils font : « Eh bien je vais à la fin du fichier. Eh bien non tu ne l'as pas téléchargé ». Ils te font :« Eh bien désolé, tu ne peux rien faire. »

VLC, comme c'est un lecteur réseau, dès le début il te fait :« OK, je n'ai pas toutes les informations, mais je vais voir ce que je peux faire », puisque dans le réseau, les choses elles arrivent le long. En fait VLC, très rapidement, était capable de lire les fichiers avant que tu aies fini de les télécharger et donc c'est quand même globalement pas mal. Évidemment ça marche toujours, même avec BitTorrent ou d'autres choses comme ça. Mais bon, pour certaines personnes c'est un peu plus rapide. Peut-être pas pour d'autres !

Ça, c'est une des raisons pour lesquelles VLC est devenu très connu. Et la deuxième raison c'est que, comme justement on voulait que ça soit cross-platform, ça a été très vite porté sous Mac OS et sous Windows. En fait, c'est devenu ouvert en 2001, en GPL, et en 2002, ça marchait déjà sous Mac OS et sous Windows, et notamment, c’était finalement la seule façon de lire des DVD sous Mac. C'est pour ça qu'on a eu… Bon ! VLC, ça marche. Comme je l'ai dit juste avant, ça lit tout et ça marche partout ! Mac, Windows, Linux, BeOS.

Public : Ça ne marche pas sur menu iOS.

J. B. Kempf : On vient de voir, tout à l'heure, que ça ne marchait pas sur menu iOS. On va travailler là-dessus. Mais par exemple, le port actuel de VLC marche très bien sous OS/2. Donc les cinq gars au monde qui utilisent OS/2 sont très contents. Évidemment, on marche sur toutes les formes de BSD, Solaris et autres trucs comme ça. Dernièrement évidemment, sur Android, iOS, AppleTV. On va en reparler.

VLC est un logiciel qui est quand même très téléchargé. On parle à peu près d'un million de téléchargements par jour. Deux tiers ça doit être des mises à jour et un tiers ça ne l'est pas. Sur notre site web on a compté plus de deux milliards et demi de téléchargements. Ça, c'est à l'extérieur des distributions Linux ou des telecharger.fr et tous ces gens qui, évidemment, ont le droit puisqu'ils ont le droit de redistribuer VLC. C'est installé sur un Mac sur six et c'est dans le top 15 des logiciels sous Windows, ce qui n'est quand même pas mal pour un projet logiciel qui a été géré par des étudiants pendant très longtemps. Et puis, comme j'aime bien le dire, c'est donc le logiciel français le plus utilisé au monde et le moins rentable !

Rires. Applaudissements

VLC lit tous les formats. Comme je le disais tout à l'heure, ça lit les DVD depuis très longtemps, ça lit les Blu-ray, mais pas chiffrés. Je ne sais pas si vous avez suivi dans la presse, je ne me suis pas mal battu avec HADOPI pour ça. Ça a été assez marrant. Évidemment tout ce qui est Network et tous les fichiers, c'est non seulement tous les formats, mais aussi toutes les sources.

Je vais vous montrer quelques petites versions de VLC dans le passé. Là si vous regardez bien, vous voyez qu'il y a encore écrit « VideoLan Client » et si vous êtes fort, vous voyez que c'est ? C'est quoi le film ?

Public : C'est un James Bond.

J. B. Kempf : Ouais, c'est un James Bond et c'est lequel ? Donc ça, c'est GoldenEye et c'est, en fait, le premier DVD qu'on a réussi à lire avec VLC. Là, si vous voyez bien, c'est un Gnome, un Gnome 1 quoi, un truc absolument inutilisable. C'est surtout important parce que c’était le premier DVD qu'on avait sous la main et c'est pour ça que toutes les versions de VLC ont été nommées par des noms de James Bond.

Là, ce sont les premières versions. Ça, c'est un Gnome 2, non, un truc comme ça, un 2.4, ça ressemble pas mal à ça. Et donc, c'est la première lecture de fichier TS en distant. La première version sous Mac avec un joli look glossy, complètement has been.

Ça, c'est la version que la plupart des gens ont connue, c'est la 08.4 ou les 08.6, qui est écrite en wxWwidget, une bibliothèque de widgets qu'il ne faut absolument pas utiliser ! Mais voilà ! C'est à ce moment-là, en fait 2004, que les gens ont commencé vraiment à utiliser VLC. Il y a eu un million de téléchargements en 2005. C'est la première version qui a dépassé le million de téléchargements. C'est sûr, aujourd’hui c'est un peu ridicule.

Public : Inaudible.

J. B. Kempf : Donc là, c'est la version sous Mac, ça doit être un Mac OS 10.2, 3, un peu plus moderne comme look. Et puis là, c'est la première version sous Qt sous Windows.

Ça c'est évidemment la meilleure version parce que c'est celle qui joue les poneys. On a évidemment quelques brownies dans l’équipe des développeurs. Ça, ça doit être un Gnome 3 à peu près.

Ce qui est important c'est que, pendant très longtemps, ça a été géré des étudiants sur leur temps de deuxième année, sur leur temps libre. Et puis, eh bien, le reste ça a été ensuite géré par une communauté de gens qui faisaient ça sur leur temps libre. Les gens ont tendance un peu à oublier quand on voit le nombre de gens qui utilisent VLC.

Ça c'est M. Sam Hocevar4 qui est un des papas de VLC. Cette photo elle est bien ridicule. J'aime bien.

Avant c’était donc à l’École Centrale Paris, géré par l'association du réseau de Centrale Paris. Moi, j'ai commencé à bosser sur VLC en 2005. Et en 2008 j'ai créé l’association VideoLan et j'ai sorti ça de l’École Centrale, pour plein de raisons. Mais évidemment, maintenant, on arrivait à un moment où il y avait plus de développeurs à l'extérieur de l'école qu'à l'intérieur de l'école. Et puis que l'école, grosso modo, nous a un peu mis dehors, ce qui est quand même con, parce que quand je me balade et que je parle de l’École Centrale Paris, ils n'ont aucune idée. Aux États-Unis, ils n'en ont jamais entendu parler quoi ! Alors que quand je parle de VLC ! Clairement ! Donc c'est intéressant parce que c'est comment un projet étudiant devient plus connu que l'école qui l'a fait naître !

Voilà. Donc l'association, le but c'est de faire du logiciel libre et du multimédia. Et les membres ce sont des développeurs, principalement de VLC.

Alors comment on bosse ? Grosso modo on se voit deux fois par an. Une fois au FOSDEM5, en février, à Bruxelles, dans la neige, dans le froid et dans la pluie. Pour ceux qui sont allés au FOSDEM, ils savent que c'est l'habitude. Et puis sinon, les VideoLan Dev Days6, que maintenant on organise en septembre. On fait venir pas mal de gens de la communauté et grosso modo tous les gens du multimédia, autour de VLC.

On travaille, on a toujours travaillé sur IRC et par mailing-liste. On est passés à Git. en 2007, donc plus tôt, un peu plus tôt que les gens. Et on utilise absolument uniquement des logiciels libres pour fonctionner et ça, c'est important.

Voilà une petite photo des gens.

La Cathédrale et le Bazar7 c'est clair pour les gens ? Ça vous évoque quelque chose ? Un autre grand monsieur de l'open source et aussi un gros con, qui s'appelle Eric Raymond, a écrit un truc qui s’appelait La Cathédrale et le Bazar. Grosso modo, l'idée c’était que, à gauche, on a vraiment des cathédrales, on arrive, c'est planifié, c'est du Windows, en fait. On arrive, il y a un plan, il y a la gestion de projet. Et puis il y a l'autre partie, qui est donc la partie finalement open source, où on arrive et puis on va bien s'en sortir ! Ouais. Il y a de l'énergie qui va être perdue, mais au moins, elle ne sera pas perdue en réunions et puis on va fonctionner comme ça. Et puis, au milieu, il y a plein de gens. Par exemple Mozilla, ils font du Libre, mais grosso modo ils ne sont pas vraiment dans le bazar. C'est-à-dire que ça marche comme une grosse boite quoi ! C'est une boite qui a 500 millions d'euros de chiffre d'affaires. Ils arrivent, ils ont du marketing qui décide et ils font comme ça. C'est sûr, c'est bien parce que ce qu'ils produisent c'est bien sûr du logiciel libre, mais ce n'est pas la même la chose que nous ce qu'on fait, c’est-à-dire, grosso modo, il n'y a pas de direction et en fait ce sont des développeurs qui arrivent.

C'est important, parce que ça veut en dire que sur VLC, ce sont toujours les devs qui ont le pouvoir. C'est-à-dire tu codes ou tu fais quelque chose pour l'association, tu as ton mot à dire. Et notamment, c'est une des raisons pour lesquelles on voit absolument des trucs complètement débiles dans VLC. Je ne sais pas si vous avez déjà essayé la fonction puzzle de VLC. Vous irez regarder dans les options, il y a donc une petite façon de lancer votre vidéo, et puis ça se met comme un puzzle. Donc la vidéo est cassée. Ensuite vous cliquez et vous drag and droppez pour refabriquer votre vidéo. C'est absolument génial quand vous regardez des films français sur un trio amoureux géré par je ne sais pas qui, des trucs trop chiants. Très, très bien ! Complètement inutile ! C'est absolument inutile, mais ce n'est pas grave !

Dans la dernière version de VLC on a rajouté un filtre VHS pour les gens qui sont un peu nostalgiques, et donc, de façon aléatoire, il y a des artefacts qui apparaissent.

Public : C’était ça qu'on a regardé tout à l'heure !

J. B. Kempf : Voilà, exactement. Il y a une photo juste après, ne t'inquiète pas. Pourquoi ? En fait la réponse, on ne fait pas les choses parce que les gens ont besoin. On fait les choses parce que, un, ça nous amuse et deux, parce que c'est maintenable. Et ça, c'est super important ! C'est que VLC, malgré tout, c'est un logiciel qui a une qualité de code très élevée, alors qu'on fait des choses quand même assez chaudes, c'est-à-dire on fait du C, de l’assembleur. Les mecs, quand on parle de C++, on parle déjà de haut niveau. C'est sûr que quand tu codes en Python, les mecs ! Mais, en même temps, tu as 25 millisecondes pour afficher un truc. Tu as 25 millisecondes, pas une de plus ! Un décalage de 3 millisecondes entre l'audio et la vidéo, vous allez le voir. Donc on n'a pas le choix. Je ne vais pas avoir un langage avec un garbage collector qui va décider de poser tout pendant 120 millisecondes. Donc ça, c'est quand même très important.

Le code, il est mergé. Bien sûr, tu vas me dire que tu vas rester toute la vie à aider à voir ton code ! J'en ai vu à peu près 700, parce qu’il y a 700 personnes qui ont contribué sur VLC. Les gens, au bout de 6 mois, ils partent. Ils ont changé de boulot, ils ont changé d'endroit, ils ont trouvé une femme, ils ont whatever, ils ont des vies et ils s’arrêtent. Donc l'important, le critère d'acceptation du code pour savoir si je vais le faire rentrer dans VLC c’est « est-ce que je vais pouvoir le maintenir ? Est-ce que ton code, je vais pouvoir le maintenir ? » Et donc, si tu fais un filtre qui ne sert complètement à rien, je n'ai pas vraiment de raison de t’empêcher de le faire. C'est un truc qui est très facile à maintenir et donc ça va fonctionner.

Voilà. Bon, pour les fans de Git, nous on ne fait que du rebase, on ne fait absolument pas de merge. Ça permet d'avoir un historique assez clean, C'est assez important quand dans un projet comme VLC. oon a plusieurs centaines de commits par semaine, c'est quand même assez intéressant.

Pourquoi est-ce que VLC est devenu assez populaire ? Les gens qui étaient sous Linux, un petit peu avant, pendant très longtemps ils ont utilisé MPlayer et finalement, pourquoi est-ce que c'est VLC, qui est arrivé finalement plus tard, qui est connu ? Plusieurs raisons. La première raison, en fait, c'est que ce sont des modules. Dans VLC, le corps ne fait absolument rien et tout est fait dans les modules. Vous me dites : « Je ne vois pas trop, là, l’intérêt ». L’intérêt c'est que, quand vous voulez faire un logiciel qui soit cross platform, vous avez deux solutions. Soit vous faites un système de modules, où vous prenez le meilleur de chacune des plates-formes. Sous Linux vous allez sortir en Xvidéo, sous Mac vous allez sortir en OpenGL, sous Windows vous allez sortir en Direct3D pour afficher l'écran. Soit vous dites : « Je vais utiliser la technologie la plus commune et je vais essayer que ça fonctionne ». Ça c'est très joli sur le papier. Dans la vraie vie, pour les gens qui ont fait un peu de jeux vidéos, ils ont essayé d'installer Open GL sous Windows XP et ils en sont revenus. C'est absolument impossible ! Évidemment, quand on fait des trucs de précision comme de la vidéo, souvent ça merde quoi !

La deuxième raison c'est, qu’en fait, on fait un truc qu'on appelle du C+ - (C plus moins) ou C-- (C moins moins), c'est-à-dire qu'on fait, en fait, une sorte d'objet en C, en abusant des pointeurs de fonctions et des structures de structures de pointeurs de fonctions. Et c'est finalement assez élégant parce que ça marche assez bien. Ça permet de ne rien mettre dans le corps et de gérer tout dans des modules. Et vos modules sont chargés au runtime et ils réécrivent les pointeurs sur les fonctions, et ça marche pas mal.

Et le dernier c'est le network oriented pour regarder vos films adultes comme je vous l'ai expliqué tout à l'heure.

VLC, en fait, on a un corps qui assez petit, c'est cent mille lignes de code, ce n'est pas ouf. Et le corps sert juste à faire l'abstraction entre plates-formes, à gérer des modules, à gérer le réseau, grosso modo, et puis c'est tout. Ensuite, tout est fait dans des modules, et l'interface est un module. Donc vraiment, dans VLC, on peut rajouter et faire un peu ce qu'on veut et ça c'est une des forces de VLC.

Voilà. C'est ce que je vous racontais. Maintenant il y a un truc qui s'appelle LibVLC pour faire votre propre application, pour prendre le moteur de VLC, pour ne pas avoir à tout recoder, et c'est ce qu'on utilise.

Je vous disais de l'objet C. Par exemple, pour une sortie audio, on n'a quasiment que des pointeurs sur fonctions et, même les call back, ce sont des structures de pointeurs sur fonctions. Ouais, ça fait un peu peur, mais après c'est assez simple. Et puis on a pour tous les objets VLC ce qu'on appelle les VLC common members, et ça permet de faire une sorte d’introspection assez rapide et que ça marche bien, et ça évite d'avoir à déployer des grosses machineries. Alors c'est sûr, coder maintenant en C++ c'est plus facile. Au début des années 2000, les « compilos » C++, ce n’était quand même pas ça, surtout sur toutes les plates-formes.

La dernière slide technique pour vous montrer comment ça marche… Grosso modo… Quand vous lisez une vidéo, le protocole, c'est http, file, DVD… Donc c'est, grosso modo, l'explication de où aller récupérer les données. D'accord ? Genre vous avez une URL http://fichier.avi. C'est récupéré et là, vous avez donc le format. Donc ça c'est AVI, MKV, donc c'est la boite et dans la boite, vous allez en extraire plusieurs pistes : une piste de sous-titres, une piste vidéo, une piste audio, des métadonnées, et puis les sous-titres. Vous allez rendre ça. Les vidéos, vous allez les filtrer et puis les sortir. Et puis ici c'est votre œil et là c'est votre oreille. Et potentiellement vous pouvez ré-encoder et renvoyer sur le réseau.

Est-ce qu'il y a quelqu’un qui voit un truc bizarre sur ce schéma ? La synchronisation ouais, c'est le corps qui fait ça entre tous. À ce niveau-là. C'est juste pour vous montrer. Donc c'est plutôt, qu'est-ce ça veut dire ça ? Pourquoi cette flèche va dans ce sens-là ? C'est quand même bizarre non ? En fait VLC, quand vous allez sur YouTube, vous allez voir, alors pas pour tout le monde désolé, mais grosso modo ça arrive, ça télécharge tout, tout, tout ce que ça peut. Résultat, eh bien ils ont des algorithmes au niveau des serveurs pour ne pas t'envoyer trop de données. En fait, ils ne savent pas du tout quelle est la consommation de données. Si jamais tu arrives, ça se lance et finalement tu quittes ta page 10 secondes après, eh bien tu as téléchargé 50 mégaoctets de vidéo pour rien.

Dans VLC, c'est l’inverse en fait. C'est le format qui sait où il en est avec la synchronisation et qui dit : « Attention j'arrive à une seconde de la fin de mon buffer. » En fait c'est un buffer constant en temps où on dit : « Donne-moi un peu plus de données, donne-moi un peu plus de données, donne-moi un peu plus de données. » Ça veut dire que c'est très économe au niveau réseau puisque ça ne demande que ce dont on a besoin. Mais résultat, c'est un peu plus compliqué.

Ça c'est un peu trop technique, on s'en fout !

On a changé la licence du moteur de VLC qui est passé de GPL à LGPL pour que des gens puissent l'utiliser dans d'autres applications qui ne sont pas forcément avec des licences compatibles avec la GPL.

Je vais vous montrer des trucs complètement inutiles avec VLC.

Vous voyez VNC, RealVNC et rdesktop. Ouais ? Eh bien VLC est capable d’être client rdesktop et VNC. En fait, vous pouvez lancer votre VLC pour aller faire durer le mode desktop sur des machines très loin. Ça marche même avec la souris. Complètement inutile ! Génial ! Il y a des façons dans la playlist à vous avoir de l'intégration de contenus, de podcasts et de choses comme ça, que vous pouvez naviguer. Vous pouvez évidemment faire du Screengrab. C'est super cool le Screengrab, mais en général c'est assez lent, sauf quand on a des solutions vraiment spécifiques. Mais par contre, ça permet de faire une mise en abyme absolument inutile et complètement géniale. Tous les trois mois, sur Reddit il y a tout, des e-learns, « je peux faire une mise en abyme géniale ». Voilà. Complètement inutile ! Génial !

On peut faire des mosaïques. Comme je l'ai dit tout à l'heure, VLC ça permet de faire plus que juste lire de la vidéo, et donc en fait là c’était la mosaïque que vous aviez chez Free il y a quelques années, et on peut lire plein d'entrées. VLC va faire le mixing de toutes les entrées et les afficher voire les ré-encoder. Et pendant très longtemps les gens qui étaient chez Free voyaient ça et c’était VLC de l'autre côté.

Aussi ça nous permet de faire du pitch on picture ou du wall. Donc le wall, l’intérêt c'est que vous pouvez splitter la vidéo sur plein… et vous faire des murs complets d'écrans. Vous prenez vos écrans LCD, vous enlevez les bezels, vous accrochez tout ça, ça paraît un truc super beau et ça ne vous coûte absolument rien. Et en plus, on peut faire ça à travers le réseau avec une synchronisation qui s’appelle NetSync, où en fait on envoie les times stampscomme ça, ça vous permet de ne pas acheter un truc qui coûte une fortune.

Évidemment on sait lire du karaoké et du MIDI, parce que ! Évidemment il y a une interface en ligne de commande qui est en NCurse avec, évidemment l'écran lui ne l'est pas, mais si vraiment vous voulez on a évidemment la sortie en ASCii.art !

Rires

Alors quand même, on ne déconne pas, c'est de l'ASCii.art, ce n'est pas de l’Unicode. Donc le mec c'est Sam Hocevar, celui dont a parlé tout à l'heure, qui est un des seuls génies qu'on ait en France, et ça marche, et donc c'est du 256 couleurs. Pas plus. Vraiment incroyable !

On a évidemment une interface web et bien sûr plein d'autres trucs dans VLC qu'évidemment vous ne connaissez pas et probablement moi non plus.

Qui a un Android dans la salle ? OK ? Qui a une téléphone autre que Android dans la salle ? Ah ? iPhone ? Non ! Windows Phone ? Waouh ? OK. Autre chose que ? Non ça, il ne compte pas ça. Tu as quoi toi ?

Public : Inaudible

J. B. Kempf : Alors on a porté VLC sur Tizen8 mais Bada9 !… Faudrait pas déconner quand même ! Voilà on a porté VLC sur Android. Ce qui est important c'est qu'on continue à avoir une version qui marche depuis Android 2.1, alors que tout le monde est en train de droper le support pour 4.0. Évidemment, tout est open source et contrairement à la version desktop, on a vraiment une base de données multimédia pour faire de l’audio et de la vidéo. Voilà.

Bon, historique… Donc ça c'était la première version ; ce n'est pas très joli. Pendant très longtemps on avait cette espèce de warning qui vous disait : « Attention ça va tuer votre chat, détruire votre maison et démarrer l’apocalypse mania ». On a dû enlevé ce warning parce que les gens étaient vraiment flippés. C'est-à-dire qu'on a eu vraiment des gens qui nous ont envoyé des mails en disant : « Mais je n'ai pas envie que ça brûle chez moi ». OK. Donc moralité : il est impossible de faire de l'humour avec un million de personnes en même temps. On ne peut pas faire mille fois mille personnes et de l'humour… Après ça a pas mal évolué jusqu’au moment où est passé au mode Holo, c’était la version Holo et quand on a fini d’être Holo, eh bien Google a décidé qu'il ne fallait plus faire du Modern UI, donc évidemment c’était trop tard.

Ça c'est la version que les gens ont actuellement. Pour la version 3.0, on a une version qui marche sur Android télé, une version qui est un peu plus moderne, qui a été portée sur ChromeOS, un truc qui n'est pas très utile en France. On a évidemment une version sur iOS qui existe depuis quelques années sur iOS 6 et sur les iPads et, évidemment, une extension sur les watches. Alors on ne peut pas regarder son film depuis sa montre. On y bosse, ça va arriver bientôt. Mais c'est quand même pas mal pratique pour faire du contrôle.

Ça c'est la version sur l'AppleTV qui est sortie, et pour les gens qui sont sur Windows Phone voici la version WinRT qui fait en C-Sharp Unìversal Platform, qui va permettre de porter VLC sur la Xbox One rapidement. Donc en juillet vous pourriez avoir VLC pour regarder vos films que vous achetez légalement, évidemment, sur votre Xbox.

Comme je le disais on n'a pas vraiment de version sous Bada, mais on a une version sous Tizen, qui marche à peu près comme la version sous Android.

Ce qui est important c’est qu'il faut que vous nous aidiez, parce que c'est facile de contribuer. La façon la plus simple de contribuer, en fait, c'est d'utiliser VLC et d'en parler à vos amis, leur installer sur leurs ordinateurs et enlever les autres merdes qu'ils ont. Mais surtout faire de la pub.

Ensuite, coder, en fait. Rapporter des bugs, des traductions, mais surtout coder. Ça a été quand même commencé par des gamins. C'est un projet qui a été commencé par des gamins qui avaient votre âge, pour la plupart, 20 ans, 21 ans, qui étaient en école d'ingénieur, qui n'étaient pas plus intelligents que vous, qui étaient juste plus bornés et qui y croyaient. On peut vraiment faire des trucs incroyables et on n'a pas besoin d’être à Paris ou dans une grande école pour le faire. C'est comme ça que ça marche le logiciel libre et ça, c'est quand même top !

Qu'est-ce qu'on va faire ? Voilà. La prochaine version c'est la version 3. On a déjà fait plus de 6300 comits, plus quelques milliers sur les versions portables. L’idée c'est de réussir à faire une version sur toutes les plate-formes en même temps. Pourquoi ? Parce qu'en fait, si vous regardez bien, maintenant on a un peu une bataille entre Google, Apple et Microsoft. Et la question c'est « est-ce qu'on peut se trouver à chaque fois sur leur desktop, sur leur mobile et sur leur télé avec une bonne version de VLC ? » Eh bien on en train de le faire, c'est en train d'y arriver. Évidemment tout le monde se moque de moi quand je vais réussir une version 3.0 en une seule fois. Ça veut dire, quand même, qu'il faut faire deux versions pour Windows (32, 64 bits), une version sous Mac, un nombre important pour des distributions Linux, une dizaine de versions sur Android, puisqu’il y a évidemment une dizaine d'architectures sur Android, une version sous ChromeOS. Apple iOS 32 bits, 64 bits et Arm 64, AppleTV, évidemment Android TV, Windows Phone, Windows Phone 10, c'est Windows mobile 10 et la version Windows RT, plus la version Xbox One, en même temps, avec des gens qui sont bénévoles. Bon. OK. On y croit.

Pas mal de travail a été fait sur le browsing de vos NAS10, directement depuis de VLC, pour tous les films que vous avez légalement téléchargés et mis sur votre NAS et pas du tout que votre Freebox a téléchargé en Torrent directement. Ce n'est pas du tout le genre !

Vous ça ne vous intéresse pas, mais on a un nouveau moteur de sous-titres qui a été développé par un Syrien, qui est à Alep, donc une histoire complètement délirante. Je vous conseille de regarder la vidéo11 où je raconte ça au FOSDEM cette année, et qui nous a permis, en fait, d’afficher les sous-titres en malayalam qui est donc une langue indienne, correctement. Voilà.

C'est tout pour ce soir. Et maintenant je prends vos questions.

Applaudissements

Allez-y. Questions. Il n'y a pas de questions auxquelles je ne réponds pas. Enfin presque ! Allez-y.

Public : Inaudible.

J. B. Kempf : Je réponds à ça après le micro. OK. D'autres questions ?

Public : Inaudible.

J. B. Kempf : Ouais. Notamment tu as un filtre gradient de Cel-shading. Tu as l'impression, en fait, d'avoir une sorte de dessin animé sur tous les films. Allez-y. Je ne mange pas.

Public : Les modes de financement ?

J. B. Kempf : L'association VideoLan est financée par des dons. Ouais. On a pas mal de dons, mais en même temps c'est ridicule. Un ingénieur français coûte 100 000 euros à l'année. On n'a pas 100 000 euros de dons par an. L'argent sert jute à acheter le serveur et à faire des conférences.

Public : Quelle est la motivation maintenant, vu que ça fonctionne bien sur beaucoup de plates-formes ?

J. B. Kempf : En fait ça ne fonctionne jamais bien ! Ça c'est l'envers du décor. Mais surtout ça fonctionne bien parce que c'est mis à jour en permanence. Il y a toujours des nouveaux formats vidéos. Il y a toujours des nouvelles versions de Windows, Mac OS, Linux, un système V qui arrive à gauche, qui casse tous tes trucs, etc. En fait, la maintenance est quand même assez importante. Et deuxièmement, tout ce qui est téléphones portables, iPads, tablettes et les télés connectées font qu'il y a beaucoup de chemin et il y a beaucoup de choses à faire sur ces plates-formes, donc il y a quand même beaucoup de boulot. Allez d'autres questions.

Public : Pourquoi sur Android ça a été aussi long ?

J. B. Kempf : En fait parce qu’Android c'est de la merde !

Public : C'est à cause de VLC ! C'est VLC qui n'est pas standard !

J. B. Kempf : Ouais, bien sûr, parce qu'en fait, ça c'est un peu l'envers de la médaille. Quand on commence à faire des choses un peu techniques comme VLC, on se rend compte que des gens incompétents il y en partout, même s'ils sont chez Google et même s'ils sont payés 300 0000 dollars par an et qu'ils sont capables de calculer le meilleur moyen pour faire marcher un gars sur neuf ponts à cloche-pattes et être capables de faire un sorting de un téra de données sur un mégabit de RAM. Les trucs dont on s'en tape parce que, de toutes façons, la plupart des gens ce sont des ingénieurs et il faut prendre des solutions. La première version sur Android, elle était en 2012, et pendant très longtemps elle a été bêta parce que c’était quand même particulièrement buggé. Il y avait deux façons de faire. Soit, première façon, qui est on ne fait que un player pour Android, donc ça va être assez facile. Soit on porte un truc correctement open source, en avançant correctement et en ayant le même core qui marche partout. Nous, on fait les choses bien, donc ça a pris du temps. Mais évidemment, la LibC d'Android, ce n'est même pas descriptible tellement elle est mauvaise. C'est-à-dire que même la MSVCRT 4 qu'il y avait sous Windows 95 était moins « pourrave ». Il faut le faire quand même ! Non, non, il faut le faire. Ouais ?

Public : Vous avez de la concurrence ?

J. B. Kempf : Il n'y a pas de concurrence ! Non. Non, je rigole, mais en vrai non. En fait, sur chaque plate-forme tu as un concurrent quoi ! Sur Android, tu as un truc qui s'appelle MX Player, qui est le truc qui est le plus connu, mais ils ne font que ça. Et puis là, la version qu'on sort maintenant, elle est plus rapide, d'ailleurs, dans la plupart des cas que eux et voilà. Sous Windows tu as encore des puristes qui utilisent MPCHT avec des filtres directshow et qui passent des heures et des heures à paramétrer leur machin. Mais le problème c'est que ça ne marche plus sous Windows 10, tu vois. Voilà. Mais il n'y a pas vraiment de concurrence cross platform. Allez d'autres questions…

Public : Est-ce que vous allez simplifier le menu de synchronisation des pistes ? Pour régler plus ou moins par rapport à la vitesse des pistes. Parce qu'on ne sait jamais, si on affiche un moins ou un plus, si ça va la décaler… C'est confirmé.

J. B. Kempf : C'est tout le problème en fait. Comment tu expliques à quelqu'un si le plus c'est une augmentation du délai ou une augmentation… ? Et surtout est-ce que ta piste principale, c'est la vidéo ou l'audio ? Alors je ne sais pas. Je pense qu'on a fait un peu mieux. Notamment maintenant, il y a une fonction où tu marques le son et ensuite tu marques la vidéo et ça se cale automatiquement. Voilà. D'autres questions ?

Public : Pourquoi c'est facile d'utiliser VLC en tant qu'utilisateur, mais quand on veut l’intégrer dans un logiciel, c'est hyper complexe ?

J. B. Kempf : Non, ce n'est pas hyper complexe.

Public : Ce n'est pas hyper complexe ? C'est une usine à gaz !

J. B. Kempf : À intégrer dans un logiciel ?

Public : Ouais. Au niveau de la librairie.

J. B. Kempf : Évidemment. Attends, ce n'est pas mon PC, donc trente secondes.

Public : Pas la peine !

J. B. Kempf : Non, non. Ne t'inquiète pas, ne pars pas ! Tou dou dou ! Je ne l'ai pas dans cette présentation-là. Ah si ! Évidemment ! Alors c'est hyper simple pour créer une utilisation de libVLC. Tu fais lib VLC new'', tu crées ton VLC. Tu fais ''lib VLC media new from location'' grosso modo. Tu crées ton média player et tu fais ''play. Strictement, en moins de cent lignes, tu as ton lecteur multimédia. Ça marche sur toutes les plates-formes, c'est de la même façon. Vraiment c'est hyper simple. C'est beaucoup plus simple que tous les autres frameworks que tu peux avoir en vidéo. Et ça marche sur toutes les plates-formes. Et on a plein d’exemples en WX, en GTK, en Qt, sur Android, en Java, on a la même chose sur iOS. Donc non, non, il y a vraiment de quoi faire tout, et puis surtout, ça utilise libVLC qui est déjà utilisé par VLC. Donc il n'y a pas de raison que vous ne puissiez pas faire la même chose que ce qu'on fait avec VLC.

Public : Moi ce que je voulais faire, c'est que là on arrive à bien se débrouiller et à faire un play dans le sens en avant, mais dès qu'on veut faire image par image en reculant, alors là !

J. B. Kempf : En fait c'est juste que VLC n'est pas fait… Ce n'est pas un moteur de montage vidéo.

Public : Ça ne vient pas du codec ? En fait dans l'autre sens ce n'est pas évident.

J. B. Kempf : Non. En fait il faut utiliser desframeworksde montage comme MLT.

Public : MLC, voilà.

J. B. Kempf : Mais ce n'est pas pour faire un player. OK. D'autres questions ?

Public : Si j'ai des fichiers conservés sur mon serveur distant, comment je peux faire pour les lire avec VLC sur mon réseau local ?

J. B. Kempf : Tu donnes l'URL en http. Voilà.

Public : Pas d’installation de serveur spécial. Avant il y avait VideoLan Server ?

J. B. Kempf : Non, non. Mais c'est quoi ton serveur distant ?

Public : Ben, un linux, un Debian par exemple…

J. B. Kempf : Avec un webdav par exemple ? En plus dans la version 3.0, c'est un des gros boulots, c'est qu'en fait maintenant on est capables de browser directement depuis VLC des FTP, SFTP, FTPS, NFS. Si tu veux le faire à la old way, du http, du webdav, du samba. Et donc tu mets ton URL et ça permet de browser et tu as quasiment un explorateur de fichiers dedans. D'autres trucs sur lesquels on bosse, tu peux faire aussi ça, en fait on est en train de bosser sur le support du Torrent. Alors évidemment, ceux qui n'ont pas beaucoup de bande passante, ça va être un peu dur. Désolé ! Mais en fait on va avoir une intégration où tu droperas juste ton Torrent et ça partira et ça te mettra à le steamer directement ton Torrent. Ouais. Bon. Il faut avoir du réseau !

Public : Si le fichier est en X265 par exemple, on a besoin d'avoir moins de réseau j'imagine !

J. B. Kempf : Ouais. Mais plus de CPU. En fait le streaming ça ne veut rien dire. Ça veut juste dire récupérer des données sur un réseau. Les gens s’imaginent que c'est très compliqué. Allez, dernière question et après je me barre. D'autres questions ? Rien ? Questions personnelles ? Non ? Qu'est-ce que je fais ?

Public : Inaudible.

J. B. Kempf : Oui. Bien !

Public : Toi tu comptes nous faire virer…

J. B. Kempf : En fait nos serveurs étaient à l'école et prenaient beaucoup de bande passante. On s'est fait hoster par Free, par la fondation Free. Mais l'école est complètement con. C'est qu'à partir du moment où le cœur, c'est-à-dire le truc, tu faisais les release, tu t'occupais de ton serveur FTP parce que c’était le truc important, en fait part de ton école et tes étudiants, eh bien les étudiants se sentent beaucoup moins proches et donc évidemment ça a juste accéléré les départs. Ouais ?

Public : Pourquoi un cône de chantier comme logo ?

J. B. Kempf : Je réponds après.

Public : À part VLC, sur quoi tu bosses ?

J. B. Kempf : Maintenant moi j'ai monté ma start-up autour de la vidéo et de VLC.

Public : Inaudible.

J. B. Kempf : Ce genre de choses. Ouais. Réparation de bugs, etc. Ouais.

Public : Quel est le système d'exploitation actuel de ton mobile ?

J. B. Kempf : Android ! En fait tous les trois mois je change de plate-forme, à peu près. Parce que de toutes façons il faut tester. Donc tu me verras sous Mac, tu me verras sous Linux, tu me verras sur Windows. Je suis un expert Windows. C'est horrible à dire, mais finalement avec VLC, je suis maintenant un expert Windows. J'en connais beaucoup plus sur les internals Windows que pas mal de gens. Je suis vraiment ouvert sur toutes les plates-formes. J'ai codé sur quasiment toutes les plates-formes, à part menu OS, je n'ai pas encore fait ça. En fait Android, tu peux très bien avoir Android et dire « j'utilise Android pour des raisons », mais tu peux quand même accepter que c'est de la merde techniquement. Les dernières versions, c'est quand même beaucoup mieux. Pareil. Tu es sur Android, tu as un téléphone qui fait quand même un multi quad-core ou un Galaxy S6 avec 8 cores, sauf que le moindre touch que tu fais, il met quand même plus de 300 millisecondes à être processé. C'est chaud quoi ! Ouais non. Ils ont pris des décisions techniques qui sont des décisions qui ne sont pas techniquement justes, mais pour des raisons de business. Ça ne veut pas dire qu'ils ont tort, mais ça ne veut pas dire que c'est bien. Et même ton système de mise à jour sous Android, on n'est même pas dans le mode calamiteux. Calamiteux ça ne commence même pas à décrire tellement catastrophique que c'est. C'est bon ?

Public : Apportez-vous votre contribution à la réalisation de standards vidéo ?

J. B. Kempf : Alors je ne fais plus jamais de comités de standard. Qu'ils aillent se faire foutre ! Ça ne m'intéresse pas. Les mecs, ils sont tous là, ils ont tous leur agenda. Ils ont tous envie de faire des trucs pour leurs raisons, pour des questions de pognon, etc. « Ah oui, mais j'en ai besoin parce que je veux, j'ai mon encodeur ». Ouais, mais ton encodeur il est pourri, ce n'est pas de ma faute quoi ? Tout le monde tire son bout de gras et c'est question de pognon. Ça ne s'intéresse pas. Moi je préfère de la techno qui marche.

Public : VLC ne pourrait t-il pas proposer un standard de format vidéo idéal ?

J. B. Kempf : Non. Déjà, il faut avoir envie. En fait c’est très compliqué parce qu'il n'y a pas de bons standards. On est dans le cas où il n'y a pas de bons standards.

Public : C'est quoi le moins pire ?

J. B. Kempf : Le moins pire ça va être du MKV, HT-64 ou du VP9. Et je pense qu'on va s’arrêter là-dessus.

Applaudissements

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(17/05/2016 @ 10:53)

Rencontrez l'April à Saint-Étienne le 29 juin 2016  Voir?

29 Juin 2016 - 17:00
29 Juin 2016 - 22:00

Frédéric Couchet, délégué général de l'April, et Magali Garnero, administratrice, seront à Saint-Étienne le 29 juin 2016 pour une présentation sur les dossiers et actions en cours suivie d'un apéritif dinatoire.

Cet événement est organisé à l'invitation de l'association Alolise.

L'événement aura lieu au restaurant Le Petit Boulogne 5 Rue Adrien Duvand, 42000 Saint-Étienne.

L'accueil aura lieu à partir de 17h, l'intervention débutera à 18h30 puis apéritif dînatoire de 19h30 à 22h00. Une participation au frais « à prix libre » est proposée. Vous pouvez signaler votre présence sur le Framapad.

N'hésitez pas à venir nous rencontrer.

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(17/05/2016 @ 10:11)

Libre en Fête : un franc succès pour l'édition 2016  Voir?

Chaque année depuis 2001, l'April invite les groupes d'utilisateurs et les associations de promotion des logiciels libres à organiser, autour de la date du 21 mars, dans une dynamique conviviale et festive, des événements de découverte du Libre à destination du grand public : Libre en Fête.

L'initiative Libre en Fête 2016 s'est récemment terminée, et les chiffres montrent le succès obtenu par cette édition : au total, 162 événements ont été référencés dans le cadre de cette initiative (84 événements avaient été organisés en 2015).

Grâce à la mobilisation de près de 70 associations et structures partout en France, le grand public a eu l'opportunité de s'initier aux applications et aux systèmes d'exploitations libres, de se familiariser avec les projets collaboratifs en ligne, de découvrir comment améliorer la sécurité de ses navigations sur le web, et bien plus encore.

Nous tenons à remercier chaleureusement tous les organisateurs de ces événements : leur action a assuré le succès de Libre en Fête 2016.

Nos remerciements vont également à l'Agenda du Libre, qui a donné une visibilité précieuse à notre initiative et qui a mis à disposition un plan interactif des événements.

Rendez-vous l'année prochaine !

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(17/05/2016 @ 00:00)

Revue de presse de l'April pour la semaine 19 de l'année 2016  Voir?

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 19

[Journal du Net] La revanche des SourceForgeurs!

Par Samir Amellal, le vendredi 13 mai 2016. Extrait:
> Qui aurait parié il y a quelques années sur ces illuminés, ces geeks qui semblaient plus bidouiller qu’autre chose et dont les choix technologiques semblaient plus être le résultat de choix par défaut que le fruit d’une stratégie!
Lien vers l'article original: http://www.journaldunet.com/solutions/expert/64308/la-revanche-des-sourceforgeurs.shtml

[Silicon] LibreOffice: la Défense italienne espère 29 millions d’euros d’économies

Par Jacques Cheminat, le jeudi 12 mai 2016. Extrait:
> Annoncé à la fin de l’année dernière, le projet de migration de la Défense Italienne vers LibreOffice concerne 100 000 postes.
Lien vers l'article original: http://www.silicon.fr/libreoffice-la-defense-italienne-attend-29-millions-deuros-deconomies-147291.html

[L'OBS] Pour Snowden, le mot «terrorisme» paralyse les journalistes

Par Thierry Noisette, le mercredi 11 mai 2016. Extrait:
> Des journalistes nécessaires mais souvent pas assez méfiants envers les pouvoirs publics, une concurrence qui amène les médias à ne pas traiter une info: comment Edward Snowden voit la presse et ses acteurs.
Lien vers l'article original: http://rue89.nouvelobs.com/2016/05/11/snowden-mot-terrorisme-paralyse-les-journalistes-264003

[Numerama] Peut-on faire confiance à un pancréas artificiel open source contre le diabète?

Par Omar Belkaab, le mercredi11 mai 2016. Extrait:
> Faute de solution industrielle homologuée par les autorités sanitaires, des malades atteints de diabète de type 1 s'en remettent à une solution open source pour réguler leur taux de glucose dans le sang, avec une pompe à insuline connectée. Mais est-ce raisonnable?
Lien vers l'article original: http://www.numerama.com/sciences/169614-pancreas-artificiel-open-source-vaincre-diabete.html

[Clubic.com] Emploi informatique: open source et devops ont le vent en poupe

Par Alexandre Laurent, le lundi 9 mai 2016. Extrait:
> Les profils qui gravitent autour des technologies open source seraient particulièrement recherchés par les entreprises, indique un rapport réalisé par le cabinet Dice pour la fondation Linux. * "[Silicon] Open Source: développeurs et devops, la cible des recruteurs":http://www.silicon.fr/open-source-developpeurs-devops-linux-fondation-dice-146860.html
Lien vers l'article original: http://www.clubic.com/pro/emploi-informatique.clubic.com/actualite-805324-emploi-informatique-open-source-devops-vent-poupe.html

Et aussi:
[ZDNet France] 65% des entreprises contribueraient aux projets open source

[Next INpact] Loi Numérique: vers la refonte inévitable du texte adopté au Sénat

Par Marc Rees, le lundi 9 mai 2016. Extrait:
> Le projet de loi sur la République numérique a été adopté la semaine dernière par les sénateurs. Un chiffre retiendra notre attention: le nombre d’amendements votés contre l’avis du gouvernement.
Lien vers l'article original: http://www.nextinpact.com/news/99751-loi-numerique-vers-refonte-inevitable-texte-adopte-au-senat.htm

Voir aussi:
Point d'étape sur la mobilisation de l'April sur le projet de loi «pour une République numérique»

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

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(16/05/2016 @ 19:00)

Sébastien Broca - Congrès Adullact 2014 - Conférence deuxième partie  Voir?


Sébastien Broca

Titre : Conférence de Sébastien Broca - Deuxième partie
Intervenant : Sébastien Broca
Lieu : Congrès de l'association Adullact
Date : Septembre 2014
Durée : 17 min 17
Pour visionner la vidéo

Transcription

C'était pour introduire, un peu, cette problématique de la rémunération dans l'activité de développement libre et donc, parfois la tension qui existe entre la revendication d'autonomie dans le travail et cette question de la rémunération.

C'est une notion qui me semble intéressante. Pour l’instant, en fait, j'ai dit deux choses. Première chose, l’activité du développeur de logiciels libres, c'est une activité autotélique, qui a sa fin en elle-même. Ce qui compte pour lui, c'est vraiment le contenu de son activité, ce n'est pas simplement un moyen pour autre chose. Et, deuxième chose que j'ai dite, c'est que cette activité, en tant qu'elle crée de la valeur, elle pourrait donner droit à rémunération. Sauf qu'on peut se dire mais est-ce qu'il n'y a pas une contradiction entre ces deux trucs-là ? Est-ce que, dès lors qu'on donne de l'argent à quelqu'un pour faire quelque chose, dès lors qu'on perçoit une rémunération, est-ce que, finalement, ça ne corrompt pas, en quelque sorte, les motivations intrinsèques qu'on a pour faire quelque chose ? Donc, est-ce que le fait de gagner de l’argent ne change pas fondamentalement ce pourquoi on s'adonne à une activité ? Et est-ce que, par exemple, dès lors que la programmation devient un gagne-pain, enfin devient aussi un moyen de gagner sa vie, est-ce que, du coup, le développeur, finalement, le sens pour lui de son activité, est-ce qu'il ne change pas ?

Donc ça c'est un problème qui est assez bien répertorié dans la littérature économique. On appelle ça le Crowding Out Effect. Donc Crowding Out Effect, c'est cet effet qui se passe quand les motivations économiques en viennent à supplanter ou à corrompre les motivations intrinsèques qu'on a pour se livrer à une activité. L’exemple qu'on donne souvent du Crowding Out Effect, qui est assez parlant il me semble, c'est l'exemple du don sang. Il y avait un sociologue, Richard Titmuss, qui avait fait une enquête dans les années 70, où il avait comparé les systèmes de don du sang en Angleterre et aux États-Unis. Donc aux États-Unis les donneurs étaient payés pour donner leur sang, alors qu'au Royaume-Uni ils ne l'étaient pas. Et l’enquête de ce sociologue mettait en lumière le fait que, finalement, le système anglais marchait mieux parce que, dans le système américain, le fait que les donneurs reçoivent de l'argent pour donner leur sang, eh bien, ça les gênait. En fait, ça avait un effet corrosif sur les motivations sociales, altruistes, civiques, qui sont à la base du geste des gens qui vont donner leur sang. Il disait il y a, enfin il n'employait pas ce terme-là, mais il y a cette sorte de Crowding Out Effect, où le fait de donner une rémunération, eh bien du coup, ça éloigne, ça évince, ça corrompt les autres motivations qu'on a pour faire une activité.

Un autre exemple classique, c'est celui du vote. Ça nous semblerait absurde qu'on soit payé pour aller voter. Parce qu'il y a cette idée, quand même, que ça risquerait de corrompre nos réelles motivations civiques, qui devraient être ce pourquoi nous allons voter. Donc on a cette idée. J’ai pris cette citation d'un philosophe américain, Michael Sandel, qui dit que quand les gens s'investissent dans une activité dont ils considèrent qu'elle a une valeur intrinsèque, leur offrir de l'argent peut affaiblir leur motivation en dépréciant, ou en excluant, leur intérêt intrinsèque ou leur engagement. Donc c'est par exemple ce qui se passe dans le cas du don du sang.

Donc ma question c'est, étant entendu que le hacking c'est bien une activité qui a une valeur intrinsèque pour ceux qui s'y adonnent, est-ce qu'on a, dans le hacking, ce risque du Crowding Out Effect ? Et vous allez dire tout ça pour ça, parce qu'il me semble que, en fait, pas vraiment. Parce que, par exemple, même si cette idée de Crowding Out Effect elle est intéressante, il me semble, mais c'est vrai qu'elle ne marche pas tout le temps. Il y a plein d'autres activités où il me semble qu'on n'a pas ce genre de phénomène. L'exemple qui me semble le plus évident c'est celui des chercheurs. On a tous cette idée que les chercheurs, les scientifiques, pourquoi ils font ça ? C'est, en grande partie, parce qu'ils ont un intérêt intrinsèque pour la science, ils ont une sorte de libido sciendi, une volonté de faire avancer la science en tant que telle. Mais pourtant, ça ne nous choque pas, qu'ils soient rémunérés pour faire de la recherche. On n'a pas forcément l'impression que le fait d’être rémunérés va affaiblir leur motivation ou va, comme ça, corrompre leur activité scientifique. On trouve ça aussi légitime qu'ils gagnent leur vie, finalement, même si ce qu'ils font les passionne.

Donc il me semble qu'en fait, le véritable problème ce n'est pas tant la rémunération, c'est le fait que, parfois, la rémunération, ou l'argent en général, peut aller de pair avec une dégradation des conditions dans lesquelles s'accomplit l'activité.

J'ai ma citation qui est n'importe comment. J'avais mis cette citation d'Eric Raymond, qui insiste sur le côté anti autoritaire des hackers, développeurs de logiciels libres, qui dit « quand on veut vous donner des ordres, on veut vous empêcher de résoudre les problèmes qui vous fascinent ». Et j’avais mis cette citation pour dire que, effectivement, il me semble que le problème pour les développeurs de logiciels libres, ce n'est pas tant la rémunération en tant que telle, c'est le fait qu'il y a problème quand la rémunération va de pair avec une dégradation de leurs conditions de travail, et quand, par exemple, ils sont, pour être rémunérés, soumis à une hiérarchie qui les empêche de résoudre les problèmes qui les fascinent.

Si on dit à un développeur bénévole : « Tu vas faire la même chose qu'avant, dans les mêmes conditions, mais juste tu vas être payé », je ne pense pas qu'il y en ait beaucoup qui trouveraient à redire à ça. Par contre, si on leur dit : « Tu vas être payé, mais tu ne vas plus faire la même chose qu'avant. Tu vas travailler dans des conditions où tu seras moins libre, tu seras moins autonome, tu vas moins avoir le contrôle et le choix de faire ce que tu veux », là, peut-être qu'on a quelque chose qui est un petit peu plus problématique.

Ensuite, là, j'attaque la partie de mon exposé sur laquelle je me suis dit, ce midi, que j'avais un petit peu exagéré et que j'avais peut-être un petit peu caricaturé les choses. On va voir ce que vous en pensez. J'avais, quand même un peu cette idée que, dans le logiciel libre, on n'avait pas encore vraiment trouvé les modèles économiques idéaux qui permettent de concilier vraiment l'autonomie dans le travail et le fait que les contributeurs soient rémunérés, soient payés pour ce travail. Et qu'on a encore, bien souvent, quelque chose qui ressemble un peu à un dilemme où, d'un côté, on a encore des communautés de développeurs bénévoles, comme Debian, qui est la plus connue, où les développeurs sont très libres de travailler comme ils le souhaitent, même si le poids de la communauté, dans Debian, peut aussi être très fort, mais c'est une autre question. Mais évidemment, ces développeurs dans Debian, par exemple, ne sont pas rémunérés directement pour le code qu'ils écrivent. Et pourtant, ce code, par exemple, il sert de base à la distribution Ubuntu, qui dépend d'une société commerciale, donc on a, quand même, ensuite, un rapport de ce code avec le monde marchand, et donc on a, quand même, quelque chose qui est, éventuellement, un peu problématique, d'avoir un travail bénévole qui, ensuite, rentre dans le cadre, même si c'est de manière un peu indirecte, d'un processus de valorisation marchande.

Et puis d'un autre côté, si vous voulez, l'exemple qui serait un petit peu diamétralement opposé, c'est l’exemple du noyau Linux, où donc Linux, comme tous les projets de logiciels libres, était parti comme un projet vraiment de hobbyistes, avec que des développeurs bénévoles. Et puis, au fur et à mesure de son développement, les grandes entreprises, vous connaissez sûrement cette histoire, une des premières c'était IBM, elles se sont aperçues qu'elles avaient un intérêt à utiliser Linux, que ça leur permettait de faire des économies de R&D, qu'elles pouvaient mutualiser leurs développements. Tant est si bien qu'aujourd'hui toutes les grandes entreprises informatiques et du web, collaborent à Linux, salarient même des développeurs pour ce faire, et donc Linux est aujourd'hui développé à environ 90 %, 85/90 %, par des développeurs salariés. Donc la part des hobbyistes, des gens qui font ça sur leur temps de loisir, s'est considérablement réduite.

Donc, d’un côté, évidemment, c'est très bien que les gens soient payés pour faire du Linux, mais, d'un autre côté, on peut se demander si en acceptant d’être salariés pour Intel, pour Google, pour Oracle, etc., est-ce que, quand même, ils ne renoncent pas un petit peu à ce pourquoi ils avaient décidé de coder en premier lieu ? Est-ce qu'ils ne renoncent pas, un petit peu, à cette autonomie dans le travail, cette passion qui les mouvait au départ ? Est-ce qu'ils réussissent à la conserver vraiment, dans des conditions de travail qui sont celles d'un emploi salarié pour une grande entreprise high-tech ? Donc est-ce qu'on n'a pas, encore une fois, peut-être que je caricature un peu, mais bon ! En tout cas je voulais poser cette question, est-ce qu'on n'a pas une sorte de dilemme du hacker, qui d'un côté, soit il reste fidèle à un idéal de travail autonome et libre, mais au risque qu'il ne soit pas payé, et que ce travail demeure bénévole. Soit il intègre des entreprises plus classiques, mais au risque de perdre cette autonomie dans le travail.

Là, je voulais revenir, je vais finir par là, sur le fait que cette question du travail gratuit dans le logiciel libre, ou cette question des formes, certains appellent ça de la prédation réalisée par des acteurs marchands sur des développements libres, on peut se demander si, finalement, elle ne renvoie pas une forme de faiblesse des licences libres, par exemple de la GPL, qui sont des licences qui n’empêchent pas, ce qu'on pourrait appeler le Free Riding d'un acteur marchand. Le Free Riding c'est le comportement du passager clandestin, à savoir, c'est quand un acteur marchand utilise du logiciel libre auquel il n'a pas contribué, pour lequel il n'a pas payé. Donc il est, en quelque sorte, le passager clandestin d'un logiciel libre auquel il n'a pas contribué. Sauf que ce problème, en fait, pour Richard Stallman, par exemple, ça n'a jamais vraiment été un problème. Parce que, pour Stallman, finalement, il y a deux choses qui ont toujours été très claires. C'est, d'une part, qu'il n'est jamais légitime de transiger avec les quatre libertés du logiciel libre, donc l’appropriation privative du code n'est jamais légitime. Mais deuxième chose, qui est tout aussi claire pour lui, c'est qu'il n'a jamais été question de restreindre les exploitations commerciales du code. Parce que si vous commencez à faire ça, vous renoncez à l’universalité des quatre libertés, vous commencez à discriminer entre différents usages, entre usage commercial et usage non commercial et clairement, Stallman et les libristes n'ont jamais voulu faire ça, parce que, pour eux, il est important que les quatre libertés restent les mêmes pour tout le monde et il n'y a pas lieu de discriminer entre usage commercial et usage non commercial.

Donc, si vous voulez, c'est une posture idéologique qui est très forte, il me semble, au sein du milieu du logiciel libre et qui est tout à fait estimable, et pour laquelle on peut tout à fait argumenter. Mais, d'un autre côté, on peut se demander, ça c'est plutôt ce que met en lumière la citation que j'ai mise en dessous, si ce n'est pas aussi, quand même, un petit peu une faiblesse dans la mesure où, du coup, ces licences libres, et ce principe du copyleft, il est très bien pour garantir que la ressource reste libre, mais ces licences ne disent rien de la manière dont les richesses produites vont être réparties. C'est-à-dire que la licence permet de préserver un bien commun de la privatisation, mais cette licence ne dit rien de la répartition de la richesse de ce bien commun, dont elle organise la libre circulation.

Et donc, finalement, c'est un peu en réaction à ce que certains, en tout cas, assimilent à une faiblesse des licences libres traditionnelles, qu'on a vu apparaître, ces dernières années, de nouveaux projets de licences, et je voulais finir par ça, donc vous les présenter rapidement, qu'on appelle les Peer Production Licenses, qui sont des projets de licences qui, justement, essayent de trouver un nouveau hack juridique un peu ingénieux, pour justement empêcher le Free Riding des acteurs marchands, et pour assurer une forme de réciprocité de rémunération à tous les contributeurs à un logiciel libre.

Donc la première, c’était la Peer Production license, de Dmitry Kleiner, qui est un hacker. C'est la mouvance anar, libertaire, très à gauche au logiciel libre qui, évidemment, n'est pas du tout représentative de l'ensemble du logiciel libre, mais qui est une des couleurs politiques qu'on trouve dans le logiciel libre, et qui est toute cette mouvance à laquelle se rattache Dmitry Kleiner et donc qui a fait ce projet de licence, où il distingue entre usages commerciaux et non commerciaux. Et puis il distingue aussi entre ce que j’ai appelé ici, pour simplifier, entités « capitalistes » et entités « socialistes ». Il dit que la licence, en fait, distingue entre des acteurs qui vont être des acteurs qui emploient des travailleurs salariés, enfin des entreprises capitalistes traditionnelles, on va dire, et les entités que j'ai ici appelées « socialistes » et que Kleiner définit comme des entités qui n’emploient pas de travailleurs salariés, et donc tous les profits sont redistribués à leurs membres.

Et donc, que dit cette licence ? Elle dit « tous les usages non-commerciaux sont autorisés et gratuits », ça il n'y a pas de problème. Ensuite, les usages commerciaux sont autorisés et gratuits pour les entités « socialistes », mais, par contre, si vous êtes une entreprise capitaliste traditionnelle, là vous devez payer pour utiliser un logiciel libre qui serait sous cette Peer Production license.

Évidemment, on voit que le propos politique est vraiment très fort dans cette licence, et donc justement, elle a ensuite été amendée par d'autres gens qui ont essayé de trouver d'autres licences qui seraient peut-être un peu moins explicitement politiques et où la question ça ne serait pas tant de discriminer entre les entités capitalistes et les autres, mais plutôt d'assurer une forme de réciprocité dans les utilisations commerciales du code.

Mon truc apparaît très mal encore. Donc ça c'est, par exemple, la proposition de Commons-Based Reciprocity Licenses de Michel Bauwens, qui est le fondateur de la P2P Foundation. Et donc là, il distingue, lui aussi, usages commerciaux et non commerciaux. Il distingue entités à but lucratif et non-lucratif, ce qui n'est pas exactement la même chose que la distinction capitalistes/socialistes qu'on avait avant. Et il distingue surtout entités contributrices et non contributrices. Là aussi, donc rapidement. Les usages non commerciaux, pas de problème. Les usages commerciaux sont gratuits pour les entités à but non lucratif, soit.

Ce qui est intéressant, c'est surtout le troisième tiret, c'est « les usages commerciaux sont gratuits pour les entités à but lucratif qui contribuent ». C'est-à-dire que là, pour lui, le problème ce n'est pas tant que vous soyez une méchante entreprise capitaliste, et qu'il faille discriminer entre vous et des entreprises plus sociales ou plus socialistes. La question c'est vraiment celle de la réciprocité de la contribution. Donc, si une entreprise participe au développement d'un logiciel, là, très bien pas de problème, elle contribue, donc elle a le droit de l'utiliser dans les termes d'une licence libre classique, d'une General Public license. Par contre, c'est le quatrième tiret qu'on ne voit pas, mais les usages commerciaux sont payants pour les entités à but lucratif qui ne contribuent pas. C'est-à-dire que, en revanche, si vous êtes une entreprise et que vous utilisez du libre, mais qu'il n'y a aucune forme de réciprocité, que vous avez simplement ce comportement de passager clandestin, vous ne contribuez pas en retour, eh bien là, il est légitime que vous payiez. Et c'est ça la position que défend Michel Bauwens, en disant « de telles licences, elles seraient développées, elles auraient cet intérêt de permettre de générer des nouveaux flux de revenus vers les contributeurs au logiciel libre, d'éviter ces formes de Free Riding, et du coup de rendre, finalement, en quelque sorte, l'écosystème du logiciel libre plus robuste, car plus à même d’assurer des moyens de subsistance à ses contributeurs. »

Ce que j'ai un peu oublié de dire en passant, je vais essayer, peut-être, de conclure là-dessus, c'est que le premier point, c'est ce que j'ai dit, trouver des moyens originaux de rémunérer les contributeurs sans que ça passe nécessairement par l’obtention d'emplois salariés. Mais en fait, ce que je voulais dire surtout, et je m'éloigne un peu de mon slide, c'est qu'il me semble qu'aussi bien chez les hackers que chez les makers, on a cette question, quand même, du rapport aux acteurs marchands, au monde de l'entreprise, qui se pose et qui n'est pas toujours facile à résoudre. Et il me semble qu'on n'a, quand même, pas encore trouvé le modèle économique parfait qui permette de concilier à la fois, pour les hackers le fait qu'ils gardent cette autonomie dans le travail et que, historiquement, ils valorisent beaucoup. Concilier ça avec la rémunération. Et, finalement, on a un peu le même genre de problématique dans le monde des makers.

Comment faire en sorte que, si vous voulez, c'est ce que je disais tout à l'heure sur les tiers-lieux, comment faire en sorte que ces lieux restent des lieux ouverts à l'échange social, ouverts à la collaboration, ouverts aussi à tous, à différents publics ? Comment faire en sorte que ces lieux restent aussi fidèles, si vous voulez, au projet politique qu'on peut voir derrière, qui est d'essayer de rompre avec des formes de consumérisme lié au monde industriel ? Apprendre aux gens à fabriquer leurs objets, à ne pas être dépendants uniquement du marché pour s'approvisionner. Leur apprendre à réparer leurs objets. Lutter peut-être aussi contre l’obsolescence programmée, on en parlait tout à l'heure. Avoir des objets dont les plans soient ouverts ce qui fait que, du coup, ils soient peut-être plus durables, etc. Comment faire en sorte de garder toutes ces choses-là qui sont intéressantes, éventuellement enthousiasmantes, mais tout en assurant, en trouvant des modèles économiques viables, des modèles économiques pour que ces lieux puissent survivre, quand on est dans les hackerspaces ou les fablabs ? Ou des modèles économiques viables pour que les gens qui font vraiment des développements de logiciels libres soient rémunérés pour cette activité et ne soient pas obligés de trouver ailleurs les moyens de subvenir à leurs besoins ? Je vous remercie.

Applaudissements

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(16/05/2016 @ 10:36)

Entretien avec Jérémie Zimmermann - La Mutinerie - 2015  Voir?


Jérémie Zimmermann

Titre : Entretien avec Jérémie Zimmermann
Intervenants : Jérémie Zimmermann
Lieu : La Mutinerie
Date : Janvier 2015
Durée : 45 min
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Transcription

Qui est Jérémie Zimmermann ?

J.Z. : Bonjour. Je suis Jérémie Zimmermann. Je suis cofondateur de la Quadrature du Net1, organisation de défense des libertés sur Internet. Nous œuvrons depuis 2008, dans une démarche, dite en français ça fait moche, de capacitation citoyenne, en anglais on parlerait d'empowerment, avec cette notion de pouvoir, de prendre le pouvoir que l'on a vraiment, et donc de fournir aux citoyens des outils pour leur permettre de comprendre les dossiers dans lesquels les libertés sont menacées sur Internet et aussi, surtout, j'allais dire, des outils pour agir. Agir et tenter d'influer sur des situations politiques, législatives, et permettre ainsi, collectivement, de garantir nos libertés sur Internet. On a œuvré sur des dossiers allant du droit d'auteur et de son caractère offensif pour nos pratiques culturelles, à la neutralité du Net et donc la discrimination des communications sur Internet par les opérateurs Télécoms ; de la censure des contenus sur Internet à la protection de la vie privée ; de la libéralisation du spectre électromagnétique à la surveillance de masse ; et hélas, il ne manque pas de sujets de travaux aujourd'hui.

Que répondre à ceux qui prétendent ne rien avoir à cacher ?

J.Z. : La Parisienne Libérée, chansonnière de renom, a écrit et chanté en duo avec moi cette chanson qui s'appelle Rien à cacher2. C'est, au mieux, une erreur profonde et, au pire, une faute politique grave de penser que l'on n'a rien à cacher, parce qu'on a tous quelque chose à cacher au moins de quelqu’un, au moins un petit quelque chose à cacher d'au moins un petit quelqu’un. Ça peut-être quelque chose à cacher à sa femme, son mari, son ex-femme, son ex-mari, son ami, son ex-ami, son patron, son ex-patron, son collègue, son ex-collègue, et on a tous quelque chose à cacher et ce n'est pas une honte. La vie est comme ça, c'est très bien comme ça.

Ce qui se passe, lorsque ces petits quelques choses à cacher sont aux mains de quelques-uns, ce sont des moyens de pression. Si on sait que tu couches avec telle ou telle personne et que ce n'est pas public, le fait de, éventuellement, le rendre public est un moyen de faire pression sur toi. Et toute l'histoire, aussi loin que la politique et l'espionnage remontent, les petits secrets des uns et des autres ont été utilisés pour faire pression sur eux, pour les intimider, pour les dissuader, pour leur empêcher de faire quelque chose. Donc là encore on peut se dire « ah oui mais moi, je ne suis pas ceci, je ne suis pas cela ». Et d'une, personne ne savoir que demain il ne sera pas appelé à devenir un journaliste, un politicien, un militant. De la même façon qu'on ne peut pas savoir que demain le gouvernement ne va pas devenir un gouvernement autoritaire et que l'on ne va pas se retrouver dans l'opposition, dans la résistance, en position de faire quelque chose. Ce jour-là, il sera trop tard. Il sera trop tard parce que tous les petits secrets accumulés sur les Google, les Facebook, et aux quatre coins des internets seront, potentiellement déjà, aux mains de ceux-là.

Ensuite, parce que protéger ses communications, c'est aussi protéger les communications de ses correspondants. Une analogie c'est celle du préservatif. On ne met pas seulement un préservatif pour se protéger soi, mais on met aussi un préservatif pour protéger les autres. Et dire « oh ben moi je m'en fous, donc je n'en mets pas », c'est un comportement tout à fait irresponsable, parce que ça empêche à des choses de se propager. C'est pareil avec les violations de la vie privée, c'est que toi tu n'en a peut-être rien à foutre, tu utilises Gmail, tu ne chiffres pas tes mails, mais tu vas parler avec quelqu’un, sans savoir que ce quelqu'un est potentiellement source d'un journaliste. En parlant avec lui sur Gmail, tu vas potentiellement l'exposer.

Par ailleurs, lorsque les gens se savent surveillés, on le sait, ce sont des études scientifiques, nombreuses, qui le démontrent, les comportements changent. Si tu es au travail sur un ordinateur et que tu sais que ton patron peut écouter toutes tes communications, tu ne vas évidemment pas utiliser cet ordinateur au travail pour dire « mon patron pique dans la caisse, est un sale type, fait ceci, fait cela ». De la même façon, si tu sais que le gouvernement surveille tes moindres faits et gestes, et qu'il y a un nouveau parti politique qui se crée quelque part, tu vas peut-être réfléchir à deux fois avant d'aller à une réunion de ce parti. De la même façon que si tu sais que tes communications téléphoniques sont écoutées, tu ne vas pas appeler ton docteur pour parler d'une MST, d'un avortement. Et donc ces comportements d’autocensure, c'est quelque chose d’extrêmement dangereux pour notre société en général, parce qu'on a besoin de plus de comportements de participation politique, on a besoin de plus d'expérimentation sociale individuelle. En réalité, quand on parle protection de la vie privée, on parle d'une liberté fondamentale, grand concept, gravé dans le marbre. Et c'est vrai que c'est un petit peu abstrait pour quelqu'un qui n'a pas un cursus de sciences politiques ou d'histoire, quelqu'un qui n'a pas quelqu'un dans sa famille, à une génération, qui est mort pour ces libertés. Ça paraît être un truc un peu lointain « oh moi de toutes façons, tant que j'ai à manger ».

Pourtant, quand on parle de protection de la vie privée, on parle de quelque chose de très concret, on parle de notre intimité, de nos intimités. Et ça, tout le monde en a une, tout le monde comprend ce que ça veut dire. L'intimité, ce sont ces moments dans lesquels tu es tout nu, au propre comme au figuré. Tout nu ça veut dire sans uniforme, sans costume, sans masque. Des moments dans lesquels tu peux être vraiment qui tu es, dans lesquels tu es vraiment en pleine confiance, et je vais revenir sur cette notion de confiance. En pleine confiance, ça peut être en pleine confiance seul, confiance que tu es seul et que tu n'es pas épié, ou en confiance avec d'autres. On peut choisir d’être tout nu avec d'autres. Et, dans ces moments-là, on est en pleine confiance parce qu'on sait que l'on n'est pas jugé. C'est dans ces moments-là, où on se sent particulièrement libre, où on va pouvoir expérimenter, avec de nouvelles idées, de nouvelles théories, avec de nouvelles pratiques, avec de nouvelles œuvres. C'est dans ces moment-là d'intimité que, si tu as une guitare, tu vas commencer à grattouiller et te dire « ah c'est nul », continuer te dire « ah c'est nul », continuer te dire « ah c'est nul », et au bout de dix heures avoir trois bouts de machin qui te sembleront peut-être assez bien pour que tu les notes dans un coin et que tu aies envie de retravailler dessus.

Si tu étais entouré de vingt personnes, tu ne ferais peut-être pas les trois premiers accords, parce que tu dirais « ah ils vont penser que c’est nul, j'aurais l'air d'un…, etc. » C'est le fait de ne pas être jugé qui te permet d’être, dans ces moments d'intimité, en pleine confiance et c'est grâce à cette intimité que l'on peut expérimenter, et c'est par l’expérimentation que l'on peut venir à de nouvelles idées, de nouvelles pratiques sociales, etc. Et donc c'est cette intimité, ces intimités, nos intimités, qui sont directement menacées dans des régimes de surveillance de masse, et ce viol de nos intimités provoque ces comportements d’autocensure, dont on parlait, de normalisation, où les gens ne vont pas prendre le risque de s'exprimer, d'exprimer une opinion. Et on voit là l’intérêt politique, pour certains, d'utiliser ainsi la surveillance de masse comme un outil de contrôle social. Et on le voit dans tous les régimes autoritaires. Dans tous les régimes autoritaires la surveillance de masse est utilisée à des fins politiques, pour contrôler les populations, pour, d'un côté s'assurer que les gens ne vont pas se rebeller, et de l'autre, dès que quelqu'un se rebelle, pouvoir l'identifier et le détruire.

Donc, ce que l'on voit aujourd'hui, depuis le début des révélations d'Edward Snowden, c'est que 100 % de la technologie sur laquelle près de 100 % de la population s'appuie, a été sabotée, a été détournée de son objectif initial qui était de servir ses utilisateurs et a été transformée en un outil de surveillance de masse, en un outil de contrôle aux mains de quelques-uns, qui, au lieu de servir son utilisateur sert ses vrais maîtres, et que ses vrais maîtres sont quelque part entre Wall Street, la Silicon Valley et le U.S. State Department.

Donc les révélations d'Edward Snowden c'est comme un coup de tonnerre qui révèle que nous n'avons plus confiance dans cette technologie, nous ne pouvons plus faire confiance à ces technologies, nous ne pouvons faire confiance à ces entreprises US et que ces appareils que l'on estime être les nôtres, en réalité ne sont pas les nôtres. Ces appareils dont on pensait un peu qu'ils étaient nos amis, sont en réalité nos ennemis, et sont, tous ensemble, une gigantesque machine de surveillance, donc de contrôle social et donc, potentiellement, d’oppression. Et c'est, je pense, un des défis les plus importants que nos sociétés aient à relever, qui est celui de reprendre le contrôle de ces machines, lequel contrôle nous a été chipé, nous a été subtilisé à des fins politiques.

Comment nous convaincre d'utiliser des logiciels libres ?

J.Z. : Ce que l'on constate avec les révélations d'Edward Snowden, c'est que la technologie tout entière a été dévoyée, a été transformée en un instrument de contrôle. Et de se poser les questions de ce qui permet de transformer la technologie en un instrument de contrôle. Et quand tu mets ça à plat, avec l'esprit d'un ingénieur ou d'un hacker, tu t'aperçois des caractéristiques de ces technologies qui sont faites pour le contrôle, taillées pour le contrôle. Déjà, elles sont toutes centralisées, même hyper-centralisées. Si tout le monde dit tout à Facebook ou à Google, ça représente, pour Facebook ou pour Google, des quantités phénoménales de données et du coup une valeur commerciale énorme, et pour quiconque contrôle ces données, un pouvoir démesuré. On sait que l'information c'est du pouvoir, concentration d'informations c'est une concentration de pouvoir. On sait que dans l'histoire de l’humanité toutes les concentrations de pouvoir ont conduit à des abus. Ça c'est la première caractéristique, la centralisation.

Secundo, les logiciels et le matériel fermés. Le fait que tu ne puisses pas enlever la batterie de ton téléphone garantit que, même quand tu penseras qu'il sera éteint, on pourra, potentiellement, l’activer à distance. Le fait que tu ne puisses pas savoir ce que fait la puce de ton téléphone qui communique avec l'extérieur, fait que tu ne vas pas te poser la question même de « est-ce qu'on peut l'activer à distance ? », sinon tu le saurais. Le fait que tu ne puisses pas changer ton système d’exploitation Windows ou Mac OS, permet à Microsoft ou Apple d'insérer dedans des fonctions malveillantes, qui vont, potentiellement, leur rapporter ce que tu cherches, où tu es, etc. Ou leur permettre de faire des mises à jour sans rien te demander, ce qui permettra au passage, à d'autres, d'installer des logiciels espions. Donc cette fermeture des logiciels et du matériel est une autre des caractéristiques de ces technologies du contrôle.

La troisième, c'est une illusion de sécurité. « Ferme les yeux, Google est ton ami, tout va bien ! » Tu ouvres les yeux, tu t’aperçois qu'il y a un petit cadenas dans ta barre de navigation, tu es tranquille, tout va bien, c'est ça la sécurité. Et là encore, on s'aperçoit que cette illusion de sécurité permet à d'autres d’avoir la main sur ton ordinateur, d’être capables de te faire croire, tu as petit cadenas, alors qu'en réalité tu es en train de télécharger des logiciels espions, ou des machins comme ça.

Ces trois mécanismes, ces trois caractéristiques des technologies, reposent sur le fait d’empêcher à l'utilisateur de comprendre, de soustraire de la connaissance à l’utilisateur sur le fonctionnement des machines et des services qu'il utilise. Si tu regardes dans le miroir de ces trois caractéristiques, tu vas voir qu'existent depuis longtemps des alternatives d'un genre tout à fait différent. Face à la centralisation évidemment la décentralisation des services et des communications. Un exemple simple, nous, la Quadrature du Net, on a notre serveur web sur lequel est notre site web, on a notre serveur de messagerie, on a notre serveur pour Etherpad des documents collaboratifs, notre serveur IRC, notre serveur Jabber, notre serveur ceci, notre serveur cela. Bon, on a quelqu'un de très talentueux, Benjamin, qui s'en occupe, mais il y a plein d'autres gens qui s'en occupent. Et la décentralisation parfaite, ce serait évidemment chacun avec un tout petit bout de serveur chez soi sur lequel il y aurait ses photos, ses mails, ses données, ses trucs et ses machins. Mais en attendant d'en être là, ça se mutualise, à l'échelle d'une publication, d'une université, d'une entreprise, d'une administration publique, ou même d'une bande de potes. Ce sont des choses qui se mutualisent. Et il vaut mieux avoir 10 000 serveurs de mails gérés par 10 000 associations, bandes de potes, universités différentes, que un seul Gmail. Ça c'est assez évident à imaginer, donc on peut avancer vers cette décentralisation.

Face aux logiciels et aux matériels fermés, il y a évidemment le logiciel libre et le matériel libre. Où là, le logiciel libre c'est un objet intellectuel qui appartient à l'humanité tout entière. Tout le monde a le droit de l'utiliser, de le copier, mais aussi de le comprendre et de le modifier. Le comprendre et le modifier ça veut dire avoir accès au code source. Le code source c'est la recette. Si le logiciel est un plat, le code source c'est la recette. Tu peux avoir un plat le plus joli qui soit, mais si on ne te dit pas que juste après avoir mis les oignons il faut ajouter un peu de coriandre et puis sortir ceci, réserver, le remettre en toute fin de cuisson, tu auras beau le manger cent fois, tu ne le trouveras pas. C'est pareil avec le logiciel. Il y a des éléments que tu peux lire dans le code source que tu ne peux pas déduire simplement en l'utilisant.

Et donc cette propriété simple, brillante, de décider statutairement, légalement, qu'un logiciel appartient à tout le monde, et c'est ça le principe du logiciel libre, faire don à l'humanité tout entière de ton logiciel quand tu en es l'auteur, permet à chacun d'avoir cette potentialité d'aller comprendre ce qui se passe et, éventuellement, d'aller le corriger. Donc, ce qui compte là encore, ce n'est pas que chacun devienne le petit Wolfgang Amadeus Mozart du code informatique, pour être capable de comprendre et de modifier ses logiciels soi-même. On a cette capacité à le faire individuellement, ce qui signifie qu'on en a aussi la capacité collectivement. Et si tout le monde en a la capacité, y compris les étudiants en fac d'informatique dont les profs pourraient donner comme exercice d'aller lire du logiciel libre et d'aller le corriger s'ils trouvent des bugs ; y compris le service informatique de grandes entreprises ou d'administrations publiques ; y compris des services publics qui veillent à la sécurité informatique. Si tout le monde en même temps, a cette capacité de lire le code source et de le modifier, alors, collectivement, on l'améliore et on rend beaucoup plus compliqué le fait d'insérer des fonctions malveillantes qui vont aller choper ton numéro de carte de crédit, ta localisation géographique ou des choses comme ça, comme le font les logiciels Apple, par exemple.

Troisième point et puis je reviendrai sur le logiciel libre. Avec le logiciel libre il faudrait du matériel libre auquel on pourrait faire confiance. Et là c'est un vrai défi industriel, parce qu'aujourd'hui seuls les Chinois savent faire des puces aussi fines que celles que l'on trouve dans les ordinateurs mobiles.

Le troisième point en face de l'illusion de sécurité, pour compléter ma liste, c'est une sécurité, là-aussi décentralisée, aux mains de l'utilisateur, au travers l'utilisation du chiffrement de bout en bout. C'est une sécurité qui ne dépend que de nous et pour laquelle on a besoin de faire confiance à personne : tu génères tes clefs de chiffrement, je génère mes clefs de chiffrement, on s'échange nos clefs publiques. De là, pas besoin de faire confiance à Apple, à Google, ou même à l'armée française, on fait confiance aux maths, on fait confiance à nous-mêmes, pour être capables d’ouvrir un canal de communication dont on va considérer, à un moment, qu'il sera suffisamment sécurisé pour qu'on puisse parler.

Ce qui est intéressant pour moi, c'est que ces trois caractéristiques des technologies qui nous rendent plus libres, par opposition aux technologies qui sont des instruments de contrôle, ces trois caractéristiques nécessitent une part de compréhension, d’apprentissage, de la part de l'utilisateur. Le logiciel libre, c'est forcément un changement, comme tout. La décentralisation, eh bien ça implique de se poser la question « tiens où sont mes mails au fait ? », et de là d'agir, soit avec une bande de potes, soit en payant les services de quelqu’un, mais ça nécessite, au moins, de se poser la question. Et la sécurité entre nos mains, le chiffrement de bout en bout, ça nécessite au moins de comprendre ce qu'est le chiffrement, de comprendre ce qu'est une paire de clefs, d'en générer et de gérer ses clefs. Bon, je te rassure tout de suite, des étudiants en littérature sont capables de le faire en deux heures et de commencer à chiffrer leurs e-mails en deux heures. Tout le monde est capable de le faire. Mais cette démarche de curiosité intellectuelle, d'apprentissage, est quelque chose qui n'est pas forcément évident, pas forcément inné.

La bonne nouvelle, c'est que les technologies qui nous libèrent ne le font que si on se les approprie, mais le font au travers du partage de la connaissance. Et que c’est le partage de la connaissance, c'est la connaissance qui est la différence, qui est le point de bascule entre, d'un côté, les technologies du contrôle et, de l'autre, celles de la liberté. Donc là encore, c'est quelque chose qui est entre nos mains, que l'on peut tous faire à l'échelle individuelle, que l'on peut tous partager les uns avec les autres, que l'on peut tous propager. Donc il n'y a pas des réponses plus simples que ça à ta question, peut-être faussement naïve de « comment motiver des gens à utiliser le logiciel libre ? »

Le logiciel libre c'est avant tout un projet politique et un projet de société dans lequel les individus sont plus libres, dans lequel les individus sont au contrôle de la technologie et non contrôlés par elle. Dans lequel chacun est plus libre d’être qui il souhaite être. Dans lequel chacun peut se développer personnellement, économiquement, culturellement, grâce à la technologie, au travers de la technologie et sans être capturé par elle. Dans un monde où la surveillance est généralisée et où cette surveillance de masse est utilisée à des fins d'espionnage économique et à des fins d’espionnage politique, utiliser le logiciel libre est plus que jamais un geste militant, un geste politique, mais aussi un geste de survie. De survie de nos sociétés, de nos économies, de nos régimes politiques, de notre souveraineté, que ce soit à l'échelle d'une nation souveraine ou à l'échelle individuelle, de notre souveraineté informationnelle. Notre droit à contrôler nos propres données, nos propres communications, à jouir de nos données, de nos communications par nous-mêmes, dépend de cette capacité à utiliser le logiciel libre. Le logiciel libre c'est donc un projet de société pour plus de liberté.

On a vu récemment les serveurs de grosses entreprises comme Sony et Microsoft se faire pirater. Est-ce du fait de hackers talentueux ou d’entreprises mal protégées ?

J.Z. : Alors déjà attention avec l'utilisation du mot hacker.

Voix off : Pirate, on va dire. Excusez-moi.

J.Z. : Ouais, dans l’inconscient collectif un hacker c'est un criminel, c’est quelqu’un qui casse, alors qu'en réalité, un hacker c'est la plupart du temps quelqu'un qui construit.

Voix off : Oui, c'est vrai.

J.Z. : Je me définis comme un hacker au sens étymologique du terme : c'est un passionné de technologie. C'est quelqu'un qui est enthousiaste et passionné par la technologie, qui aime comprendre comment elle fonctionne.

Voix off : On va dire gentil pirate !

J.Z. :Non, non, c'est important de rétablir ça, parce que, après c'est comme tout, il y a des cons partout. Il y a des hackers qui vont faire le bien et des hackers qui vont faire le mal. Mais, par définition, un hacker c'est juste quelqu'un qui est passionné de la technologie et qui, du coup, peut, potentiellement, obtenir un avantage sur d'autres, en en sachant plus, sachant que l'information c'est du pouvoir, que la connaissance est une force.

Donc sur la question des piratages, pour le coup, des données de ces entreprises, les cas évoqués ici je ne les connais pas par cœur, mais très souvent, déjà, ce genre de choses arrive beaucoup plus souvent qu'on ne le croit. Quand c'est révélé au public, c'est vraiment le cas rare. Des piratages comme ça il s'en passe tout le temps, souvent même les entreprises n'ont même pas conscience que ça se passe pendant que ça se passe. Et, très souvent, ça exploite l'incompétence des uns et des autres. Mais souvent, aussi, c'est le facteur humain qui est le maillon le plus faible.

Il y a une discipline, pour le coup, du piratage, qui s'appelle le social engineering, l'ingénierie sociale, donc obtenir socialement des informations des uns et des autres.

  • « Allô, ouais c'est monsieur machin au service bidule. On me dit que vous avez un problème avec votre fax.
  • Ah ben oui, je viens de recevoir un truc tout noir ». Pas difficile d’envoyer un fax tout noir à quelqu’un !
  • « Ah bon, ne vous inquiétez pas, on va réparer ça, alors on va faire une chose, vous allez appuyer sur le bouton, sur le menu machin, vous voyez quoi. Oui ici c'est bon, c'est bon, c'est bon. Rappelez-moi votre mot de passe vite fait. C'est sûr ? Attendez, voilà, attendez, je vais faire un test, je vous envoie un truc. Vous avez reçu le fax ? Là il n'est plus noir ?
  • Oui, c'est bon, ça marche. Merci, au revoir. »

Et la personne est même incapable de dire, si on lui demande une semaine après : « Est-ce que tu as donné ton mot de passe à quelqu’un ? », elle va évidemment dire : « Non, je ne donne jamais mon mot de passe ! »

Donc très souvent, c'est en exploitant la faille humaine, dans les dispositifs, que l'on arrive à casser les sécurités parfois les plus avancées. Mais très souvent les entreprises négligent, de toutes façons, la sécurité.

Ce que ça nous dit, outre le fait que ces enjeux liés à la sécurité informatique, donc à la sécurité des données et des communications, sont très largement sous-estimés, de la même façon que les gens n'apprennent à faire des backup de leurs données qu'après avoir perdu un disque dur. On se pose la question de comment se protéger une fois qu'il est trop tard. Outre ça, cela révèle que nos modèles de sécurité ne fonctionnent pas. On a une vision de la sécurité informatique, et ça se voit, hélas, de plus en plus dans le débat public, autour, notamment, de ces notions de cyberguerre et autres concepts que l'on agite pour faire trembler dans les chaumières et qui reviennent à dire : « Faites confiance au gouvernement. Faites confiance aux militaires. On va militariser l'internet, puisque qu’Internet est un champ de bataille, on va militariser Internet, et faisons confiance au gouvernement et aux militaires, et tout va bien se passer. »

Cette approche centralisée de la sécurité ne peut qu'échouer. Déjà on voit les abus auxquels elle conduit quand c'est la NSA qui, au lieu de protéger la sécurité des citoyens américains comme elle est censée le faire, affaiblit la sécurité des citoyens du monde entier, y compris des citoyens américains, en allant jusqu'à saboter, pour 250 millions de dollars par an, via le programme Bullrun, les technologies grand public de toutes les entreprises US. Donc déjà, on voit comment ce système peut conduire à des abus lorsque l'on est aux mains d'une entité toute puissante dont le budget est quasi infini, mission de s'occuper de la sécurité des uns et des autres. Mais, au-delà de ça, c'est un dispositif qui déresponsabilise les uns et les autres et qui ne pourra, en aucun cas, remplir les objectifs qu'on évoquait précédemment de sensibiliser les uns et les autres à l'utilisation des technologies qui les rendent plus libres et aussi qui leur permettent de sécuriser leurs communications. Un modèle de sécurité qui fonctionne c'est un modèle de sécurité décentralisé, dans lequel chacun est acteur de sa sécurité pour lui et, de fait, peut participer à la sécurité d'autrui dans un ensemble social, que ce soit à l'échelle d'une entreprise, d'une organisation, etc.

Donc, tant que les uns et les autres n'ont pas appris comment, eux, manier les processus de sécurité, le chiffrement, comment faire attention, ne pas laisser traîner son ordinateur, sa clef USB, son truc ou son machin, tant qu'ils ne sont pas formés à ça, on ne pourra jamais espérer qu'une entité composée de ces gens-là, puisse correctement sécuriser ses données et ses communications. Donc c'est véritablement une culture de la sécurité, mais pas au sens des militaires où il suffit de se taire, d'obéir et de rester dans son petit carré, mais au contraire, une culture de la sécurité qui est partagée, qui est décentralisée, où, en gros, au lieu de laisser le pouvoir aux mains d'un acteur centralisé, on a tous un petit peu de pouvoir. Ce qui, au passage, bâtit des systèmes, des architectures, que l'on dit résilientes, c'est-à-dire qui sont mieux capables de se recomposer, de se remettre debout après une attaque.

En l’occurrence, si toutes les données dans une entreprise sont sur un serveur, qui est géré par un gus, où on se dit « oh là la, on a confiance, lui il sait de quoi il parle », et que le gus n'est pas là, que le serveur se fait plomber, que le machin grille, plus personne ne peut travailler. Si chacun a sur son disque dur une partition chiffrée avec ses données importantes, qui éventuellement sont backupées de façon chiffrée sur le même ordinateur géré par le même gars qui sait de quoi il parle, eh bien le jour où le serveur central se fait péter, déjà les gens n'auront obtenu que les backups chiffrés dont ils ne pourront peut-être pas faire grand-chose, et surtout chacun pourra continuer à travailler derrière. Donc ces modèles de sécurité décentralisés permettent aussi une meilleure résilience et c'est précisément ce que l'on souhaite bâtir dans nos sociétés, pour mieux survivre à des crises financières, écologiques, environnementales, énergétiques, etc.

Donc jusqu'à présent, j'ai cette fâcheuse impression que l'on a fait la sécurité à l'envers, ce qui, au passage, a servi les intérêts industriels et politiques de quelques-uns, avec les conséquences désastreuses que l'on découvre aujourd'hui, avec l'ampleur de la surveillance de masse, qui est un outil global d'injustice et de violation de libertés fondamentales.

Certains voient de la paranoïa et du complotisme chez ceux qui se méfient de cette surveillance globale. Faut-il qu'ils se soignent ?

J.Z. : Ce que nous démontre vraiment Snowden c'est que la paranoïa, enfin ce que certains appelaient paranoïa, n'est en fait que la réalité en plus haute résolution. Donc on a tous augmenté la résolution de nos capteurs en matière de compréhension du monde et en matière de compréhension de notre relation à la technologie. La paranoïa c'est une psychose, c'est quelque chose qui trouve des explications médicales, très souvent utilisée pour disqualifier des discours ou, souvent, pour comme justifier ce qui est simplement de la trouille et de la bêtise. Lui paranoïaque ? Non, c'est juste un trouillard qui n'ose pas faire ce qu'il devrait faire. Ce n'est pas qu'il est paranoïaque, c'est juste qu'il a la trouille !

Donc non, je ne me considère ni comme trouillard, ni comme paranoïaque, j'essaye de voir le monde tel qu'il est. Ce que l'on voit c'est que, très souvent, ceux qui qualifiaient de paranoïaques les théories qui évoquaient une surveillance de masse, cette capacité des États à écouter toutes les communications des citoyens et à le faire activement, les mêmes qui qualifiaient ça de paranoïa étaient ceux qui, en réalité, depuis le début, participaient à ces entreprises. Donc non, c'est un peu facile d'utiliser ce terme à tout bout de champ. Je pense, au contraire, que le partage de la connaissance est vraiment la clef de voûte de tout ce que l'on peut espérer bâtir comme société plus juste, plus équitable, dans laquelle nos libertés seront protégées. Et si, en apprenant la réalité crue du monde tel qu'il est, alors certains deviennent psychotiques du côté paranoïaque, alors il y a les façons médicales de traiter cela plus ou moins, de traiter vaguement les symptômes. Mais ce n'est certainement pas cela qui doit nous empêcher de continuer à œuvrer pour plus du justice.

Après, juste un autre truc, je vous invite à voir, alors il n'est pas encore diffusé en France, le film de Laura Poitras, Citizenfour, dans lequel elle raconte. Eh bien, elle a eu la chance de vivre un événement historique de l'intérieur, vu qu'elle a été contactée par Edward Snowden et qu'elle a été parmi les deux journalistes, avec Greenwald, à aller le voir à Hong Kong et à orchestrer avec lui ses révélations. Et Laura raconte comment donc, un agent de la NSA, qui a travaillé pour la CIA, qui est un espion senior, qu'était Snowden du haut de ses 29 ans, lui a imposé de communiquer pour qu'ils puissent discuter. Comment donc un type dont c'est le métier, lui a dit : « Voilà. Il faut que l'on fasse comme ci, comme ci, comme ci, et comme ça. Tu vas acheter un ordinateur en cash. Tu vas utiliser ce système Tails dessus, comme ça on va passer dans Tor. Là on va s'échanger les clefs au travers d'un tiers, comme ça », et certains diraient, certains auraient dit : « Ah c'est de la paranoïa ». Sauf que le type sait parfaitement ce qu'il faisait. Et que c'est uniquement par l'utilisation de ces logiciels libres et de ces technologies de chiffrement que Snowden, aujourd'hui, est en vie et que Laura Poitras, journaliste, a pu faire son travail. Donc on est dans une ère, l'ère Snowden où ce qui, avant-hier, nous semblait être de la paranoïa est, en réalité, en deçà de la dure réalité.

Et donc les mesures à prendre, juste pour faire son boulot si on est journaliste et qu'on a une obligation morale de protéger ses sources, si on est avocat et que l'on doit protéger son secret professionnel, si on est médecin et que l'on doit protéger son secret médical, si on est activiste et que l'on veut protéger ses opérations, ou juste si l'on est citoyen et qu'on veut protéger ses petits secrets, les mesures à prendre ressemblent effectivement à ce qui, il y a quelques années, aurait pu être qualifié de paranoïa. Attends, utiliser le chiffrement dans Tor3, depuis machin. Eh bien non, parce si on fait ça on sait qu'on peut contrer la surveillance de masse, si on ne le fait pas ce n'est pas sûr.

Une autre façon de le dire, c'est que ce que certains qualifiaient de paranoïaque, en réalité c'est de la prudence. La paranoïa d'hier, c’est la prudence aujourd'hui.

Pensez-vous que la philosophie du logiciel libre devrait s'appliquer dans la vie de tous les jours ? Pourrait-elle changer le politique ?

J.Z. : Le Libre, le Libre, c'est quoi le Libre ? Le Libre c'est un projet de société dans lequel l'homme contrôle la technologie plutôt qu’être contrôlé par elle, et dans lequel on partage la connaissance à l'abri des privatisations. Est-ce que ce modèle-là est un modèle valable pour un projet de société ? Je pense que oui et je pense qu'on est déjà en train d'expérimenter ça, à de nombreux échelons. Wikipédia, par exemple, est un très bon exemple du Libre au-delà du logiciel, directement inspiré par la philosophie du logiciel libre, mais appliqué à un autre type de connaissances que le développement de logiciels. Après, des modèles sociaux ou économiques basés sur la mutualisation et le partage, plutôt que sur la privatisation et « l'accaparation » propriétaire des ressources, on en voit fleurir dix mille, que ce soit dans les mouvements hackers, que ce soit dans le partage de données sur les objets imprimés en 3D, ou que ce soit, même, dans les expériences coopératives dans les milieux agricoles ou même dans les milieux industriels.

Un fait déterminant pour moi a été l'été dernier ce bonhomme Elon Musk, avec sa compagnie, je ne sais plus comment elle s'appelle, Tesla, qui faisait des voitures électriques, qui a libéré une trentaine, je crois, de brevets clefs de sa technologie, en disant : « Voila, ce qu'on fait c'est essayer de changer le monde. C'est essayer de faire face à une crise énergétique qui concerne tout le monde, donc on ne peut pas faire ça chacun dans son coin, on est obligé de coopérer. Et donc il a libéré ses brevets pour permettre à tout le monde d'utiliser des technologies qu'il a fait développer dans son entreprise. Qui est un geste qui a choqué beaucoup de gens autour de Wall Street et tous ceux qui étaient habitués, justement, à entasser des brevets pour s'en servir comme des armes de guerre. Qui j'espère fera comprendre, de plus en plus, que ces modèles basés sur la coopération permettent de faire bien plus que ces modèles basés sur chacun dans son coin, avec ses petites ressources et ses petits machins, qui essayent d'écraser tous les autres. Et je pense que l'on va, à l'échelle globale, au devant de crises alimentaires, énergétiques, environnementales, financières, que l'on ne pourra tenter de régler que de façon globale et pour cela il nous faudra des mécanismes de coopération à l'échelle globale.

C'est ça le principe génial du logiciel libre, tel que l'a théorisé Richard Stallman en 1982 ou quatre, quatre c'est la fondation de la Free Software Fondation, je crois qu'il inventé ça en 82. C'est ce mécanisme de la GPL, la GNU General Public License, qui est le contrat qu'utilise l’auteur de logiciels libres pour donner au monde entier les mêmes libertés qu'il a sur son objet. C'est ça, vraiment, le coup de génie qui est d'utiliser le droit pour créer cette espèce de terrain universel dans lequel on peut tout se partager et dans lequel, si tu n'es pas d'accord pour partager, alors tu n'es pas de la bande, tu ne peux pas faire tout ce que nous pouvons faire, nous qui partageons.

Ce mécanisme est profondément réplicable, j'en suis sûr, est en train d’être répliqué. Il y avait ce projet, je ne sais pas ce qu'il est devenu, mais je sais qu'il y en a déjà d'autres qui s'en sont inspirés, qui s'appelait Open Source Ecology, dans lequel ces gus fabriquaient des machines permettant l'autonomie sur des designs entièrement libres, destinés à être améliorés au fil du temps, disponibles sur un wiki, pour que chacun puisse se construire sa source d'énergie, son tracteur, son four à briques, sa meuleuse, son four, son truc, son machin. Je pense que ces idées font chemin et qu'elles s'imposeront d’elles-mêmes comme étant une solution optimale pour régler de nombreux problèmes que nos sociétés ont à régler.

Vous défendez la technologie libre et ouverte pour tous. Mais pour les peuples indigènes encore non connectés ?

J.Z. : Je ne vais pas te faire un laïus sur les populations indigènes parce que je ne connais, hélas, que très peu la situation. Non, ce que je peux te dire, mais je reviens sur nos petites histoires de bourgeois occidentaux. Il y a quelques années, quand tu commençais une conversation avec quelqu'un par retirer la batterie de ton téléphone, on te regardait avec des gros yeux en disant : « C'est qui ce fou ? C'est qui ce paranoïaque ? » Aujourd'hui, quand tu le fais la personne en face dit : « Ah oui, pardon » et enlève la batterie aussi. Et pour moi c'est absolument fondamental. C'est un des grands enseignements de ce que l'on est peut-être déjà en train de mettre en œuvre d'après ce que l'on sait des révélations de Snowden, c'est réapprendre la valeur de l'offline. C'est que, vu que l'on a perdu cette confiance dans la technologie, il y a des moments où on va pouvoir, consciemment, faire le choix de s'en passer. Un journaliste qui va donner rendez-vous à une source et qui va lui dire : « Laissez votre téléphone chez vous ». Et j'ai l'impression qu'on est en train de réapprendre la valeur de l'offline, après une espèce de boulimie online. On a eu la période de l'adolescence et de tous les abus, des cuites monumentales parce qu'on ne sait pas ce que sont les limites, on ne comprend pas et que machin. De cette période-là, on en arrive à une période un peu plus équilibrée, peut-être l’âge de raison, je ne sais pas, je ne suis pas en train de prôner l'abstinence et la sobriété, mais retrouver un petit peu cet équilibre entre l'online et l'offline, où la perspective de ne plus être online un certain temps n'est peut-être plus aussi difficile que ça. Et on va peut-être même recommencer à apprécier ces moments-là.

Depuis les révélations de Snowden, en fait, nous, la Quadrature du Net, chaque fois qu’on s'est pointés dans une des réunions de hackerstea house, donc un endroit où on demandait aux gens d'enlever leurs chaussures, on s'asseyait autour de tables, on servait le thé, des thés absolument délicieux qui coulaient à flots, jour et nuit, et où les gens se sentaient bien et où, quand le thé coulait, il y avait du coup de l’eau partout sur les tables, les gens ne sortaient leurs laptops. Si quelqu'un sortait un laptop la personne à côté lui disait : « Attends, fais gaffe c'est dangereux », les gens s'apercevaient d’eux-mêmes, le repliaient. Et donc on a contribué à un espace plus ou moins offline, en tout cas l'espace avec sans doute le moins de laptops par participant dans un congrès de hackers. Et un nombre incalculable de gens sont venus nous voir en nous disant : « C’était génial, on a adoré, c'était le meilleur endroit ». Donc réapprendre ensemble ces moments de contact humain qui ne sont pas intermédiés par la technologie, réapprendre tout simplement à être offline est peut-être quelque chose de très sain pour les équilibres des uns et des autres. De la même façon que quand on commence avec un nouveau boulot, qu'on crée sa boîte ou son propre…, on sera à bosser 24 sur 24, on va bosser chez soi, on va tout le temps, tout le temps être en train de bosser, on va frôler le burn-out et un jour s'apercevoir que c'est bien d'avoir un bureau où on va laisser le boulot, et de rentrer chez soi et de laisser le boulot derrière. Donc comme ça un équilibre entre online et offline est peut-être, pour moi je crois, un des enseignements les plus importants que je tire des révélations d'Edward Snowden.

En tant que porte-parole de la Quadrature du Net, vous avez été amené à fréquenter le Parlement européen. Pouvez-vous nous en livrer quelques impressions ?

J.Z. : Ce que l'on constate tous les jours, quand on travaille sur ces terrains-là, ce sont les structures de l'influence. C'est comment sont organisés des groupes industriels, avec des lobbies de façade, et que l’association machin des producteurs de phonogrammes, l’association bidule des éditeurs, na, na, na, l'association des producteurs indépendants. qui sont tous plus ou moins les mêmes, et qui vont occuper autant de sièges dans les réunions, pour donner corps, pour donner du poids à des intérêts particuliers. Quand on travaille sur le Parlement français ou sur le Parlement européen, alors il y a évidemment des différences culturelles, l'influence n'a pas le même visage à Paris ou à Bruxelles, mais les principes sont les mêmes. On s’aperçoit que ces acteurs industriels font la pluie et le beau temps sur la prise des décisions politiques, parce que, en gros, ils sont les seuls à être payés à plein temps pour le faire. Et quand nous, on débarque, citoyens, avec nos trois francs six sous, mal rasés ou pas rasés du tout, sans cravate ni rien, et qu'on débarque et qu'on fait du boucan, et que derrière nous il y a des milliers, des dizaines de milliers de gens qui envoient des mails, qui passent des coups de fil et que, pour une fois, les gens dans les parlements se disent « eh on a des vrais citoyens, là, qui s'intéressent à ce qu'on fait ». Il se passe vraiment quelque chose, et au passage, ils pensent peut-être surtout en termes de réélection, « oh merde, là si on ne prend pas la bonne décision, on va vraiment se faire avoir », on est nous-mêmes surpris de combien on peut avoir d'influence et de combien on peut renverser des situations qui semblent absolument ingagnables.

On a bossé pendant quatre ans sur ACTA, le traité anti-contrefaçon, qui était une merde infecte. Pendant quatre ans tout le monde nous a dit : « C'est impossible vous ne gagnerez jamais ». On avait les trente-neuf gouvernements les plus puissants du monde, Hollywood, Big Pharma, et d'autres industries lourdes en face de nous. On a dit c'est impossible ! Non seulement on a gagné, mais on a gagné une victoire écrasante de 478 voix contre 39. Ce n'est pas un vote, il y a eu six votes avant, des trucs très techniques, dans les commissions parlementaires, les trucs, les machins, où il a fallu être sur le pont tout le temps. J'ai donné 250 conférences sur ACTA. On a écrit entre 200 et 250 communiqués de presse sur ACTA, on a dû écrire des milliers de pages là-dessus, donc c'est un boulot énorme, mais au bout du compte on y est arrivé contre toute attente.

Et donc c’était un des buts de la Quadrature du Net, c’était de se structurer d'une certaine façon pour que l'on puisse obtenir les financements et se permettre de faire ça à plein temps, comme le font les lobbies industriels. Mais évidemment chaque citoyen ne va pas lui, le faire à plein temps. Ce que l'on fait c'est que nous, on le fait à plein temps, pour, à plein temps, donner les moyens aux uns et aux autres, de temps en temps, de participer. Quand on dit : « Eh les gars, après-demain il y a un vote super important au Parlement européen, il faut absolument que les députés sachent qu'il faut voter tel et tel et tel amendement ». Et que les gens prennent leur téléphone, passent un coup de fil et disent : « Voilà j’aimerais vraiment que vous votiez tel et tel et tel amendement ». Et dans un bureau parlementaire ils reçoivent cent coups de fil comme ça dans la journée, je vous assure que ça a un impact. Et le problème, c'est que nous on gagne un vote par an, mais ils doit s'en faire, quoi, 5 000, 10 000 au Parlement européen. Et il y a des votes sur l'environnement, sur la santé, sur l'énergie, sur la guerre, sur ceci, sur cela, et peut-être autant de sujets sur lesquels il n'y a personne, il n'y a vraiment personne qui s'en occupe à plein temps.

Donc ce que l'on espère faire, un peu comme dans le logiciel libre où on ne dit pas : « Oh vous pourriez faire ceci », ça ne marche jamais. On dit : « Regardez, j'ai fait le début, est-ce que quelqu'un veut m'aider à continuer ? » On espère, en quelque sorte, mener par l'exemple, en disant « regardez on est cinq gus dans un garage avec de très faibles moyens. Sur nos dossiers on arrive, de temps en temps, à remporter des victoires ». Ça ne veut pas dire, au contraire, laissez-nous faire on a tout compris, mais ça veut dire faites-le aussi, faisons-le tous ensemble. Et si demain il y a une Quadrature de l'environnement, une Quadrature de l'énergie, une Quadrature du fruit, une Quadrature des légumes, une Quadrature de la santé, on ne s'en portera que mieux, que ce soit des « pentatures », des « hexatures », des « septatures », que tout cela fleurisse. On espère juste démontrer que l'action citoyenne n'est pas vaine. Et à tous ceux qui sont découragés, qui baissent les bras et qui disent : « Tout ça c'est de la merde et on n'y peut rien », leur montrer qu'ils se trompent. Et il n'y a que en abandonnant tout espoir, que l'on peut avoir l'assurance de ne jamais gagner.

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(11/05/2016 @ 10:38)

Point d'étape sur la mobilisation de l'April sur le projet de loi « pour une République numérique »  Voir?

En 2013, avec la loi enseignement supérieur et recherche, le Parlement français avait adopté pour la première fois une disposition législative donnant la priorité au logiciel libre. L'April avait beaucoup contribué aux débats et s'était réjouie de ce vote tout en indiquant que cette première étape devait se poursuivre et se généraliser par la mise en place d'une vraie politique publique en faveur du logiciel libre.

La consultation

L'April s'est engagée dans le processus d'élaboration du projet de loi « pour une République numérique » dès la consultation publique en ligne organisée par le gouvernement en septembre et octobre 2015. C'était la première fois qu'un texte de loi du gouvernement était ainsi ouvert à la relecture et aux propositions citoyennes avant même sa présentation en Conseil des ministres. La plate-forme dédiée permettait de formuler son opinion. Malgré ses limites, c'était une opportunité de s'exprimer sur chacun des sujets, de proposer des amendements voire de nouveaux articles.

Pour une informatique loyale au service de l'intérêt général, nous avions alors fait deux propositions d'amendement à l'avant-projet de loi : la reconnaissance de la qualité de document administratif communicable des codes sources des logiciels produits par l'administration et la priorité au logiciel libre dans le secteur public.

Le résultat de la consultation a montré une véritable tendance de fond en faveur du logiciel libre. Parmi les 10 propositions les plus soutenues, plusieurs étaient en lien avec les logiciels libres. Notre proposition de donner la priorité au logiciel libre arrivant en troisième place et notre proposition « Le code source d'un logiciel est un document administratif communicable » arrivant en 7e position.

Le projet de loi

Mais faisant fi de cette expression citoyenne, la version du projet de loi soumise au Parlement n'intégrait aucune de ces propositions. Le gouvernement se limitant à de floues déclarations d'intention et à de vagues promesses peu contraignantes pour encourager l'usage du logiciel libre.

L'April s'est donc mobilisée pour que soient intégrées ses propositions, aussi bien lors de ses auditions par les rapporteurs du projet de loi, à l'Assemblée nationale et au Sénat ; au moment de ses entretiens avec certains parlementaires, députés et sénateurs, pour les sensibiliser en vue de les inviter à adopter, voire à déposer, des amendements en faveur de la communicabilité des codes sources des administrations et de la priorité à donner au logiciel libre dans le secteur public ; mais aussi en contactant les élus, et en appelant chacun à faire de même.

Le code source est un document administratif communicable

Ce travail a permis l'adoption à l'Assemblée nationale en janvier 2016, contre l'avis du gouvernement, d'un amendement qui ajoute explicitement le code source dans la liste des documents administratifs communicables. Malheureusement, ce principe de communicabilité a rapidement été restreint. D'une part par l'ajout d'une exception en cas de risque d'atteinte « à la sécurité des systèmes d'information des administrations », exception adoptée par les députés et validée par les sénateurs. D'autre part, avec un amendement adopté au Sénat qui exclut de la liste des documents administratifs communicables les codes sources des « personnes publiques ou privées chargées d’une mission de service public dans un secteur exposé à la concurrence ». C’est le cas des entreprises chargées d'un SPIC (service public à caractère industriel et commercial), par exemple dans le domaine des transports comme la SNCF. À l'occasion des débats au Sénat, l'April a diffusé une infographie pour soutenir une réelle communicabilité des codes sources. Infographie transmise aux sénateurs et largement diffusée sur les réseaux sociaux. Espérons que la réunion de la commission mixte paritaire en juin, dont le rôle est d’aboutir à la conciliation des deux assemblées sur un texte commun, soit l'occasion de revenir sur la seconde exception. La première ayant été adoptée dans les mêmes termes par les deux chambres, il s'agit d'un « vote conforme », n'est théoriquement plus susceptible d'être modifiée.

Priorité au logiciel libre dans le secteur public

Concernant la priorité au logiciel libre dans le secteur public, plusieurs députés avaient déposé des amendements visant à inscrire ce principe dans la loi. Pour s'opposer à cette proposition le gouvernement a argué d'un « risque constitutionnel » fondé sur une prétendue incompatibilité d'une priorité au logiciel libre avec les droits de la concurrence et de la commande publique. L'April a publié une analyse démontrant la validité juridique d'une telle disposition. De plus, le Conseil National du Numérique a expliqué dans une fiche synthétique qu'une priorité au logiciel libre ne remet en cause ni le principe de "neutralité technologique" de l'achat public, ni les règles de concurrence de l'Union européenne.

Le gouvernement s'appuyerait sur une « note juridique » de la Direction des affaires juridiques (DAJ) du Ministère des Finances et des comptes publics. L'April a écrit au gouvernement pour demander la communication de l'analyse juridique. Aucune réponse n'est parvenue. Nous avons alors fait une demande de communication directement auprès de la DAJ. Réponse de non-recevoir : la DAJ se retranche en effet derrière l'article L. 311-5 du code des relations entre le public et l'administration et plus particulièrement derrière la notion très floue du secret des délibérations du Gouvernement. Le gouvernement a donc refusé d'agir dans la transparence pourtant nécessaire à tout débat démocratique. L'April a alors saisi la Commission d'accès aux documents administratifs (CADA). Notre demande a été examinée le 28 avril 2016, donc après le débat au Sénat. Nous attendons la communication de l'avis de cette Commission.

Notons par ailleurs que cette même DAJ a reçu une leçon de droit communautaire par le juge administratif qui avait été saisi de la demande de communication du code source du calculateur de l'impôt sur le revenu des particuliers.

En commission des lois, l'Assemblée nationale a adopté un amendement qui encourage simplement à l'utilisation des logiciels libres dans le secteur public. Lors du débat en séance publique, plusieurs amendements proposaient de donner la priorité aux logiciels libres. Les députés porteurs de ces amendements ont mené dans l'hémicycle un long et intense débat de 45 minutes, d'une très grande qualité, pour démonter un à un les arguments qui leur étaient opposés par Mme Axelle Lemaire et M. Luc Belot, le rapporteur du projet de loi. Malgré cette admirable défense et le soutien de députés de différentes tendances politiques, ces amendements ont été rejetés à quelques voix près.

Le projet de loi a ensuite été examiné au Sénat en avril 2016. Plusieurs sénateurs ont déposé des amendements en faveur d'une priorité au logiciel libre. En commission des lois, le rapporteur avait fait adopter un amendement de suppression de l'article qui instituait un encouragement à l'usage du logiciel libre, lui reprochant notamment son absence de portée normative. Il affirmait pourtant partager « les préoccupations des auteurs de cette disposition en termes de maîtrise, voire de souveraineté, de leurs systèmes d’information par les administrations ». L'April considère également que « l'encouragement » souffre d'un manque flagrant de portée politique et que cette notion est dénuée de toute portée contraignante. Le rapporteur aurait pu choisir de soutenir la priorité plutôt que de supprimer la disposition initiale.

Des amendements de priorité au logiciel libre ont été à nouveau déposés par des sénateurs de plusieurs bords politiques (gauche et droite) pour le débat en séance publique. Les débats ont duré plus d’une heure. Malgré l'évident consensus sur les qualités et vertus du logiciel libre le Sénat s'est finalement contenté de restaurer un encouragement à l'utilisation du logiciel libre tout en y accolant de vagues objectifs de maîtrise et d'indépendance non moins dénués de portée normative. Une simple « déclaration de bonnes intentions » pour reprendre les propos d'une sénatrice qui souhaitait inscrire la priorité au logiciel libre.

C’est une occasion manquée pour le Parlement. L'April salue néanmoins la qualité de cette heure de débats où plusieurs intervenants ont su exprimer l'importance des enjeux et expliquer la nécessité d'un recours au logiciel libre. On sent donc une progression sur le sujet, même si on regrette que les parlementaires n’aient pas été au bout de leur logique. Autre point positif : plusieurs amendements voulant accorder la priorité au libre ont été déposés par des groupes de différentes couleurs. Un jour cette priorité sera inscrite dans la loi, car c‘est le sens de l’histoire.

Vous pouvez consulter la version actuelle du projet de loi. L'article sur le code source est le 1er bis et celui sur l'encouragement à l'usage du logiciel libre est le 9 ter.

Article 1er bis

I. - Le premier alinéa de l'article L. 300-2 du code des relations entre le public et l'administration est complété par une phrase ainsi rédigée :

« Constituent également de tels documents les codes-sources, à l'exception des codes-sources des personnes publiques ou privées chargées d'une mission de service public dans un secteur exposé à la concurrence. »

II. - Le 2° de l'article L. 311-5 du code des relations entre le public et l'administration est ainsi modifié :

1° À la fin du d, les mots : « ou à la sécurité des personnes » sont remplacés par les mots : « , à la sécurité des personnes ou à la sécurité des systèmes d'information des administrations » ;

2° (nouveau) Le g est ainsi rédigé :

« g) À la recherche et la prévention, par les services compétents, d'infractions de toute nature ; ».

Article 9 ter

Les administrations mentionnées à l'article L. 300-2 du code des relations entre le public et l'administration veillent à préserver la maîtrise, la pérennité et l'indépendance de leurs systèmes d'information.

Elles encouragent l'utilisation des logiciels libres et des formats ouverts lors du développement, de l'achat ou de l'utilisation, de tout ou partie, de ces systèmes d'information.

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(10/05/2016 @ 12:04)

Revue de presse de l'April pour la semaine 18 de l'année 2016  Voir?

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 18

[Numerama] Quels sont les 9 projets open source financés par DuckDuckGo?

Par Julien Lausson, le samedi 7 mai 2016. Extrait:
> Le site DuckDuckGo dévoile le nom des neuf lauréats qui ont droit à une enveloppe de 25 000 dollars pour poursuivre le développement de leur projet open source.
Lien vers l'article original: http://www.numerama.com/tech/168426-quels-sont-les-9-projets-open-source-finances-par-duckduckgo.html

[Developpez.com] Emploi: l'open source est un domaine porteur, mais les talents restent une denrée rare

Par Michael Guilloux, le vendredi 6 mai 2016. Extrait:
> L univers des technologies reposant sur l open source s agrandit et la demande de professionnels dans ce domaine suit la tendance. La fondation Linux en partenariat avec Dice, un site de recherche d emploi pour les professionnels de la technologie, vient de publier son rapport annuel sur l emploi dans le monde open source, l Open Source Jobs Report. À la fois recruteurs et professionnels de l open source ont été interrogés pour avoir un aperçu du paysage de l emploi dans le domaine. L enquête a ...
Lien vers l'article original: http://www.developpez.com/actu/98431/Emploi-l-open-source-est-un-domaine-porteur-mais-les-talents-restent-une-denree-rare-revele-l-Open-Source-Jobs-Report-de-2016

[Monde qui bouge] Petit périple dans le paysage des Communs

Par Dominique Nalpas, le mercredi 4 mai 2016. Extrait:
> Un concept qui ne fait pas toujours l’unanimité et suscite même des inquiétudes mais qui se développe de plus en plus, à Bruxelles comme ailleurs. Essai de décryptage.
Lien vers l'article original: http://www.mondequibouge.be/index.php/2016/05/petit-periple-dans-le-paysage-des-communs

[Defimedia.info] Techno: les hackers mauriciens ne sont pas des pirates

Par Patrice Donzelot, le mercredi 4 mai 2016. Extrait:
> Redonner aux «hackers» leurs lettres de noblesse et mettre en avant les talents des Mauriciens dans le codage, tels sont les objectifs de passionnés locaux regroupés dans le collectif ‘hackers.mu’. Le premier message que ces férus d’informatique expliquent, c’est qu’un ‘hacker’ n’est pas un pirate.
Lien vers l'article original: http://defimedia.info/techno-les-hackers-mauriciens-ne-sont-pas-des-pirates-27618

[L'OBS] Loi numérique: tout ce que les sénateurs ont changé

Par Andréa Fradin, le mardi 3 mai 2016. Extrait:
> Le Sénat vient de boucler ses discussions sur le texte d’Axelle Lemaire. Il le marque d’une certaine défiance vis-à-vis de l’open data et d’une vive offensive contre les plateformes comme Airbnb et leurs utilisateurs.
Lien vers l'article original: http://rue89.nouvelobs.com/2016/05/03/loi-numerique-tout-les-senateurs-ont-change-263930

Et aussi:
[ITespresso] «République numérique»: le Sénat a décortiqué l'open data
[Sciences et avenir] Le Sénat planche toujours sur la Loi numérique

Voir aussi:
Le Sénat adopte une simple «déclaration de bonnes intentions» sur le logiciel libre

[InformatiqueNews.fr] Pourquoi pas un SGBD open source?

Par La rédaction, le mardi 3 mai 2016. Extrait:
> Alors que le marché des bases de données s’est stabilisé autour du trio Oracle/IBM/Microsoft et plus récemment SAP, les bases de données open source ont gagné en maturité et deviennent un choix réaliste.
Lien vers l'article original: http://www.informatiquenews.fr/sgbd-open-source-46861

[We Demain] Un projet à 15 millions de dollars pour démocratiser l'éducation grâce au logiciel libre

Par Lara Charmeil, le lundi 2 mai 2016. Extrait:
> Issues de 33 pays, 136 équipes vont développer des logiciels éducatifs à destination des enfants défavorisés. Les projets lauréats seront testés en Tanzanie. À l'origine de cette opération inédite, la fondation XPrize, l'UNESCO et le Programme alimentaire mondial.
Lien vers l'article original: http://www.wedemain.fr/Un-projet-a-15-millions-de-dollars-pour-democratiser-l-education-grace-au-logiciel-libre_a1822.html

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

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(09/05/2016 @ 17:46)

Lionel Maurel - Le livre numérique en bibliothèque : une métamorphose juridique laborieuse  Voir?


Lionel Maurel

Titre : Le livre numérique en bibliothèque : une métamorphose juridique laborieuse
Intervenant : Lionel Maurel
Lieu : Colloque – Les biens numériques - Ceprisca - Université de Picardie
Date : Septembre 2014
Durée : 25 min 27
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Transcription

Troisième thème de cette journée consacrée à la dématérialisation et sans tarder aborder la question du livre numérique en bibliothèque : une métamorphose juridique laborieuse, qui va nous être présentée par Lionel Maurel.

Lionel Maurel : Merci. Je vous remercie pour cette opportunité de traiter ce sujet devant vous et, en particulier, Emmanuel, qui m'a invité dans ce colloque. Moi, donc, je voudrais vous parler d'une transition entre la manière dont les bibliothèques géraient les livres papier et la manière dont elles le font, maintenant, avec le livre numérique. Les questions de qualification vont moins se poser parce qu'on est sûrs, là, qu'on est bien face à un bien. En tout cas, les livres sont des biens. Vous allez voir qu'il y en a, quand même, par exemple, l'un des points importants de la question de savoir si un livre numérique est livre et c'est loin d’être évident de répondre à cette question. Vous allez voir l'incidence de la dématérialisation sur le régime juridique applicable et les conséquences pour les établissements que sont les bibliothèques. Un cas assez intéressant, parce qu'il y a une mutation profonde et qui se fait vraiment dans la douleur aussi, au point de, quelque part, menacer l'avenir de ces institutions à long terme.

Pour comprendre la situation il faut s'interroger sur le statut des bibliothèques et prendre un peu de recul historique, si vous voulez. Il y a un vieux bibliothécaire, qui m'a un peu formé dans ce métier, qui disait : « Les bibliothèques, pendant longtemps sont restées des maisons de tolérance ». Et on n'imagine pas à quel point c'est vrai en fait, parce que ce qu'il voulait dire c'est que, bon déjà, les bibliothèques ont existé bien avant que le droit d'auteur existe lui-même, mais quand le droit d’auteur est arrivé, les usages collectifs des œuvres, qui se faisaient en bibliothèque, notamment la pratique du prêt, ont perduré sans que ça pose de souci, et sans qu'on s'interroge sur le fait de savoir si ça rentrait en conflit, ou pas, avec les règles du droit d'auteur. Et cette situation, elle a perduré, globalement, de la Révolution française, si vous voulez, jusqu'à la toute fin des années 90, où là, à ce moment-là, il y a eu des débats et une directive européenne qui a posé la question au niveau européen. Mais, pendant longtemps, les bibliothèques étaient des maisons de tolérance, c'est-à-dire que dans l'imaginaire collectif, la bibliothèque pouvait prêter un livre et ce n'était pas une question qui était soumise à l’empire du droit d'auteur. C’était une sorte de sphère séparée.

Ça pose la question de savoir quel était le statut juridique de ces pratiques. On a parlé déjà de biens communs, tout à l'heure et puis ce matin. Qu'est-ce qui se passait ? C'est-à-dire que les bibliothèques achetaient des livres, et ces livres deviennent des biens publics, sont soumis au code du patrimoine, donc ça devient une forme de propriété publique. Ça c'est pour la question du support. Mais si on prend la question de l’œuvre, il y a quand même bien un droit de propriété qui pèse sur cette œuvre, mais ce droit de propriété, pendant longtemps, il est resté non exercé, il est resté en suspens. Et si vous voulez, ça ressemble beaucoup au modèle des biens communs, notamment aux pratiques qui existaient sous l'Ancien Régime. Vous aviez des champs ou des forêts, qui faisaient parfois l'objet d'un droit de propriété, qui étaient appropriés par des personnes, mais on reconnaissait à certaines populations un droit coutumier, leur permettant d'aller glaner, par exemple, des épis dans le champ ou d'aller ramasser des branches tombées dans la forêt. C'était une sorte de droit de glanage, qui était coutumier, et qui était reconnu comme un droit d'usage qui existait à côté du droit de propriété. Et c'est ça qu'on appelle, en fait, la racine historique des biens communs. C'est ça, en fait, ces droits-là, qui se sont éteints après la Révolution française.

Là je vous ai mis une étiquette que j'ai trouvée sur un livre dans le réseau des bibliothèques de la ville de Paris. Vous voyez, ça dit : « Rendez vite vos livres, d'autres lecteurs les attendent. Ménagez-les, ils sont votre bien commun ». Et c'est une étiquette qui date de la fin des années 80, le livre était assez vieux quand je l'ai trouvé. Vous voyez que le bibliothécaire sentait qu'il y avait un lien avec cette dimension-là. Et ça, c'est resté vivant très longtemps. Vous allez voir que c'est encore vivant pour beaucoup de pratiques. Notamment, par exemple, le prêt de CD, CD musicaux, n'a aucune base légale actuellement, s'exerce sans aucune base légale, ce qui fait que chaque fois qu'une bibliothèque prête un CD, elle commet un acte de contrefaçon, qui vaut trois ans de prison et trois cent mille euros d'amende. On parlait de pratique socialement acceptée. Personne n'en a conscience, mais chaque fois qu'une bibliothèque prête un CD et qu'une personne l'emprunte, ils sont tous complices de contrefaçon, et pourtant, il n'y a pas de réponse qui soit attachée à ces actes. Ça vous montre à quel point la dimension de maison de tolérance était attachée au statut de la bibliothèque et où l’application du droit d'auteur n’était pas si évidente que ça.

Tout ça est resté vivant jusqu'à ce qu'on a appelé, notre métier, la grande bataille du droit de prêt du livre, qui a commencée en 1992, quand une directive a statué en disant que l'acte de prêt public était bien une prérogative qui était soumise à la volonté des titulaires de droit. Pourquoi ? Parce que, jusqu'à présent, l'acte de prêt c'était très difficile à saisir en droit d'auteur parce que ce n'est ni une reproduction, ni une représentation, donc ça ne rentre pas dans les catégories. La directive, elle, nous dit que c'est lié au droit de distribution de l’œuvre, un élément du droit de distribution de l’œuvre, et que le prêt public, donc, peut bien être contrôlé par les titulaires du droit. Et donc, ce qu'elle fait, c'est qu'elle met en place la possibilité pour les États de l'autoriser sur la base d'une licence légale.

Ce qui se passe, c'est que, pendant dix ans, en France, il y a eu un débat qui a été vraiment très féroce, pour savoir comment on allait transposer cette directive. Pourquoi ? Parce qu'en fait les titulaires de droits, éditeurs et auteurs, ont demandé que l’acte de prêt devienne payant, à l'acte. C’est-à-dire que vous alliez dans une bibliothèque et pour emprunter le livre, il aurait fallu que vous payiez, je ne sais pas, un euro, par exemple, à l'époque ce n'était pas des euros, mais il aurait fallu payer un euro à chaque emprunt, et donc ils en étaient arrivés à demander un paiement à l’acte. Et les bibliothécaires étaient furieux, vraiment, férocement opposés à cette solution. Ils voulaient laisser perdurer la situation de tolérance qui existait auparavant.

Finalement le législateur est intervenu, en 2003, donc il a fallu dix ans de débats, et en 2003, ce qui est fait c’est qu'il instaure un mécanisme de licence légale. Il dit, donc, que « lorsqu’une œuvre a fait l'objet d'un contrat d'édition en vue de sa publication et de sa diffusion sous forme de livre », vous allez voir que ça c'est très important, « l'auteur ne peut s'opposer au prêt d'exemplaires de cette édition par une bibliothèque accueillant du public ». Donc c'est une licence légale. L'auteur perd le droit d’autoriser ou d'interdire, mais vous allez voir qu'il garde un droit à la rémunération, et c'est ce système qui a été choisi. Et alors, au niveau de la rémunération, c'est assez intéressant, parce que l’État a accepté de prendre en charge une part de la rémunération. Il verse une somme forfaitaire annuelle par usager inscrit dans les bibliothèques. C'est un euro par usager inscrit dans une bibliothèque publique et un euro et demi dans une bibliothèque universitaire, ce qui fait des sommes assez considérables, quand même, que l’État verse chaque année. Et ensuite, les établissements prennent une part de financement : il y a 6 % du prix public de vente qui est collecté par les libraires, en fait, au moment de l’achat. Et tout ça est rassemblé par une société de gestion collective qui s’appelle la SOFIA qui, elle, reverse, pour moitié aux auteurs, pour moitié aux éditeurs. Et pour les auteurs ça sert aussi à alimenter une caisse de retraite.

Donc si vous voulez, le compromis qui a été trouvé, un aspect très important de cette licence légale, c'est de dire « n'importe quel livre qui sera édité en France, enfin publié, deviendra achetable par une bibliothèque, de plein droit, pour qu'elle fasse du prêt avec. » Et vous allez voir que pour le livre numérique, c'est ça qui pose problème. C'est-à-dire qu'on va perdre cette possibilité qu'ont les bibliothèques d'acheter n'importe quel livre du commerce et de le mettre en prêt. Il n'y a pas besoin que les éditeurs fassent une offre spéciale bibliothèque. La bibliothèque achète le même livre que celui que n'importe qui achèterait. Ça c’était un des premiers avantages de cette licence légale.

L'autre avantage, c'est que, quand même, l’État a accepté de payer, et de payer plusieurs millions d'euros par an, et l'acte reste gratuit pour l'usager. Il y aussi une chose très importante, c'est que la rémunération n'est absolument pas associée au nombre de fois où le livre est prêté. C'est-à-dire qu'elle est payée une fois, et si votre livre est prêté, je ne sais pas, deux cents fois, le titulaire de droit ne va pas toucher deux cents fois plus. Et si le livre n'est jamais prêté, ça arrive, en bibliothèque, il y a des livres qui ne sont jamais prêtés, eh bien, le titulaire du droit va quand même toucher une rémunération. Il n'y a pas de calculabilité appliquée à l'acte de prêt, ce qui est, à mon avis, assez important.

Le problème de cette transposition, c'est que, vous avez vu le caractère conflictuel de la chose, le législateur a été un peu obligé de refréner ses ambitions, et il ne l'a transférée, vous allez voir, que pour le livre papier, et il n'a pas couvert les autres supports, ni les CD, ni les DVD. C'est ce qui crée cette situation assez ubuesque. Le droit de prêt existe au niveau européen, donc on est sûr que ça viole la directive européenne, mais comme il n'y pas eu de transposition sur ces supports-là, l'acte de prêt des CD musicaux est illégal en France, mais c'est une pratique très développée. Pour les DVD, c’est ce qui est intéressant, c’est que là, par contre, bizarrement, il y a des intermédiaires qui se sont positionnés et qui négocient les droits entre les bibliothèques et les titulaires de droits, notamment les producteurs, et qui vendent des DVD avec un surcoût appliqué au prix de vente. C'est comme ça que l'équilibre s’est trouvé.

Alors vous allez voir, la question maintenant, c'est comment s'insère le livre numérique dans ce cadre. Le problème, déjà, c'est qu'on s'est beaucoup la question, ces dernières années, de savoir si la loi de 2003, donc la loi de transposition, était applicable au livre numérique. Je vous ai lu, tout à l'heure, la formulation de la licence légale, elle dit que « ce sont des œuvres publiées sous forme de livre ». Elle ne dit pas que livre doit être en papier, doit être numérique. Donc théoriquement, si vous voulez, la loi pourrait s’appliquer quelque part au livre numérique. Mais le problème, c'est que les décrets d'application visent explicitement le livre papier. Donc le mécanisme ne peut pas être mis en place. Et après, juridiquement, il y a tout un débat assez important pour savoir si un livre numérique est encore un livre. Le régime fiscal est différent. Il y a eu tout ce débat, vous savez, sur le taux de TVA appliqué au livre, où la France a voulu aligner le taux de TVA du livre numérique sur le livre papier, mais la Commission n'est pas d'accord parce qu'elle considère que c'est assignable à un service mais pas à un livre au sens tel que.

Il n'y a pas de dépôt légal des livres numériques, aussi. C'est-à-dire que normalement, il y a une loi qui existe depuis François 1er, quand même, qui dit que tout livre publié en France doit faire l'objet d'un dépôt légal, d'au moins un exemplaire, à la Bibliothèque nationale de France. Eh bien cette loi-là n'est pas applicable au livre numérique. Si un livre paraît uniquement en numérique, l'éditeur n'a aucune obligation de dépôt. Donc la Bibliothèque nationale de France ne collecte pas les livres numériques. Il y a des éditeurs qui le font volontairement. Il y a plein de choses qui échappent.

Vous savez qu'il y a eu aussi une loi sur le prix unique du livre numérique qui a été votée et là on voit bien, en fait, que les deux objets sont complètement séparés parce que la loi ne marche pas du tout de le même façon pour le livre papier et le livre numérique. Donc l’applicabilité de la directive de 92 et de la loi de 2003, livre numérique, en fait, elle est très certaine. Je pense que le législateur aurait pu le faire. En Angleterre, c'est ce qu'ils ont fait, par exemple. Ils sont en cours d'application de leurs lois pour le papier au numérique. Mais en France, il n'y a pas eu de volonté de le faire.

Et alors évidemment, je ne parlerai pas de vide juridique, parce qu'il y a tout un débat là-dessus, mais enfin, je pense que le vide juridique n'existe jamais en fait, tout un débat, Hans Kelsen1, tout ça. Mais il y a, en tout cas, un sacré flou juridique et, par contre, les pratiques se développent. Là, vous voyez la carte que je vous ai mise, c'est le nombre de bibliothèques en France qui prêtent des tablettes et des liseuses. Et alors elles se trouvent confrontées à un paradoxe qui est assez croustillant, quand même, c'est-à-dire qu'elles peuvent prêter les tablettes et les liseuses, ça il n'y a pas tellement de problème juridique, par contre, elles ne trouvent pas de contenus à mettre dessus. Vous allez voir qu'elles ont beaucoup de mal à trouver des livres numériques. Pourquoi ? Parce qu'en fait, elles ne peuvent pas se tourner vers un libraire qui leur vendrait le livre numérique. Les libraires ont des modèles économiques qui sont tournés vers la vente aux individus, mais si vous regardez la chaîne des droits et la manière dont ça a été négocié, ce sont des œuvres qu'on appelle en B to C, et ces offres-là ne sont pas tournées vers les bibliothèques, parce qu'il faudrait faire des offres en B to B, et les modèles économiques ne sont pas encore adaptés. Alors il y a des bibliothèques qui l'ont fait, quand même, qui ont acheté des livres directement à un libraire comme si elles étaient des individus, mais on se rend bien compte que c'est certainement illégal. Et depuis quand même assez longtemps, depuis plus de cinq ans en tout cas, il y a des e-distributeurs qui commencent à agréger des offres spéciales, là. Ils vont négocier la chaîne des droits depuis les auteurs en passant par les éditeurs jusqu'à eux, pour faire des offres sur une base contractuelle aux bibliothèques. Et ça ça se développe. Là je vous en ai mis un qui s'appelle Numilog2, mais il y en a tout un ensemble en France.

Le problème de ces offres qui se développent sur une base contractuelle, c'est qu'elles adoptent un modèle qui est assez, je dirais, contestable. C’est-à-dire qu'elles font tout pour que la version numérique singe, au plus près, le papier. Donc notamment, ils ont créé une notion, qui est celle de l'exemplaire numérique, c'est-à-dire qu'ils vont vous vendre un fichier, mais ils vont faire en sorte que ce fichier vous ne puissiez le mettre à disposition que d'un seul lecteur à la fois. Alors que, bon, le propre d'un fichier, c'est la non rivalité normalement. Là, en fait, il y a des systèmes qui sont, en fait, des DRM3, qui font en sorte que vous puissiez prêter le livre ou le mettre à disposition qu'à un lecteur à la fois. C'est pour reproduire le fait que, quand un livre était emprunté à la bibliothèque, il n'était pas disponible pour les autres.

On comprend l’intérêt que ça peut avoir pour les titulaires de droit, mais ça annule une des caractéristiques fondamentales de l'objet numérique. Et ça, cette volonté de mimer le livre papier, elle est très présente dans les modèles économiques qui sont proposés. En gros, le jeu c'est de mimer tous les aspects positifs du papier, mais de brider tous les aspects, au contraire, positifs du numérique.

L'aspect positif du papier c’était que, quand vous achetiez un livre en tant que bibliothèque, vous aviez une véritable propriété sur l'objet physique. Le livre entrait dans vos collections, ça devenait un bien public, soumis au code du patrimoine, et la conservation, la gestion, étaient entièrement libres. Avec les offres de type livre numérique, en général il n'y a pas d'achat pérenne, ou alors c'est très rare. Vous souscrivez une licence d’utilisation, vous êtes soumis à un contrat, et donc, du coup, la bibliothèque n'a plus vraiment d'acquisition pérenne, et elle peut, par exemple, se voir supprimer son accès si elle ne respecte pas, ou si, tout simplement, le fournisseur décide d’arrêter son offre, ce qui, vous allez voir, est déjà arrivé.

Et puis, vous avez aussi les éditeurs eux-mêmes qui ont développé une attitude d'hostilité vis-à-vis des bibliothèques, au nom d'une théorie qu'ils appellent la cannibalisation, et vous allez voir que ça ressemble un petit peu au piratage. C'est-à-dire qu'ils considèrent que, comme la bibliothèque donne accès gratuitement au livre numérique, si un usager veut emprunter un livre dans la bibliothèque, un livre numérique, ça leur fait rater une vente. Donc, tout prêt leur ferait rater une vente. Sur cette base-là, ils ont extrêmement peur que leur modèle économique déjà assez balbutiant sur le livre numérique, soit fragilisé, et ils adoptent, pour certains, la tactique du refus de vente.

Et là, en 2012, là je vous ai mis une citation, c'est Arnaud Nourry, le PDG d'Hachette, qui dit, il disait ça publiquement, en gros il disait : « Les bibliothèques c'est bien, mais c'est plutôt pour les pauvres », quand même, « les gens qui auront un iPad ou un Kindle, ils n'ont pas besoin que les bibliothèques leur donnent gratuitement accès aux livres numériques, donc nous, Hachette on ne vend pas de livres numériques aux bibliothèques. » Donc là, vous voyez qu'on revient sur quelque chose d'hyper fondamental, parce que, dans les temps antérieurs de la loi, n'importe quel livre était achetable, et l'éditeur ne pouvait pas s'opposer. Il n'avait pas de contrôle sur ce qui rentrait ou pas dans la bibliothèque. Avec le numérique, l'éditeur retrouve un contrôle total sur ce qui rentre ou pas. Et ce qu'ils acceptent de faire entrer, par exemple, ce sont les fonds de catalogues, les vieux livres, mais pas les nouveautés. Et donc il n'y a pas d'accès possible, en tout cas pour l'instant en France, aux nouveautés, dans les bibliothèques, en livre numérique.

Et alors ce qui est très étonnant, c'est de faire un peu de droit comparé là-dessus, parce que les États-Unis, l'Angleterre et beaucoup de pays anglo-saxons ont une avance considérable là-dessus. Pourquoi ? Parce que ce sont des pays où des intermédiaires se sont positionnés, ont acquis des positions très fortes, notamment aux États-Unis il y en a un qui s'appelle OverDrive, qui est devenu une grande plate-forme, qui centralise les offres des six gros éditeurs américains, et qui a trouvé un modèle, en fait, où là aussi, il y a une sorte de mimologie du papier. C'est-à-dire que ce sont bien des exemplaires qui ne sont prêtables qu'à une seule personne à la fois, mais ils ont un système très bien fait, où ça vient dans une application et ils peuvent prêter sur les tablettes, les téléphones portables et les liseuses des usagers, directement. On installe une application et le livre va dessus. Il est accessible pendant un certain temps, et après il redevient disponible dans l'offre. Et avec ce modèle-là il y a 82 % des bibliothèques publiques américaines qui prêtent des e-books aujourd'hui. Et en plus de ça, ils ont partenariat avec Amazon pour aller aussi mettre des livres sur les Kindle. Du coup, ça leur a vraiment donné une position très forte. Et à côté de ça, en France, il y a une étude qui a été faite, c'était à la fin de l’année dernière, sur l'état du livre numérique dans les bibliothèques françaises et la conclusion c'est que 98,5 % des bibliothèques françaises ne prêtent pas de livres numériques en France. Je ne sais pas si vous voyez le contraste, c'est quand même assez parlant.

Il ne faut pas croire, quand même, qu'aux États-Unis tout se passe bien, parce que les éditeurs, aussi, ont très peur de la concurrence que peuvent leur faire les bibliothèques. Vous avez eu des réactions assez surprenantes aux États-Unis. Quand les éditeurs ont vu que le prêt marchait bien, vous avez eu un éditeur, comme HarperCollins, qui a inventé un nouveau DRM, qui consiste à dire : « Bon, la bibliothèque doit pouvoir prêter le livre, mais quand elle le fera vingt-six fois, le fichier s'autodétruira ». En gros, vous êtes bibliothécaire, vous faites vos acquisitions, et puis un beau jour le fichier s'autodétruit. Moi j'avais appelé ça le DRM Terminator, vous savez, parce qu'en gros c'est comme le gène Terminator dans les semences de Monsanto. Vous ne pouvez pas replanter votre récolte, chaque année il faut que vous rachetiez. C'est un peu le gène Terminator appliqué au livre. En fait, ils ont calculé vingt-six fois parce qu'ils ont fait des tests et ils ont calculé qu'au bout de vingt-six prêts, normalement, un livre en papier s'effritait, donc ils l'ont reproduit pour le livre numérique. Voilà.

Vous avez un éditeur comme Penguin qui, un beau jour, a pris peur, et a rompu toute relation contractuelle avec les bibliothèques. Elles avaient acheté, quand même, des droits d'accès. Penguin a coupé brutalement l'accès aux collections et il a fallu des mois de négociations pour qu'ils remettent les livres et ils n'ont remis que les titres anciens. Et vous avez un autre éditeur américain, qui s'appelle Random House, eux, leur tactique, ça a été de multiplier par trois, d'une année sur l'autre, le prix que payaient les bibliothèques. Donc vous voyez, ça reste très conflictuel.

Je vais passer pour aller un peu plus vite. D'accord.

Alors qu’est-ce qui se passe ? En France, vous avez des projets, aussi, qui se mettent en place, mais qui ne laissent rien présager de bon. C'est un projet qui s'appelle PNB et qui, en fait, reprend le modèle du DRM Terminator. C'est un nouveau projet qui est très supporté par le ministère de la Culture, et qui, à mon sens, a peu de chances de vraiment s'implanter parce qu'il reprend ce principe-là qui, à mon avis, sera mal accepté, à la fois par les usagers et les bibliothèques.

J'en viens aux aspects proprement juridiques, parce qu'il y a quand même des pistes qui s'ouvrent. Au niveau européen, vous avez toute une interrogation pour savoir si le principe de l'épuisement des droits, donc depuis la décision Used Soft, ne pourrait pas s'appliquer au prêt en bibliothèque. Il y a eu tout un ensemble de décisions de justice, en Europe, qui ont parfois déclaré que l'épuisement des droits pouvait s'appliquer au-delà des logiciels ou pas, et là vous avez la courbe de la justice de l'Union européenne, qui a été saisie depuis les Pays-Bas, et qui va devoir se prononcer pour savoir si un prêt numérique en bibliothèque rentre, ou pas, dans la notion d'épuisement des droits. Ça, ça va être très intéressant et savoir si c'est bien un prêt au sens où la directive l'entend. Donc il y a une décision qui devrait tomber dans un moment, mais qui est vraiment à suivre, parce que ça pourrait tout changer.

Vous avez aussi les bibliothécaires qui font pression à l'OMPI. Vous savez qu'il y a eu un traité qui a été adopté pour les handicapés visuels, donc les exceptions pour les handicapés visuels en 2013, et les bibliothécaires font pression, enfin font campagne à l'OMPI, pour obtenir un traité sur les bibliothèques, les exceptions et limitations en faveur des bibliothèques. Et donc, ils poussent pour qu'il y ait une exception qui soit inscrite dans les traités, pour que la question soit réglée définitivement au niveau international, et qu'ensuite, par cascade, ça puisse revenir jusqu'au niveau national.

Vous avez aussi de pistes du côté de la numérisation des collections. Il y a eu encore un arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne, là récemment, qui a confirmé que sur la base de l'exception dont les bibliothèques disposent pour numériser leurs collections, elles pouvaient le faire, mais à condition de donner accès aux documents uniquement sur place. Ceci dit, ça ouvre quand même des possibilités non négligeables, c'est-à-dire là, il n'y aurait pas besoin d'acheter les livres, on pourrait les numériser nous-mêmes. Mais comme c'est une exception, bien sûr, il y a le test en trois étapes qui s'applique, il faut appliquer des conditions, et certainement une rémunération, et ça, ce n’est pas en place.

Donc je terminerai là-dessus. Vous voyez, il y a quand même une remise en cause qui est frontale du statut de cette institution, et le scénario que les bibliothèques puissent finir, pas disparaître, mais en tout cas avoir une place complètement marginale dans le circuit de distribution du livre, n'est pas du tout de la science-fiction. À mon avis, ce n'est pas impossible. Pendant ce temps-là, vous avez d'autres formes de « bibilothécarisation », on va dire de services, qui se développent. Vous avez, par exemple, Amazon, cet été, qui a lancé son offre Kindle Unlimited, qui consiste, en fait, à un accès en streaming à 600 0000 livres pour un abonnement de 9,99 euros par mois. Il y a quelqu’un, un Anglais, qui a écrit un article au moment où Amazon a lancé son offre, il a fait un calcul, il a dit : « Si on fermait toutes les bibliothèques d’Angleterre, on pourrait acheter à chaque Anglais un abonnement à Kindle Unlimited ». Et donc il a dit : « Pourquoi on ne le fait pas ? Pourquoi continuer à entretenir ces services publics, c'est bien connu, inefficaces et coûteux, pour se tourner entièrement vers un offre faite par le marché ». Et ça, quand même, c’est un petit peu gênant. Récemment, la semaine dernière là, vous avez Apple qui a lancé un système qui s'appelle Family Sharing, où il imagine que, quand vous allez vous procurer des œuvres par iTunes, vous allez pouvoir les partager avec six membres d'une famille. Mais ce n'est pas votre famille, en fait, c'est n'importe qui. Six personnes que vous choisissez, vous créez une petite famille, et donc là, vous créez une sorte de cercles de famille élargie, et en plus, les cercles peuvent se recouper. Donc en gros, ils sont en train de mettre en place une sorte de forme de partage possible, qui, là aussi, peut complètement s'imposer comme la forme d'accès principal au livre dans un cadre non marchand.

Voilà. Donc vous voyez il y a une vraie interrogation et là, on voit l'impact. Et je terminerai juste par une phrase. J'ai un collègue qui s'appelle Rémy Mathis, qui est conservateur à la Bibliothèque nationale de France. qui m'a dit un jour : « Plus j'y réfléchis, plus je me dis que si l'idée de bibliothèque en elle-même avait été inventée aujourd'hui, elle aurait été illégale et impossible. Et si on n'était pas assis sur une tradition millénaire qui nous remonte jusqu'à la Bibliothèque d’Alexandrie et à l'Antiquité, peut-être qu'effectivement, on serait radicalement illégal et que l'idée même de bibliothèque serait impossible ». Voilà, donc je vous laisse avec cette pensée.

Applaudissements.

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(06/05/2016 @ 10:48)

Libervia : repenser nos communications - Goffi - RMLL 2015  Voir?


Goffi

Titre : Libervia : repenser nos communications
Intervenant : Jérôme Poisson - Goffi
Lieu : RMLL2015 - Beauvais
Date : Juillet 2015
Durée : 34 min 23
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Présentation

Les nouveaux médias sont désormais omniprésents et influencent notre vie privée, nos comportements, notre façon d’apprendre, de comprendre, de penser.

À travers le logiciel libre Libervia (du projet Salut à Toi) nous allons expliquer comment nous développons les fonctionnalités telles que (micro)blogage, partage de fichiers, chiffrement ou messagerie instantanée en essayant de repenser notre façon de communiquer.

En faisant une démonstration du logiciel, nous allons également aborder l’association loi 1901 « Salut à Toi » qui a pour but le développement du projet, mais aussi de porter une réflexion sur l’impact social et politique des nouveaux médias.

Transcription

Salut à vous. Moi je m'appelle Jérôme Poisson. Je suis aussi connu sous le pseudo de Goffi sur Internet. Je suis un des développeurs du projet Libervia, que vous connaissez peut-être sous le nom de Salut à Toi. J'expliquerai un petit peu après pourquoi on utilise Libervia.

Je vais d'abord faire un rapide rappel de ce que c'est. Désolé pour ceux qui ont déjà vu des confs avant, ça va être un peu répétitif, mais c'est histoire que tout le monde sache de quoi on parle. Ensuite je vais expliquer pourquoi c'est un projet qui est unique, enfin qui est original, parce que je me rends compte, en fait, qu'il y a beaucoup de gens qui nous demandent c'est quoi la différence avec Diaspora, etc., donc je vais essayer de vous l'expliquer là. Et enfin je vais vous parler de la campagne d'adhésion qu'on vient de lancer.

Petit rappel

Libervia/Salut à Toi1. Juste pour vous expliquer un peu la différence. Salut à Toi, en fait, c'est le nom du projet dans son ensemble et le nom de l’association qu'on vient de créer pour gérer ce projet. Et Libervia c'est une des interfaces, c'est l'interface web. On commence à parler un petit peu plus de Libervia parce qu'on s'approche d'une version qui va être stable et prête pour le grand public, et on va chercher aussi à s'internationaliser un petit peu, donc à aller un petit en dehors de la France. On essaye de parler un peu plus d'interface web qui est plus accessible et d'avoir un nom, aussi, qui passe évidemment mieux à l'étranger.

Donc c'est un outil de communication. On parle d'outil de communication. Certains préfèrent le terme réseau social, nous on n'aime pas trop le terme, puisque bon, réseau social, pour nous, c'est un terme qui, au final, ne veut pas dire grand-chose. IRC ou le mail sont des réseaux sociaux autant que les plus connus. Donc c'est un réseau social qui est multi-interfaces, c'est-à-dire qu'on n'est pas uniquement web. On a aussi une interface de bureau. On a aussi une interface en ligne de commande. On a aussi un interface en console. Qui est multi-usages, c'est-à-dire qu'on ne se concentre pas uniquement sur la messagerie ou microblogage. On a aussi des jeux, on a aussi du partage de fichiers. Il y a aussi des tas d'autres trucs que je vous montrerai en fin de conférence, qu'on envisage pour l’année prochaine. Qui est décentralisé. Donc ce n'est pas tout le monde qui va se connecter à un unique serveur. On peut avoir des serveurs, il y a déjà des serveurs un peu partout dans le monde qui communiquent entre eux, parce que c'est un protocole qui existe déjà et qui est déjà très utilisé. Et évidemment qui est libre, sinon je ne serais pas là.

Ici on a une capture d'écran de l'interface web. Ici on voit la messagerie de groupe, donc un peu du type IRC. Ici on a de la messagerie simple, donc assez classique. Ici on a du microblogage avec un envoi de photos, avec les commentaires, etc. Vous voyez déjà une chose : c'est qu'on n'essaie pas de cloner les grands réseaux commerciaux, on ne fait pas forcément une timeline à la Facebook avec tout à la suite. On s'organise en widget, mais ça pourrait être autrement. En fait là c’est plus un peu comme un espace de travail où on aurait, par exemple, une série de salons ouverts quand vous êtes au travail ou quand vous êtes chez vous, ou quand vous êtes avec votre association, etc.

Ici on met beaucoup les groupes en avant parce qu'on cherche à permettre facilement d'envoyer un message public pour tout le monde ou d'envoyer uniquement des messages aux amis ou que à la famille… Et donc en dessous les contacts, normalement.

C'est un logiciel qui est multi-interfaces. Ici l'interface web que je viens de montrer. Ici, on ne voit pas beaucoup, mais c'est une interface en console, plus pour ceux qui aiment bien être sur le clavier. Là on ne voit carrément rien, mais c'est une interface en ligne de commande ; ça c'est plus pour les administrateurs système. Et ici on a une interface de bureau avec un exemple de jeu. On avait implémenté un peu un jeu de tarot pour essayer.

Donc évidemment, on essaye de respecter la vie privée au maximum. Donc on a du chiffrement déjà d’origine entre le client et les serveurs, entre les serveurs. Et on a implémenté OTR2, si ça vous parle, qui est un protocole qui permet de chiffrer les communications alors simples, uniquement, pas de groupes encore, entre une personne et une autre. On est en train de travailler aussi sur le chiffrement de bout en bout, c'est-à-dire que même l'administrateur du serveur ne pourra pas savoir les données que vous avez.

Projet unique et original

Maintenant je vais vous expliquer pourquoi c'est un projet qui est unique et original.

Une chose très importante, c'est qu'on utilise des standards. Est-ce que XMPP ça parle à tout le monde ? On utilise le standard XMPP. En gros, pour ceux qui ne connaissent pas, c'est un peu comme le HTML des communications. En fait, c'est un standard documenté qui permet de partager, enfin de discuter. Il ne fait pas que de la messagerie instantanée contrairement à ce que beaucoup de gens pensent. Ça permet de faire énormément de choses. Ça permet d'envoyer des fichiers. Ça permet de créer des jeux en se basant dessus. Ça permet de faire énormément de choses. Et donc on ne part d'une feuille blanche. Donc on peut réutiliser non seulement des documentations avec les détails techniques qui ont été corrigés, mais on peut aussi réutiliser toute une base de code existante. C'est-à-dire que nous on ne développe pas le serveur parce qu'il y a déjà des tas de serveurs qui sont existants. On peut utiliser des bibliothèques qui sont déjà existantes. Il y a des tas de choses qui sont faites, ce qui fait qu'on ne réinvente pas tout nous-mêmes et on a déjà la plupart des problèmes qui ont été corrigés.

Si on décide d'étendre, parce que ce sont des projets qui sont extensibles, si on décide d'ajouter quelque chose (ce qu'on a fait, ce qu'on est encore en train de faire avec le microblogage), les solutions sont discutées. Les solutions techniques sont discutées avec des gens de différents horizons. C'est-à-dire qu'il va y avoir des gens qui travaillent sur des serveurs, des gens qui travaillent chez des grandes entreprises (XMPP c'est chez Siemens, chez IBM, chez Google. Facebook, jusqu'à très récemment, ils l'utilisaient). Il y en a qui s'en servent pour faire l'internet des objets, etc. Donc si on décide de rajouter quelque chose, ces gens de différents horizons vous nous aider à discuter et vont dire : « Ah oui, mais là, la façon dont vous le faites ce n'est pas forcément bien, ce serait mieux de faire telle façon, etc. » Ce qui fait que quand on va étendre la chose, on va, en général, arriver à une solution technique qui est meilleure, et donc on va s'éviter les problèmes en amont. Et quand on va rajouter une fonctionnalité, du fait que c'est un standard, on va la documenter. C'est-à-dire que si quelqu’un d'autre veut développer quelque chose qui va être compatible avec nous, enfin qui veut être compatible avec nous, qui développe autre chose, il aura tout ce qu'il faut pour faire sa propre implémentation. Donc l'utilisation d'un standard c'est un point sur lequel on insiste.

Il y a un autre projet, ici on a les développeurs de Movim3, qui est un autre projet qui utilise le même protocole et on est amis avec eux. Et le gros intérêt de ça, c'est que les gens qui ont un compte chez Movim, les gens qui ont un compte chez nous, peuvent communiquer, et on peut même inverser les logiciels, il n'y a pas de soucis ça va fonctionner. C'est un gros point par rapport au… Alors je ne vais pas non plus taper sur les autres projets. Il y a des tas d'autres projets libres et c'est très bien qu'il y ait des projets libres, mais il y en beaucoup qui sont un peu sur des îlots. Et ça risque de poser un problème un jour parce qu'on va se retrouver avec des gens sur un réseau qui ne pourront pas communiquer avec des gens sur d'autres réseaux. Le fait d’utiliser un standard ça permet d'éviter ce problème.

Là, je vais vous réexpliquer la même chose de manière un peu plus visuelle.
Là on a donc Movim avec sa base utilisateurs, sa base de serveurs installés un peu partout dans le monde. On a Jappix qui est aussi un autre réseau qui a eu son heure de gloire avec pas mal d'installations un peu partout. Donc là pareil avec ses utilisateurs, etc. On a Gajim qui est client de messagerie très connu, qui est disponible dans, je pense, toutes les distributions, donc pareil avec sa base utilisateurs, etc. Et on a Salut à Toi. Et là on ne va pas se retrouver avec quatre réseaux différents, quatre îlots différents. On va se retrouver avec un grand réseau, avec tous ces logiciels qui vont pouvoir communiquer entre eux. Donc on n'est pas du tout en train de s’isoler. Et en plus, si on veut discuter avec d'autres réseaux… Là, je vais rapidement vous expliquer un peu tous ces réseaux-là.

GNU social c'est un réseau qui se base sur l'ancien moteur de Identi.ca, si vous connaissez, qui recommence à avoir un peu de succès en Espagne, j'ai vu qu'il y a un peu de monde dessus.

Matrix c'est un nouveau truc. Tiens on parlait un peu d'eux au FOSDEM.

Diaspora je pense que vous connaissez tous, qui reprend un peu du poil de la bête parce qu'il y a eu des instances avec Framasoft, notamment.

Le courrier électronique, évidemment tout le monde connaît.

IRC tout le monde, je pense, connaît aussi. C'est de la messagerie instantanée.

Et aussi SeenThis/Zinc c'est aussi un réseau assez intéressant qui a été développé par, notamment, le créateur de SPIP, qui est utilisé par des gens comme Le Monde diplomatique, comme CQFD4, etc.

Donc voilà. Tous ces réseaux-là en fait sont des réseaux qui sont extérieurs, mais on peut communiquer avec eux à travers des passerelles. C’est-à-dire des choses qui vont traduire, en fait, le langage de ces réseaux vers XMPP, ce qui va nous permettre de communiquer avec ces réseaux. Et ce qu'on aimerait, c'est que tous les projets libres soient ensemble et fassent une espèce de grand réseau ensemble.

L’intérêt d'utiliser XMPP, c'est qu'XMPP gère énormément de choses. Donc ça gère, comme je disais tout à l'heure, microblogage, messages, etc. Et si on arrive à avoir quelque chose de simple partout, on va se retrouver avec un seul compte. Par exemple n'importe qui qui aura un blog basé sur XMPP n’aura pas besoin de créer, attendre l'e-mail ou vous faire un CAPTCHA ou je ne sais pas quoi : vous avez déjà votre compte XMPP, vous envoyez le commentaire et vous aurez le commentaire qui s'affichera directement sur le compte que vous souhaitez avoir. Et on pourrait faire pareil avec du partage de fichiers, etc. L'idée ce serait d’avoir un compte et non plus dix mille comptes sur dix mille sites différents.

Libervia, l'interface que vous avez vue. Ce n'est pas une finalité, c'est plus un exemple de ce qu'on peut faire avec le grand projet Salut à Toi.

On peut s'en servir comme base pour construire des nouveaux réseaux. Par exemple, il y a un réseau d'hébergement qui s'appelle BeWelcome, qu'on utilise, qui a une base de code un peu vieillissante. On aimerait beaucoup utiliser Salut à Toi pour refaire, en fait, le site basé sur XMPP. On aimerait bien faire, par exemple, des réseaux de covoiturage, auto-stop, etc., qu'on pourrait baser là-dessus. En fait, on a toute la base. À chaque fois c'est un peu la même chose. C'est toujours des commentaires, des gens qui se mettent en relation, etc., et on a tout ce qu'il faut de base pour ce genre de choses.

On peut aussi utiliser les fonctionnalités séparément, pour avoir des logiciels qui ne font que la partie copie de fichiers. Par exemple, vous pourrez intégrer ça dans votre bureau. On pourrait faire des fichiers qui ne font que la messagerie. On a Jitsi, par exemple, qui est spécialisé dans la visioconférence.

Et on va aussi s'en servir comme un outil de réflexion. On a créé donc une association. Une des raisons de l'association c'est de développer la base de code. Le but de l'association c'est de s'en servir comme point de réflexion sur l'utilisation des nouveaux médias, parce qu'on pense que la technologie n'est pas neutre. On pense que la façon de créer, la façon d'organiser un outil influence énormément son utilisation. Le choix des fonctionnalités est quelque chose d’important. Je vais vous donner un exemple. Il y a Free, il y a un an ou deux, je ne sais plus, qui avait décidé d'activer par défaut un blocage de publicité, l'équivalent d'un Adblock au niveau du réseau local. Et dès qu'ils ont annoncé ça, il y a eu une levée de boucliers dans tout le web. On a crié au scandale, qu'on allait tuer tous les sites, etc., alors que c’était juste rien du tout, une case, une option à cocher. Pourquoi ? Parce que tout le monde sait que la plupart des gens ne changent pas les options par défaut. Et donc, le choix des options par défaut, est une chose qui n'est absolument pas neutre. Il est très important de choisir la façon dont on organise les choses par défaut.

Un autre exemple que je sors assez souvent, c'est la lecture linéaire. Si vous lisez sur un journal papier, par exemple un article, vous aurez une lecture approfondie, vous serez concentré, etc. Vous allez lire le même article sur le web, vous allez lire deux lignes, vous allez vous retrouver avec un lien, par exemple vers Wikipédia, puis un autre, un autre, un autre, etc. Et au final vous aurez complètement perdu le lien vers l'article d’origine. Donc une solution technique simple pour ça, ce serait de prendre tous les liens et de les mettre à la fin de l’article.

Donc voilà. La façon d'organiser l'outil influence énormément notre façon d’utiliser l'outil. Et c'est le genre de choses auxquelles on essaye de réfléchir quand on crée notre logiciel. Un autre exemple qu'on a ce sont les like. On pense que les like, qui ont été inventés par Facebook, sont uniquement un outil de marketing et qu'ils posent un gros problème, parce qu'il y a des choses, là, qui se font comme l'achat de like. On va se retrouver avec les grandes marques, donc celles qui ont le plus de sous, qui sont meilleures en marketing, qui auront plus de like, et après ça va complètement déséquilibrer l’influence des gens parce les articles ou les entités qui ont le plus de like vont se retrouver en priorité sur ce que vous allez lire, et ça va énormément influencer ce que vous allez lire, votre façon même de penser. Donc c'est important aussi, et nous, pour le moment, on n'a pas l'intention d'implémenter les like pour cette raison.

Donc voilà. La disposition. Une chose qui est connue, la courbe de mon ami Frank Rousseau, il n'y a pas longtemps, qui expliquait ça. Quand vous allez sur un site, il y a une lecture qui est en Z, où, en général, vous allez commencer par quelque chose qui vous intéresse puis vous allez arriver sur une pub, puis vous allez arriver sur quelque chose qui va vous donner envie de rester. Donc la disposition, non plus, n'est pas neutre du tout dans la façon dont vous regardez une page. Et pour donner une petite comparaison, Facebook, leur but, c'est que vous restiez le plus longtemps sur leur site. Nous, notre but, c'est que vous restiez le moins longtemps possible sur le site, que ce soit un outil et qu'on favorise au maximum les rencontres réelles, etc.

Une chose importante aussi, c'est le rôle de la langue. Il y a souvent des traductions dans différentes langues de l'interface, mais souvent, quand on écrit dans des logiciels de messagerie, il n'est possible d'écrire que dans une langue. Ce qui fait que si on veut être lu, la plupart du temps, c'est l'anglais qui va être choisi comme langue par défaut. Le problème avec l’anglais c'est, d'une part, que tout le monde ne le lit pas, ne le parle pas, et, d’autre part, il y a toute une culture qui est associée avec cette langue. Donc, on va se retrouver avec les gens qui sont anglophones qui vont avoir plus d'influence que les gens dans toutes les autres langues et ça peut poser un problème aussi. Nous, le logiciel et le protocole qu'on utilise de base, permet d'écrire dans différentes langues, d'origine, donc c'est une chose qu'on a envie de mettre en avant par la suite pour permettre d'écrire pas uniquement en anglais et de parler plus facilement avec des gens, soit de votre langue maternelle, soit avec d'autres langues. Donc voilà. On considère ça comme un outil et non pas comme une finalité.

On est très engagés au niveau éthique. On a écrit un contrat social que vous pourrez lire sur le site, où on explique clairement nos intentions : pas de censure, des logiciels libres, pas de publicité, pas de vente de données, l'accessibilité autant que possible, etc.

On a décidé aussi de choisir nos canaux de communication. On n'est pas forcément aussi connus que d'autres projets parce qu'on refuse d'utiliser Twitter et Facebook pour communiquer, parce qu'on pense qu'aller sur ces réseaux c'est les alimenter et les justifier quelque part. Et c'est une incohérence avec notre discours qui critique, d'un autre côté, ces réseaux. Donc vous nous verrez sur Diaspora, vous nous verrez sur Singly, vous nous verrez sur des réseaux libres, mais vous ne nous verrez pas sur Twitter, Facebook ou Google+.

Aussi, le choix des outils. C'est très important de penser à ce qu'on utilise. Il y a énormément de sites, y compris libres, qui, des fois juste par méconnaissance utilisent, par exemple, des fontes de chez Google ou vont mettre des boutons partagés ou vont mettre des choses comme ça qui vont aller envoyer des informations à ces sites et trahir, quelque part, le fait que vous êtes en train de lire ou que vous êtes connecté. Donc ça, ce sont des choses aussi auxquelles il faut réfléchir.

Notre gestion projet. On pense que l'entité qui gère un projet est très importante. Elle va influencer, en fait, l'éthique qu'elle va avoir. On n'est pas du tout dans un esprit start-up, c’est-à-dire qu'on n'a pas du tout l'intention d’être millionnaires ou quoi que ce soit. On a décidé de s'organiser sous forme d'association dans l'idée de faire une coopérative plus tard, une association autogérée, dans le sens vraiment des années 70 ou d'avant. Donc on veut être dans l'économie sociale et solidaire parce qu'on pense que la façon de s'organiser va éviter qu'il y ait des actionnaires qui prennent après le pouvoir et fassent dévier complémentent de l'éthique dont on parle.

Campagne d'adhésion

Je vais vous expliquer un peu ce qu'on compte faire dans les mois et l'année à venir. On vient de lancer une campagne d'adhésion justement pour les raisons que je viens de vous expliquer. Parce qu'évidemment, pour développer le projet, il va falloir qu'on réussisse à se financer. Nous, pour l'instant, on travaillait bénévolement, ça fait deux ans qu'on travaille à plein temps dessus.

On a lancé une campagne. On ne passe pas par les grands réseaux connus, parce qu'on veut absolument éviter PayPal qu'on déteste. Donc on a décidé de faire notre propre truc via une association, via un site de notre banque. On veut atteindre 60 000 euros d'ici la fin de l'année. Alors ça peut paraître beaucoup, mais au final ce n'est pas énorme, c'est juste pour avoir deux salaires au SMIC pendant un an. Pour des développeurs, ce n'est rien du tout. Après, il y a d'autres solutions auxquelles on peut penser, du support technique, etc., mais on veut garder une certaine indépendance, alors on va voir ce que ça donne et puis on verra en fonction. Voilà, comme je disais tout à l'heure, on veut être dans l'économie sociale et solidaire.

Ce qu'on a prévu de faire avec cette campagne. On va sortir une version stable, dite grand public, c’est-à-dire qui sera facile à installer, et on va passer par des phases de bêta pour tester au maximum, pour qu'elle soit facile à installer pour la fin de l'année 2015. On a prévu de faire une interface pour bureau et pour téléphone… Alors Android, a priori, parce que pour iOS il y a des problèmes entre logiciel libre et market, enfin… Donc, a priori, ce sera pour la fin d'année aussi. Donc on parle bien d'une application native et pas d'une application web déguisée. C'est-à-dire que vous aurez vos données en local, etc., sur votre téléphone, enfin vous aurez un vrai client XMPP sur le téléphone.

On a l'intention de développer des passerelles. Les trois qu'on a envie de faire en priorité c'est une vers Diaspora et une vers Singly parce que ce sont des réseaux qu'on utilise, et une vers le courrier électronique pour pouvoir envoyer des messages, des mails via XMPP. Et on a prévu de faire une version TorTor. Ils sont en bas, de toutes façons, mais pour ceux qui ne connaissent pas c'est, en gros, un réseau qui permet d'avoir un certain anonymat, donc qui permet de vraiment masquer votre identité.

On a fait une image Docker, si ça vous parle, on a déjà fait une image Docker pour installer l'interface web. On va faire une image préparée pour utiliser Tor, avec un service caché en pelure d'onion, avec le chiffrement forcé, enfin avec tout ce qu'il faut (le plugin dangereux enlevé, etc.), pour pouvoir connecter. Mais ce sera une expérimentation pour le moment et s'il y a de l’intérêt, on essaiera de leur faire une version correcte. C'est pour ça qu'on a un petit logo masqué, c'est pour Tor.

Ça c'est une chose qu'on a prévue plutôt pour 2016. On aimerait faire un boîtier pré-installé un peu dans l'esprit FreedomBox. On aurait donc Salut à Toi, éventuellement d'autres logiciels, voire d'autres logiciels XMPP, que vous auriez juste à brancher sur votre box internet, avec très peu ou pas du tout de configuration. L'idée d’être un peu plus dans l'esprit de l'internet des origines : vous avez vos données chez vous et réparties correctement. L'idée ce serait de vendre avec une petite marge pour financer l'association. Et évidemment de mettre toutes les images et tous les scripts nécessaires pour la fabriquer pour que les gens puissent le faire sans passer par nous s’ils veulent.

Ça c'est plus pour la fin 2016, mais on a aussi l'intention de s'introduire, enfin de faire des plugins pour des logiciels connus comme Blender, Gimp, Inskape, Freescape, etc., pour permettre d'avoir de la messagerie, de partager des informations et de faire du travail collaboratif via ces logiciels. Ça c'est un boulot qui est assez important, mais on a déjà une base très solide pour faire ça. Il ne faut pas compter ça avant la fin d'année 2016, évidemment pas pour tous les logiciels en même temps. Il faudra qu'on étudie bien au cas par cas. Mais voilà, on pense que ça peut être un gros ajout par ces logiciels de permettre de travailler collaborativement voire entre logiciels différents. Par exemple on pourrait commencer une modélisation sur Blender et faire la texture sous Gimp, directement sur une autre machine et tout transférer via le logiciel entre autres.

Conclusion

Donc voilà. Salut à Toi/Libervia c'est un outil qui est unique, qui est engagé. Je pense qu'on est un des projets les plus - si ce n'est le plus - engagé sur notre refus d'utiliser Twitter, Facebook, sur notre contrat social, sur notre militantisme en général.

Donc la boite que vous avez vue c'est un Lime2 d'OlinuXino qu'on a choisi, enfin qu'on va choisir, a priori, parce que c'est du matériel libre. Le logo a été fait par Adrien Vigneron et la version vectorielle par Anna Möstl. Si vous voulez voir le site ou nous soutenir, vous avez l'adresse ici. Vous avez une démo dans l'interface web qu'on a vue au début. Je n'ai pas trop insisté sur les interfaces parce que je voulais un peu plus expliquer ce qui nous différenciait sur cette conférence, mais vous pourrez voir un petit plus, essayer la démo en ligne.

Vous avez le site officiel ici et si vous voulez me contacter directement c'est ici. Oui, je pense que j'ai le temps pour faire quelques vidéos, comme ça on aura un peu de temps pour les questions après. Excusez-moi une seconde.

Ici on voit à quoi ressemble l'interface web avec le microblogage, un partage de photos, etc. Là on a un blog public, donc c'est possible de micro bloguer, non seulement avec les gens que vous voulez, mais vous avez un blog public un peu style Dotclear ou Wordpress, donc accessible de l'extérieur sans problème.

Ici on a une conversation, je vais accélérer un petit peu, si je n'ai pas mis sur pause, voilà. Juste la barre ici que vous voyez est en vert parce qu'on a un code couleurs, en fait, qui permet de savoir si vous écrivez uniquement à une personne ou un groupe de personnes ou si ça va être public. C'est pour éviter d'envoyer par erreur un message à trop de monde. Ici on a une conversation instantanée. On a activé ici le petit canal qui s'est mis, c’est-à-dire qu'on a OTR qui s'est activé, donc la conversation est chiffrée de bout en bout.

Toutes ces vidéos-là vous les retrouverez sur le site. Ici c'est un autre exemple. Alors là on s'est un petit peu amusés. Il y a deux navigateurs, j’accélère encore. Il y a deux navigateurs parce qu'en fait on montrait, il faut être deux pour tester la fonctionnalité. En gros on va lancer une conversation, un salon de conversation normal, de groupe. Hop voilà. Et ici vous voyez il y a titre, artiste, album, en fait on permet d'envoyer des musiques, on s'est un peu amusés pour essayer d'exploiter à fond ce qu'on pouvait faire et on a une liste de lecture qui va être commune et qui va être lue en même temps par tous les membres du salon.

Ça c'est une autre que je montre, de toutes façons on ne voit pas grand-chose, bon, eh bien désolé, on ne voit pas grand-chose. En fait c'est une que je montre, qui est un peu plus pour ceux qui aiment la console. En gros on a deux comptes. D'un côté, on dit qu'on va envoyer la sortie d'une commande Unix à l'autre groupe. Ça a été rapide. En gros on a envoyé la bande annonce de Sintel à notre contact.

Je voulais en montrer une autre qui ne marche pas, mais je peux vous la montrer en-dessous, comment faire une télécommande avec le logiciel pour VLC, simplement pour montrer qu'on va un peu dans beaucoup de directions, pour tester un peu ce qu'on peut faire. Donc voilà. Donc un peu de temps pour les questions je pense. Merci.

Applaudissements

Est-ce qu'il y a des questions ? Il y a un deuxième micro ? Super !

Public : Bonjour.

Goffi : Bonjour.

Public : Je suis arrivé juste un peu en retard, j'ai manqué les cinq premières minutes, je m'en excuse.

Goffi : Ce n'est pas grave. Vous regarderez la vidéo.

Goffi : Je voulais juste savoir la différence entre Movim, par exemple, et Salut à Toi.

Goffi : Déjà un truc qui est clair, c'est qu'on ne fomente pas du tout dans l'esprit de concurrence ou quoi que ce soit. On est amis avec Movim et on encourage à utiliser Movim ou Salut à Toi, celui que vous préférez, il n'y a pas de soucis. Après on a des visions différentes. Peut-être que Timothée dira une chose différente, je n'en sais rien. Movim se concentre sur l'interface web, se concentre beaucoup sur le design. Movim est vraiment superbe, il n'y a pas de soucis là-dessus. On n'a pas forcément les mêmes choix de fonctionnalités. Par exemple ils avaient travaillé sur la vidéo pendant que nous ce n'est pas une priorité du tout. Nous, on travaille beaucoup sur le microblogage. Là on a un truc qu'on aimerait bien standardiser. On peut envoyer des messages uniquement à un groupe. En ce moment on est les seuls à le faire et on va essayer de le standardiser pour que tout le monde puisse le faire. On travaille beaucoup sur ce genre de trucs, sur le microblogage.

Après c'est vraiment une question de choix personnel. Nous, ce qu'il y a, c'est qu'on a aussi des interfaces différentes et des trucs comme je pense intégrer dans Blender, etc., ce n'est pas forcément dans l'optique de Movim. Movim, ils se concentrent vraiment sur un truc pour le web, joli, agréable à utiliser. On est amis, de toutes façons, on va fonctionner ensemble. Donc je recommande aussi Movim, il n'y a pas de problème. Et voilà.

Public : Ça marche par pod aussi je pense ?

Goffi : Pod c'est plus un terme hype que sur un serveur quoi. Oui, ce sont des serveurs XMPP, tout à fait. Les serveurs classiques sauf que pour le microblog on a besoin d'extensions pour le moment parce que le temps que vraiment ça se… Voilà, ce sont des trucs dont on peut discuter par mail ou qu'on explique sur le site, enfin voilà quoi !

Public : Merci beaucoup.

Goffi : De rien. Une autre question.

Public : Bonjour.

Goffi : Bonjour.

Public : Moi j'ai une question peut-être un peu naïve. Je rêvais, moi, d'avoir un réseau social libre pour me passer de Facebook ou autres. Mais le problème que je me pose c'est que voilà, si je m'installe un Linux, un Firefox, c'est moi qui décide. Pour un réseau social il faut que mes amis adoptent aussi. Et donc, quand on connaît la force de frappe de Facebook ou autres ! Alors bien sûr, votre but ce n'est pas de concurrencer ces géants-là, mais vous êtes quand même sur le même marché. Quel est votre plan, en fait, pour arriver à faire en sorte que les gens adoptent votre solution ?

Goffi : Ça c'est ce qu'on appelle l'effet réseau. C'est-à-dire qu'il faut un certain nombre de gens avant qu'un réseau soit utile. Nous, deux choses déjà : on ne part pas de zéro, on est sur un réseau existant. Il y a déjà beaucoup de monde sur XMPP. On ne part vraiment pas de rien. Ensuite le fait qu'on est compatibles, encore une fois on n'est pas sur des îlots, donc on va profiter et inversement ils vont profiter, ceux qui sont chez Movim, ceux qui sont chez Japix, etc. Après, nous on a aussi envie de créer, en fait, un système d'identifiants, c’est-à-dire qu'on pourrait, par exemple, créer une conversation ou créer un blog privé mais qu'on inviterait quelqu'un avec une URL, avec une clef dedans qui permettrait, même sans avoir de compte, de rejoindre une conversation.

Donc il y a des tas de raisons. L'effet réseau ce n'est pas quelque chose qui nous traumatise particulièrement. Et en plus, aussi, c'est non seulement utile d'intégrer dans d'autres logiciels, mais je pense que le fait d'intégrer du XMPP dans du Blender, dans du Gimp, etc., ça va énormément faciliter l'adoption de ce genre de choses. Ce n'est pas quelque chose qui m'inquiète outre mesure l'effet réseau. Une autre question ? Non ? Oui vas-y !

Public : Du coup est-ce qu'il n'y a pas aussi un coup à jouer pour concurrencer les outils un peu plus pros genre Slack qui, pour l'instant, sont gratuits, mais on ne sait pas trop combien ça dure et puis c'est fermé.

Goffi : De toutes façons, utiliser un truc fermé pour communiquer, déjà, à mon avis, c'est une grave erreur. Je ne comprends pas en fait à quoi jouer ? Comment ça ?

Public : Comme ce sont des groupes plus restreints, au sein d'une entreprise, c'est plus facile si une entreprise impose comme messagerie interne, on utilise Salut à Toi, d'un coup on a plein de personnes dessus.

Goffi : Oui, c'est clair que nous, de toutes façons, on cherche à être dans les entreprises aussi, etc. Nous, en fait, notre problème c'est qu’effectivement, il faut qu'on se fasse connaître. Surtout comme on refuse d'utiliser Twitter, Facebook, c'est quand même plus compliqué. On compte beaucoup sur tous les médias alternatifs pour faire parler de nous. On a eu un article sur Reflets, l’année dernière, qui nous a bien aidé. Là je pense qu'on va avoir besoin de sortir notre prochaine version pour ça. Voilà. On compte beaucoup sur les médias pour faire parler de nous. On a déjà été contactés par des entreprises qui voulaient installer chez nous. C'est juste que jusqu'ici on disait : « Non, ce n'est pas le moment, parce que ça ne va pas être stable et on n'est pas encore prêts ». Là, on dit qu'à la fin de l'année 2015 on sera prêts. Après, on a un coup à jouer ! Oui, de toutes façons, je pense que ce sont des outils qui sont très demandés. On voit des trucs qui se financent et qui font beaucoup moins de choses que ce qu'on fait. On a de la messagerie chiffrée, on va faire de la messagerie pseudo anonyme avec Tor, enfin anonyme, à peu près. Et on va faire du partage de fichiers. Enfin moi, tous les projets que j'ai vus, il n'y en a aucun qui faisait autant de choses et surtout, on a la compatibilité avec les autres réseaux qui est quand même essentielle. Je pense qu'on a quelque chose. Une autre question ? Toujours pas ? OK. Bon, eh bien on va laisser la place à Movim. Merci beaucoup.

Applaudissements

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(04/05/2016 @ 15:45)

Migration vers LibreOffice à Nantes - Éric Ficheux - RMLL 2015  Voir?


Éric Ficheux

Titre : Accompagnement d’une migration vers LibreOffice
Intervenant : Eric Ficheux
Lieu : RMLL2015 - Beauvais
Date : Juillet 2015
Durée : 38 min 06
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Transcription

Bonjour à toutes et à tous. Je me présente rapidement. Je suis Eric Ficheux. Je suis chef de projet à Nantes Métropole/Ville de Nantes et je m'occupe, entre autres, de la migration en bureautique libre donc vers LibreOffice.
Voici la structure de ma présentation. Une petite intro en préambule pour vous situer un petit peu le contexte de la migration. Ensuite je vais vous présenter comment on a procédé pour préparer cette migration. Vous présenter un petit peu le dispositif d'accompagnement auquel on est arrivé, et vous faire un retour d’expérience sur la manière dont ça se déroule.

Quelques éléments de contexte

Donc quelques éléments de contexte. Ville de Nantes/Nantes Métropole, on est une collectivité territoriale, avec des compétences très variées. Ça va, par exemple, de la distribution, collecte de déchets, qui sont des activités très techniques, jusqu'à des choses comme la relation avec le citoyen-usager, tout ce qui est organisation des élections, le social. Donc un ensemble de compétences très vaste.

Au niveau informatique, on a environ 5 000 postes de travail, 320 applications métier et on a un écosystème numérique qui est varié. C'est-à-dire qu'on a, à la fois, de l'open source et du propriétaire, et on n'est pas fortement marqués par un éditeur précis ; je pense, entre autres, à Microsoft.

Au niveau organisation, on est une collectivité de 7 500 agents et donc c'est assez organisé. On peut s'appuyer sur des fonctions supports qui sont bien développées. Donc c'est important pour les projets de conduite du changement en particulier. Notamment sur tout ce qui est formation, communication, support technique, il y a déjà plein de choses qui sont en place et sur lesquelles on peut s'appuyer lorsqu’on a des migrations à effectuer. Chose importante également, on a des relais informatiques dans nos directions. Donc le dialogue avec nos différentes directions métier est facilité, grandement facilité, par cela.

Le projet a démarré, en fait, il y a assez longtemps. Il a dû démarrer en 2011/2012 et on a franchi pas mal d'étapes avant d'arriver là où on en est maintenant, c'est-à-dire à peu près à 50 % d'agents migrés et on prévoit de terminer en 2016.

Tout d'abord, ce qui a motivé ce projet, c'est l'obsolescence d'Office 2003. Microsoft avait annoncé la fin du support, donc forcément on s'est demandé ce qu'on allait faire pour remédier à cela. Il y a plusieurs scénarios qui ont été évoqués. Parmi ces scénarios on trouve de la bureautique en ligne. On trouve, évidemment, une montée de version de la suite bureautique Microsoft Office, normal, et un passage vers du Libre. Donc on a étudié ces trois types de scénarios et on a choisi un scénario à étudier plus précisément pour faire une étude détaillée, une étude de faisabilité. En fait, c'est le scénario de migration vers LibreOffice qui est ressorti en premier, essentiellement sur un critère financier.

Donc on a mené une étude de faisabilité. Je vais vous en parler un petit plus en détail, puisqu’en fait ça correspond à la préparation du projet que je vais vous présenter juste après. Suite à cette phase préparatoire, on a une validation par la direction générale, donc sur un critère essentiellement financier, avec un principe de base, qui était de migrer l'ensemble des postes de la collectivité vers LibreOffice. On ne se dirige pas vers une cohabitation LibreOffice autre chose, on va vers du full LibreOffice. Parce que les autres options, en fait, ne sont pas tenables.

Est-ce que dans l’assistance vous êtes nombreux à être familiarisés avec la conduite du changement ? Vous pouvez lever la main, s'il vous plaît, si vous connaissez un petit peu le domaine. D’accord très bien. Donc j'espère que je ne vais pas raconter trop de bêtises.

Conduite du changement

Je vais en dire quelques mots pour vous situer un petit peu le contexte. Voilà mes utilisateurs, ils sont là, ils sont sous Office 2003. Ils sont sur leur rive, là, bien tranquilles. Ils ont l'habitude, ça fait dix ans qu'ils bossent avec cet outil-là. Et puis on leur annonce : « Demain vous allez utiliser LibreOffice. »

Alors là, évidemment, ils tirent un peu la tronche. Ils anticipent des difficultés réelles. Par exemple : « Et mes macros ? Et mes documents existants ? Mais comment ça va se passer ? » Ou des difficultés supposées : « LibreOffice, ça ne marche pas de toutes façons, on ne va pas y aller ! » Et puis voilà. Effectivement, vous le dites bien, il y a un a priori par rapport aux outils libres. Ce n'est pas payant donc effectivement c'est moins bien. Tout à fait, je confirme, il y a bien ce type d’à priori.

Donc nos utilisateurs, comme on pousse pour le changement, ils vont passer par différentes phases. La phase de déni : « Eh bien non je ne vais pas migrer, moi je n'ai rien demandé de toutes façons. » Ce sont des cas, je les vis. J’ai des discours de cette nature-là par certains agents parfois.

La colère : « Ah non, mais ce n’est pas possible. Migrer vers LibreOffice, il n'y a plus rien qui va marcher, moi je ne suis pas d'accord. De toutes façons,l’informatique c'est n'importe quoi ! »

Phase de négociation : « Oui moi je veux bien migrer, mais bon il va quand même falloir que je puisse continuer à faire tourner mes macros. Donc ce serait bien, quand même, peut-être, de me laisser une licence Excel. » Ça on rencontre aussi.

Tristesse : « Oui, eh bien de toutes façons il faut migrer, on doit faire des économies. Donc, oui, on va migrer. »

Et acceptation : « Eh bien OK. Moi j'y vais. De toutes façons je connais l'open source, je l’utilise déjà chez moi. Donc ça marche, on y va quoi. »

Ça, ce sont des choses dont il faut être conscient quand on veut entamer ce type de migration. Moi, ce que je recommanderais à ceux d'entre vous qui voudraient se lancer dans ce type de migration, c'est la première chose : faites une formation à la conduite du changement. Parce que ces manifestations-là vous allez les avoir, de toutes façons, à un moment ou à un autre, et vous allez les avoir souvent. Donc il faut y être prêt, il faut savoir comment les gérer et il faut savoir les supporter également, parce que ce n'est pas toujours facile.

Donc l'accompagnement, la conduite du changement. On va construire un dispositif d'accompagnement pour arriver à faciliter, en fait, ce parcours de nos utilisateurs. Il faut savoir que ce n'est pas nous qui faisons le changement, ce sont bien les utilisateurs. Simplement on peut mettre en place tout un paquet de choses que je vais vous présenter un petit peu après pour faciliter le passage de cette rive à l'autre. Ça, ce sont des principes généraux. Donc vraiment, si vous voulez vous lancer dans ce type de projet, commencez par faire une formation à la conduite du changement, ça vous donnera pas mal de clefs sur ce qui va se passer et la manière de structurer les choses.

Moyens d'action

Globalement les moyens d’action que nous on a mis en œuvre, c'est assez classique en conduite du changement. On a de la formation évidemment. On a une partie support et assistance, beaucoup de communication, une structure de pilotage adaptée et la technique. La technique n’étant pas forcément là où on gagne le projet. Il faut que ça tourne. C'est plus la partie qui va se trouver autour, donc non technique, qui va permettre de faire bouger les utilisateurs vers la cible. Mais attention, côté technique il faut quand même que ça marche. C'est important aussi.

La préparation

L’approche qu'on a eue par rapport à la préparation, on l'a faite en trois étapes en fait. Au départ, quand on m'a annoncé que j'allais devoir mener ce projet, qu'on me confiait ce projet, j'étais pas mal inquiet parce que la bureautique c'est un sujet vraiment vaste. Je m'attendais à pas mal de difficultés, je suis venu avec quelques à priori, effectivement, des choses que je pressentais, les macros, les applications métier, etc. Et il a bien fallu mettre un petit d'ordre dans tout ça pour construire une démarche et arriver à quelque chose qui soit efficace et adapté.

Première chose, on s'est intéressé aux acteurs de la migration. Je vais détailler un petit peu après. Ensuite on est allé vers les utilisateurs pour connaître leur avis, leurs usages de la suite bureautique, et une phase d'expérimentation. Et donc toute l’information qu'on a retirée de ces trois étapes-là, eh bien en fait on s'en est servi pour construire un dispositif de migration qui soit pertinent par rapport à la situation où on était et aux difficultés qu'on a mises à jour et qu'on a évaluées au travers de ces trois étapes.

Les acteurs de la migration

Là en fait, on a fait un brainstorming. L'entrée par acteurs est volontaire, c'est pour ne pas être dans le côté technique. Moi je suis dans le département informatique, j'ai tendance à être technique, et, en fait, là on a pris une entrée par acteurs. On a commencé par lister les acteurs de la migration qui allaient être impactés, qui allaient pouvoir nous aider dans cette migration.

On a des acteurs qu'on a classés en acteurs externes, alors ce n'est pas très lisible, je suis désolé, et en acteurs internes. L’intérêt étant de lister pour chaque acteur les risques et les opportunités qu'il porte. Par exemple, ce n’est pas forcément très lisible, mais on a une communication interne à la Ville de Nantes/Nantes Métropole, et ce qu'on a vu c'est qu'effectivement c’est un fort appui sur la communication, par contre c'est une cellule qui se charge de la communication dans l’ensemble de la collectivité. Donc ils ont un timing, des fenêtres de communication qui ne sont pas forcément très fréquentes, très nombreuses et qui ne vont pas forcément être adaptées par rapport à un projet de conduite du changement : on va avoir besoin de communiquer très souvent. Voilà. Donc c'est typiquement le genre de choses qu'on ressort de cette analyse.

Même chose avec les acteurs externes. Par exemple, on a les partenaires de la collectivité, que ça soit d'autres collectivités, des fournisseurs, diverses organisations. Il y a une possibilité d'incitation à réflexion bureautique libre et on a également des partenaires qui sont déjà en bureautique libre, qui étaient déjà en bureautique libre au moment du projet. Et, par contre, la question qui se pose c'est la compatibilité des documents échangés. C'est relativement trivial comme question, mais il y a des choses un peu moins triviales qui sont ressorties de ce brainstorming. Ça nous donne déjà une base de départ.

Questionnaire

Ensuite, ce qu'on a fait, c'est qu'on a interrogé nos utilisateurs. Attention ! À partir du moment où on communique vers nos utilisateurs en disant : « Eh bien voilà, notre suite bureautique, on va en changer », la conduite du changement elle démarre là, parce qu'en fait on annonce le changement. Du coup, on commence déjà à avoir les fameuses réactions dont j'ai parlé tout à l'heure. Ce qu'on a fait dans ce questionnaire, on l'a construit par rapport au brainstorming et par rapport à certaines problématiques qu’on anticipait donc les macros, les progiciels, etc., pour valider certaines opportunités. Qu'est-ce que j'ai comme exemples d’opportunités ? Par exemple, on a cherché à savoir combien d'agents, quelle proportion d'agents dans notre collectivité utilisaient déjà la bureautique libre et quel était leur à priori par rapport à une utilisation professionnelle. Là, les résultats qu'on a eus, c'est que 35 % de nos agents utilisaient de la bureautique et ils étaient massivement pour son utilisation en milieu professionnel. Donc on part avec un levier, finalement facilitateur, assez important.

On avait mesuré également l'impact et la fréquence de certaines difficultés pressenties. Par exemple les macros. Dans la collectivité on ne savait pas quelle était la proportion d'agents qui écrivaient des macros complexes. Don ça a été l'occasion de leur demander. Il y a un chiffre qui est tombé suite à ce questionnaire, c'est qu'on a 2 % de nos agents qui écrivent des macros plus ou moins complexes.Enfin on avait 2 % des agents qui écrivaient des macros plus ou moins complexes. Donc ce n'est pas la majorité des agents, mais c'est quand même un problème à prendre en compte.

Également les échanges avec l'extérieur. On peut se dire, dès qu'on va migrer on va avoir des problèmes pour communiquer avec l'extérieur. Oui, mais qui communique avec l’extérieur et dans quelle proportion ? Ça on ne le sait pas. Donc pareil, on a demandé à nos agents. Tout l’intérêt de ce questionnaire, c'est vraiment de mesurer l'impact et la probabilité des problématiques qu'on pressent, pour savoir s'il faut mettre le paquet dans le dispositif d’accompagnement sur telle ou telle problématique, ou alors si c'est un petit peu secondaire et qu'on peut la traiter plutôt « en mode exception », entre guillemets, donc via le support classique, via du support niveau 3, et pas sur un dispositif construit.

Dans ce questionnaire, on avait également des zones de saisie libre qui nous permettaient soit de détecter des éléments non anticipés. En fait, on a surtout eu les fameuses manifestations de la courbe de deuil, enfin courbe de changement que j'ai présentée tout à l'heure. Par exemple des choses genre : « Oh là, là si on migre mes macros ne vont plus fonctionner, je n'y survivrai pas. » On a eu des choses assez exceptionnelles là-dedans. À l'inverse on a eu des supports aussi : « Oui, moi je suis à fond pour l'open source. C'est bien qu'on fasse ça, je ne comprends pas pourquoi on ne l'a pas fait avant ! » Enfin voilà. Donc on voit un petit peu tout.

Expérimentation

Et donc ensuite on est passé à une phase d'expérimentation. Là on a pris ce qu'on a détecté sur les deux premières étapes et on s'est confronté à la réalité. On a pris une centaine d'agents volontaires, donc c'est à peu près 2% de nos agents. On les a migrés, sans accompagnement. En fait ça nous permet plusieurs choses. D'abord d'avoir un point de référence. Parce qu'en fait, quand on va faire le bilan, on va faire des statistiques, on va demander : « Est-ce que ça s'est bien passé », par exemple. J'ai eu la question tout à l'heure de savoir si on pouvait mesurer l'efficacité de la conduite du changement. Donc en fait, lorsqu’on a fait cette migration sans accompagnement, 50 % de nos agents nous ont dit : « Eh bien non, ça ne s'est pas bien passé » ou « pas bien passé du tout ».

Aujourd’hui quand on migre et qu'on fait un bilan, on est plutôt à un quart des agents, on n'est plus à 50 % qui nous répondent « ça se passe difficilement ou très difficilement ». D'accord ? Donc on mesure aussi l'efficacité par rapport à une situation de référence. Et on confirme les difficultés qu'on peut rencontrer sur le terrain. Donc ça nous donne encore une indication supplémentaire pour construire un bon dispositif d'accompagnement.

Concrètement ce qui est ressorti massivement, donc cinq problèmes principaux pour les utilisateurs. Alors attention, il faut remettre ça en perspective parce que là on est en 2012. On utilisait LibreOffice, on utilise toujours LibreOffice. LibreOffice a fait beaucoup de chemin, donc il y a certaines problématiques qui ne ressortiraient probablement plus dans cet ordre-là.

5 problèmes principaux pour les utilisateurs

La première chose qui est ressortie c'est la prise en main de l'outil. Eh bien évidemment, on n'a formé personne. On leur a balancé l'outil comme ça et on leur a dit : « Écoutez, vous êtes volontaires, donc vous testez ! », et l'objectif c'était de les migrer provisoirement, pas de faire une migration définitive. Donc effectivement, c'est ce qui est ressorti en premier.

Deuxième chose, compatibilité avec les documents Office existants et les documents échangés.

Les macros, les performances et la compatibilité des progiciels.

Un petit mot sur les performances. Ce sont des choses qui ne remontent plus trop aujourd'hui parce qu'en fait les machines sont beaucoup plus puissantes qu'à l'époque, en tout cas celles sur notre parc. LibreOffice également a beaucoup progressé de ce côté-là. Donc ça remonte de temps en temps, mais c'est assez rare. OK !

Donc concrètement ça nous dit où est-ce qu'on va devoir mettre l'effort par rapport à notre dispositif de migration. Il faut absolument qu'on forme les gens. Il faut absolument qu'on prévoie, qu'on étudie en détail, qu’on forme les gens à migrer leurs documents. Qu'on leur apprenne à échanger avec l’extérieur, parce qu'en fait ils vont devoir changer leurs habitudes et ça c'est compliqué. Qu'on prévoie un dispositif pour prendre en compte les macros et qu'on référence nos logiciels pour voir lesquels ont une adhérence à Office 2003. Ça je vais en parler un petit peu après.

Le brainstorming a identifié de nombreux points. Donc l'existence de certains leviers internes ou externes qu'on pouvait actionner. Des risques à considérer, évidemment, et aussi des axes de communication.

Les différents points qu'on a détectés tout à l'heure, donc avec les cinq fameux premiers points qui sont répartis sur évidemment les différentes thématiques de notre dispositif de conduite du changement. Je ne vais pas m'étendre sur le sujet mais grosso modo, il y a des choses qui partent dans la technique. Par exemple la gestion des adhérences avec les progiciels, les difficultés de migration liées aux progiciels, donc c'est dans un dispositif technique.

On a un dispositif de dépannage pour les échanges avec l'extérieur par exemple. La prise en main de l'outil est traitée via de la formation. Les problématiques de macros aussi. Donc tout va, en fait, se dispatcher sur le dispositif.

Je vais vous présenter chaque élément en détail.

Communications

Côté communications. En fait il y a deux types de communications sur ce projet. Il y a une communication globale, pour faire passer les communications générales d'annonces de changement, diverses informations, où est-ce qu'on en est, comment ça se passe pour les directions déjà migrées. Ça a une fréquence peu élevée comme j'ai dit tout à l'heure. C'est ce qu'on a vu au niveau du brainstorming et c'est pour ça, effectivement, qu'on a deux types de communications. Et on quelques communications exceptionnelles. Par exemple récemment il y a eu des envois, il y a des gens qui ont reçu des documents qu'ils ne pouvaient pas lire sur leurs smartphones parce qu'ils n'avaient pas installé l'application pour lire OpenDocument. L'information avait déjà été relayée. On l'a re-relayée de nouveau, parce que là ce sont de directeurs qui nous ont saisis, en disant : « Là je n'arrive pas à lire, comment on fait ? Ce n'est pas possible ! » Donc on fait des communications exceptionnelles de temps en temps.

Et de la communication de migration. Sa fréquence est beaucoup plus adaptée aux phases de migration. Il faut savoir qu'on ne migre pas en Big Bang, mais par paquets de plusieurs centaines d’agents, donc c'est entre 200/300 agents en moyenne. Récemment on fait une migration avec un groupe de 1200 agents, donc ça a été assez chaud. On va répartir un peu mieux à l’avenir. Donc cette communication est intégrée au processus de migration.

Technique

Côté technique. En fait on a comme enjeu, côté technique, de ne pas bloquer les utilisateurs dans leur utilisation. On a pris une stratégie, en fait, par rapport à tout ce qui est progiciel et macros de ne pas mettre le couteau sous la gorge aux utilisateurs et aux équipes projets. C'est-à-dire qu'on tolère, pendant un certain temps, une conservation de Word ou d'Excel sur les postes de travail.

Une migration LibreOffice. On passe LibreOffice en suite bureautique par défaut sur les postes de travail, mais surtout on désactive Microsoft Office partout où on peut. Si on ne le fait pas, vos utilisateurs ne vont pas franchir le ravin, la rivière. Ils ne vont pas aller de l'autre côté. Il faut les pousser un petit peu quand même. Donc on désactive Microsoft Office là où on peut et évidemment, techniquement, ça il faut qu'on le gère.

Concrètement on a automatisé, via un petit outil, la prise en compte des situations utilisation de progiciels, utilisation de macros, via des questionnaires utilisateurs qui sont couplés à nos systèmes de télédistribution, qui nous permettent de gérer, d'une part, des vagues de migration de 100/200/300/400 agents de manière automatique. On leur pose des questions individuellement pour savoir qu'est-ce qu'ils utilisent sur leur poste de travail, s’ils veulent garder Word et Excel. Ça, on le détermine en fonction de leurs réponses, on ne leur dit pas d’emblée qu'ils vont pouvoir le conserver. Et le jour J fixé pour leur migration, leur poste de travail est configuré automatiquement. Ça nous évite pas mal de boulot.

Donc on traite les situations individuelles, utilisation de macros, écriture de macros et utilisation de logiciels adhérents à Office 2003. Pourquoi je dis adhérents à Office 2003 ? Parce qu'en fait ça correspond à la réalité. Il y a des gens qui nous ont dit, en début de projet : « Mon progiciel je ne peux pas migrer, il n'est pas compatible avec LibreOffice. » C'est faux ! Quand on installe LibreOffice sur un poste de travail, il n'y a rien qui s’arrête de tourner. Par contre quand vous retirez Microsoft Office vous avez certaines applications qui, elles, vont s’arrêter de tourner. Sémantiquement c'est important, effectivement, de parler d'adhérences à Office 2003.

Dans les réponses, côté technique, on a pré-installé, de manière générale, LibreOffice et on a décorrélé les mises à jour de LibreOffice du processus de migration. Tous les postes, chez nous, ont LibreOffice depuis très longtemps et on les tient à jour de la manière la plus régulière possible. On a automatisé la gestion des migrations et ont a des dispositifs techniques de dépannage pour des besoins ponctuels d’accès à Microsoft Office.

Pilotages

Côté pilotages, c'est un peu comme pour la communication, en fait. On a deux niveaux de pilotage. On a un niveau de pilotage projet, classique, avec un comité de pilotage. Chez nous ça s'appelle comité de suivi. Comité de pilotage, c'est lorsqu'on a des élus, donc je rectifie au cas où des collègues seraient en train de suivre la conférence. Et un comité opérationnel qui lui s'occupe plus des problématiques opérationnelles du projet.

Donc on a une organisation, un pilotage de migration. En fait chaque migration est gérée comme un projet à part entière.

Phases de migration des directions

Donc voilà le phasage d'une migration. On migre par vagues de 300 agents environ. Parfois c'est moins, parfois c'est beaucoup plus. En moyenne ça fait à peu près 300. Il y a une phase d'information préalable. Donc là on va aller informer le management des directions qui vont migrer. On le fait un petit peu avant pour rassurer, expliquer comment ça va se passer, et puis leur dire : « Voilà, on ne va pas vous bloquer dans votre boulot. Tout est prévu pour que vos agents puissent continuer à travailler. »

Deuxième phase. Donc là il y a juste une icône de présentation. En fait ça se fait en deux phases. Il y a une deuxième phase. On présente aux agents. On a des sessions plénières. On convoque tous les agents des directions pour leur expliquer comment ça va se dérouler, comment solliciter le support, leur présenter LibreOffice également, leur montrer les petites astuces qui permettent de ne pas être bloqué dans les premiers jours. Par exemple un truc bête, le formatage pour une impression. Sous Microsoft Office 2003 c'est « Fichier – Mise en page ». Sous LibreOffice c'est « Format – Page ». Une fois qu'on le sait ce n'est plus un problème, on ne va pas appeler le support. Typiquement ce sont des choses qu'on adresse dès ces phases de communication initiale.

Ensuite on a une phase qui dure à peu près un mois. Donc c’est là, en fait, où entre en scène l’outil qu’on a appelé LibreOffice Now, qui est l’outil dont je vous ai parlé un petit peu avant, qui permet d’organiser de manière automatique ces campagnes de migration. L'outil commence par envoyer un mail avec un lien vers un questionnaire disant : « Répondez-y parce que, dans le cadre de la migration, si vous n'y répondez pas, grosso modo, eh bien vous risquez d’être bloqué ». On a des taux de réponses très élevés, qui dépassent les 90 %. Dans ce questionnaire on demande quelles sont les applications utilisées. Est-ce que les gens utilisent, écrivent des macros ? Est-ce qu'il utilise plutôt Powerpoint, plutôt Word, plutôt Excel ?

En fonction des réponses on va leur délivrer une information personnalisée. Par exemple, quelqu'un qui déclare écrire des macros, eh bien on va lui proposer, dans ce mail personnalisé, d'aller s'inscrire à une formation pour réaliser, porter ses macros de Microsoft Office vers LibreOffice. Et on l'informe de l'existence d'un dispositif d'accompagnement qu'il peut solliciter : il y a un consultant qu'il peut solliciter pour l'aider à migrer ses macros. Voilà, phase d'information personnalisée. On diffuse aussi les liens d'inscription aux formations à ce moment-là. Donc les agents ont environ un mois pour aller s'inscrire aux formations. Ils les font avant ou après la migration. Peu importe en fait, c'est à eux de choisir.

Le jour de la migration, ça se déroule automatiquement. L'agent vient, se connecte et en fait, son poste est déjà configuré. Il n'a plus accès à Office qu'on a pu lui retirer. LibreOffice est passé ensuite par défaut. Et il peut solliciter le dispositif d’accompagnement. Pendant deux mois, en fait, on fait un accompagnement un peu plus poussé des directions et c'est suivi d'une phase de bilan.

En termes d'organisation, on a recours à des relais qui sont ici. On appelle ça des assistants de migration. Ce sont des collègues dans les directions. Ils sont environ un pour cinquante agents, qui sont formés spécifiquement pour faire du support niveau 1 et ils connaissent bien le dispositif d'accompagnement et ils peuvent communiquer directement avec l'équipe projet. Je suppose que vous êtes assez familiers du fonctionnement des dispositifs de support informatique. Donc en gros, l'équipe projet, on ne la sollicite que pour des problématiques expertes. Nous, en l’occurrence, nos assistants de migration servent à faire le relais avec nos utilisateurs.

Donc on a une coordination hebdomadaire avec ces relais, avec les personnes qui s'occupent du support, et un consultant qui est là pour faire de l'assistance sur site, de l'assistance niveau 3. Ça nous permet, en fait, de prendre un petit peu la température, savoir un petit peu comment ça se passe dans les directions qui viennent de migrer. Voir si ça se passe bien ou s'il y a des problématiques émergentes, et de pouvoir y répondre. Par exemple en organisant des formations ciblées, spécifiques, ou en prenant en compte, de manière un peu plus poussée, telle ou telle conversion de document qui pose problème.

On a le même type de suivi au niveau de chaque direction, avec un référent de migration, qui lui est plus là pour le suivi avec la direction. Il n'est pas en contact direct avec les utilisateurs migrés.

Support et assistance

Le support et l'assistance. Toutes les diapos que vous voyez, enfin la grande majorité en tout cas, sont tirées du document qu'on présente aux agents et au management. Donc je n'ai pas eu besoin de refaire la plupart de ces slides. En fait nos agents sont tout en haut. Quand ils ont besoin d'aide, ils ont quatre canaux disponibles :

  • un petit système d'aide interactif, où on peut orienter, par exemple, vers des vidéos de démonstration de telle ou telle fonctionnalité, via un jeu de questions. Ça ce sont des choses assez classiques, mais chez nous c'est tout nouveau ;
  • l'intranet où on a mis énormément de documentation concernant le déroulement du projet, les trucs et astuces, comment solliciter l'aide également ;
  • quelque chose qu'on appelle le STP, chez nous c'est notre hotline informatique. C'est un moyen classique de support qui a été renforcé pour l'occasion ;
  • et donc, nos assistants de migration ;

Le STP et les assistants de migration, donc la hotline et les assistants de migration, soit fournissent une aide directe, répondent aux questions simples, soit orientent dans le dispositif d'accompagnement pour aller, éventuellement, sur des formations spécifiques, du support avancé à la conversion de documents, ou voire un accompagnement sur site, par un consultant, dans certains cas.

Formation

Côté formation. Là en fait on a différents types de formations qu'on propose. Surtout en volume on a prévu de pouvoir former jusqu'à 50 % de nos agents. C'est à peu près ce qui se passe actuellement. On est à peu près à 50 % d'agents qui viennent en formation. Les 50 % restants déclarant en général, dans les bilans, qu'en fait ils ne souhaitent pas, n'ont pas besoin de formation pour la migration. OK !

On a une formation standard, donc en présentiel. Elles sont par modules et on propose toujours deux niveaux, donc un niveau de base et un niveau avancé. Des formations en ligne pour réduire, justement, notre volume d'agents qui partent en formation présentielle. C'est pour des questions budgétaires, évidemment, d’optimisation. Et les formations sur mesure. Ça c'est sur demande des relais, des fameux assistants de migration. On peut, effectivement, venir faire des formations sur des problématiques ciblées, là où les offres de formation classique ne répondent pas aux besoins.

Retour d'expérience

On arrive à la partie retour d'expérience. Il y a deux éléments qui sont vraiment indispensables sur ce type de projet : les relais et les phases de bilan. Parce qu'en fait, quand vous démarrez une migration, et moi ça a été le cas notamment pour les pilotes, on a migré en premier le département des ressources numériques, par souci d'exemplarité, et une direction métiers pour avoir un point de référence qui ne soit pas technique, qui ne soit pas avec des personnels habitués au changement d’outil et à la technique. Du coup, en fait, quand vous démarrez, les seuls retours que vous avez ce sont les remontées du support. Donc du coup vous pouvez très bien tomber dans le biais de vous dire « tout va mal, on n'a que des problèmes, ça arrive de partout c'est une cata ! » Alors qu'en fait, quand vous interrogez vos relais, ils vous disent : « Eh bien non, nous on n'est pas trop sollicités, les collègues ça a l'air d'aller. » Là vous pouvez déjà avoir des remontées un peu plus rassurantes. Et quand vous faites le bilan, vous demandez « comment ça s'est déroulé ? Est-ce que vous avez eu des difficultés ? Est-ce que vous avez été bloqués ? », là vous vous apercevez que pour les trois quarts des agents, et ce n'est pas ceux que vous avez entendu via le support, en fait ça se passe plutôt pas mal.

Donc vraiment élément indispensable. Ne faites pas une migration sans relais et sans faire de bilan à la fin de chaque phase. Sinon vous allez être découragé, et en plus si vous avez des attaques du type : « Eh bien non, ça ne se passe pas bien, il faut absolument revenir en arrière », vous n'aurez rien à opposer à ce type d'attaque. Par contre si vous arrivez en disant : « Eh bien non, voilà, pour votre direction, le bilan, nos agents nous disent ça », c'est beaucoup plus difficile après de venir dire : « Eh bien non c'est la Bérézina ». Là vous avez du factuel, du concret.

Globalement ça se déroule de manière finalement plus facile que ce à quoi on s'attendait. On a des dispositifs de support qui sont moins sollicités que prévu, alors pas beaucoup moins, mais moins quand même. Et sur les premiers déploiements, on a les deux tiers des agents qui n'ont pas rencontré, finalement,de difficultés importantes. Deux tiers, voire trois quarts, ça dépend des directions.

Par contre, de l'autre côté du spectre, il y a trois points qui sont compliqués à gérer :

Les macros

Nous on a pris une stratégie qui est de dire les directions ont développé des macros, donc on va former leurs agents à faire évoluer leurs macros vers LibreOffice, et on va leur mettre une aide à disposition pour le faire. Ça prend du temps, qu'ils n'ont pas forcément, ça c'est la première chose. On a des gens qui sont plus ou moins de bonne volonté et, il faut le dire, écrire des macros sous LibreOffice, on est moins aidé, dans l'écriture des macros, que sous Microsoft Office. On peut, grosso modo, faire la même chose, mais ça va être moins facile parce que l'éditeur de code, en l’occurrence, est bien moins avancé. Du coup ça présente certaines difficultés. On est aussi à la frontière entre ce qui est applications métier et bureautique. On a de véritables petites applications métier qui ont été développées par les directions, sans connaissances informatiques, sans respecter les process informatiques, qu'elles sont incapables de maintenir finalement. On ne va pas leur jeter la pierre parce qu'elles ont voulu faire vite, etc., mais ça pose quand même question sur la limite de ce qu'il faut faire dans une suite bureautique et ce qu'il ne faut pas faire. Utiliser par exemple un tableur comme une base de données, ce n'est pas forcément une bonne idée !

Les échanges de documents avec l'extérieur

Les échanges de documents avec l'extérieur. Ce n'est pas tellement que c'est compliqué techniquement ou que ça pose énormément de problèmes, c'est juste que ça demande un changement d'habitudes aux agents. Ils ont l'habitude, par exemple, pour envoyer des documents à destination de personnes qui vont simplement les lire, de générer du PDF. Donc ça, ça va. Par contre, nous ce qu'on leur recommande déjà c'est d'envoyer de l'OpenDocument à leurs correspondants. Certains, à peu près 50 % qui vont pouvoir les lire, soit parce qu'ils ont des suites Office, Microsoft Office récentes, soit parce qu'ils ont déjà du LibreOffice, du OpenOffice sur leurs postes de travail. Dans les autres cas, eh bien il faut les informer qu'on est sous LibreOffice, qu'ils peuvent le télécharger. C'est plus ou moins bien accepté, à peu près la moitié vont accepter. Et après, eh bien, s’ils n'acceptent pas comment on fait ? Donc là on est obligé de passer des consignes aux agents. Parfois on est obligé de leur demander de ré-enregistrer dans des formats de Microsoft pour pouvoir travailler avec leurs correspondants. Ça se fait bien, globalement on arrive à résoudre toutes les situations, mais ça demande un changement d'habitudes de nos agents. Et là, la conduite du changement c'est compliqué.

Programmes de formation

Et également une difficulté au niveau des programmes de formation. On organise des formations massives, donc forcément on fait des programmes qui sont collectifs et on a des agents, pas mal d'agents qui arrivent avec des attentes qui sont en dehors, finalement, des programmes de formation qu'on propose. Donc là-dessus on a encore pas mal de travail à faire.

Voilà. Je suis arrivé à la fin de ma présentation. N'hésitez pas à me poser des questions.

Avez-vous des questions ?

Public : Bonjour. Merci pour la présentation.

Éric Ficheux : De rien.

Public : Est-ce que vous avez utilisé comme levier de conduite du changement la fourniture d'un nouveau matériel ? Nouveaux PC, nouvel environnement bureautique et donc LibreOffice.

Éric Ficheux : Pas du tout. En fait je sais que notamment la Gendarmerie nationale, il me semble que ce sont des choses qui ont été faites et que ça a plutôt bien marché. Malheureusement au niveau budgétaire, on est très contraints en ce moment et donc aller fournir du matériel un petit peu plus perfectionné, même si on aurait pu l'envisager, c'était un peu compliqué. Niveau budgétaire, je pense que ça ne l'aurait pas fait, tout simplement.

Public : Bonjour.

Éric Ficheux : Bonjour.

Public : Merci pour cette présentation qui est très vivifiante, parce qu'on voit que c'est un projet qui marche bien, qui est déjà bien entamé. J'ai trois questions. Donc vous avez parlé de conduite du changement et donc faire des formations à la conduite du changement. Je voudrais savoir pour qui étaient ces formations ? Est-ce que, par exemple, les usagers ont été informés ? Là vous avez présenté les différentes phases par lesquelles on passe généralement, est-ce qu'ils ont été informés sur ces phases ? Il peut être assez rigolo qu'ils soient au courant. Ça c'est ma première question. Vous pouvez peut-être y répondre.

Éric Ficheux : D'accord. Oui je vais y répondre dans la foulée, ça va être plus simple. La formation conduite du changement pour l’équipe projet, d'accord, en priorité. Après il n'y a pas forcément nécessité de former tous les utilisateurs. Plutôt, vraiment cibler sur l'équipe projet pour donner les clefs nécessaires, pour arriver à monter le projet et à le dérouler, et arriver à y « survivre » entre guillemets. Ça c'est une chose. Alors ensuite, donc la suite de la question ?

Public : C'était de savoir si les usagers, par exemple, étaient au courant qu'ils allaient passer par ces cinq phases-là ?

Éric Ficheux : Non. Après je ne sais pas si ça serait… Concrètement non, mais ils le font !

Public : D'accord. Je pense que ça peut être rigolo de leur dire : « Voilà vous allez passer par cinq phases », au moins ils se rendront compte.

Éric Ficheux : Oui. Tout à fait. Pourquoi pas ?

Public : Il vaut mieux être au courant avant. Deuxième question, vous n'avez pas parlé de l'aspect financier, donc de ce que ça a fait économiser. J'aimerais savoir combien coûte une licence Microsoft Office et puis, au bilan, combien a coûté le projet ? Aujourd’hui combien ça coûte, est-ce que ça coûte plus en support, etc. ?

Éric Ficheux : D’accord. Concernant le ROI. Donc le ROI qui a été calculé et qu'on tient pour l'instant c'est de 1,7 millions d'euros tous les cinq ans à sept ans, selon la fréquence à laquelle on prévoyait de renouveler la suite bureautique Microsoft. D'accord ? Donc c'est relativement élevé. Après, par rapport aux dépenses de la collectivité ça reste modeste, mais c'est quand même pas mal. Effectivement ce ROI, aujourd'hui on l'atteint. Après concernant le support. Le support a été budgété dans l'enveloppe de conduite du changement. Il faut savoir que l'enveloppe de conduite du changement, pour ce projet, elle est de l’ordre de 600 K euros. D'accord ? Mais attention, l’enveloppe de conduite du changement, on a 5 000 agents déjà, mais attention l'enveloppe de conduite de changement pour aller vers une suite bureautique Microsoft, elle n'est pas négligeable non plus. Elle est de l'ordre de 400 K euros, parce qu'on a les problématiques d'adhérences au logiciel. Adhérences, tout à l'heure, on disait, c'est Office 2003. Je retire Office 2003, eh bien on un paquet de logiciels qui ne marchent plus. Ça veut dire qu'il faut faire évoluer un certain nombre de solutions logicielles. Tout ça, ça a un coût. Il faut aussi former les utilisateurs. Donc il ne faut pas croire que le fait de migrer, de monter le niveau dans les versions de Microsoft, va être indolore niveau conduite du changement. Pas du tout !

Public : Merci. La troisième question. Vous avez parlé, à la fin, des situations qui posaient problèmes. Donc il y avait les macros. Je ne me souviens plus des autres, mais il me semble que vous n'avez pas cité les problèmes de formats de documents et les documents, par exemple, qui ne s'affichaient pas du tout de la même façon quand on recevait des documents et qu'on les lisait sous LibreOffice et que c’était complètement décalé. Moi je le constate tous les jours puisque j'ai LibreOffice sur mon poste, mais j'échange régulièrement avec l'administration de la faculté dans laquelle je travaille et les documents, parfois, ils ne ressemblent à rien du tout.

Éric Ficheux : OK. En fait on a mis en place tout un ensemble de dispositifs « en cascade », entre guillemets, pour pallier à ça. Sur nos postes de travail on a des visionneuses. Donc de toutes façons, quand on reçoit des documents, on va toujours pouvoir les lire, que ce soit dans LibreOffice ou dans les visionneuses. Après, le cas dont vous parlez, il n'est pas si fréquent que ça, en fait, en particulier quand on est sur les toutes dernières versions de LibreOffice. Donc chez nous, ce ne sont pas des choses qui sont aujourd'hui dans nos préoccupations majeures. Ça existe, ça arrive. Après voilà, on a différents dispositifs techniques qui peuvent aller jusqu'à donner un accès temporaire à du Microsoft Office virtualisé par exemple, et, éventuellement pour certains documents, faire appel au consultant pour qu'il puisse aider à convertir le document vers du OpenDocument. Mais globalement ce ne sont pas les choses auxquelles on se heurte le plus en fait.

Public : Il vient de répondre à ma question que je ne pose donc pas.

Public : On a vu qu'il y avait à la fois des formations standards, donc en groupe, et des formations en ligne. Est-ce que vous vous êtes appuyés sur une plate-forme d'apprentissage en ligne type e-learning ? Et d'autre part, comment avez-vous traité les personnes qui, selon votre questionnaire de départ, étaient les plus réfractaires ? Est-ce que vous les avez formées en premier ? Et une fois formées, une fois la migration effectuée, est-ce que vous avez un retour sur leur niveau de satisfaction ? Et est-ce qu'elles sont devenues, elles-mêmes, de nouveaux prescripteurs pour le Libre ? Merci.

Éric Ficheux : D'accord. Pour la première question, en fait sur la partie formation, comme je l'ai expliqué, on n'est pas parti de zéro sur la partie formation. Puisqu'en fait on a déjà des équipes qui s'occupent de l'organisation des formations dans la collectivité et on a déjà, on avait déjà, des marchés avec des prestataires qui étaient capables de répondre à notre problématique de formation. Donc ce sont ces prestataires qui ont réalisé, sur notre demande, des modules de e-learning. Du coup non, on ne s'est pas appuyés sur des plates-formes open source, on s'est appuyé surtout sur les marchés qu'on avait déjà, sur le socle qu'on avait déjà.

Pour la deuxième partie donc concernant les utilisateurs réfractaires. En fait on a une mesure de départ, suite à notre expérimentation, qui nous a montré qu'on avait, enfin « réfractaires » entre guillemets, réfractaire c'est vraiment réfractaire pur et dur, c'est la personne qui ne veut pas y aller par principe. Alors en conduite du changement, les consignes qui sont données c'est qu'en fait la conduite du changement elle ne s'adresse pas aux gens qui sont déjà convaincus et pas aux gens qui sont dans la phase réfractaire. Si quelqu'un ne veut pas migrer par principe, vous allez avoir beaucoup de mal à l'y contraindre, à l'y pousser, c'est-à-dire cette personne-là, de changer, pour arriver à surmonter le changement. Le reste, et c'est la majeure partie des utilisateurs, ce sont des gens qui sont plutôt pour mais avec réserve, parce que j'ai des macros, parce que j'ai, etc. Et l'autre partie qui est plutôt contre parce que j'ai beaucoup de macros, parce que j'anticipe beaucoup de problèmes avec les documents. Ce n'est pas tellement les dispositifs de conduite du changement, on ne s'occupe pas forcément tellement des réfractaires. Après on mesure quand même. Je n'ai pas les chiffres précis pour les réfractaires, sauf sur l'expérimentation, je sais qu'on était de l'ordre de 10 % de réfractaires purs et durs qui n'exprimaient pas de raisons tangibles ou qui n'expliquaient pas pourquoi ils étaient réfractaires. Près de 10 % au moment des questionnaires et de l'expérimentation. Aujourd'hui, il faudrait que je regarde les chiffres, mais je pense qu'on est un petit peu en deçà de ça.

Public : Bonjour. Je voudrais vous demander, expérimentalement, quelle est la complexité des macro envisagées ? Est-ce qu'il y a des macros, je ne sais pas moi, avec des interfaces graphiques par exemple ? Des trucs qui seront quand même vraiment très difficiles à migrer, ou bien est-ce qu'on est dans le parsing de documents et qu'on reste dans des trucs relativement raisonnables, on va dire ?

Éric Ficheux : D'accord. En fait je vais faire une réponse assez vague, mais grosso modo on a de tout. On a des petites macros qui servent juste à faire de la mise en forme de documents. Et on a aussi des agents qui ont poussé les choses jusqu'à de l’interfaçage avec des solutions métier présentes sur le poste de travail. Il y a vraiment des choses très poussées et qui seront très difficiles à migrer, ça c'est certain. Oui, tout à fait. Il y a un peu de tout. Après, les macros les plus fréquentes, c'est plus pour retravailler de la donnée, pour qu'elle soit filtrée. Un exemple, des données financières, qui sortent d'un logiciel qu'on a qui s’appelle Coriolis, sont souvent retraitées par les agents parce que les exports de cette application, aujourd'hui, ne répondent pas très précisément à leurs besoins. Donc ils re-trient les données, ils les remettent en forme souvent via des macros. Donc c'est là où on va trouver, effectivement, le gros des macros. Ce n'est pas forcément très compliqué, mais ça l'est suffisamment pour demander un petit peu de travail pour être adapté.

Public : Trois questions très courtes. La version utilisée actuellement ?

Éric Ficheux : Aujourd'hui, on est en 4.2, déployée, et on est en train de préparer le déploiement de la 4.4. Normalement on devrait y être, mais on a eu des petits soucis de télédistribution.

Public : Est-ce que vous avez imposé le format ODF en interne ?

Éric Ficheux : Oui.

Public : D’accord. Et puis la troisième. Est-ce que vous avez des utilisateurs qui commencent à vous demander du travail collaboratif, à travailler à plusieurs sur un fichier ?

Éric Ficheux : On en a qui le font déjà.

Public : D'accord.

Éric Ficheux : Merci beaucoup.

Applaudissements

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(04/05/2016 @ 12:09)

Apéro April le 13 mai 2016 à partir de 19h00 dans les locaux de l'April (Paris)  Voir?

13 Mai 2016 - 19:00
13 Mai 2016 - 22:00

Un apéro April ?

Un apéro April consiste à se réunir physiquement afin de se rencontrer, de faire plus ample connaissance, d'échanger, de partager une verre et de quoi manger mais aussi de discuter sur l'actualité et les actions de l'April. Un apéro April est ouvert à toute personne qui souhaite venir, membre de l'April ou pas. N'hésitez pas à venir nous rencontrer.

L'apéro a lieu à Paris notamment parce que le local s'y trouve ainsi que les permanents et de nombreux actifs. Membre ou pas de l'April vous êtes les bienvenus. Contactez-nous pour organiser un Apéro April dans votre région.

Quand et quoi

Le prochain apéro parisien aura lieu le vendredi 13 mai 2016 à partir de 19h00 dans les locaux de l'April au 44/46 rue de l'ouest, bâtiment 8, 75014 Paris (entrée possible par la place de la Catalogne, à gauche du biocop, au niveau des autolib), le téléphone du local est le 01 78 76 92 80 en cas de besoin.

En ouverture de l'apéro nous ferons un court point sur les dossiers/actions en cours.

Pour tous les détails et vous inscrire rendez-vous sur le pad.

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(04/05/2016 @ 10:41)

Rencontrez l'association April à Marseille le samedi 21 mai 2016  Voir?

21 Mai 2016 - 15:00
21 Mai 2016 - 17:00

À l’invitation du CercLL, l’association April sera présente le samedi 21 mai 2016 à 15h00 dans la salle d' Arsenic au 18 rue Colbert 13001 à Marseille.

Une conférence présentant l'association, son rôle, ses enjeux, ses moyens ainsi que les dossiers d'actualité sur lesquels travaillent ses permanents, sera donnée par une des administratrices de l'April, Magali Garnero, alias Bookynette. La conférence sera suivie d'une séance de questions-réponses et pourquoi pas d'un brainstorming pour envisager l'avenir.

Petit apéro pour bien finir la journée!

Bookynette, membre de l'April depuis 2007, au CA depuis 2012, a commencé dans le groupe de Travail transcriptions où elle s'est épanouie pendant 8 ans, se formant aux arguments éthiques du logiciel libre tout en transcrivant de nombreux conférenciers et interviewés. Elle s'active aussi dans les groupes sensibilisation, animation et diversité ainsi que dans les campagnes Candidats.fr afin de sensibiliser les futurs élus. C'est grâce à son engagement dans le projet de l'Agenda du Libre, qu'elle a rencontré Christian Delage, modérateur de l'Agenda et libriste de Cercll, qui a eu la gentillesse de l'inviter pour parler de l'April.

Cercll (CecLL d’Entraide et Réseau Coopératif autour des Logiciels Libres) est une association loi 1901 qui accueille toute personne désireuse de maîtriser simplement, de manière responsable et citoyenne et en toute liberté l’univers informatique. Pas tous forcément des informaticiens chevronnés, les membres du GULL ont divers niveau de compétences, mais le sujet les passionne, et il leur parait important de se réunir régulièrement. Outre la bonne humeur, ils cultivent une philosophie liée à la liberté de chacun et veulent la partager au travers de la découverte et l’utilisation de logiciels libres. Localement, outre les activités régulières, « install party », etc., ils essayent de participer aux diverses manifestations qui peuvent se dérouler dans leur région pour présenter et promouvoir le logiciel libre.

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(03/05/2016 @ 12:51)

Apéro Actux / April à Rennes le 2 juin 2016 à partir de 19h00  Voir?

2 Juin 2016 - 19:00
2 Juin 2016 - 23:00

Un apéro April ?

Un apéro April consiste à se réunir physiquement afin de se rencontrer, de faire plus ample connaissance avec le logiciel libre et l'April, d'échanger, de partager le verre de l'amitié et manger ce qui l'accompagne. C'est aussi l'occasion pour l'association et de discuter sur l'actualité et les actions de l'April.

Un apéro April est ouvert à toute personne qui souhaite venir, membre de l'April ou pas, novice ou amateur d'informatique. N'hésitez pas à venir nous rencontrer : la liberté informatique ne s'use que lorsqu'on ne s'en sert pas !

Apéro Actux / April

L'association Actux (Actions pour le Libre à Rennes) a la gentillesse de nous permettre de partager leur Apéro du Libre du 2 juin 2016 à partir de 19h00 à Rennes.

L'apéro du libre se déroule au Papier timbré.

Frédéric Couchet, délégué général de l'April, participera à cet apéro. En ouverture de l'apéro il fera un court point sur les dossiers/actions en cours

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(03/05/2016 @ 11:14)

Un livre électronique verrouillé par un DRM sera toujours un recul comparé à un livre imprimé (vidéo)  Voir?

Les DRM sont des menottes numériques que la loi interdit de contourner

Dans le cadre de la Journée internationale contre les DRM (« menottes numériques ») ce 3 mai 2016, la vidéo concernant la question des livres électroniques et des DRM, réalisée par l'April, est toujours d'actualité.

Cette journée est l'occasion de rappeler à quel point ces menottes numériques sont dangereuses pour les utilisateurs comme pour les développeurs de logiciels libres, et empêchent des usages, pourtant tout à fait légitimes, des œuvres.

Le paysage des livres électroniques n'a pas beaucoup changé depuis l'an dernier. La vidéo que nous avions diffusée en 2015, pour attirer l'attention sur la question des DRM, est toujours d'actualité. Nous la publions à nouveau pour marquer cette journée internationale contre les DRM.

Les DRM réduisent grandement les droits des lecteurs et font que, justement, un livre électronique n'est pas équivalent à un livre imprimé. Avec un livre électronique sans DRM, l'utilisateur a globalement les mêmes droits que ceux dont il dispose avec un livre papier (possibilité de le prêter, de le lire autant de fois qu'il le souhaite, en tout lieu ou sur tout périphérique, ... ), alors qu'avec un livre électronique verrouillé par un DRM l'utilisateur n'a que des droits limités. Regardez, partagez cette vidéo pour aider à informer sur les dangers que représentent les DRM.

Et n'essayez même pas de caler une table bancale avec votre livre électronique.

Les sous-titres de la vidéo : en français et en anglais (format SRT).

Cette vidéo est une première version destinée à être enrichie de vos commentaires éventuels. Le choix du terme compatibilité au lieu d'interopérabilité est volontaire pour cette vidéo destinée à un large public.

Transcription (en anglais, en espagnol)

Voici une libraire… Et ceci est un livre.

Quand la libraire vend un livre à un client, il repart avec et il en fait ce qu'il veut. Normalement, ça ressemble à un truc comme ça. Quand il a fini, il fait généralement ça. Mais il se peut aussi qu'il fasse ça. Soit qu'il le prête, donne ou qu'il le revende. Il a le droit d'en faire tout autre chose… C'est son livre. Plus précisément, c'est sa copie du texte, le papier est à lui. Il en est le propriétaire.

Ceci est une liseuse. C'est une machine qui permet de lire des ebooks. En bon français, on devrait dire livre électronique. Il n'est pas vraiment possible de vous en montrer un. Ça n'a pas de forme. C'est un fichier numérique. Une information qui peut voyager sur plein de supports différents. C'est pour cela qu'en matière de numérique, on parle d'immatériel. Contrairement au livre, un fichier numérique peut-être dupliqué facilement, sans perte de qualité et pour un coût négligeable. Du coup, le partager est très facile. Quand on a l'habitude de vendre des livres, cette facilité à partager des ebooks pose un tas de questions.

Une mauvaise réponse a été apportée à celles-ci. On l'appelle DRM pour Digital Rights Management. En français on parle de MTP, ce qui veut dire « mesure technique de protection », sans qu'on sache trop ce qui est protégé de quoi ou de qui. Un DRM est immatériel lui aussi. Si on veut se le représenter, ce serait un truc comme ça (libraire avec un tshirt DRM) La justification des DRM est de faire que des ebooks se comportent comme des livres. Les DRM sont censés permettre d'éviter qu'ils soient massivement dupliqués et partagés sans que chaque copie soit achetée. Ça pourrait sembler bien mais ça ne l'est pas.

La première raison est que ça va contre la nature des choses. Donc c'est compliqué. Et quand c'est compliqué ça marche mal. Pour lire un ebook avec un DRM il faut avoir du matériel compatible. On est donc obligé d'acheter certaines liseuses et pas d'autres et on est obligé d'avoir le bon logiciel et le bon ordinateur qui fera tourner tout ça. La compatibilité, ce n'est pas le fort d'un DRM. Une fois qu'on a la liseuse, il faut encore que l'ebook qu'on veut lire soit publié sur le matériel qu'on a acheté et le jour où on a envie de changer de liseuse, de fournisseur... nos ebooks ne suivront pas. Le monde des ebook avec DRM ressemble à ça.

La seconde raison pour laquelle les DRM sont une mauvaise solution, c'est qu'ils font plus que d'empêcher la copie. Quand on paye un ebook avec un DRM, on est pas le propriétaire du fichier. On n'a pas le droit de le donner, de le prêter ou de le revendre et il y a tout un tas d'autres conditions d'utilisation qui n'existent pas avec un vrai livre. On n'achète pas un ebook, on loue tout au plus un service de lecture.

La troisième raison est que les DRM vous surveillent. Pour savoir ce que vous lisez, quand, à quelle vitesse, combien de fois, quels passages en particulier et dans quel ordre... Quand vous lisez un ebook, il y a vous, le texte et le DRM qui vous observe.

La quatrième et dernière raison est sans doute la meilleure. Le DRM permet d'effacer vos ebook à distance. Oui, les effacer. Ce n'est pas de la théorie. Amazon avec son Kindle l'a déjà fait plusieurs fois. Les ebooks avec DRM ne sont pas des livres. L'objectif des DRM n'est pas de rétablir un équilibre rompu par le numérique mais de s'en accaparer tous les bénéfices. Les DRM se voudraient des mesure de protection mais ce sont plutôt des menottes numériques. Pour cela ils vous dépouillent, vous exploitent et vous méprisent.

Ce qui se joue aujourd'hui dans avec les ebooks, se retrouve ailleurs, notamment dans la vidéo à la demande ou le jeu vidéo. La loi prévoit que le consommateur soit informé sur la compatibilité de ce qu'il achète , y compris en matière de mesure de protection technique. Exigez cette information lorsque vous achetez. Sachez faire le bon choix. Bannissez les DRM de votre vie.

Traductions

Version anglaise

This is a bookseller... And this is a book.

When the bookseller sells a book to a customer, he leaves the book shop with it and does what he wants with it. Normally, it looks something like this... When he is done reading it , he usually does this. But he could also do that. He can either lend it, give it, or sell it. And he has the right to do whatever he wants with it. It's his book. More precisely, it is his own copy of the text, the paper is his. He owns it.

This is an e-reader. It is a device that makes it possible to read e-books. Properly speaking, we should say, electonic books. It isn't really possible to show an electronic book to you. It neither has shape nor form. It is a digital file, data that can travel on many different storage devices. That's why we talk of intangibles when it comes to the digital world. Contrary to a book, a digital file can easily be duplicated, without any loss of quality and at insignificant cost. This means sharing it is really easy. When one is used to selling books, this ease with which e-books can be shared raises a ton of questions.

A wrong answer was given to these questions. It is called DRM, for Digital Rights Management. , supposedly methods to protection. What is protected from what or from whom is open to question. DRM is also intangible. If one wanted to represent it anyway, it would look something like that. The justification for DRM is to make e-books behave like books. DRM is supposed to prevent them from being massively copied and shared, without every single copy being bought. That could seem right, but it isn't.

The first reason is that it simply goes against how things work the natural order of things. So it's complicated. And when things are complicated, they don't work well. So you have to buy a certain kind of e-reader, and not others, and you need to have the right software and the right computer to make it all work. Compatibility is not DRM's strong suit. And once you have an e-reader, you still need the e-book you want to read to be published specifically for the hardware you bought. And the day you want to change your e-reader or publisher, your e-books won't work.

The second reason why DRM is a bad solution is that it does more than prevent users from copying. When you purchase an e-book with DRM, you do not own the file. Therefore, you can neither give it, nor lend it, nor resell it. And there are tons of other terms of use that do not exist for a real book. You don't actually buy an e-book; at most you only rent a reading service.

The third reason is that DRM tracks you. To know what you read, when, at what speed, how many times, what passages in particular and in what order. When you read an e-book, there is you, the text, and DRM monitoring your actions.

The fourth and last reason is probably the best. DRM can remotely erase your e-books. Yes, erase them. This isn't just theory. Amazon has already done this several times with its Kindle. E-books with DRM are not books. The goal of DRM isn't to reestablish a balance lost with the advent of the digital age, but to hoard all of its benefits. DRM purports to be a protection measure, but it's actually digital handcuffs. It takes from you, exploits you, and treats you with contempt.

What is happening today with e-books can also be seen elsewhere, in particular with video on demand or video games. The law states that the consumers must be informed of the compatibility of what they are buying, and this includes technological measures such as DRM. Demand this information when you shop. Learn to make the right choice. Ban DRM from your life.

Version espagnole

Esto es una librera... Y esto es un libro.

Cuando la librera vende un libro a un cliente, éste último se marcha con el libro y hace de él lo que quiere. Normalmente, se parece a algo así. Cuando acaba, en general, hace esto. Pero quizás haga esto también. O sea, lo presta, lo regala o lo revende. Tiene el derecho a hacer cualquier otra cosa... Es su libro. Más precisamente, es su copia del texto, el papel es suyo. Él es el propietario.

Esto es un ereader. Es un aparato que permite leer ebooks. En castellano castizo deberíamos decir un libro electrónico. No es posible enseñarles uno. No tiene forma. Es un archivo digital. Una información que puede viajar en una multitud de soportes diferentes. Es por eso que en el ámbito digital se habla de algo inmaterial. Al contrario del libro, un archivo digital puede ser duplicado fácilmente, sin pérdida de calidad y a menor coste. Por lo tanto, compartirlo es muy fácil. Cuando acostumbramos a vender libros, esta facilidad para compartir ebooks plantea un montón de cuestiones.

Se les ha dado una respuesta equivocada. Se le llama DRM por Digital Rights Management, o sea, una medida técnica de protección, sin que se sepa muy bien lo que se protege y de qué o de quién. Un DRM es una cosa inmaterial también. Si queremos hacernos una idea, sería una cosa así (librera con una camiseta DRM). La justificación de los DRM es hacer que los ebooks se comporten como libros. Se supone que los DRM permiten evitar que se dupliquen masivamente y que se compartan sin comprar cada copia. Podría parecer una buena idea, pero no lo es.

La primera razón es que va en contra de la naturaleza de las cosas. Por lo tanto es complicado. Y cuando algo es complicado, funciona mal. Para leer un ebook con DRM hay que tener material compatible. Estamos obligados pues a comprar ereaders concretos y no otros y estamos obligados a tener el software adecuado y el ordenador adecuado que harán que todo esto funcione. La compatibilidad no es el punto fuerte de un DRM. Una vez tenemos el ereader, aún es necesario que el ebook que queremos leer sea publicado con el material que hemos comprado y el día en el que queramos cambiar de ereader o de proveedor... nuestros ebooks no seguirán. El mundo de los ebook con DRM se parece a esto.

La segunda razón por la que los DRM son una solución equivocada, es que hace más que impedir la copia. Cuando pagamos por un ebook con DRM, no somos los propietarios del fichero. No tenemos el derecho de darlo, de prestarlo o de revenderlo y hay un montón de condiciones de uso que no existen con un libro de verdad. No compramos un ebook: como mucho alquilamos un servicio de lectura.

La tercera razón es que los DRM os vigilan. Para saber qué es lo que estáis leyendo, cuando, con qué velocidad, cuántas veces, qué partes en concreto y en qué orden... Cuando estáis leyendo un ebook, estáis vosotros, el texto y el DRM que os observa.

La cuarta y última razón es sin duda la mejor. El DRM permite borrar vuestros ebooks de manera remota. Sí, borrarlos. No es teoría. Amazon con su Kindle ya lo ha hecho varias veces. El objetivo de los DRM no es restablecer un equilibrio roto por lo digital sino acapararse todos los beneficios. Los DRM se presentan como medidas de protección pero son más bien esposas digitales. Para eso, os despojan, os explotan y os desprecian.

Lo que ocurre hoy en día con los ebooks, ocurre en otros ámbitos, en particular el del vídeo a la demanda o los vídeojuegos. La ley preve que el consumidor sea informado sobre la compatibilidad de lo que compra, incluso en términos de medidas de protección técnica. Exigid esta información cuando compréis. Debéis saber hacer la buena elección. Desterrad los DRM de vuestra vida.

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(03/05/2016 @ 09:25)

Revue de presse de l'April pour la semaine 17 de l'année 2016  Voir?

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 17

[LeMagIT] OS, poste de travail, suite bureautique: osez les alternatives!

Par Gene Demaitre, le vendredi 29 avril 2016. Extrait:
> Les administrateurs réfléchissant à des alternatives libres aux postes de travail Windows devraient savoir ce qu’offre déjà la communauté.
Lien vers l'article original: http://www.lemagit.fr/conseil/OS-poste-de-travail-et-suite-bureautique-oser-les-alternatives

[Télérama] Hadopi supprimée en 2022: “Je ne m'attendais pas à ce que l'amendement passe”

Par Olivier Tesquet, le vendredi 29 avril 2016. Extrait:
> La député Isabelle Attard a réussi, à la surprise générale, a faire passer un amendement qui prévoit en 2022 la fin de la haute autorité chargée de la lutte contre le téléchargement illégal. Elle s'en explique.
Lien vers l'article original: http://www.telerama.fr/medias/hadopi-supprimee-en-2022-je-ne-m-attendais-pas-a-ce-que-l-amendement-passe,141720.php

[Next INpact] Loi Numérique: les sénateurs grillent la priorité au logiciel libre

Par Marc Rees, le jeudi 28 avril 2016. Extrait:
> Dans le cadre des débats autour du projet de loi Lemaire, les sénateurs ont finalement refusé d’accorder la priorité au logiciel libre dans la vie des administrations. En lieu et place, ils ont adopté un amendement du groupe socialiste se limitant à encourager ces licences.
Lien vers l'article original: http://www.nextinpact.com/news/99643-loi-numerique-senateurs-grillent-priorite-au-logiciel-libre.htm

Et aussi:
[Silicon.fr] Le logiciel libre repart à l'assaut de la loi Numérique
[Numerama] Priorité au logiciel libre dans l'administration: le Sénat vote un texte mou
[Developpez.com] Sénat: un amendement réintroduit une disposition visant à promouvoir le logiciel libre et les formats ouverts
[L'Informaticien] Loi République numérique: domaine public, logiciel libre… on ampute à tout-va au Sénat

Voir aussi:
Le Sénat adopte une simple «déclaration de bonnes intentions» sur le logiciel libre

[Libération.fr] Grâce au numérique, le mouvement perpétuel

Par Amaelle Guiton, le jeudi 28 avril 2016. Extrait:
> La création de plusieurs outils, dont la nouvelle version du site mise en ligne mercredi, vise à soutenir les rassemblements et à prolonger la lutte sur Internet.
Lien vers l'article original: http://www.liberation.fr/france/2016/04/28/grace-au-numerique-le-mouvement-perpetuel_1449290

Et aussi:
[ZDNet] Sous les pavés Nuit Debout, la plage des logiciels libres

[ZDNet] Bureautique: le format ODF recommandé dans les administrations

Par Thierry Noisette, le lundi 25 avril 2016. Extrait:
> La nouvelle version du référentiel général d'interopérabilité recommande le format ODF dans les administrations et pointe les défauts de l'OOXML de Microsoft. Le RGI s'appuie par ailleurs sur Wikipedia.
Lien vers l'article original: http://www.zdnet.fr/actualites/bureautique-le-format-odf-recommande-dans-les-administrations-39836012.htm

Et aussi:
[CIO] Le RGI 2.0 consacre les formats ouverts et les nouveaux standards

Voir aussi:
Approbation du RGI v 2.0, l'April salue le travail de la DISIC/DINSIC

[Next INpact] Au Sénat, nouvelle charge contre l'ouverture des codes sources des administrations

Par Xavier Berne, le mercredi 25 avril 2016. Extrait:
> Alors que les discussions relatives au projet de loi Numérique doivent débuter demain au Sénat, un parlementaire vient de déposer un amendement s’opposant à l’ouverture du code source des administrations – au travers d’une argumentation qui risque d'en laisser plus d'un pantois.
Lien vers l'article original: http://www.nextinpact.com/news/99591-au-senat-nouvelle-charge-contre-l-ouverture-codes-sources-administrations.htm

Voir aussi:
La communicabilité des codes sources des administrations encore plus restreinte
Soutenez une réelle communicabilité des codes sources des administrations

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

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(02/05/2016 @ 16:54)

Quoi de neuf chez Framasoft ? - Radio RMLL 2015  Voir?


Framasoft

Titre : Quoi de neuf chez Framasoft ? Framasoft 2015.
Intervenants : Pierre-Yves Gosset - Pouhiou - Quesch
Lieu : Radio RMLL 2015 - Beauvais
Date : Juillet 2015
Durée : 41 min 35
Pour écouter le podcast

Transcription

Quesch : On est sur radio RMLL, on est en direct depuis Beauvais, depuis l'antenne universitaire de Beauvais, et on est avec ?

Pouhiou : Avec Pouhiou.

Quesch : Avec Pouhiou. Et ?

Pierre-Yves : Pierre-Yves.

Quesch : Et Pierre-Yves, de Framasoft ?

Pierre-Yves : Tout à fait.

Quesch : Tout à fait. Voilà. Ensemble. Et donc Framasoft, pour les personnes qui ne connaissent pas du tout ?

Pierre-Yves : Qu'est-ce que c'est ? C'est ça ta question ?

Quesch : Oui. Qu'est-ce que c'est ?

Pierre-Yves : Framasoft1, c'est un réseau de sites web, c'est aussi une communauté et c'est aussi une association qui visent, toutes les trois, à promouvoir le logiciel libre et la culture libre par le biais de différentes actions, depuis maintenant plus d'une dizaine d'années.

Pouhiou : En gros, l'idée c'est vraiment d’essayer de faire un peu le trait d'union entre cette magnifique communauté du Libre qui crée du logiciel, qui crée de la culture, qui crée tout un tas de créations de l'esprit, et d'amener toutes ces créations vers M. et Mme Tout-le-Monde qu'on appelle, nous, M. et Mme Dupuis-Morizot.

Pierre-Yves : Parce que les pauvres M.et Mme Michu !

Pouhiou : Ils en ont marre.

Pierre-Yves : Ils en ont marre.

Quesch : La grosse campagne par rapport à ce que tu nous disais Pierre-Yves, on a Dégooglisons Internet.

Pierre-Yves : Oui, qui est une campagne qu'on a lancée en octobre 2014, donc ça ne fait pas si longtemps que ça, qu'on avait annoncée, d'ailleurs, aux RMLL 20142, sont triples. C'est de, premièrement, sensibiliser le grand public aux dangers de la centralisation du web, c'est-à-dire que, aujourd'hui, comment est-ce qu'on fait pour ne pas aller dans l'espèce de trou noir, d'aspirateur à données, que sont GAFAM c'est-à-dire Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft, et, un petit peu prévenir le public. Ça, c'est l'objet du site web.

Le deuxième objectif qu'on a c'est de démontrer, donc là, c'est un petit peu plus ambitieux, puisqu'il s'agit de mettre en face de chaque service de Google, Facebook, etc., un service libre, parce qu'il y a des alternatives libres qui permettent de quitter Google, de quitter Facebook, etc., mais ça prend du temps, c'est un petit peu compliqué, parfois, à installer, etc. Et donc, exactement comme le disait Pouhiou, nous, Framasoft, on essaye d’être le trait d'union, la porte d'entrée, pour montrer, regarder un petit peu comment ça fonctionne, par exemple Diaspora par rapport à Facebook ou par rapport à Twitter. Regarder comment fonctionne EtherPad, Framapad par rapport à Google Docs, etc. Là, aujourd’hui, sur ce deuxième objectif de démonstration, on en est à peu près à un tiers, un quart du chemin, puisqu'on a prévu d'étaler ça sur trois ans. On a déjà plus d'une dizaine de services, mais il y en a encore des dizaines qui vont sortir les années à venir.

Et le troisième objectif de cette campagne Dégooglisons c'est d’essaimer. C'est-à-dire qu'on ne vise pas du tout, évidemment,

Quesch : De devenir un autre Google.

Pierre-Yves : Voilà exactement. La blague qui court en ce moment, c'est comment est-ce qu'on va « déframasoftiser » Internet. L'idée, évidemment, c'est d'essayer de construire un réseau d'acteurs indépendants, libres, engagés, qui vont, ensuite, pouvoir prendre le relais de nos actions en attendant qu'on ait tous des FreedomBox, des boîtes internet, des Cozy Cloud, etc., qui fonctionnent chez chacun. Donc voilà, c'est ça le projet Dégooglisons Internet.

Pouhiou : Il faut bien se rendre compte que, évidemment, on ne se pose pas du tout en concurrence, ce serait ridicule. En gros, le budget annuel de Framasoft, c'est 2,7 secondes du chiffre d'affaires annuel de Google.

Quesch : Deux secondes ?

Pierre-Yves : 2,7. N'oublie pas ! Excuse-moi !

Pouhiou : On n’est pas loin des trois. Si tu arrondis, tu arrondis à trois.

Quesch : Ce n'est pas possible !

Pouhiou : Donc clairement, on ne va pas se poser en concurrent. Mais par contre, on peut montrer que c'est possible, donner envie aux gens et faire en sorte qu'il y ait de plus en plus de possibilités.

Quesch : C'est vrai que c'est intéressant quand on parle. Juste l'Etherpad, eh bien on sait que ça fonctionne, on sait que c'est intéressant, mais c'est encore mieux de montrer par l'exemple. Voilà, tu peux aller sur un pad, ça montre.

Pierre-Yves : Le principe est très simple. C'est que, pour installer Etherpad, ce n'est pas, non plus, d'une simplicité, justement ce n'est pas très accessible à M. et Mme Dupuis-Morizot. L'idée c'est de dire « allez-y, testez sur Framapad comment fonctionne Etherpad ». Vous voyez que ça fonctionne, vous l'utilisez. Finalement le besoin se crée lui-même et vous répondez à ce besoin via un outil libre et puis le jour où vous dites « mais je passe ma journée à créer des pads chez Framapad, chez Framasoft, autant l'installer ». Et là, du coup, on fournit des tutoriels, qui sont en français, qui sont grand public, sur lesquels on fait, d'ailleurs, un parallèle avec l'agriculture, puisqu'on explique qu'il faut, un petit peu, préparer la terre.

Quesch : Cultiver son jardin.

Pierre-Yves : Exactement, c'est très candide. Et à un moment donné, il faut savoir se prendre en main et être acteur, vu que tout l'objet, finalement, de Framasoft et de pas mal d'autres associations du Libre, c'est de savoir comment est-ce qu'on passe de la société de consommation à la société de contribution. Donc, il faut devenir contributeur et acteur.

Quesch : En parlant de contribution avec les contributrices, contributeurs, Pouhiou, ton rôle dans Framasoft, c'est quoi exactement ?

Pouhiou : Justement ça va être, d'une part, d'aider à communiquer vers M. et Mme Dupuis-Morizot, vers la famille Dupuis-Morizot, parce que c'est une famille très élargie, on est tous un peu Dupuis-Morizot,

Quesch : Dix-huit enfants apparemment.

Pouhiou : Hou là, si tu savais !

Quesch : D'après les dernières infos.

Pouhiou : Enfin voilà, l'idée ça va être, donc, de communiquer vers le grand public, donc d'aider à faire, eh bien des articles blog, des communiqués de presse, etc. Mais une grande partie aussi de mon travail va être, justement, d’accueillir les nouvelles énergies et de les aider à s'exprimer au mieux chez Framasoft. L'idée de Framasoft, en fait, c'est qu'on a une association, avec des bénévoles de l'association, qui sont là pour mettre les murs de la maison, pour faire le ménage, pour que la maison soit prête et dispo, afin que tout un tas de personnes bénévoles rentrent dans cette maison et viennent y soutenir les projets déjà existants, y créer des projets, etc. Nous, on a envie d'offrir cette liberté aux personnes qui veulent démocratiser, promouvoir du Libre, et nous on bosse pour ça. Et j'essaie donc, en fait, de faire le lien entre les personnes qui rentrent dans la maison et celles qui continuent à l’entretenir pour qu'on rajoute des étages.

Quesch : OK. Animation de la communauté.

Pouhiou : Exactement. Donc typiquement, on a un forum, maintenant, des bénévoles, qui s’appelle FramaColibri.org3, en hommage à ce magnifique réseau Colibri qu'on porte dans notre cœur, et surtout en hommage à cette petite légende du colibri. Tu sais, il y un incendie dans la forêt, tous les animaux fuient, et puis il y a un animal qui voit le colibri qui fait des aller-retour entre le lac et la forêt. Il fait : « Qu'est-ce que tu fais ? Qu'est-ce que tu fais ? » Il voit qu'il apporte une goutte, à chaque fois, de l'eau du lac pour essayer d'éteindre. Mais il fait : « Tu n'y arriveras jamais ». Et le colibri le regarde et fait : « Je fais ma part, tout simplement ! » Et donc voilà, si tu veux venir, si tu veux faire ta part ça comptera. C'est avec des gouttes d'eau qu'on fait des Dégooglisons Internet. Donc, on a ce forum-là que j'essaie d’animer, et j'essaie de faire ce lien-là.

Pierre-Yves : Tout à fait. Justement, on a fait, un petit peu, ce pari-là, de se dire qu'il manque souvent, dans les communautés du logiciel libre, des capacités d'accueil et de médiation avec le public. C'est quelque chose que nous on a constaté, évidemment depuis des années, sur lequel Framasoft n’était pourtant pas la pire. Je ne juge pas les autres associations, mais on faisait, nativement, on portait beaucoup.

Pouhiou : On portait une attention.

Pierre-Yves : C’était dans l'ADN de Framasoft de faire attention au public, mais on s'est dit qu'on n’était pas forcément très bons, et surtout pas à niveau des demandes et des propositions d'aide qu'on pouvait recevoir. Donc on s'est dit « il manque vraiment quelqu’un qui puisse le faire ». Soit on a une communauté de plusieurs milliers de bénévoles et, entre guillemets, « ça tourne et c'est organisé ». Framasoft ce n'est pas ça du tout. On est plutôt, on va dire, un groupe de potes qui se disent « bon, voilà, on va se lancer dans la Dégooglisation d'Internet, c'est rigolo, c'est sympa ». Sauf que, évidemment, quand le projet prend forme, prend corps, et qu'il se développe, on voit bien que, justement, il faut savoir attirer d'autres personnes et leur dire « eh bien, par exemple, tu peux nous aider, là, sur une traduction, là tu peux nous aider ».

Pouhiou : On a besoin d'un tutoriel.

Pierre-Yves : Voilà, on a besoin d'un tutoriel, on a besoin, un petit peu, d'aide en adminsys sur tel logiciel qu'on ne connaît pas très bien, etc. Et c'est comme ça qu'on agrandit la famille et le nombre de personnes qui viennent dans cette maison dont parlait Pouhiou tout à l'heure.

Pouhiou : Il faut bien se rendre compte, alors d'une part, que nous, on a eu une surprise formidable, c'est que, quand on a lancé Dégooglisons Internet, c'était un pari fou, à l'origine.

Pierre-Yves : On avait bu. Disons-le on avait bu.

Pouhiou : Chut ! Ne dévoile pas nos secrets de potion magique. Donc oui, quand on a lancé Dégooglisons Internet, c'était un pari fou. Il y a eu un véritable engouement, et on a eu des propositions d'aide qui ont afflué de partout mais qui nous ont submergés. Parce que nous, déjà, on s'est lancés bille en tête dans ce projet, donc on était déjà submergés de travail par ce projet-là.

Quesch : Quand tu vois la liste des outils à mettre !

Pouhiou : Ah oui.

Pierre-Yves : On n'a peur de rien.

Pouhiou : Et on a eu des propositions d'aide qui ont afflué de toutes parts. On n'a pas forcément su y répondre parce qu'on s'est faits submerger, et du coup, on a vu qu'il y avait ce besoin, cette envie-là de partager et, de toutes façons, Dégooglisons Internet, on n'y arrivera pas sans vous. C'est évident. C'est-à-dire qu'il faut absolument que ce projet vous vous en empariez, que ce soit en partageant pour informer et sensibiliser les gens aux dangers de GAFAM. Bien sûr on entend Snowden, les révélations de Snowden, bien sûr on voit les horreurs de la loi renseignement et de tout un tas d'autres lois liberticides et scélérates, mais, quand bien même, il y a le besoin de rappeler « attention, il y a des aspirateurs à données, il y a des entreprises, la première et la deuxième capitalisation boursière au monde, Apple et Google, respectivement, qui font quelque chose de très grave ». Donc il faut que vous partagiez, il faut que vous participiez, si vous voulez venir vous relever les manches, parce qu'on a besoin de tout le monde, et si jamais vous pouvez aussi donner des sous parce que c'est ainsi aussi que Framasoft vit.

Quesch : Donc il y a des campagnes de dons ?

Pierre-Yves : Alors, sur les campagnes, elles sont, en fait, plus ou moins permanentes. À partir du moment où on a lancé ce projet-là, on s'est dit qu'il fallait réussir le pari, et que ça allait nous demander pas mal d'argent, en fait essentiellement pour embaucher et créer de l'emploi. Si on veut employer les termes économiquement « novlaguiesques », nous avons créé de l'emploi. L'idée, évidemment, de rester toujours sous forme associative et sur une petite structure, mais il faut de l'argent pour les serveurs et pour les salaires. Ce sont, essentiellement, les deux postes de dépenses qu'on a. Nos comptes sont publiés sur le réseau Framasoft, ils sont accessibles publiquement.

Quesch : Framacomptes ? Je ne sais pas !

Pierre-Yves : On pourrait. Si je me souviens bien c'est sur contact.framasoft.org/asso4. Voilà. Enfin vous cherchez, vous trouvez.

Quesch : Beaucoup trop compliqué. Framacomptes, ça devrait être !

Pierre-Yves : Framacomptes. Voilà. On y pensera. On va finir par monter une boite de noms de domaine, à force d'en acheter. Donc la campagne, elle est permanente. Par contre là, le projet était lancé en octobre 2014, eh bien à l’occasion de ces RMLL 2015, à Beauvais, ce qu'on voulait c’était faire un point. Neuf mois après où est-ce qu'on en est ? Qu'est-ce qu'on a fait ces neuf derniers mois ? Et puis, eh bien qu'est-ce qui va venir dans les trois/quatre mois qui viennent, pour que, un an après le lancement de la campagne, on puisse dire « bon, alors qu'est-ce qu'on a foutu ces neuf derniers mois ? » Eh bien on a sorti plein de sites.

Pouhiou : Un réseau social. Un moteur de recherche.

Pierre-Yves : Framasphère.

Quesch : Réseau social ? Réseau social c'est Framasphère ?

Pierre-Yves : Framasphère5, qui est basé sur Diaspora.

Quesch : Donc c'est un nœud Diaspora ?

Pierre-Yves : C'est un pod Diaspora, donc un nœud diaspora, effectivement. Si vous êtes inscrit sur Framasphère, évidemment, vous pouvez dialoguer avec des gens qui sont sur JoinDiaspora, des gens qui sont sur Diaspora Brésil, diaspora.de, etc. Donc l'idée, c'est évidemment d’avoir un réseau social, et ce qu'on espère encore une fois, c'est vraiment l'objectif, c'est que les gens utilisent les tutoriels qu'on a faits pour pouvoir installer leur propre pod Diaspora et ça commence à se faire. Enfin là, on avait eu la bonne nouvelle du parti politique Nouvelle Donne qui a installé son propre pod Diaspora pour éviter d’envoyer, évidemment les gens proches de Nouvelle Donne sur Facebook, qui, évidemment, aurait pu les suivre, collecter de l'information, tracer, faire les profils, etc. Donc ils ont monté leur propre pod Diaspora. Ils nous avaient envoyé un petit mail en disant : « On a utilisé, un petit peu, le tuto et la démarche de Framasoft, etc. » Donc ça, ça fait toujours plaisir.

EtherPad, donc Framapad6, qui est un outil de rédaction collaborative, qui est basé sur un logiciel libre qui s'appelle EtherPad. Il y a quand même deux choses importantes cette année. La première, c'est qu'on voit une explosion du nombre d'utilisations des pads. Aujourd'hui on est quasiment à mille pads créés par jour. Donc, quand on commence à créer vingt-cinq mille à trente mille pads par mois, eh bien il faut assumer et on a fait pas mal d'adaptations sur EtherPad pour ça. Donc on propose des choses qui permettent, par exemple, de créer un pad qui va être valable pendant six mois et, au bout de six mois sans modification, le pad est détruit parce que, forcément, nous on n'a pas pour but d'archiver la France entière ou le monde entier. La deuxième chose c'est qu'on prévoit, dans quelques semaines, dans trois/quatre semaines, à la fin du mois, la sortie d'un plugin qui s'appelle MyPads, dont on avait lancé le financement participatif il y a un an tout rond, et donc, un an après, les gens qui ont donné à MyPads vont voir le plugin MyPads sortir. J'en ferai une démonstration, tout à l'heure, à quinze heures.

Pouhiou : Vingt.

Pierre-Yves : Quinze heures vingt, dans l'amphi Bunuel, de l'IUT, de Beauvais.

Quesch : C'est dans l'amphi, d'accord.

Pierre-Yves : Ouais. Et donc, je vais faire une conf Dégooglisons, et j'en profiterai pour montrer MyPads.

Pouhiou : C'est ça, pour moi, une des grandes réussites de cette campagne. Si tu veux, c'est que, en montrant « tenez, regardez, il y a un logiciel libre qui s'appelle EtherPad, qui peut vous permettre de remplacer Google Docs et d’écrire de manière collaborative ». et les gens s'en emparent, il y a un véritable engouement. Du coup le logiciel prend de l'importance, prend de la valeur parce qu'il est utilisé, et du coup, les gens sont venus, ont accepté de financer un bout de code en plus, un gros bout de code, je crois qu'on est à plus de soixante mille lignes de code sur MyPads, donc c'est un énorme bout de code, pour avoir des fonctionnalités qui n'étaient pas disponibles. Là c'est très important de dire « regardez, plus on utilise du logiciel libre, plus on le dissémine, plus il prend de la valeur et plus il va s’améliorer et avoir des fonctionnalités. »

Quesch : Et en plus on peut participer au développement.

Pierre-Yves : Oui, vous pouvez. Il est publié sur notre GitLab, qui est un autre projet qu'on a sorti cette année, vu qu'on a sorti notre propre forge logicielle. On a quitté GitHub, qui reste, lui aussi, un aspirateur à données, qui, malheureusement pour les développeurs, est devenu quasiment un incontournable, et on souhaiterait qu'il redevienne contournable. Donc il y a un projet en logiciel libre qui s'appelle GitLab, qui s'installe quand même assez facilement. Au départ, GitLab fonctionnait uniquement pour Framasoft, donc on a migré nos projets GitHub vers notre GitLab, sur ghit.framasoft.org7. Et puis, quand Google code a annoncé qu'ils allaient fermer leurs portes, on s'est dit « bon, eh bien, OK, nous on va ouvrir les nôtres ! » Et on a ouvert notre GitLab à tout le monde. C’était au mois de mars, on est début juillet, aujourd’hui on héberge plus de mille projets logiciels sur notre forge logicielle. On a vu des gens, on peut le dire, ce n'est pas un secret, des gens d'Etalab déposer des bouts de code dessus, etc. Donc ça participe à la réflexion de tout ça. Ce que je voulais dire aussi sur Mypads, c'est que, évidemment, ça va fonctionner avec Framapad, mais on est bien d’accord que le code est libre. Et surtout, on a quand même beaucoup investi de temps et d’énergie, surtout Fabien, le développeur, pour faire en sorte que ça fonctionne en tant que plugin EtherPad. Ça veut dire que lorsque vous avez votre instance d'EtherPad installée chez vous, dans votre entreprise, etc., vous allez pousser un bouton, pour installer Mypads, et ça va fonctionner. Point barre.

Quesch : D'accord. Donc là, si on gère un EtherPad, il faut qu'il soit à jour, déjà.

Pierre-Yves : Oui. Voilà. Tu vas sur, je ne sais pas, pad.laquadraturedunet, la quadrature.net/admin/plugin et, évidemment, il faut être l'admin du site, tu as un login, un mot de passe à rentrer, évidemment.

Quesch : Je viens de tester, ça ne marche pas, là.

Pierre-Yves : Eh bien oui, forcément. À mon avis, je ne suis pas sûr qu'ils t'auraient filé les logins et les mots de passe de la Quadrature. Ça ne m’étonne pas plus que ça.

Quesch : C'est bizarre ça.

Pierre-Yves : Pareil pour le pad.april.org, etc. Et donc les administrateurs du pad ont juste un bouton à pousser pour installer Mypads, et donc, le gros intérêt derrière, c'est qu'il y a une énorme communauté de gens qui utilisent des pads partout sur la planète. Notamment, nous on a travaillé un petit peu avec la SNCF pour ça, et qui ont des besoins justement, pour rendre ces pads privés à un public type. Ça va être le public, évidemment, éducation, derrière, pour voilà, dans les écoles, pour faire en sorte de grouper ces pads, et puis on arrêtera de les perdre, aussi, ce sera quand même vachement pratique.

Quesch : Un professeur. Oui, parce que c'est vrai que c'est intéressant d'avoir des pads et de pouvoir les grouper.

Pierre-Yves : Eh bien voilà. C'est ça.

Pouhiou : Et puis même, un professeur pourra créer des groupes d'utilisateurs dans son MyPads, des groupes d'utilisateurs, donc la classe de 5ème B, la classe de 4ème A, la classe de seconde 2, tu vois, et, par groupe, ce groupe aura un classeur de pads qui lui sera partagé, dont le professeur serait l'admin. Je pense que ça peut vraiment être très utile et on a parlé avec des gens de l’Éducation nationale, enfin des gens travaillant dans l’Éducation nationale, ça semble très attendu.

Quesch : Ouais. D'accord. Et donc ça va être disponible ?

Pierre-Yves : Fin juillet. Officiellement, on va le rendre public, ça ne sert pas à grand-chose de faire une annonce fin juillet, début août. Il n'y aura pas grand monde pour la voir. Donc on va sans doute attendre septembre ou début octobre.

Quesch : En bêta ?

Pierre-Yves : C'est déjà disponible en bêta.

Pouhiou : Et là, on vient de publier un article Framablog aujourd'hui pour dire où on en était, parce qu'on rend compte, évidemment régulièrement, des avancées. C'est tout à fait normal, ce sont les gens qui ont financé, c'est normal de leur rendre des comptes. Il ne manque plus que dix fonctionnalités à coder pour arriver à la release candidate. Voilà.

Pierre-Yves : Et donc, dans tous les autres projets qu'on a sortis, je ne vais pas tous les lister parce que ça prendrait un petit temps et je pense que la demi-heure serait trop vite écoulée, mais on a sorti aussi, alors des petits outils, des raccourcisseurs d'URL, un catalogue OPDS. Donc, un catalogue OPDS, c'est ce qui permet d'avoir une bibliothèque, finalement, d'ouvrages libres sur sa liseuse.

Pouhiou : Sur son téléphone, sa tablette.

Pierre-Yves : Ou sur son téléphone, etc. On a sorti quoi d'autre, Pouhiou ?

Pouhiou : On a sorti un hébergeur d'images qui fait du chiffrement. C'est basé sur Zérobin de SebSauvage.

Framabin8, donc, qui permet de partager, en gros, des secrets, puisque c'est du texte qui va être chiffré de bout en bout. Nous on ne peut rien savoir de ce vous mettez sur notre serveur comme texte, ou comme bout de code, ou comme conversation. Et ce texte-là, vous pouvez décider qu'il s'autodétruira à la première vision, ou au bout de cinq minutes, une heure, un jour, une semaine, un mois, un an. Donc des petits outils comme ça.

Pierre-Yves : Il y a aussi, ça me revient, j'avais perdu le fil, il y a aussi toute une partie améliorations qu'on apporte sur les outils, au fur et à mesure, et donc là, l'idée c'est de dire, eh bien, quand on a sorti un outil dans la campagne Dégooglisons, il faut non seulement le maintenir, mais il faut aussi l'améliorer. Il y a eu pas mal d'améliorations d'outils. Donc, j'ai parlé d'EtherPad, je vais juste en citer deux autres. Il y a le Framindmap9.

Pouhiou : « Framadeite » !

Pierre-Yves : « Framadate », si tu veux ! Ça dépend, je change, des fois ça peut être «date », « Framadate », ça fait très allemand.

Quesch : Pas du tout !

Pierre-Yves : Si, si un petit peu, je t'assure. Et du coup « Framadate », c'est un projet dont on s'attendait à ce qu'il ait un petit peu de succès, mais aujourd'hui c'est plusieurs centaines de sondages qui sont créés chaque jour. C'est devenu, je pense, un vrai concurrent à Doodle et forcément, il y a de grosses attentes des utilisateurs derrière, et l'idée c'est, évidemment, de l'améliorer petit à petit. Et donc là, on a fait aussi des choses qui vont permettre, par exemple, de retrouver ses sondages, quels sont les sondages dont je suis administrateur, de faire du graphe par rapport aux réponses, de prendre en compte les réponses oui, non, si nécessaire, etc.

Pouhiou : Là, tout ça, c'est déjà en test en version bêta. Cette version-là s'appelle openbar, donc openbar.framadate.org, et vous pouvez la tester. Et en plus de ça, on a même des membres qui nous ont fait des tutoriels pour aider les personnes à créer un sondage de dates, puisque, là aussi, si vous n'utilisez plus Doodle, vous pouvez perdre les repères, les habitudes, que vous aviez sur Doodle. Donc voilà, tout simplement un beau sondage, très clair et très précis, c'est tout bête mais ça aide énormément.

Pierre-Yves : Si vous voulez la liste, assistez à ma conf ou revenez voir les vidéos et autres.

Quesch : Sur Framalistes ?

Pierre-Yves : Sur Dégooglisonsinternet.org10

Pouhiou : Dégooglisons tiret internet.

Pierre-Yves : Dégooglisons tiret internet point org. Et, du coup, vous aurez la totalité des services qu'on a mis en place.

Pouhiou : Et qu'on va mettre en place.

Pierre-Yves : Ceux qui sont fonctionnels et ceux qu'on va mettre en place.

Quesch : Et le planning pour les futurs mois.

Pierre-Yves : Parce qu'il y en a plein qui arrivent, là, dans les mois qui viennent.

Pouhiou : Je pense qu'on va beaucoup parler de partage de fichiers à l'automne.

Quesch : Ah Bon ?

Pierre-Yves : Ouais. On tease un peu. C'est pareil. Je vais en parler tout à l'heure. On peut en parler un peu.

Pouhiou : On peut faire un petit ''teasing'.

Quesch : On peut faire un teasing.

Pierre-Yves : Allez, un petit teasing. Quand on va relancer, tout à l'heure.

Pouhiou : Stop, stop. Non pas plus.

Pierre-Yves : C'était trop ?

Pouhiou : N'en dis pas trop !

Pierre-Yves : Tout à l'heure tu posais la question des campagnes et donc, eh bien forcément, ça coûte des sous. Pour relancer un petit peu la campagne et continuer à obtenir des sous c'est surtout ça, parce que comme on vit des dons, s'il n'y a plus de dons, il n'y a plus de projets.

Quesch : Vous arrêtez de vivre ?

Pierre-Yves : Non, on n’arrêtera pas de vivre, c'est juste qu'on fera autre chose et du coup, eh bien les projets ne fonctionnent plus. Mais bon, encore une fois, ils seront libres, chacun pourra les reprendre. Mais l'idée c'est quand même d'essayer de réussir ce pari, d'aller au bout des trois ans, et donc, dans ce qu'on va mettre en place, il y a quand même un gros projet qui est très attendu qui est le partage de fichiers, c'est-à-dire l'alternative à Dropbox. Là-dessus, évidemment, si vous êtes libristes, vous connaissez ownCloud, Seafile.

Quesch : Ubuntu One ? Non ?

Pierre-Yves : Non. Alors là, si tu veux me troller sur Ubuntu One, je vais me faire plaisir.

Quesch : Non, je veux continuer.

Pierre-Yves : Ah OK. « Framadate » ! Et donc, on va essayer de proposer, d'ici octobre, un service de partage de fichiers, alternative, donc, à Dropbox, et sur lequel on essaiera de proposer la même offre, c'est-à-dire du deux gigas, sur lequel on va pouvoir synchroniser les fichiers. Donc, si vous êtes étudiant, eh bien, vous ne perdrez plus votre thèse. Comme j’ai déjà vécu ça un certain nombre de fois!

Quesch : Oui. On sent le vécu.

Pierre-Yves : Oui, je pense à des gens en particulier, qui ne connaissaient pas, etc., et qui, du coup, aujourd'hui utilisent Dropbox, ce qui moi, me fait quand même mal au cœur. Et donc, l'idée, c'est de dire « utilisez un service qui ne vous espionne pas ». Je rappelle qu'au conseil d'administration de Dropbox vous retrouvez Condoleezza Rice, ancienne Secrétaire d’État à la Défense américaine pendant la deuxième guerre en Irak.

Pouhiou : Message subliminal.

Pierre-Yves : Voilà.

Pouhiou : De Bush.

Quesch : De l'administration Bush ?

Pouhiou : Oui.

Pierre-Yves : Bush 2.

Quesch : Bush W.

Pierre-Yves : Voilà. On va sortir aussi, probablement, un service de partage de gros fichiers, temporaire. C'est-à-dire pour remplacer les Wetransfert, etc. Là c'est « j'ai fait mes photos de vacances, j'ai 50 mégas à partager avec mon cousin. Comment je fais parce que ça ne passe pas par mail ? Je ne sais pas ce que c'est que le FTP, etc. » Là vous aurez un service qui permet de déposer le fichier pendant quelques jours et, du coup, votre cousin peut le récupérer, le télécharger et c'est tout bon. Évidemment, ce sera chiffré de bout en bout, c'est-à-dire que même nous, nous ne saurons pas ce qui est hébergé sur le serveur. Il sera chiffré lors de l'expédition, ça veut dire que même à la réception, nous, sur nos serveurs, on ne sait pas ce qu'on reçoit.

Quesch : OK.

Pierre-Yves : Dans les services qui sont préparés aussi, un service de pétitions, pour éviter que les gens aillent tous, moi ça me fait mal de voir des pétitions du Libre qui sont créées chez Avaaz ou chez Change.org, qui sont des sociétés qui proposent un produit hyper intéressant, ça utilise quand même la force d'Internet, le collaboratif, on fait de l'innovation sociale par le numérique, ou digital, enfin peu importe.

Quesch : Digital, numérique.

Pouhiou : Non de la « diginovation ».

Pierre-Yves : De la « diginovation », voilà, vendu. Très bien, j’achète. Et du coup, comment est-ce qu'on va sortir un petit peu de ça ? Eh bien en proposant un outil de pétitions qui ne nous espionne pas, dont on ne stockera que très temporairement les adresses mail, etc. Donc, ça c'est qu'on va essayer de sortir au mois d'octobre, disons. L'été est quand même déjà bien entamé.

Quesch : Ce n'est plus du teasing, c'est une bande annonce à l'américaine.

Pierre-Yves : On peut avoir une explosion ? Des bruits ?

Pouhiou fait des bruitages : Le monde est en danger ! Google, Facebook et Apple nous espionnent. Allons-nous survivre ?

Pierre-Yves : Voilà. Et donc, d'ici la fin de l'année, on a encore comme projet Framatalk, qui essaiera, tant bien que mal, d'utiliser WebRTC pour lutter contre Skype.

Quesch : Pour pouvoir discuter, enfin, à plusieurs.

Pierre-Yves : Voilà, exactement, ce que proposent, un petit peu,

Quesch : Skype ou Hangout.

Pierre-Yves : Skype ou Hangout. Ce que propose déjà Firefox, avec Firefox Hello, mais sans passer nécessairement par Telefonica, qui est, aujourd'hui, le partenaire de Firefox Hello, ce qui fait un peu mal au cœur. Après, la technologie est en rodage, ça ne m'a pas plus choqué que ça qu'ils utilisent Telefonica. Dans les services aussi, il y aurait un Framaform. Framaform c'est une grosse demande qu'on a nous, autour des associations, qui nous posent souvent la question.

Quesch : Pour faire des sondages ?

Pierre-Yves : Voilà. Des sondages, des questionnaires. Ça peut servir.

Pouhiou : Des formulaires.

Pierre-Yves : Tous types de formulaires.

Quesch : Qu'on ne reçoive pas des Google Docs, en lisant le formulaire.

Pouhiou : Malheureusement, tu as quelle alternative aujourd'hui ?

Quesch : À part installer un énorme…

Pierre-Yves : Voilà, un énorme CMS, et puis faire toi-même. Et le configurer, c'est un petit long. Des fois on veut juste dire : « Qui peut venir à mon spectacle ? Avec telle et telle option », etc. Donc on a des assos culturelles, on a des particuliers, etc., qui veulent construire…

Quesch : C'est au-dessous de Lime Survey ?

Pierre-Yves : Oui, complètement. Lime Survey est vraiment fait pour du questionnaire long, un petit peu complexe, etc.

Quesch : Professionnel.

Pierre-Yves : Et ça marche très bien, mais, des fois, on veut juste construire, enfin, les utilisations de Google Forms que moi je vois autour de moi, c'est souvent une question, trois champs avec des cases à cocher, un menu déroulant avec quatre options et puis voilà. Et puis on envoie ça à tout le monde, les gens remplissent, et ça remplit, en plus, le spreadsheet de Google, derrière. Donc là aussi, l'idée c'est d'essayer de sortir de ça, d'ici la fin de l'année. Après on aura peut-être des outils de gestion de projet. Là, du coup, je reste dans le teasing, on verra. Vraiment des outils de gestion de projet avec la liste des choses à faire, faites, etc., qu'on peut partager avec d'autres.

Quesch : Framaprojet ? C'est ça ?

Pierre-Yves : On ne donnera pas de nom pour l'instant.

Quesch : Pas de nom ! D'accord.

Pierre-Yves : Et des outils, aussi, d'aide à la prise à décision. C'est-à-dire que, parfois, on veut faire des choses un petit peu plus complexes que juste demander, enfin pour faire un sondage, ce n'est pas juste oui, non, peut-être. Des fois on veut des choses un petit peu plus complexes du genre « selon vous, la stratégie de telle association, voila ce que je propose, qu'est-ce que vous en pensez ? », et la réponse n'est pas oui, non, peut-être. La réponse peut être plus subtile que ça et l'idée c'est de proposer des outils d’aide à la décision, qui permettent de dire « moi, je pense que oui parce que, mais par contre, il faudrait résoudre tel problème avant, et donc je soumets une deuxième question ». Et en attendant, tant qu'on n'a pas résolu la deuxième question, on ne peut pas reprendre la première, etc.

Pouhiou : Ça je peux déjà donner le nom. Ça s'appelle « Frama, moi je pense que oui parce que, mais par contre ». Point org.

Quesch : Ce n'est pas mal, ça. Facile à retenir.

Pierre-Yves : Exactement. Un tout petit peu long à taper, mais bon.

Quesch : Et, autre actualité ? On a fait le tour, là, des actualités.

Pierre-Yves : Non, on pourrait t'en donner.

Pouhiou : Moi, j'en ai une. On a sorti quand même, on va parler un peu de culture.

Quesch : C'est pour ça que je voulais que vous en parliez. J'ai vu passer un crowdfunding de Pouhiou. Je voudrais en parler.

Pouhiou : Ah Ouais. Ça c'est à part. Déjà, Framabook, on a sorti un magnifique roman de Lilly Bouriot qui s'appelle Avant de dormir »11. C'est un roman entre du Neil Gaiman, du Lovecraft, enfin, une écriture très mature, une quête initiatique glauque, noire, sombre. On est plongé dedans à bras raccourcis, c'est formidable. Et cette femme, donc, a passé son bac de français avec son premier roman édité dans sa poche. Elle l'a écrit à l’âge de seize/dix-sept ans, je crois.

Pierre-Yves : Dix-sept ans.

Pouhiou : Dix-sept ans. C'est un truc formidable, et moi je suis ébaubi par son talent, et aussi, c'est la première fois qu'on fait ça, on a sorti la Thermodynamique de l'ingénieur12, chez Framabook, qui est un manuel universitaire, d'Olivier Cleynen, qui a eu cette démarche formidable de dire « ce savoir-là, on le connaît depuis cent/cent cinquante ans. Au niveau ingénierie, on le connaît depuis au moins cinquante ans, c'est figé, ça ne va pas trop bouger, comme savoir, ce n'est pas une science qui va énormément évoluer. Donc j'ai rassemblé tout ça dans un cours, j'ai fait les schémas, je les ai pris aussi, évidemment, sur Wikimédia Commons, etc., et quand il n'y en avait pas je les ai faits. Ça, c'est fait, vous l'avez, c'est libre, vous pouvez vous l'imprimer vous-même, vous pouvez le télécharger. Bien évidemment, vous pouvez l'acheter chez Framabook aussi, et du coup, l'argent, ne le mettez pas dans les bouquins, mettez-le dans les profs, mettez-le dans les moyens en université, mettez-le dans de quoi faire des cours, et pas dans du savoir qu'on a déjà ». Et ça c'est vraiment une démarche, moi, que je trouve admirable.

Quesch : OK. C'est du lourd. J'étais en train de regarder, Thermodynamique de l'ingénieur.

Pouhiou : Ouais. Ce qui est génial, c'est que c'est du lourd, c'est hyper pointu. Tu as des formules mathématiques, pour moi ce sont des hiéroglyphiques tout ça. Et, en même temps, il te fait, aussi, des exercices, parce que c'est un livre universitaire. Il y a des exercices, et un des exercices, eh bien c'est : « Des étudiants mettent un pack de bière au frigo. Sachant que le coefficient de température du verre c'est ça, de la bière c'est ça, quand est-ce que les bières seront fraîches ? » Tu vois ! Donc, il le fait aussi avec de l'humour, avec des moments d'histoire, avec des anecdotes. C'est passionnant comme bouquin.

Quesch : C'est en CC-BY-SA.

Pouhiou : Tout à fait. C'est libre.

Pierre-Yves : Tu ne voudrais quand même pas qu'on sorte quelque chose qui ne serait pas libre !

Pouhiou : Tu as l'air surpris !

Pierre-Yves : Ça m'inquiète que tu aies l'air surpris.

Quesch : Je suis surpris parce que j'ai cliqué sur le bouquin, et je tombe sur un site super moche.

Pouhiou : Qui s'appelle enventelibre.org13, parce qu'on est en train de le reprendre, c'est normal.

Quesch : C'est pour ça. Sinon, ça va.

Pouhiou : Mais c'est quand même le site qui permet à Ubuntu, April, Wikipédia et Framasoft de vendre leurs produits.

Quesch : Justement, je voulais parler de En Vente Libre. Il n'est pas, ce n'est pas qu'il est moche. On ne va pas, non plus, critiquer. Il est ce qu'il est.

Pierre-Yves : Je te rappelle que En Vente Libre n'a plus grand-chose à voir avec Framasoft. C'est un site qu'on avait monté avec Ubuntu-fr et Framasoft. Il se trouve que, aujourd’hui, En Vente Libre est une asso à part.

Quesch : Tout à fait.

Pierre-Yves : Donc, c'est un peu comme le crowfunding de Pouhiou, ça n'a pas grand-chose à voir avec Framasoft aujourd'hui.

Quesch : Mais pour dire que les bouquins sont en vente.

Pierre-Yves : Oui, ils sont en vente, évidemment. Tout l'objet de la collection Framabook, c'était de répondre aux gens, enfin à la critique des gens qui venaient nous dire : « Votre truc du logiciel libre, là, c'est bien joli comme utopie, mais ça marche parce que c'est du numérique, donc on peut faire du copier-coller. Mais par contre, on ne peut pas faire le copier-coller d'un sandwich ou d'un livre. Et donc il y a des coûts. Donc, faire du libre, du sandwich libre, de la bière libre ou du livre libre, ça ne marche pas.

Pouhiou : Et moi, ce dont je me suis rendu compte avec mes romans, puisque mes romans sont édités chez Framabook, c'est que plus il y a de téléchargements, plus il y a d’achats. Et vraiment ! Il n'y a pas de problèmes là-dessus.

Quesch : Tout à fait. C'est vraiment mathématique. Ah oui ! Plus un livre, plus un savoir est diffusé, plus tu as envie.

Pierre-Yves : Tout à fait.

Pouhiou : Sachant que la relation ne va pas être la même. C’est que, la plupart du temps, les gens vont dire : « Ouais, j'ai commencé à lire, ça m'a bien plu, je me suis dit tiens je vais plutôt lire sur papier ». Ou alors : « J'ai lu, j'ai aimé et puis je n'avais pas de thunes et tout ça. Bon, très bien, et j'ai téléchargé, je l'ai passé à des copains. Et puis là j'ai un peu de thunes, j'ai envie de soutenir ta démarche, donc je vais m'acheter le livre, comme ça moi j'aurais un souvenir et toi, tu auras un peu de sous ». Tu vois.

Quesch : Et en plus, c'est un bouquin que je vais pouvoir passer, parce que le numérique ! C'est moins facile de filer…

Pouhiou : Exactement. Tout le monde ne lit pas en numérique encore.

Quesch : Voilà. Alors qu'un bouquin, on peut retrouver. Je n'ai pas encore retrouvé dans des foires aux livres des Framabooks.

Pierre-Yves : Eh bien peut-être un jour.

Quesch : Peut-être un jour.

Pierre-Yves : Là, les livres sont libres, donc on encourage tout le monde, toutes les personnes qui vont dans des foires aux livres, pourquoi pas, d'amener des Framabooks, de les imprimer, de les acheter.

Pouhiou : Vous pouvez les faire imprimer vous-même. Il y a tout un tas d'imprimeurs en ligne qui font ça très bien. Vous avez les fichiers sources, vous n'avez pas de souci, c'est libre.

Quesch : D'accord. Donc ? On a fait le tour, je crois.

Pierre-Yves : Non, on n'a pas fait le tour.

Quesch : Non, on n'a pas fait le tour ?

Pierre-Yves : Ça tombe bien, moi, je pourrais encore raconter plein de trucs.

Quesch : Non, non. Pas d'accord.

Pierre-Yves : Pas d'accord. Il y a une actualité qu'on n'a pas du tout mise en avant, d'abord parce qu'elle est récente, et ensuite parce qu'elle excitera beaucoup moins les libristes et le grand public, que les sorties de projets.

Quesch : On ne sait jamais !

Pierre-Yves : Parce que c'est aujourd’hui pour ça qu'on vient nous voir et qu'on vient nous dire : « Ah mais, et ça, ça sort quand ? Et ça, ça sort quand ? Et le mail, et le machin ? »

Quesch : Oui, parce que moi j'attends le Gmail, le Framamail.

Pierre-Yves : On en reparle après.

Pouhiou : Il va nous falloir des moyens pour ça, nous, plutôt 2017. Il faut des moyens.

Pierre-Yves : Exactement. On en reparlera. C'est que, on a quand même pas mal bossé sur la reconnaissance de Framasoft. En fait, on a fait une demande d'agrément « jeunesse et éducation populaire », qui nous a été accordé il y a quelques mois, quelques semaines même, donc c'est un peu frais encore. Et l'idée, c’était de dire que ce qu'on fait, finalement, c'est de l'éducation populaire. On essaye, tout simplement, de rendre le citoyen à la fois capable et plus en mesure d'accéder à des savoirs, de les partager et d'y contribuer. Encore une fois, la question de la contribution est pour nous complètement centrale. C'est comment est-ce qu'on va se dire : « Oui, je vais écrire un livre. Oui je vais contribuer à Wikipédia. Oui je vais soutenir financièrement tel ou tel projet du Libre ». Et ça, ça nous paraît tout à fait essentiel. On espère que cette reconnaissance du milieu de l'éducation, enfin « jeunesse et éducation populaire », nous ouvrira des portes qui, aujourd'hui, ne sont pas fermées, mais qu'on n'a jamais vraiment poussées, sur lesquelles on n'a pas eu vraiment beaucoup d'échanges, c'est-à-dire comment est-ce qu'on diffuse et comment est-ce qu'on essaime ce qu'on fait. Encore une fois, on est très sollicités pour intervenir à droite, à gauche, etc. C'est très bien de demander à quelqu'un de Framasoft de se déplacer, mais ce n'est pas notre rôle. Nous, notre rôle, il est d’être sur Internet. Il est, évidemment parfois, d’être face au public. Mais on est une trentaine de membres, clairement, on ne va pas pouvoir intervenir dans toutes les écoles de France et de Navarre. Donc avoir cette reconnaissance « jeunesse et éducation populaire » nous permettra, j'espère, de sensibiliser les réseaux un petit plus au monde du Libre. Ça fait déjà des années, notamment dans le groupe April, il y a un groupe. C'est Pouhiou qui fait des bêtises à la radio.

Pouhiou : Des bruits bizarres.

Pierre-Yves : Ne casse pas tout ! Du coup, c'est quelque chose qu'on essaie de mettre en avant, parce qu'on a besoin aujourd'hui, enfin, il y a un chaînon manquant, qu'on identifie, c'est entre les communautés de développement, les communautés même, parfois, de promotion du logiciel libre, et les utilisateurs. Et c'est comment est-ce qu'on les rapproche ? Et taper à la fois sur le côté « jeunesse et éducation populaire », sur les espaces publics numériques, sur les réseaux, pourquoi pas scolaires, même si je pense que l’Éducation, malheureusement.

Pouhiou : Ou périscolaire. Je peux parler de l'expérience que j'ai eue avec la ligue de l'enseignement 31.

Pierre-Yves : Vas-y, tout à fait.

Pouhiou : Étant sur Toulouse, j'ai des amis qui travaillent là-bas, et qui m'ont demandé de faire une formation sur le numérique, le droit d'auteur et le Libre, auprès d'un ensemble de directeurs de centres de loisirs type CLAC, centres aérés, etc. Ils sont avec des publics enfants et adolescents, et donc j'ai fait une formation là-dessus, de quatre heures, sur le numérique, sur le Libre, et vraiment, les personnes en redemandaient. C’était une initiative locale parce que, justement, on se connaît avec une nana qui bosse là-bas, qu'elle avait bien identifié ce besoin, qu'elle avait un pote dont elle savait qu'il était valide pour faire ce type de formation. Tu vois ? Il faudrait que ça se développe, et le gros avantage c'est que j'ai touché, je ne sais plus, il y avait une vingtaine, une trentaine de directeurs et de directrices de centres, qui, par ailleurs, vont toucher leurs animateurs et animatrices, qui, par ailleurs, vont toucher leur public. Et donc là on a vraiment un effet pyramidal qui est juste énorme, et on espère que ce genre d'initiative, pour l'instant isolé, qui se fait parce qu'il y a de l'opportunité.

Quesch : Se reproduira.

Pouhiou : Ouais, que ça se reproduise. C’est vraiment, à mon avis, une belle opportunité de parler de ces thématiques-là, avec des gens qui sont, entre guillemets, « déjà convaincus ». C'est-à-dire que ce sont des gens qui partagent nos valeurs, et dès qu'on leur explique que leurs valeurs ont une réalité sur les internets, que ça s'appelle le logiciel libre, que ça s'appelle la culture libre, ces personnes-là sont ravies et s'engouffrent avec délices là-dedans.

Quesch : Oui. Merci de l'avoir rappelé, parce que, sans ça, on aurait zappé cette partie. Donc là, je crois qu'on a vraiment fini.

Pierre-Yves : C'est toi qui le dis.

Quesch : Parce qu'en plus Pouhiou est en train de foutre le bordel partout. Il fait tomber des trucs et tout.

Pierre-Yves : Il te casse tout.

Pouhiou : Moi c'est comme ça ! Je ne retiens pas mon enthousiasme d’être avec toi, présent à cette table.

Quesch : Exactement. Donc on a fait le tour. On n'oublie pas, on a le site Framasoft pour aller voir tous les projets.

Pouhiou : framasoft.org. Vous avez tout.

Quesch : Framabook, les pads, le nouveau truc qui remplace Gmail. Ces trucs-là.

Pierre-Yves : Voilà, c'est en place, c'est caché.

Quesch : C'est caché. En matière de recherche.

Pouhiou : Il faut cliquer au bon endroit.

Pierre-Yves : Ah oui. On n'a même pas parlé de Framabee14, moteur de recherche.

Pouhiou : On a dit qu'il y avait un moteur de recherche, Framabee, qui est la bête qui butine le net, et qui est un métamoteur, donc qui va chercher sur plein de moteurs, tout en anonymisant vos requêtes. C'est toujours dur à dire « anonymisant ».

Quesch : Avec un plus beau logo que DuckDuckGo.

Pouhiou : Ah. Nous, il est plus radioactif, j'ai envie de dire. Mais nous, l'avantage, c'est qu'il y a trois noms, si tu veux. C'est-à-dire Framabee, c'est l'abeille qui butine le Net, ça c'est pour toi. Si, à un moment donné, tu as besoin de faire sérieux, tu vois les clients, machin chose, tu dis : « Allez donc sur trouvons.org ». Tu vois ? Et puis tu as envie de t'éclater avec tes potes ou ta famille, tu fais « Eh demande à tonton Roger », parce qu'il y a tontonroger.org, et c'est le même site.

Quesch : Ah, ce n'est pas mal. Avec un logo qui change ou il est toujours le même ?

Pierre-Yves : Non, on a gardé le même, mais on pourrait changer.

Pouhiou : Oui. Mais le titre change à chaque fois.

Pierre-Yves : Tout à fait. On pourrait changer les logos. Bonne idée.

Pouhiou : Fais-nous des logos libres et on les changera à chaque fois. Allez !

Quesch : OK. Pas de problème, je t'en fais trois. Eh bien merci à Framasoft.

Pierre-Yves : Merci à vous.

Pouhiou : Merci.

Quesch : Framasoft.org

Pouhiou : Et Dégooglisons tiret internet point org.

Quesch : Dégooglisons internet.org. J'ai réussi à le dire. Je suis trop content, j'espère qu'on a enregistré.

Pierre-Yves : C'est bon.

Pouhiou : Merci à toi, merci à vous.

Quesch : Merci.

Pierre-Yves : Et bisous.

... / ... Lire la suite

(02/05/2016 @ 13:39)

Lettre d'information publique de l'April du 1er mai 2016  Voir?

Bonjour,

Nous avons le plaisir d'annoncer, en collaboration avec Framasoft, une nouvelle version du Guide Libre Association que vous pouvez consulter au format PDF ou commander au format papier.

Malgré une mobilisation constante sur le projet de loi « pour une République numérique », les sénateurs ont restreint la communicabilité des codes sources des administrations et adopté une simple « déclaration de bonnes intentions » sur le logiciel libre. La connaissance du logiciel libre, sa compréhension progressent chez de nombreux sénateurs, mais du chemin reste encore à parcourir.

Au niveau européen, la directive radio constitue une menace pour l'utilisation des logiciels libres. Nous sommes co-signataires d'une lettre ouverte à Bercy et à l'Arcep.

Côté bureautique une bonne nouvelle : la version 2.0 du Référentiel général d'interopérabilité (RGI) a été adoptée et recommande le format ODF.

Le groupe Transcriptions vous propose trois nouvelles transcriptions.

En attendant la transcription à venir, vous pouvez regarder la vidéo de la conférence April à LibrePlanet.

Côté vie associative, nous saluons l'arrivée d'un nouvel animateur pour le groupe diversité.

L'April sera présente à plusieurs événements dans les semaines à venir : le 5 mai à Coupelle-Vieille pour le festival Coquelicot, le 12 mai à Lyon où je donnerai une conférence suivie d'un apéro.

Consultez la lettre publique ci-dessous pour toutes les autres informations et notamment la revue de presse qui propose une quinzaine d'articles.

Librement,
Frédéric Couchet
délégué général de l'April.

Si vous voulez nous soutenir, vous pouvez faire un don ou adhérer à l'association.

Le Sénat adopte une simple « déclaration de bonnes intentions » sur le logiciel libre

Dans le cadre de l'examen du projet de loi « pour une République numérique » en séance publique au Sénat, le 27 avril 2016, les sénateurs ont adopté un amendement de simple « déclaration de bonnes intentions » sur le logiciel libre.

Une version du Guide Libre Association, mise à jour avec Framasoft, est disponible !

Le groupe de travail Libreassociation de l'April dont l'objet est de «construire des ponts entre le monde des logiciels libres et les associations», avait produit en 2012, une première version d'un guide destiné à aider les associations à migrer leur informatique vers les logiciels libres en vue d'une meilleure adéquation des valeurs portées par chacun. Sous l'impulsion de l'association Framasoft, c'est une nouvelle version qui est désormais disponible aux formats PDF et papier.

Dossiers, campagnes et projets

La communicabilité des codes sources des administrations encore plus restreinte

À l'occasion des débats en séance publique au Sénat sur le projet de loi « pour une République numérique » la communicabilité des codes sources des services publics a encore été réduite par l'adoption de l'amendement n° 486 rect.

Mobilisation lors du projet de loi « pour une République numérique »

L'April s'est fortement impliquée sur le projet de loi « pour une République numérique », réalisant et diffusant une infographie sur la communicabilité des codes sources et organisant une mobilisation pour contacter les sénateurs. Les débats autour de la priorité au logiciel libre ont été intenses. Le résultat n'est pas à la hauteur de nos attentes et des enjeux mais ce fut une belle bataille. On constate que la compréhension du sujet logiciel libre est en progrès même s'il reste beaucoup de chemin à parcourir.

Approbation du RGI v 2.0, l'April salue le travail de la DISIC/DINSIC

L'arrêté officialisant la version 2.0 du Référentiel général d'interopérabilité (RGI) a enfin été publié le 22 avril 2016. Cette nouvelle version du RGI (84 pages) recommande le format ODF pour les documents bureautiques au sein des administrations, et énonce des critiques argumentées sur le format OOXML de Microsoft. L'April salue le travail mené depuis près d'un an par la DISIC devenue la DINSIC, sous la direction de M. Jacques Marzin puis de M. Henri Verdier.

Directive Radio - Lettre ouverte à Bercy et à l'Arcep

La directive relative à l'harmonisation des législations des États membres concernant la mise à disposition sur le marché d'équipements radioélectriques (ou directive radio) a été adoptée en avril 2014, avec pour objectif d'améliorer la gestion du spectre radio. Elle doit être transposée et mise en œuvre dans les États membres avant le 12 juin 2016. Quoique poursuivant des objectifs louables, elle impose des critères de conformité pour les logiciels installés sur les équipements radios et constitue une menace inédite pour l'utilisation des logiciels libres. Pour en savoir plus la lettre ouverte à Bercy et à l'Arcep.

Encore une fausse consultation de la Commission européenne sur l'IPRED

La Commission européenne avait lancé en décembre dernier une consultation publique en vue d'une réforme de la directive IPRED (intellectual property rights enforcement directive). L'April n'a pas répondu directement à la consultation : elle s'est servi de cette procédure pour envoyer encore une fois son "avis" à la commission.

La vidéo de la conférence April à LibrePlanet 2016

LibrePlanet, conférence annuelle de la Fondation pour le Logiciel Libre, a eu lieu les 19 et 20 mars 2016 au MIT (Massachusetts Institute of Technology) à Cambridge (États-Unis). Marianne Corvellec et Jonathan Le Lous y ont donné une conférence sur le thème "Free/Libre alternatives to GAFAM's Internet: a review of French initiatives". La vidéo est disponible en ligne.

Trois nouvelles transcriptions

Le groupe Transcriptions de l'April vous propose de lire :

Médias

Revue de presse

La revue de presse fait partie du travail de veille mené par l'April dans le cadre de son action de défense et de promotion du Logiciel Libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Pour gérer cette revue de presse, un groupe de travail a été créé (vous pouvez en consulter la charte ici) ainsi qu'une liste de discussion rp@april.org où vous pouvez envoyer les liens vers les articles qui vous semblent intéressants.

La revue de presse est désormais diffusée également chaque semaine sur le site LinuxFr.org. Cette diffusion lui offre un lectorat plus large.

Cette revue de presse est commentée dans un podcast disponible sur http://audio.april.org.

Il est diffusé sur les radios : Radio Escapades, Radio Larzac et Ici&Maintenant et Libre@Toi.

Il existe un flux RSS permettant de recevoir la revue de presse au fur et à mesure (rapidement et article par article donc).

Les derniers titres de la revue de presse :

Conférences, événements

Événements à venir

Événements passés

Vie associative

Le groupe diversité s'enrichit d'un nouvel animateur

Benoît Ansieau a accepté de renforcer l'animation du groupe Diversité. C'est ainsi qu'il devient co-animateur du groupe et prend la place laissée vacante par Armony Altinier.

Revue hebdomadaire

Chaque vendredi, à midi pile, les permanents et les adhérents qui le souhaitent passent en revue les tâches et actions relatives à l'April dont ils ont la charge lors de la « revue hebdomadaire April » sur IRC (canal #april sur irc.freenode.net, accès avec un navigateur web). La durée est limitée, généralement un quart d'heure. Cela stimule les bonnes volontés, suscite des idées et des contributions, permet de suivre les activités des uns et des autres et éliminer un certain nombre de problèmes bloquants.

Une page décrivant le principe d'une revue hebdomadaire est en ligne.

Vous pouvez en savoir plus en consultant en ligne les archives des premières revues hebdomadaires, et notamment la synthèse de la revue du 1er avril 2016, la synthèse de la revue du 8 avril 2016, la synthèse de la revue du 15 avril 2016, la synthèse de la revue du 22 avril 2016, la synthèse de la revue du 29 avril 2016.

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(02/05/2016 @ 10:10)

Formation au numérique : une solution à la crise et au chômage de masse ?  Voir?


Table ronde OWF2013

Titre : La formation au numérique : une solution à la crise et au chômage de masse ?
Intervenants : Fatiha Gas, Roberto Di Cosmo, Kwame Yamgnane, Jean-Marie Gilliot, Philippe Montargès
Lieu : Paris, Open World Forum
Date : Octobre 2013
Durée : 38 min 38
Pour visionner la vidéo

Transcription

Présentateur : Bonjour à tous. Donc on est en tout petit peu en retard comme vous avez dû vous y attendre. Si vous pensiez avoir les sujets suivants il faudra attendre un tout petit peu.
Là on va parler d'une question qui dépasse le logiciel libre et qui est pourtant portée aujourd'hui par des acteurs du Libre. On parle beaucoup de chômage de masse, on parle beaucoup de problèmes d'emploi et, de l'autre côté, on a une économie numérique qui est en très forte croissance, qui génère beaucoup d'emplois, dans laquelle les entreprises se plaignent de ne pas avoir assez de compétences. La question du panel aujourd'hui c'est : est-ce qu'on a une solution ? On a des cycles longs, on a des cycles courts, est-ce qu'on a vraiment une solution, aujourd'hui, pour combler ce besoin de compétences en France et dans une logique, peut-être, soit de court terme soit de moyen terme ? On va commencer par la première personne à ma droite.

Fatiha Gas : Par les dames. C'est ça ?

Présentateur : Par les dames, oui.

Fatiha Gas : Bonsoir à tous. Je voudrais commencer d'abord par réagir à la remarque qui a été faite tout à l'heure qui disait que les formations ne sont pas bonnes. Moi je dis et je répète les formations sont bonnes, elles sont bien pensées, mais parfois elles ne sont pas forcément pensées en adéquation avec le besoin des entreprises. Et pour que ces formations soient pensées en adéquation avec votre besoin il faut qu'il y ait plus de dialogue, il faut qu'il y ait plus de partage, plus de travail en commun, pour qu'on réussisse à mettre, entre guillemets « sur le marché », un produit qui convienne aux entreprises. Voila, ça c’était ma première remarque. La seconde par rapport à : est-ce qu'il y a une solution ? Eh bien ma foi, s'il y avait une solution je crois qu'on ne serait pas là.

Présentateur : Très bien. Alors là il y a une question, je connais un peu Roberto. Je pense qu’il va beaucoup avoir aimé le côté « on met un produit sur le marché » en parlant d’étudiants qu'on va former.

Fatiha Gas : Formations.

Présentateur : Par rapport à ça justement, aujourd’hui, il y a différentes notions. Aujourd'hui on doit former des ingénieurs, on doit former des développeurs, on a des cursus en France, on a un historique même d’enseignement qui est fort. L'idée ce n'est pas remettre en cause cet historique. Mais d'où vient ce sentiment aujourd'hui partagé par des entreprises et certaines activités, de ce décalage entre la demande d'emplois et l'offre aujourd'hui ? Roberto !

Roberto Di Cosmo : Est-ce que je peux répondre à une question différente de celle que tu as posée ?

Présentateur : Oui tu as le droit.

Roberto Di Cosmo : Je vais essayer de le faire quand même. Je vais juste revenir un instant sur une question qui me parait très importante. Ça a été évoqué tout au long des interventions antérieures par Patrice, par Tony 1. On a besoin de plus en plus de faire en sorte qu'on prenne conscience de l'importance essentielle du logiciel dans notre vie d'aujourd'hui, donc de la compréhension du logiciel, de la maîtrise de ce logiciel. Maîtriser le logiciel est essentiel pour maîtriser, finalement, nos vies. Vous savez que ce sont les logiciels qui contrôlent nos vies aujourd’hui. Donc ça ne se résume pas juste à répondre aux besoins d'entreprises qui ont besoin d'embaucher un peu plus d'ingénieurs. Évidemment ce serait une partie de la question, mais ça ne s’arrête pas là.

Je vais essayer de donner quelques éléments de réponses et des réflexions. Si vous regardez un instant, on vit, aujourd'hui, une révolution industrielle majeure. L'arrivée de l'informatique fait en sorte que tout un tas de choses qui étaient difficiles à faire, aujourd'hui disparaissent, parce qu'il y a des automatismes pour les simplifier. On construit des programmes qui remplacent des personnes anciennes et on a une grosse tendance, de la part d'un certain nombre d’entreprises, d'essayer de transformer l'ensemble de la population en utilisateurs plutôt qu'en acteurs du logiciel. C'est pour ça que, finalement, on s'étonne trop tard du fait que notre vie privée est compromise, que nos connaissances sont prises en otage, que nos données disparaissent, etc., alors que ce devrait être quelque chose d'assez évident, qui était assez évident pour un certain nombre d'entre nous. Si on veut répondre à tout ça, il est absolument important que la plus grande partie de la population, donc pas seulement les ingénieurs qu'on va former dans nos écoles, aient une bonne idée, un bon modèle mental, de ce qu'est un ordinateur, ce qu'est l'informatique, ce qu'est cette révolution qui est en train de changer nos vies. Il n'y a pas d'autre façon, c'est triste à dire, mais il n'y a pas de choses gratuites dans la vie. Si vous voulez avoir un bon modèle mental de quelque chose, il faut mettre la main à la pâte, jouer avec, essayer d’apprendre. Les mathématiques, on apprend dès qu'on est tout petit, on commence à compter sur nos doigts, un, deux, trois, quatre, puis on fait trois plus deux, deux plus trois, on s'aperçoit que c'est la même chose, on apprend la commutativité, etc., depuis qu'on est tout petit.

Qu'est-ce qui se passe avec les logiciels ? Eh bien les logiciels, on a essayé de faire des efforts, de très bonne volonté, mais insuffisants. C'est-à-dire mettre des enfants devant des ordinateurs pour jouer avec des traitements de texte ou des jeux vidéos. Ça c'est sûrement très intéressant pour leur faire perdre la peur du mulot, de la souris, mais ça ne leur donne pas un modèle mental de ce qu'un ordinateur peut faire. C'est absolument essentiel qu'ils apprennent à coder, à savoir, aussi, quelle est la limite du code. Un certain nombre de choses que des chercheurs ont découvert il y a très longtemps, il ne faut pas que ce soit caché parce que c'est difficile. Il y a des résultats importants. On ne peut pas tout faire avec un ordinateur. Il y a des résultats limitatifs importants et ça, il faut que ce soit porté à la portée de tout le monde de la façon la plus large possible. C'est essentiel pour que cette révolution informatique, dans laquelle on vit, soit profitable pour tout le monde.

Maintenant je vais arriver à la réponse. Je vois le temps qui passe. Je vais essayer de m’arrêter relativement vite. Après, pour ce qui concerne les formations en France, la France vit dans un monde un petit peu paradoxal, parce que souvent on nous dit : « En France vous avez des personnes qui sont des ingénieurs, des développeurs fantastiques, mais ils se tirent tous pour aller s'installer en Californie, là où il y a 150 000 ingénieurs, par ailleurs ». Ce n'est complètement fou ! Regardez un instant. Il y a un paradoxe, un peu, chez nous, qui n'existe pas ailleurs. Regardez aux États-Unis, les meilleurs étudiants sont dans les meilleures universités, en contact avec les meilleures équipes de recherche, qui leur transmettent, dans le cadre de leur formation, une vision de ce qu'ils pensent que va être le monde dans dix ans, dans quinze ans. Donc ces étudiants sortent avec une avance technologique formidable.

Ici en France, pour des raisons qui me dépassent, étant italien je n'ai pas vécu ça, je le découvre maintenant avec mes enfants, l'idée c'est : on essaye de prendre les meilleurs étudiants possibles, on les met dans des écoles, séparées, dans lesquelles on ne met pas les laboratoires de recherche où les personnes font du développement technologique super avancé et dans lesquelles on essaye de répondre un peu trop directement aux besoins directs des entreprises. Je pense que là c'est une erreur fondamentale. Il faut remettre en contact tout ça : la recherche, l’enseignement et le développement.

N’oubliez que, en France. vous avez une énorme quantité de contributeurs au monde du logiciel libre, qui est issu du monde de la recherche, on l'a vu ce matin, pas que, évidemment et heureusement, pas que issu du monde de la recherche, mais c'est un avantage compétitif énorme dont il faudrait tirer partie et ne pas se laisser juste, disons, bloquer par l’ancien carcan dans lequel on est habitué, dans la séparation écoles d'ingénieurs, universités, etc. Tout ceci il faut le remettre en question et essayer de remettre un peu plus de contacts entre l'activité d'innovation moderne dont on dispose et l'enseignement qu'on donne qui ne peut pas, je le répète ça c'est mon rôle d'académique de le rappeler, ne peut pas se résoudre en formation spécifique pour les besoins ponctuels d'une entreprise aujourd'hui.

Présentateur : D'accord. Donc là, sur le passage de fond et cette question-là, j'allais dire plus fondamentale, de l'enseignement, du rôle de l'enseignement de l'informatique dedans, il y a aussi une réalité, une réalité qui est actuelle. C'est-à-dire qu'il y a notre grande capacité, on le sait bien, à pouvoir faire de la prospective, à voir à dix ans, à essayer d'enseigner, et l'enseignement, mais aujourd'hui, concrètement, on a une situation actuelle. Il y a des réponses que vous essayez d'apporter à l'École 42, de se dire « bon est-ce qu'on ne peut pas donner une deuxième chance à des gens qui ont envie, qui n'ont peut-être pas eu l’occasion ni l'envie de faire ces cursus-là, et qui ne se sont peut-être pas retrouvés dans ce qu'on a actuellement, pas ce qu'on a à construire, mais ce qu'on a actuellement ? » Et c'est quoi votre approche, justement, chez 42 ?

Kwame Yamgnane : C'est une question qui est hyper large. La première chose, un peu pour répondre d'où le débat est parti, mais un peu sur les premières questions. Il y a un fait déjà majeur, moi je ne suis pas capable d'y répondre, mais en tous les cas, ce qui est certain, c'est que ça fait à peu près vingt ans ou plus qu'il n'y a pas de croissance et je ne sais pas si on n'est pas en train de courir derrière une chimère. Globalement elle n’existera plus. Ensuite je ne suis pas en plus certain que faire reposer sur la formation et le numérique la croissance de demain, si l'éducation est capable de supporter d'avoir comme rôle de redonner de la croissance à cinq milliards d'humains sur terre. Ça me parait compliqué, mais je ne suis pas un grand spécialiste du sujet. Ce que je veux juste dire c'est qu'il y a peut-être des décalages là-dedans. Je suis tout à fait d'accord avec Roberto sur ce qu'il a dit.

La programmation. Pour parler crûment, vous me filez à peu près n'importe qui, au bout d'un moment je vais réussir à lui faire pondre trois lignes de C ou alors c'est qu'il lui manque des doigts. Ce n'est pas possible ! Les langages sont ridicules en termes d'apprentissage.U ne fois qu'on a appris vingt mots de langage, in, parenthèse ouvrante, fermante, crochet, point virgule et virgule, avec ça on peut commencer à faire des choses. La problématique n'est pas là. La problématique est de savoir qu'effectivement programmer c'est un schéma de pensée et ce schéma de pensée-là, c'est le schéma de pensée qui va permettre d'aborder, effectivement, le monde de demain dans lequel on est numérique. Et qu’aujourd’hui, ce schéma de pensée, en France, il a été directement, ni plus ni moins, qu’attrapé et complètement fermé, au niveau de l’Éducation nationale, sur une tranche de population extrêmement faible.

Effectivement les écoles d'ingénieurs, je suis né à Brest, j'ai fait le lycée naval donc je connais bien l'ENSTB2, j'ai plein de collègues qui l'ont faite. Ce n'est pas un problème, on sort des super ingénieurs. Au-delà du fait qu'ils ne soient pas du tout formés pour entrer dans les entreprises, mais ça, c'est encore un autre sujet, bon là ça ne sert à rien de… Vous allez sur le site de la Conférence des grandes écoles, vous téléchargez l’enquête insertion 2009, et vous voyez qu'il y a 76 % des étudiants qui ont un travail six mois après être sortis des grandes écoles. Ça sous-entend qu'il y en a quand même un sur quatre qui n'est pas en situation d'emploi. Ça d'accord, mais il y a tout un tas de raisons autour de ça. En tous les cas, aujourd'hui ça été fermé, et ça a été cerné, pour une toute petite part de la population. Et je suis tout à fait d'accord avec Roberto, aujourd'hui si on veut former des gens qui soient capables de comprendre les problématiques du numérique et de savoir quand on clique qu'est-ce qui est en train de se passer derrière ! Et au-delà de ça, on va encore beaucoup plus loin. C'est que je ne vois pas comment et je vais faire rapide, mais comment est-ce que la prochaine directrice marketing de chez Chanel va pouvoir être directrice de marketing de chez Chanel si elle ne sait pas ce que c'est que la big data et si elle n'est pas capable de concevoir des choses là-dedans. De la même façon qu'aujourd'hui la directrice marketing de chez Chanel ne peut pas être directrice de marketing de chez Chanel si elle ne sait pas comment fonctionne Excel. Vous voyez ce que je veux dire ? Si on ne sait pas compter, on ne peut pas devenir directeur marketing. On a appris à compter aux gens, on leur a appris à parler, on leur a appris à écrire. Moi je pense qu'il faut tout simplement leur apprendre à coder.

Nous, notre réponse a été de dire, qu'après s’être un peu débattus depuis une dizaine d'années sur d'autres écoles, je suis un ancien, moi-même, d'Epitech3, on a décidé de passer à une autre échelle, avec d'autres gens, dans un autre cadre, en faisant des choses effectivement gratuites, ouvertes à tous, avec et sans le bac. Parce que nous, ça ne nous intéresse pas, effectivement, de bosser sur les quelques pour cent de gens qui ont la capacité de rentrer en école d'ingénieur et qui, à la sortie, sont extrêmement bons et hyper reconnus par tout le marché, effectivement quand ils partent aux États-Unis, etc. Nous, notre réponse se situe à ce niveau-là. C'est apprendre à coder pour tous. Il se trouve qu'en plus, quand on leur apprend à coder avec notre méthode, le marché les adore. Ça tombe bien ! Mais en soi, à la base, on ne les a pas du tout formés pour leur apprendre à faire du C. Vous allez sur le site du Zéro, vous allez apprendre tout seul, ça marche très bien. Nous on leur apprend vraiment autre chose à l'intérieur de ce code.

Présentateur : Très bien. Parlons du site du Zéro, c'est bien, qui a changé maintenant de nom justement pour prendre la mode du MOOC dans le sens.

Jean-Marie Gilliot : Openclassrooms.

Présentateur : Voila. Je voudrais savoir en tant que dirigeant d’entreprise Philippe, on entend « les ingénieurs sont d'un très bon niveau ». On ne remet pas en cause le niveau d'un ingénieur. Après, pour une entreprise, une PME, en France, du logiciel libre, qui n'est pas une très grande multinationale, ça représente quoi l'ingénieur ? Ça représente quoi ces besoins-là ? Est-ce qu'on a besoin de toujours quelqu'un ? C'est quoi le profil aujourd'hui idéal ou ce dont vous, vous avez besoin en tant qu'entreprise ?

Philippe Montargès : Je vais jouer à l'ancien, encore. Mais depuis trente ans les entreprises de l'informatique, du numérique maintenant, recrutent, cherchent à recruter toujours le même type de profil, c'est-à-dire le bac plus cinq, école d'ingénieur, qui est capable de faire papa/maman, qui est un mouton à cinq pattes et qui pourrait être facturé, de manière directe ou indirecte, très cher. C'est à peu près le business modèle de beaucoup des entreprises informatiques depuis trente ans. Je pense qu'effectivement, là, on arrive à une rupture par rapport à ce modèle-là. Et vu le besoin, et là je ramène ça à la filière open source, vu le besoin propre de notre filière en termes de compétences, en termes de développeurs, puisqu’il y a un mot qui n'a pas été utilisé encore, c'est le mot développeur, ce dont on a besoin par exemple chez nous, dans les entreprises du logiciel libre et de l'open source, c'est une étude qui était sortie l'année dernière, c'est à 60 %, quand même, des besoins en termes d'ingénieurs développement, logiciel, web. Et donc on est confronté nous, effectivement tu l'as souligné, sur un modèle économique où on ne peut pas rentrer forcément dans une surenchère systématique par rapport au niveau de qualification, au niveau d'école, donc au niveau de salaire, donc au niveau de tarification, derrière, par rapport au client. Donc effectivement, on suit de près les initiatives, de très près, tout ce qui a trait actuellement sur le marché, qui bouscule un peu les lignes, le projet 42 par exemple, mais aussi l'arrivée des MOOC qui peuvent être d'autres modèles pour accélérer la formation.

Par contre je ne suis pas dupe sur le fait, aussi, qu'on est sur un secteur où la technologie ne s'improvise pas. Ce n'est pas que de l'usage. Il faut que les gens soient formés, effectivement, et soient qualifiés. On a besoin de qualification. Et je pense que la problématique qui se pose essentiellement, que ce soit pour 42, pour les écoles d'ingénieurs, pour les cycles universitaires, c'est où met-on la barre ? Comment détermine t-on cette notion de certification ? Cette notion de qualification ? Et je crois que là on est vraiment au cœur du problème. C'est-à-dire à tel degré de qualification, j'ai tel niveau de rémunération, ça génère un business modèle, que ce soit chez les éditeurs ou dans les sociétés de service, les ESN4 comme dirait le président du Syntec numérique puisqu'il a changé de nom, on est tous confrontés au même business modèle. On doit recruter. On doit faire face à une demande croissante, notamment dans le secteur de l'open source, qui est forte. Il est prévu, je crois, sur les trois ans qui viennent, plus de dix mille recrutements, rien que sur notre filière de l'open source. Je ne parle pas du monde web au sens large et ainsi de suite. Comment on fait pour alimenter ça ? En restant dans un business modèle qui tient. Et moi je crois effectivement que si on arrive à garantir un niveau de qualification et qu'on puisse baisser un petit peu le coût de la fabrication et éviter de rentrer dans la surenchère des écoles d'ingénieurs où quand le gars sort, le premier truc qu'il veut c'est être chef de projet sans avoir fait de développement et avoir un salaire à 45 000 euros, ça me parait bien si ça va dans ce sens-là.

Présentateur : Très bien. Justement, Jean-Marie, on parlait de qualification, de validation, de toute cette partie-là. En gros, on va avoir des nouvelles solutions, on va parler des MOOC, Massive Open Online Coursive, donc une sorte de miracle où tout le monde va se former tout seul, en ligne. Mais comment moi je valide ? Comment on valide une compétence dans ce cas-là ? Comment on peut savoir ? Qu'est-ce qu'un MOOC dans cet univers de la formation et dans cet univers de l'enseignement ? Parce qu'on se dit, on va sur des sites, le site du Zéro et tout ça, on se dit on peut apprendre PHP, on peut apprendre tout ça. C'est quoi le sens du MOOC dans cet univers-là ?

Jean-Marie Gilliot : Je vais faire comme Roberto, je vais d'abord répondre à une autre question et ensuite répondre à la tienne. En passant, c'est amusant, depuis quelques temps quand je me promène je rencontre toujours quelqu'un qui a fait le lycée naval de Brest et ça fait super plaisir, surtout que mon fils va y rentrer, mais ça ce n'est pas l'histoire. Premier point, sur les écoles d'ingénieurs qui ont 76% des gens formés au bout de six mois. Je pense qu'il ne faut pas faire du global sur ce genre de choses-là. Toutes les écoles sont très indépendantes, ont chacune leur modèle et démarrent chacune un petit peu avec leur profil et font ce qu'elles peuvent. Il y a dans certaines écoles des contacts réguliers avec les entreprises. Il y a des écoles qui intègrent complètement la problématique de la recherche dans leur formation. Je suis dans une école, pas loin du lycée naval à Brest, puisque Télécom Bretagne on est voisins, ce sont des choses qu'on intègre dans notre formation. Et on a une qualité, c'est que vu qu'on est petits comme des petites entreprises, on peut évoluer, on peut faire ce qu'on veut, on peut tester des choses, et on peut avancer, et à la sortie avoir, non pas 75 %, mais tous nos élèves qui quasiment ont un boulot avant de sortir, dans l'entreprise, et qui ne sont pas mal payés, ce qui nous fait plaisir. Mais je suis bien d'accord sur deux choses, ça ne représente qu'une toute petite partie de la population formée et ça intègre bien le fait qu'il faut former les gens à avoir la culture informatique, Computer Thinking, pour reprendre ce que dirait Jeannette Wing. Donc ça, OK.

Deuxième chose que je voudrais dire avant de répondre à la question, c'est qu'en fait ce qui m'étonne à chaque fois que je croise les gens du logiciel libre, c'est qu'il nous disent : « Il faut comprendre le logiciel libre, il faut maîtriser le logiciel, etc. » On est tout à fait d'accord. Il me semble qu'on manque un point quand on fait ça. C'est qu'en fait il y a une culture derrière le logiciel libre, il y a la culture du Libre qui, quelque part, est la culture du bien commun et qui pose la question de comment on gère une connaissance commune, comment on la fait évoluer, comment on la fait grandir et comment on travaille ensemble à coproduire cette connaissance commune. Ce truc-là c'est une notion qui est en ce moment en train d’être, je dirais, théorisée, qui s'appelle le bien commun. Cette notion de bien commun elle marche dans la santé, elle marche dans la culture, dans la construction de nourriture et elle marche aussi dans la construction de l'éducation. Et je vais arriver à ta réponse, quand même je ne perds pas le fil. Cette culture-là, qu'on a là, il faut qu'on la valorise aussi et qu'on dise qu'on a compris le logiciel, mais on a compris aussi une manière d’être et une culture, pour pouvoir faire avancer des biens communs ensemble.

La bonne nouvelle, si on parle des MOOC, excuse-moi je vais garder le terme à l'anglaise, on parle de FLOSS, de machin, c'est qu'il y a l'université, les écoles et des entreprises, on parlait de l'OpenClassrooms, ce qui était le site du Zéro il n'y a pas si longtemps, font un pas dans le domaine de l'éducation en disant on va ouvrir des choses, on va permettre aux gens de venir apprendre quelque chose en ligne dans un contenu qui n'est pas seulement déposé mais qui est emballé pour que les gens puissent apprendre avec un prof, avec des gens qui sont autour d'eux. Il y a cette culture de la collaboration qui se met en place qui est celle du Libre. Ça tombe bien ! Donc ce truc là va dans le bon sens. Ça n'emmène sans doute pas tout le monde. La personne qui est réticente à aller sur un ordinateur, qui n'a pas la culture minimum, ne va sans doute pas accrocher à ces trucs-là, mais c'est un pas et c'est un pas qui a l'air de ne pas mal marcher parce qu'il y a quand même pas mal de monde qui apprend au travers de ça.

Un deuxième pas qui est intéressant, c'est que, certes on parle de MOOC, on pense aux élèves, mais nous sommes tous des élèves, toute notre vie. C'est-à-dire que tu disais PHP, je suis désolé moi, quand je suis sorti de l'école, PHP n'existait pas. J'ai eu la chance d'avoir une culture informatique qui soit suffisante pour que je puisse me dire OK je prends un petit temps et je vais appendre PHP, si j'ai besoin de PHP ou de Python, etc. J'en profiterai pour évoluer sur quelques concepts par rapport à un schéma global. Donc le MOOC on peut le voir aussi comme un outil ouvert, partagé, qu'on peut améliorer ensemble, pour pouvoir se former tout au long de la vie. Ça, il me semble que ça fait sens pour les entreprises. OK. Donc ça c'est un premier point.

Après la question que tu posais, c'était le problème de la certification de ces apprentissages sur ces cours en ligne. Ce mouvement des MOOC est un mouvement qui est tout récent. France Université Numérique, ça été annoncé le deux octobre, on est le trois octobre. Donc voilà ! On a un jour qui s'est passé on n'a pas répondu à toutes les questions en une journée. Heureusement, sinon on n'aurait plus de boulot, comme on disait tout à l'heure. Donc il y a un mouvement qui se met en place qui donne de l'accès. La question de la certification va se mettre en place doucement, enfin doucement, assez rapidement. Je crois que des entreprises comme OpenClassrooms imaginent assez rapidement de faire des certifications qui soient, en gros, l'équivalent de ce qu'on fait dans pas mal d'universités et de facs, c'est de faire des examens sur site, éventuellement avec machine. Donc on les moyens de faire aussi bien que ce qu'on faisait avant. Après, c'est clair que si on veut une évaluation sur des compétences et tout, eh bien il faudra y passer du temps, il faudra retourner à un endroit et faire ce que mes anciens collègues appelaient un examen de labo, c'est-à-dire mettre les mains dans la pâte et valider qu'on est capable de mettre les mains dans la pâte. Mais ce n'est pas lié aux MOOC c'est lié, quelque part, à tous nos modes d'évaluation, dans toutes nos formations, de la maternelle, enfin peut-être pas de la maternelle, de la primaire jusqu'à la fin de la formation, au moment où on la termine. Donc effectivement, ce n'est pas un objet idéal en termes de certification, mais c'est un objet comme un autre.

Dernier point. On a quand même un truc, je finis sur la certif quand même, on a un truc qui n'est pas mal en France dont on ne parle pas très fort, c'est la validation des acquis de l'expérience, qui permet de valider, de faire reconnaître des choses. Quelque part en Europe on a des mécanismes qui vont nous permettre de certifier des expériences qu'on a eues dans l'entreprise, des cours qu'on a suivis, que ce soit un MOOC, ou que ce soit un truc en ligne, ou que ce soit un truc qu'on a fait ailleurs. Donc on a des outils qu'on va pouvoir mettre en œuvre qui vont compléter le numérique pour pouvoir dire où est-ce que ce gars-là ou cette personne-là elle est compétente sur tel sujet.

Présentateur : Très bien. Donc c'est intéressant. Pour la partie Public Goods, biens communs, ça fait très longtemps qu'on en parle dans le logiciel libre, depuis des années. On peut tomber sur des débats, même il y a encore cinq six ans aux RMLL ou à d'autres, où il y a des grands économistes. Ça fait même partie de l'essence du logiciel libre. Ça c’était pour fermer la parenthèse. Par rapport aux MOOC, justement, Fatiha, vous travaillez, vous, au sein d'une école d'ingénieurs, vous dirigez une école d’ingénieurs, vous travaillez aussi au sein de Pasc@line5, moi, quand j'entends ce que j’entends sur le MOOC, il y a un mot qui est arrivé à la fin des années 90, qui n'a pas réussi à percer, ça s'appelait le e-learning. Et depuis, j'ai eu l'occasion de travailler dans le e-learning et c'était un peu ça : on met des cours en ligne, avec plus ou moins de vidéos, plus ou moins d'interaction et on essaye de certifier les gens. Et comme généralement les diplômes ça se passe à l'université ou dans des écoles qui sont certifiées, à la fin on les envoyait dans des universités passer des diplômes. Qu'est-ce que ça apporte de plus le MOOC ? Est-ce qu'il y a vraiment une révolution ou c'est un effet de mode ?

Fatiha Gas : C'est vrai que la frontière est ténue. On voit bien que le MOOC, finalement c'est un petit peu ce fameux enseignement à distance, ce e-learning. Aujourd'hui avec les infrastructures, avec l'arrivée d'Internet de façon massive, pour un petit peu monsieur et madame Toulemonde, les MOCC, finalement, se sont démocratisés. Ce n'est pas réservé à une population qui décide de… Il y a cet aspect-là. Mais les MOOC sont aujourd'hui victimes de leur succès, puisque l'apprentissage ou la formation, son intérêt c'est aussi l'interactivité. Or quand vous avez un million de personnes qui sont connectées, même vingt mille, même deux mille, même mille, c'est compliqué pour un enseignant qui est derrière son écran de faire un cours interactif et de répondre aux interrogations de toutes les personnes qui sont de l'autre côté. L’intérêt des MOOC, finalement, je dirais qu'il est là, mais il faut trouver le bon compromis, il faut trouver la bonne façon de fonctionner. Et je sais, aujourd'hui, qu'il y a certaines universités qui ont mis en stand-by leur projet de MOOC qui avait démarré, pour réfléchir à nouveau à comment offrir un enseignement qui permette soit une évolution de compétences, pour quelqu’un qui a déjà un diplôme, soit un changement de formation, soit une certification ou le passage d'un diplôme. Mais effectivement, ça reste une question.

Maintenant pour rebondir sur ce qui a été dit tout à l'heure, les MOOC c'est très bien, les formations d'ingénieurs c'est très bien, mais on ne peut pas forcer un jeune à s'intéresser à quelque chose. Qu'est-ce qu'on peut faire pour que les jeunes viennent vers nos métiers, vers les études qui les mènent aux métiers de l'informatique ou du numérique. Il y a aussi une question, vous l'avez dit tout à l'heure, d'introduire l'enseignement des langages informatiques dans des petites classes, au collège ou au lycée, c'est une bonne façon, c'est peut-être une bonne façon d'intéresser les jeunes au numérique. En général, une personne qui va pour s'auto-former sur un MOOC ou autre c'est parce qu'elle est intéressée par le sujet. Un jeune pour qu'on l'amène à nos sujets à nous, il faut, peut-être, le prendre un peu plus tôt et ne pas attendre le bac.

Présentateur : Très bien. C'est un débat sur lequel on va parler. Je vous invite demain après-midi où on va traiter, justement, de ce débat très intéressant de l'enseignement de l'informatique en tant que science très tôt. Là Kwame, j'ai une autre question avec vous. Tout à l'heure vous avez dit « il faut mettre les mains dans le cambouis, il faut pratiquer ». Je veux bien que quelqu’un apprenne sur le MOOC comment on fait PHP, comment je fais, mais s'ils viennent chez vous, et vous me dites que vous pouvez les transformer en très peu de temps à faire les trois lignes de C, c'est parce qu'il n'y a pas qu'une capacité d'auto-apprentissage, il y a aussi une pédagogie, une relation.

Kwame Yamgnane : Bien sûr. Après sur ce qui a été dit, c'est là que clairement on dévie quoi ! C'est-à-dire que moi je ne suis plus du tout d'accord avec vous. Vous dites comment est-ce qu'on fait pour attirer les jeunes dans nos écoles. Vous avez-vu les frontières qu'il y a pour accéder à une école d'ingénieurs, en France, aujourd'hui ?

Fatiha Gas : Pas forcément une école d'ingénieurs, mais une formation du numérique.

Kwame Yamgnane : Non mais une formation, une école. Une formation en exemple. On parle des écoles d’ingénieurs, Pour rentrer à l'ENSTB, je vous conseille quand même d'être dans les trois premiers français. Ce n'est pas n'importe quoi.

Fatiha Gas : Pour attirer les jeunes vers le numérique. Pas forcément une école d’ingénieurs.

Kwame Yamgnane : Non, mais les jeunes vers le numérique. C'est ce que je vous ai dit. Les écoles d'ingénieurs et scientifiques ont accaparé, effectivement, la formation scientifique de l'informatique, ce qui n'est pas tout dans l'informatique d'ailleurs, je tiens vraiment à le préciser. C'est ce que vous dites tout à l'heure quand vous dites les sciences, l'informatique etc. Il y a beaucoup de pas du tout science dans l'informatique. C'est quand même un métier d'art, où on part, globalement, d'une feuille blanche avec son Emacs6 et on commence à créer. Vous parlez des certifications. Les certifications, comme vous le savez, sur 42, on n'en a pas. Pourquoi on n'en a pas ? Parce qu'il n'y en pas besoin. Les certifications sont là pour certifier qu'une personne est individuellement bonne dans un endroit. On est quand même à l'Open World Forum. Notre métier, à tous, quand on fait de l'open source, c'est qu'on bosse tous ensemble. Dire qu'une personne on veut la certifier personnellement etc., ce qu'on appelle travailler à deux, au lycée, c'est ce qu'on appelle tricher. Ce qu'on appelle ici travailler à deux c'est collaborer. Donc la problématique qui se pose c'est qu'aujourd'hui on est dans un système d'enseignement où on fait de l'enseignement individuel, pour faire rentrer des gens dans un monde qui est partagé. La notion de hiérarchie mondiale de « on part du prix Nobel machin, ta ta ta ta et on descend, on descend, on descend », ce sont des choses qui sont en train de disparaître. On travaille, comme l'a dit tout à l'heure un des précédents intervenants, il a dit : « Voilà, il y a des choses qui sont en train de se passer dans l'open source où on est en train de redescendre dans la hiérarchie entre ceux qui te donnent les logiciels, ceux qui les font, etc. » On travaille dans un monde qui est global. Et aujourd'hui qui a certifié que Linus Torvalds savait faire du Linux ? Qui l'a dit ? Eh bien les autres. Il y en a un qui s'est mis à coder, on a dit il est bon, etc., et entre eux ils ont partagé.

Moi je pense que, justement, si on ne change pas effectivement profondément la pédagogie on n'y arrivera pas. On n'a jamais eu autant de moyens pour travailler. On n'a jamais eu autant de profs. On a la chance, en France, d'avoir effectivement une grande tradition de l'éducation, donc énormément de professeurs. Je rappelle juste que le ministère de l’Éducation nationale, tous les agents, c'est un million de personnes et il y a à peu près quinze millions d'élèves qui sont de la maternelle jusqu'à la terminale, ce qui sous-entend qu'il y a à peu près un agent pour quinze élèves. Donc le problème n'est pas là. Il n'empêche qu'on sort quand même cent cinquante mille personnes qui sont exclues du système. Cent cinquante mille personnes exclues du système par année, ça sous-entend quand même, une classe d'âge en France c'est un million de personnes, on envoie 15 % au casse-pipe.

La réflexion n'est pas de savoir… Le MOOC, pour moi, est un outil qui peut fonctionner. C'est fondamentalement qu'est-ce qu'on essaye de faire ? Or dans le MOOC, ce qu'on essaye de faire aujourd'hui et ce qui est fait aujourd'hui, c'est de la transmission de savoir. Transmettre le savoir dans notre milieu, c'est-à-dire le milieu du numérique, on pense que ça ne sert à rien. Vous allez sur Google si vous voulez apprendre à faire du C, vous allez apprendre du C. C'est Google. Si vous voulez aujourd’hui suivre des cours de maths de M. Wasserman vous allez directement sur le site du Carnegie Mellon 7 et vous regardez les cours. Vous n'avez pas besoin d'aller voir un prof, qui a été plus ou moins formé sur le sujet, qui va vous expliquer tout ça.

La question ce n'est pas d’appendre aux gens, faire de la transmission de savoir du numérique et de la transmission de savoir de trois lignes de code de C, ça franchement il n'y a vraiment besoin de personne pour le faire s'il est un peu motivé. La question c'est comment est-ce qu'on fabrique un schéma de pensée numérique ? Et on ne fabriquera pas un schéma de pensée numérique en assommant toute la journée des élèves à grands coups de « il faut faire ci, il faut faire ça, les tris c'est dans…, etc. C'est la raison pour laquelle nous on le fait pas. Et on forme, effectivement, un millier d'étudiants avec globalement zéro prof et zéro cours. Donc on n'a pas de profs, pas de cours. Donc on maintient une zone d'à peu près une dizaine effectivement d'organisateurs de l'école pour un millier d'étudiants qui sont dedans aujourd'hui.

Intervenant : Inaudible

Présentateur : S'il vous plaît pas de trolls dans la salle. Philippe tu voulais réagir.

Philippe Montargès : Je voulais juste réagir. Je trouve ça séduisant sur le papier et effectivement je suis comme beaucoup d'entrepreneurs, j'attends de voir effectivement les premières promotions déboucher dans les entreprises et dans les projets que mènent ces entreprises par rapport à leurs clients. Je me demande, juste, s'il n'y a pas un risque, effectivement, en faisant cohabiter d'une part, une filière formation type ingénieur universitaire et une filière, on va dire, ouverte, comme vous la présentez. Si on ne risque pas d'avoir, je dirais, une filière « low cost », entre guillemets, d'informaticiens, de travailleurs dans le numérique et ce n'est pas cela qui peut se produire, et l'absence de certification, pour moi. En tout cas elle n'obéit pas tellement à un processus de pédagogie, mais elle obéit surtout, aussi, à un niveau de qualification et on le sait bien c'est la qualification quand même qui justifie, oui ou non, un salaire.

Présentateur : Très bien, on va prendre Roberto. Une minute.

Roberto Di Cosmo : Je voudrais juste réagir à un tas de choses qui ont été dites ici. Il y a plein de sujets différents. On voit qu'on a des opinions assez diverses et variées. Je me permets de donner la mienne aussi. Si on veut attirer plus de monde qui fasse de l'informatique, il faut les mettre en contact avec l'informatique dès le plus jeune âge. Il faut qu'on apprenne ce que c'est que la programmation assez rapidement, qu'on comprenne ce qu'il y a à l’intérieur d'un ordinateur assez rapidement. Évidemment ça peut être fait de façon très rébarbative ou de façon très amusante.

Je ne vais pas dévoiler un grand secret pour les gens qui me connaissent. En théorie, en étant italien, formé à une époque où on envoyait les bons étudiants faire du grec et du latin, je devrais être maintenant, en suivant le schéma, dans une conférence de philosophie sur, je ne sais pas, les auteurs latins du XIIIe siècle, etc. Non ! Je suis à l'Open World Forum. Je suis passionné d'informatique. C'est arrivé comment ? C'est arrivé parce qu'à dix-huit ans par hasard j'ai acheté un ZX80, comme c'est arrivé à plein de monde. J'ai commencé à toucher à ça, j'ai découvert cet objet et je n'ai plus jamais réussi à m'en remettre. Si on m'avait donné ça plus tôt, probablement je serais tombé dedans plus vite, n'est-ce pas ? Moi j’observe. Je suis désolé. J'ai des enfants. J'imagine que c'est le cas chez vous aussi. Regardez un peu dans les écoles à quoi ils sont confrontés. On leur apprend, c'est vrai, on leur fait toucher de temps à autre un éditeur de texte pour écrire le journal de l'école. On leur fait faire un peu de macros dans Excel, ce qui est peut-être la torture la plus grave pour quelqu'un qui a envie d'apprendre la programmation, qu'on puisse imaginer. Finalement ça les dégoûte pas mal. Si on pouvait faire autre chose, on aurait plus de monde passionné. C'est évident. Ce n'est pas la matière elle-même.

Et là, c'est triste, mais malheureusement ce que tu disais Kwame, c'est oui. Oui, il y a je ne sais pas combien de millions d’agents de l'État, mais on avait appris sous Charles V le fait qu'en moyenne il y a une poule dans chaque pot ça veut dire que, peut-être, il y a des gens qui ont plein de poules et des gens qui n'ont rien du tout. Donc là, on a effectivement beaucoup d'agents qui font de la formation. Il y en a très peu qui font de la formation des enfants sur ce qui concerne l'informatique. Ça c'est le vrai combat d'aujourd'hui. C'est un combat qu'il faut mener dès le départ. Il y a des petites tentatives qui arrivent grâce à l'effort de plein de personnes, y compris plein qui sont dans cette salle auxquelles il faut rendre hommage, pour avoir une option informatique au lycée. Mais c'est très peu, c'est très tard. Il faut quand même généraliser ça et commencer tôt pour intéresser les gens, pour qu'ils puissent arriver dans des bonnes formations.

Après il y a un deuxième débat qui est beaucoup plus compliqué. C'est quelle est la bonne façon de faire de la transmission de connaissances ou de la génération de connaissances ou de la validation des personnes ? Ça ce n'est pas spécifique à l'informatique en tant que telle. L'arrivée de l'informatique a introduit des nouveaux instruments. Les MOOC n'auraient pas été possibles sans des internets à grande vitesse. Il faut aussi le dire, à la belle époque du e-learning, à l'époque où on avait commencé, les débits n'étaient pas les mêmes, les serveurs ne coûtaient pas la même chose, les vidéos coûtaient beaucoup plus cher. Il y a aussi des phénomènes économiques qui font en sorte que, peut-être, les mêmes idées reviennent aujourd'hui de façon beaucoup plus efficace qu'il y a quinze ans ou vingt ans.

Est-ce que vraiment je dois aller tout de suite me suicider en sortant de cette salle, avec plein de collègues, en disant je ne sers plus à rien ? Est-ce que les professeurs universitaires ne servent plus à rien ? Il suffit de me filmer une fois, après on peut me mettre sous un camion. Les gens vont regarder des films et pendant quarante ans on va apprendre toutes les choses que j'ai à dire. Ce serait sympa. Je suis désolé, je m'inscris en faux sur cette vision. C'est un peu trop simpliste. Il y a des choses différentes qui se passent dans l'interaction dans une petite classe, en petit groupe.

Là il y a d'autres choses aussi qui ont été dites sur lesquelles par contre je peux être pleinement d'accord. La pédagogie par projets, le fait d'apprendre ensemble, d'arriver à travailler, à collaborer, dans un monde qui, je suis désolé de le dire pour les collègues qui sont ici dans le monde de l'open source depuis longtemps, qui est très dur. C'est-à-dire le monde du logiciel libre n'est pas un monde dans lequel on est très poli. Ça dépend des communautés dans lesquelles vous allez. Vous écrivez du code qui est mal fait, vous faites des contributions qui ne sont pas bonnes, on vous envoie dans la gueule des e-mails qui sont par ailleurs publics, donc ça déprime pas mal la première fois où vous récupérez, parce que c'est une mailing list dans laquelle il y a mille personnes inscrites, on vous dit votre code est nul. Bon bref, après le week-end est un peu gâché. Il faut s'y reprendre. Il y a ces éléments formateurs-là qui sont importants.

On arrive sur la partie qualification. On sait bien que pour un certain nombre de recruteurs, pas pour tous, le fait d'avoir contribué efficacement à un projet en logiciel libre c'est un élément, c'est une vraie case cochée, ça coche pas mal d'éléments. Ça coche capacité de gestion de projet, d'interaction, de collaboration, etc. Ça coche plein de cases qui correspondent à pas mal de cours qu'on pourrait avoir dans une école de management.

En même temps n'oubliez pas, on a parlé tout à l'heure des grands consommateurs de logiciels qui utilisent énormément et massivement du logiciel libre, je parle de Google, Amazon etc. Est-ce que vous avez regardé comment ils recrutent ? Vous avez fait, un peu, un petit test pour voir comment est fait le processus de sélection ? D'ailleurs je retourne la balle à Kwame ici. Vous dites, d'accord, c'est une école ouverte à tous la vôtre, mais vous vous permettez quelque chose qu'on m'interdit à moi, c'est-à-dire vous avez une phase de sélection qui est très rude. Parce que vous récupérez mille personnes, mais il y en a dix mille inscrites au début. Vous vous permettez une phase de sélection qui, finalement, vous garantit au moins que les personnes que vous avez prises… Finalement vous prenez des risques, peut-être, mais pas tellement. Dans le monde académique, universitaire en France, je vous rappelle que 85 % des informaticiens dans cette nation qui est la France sont quand même des professeurs et des maîtres de conférences et des enseignants-chercheurs dans les universités et pas ailleurs. Donc 85 %. Mais nous n'avons aucune possibilité de sélection de personne. Donc on se débrouille comme on peut. Des fois ça fait de la sélection par l'échec, etc. Il y a certainement mieux à faire pour employer les compétences dont nous disposons aujourd'hui. C'est un défi long. Il y a vraiment une véritable question sur comment traiter toutes ces questions qui ne sont pas forcément les mêmes.

Présentateur : Très bien. On me fait signe. On va essayer de respecter notre temps. Je vous remercie tous pour cette discussion. N'hésitez pas à venir discuter avec eux. Je vous invite à venir demain après-midi sur ce sujet-là et participer à ce débat, et vous pourrez plus facilement interagir avec les invités. Merci beaucoup et à demain.

Applaudissements.

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