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Exemples de RSS - April
Revue de presse de l'April pour la semaine 29 de l'année 2016  Voir?

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 29

[next51.net] SAIP l'application d'alerte sur iPhone et Android qui ne convainc personne

Par Next 51, le samedi 23 juillet 2016. Extrait:
> Lancée à l'occasion de l'Euro 2016 début juin dernier, l'application d'alerte SAIP sert à compléter l’éventail des dispositifs d’alerte (signalétique urbaine, information diffusée oralement sur le terrain par les forces de sécurité ou via les médias, réseaux sociaux ...).
Lien vers l'article original: http://www.next51.net/SAIP-l-application-d-alerte-sur-iPhone-et-Android-qui-ne-convainc-personne_a13685.html

[Le Monde.fr] Snowden présente une coque d’iPhone antisurveillance

Par la rédaction, le vendredi 22 juillet 2016. Extrait:
> Le prototype, développé avec le hackeur Andrew Huang, doit permettre de savoir si un téléphone émet des ondes à l’insu de son utilisateur.
Lien vers l'article original: http://www.lemonde.fr/pixels/article/2016/07/22/snowden-presente-une-coque-d-iphone-anti-surveillance_4973611_4408996.html

Et aussi:
[Numerama] Snowden présente une coque anti-surveillance pour iPhone
[Next INpact] Le projet Tor a élu un nouveau comité de direction

Voir aussi:
Position de l'April sur la surveillance généralisée

[Les Echos] Le code open source pour les… enfants!

Par Grégory Becue, le jeudi 21 juillet 2016. Extrait:
> Les nouvelles générations sont les plus connectées au monde. Élevées dès leur plus jeune âge par les nouvelles technologies, leur doudou n’est autre qu’Internet, Facebook ou Snapchat. Aujourd’hui, la question de l’apprentissage du code devient donc une évidence. Mais pour parvenir à démocratiser la programmation, tant pour les grands que pour les petits, l’open source est la condition sine qua non par laquelle passer.
Lien vers l'article original: http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-159100-le-code-open-source-pour-les-enfants-2015962.php

[Next INpact] Windows 10: pourquoi la CNIL met en demeure Microsoft

Par Marc Rees, le jeudi 21 juillet 2016. Extrait:
> De nombreux manquements à la loi Informatique et Libertés de 1978. Voilà le reproche qu’a adressé hier en fin de journée la CNIL à Microsoft, et son système d’exploitation Windows 10. L’éditeur a trois mois pour corriger le tir, avant une possible sanction.
Lien vers l'article original: http://www.nextinpact.com/news/100719-windows-10-pourquoi-cnil-met-en-demeure-microsoft.htm

Et aussi:
[Numerama] Microsoft gagne en justice pour mieux protéger les données des Européens

[Les Echos] Le logiciel libre doit passer de la réussite technologique au succès économique

Par Sebastien Dumoulin, le mercredi 20 juillet 2016. Extrait:
> Les Gafa ont popularisé l’open source, cependant les entreprises qui vivent du logiciel libre restent rares. Avec l’émergence du cloud et du Big Data, des start-up se sentent pousser des ailes.
Lien vers l'article original: http://www.lesechos.fr/idees-debats/sciences-prospective/0211139278397-le-logiciel-libre-doit-passer-de-la-reussite-technologique-au-succes-economique-2015476.php

[LeMagIT] Inria construit la grande bibliothèque mondiale du code source

Par Sophy Caulier, le mardi 19 juillet 2016. Extrait:
> Le projet Software Heritage a l'ambition de collecter et d'organiser le patrimoine logiciel mondial. Démarrée il y a déjà un an et demi, cette initiative veut être une gigantesque bibliothèque du code source. Le projet initié par Inria a déjà reçu plusieurs soutiens dont le premier de Microsoft.
Lien vers l'article original: http://www.lemagit.fr/actualites/450300582/Inria-construit-la-grande-bibliotheque-mondiale-du-code-source

[Journal du Net] Loi pour une République numérique: ce qui va changer

Par Gregoire Ducret, le lundi 18 juillet 2016. Extrait:
> La version finale du projet de loi pour une République numérique a été décidée le 29 juin. Quels en seront les impacts concrets pour les entreprises? Réponses croisées de l'homme d’affaires et président de l'Acsel Cyril Zimmermann et de l'avocat Eric Barbry.
Lien vers l'article original: http://www.journaldunet.com/ebusiness/expert/64845/loi-pour-une-republique-numerique---ce-qui-va-changer.shtml

Voir aussi:
Projet de loi numérique: des codes sources communicables sous conditions et des logiciels libres simplement encouragés

[MacGeneration] La police lituanienne va augmenter ses salaires en virant Microsoft

Par Nicolas Furno, le lundi 18 juillet 2016. Extrait:
> La police lituanienne a abandonné les produits Microsoft dans ses commissariats. À la place de Windows, ses ordinateurs tournent désormais sous Ubuntu et à la place de la suite bureautique Office, c’est LibreOffice qui a succédé.
Lien vers l'article original: http://www.macg.co/ailleurs/2016/07/la-police-lituanienne-va-augmenter-ses-salaires-en-virant-microsoft-94967

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

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Revue de presse de l'April pour la semaine 29 de l'année 2016  Voir?

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 29

[next51.net] SAIP l'application d'alerte sur iPhone et Android qui ne convainc personne

Par Next 51, le samedi 23 juillet 2016. Extrait:
> Lancée à l'occasion de l'Euro 2016 début juin dernier, l'application d'alerte SAIP sert à compléter l’éventail des dispositifs d’alerte (signalétique urbaine, information diffusée oralement sur le terrain par les forces de sécurité ou via les médias, réseaux sociaux ...).
Lien vers l'article original: http://www.next51.net/SAIP-l-application-d-alerte-sur-iPhone-et-Android-qui-ne-convainc-personne_a13685.html

[Le Monde.fr] Snowden présente une coque d’iPhone antisurveillance

Par la rédaction, le vendredi 22 juillet 2016. Extrait:
> Le prototype, développé avec le hackeur Andrew Huang, doit permettre de savoir si un téléphone émet des ondes à l’insu de son utilisateur.
Lien vers l'article original: http://www.lemonde.fr/pixels/article/2016/07/22/snowden-presente-une-coque-d-iphone-anti-surveillance_4973611_4408996.html

Et aussi:
[Numerama] Snowden présente une coque anti-surveillance pour iPhone
[Next INpact] Le projet Tor a élu un nouveau comité de direction

Voir aussi:
Position de l'April sur la surveillance généralisée

[Les Echos] Le code open source pour les… enfants!

Par Grégory Becue, le jeudi 21 juillet 2016. Extrait:
> Les nouvelles générations sont les plus connectées au monde. Élevées dès leur plus jeune âge par les nouvelles technologies, leur doudou n’est autre qu’Internet, Facebook ou Snapchat. Aujourd’hui, la question de l’apprentissage du code devient donc une évidence. Mais pour parvenir à démocratiser la programmation, tant pour les grands que pour les petits, l’open source est la condition sine qua non par laquelle passer.
Lien vers l'article original: http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-159100-le-code-open-source-pour-les-enfants-2015962.php

[Next INpact] Windows 10: pourquoi la CNIL met en demeure Microsoft

Par Marc Rees, le jeudi 21 juillet 2016. Extrait:
> De nombreux manquements à la loi Informatique et Libertés de 1978. Voilà le reproche qu’a adressé hier en fin de journée la CNIL à Microsoft, et son système d’exploitation Windows 10. L’éditeur a trois mois pour corriger le tir, avant une possible sanction.
Lien vers l'article original: http://www.nextinpact.com/news/100719-windows-10-pourquoi-cnil-met-en-demeure-microsoft.htm

Et aussi:
[Numerama] Microsoft gagne en justice pour mieux protéger les données des Européens

[Les Echos] Le logiciel libre doit passer de la réussite technologique au succès économique

Par Sebastien Dumoulin, le mercredi 20 juillet 2016. Extrait:
> Les Gafa ont popularisé l’open source, cependant les entreprises qui vivent du logiciel libre restent rares. Avec l’émergence du cloud et du Big Data, des start-up se sentent pousser des ailes.
Lien vers l'article original: http://www.lesechos.fr/idees-debats/sciences-prospective/0211139278397-le-logiciel-libre-doit-passer-de-la-reussite-technologique-au-succes-economique-2015476.php

[LeMagIT] Inria construit la grande bibliothèque mondiale du code source

Par Sophy Caulier, le mardi 19 juillet 2016. Extrait:
> Le projet Software Heritage a l'ambition de collecter et d'organiser le patrimoine logiciel mondial. Démarrée il y a déjà un an et demi, cette initiative veut être une gigantesque bibliothèque du code source. Le projet initié par Inria a déjà reçu plusieurs soutiens dont le premier de Microsoft.
Lien vers l'article original: http://www.lemagit.fr/actualites/450300582/Inria-construit-la-grande-bibliotheque-mondiale-du-code-source

[Journal du Net] Loi pour une République numérique: ce qui va changer

Par Gregoire Ducret, le lundi 18 juillet 2016. Extrait:
> La version finale du projet de loi pour une République numérique a été décidée le 29 juin. Quels en seront les impacts concrets pour les entreprises? Réponses croisées de l'homme d’affaires et président de l'Acsel Cyril Zimmermann et de l'avocat Eric Barbry.
Lien vers l'article original: http://www.journaldunet.com/ebusiness/expert/64845/loi-pour-une-republique-numerique---ce-qui-va-changer.shtml

Voir aussi:
Projet de loi numérique: des codes sources communicables sous conditions et des logiciels libres simplement encouragés

[MacGeneration] La police lituanienne va augmenter ses salaires en virant Microsoft

Par Nicolas Furno, le lundi 18 juillet 2016. Extrait:
> La police lituanienne a abandonné les produits Microsoft dans ses commissariats. À la place de Windows, ses ordinateurs tournent désormais sous Ubuntu et à la place de la suite bureautique Office, c’est LibreOffice qui a succédé.
Lien vers l'article original: http://www.macg.co/ailleurs/2016/07/la-police-lituanienne-va-augmenter-ses-salaires-en-virant-microsoft-94967

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

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(25/07/2016 @ 19:06)

Loi « pour une République numérique » : quelles avancées ? quelles limites ? Un retour des acteurs associatifs  Voir?

23 Juillet 2016 - 14:00
23 Juillet 2016 - 15:30

La radio Libre@Toi réunit samedi 23 juillet 2026 de 14h à 15h30 des représentants d'associations étant intervenues au cours de l’adoption de la loi « pour une République numérique », dont l'April, pour débattre ensemble et répondre aux questions du public, sur place et en ligne.

Les détails sont en ligne et pour écouter la radio samedi rendez-vous sur le site de la radio.

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Loi « pour une République numérique » : quelles avancées ? quelles limites ? Un retour des acteurs associatifs  Voir?

23 Juillet 2016 - 14:00
23 Juillet 2016 - 15:30

La radio Libre@Toi réunit samedi 23 juillet 2026 de 14h à 15h30 des représentants d'associations étant intervenues au cours de l’adoption de la loi « pour une République numérique », dont l'April, pour débattre ensemble et répondre aux questions du public, sur place et en ligne.

Les détails sont en ligne et pour écouter la radio samedi rendez-vous sur le site de la radio.

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(22/07/2016 @ 15:15)

Revue de presse de l'April pour la semaine 28 de l'année 2016  Voir?

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 28

[Le Monde Informatique] Collectivités territoriales: Le label libre plus disponible au 1er octobre

Par Didier Barathon, le vendredi 15 juillet 2016. Extrait:
> L'Adullact, avec le soutien de l'Etat et de la DINSIC, propose depuis le 1er juillet aux collectivités territoriales qui le souhaitent de se doter du label Territoire numérique libre pour signifier leur engagement envers les technologies ouvertes. La date limite de dépôt des dossiers est fixée au 30 septembre.
Lien vers l'article original: http://www.lemondeinformatique.fr/actualites/lire-collectivites-territoriales-le-label-libre-plus-disponible-au-1er-octobre-65421.html

Et aussi:
[Localtis.info] Territoire numérique libre, un label pour récompenser les collectivités impliquées dans le logiciel libre

Voir aussi:
Lancement du label Territoire Numérique Libre

[ZDNet France] AbulEdu, des logiciels libres pour l'enseignement sauvés par crowdfunding

Par Thierry Noisette, le jeudi 14 juillet 2016. Extrait:
> Créé en 2001 par des enseignants et des informaticiens libristes, cet ensemble d'outils logiciels devrait être pérennisé grâce à une campagne réussie.
Lien vers l'article original: http://www.zdnet.fr/actualites/abuledu-des-logiciels-libres-pour-l-enseignement-sauves-par-crowdfunding-39839724.htm

Voir aussi:
Participez à la campagne de financement participatif pour AbulÉdu

[Les Echos] Pour une Équipe France du numérique

Par Grégory Pascal, le mercredi 13 juillet 2016. Extrait:
> En politique, économie, pour un seul secteur professionnel, il n’existe pas d'"équipe". Une équipe suppose à sa tête un modèle de référence sur lequel on peut, si ce n’est, copier, du moins, compter. Avons-nous donc un leader, capable de créer l’"Équipe France" du numérique qui saura positionner le pays sur les devants de la scène internationale? La question est posée, mais la réponse est loin d’être facile.
Lien vers l'article original: http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-158896-pour-une-equipe-france-du-numerique-2014279.php

[Le Monde.fr] A peine adopté, l’accord Privacy Shield sur les données personnelles est déjà menacé

Par Martin Untersinger, le mercredi 13 juillet 2016. Extrait:
> Le nouveau cadre négocié entre l’Union européenne et les Etats-Unis pour remplacer Safe Harbour pourrait se retrouver bientôt devant la justice.
Lien vers l'article original: http://www.lemonde.fr/pixels/article/2016/07/13/a-peine-adopte-l-accord-privacy-shield-sur-les-donnees-personnelles-est-deja-menace_4969020_4408996.html

Voir aussi:
Position de l'April sur la surveillance généralisée

[Prat!que] La loi numérique fait débat

Par Charlotte Jouss, le mardi 12 juillet 2016. Extrait:
> Dans le cadre de la loi Numérique, mercredi 29 juin dernier, la commission mixte paritaire (CMP) composée de 7 députés, 7 sénateurs ainsi que de nombreux membres suppléants, a réussi à mettre en place un accord pour que les administrations encouragent "l’utilisation des logiciels libres et des formats ouverts lors du développement". Celui-ci fait débat.
Lien vers l'article original: http://www.pratique.fr/actu/la-loi-numerique-fait-debat-1563076.html

Et aussi:
[Global Security Mag] Axelle Lemaire à l'heure du bilan (catastrophique) du gouvernement sur le numérique

[Next INpact] Java: Oracle ne veut pas laisser passer la victoire de Google

Par Vincent Hermann, le mardi 12 juillet 2016. Extrait:
> En mai, Google a infligé une défaite retentissante à Oracle. Ce dernier réclamait 9 milliards de dollars pour avoir violé le copyright de Java et s’en être servi pour assurer le succès d’Android. Un juge en a finalement décidé autrement: il s’agit bien d’un cas de fair use. Qu’Oracle conteste à présent.
Lien vers l'article original: http://www.nextinpact.com/news/100607-java-oracle-ne-veut-pas-laisser-passer-victoire-google.htm

Et aussi:
[Developpez.com] Procès sur les API Java: Oracle ne veut pas s'avouer vaincu et conteste la décision du jury

[Developpez.com] La ville de Grenoble compte faire migrer huit autres écoles sur Linux cette année

Par Olivier Famien, le lundi 11 juillet 2016. Extrait:
> En juin 2015, les autorités de la ville de Grenoble ont présenté leur projet de remplacer les systèmes d’exploitation propriétaires équipant actuellement les appareils dans les écoles de la ville par le système d’exploitation Linux. Quelques mois plus tard, et plus précisément en décembre dernier, la ville de Grenoble a encore annoncé son adhésion à l’association April, ayant pour vocation de défendre et promouvoir les logiciels libres.
Lien vers l'article original: http://www.developpez.com/actu/101131/La-ville-de-Grenoble-compte-faire-migrer-huit-autres-ecoles-sur-Linux-cette-annee-et-prevoit-de-basculer-plusieurs-autres-ecoles-d-ici-2018

[la Croix] «Les communautés du Web collaboratif restent peu visibles du grand public»

Par Julien Duriez, le vendredi 8 juillet 2016. Extrait:
> Cet été, La Croix fait le portrait des communautés des bénévoles de l’Internet libre et collaboratif. En guise d’introduction, entretien avec Dominique Cardon (1). Ce sociologue de la technique, spécialiste des rapports entre nouvelles technologies et mobilisation politique, suit les militants du Web collaboratif depuis leurs débuts.
Lien vers l'article original: http://www.la-croix.com/Sciences/Numerique/Les-communautes-Web-collaboratif-restent-visibles-grand-public-2016-07-08-1200774524

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

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Revue de presse de l'April pour la semaine 28 de l'année 2016  Voir?

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 28

[Le Monde Informatique] Collectivités territoriales: Le label libre plus disponible au 1er octobre

Par Didier Barathon, le vendredi 15 juillet 2016. Extrait:
> L'Adullact, avec le soutien de l'Etat et de la DINSIC, propose depuis le 1er juillet aux collectivités territoriales qui le souhaitent de se doter du label Territoire numérique libre pour signifier leur engagement envers les technologies ouvertes. La date limite de dépôt des dossiers est fixée au 30 septembre.
Lien vers l'article original: http://www.lemondeinformatique.fr/actualites/lire-collectivites-territoriales-le-label-libre-plus-disponible-au-1er-octobre-65421.html

Et aussi:
[Localtis.info] Territoire numérique libre, un label pour récompenser les collectivités impliquées dans le logiciel libre

Voir aussi:
Lancement du label Territoire Numérique Libre

[ZDNet France] AbulEdu, des logiciels libres pour l'enseignement sauvés par crowdfunding

Par Thierry Noisette, le jeudi 14 juillet 2016. Extrait:
> Créé en 2001 par des enseignants et des informaticiens libristes, cet ensemble d'outils logiciels devrait être pérennisé grâce à une campagne réussie.
Lien vers l'article original: http://www.zdnet.fr/actualites/abuledu-des-logiciels-libres-pour-l-enseignement-sauves-par-crowdfunding-39839724.htm

Voir aussi:
Participez à la campagne de financement participatif pour AbulÉdu

[Les Echos] Pour une Équipe France du numérique

Par Grégory Pascal, le mercredi 13 juillet 2016. Extrait:
> En politique, économie, pour un seul secteur professionnel, il n’existe pas d'"équipe". Une équipe suppose à sa tête un modèle de référence sur lequel on peut, si ce n’est, copier, du moins, compter. Avons-nous donc un leader, capable de créer l’"Équipe France" du numérique qui saura positionner le pays sur les devants de la scène internationale? La question est posée, mais la réponse est loin d’être facile.
Lien vers l'article original: http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-158896-pour-une-equipe-france-du-numerique-2014279.php

[Le Monde.fr] A peine adopté, l’accord Privacy Shield sur les données personnelles est déjà menacé

Par Martin Untersinger, le mercredi 13 juillet 2016. Extrait:
> Le nouveau cadre négocié entre l’Union européenne et les Etats-Unis pour remplacer Safe Harbour pourrait se retrouver bientôt devant la justice.
Lien vers l'article original: http://www.lemonde.fr/pixels/article/2016/07/13/a-peine-adopte-l-accord-privacy-shield-sur-les-donnees-personnelles-est-deja-menace_4969020_4408996.html

Voir aussi:
Position de l'April sur la surveillance généralisée

[Prat!que] La loi numérique fait débat

Par Charlotte Jouss, le mardi 12 juillet 2016. Extrait:
> Dans le cadre de la loi Numérique, mercredi 29 juin dernier, la commission mixte paritaire (CMP) composée de 7 députés, 7 sénateurs ainsi que de nombreux membres suppléants, a réussi à mettre en place un accord pour que les administrations encouragent "l’utilisation des logiciels libres et des formats ouverts lors du développement". Celui-ci fait débat.
Lien vers l'article original: http://www.pratique.fr/actu/la-loi-numerique-fait-debat-1563076.html

Et aussi:
[Global Security Mag] Axelle Lemaire à l'heure du bilan (catastrophique) du gouvernement sur le numérique

[Next INpact] Java: Oracle ne veut pas laisser passer la victoire de Google

Par Vincent Hermann, le mardi 12 juillet 2016. Extrait:
> En mai, Google a infligé une défaite retentissante à Oracle. Ce dernier réclamait 9 milliards de dollars pour avoir violé le copyright de Java et s’en être servi pour assurer le succès d’Android. Un juge en a finalement décidé autrement: il s’agit bien d’un cas de fair use. Qu’Oracle conteste à présent.
Lien vers l'article original: http://www.nextinpact.com/news/100607-java-oracle-ne-veut-pas-laisser-passer-victoire-google.htm

Et aussi:
[Developpez.com] Procès sur les API Java: Oracle ne veut pas s'avouer vaincu et conteste la décision du jury

[Developpez.com] La ville de Grenoble compte faire migrer huit autres écoles sur Linux cette année

Par Olivier Famien, le lundi 11 juillet 2016. Extrait:
> En juin 2015, les autorités de la ville de Grenoble ont présenté leur projet de remplacer les systèmes d’exploitation propriétaires équipant actuellement les appareils dans les écoles de la ville par le système d’exploitation Linux. Quelques mois plus tard, et plus précisément en décembre dernier, la ville de Grenoble a encore annoncé son adhésion à l’association April, ayant pour vocation de défendre et promouvoir les logiciels libres.
Lien vers l'article original: http://www.developpez.com/actu/101131/La-ville-de-Grenoble-compte-faire-migrer-huit-autres-ecoles-sur-Linux-cette-annee-et-prevoit-de-basculer-plusieurs-autres-ecoles-d-ici-2018

[la Croix] «Les communautés du Web collaboratif restent peu visibles du grand public»

Par Julien Duriez, le vendredi 8 juillet 2016. Extrait:
> Cet été, La Croix fait le portrait des communautés des bénévoles de l’Internet libre et collaboratif. En guise d’introduction, entretien avec Dominique Cardon (1). Ce sociologue de la technique, spécialiste des rapports entre nouvelles technologies et mobilisation politique, suit les militants du Web collaboratif depuis leurs débuts.
Lien vers l'article original: http://www.la-croix.com/Sciences/Numerique/Les-communautes-Web-collaboratif-restent-visibles-grand-public-2016-07-08-1200774524

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

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(18/07/2016 @ 20:21)

La Bulgarie avance vers une informatique plus libre et plus loyale en faveur de l'intérêt général  Voir?

Le 1er juillet 2016, une série d'amendements à l' « E-governement Act » bulgare de 2007 est entrée en vigueur. Un des articles ainsi créé, le 58a., constitue une véritable avancée en assurant aux administrations de pouvoir librement modifier et partager les logiciels développés pour elles et en créant un dépôt national public pour valoriser ces ressources.

Art. 58a. (Nouveau, applicable au 01/07/2016)
Lors d’appels d’offre techniques et fonctionnels pour les marchés publics visant le développement, la mise à jour ou la mise en oeuvre de systèmes d’information ou de e-services, les autorités administratives doivent inclure les exigences suivantes :
1.Lorsque l’objet du contrat [du marché public] inclut le développement de logiciel :
a) les programmes doivent répondre aux critères des logiciels open-source ;
b) tout droit d’auteur et droit voisin des programmes, du code source, des interfaces et bases de données qui sont produits dans le cadre de la réalisation de l’appel d’offre doivent être livrés dans leur entièreté sans limitation d’utilisation, de modification ni de distribution ;
c) le développement doit être réalisé dans le dépôt maintenu par l’Agence [de « Gouvernance Électronique »] selon les termes de l’article 7c alinéa 18 ;

Traduction réalisée à partir d'une traduction automatisée en anglais du texte intégral

Notons que l'article 65 alinéa 30 de la loi énonce (traduction April) :

 Un « logiciel open-source » est un logiciel dont les codes sources sont disponibles publiquement et gratuitement et sur lesquelles les droits d'accès et de modification sont soumis aux conditions prévues par l'ayant-droit. 

Depuis le 1er juillet 2016, les logiciels développés pour les administrations bulgares doivent respecter des conditions qui permettront l'accessibilité de leurs codes sources, sous des licences qui garantiront ces administrations contre l'enfermement technologique tout en permettant la mutualisation des développements et des ressources. La création d'un dépôt public national dont il est mention au point c) est, dans cette perspective, une initiative très prometteuse.

L'April salue la disposition adoptée par le législateur bulgare sous l'impulsion de Bozhidar Bozhanov, informaticien et conseiller du Vice-Premier ministre bulgare depuis 2015. La comparaison avec le simple encouragement au logiciel libre prévu à l'article 9 ter du projet de loi numérique français, et avec la timide reconnaissance à l'article 1er bis du caractère communicable des codes sources des logiciels des administrations limitée par une exception disproportionnée en cas de risque pour la sécurité des systèmes d'information, révèle la différence d'ambition politique sur ce sujet.

Bien sûr, aussi engageante soit-elle, la disposition n'est pas exempte de points d'amélioration potentielle :

L'April observe ainsi qu'une référence au logiciel libre et sa définition aurait été plus ambitieuse. Le message aurait été plus fort, plaçant les notions de liberté et d'intérêt général au centre des considérations. En outre, puisque le texte mentionne les « critères des logiciels open-source », une référence explicite aux critères de l' « Open Source Initiative », aurait pu être plus appropriée. La formulation retenue dans la loi bulgare résulterait-elle de la complexe réalité de l'écriture législative et des tractations y affèrant ?

L'April remarque également que cette disposition ne vise que le développement et non l'acquisition en général des logiciels par les administrations. Peut-être qu'une solution, plus large, basée sur une priorité au développement en interne et à la mutualisation entre administrations, à l'instar de ce qui est prévu en Italie ou comme ce que l'on rencontre dans le projet sourcecode.cio.gov américain, aurait été plus pertinente ?

Toutes ces réflexions trouveront certainement leurs réponses dans la mise en oeuvre pratique de ce texte. L'article 58a. instaure à cette fin un cadre très favorable au développement d'une architecture logicielle plus libre et plus loyale en faveur de l'intérêt général. Dans cette optique le rôle de l'Agence de Gouvernance Électronique nouvellement créée et de son directeur, ainsi que celui du décret d'application en Conseil des Ministres prévu à l'article 43 (2) - qui devra entre autre préciser la mise en oeuvre du critère d'interopérabilité - seront prépondérants dans le succès des ambitions affichées par ce texte.

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La Bulgarie avance vers une informatique plus libre et plus loyale en faveur de l'intérêt général  Voir?

Le 1er juillet 2016, une série d'amendements à l' « E-governement Act » bulgare de 2007 est entrée en vigueur. Un des articles ainsi créé, le 58a., constitue une véritable avancée en assurant aux administrations de pouvoir librement modifier et partager les logiciels développés pour elles et en créant un dépôt national public pour valoriser ces ressources.

Art. 58a. (Nouveau, applicable au 01/07/2016)
Lors d’appels d’offre techniques et fonctionnels pour les marchés publics visant le développement, la mise à jour ou la mise en oeuvre de systèmes d’information ou de e-services, les autorités administratives doivent inclure les exigences suivantes :
1.Lorsque l’objet du contrat [du marché public] inclut le développement de logiciel :
a) les programmes doivent répondre aux critères des logiciels open-source ;
b) tout droit d’auteur et droit voisin des programmes, du code source, des interfaces et bases de données qui sont produits dans le cadre de la réalisation de l’appel d’offre doivent être livrés dans leur entièreté sans limitation d’utilisation, de modification ni de distribution ;
c) le développement doit être réalisé dans le dépôt maintenu par l’Agence [de « Gouvernance Électronique »] selon les termes de l’article 7c alinéa 18 ;

Traduction réalisée à partir d'une traduction automatisée en anglais du texte intégral

Notons que l'article 65 alinéa 30 de la loi énonce (traduction April) :

 Un « logiciel open-source » est un logiciel dont les codes sources sont disponibles publiquement et gratuitement et sur lesquelles les droits d'accès et de modification sont soumis aux conditions prévues par l'ayant-droit. 

Depuis le 1er juillet 2016, les logiciels développés pour les administrations bulgares doivent respecter des conditions qui permettront l'accessibilité de leurs codes sources, sous des licences qui garantiront ces administrations contre l'enfermement technologique tout en permettant la mutualisation des développements et des ressources. La création d'un dépôt public national dont il est mention au point c) est, dans cette perspective, une initiative très prometteuse.

L'April salue la disposition adoptée par le législateur bulgare sous l'impulsion de Bozhidar Bozhanov, informaticien et conseiller du Vice-Premier ministre bulgare depuis 2015. La comparaison avec le simple encouragement au logiciel libre prévu à l'article 9 ter du projet de loi numérique français, et avec la timide reconnaissance à l'article 1er bis du caractère communicable des codes sources des logiciels des administrations limitée par une exception disproportionnée en cas de risque pour la sécurité des systèmes d'information, révèle la différence d'ambition politique sur ce sujet.

Bien sûr, aussi engageante soit-elle, la disposition n'est pas exempte de points d'amélioration potentielle :

L'April observe ainsi qu'une référence au logiciel libre et sa définition aurait été plus ambitieuse. Le message aurait été plus fort, plaçant les notions de liberté et d'intérêt général au centre des considérations. En outre, puisque le texte mentionne les « critères des logiciels open-source », une référence explicite aux critères de l' « Open Source Initiative », aurait pu être plus appropriée. La formulation retenue dans la loi bulgare résulterait-elle de la complexe réalité de l'écriture législative et des tractations y affèrant ?

L'April remarque également que cette disposition ne vise que le développement et non l'acquisition en général des logiciels par les administrations. Peut-être qu'une solution, plus large, basée sur une priorité au développement en interne et à la mutualisation entre administrations, à l'instar de ce qui est prévu en Italie ou comme ce que l'on rencontre dans le projet sourcecode.cio.gov américain, aurait été plus pertinente ?

Toutes ces réflexions trouveront certainement leurs réponses dans la mise en oeuvre pratique de ce texte. L'article 58a. instaure à cette fin un cadre très favorable au développement d'une architecture logicielle plus libre et plus loyale en faveur de l'intérêt général. Dans cette optique le rôle de l'Agence de Gouvernance Électronique nouvellement créée et de son directeur, ainsi que celui du décret d'application en Conseil des Ministres prévu à l'article 43 (2) - qui devra entre autre préciser la mise en oeuvre du critère d'interopérabilité - seront prépondérants dans le succès des ambitions affichées par ce texte.

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(18/07/2016 @ 12:07)

Position de l'April sur la surveillance généralisée  Voir?

Le scandale cristallisé autour de Prism, qui a révélé l'ampleur des écoutes généralisées commises par les États-Unis et certains de ses alliés sur les communications de tous les citoyens, a rappelé à la fois que le niveau de surveillance dans nos sociétés est incompatible avec les droits humains ainsi que l'importance de maîtriser et de contrôler son système informatique. Comme nous l'indiquions déjà suite aux révélations d'Edward Snowden, la surveillance de masse devient de plus en plus le fait non pas d'un seul État mais des États, aidés en cela directement ou indirectement par de grandes entreprises. Et le problème ne fait que commencer ! Demain, une NSA chinoise aura certainement supplanté la NSA américaine, et un constat s'impose : les responsables politiques n’ont pas su tirer les leçons de ce scandale planétaire.

Au contraire, prétextant de l’actualité et du contexte géopolitique, la France a une nouvelle fois accumulé des lois liberticides, avec la loi de programmation militaire en décembre 2014, la loi sur le renseignement en juin 2015 et celle sur la surveillance internationale en octobre 2015. Et la prochaine ne se fera sans doute pas attendre longtemps. Nous devons mettre un frein, voire faire cesser cette compulsion obscène qui consiste à mettre un œil derrière chaque trou de serrure numérique. Ces lois correspondent à une logique de contrôle social au service de la vision d'une société docile parfaitement incarnée par Manuel Valls quand par exemple il se plaignait en mai 2015 de l'intolérable pression de la société civile lors des discussions sur la loi de surveillance. Elles confirment aussi la mise en place d’une société panoptique, où chaque citoyen est sous surveillance permanente et où la liberté d’opinion devient indésirable, voire parasitaire.

L'April comprend ainsi la surveillance comme un outil supplémentaire pour l'asservissement politique, culturel et économique. En effet, l'appareil de surveillance généralisée forme une nouvelle oligarchie dont l'avènement est largement dénoncé par la société civile, bien au-delà des sujets informatiques. Il accompagne le renforcement d'un modèle réactionnaire qui maintient l'immobilisme social, environnemental et économique au bénéfice d'une minorité. Il ne faudra pas longtemps pour que l'exercice des quelques libertés informatiques restantes devienne une intolérable infraction à la surveillance, justement parce qu'elles peuvent faire la différence et permettre aux citoyens de réfléchir, d'échanger, de construire et de contester l'ordre établi ; autrement dit, ces libertés permettent aux citoyens d'exercer leurs droits les plus élémentaires : maîtriser leur vie et essayer de se construire un avenir meilleur.

L'April s'est ainsi toujours opposée à la surveillance de masse en signant notamment les 13 Principes internationaux sur l’application des droits humains à la surveillance des communications (voir un résumé des 13 principes). Ces 13 principes, élaborés avec le concours d’un groupe d’experts internationaux, ont pour objectif de créer un cadre de référence pour la société civile, les entreprises et les États, afin que la législation et les pratiques en matière de surveillance en vigueur dans un pays respectent les libertés fondamentales. L'association s'est par ailleurs maintes fois mobilisée, aux côtés de La Quadrature du Net et d'autres organisations et personnes qui refusent de céder à la logique de surveillance généralisée, pour informer et agir sur les nombreux projets de loi étendant le spectre de la surveillance de masse.

L'April rappelle aussi régulièrement que cette surveillance de masse conduit de plus en plus à la remise en cause des grands principes de l'informatique libre : liberté de comprendre, liberté de faire évoluer un logiciel ou un matériel. Des algorithmes qui nous gouvernent aux « boîtes noires » en passant par l'introduction de portes dérobées dans les logiciels ou l’interdiction des modifications sous de faux prétextes sécuritaires, l'informatique devient un champ de bataille social, et l'expression « maîtriser son informatique ou être maîtrisé par elle » acquiert une signification inquiétante. Les logiciels libres, parce qu'ils peuvent être vérifiés et améliorés par tous, demeureront pour longtemps une brique de base nécessaire à la construction d'une informatique au service des utilisateurs, et non pas un outil au service de ceux qui souhaitent les asservir.

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Position de l'April sur la surveillance généralisée  Voir?

Le scandale cristallisé autour de Prism, qui a révélé l'ampleur des écoutes généralisées commises par les États-Unis et certains de ses alliés sur les communications de tous les citoyens, a rappelé à la fois que le niveau de surveillance dans nos sociétés est incompatible avec les droits humains ainsi que l'importance de maîtriser et de contrôler son système informatique. Comme nous l'indiquions déjà suite aux révélations d'Edward Snowden, la surveillance de masse devient de plus en plus le fait non pas d'un seul État mais des États, aidés en cela directement ou indirectement par de grandes entreprises. Et le problème ne fait que commencer ! Demain, une NSA chinoise aura certainement supplanté la NSA américaine, et un constat s'impose : les responsables politiques n’ont pas su tirer les leçons de ce scandale planétaire.

Au contraire, prétextant de l’actualité et du contexte géopolitique, la France a une nouvelle fois accumulé des lois liberticides, avec la loi de programmation militaire en décembre 2014, la loi sur le renseignement en juin 2015 et celle sur la surveillance internationale en octobre 2015. Et la prochaine ne se fera sans doute pas attendre longtemps. Nous devons mettre un frein, voire faire cesser cette compulsion obscène qui consiste à mettre un œil derrière chaque trou de serrure numérique. Ces lois correspondent à une logique de contrôle social au service de la vision d'une société docile parfaitement incarnée par Manuel Valls quand par exemple il se plaignait en mai 2015 de l'intolérable pression de la société civile lors des discussions sur la loi de surveillance. Elles confirment aussi la mise en place d’une société panoptique, où chaque citoyen est sous surveillance permanente et où la liberté d’opinion devient indésirable, voire parasitaire.

L'April comprend ainsi la surveillance comme un outil supplémentaire pour l'asservissement politique, culturel et économique. En effet, l'appareil de surveillance généralisée forme une nouvelle oligarchie dont l'avènement est largement dénoncé par la société civile, bien au-delà des sujets informatiques. Il accompagne le renforcement d'un modèle réactionnaire qui maintient l'immobilisme social, environnemental et économique au bénéfice d'une minorité. Il ne faudra pas longtemps pour que l'exercice des quelques libertés informatiques restantes devienne une intolérable infraction à la surveillance, justement parce qu'elles peuvent faire la différence et permettre aux citoyens de réfléchir, d'échanger, de construire et de contester l'ordre établi ; autrement dit, ces libertés permettent aux citoyens d'exercer leurs droits les plus élémentaires : maîtriser leur vie et essayer de se construire un avenir meilleur.

L'April s'est ainsi toujours opposée à la surveillance de masse en signant notamment les 13 Principes internationaux sur l’application des droits humains à la surveillance des communications (voir un résumé des 13 principes). Ces 13 principes, élaborés avec le concours d’un groupe d’experts internationaux, ont pour objectif de créer un cadre de référence pour la société civile, les entreprises et les États, afin que la législation et les pratiques en matière de surveillance en vigueur dans un pays respectent les libertés fondamentales. L'association s'est par ailleurs maintes fois mobilisée, aux côtés de La Quadrature du Net et d'autres organisations et personnes qui refusent de céder à la logique de surveillance généralisée, pour informer et agir sur les nombreux projets de loi étendant le spectre de la surveillance de masse.

L'April rappelle aussi régulièrement que cette surveillance de masse conduit de plus en plus à la remise en cause des grands principes de l'informatique libre : liberté de comprendre, liberté de faire évoluer un logiciel ou un matériel. Des algorithmes qui nous gouvernent aux « boîtes noires » en passant par l'introduction de portes dérobées dans les logiciels ou l’interdiction des modifications sous de faux prétextes sécuritaires, l'informatique devient un champ de bataille social, et l'expression « maîtriser son informatique ou être maîtrisé par elle » acquiert une signification inquiétante. Les logiciels libres, parce qu'ils peuvent être vérifiés et améliorés par tous, demeureront pour longtemps une brique de base nécessaire à la construction d'une informatique au service des utilisateurs, et non pas un outil au service de ceux qui souhaitent les asservir.

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(14/07/2016 @ 11:29)

Revue de presse de l'April pour la semaine 27 de l'année 2016  Voir?

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 27

[Journal du Net] Contribuer à l’open source, un levier de croissance et de dynamisme pour l’entreprise

Par Arnaud Breton, le jeudi 7 juillet 2016. Extrait:
> La production en open source est extrêmement riche et présente de nombreux avantages pour les entreprises dès lors qu’elles souhaitent s’y investir de manière concrète et durable.
Lien vers l'article original: http://www.journaldunet.com/solutions/expert/64809/contribuer-a-l-open-source--un-levier-de-croissance-et-de-dynamisme-pour-l-entreprise.shtml

[L'OBS] Chic, le gouvernement choisit le logiciel libre. Zut, c’est en Bulgarie

Par Thierry Noisette, le mercredi 6 juillet 2016. Extrait:
> Apprendre que le gouvernement choisit, pour tout développement logiciel sur mesure qu’il commandera, de privilégier les logiciels sous licences open source, voilà qui réjouit les partisans des logiciels libres et de leurs avantages (partage, économie, souveraineté...).
Lien vers l'article original: http://rue89.nouvelobs.com/2016/07/06/chic-gouvernement-choisit-logiciel-libre-zut-cest-bulgarie-264570

Et aussi:
[Numerama] La Bulgarie impose l'open source dans l'administration

[France Info] Un Wikipédia mondial du logiciel

Par Jérôme Colombain, le mercredi 6 juillet 2016. Extrait:
> Les logiciels constituent aujourd’hui une part importante de notre savoir collectif mais ils peuvent se perdre. Pour éviter cela, des Français ont décidé de créer une sorte de bibliothèque mondiale du logiciel.
Lien vers l'article original: http://www.franceinfo.fr/emission/nouveau-monde/2015-2016/un-wikipedia-du-logiciel-06-07-2016-07-00

[Next INpact] Loi Numérique: pas de recours «prioritaire» aux logiciels libres pour l'administration

Par Xavier Berne, le lundi 4 juillet 2016. Extrait:
> En dépit des avis émis par les participants à la consultation sur l'avant-projet de loi Numérique, le législateur n’a pas souhaité imposer aux administrations de recourir «en priorité» aux logiciels libres. Les fonctionnaires devront simplement s’en tenir à un vague «encouragement».
Lien vers l'article original: http://www.nextinpact.com/news/100503-loi-numerique-pas-recours-prioritaire-aux-logiciels-libres-pour-l-administration.htm

Voir aussi:
Projet de loi numérique: des codes sources communicables sous conditions et des logiciels libres simplement encouragés

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

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Revue de presse de l'April pour la semaine 27 de l'année 2016  Voir?

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 27

[Journal du Net] Contribuer à l’open source, un levier de croissance et de dynamisme pour l’entreprise

Par Arnaud Breton, le jeudi 7 juillet 2016. Extrait:
> La production en open source est extrêmement riche et présente de nombreux avantages pour les entreprises dès lors qu’elles souhaitent s’y investir de manière concrète et durable.
Lien vers l'article original: http://www.journaldunet.com/solutions/expert/64809/contribuer-a-l-open-source--un-levier-de-croissance-et-de-dynamisme-pour-l-entreprise.shtml

[L'OBS] Chic, le gouvernement choisit le logiciel libre. Zut, c’est en Bulgarie

Par Thierry Noisette, le mercredi 6 juillet 2016. Extrait:
> Apprendre que le gouvernement choisit, pour tout développement logiciel sur mesure qu’il commandera, de privilégier les logiciels sous licences open source, voilà qui réjouit les partisans des logiciels libres et de leurs avantages (partage, économie, souveraineté...).
Lien vers l'article original: http://rue89.nouvelobs.com/2016/07/06/chic-gouvernement-choisit-logiciel-libre-zut-cest-bulgarie-264570

Et aussi:
[Numerama] La Bulgarie impose l'open source dans l'administration

[France Info] Un Wikipédia mondial du logiciel

Par Jérôme Colombain, le mercredi 6 juillet 2016. Extrait:
> Les logiciels constituent aujourd’hui une part importante de notre savoir collectif mais ils peuvent se perdre. Pour éviter cela, des Français ont décidé de créer une sorte de bibliothèque mondiale du logiciel.
Lien vers l'article original: http://www.franceinfo.fr/emission/nouveau-monde/2015-2016/un-wikipedia-du-logiciel-06-07-2016-07-00

[Next INpact] Loi Numérique: pas de recours «prioritaire» aux logiciels libres pour l'administration

Par Xavier Berne, le lundi 4 juillet 2016. Extrait:
> En dépit des avis émis par les participants à la consultation sur l'avant-projet de loi Numérique, le législateur n’a pas souhaité imposer aux administrations de recourir «en priorité» aux logiciels libres. Les fonctionnaires devront simplement s’en tenir à un vague «encouragement».
Lien vers l'article original: http://www.nextinpact.com/news/100503-loi-numerique-pas-recours-prioritaire-aux-logiciels-libres-pour-l-administration.htm

Voir aussi:
Projet de loi numérique: des codes sources communicables sous conditions et des logiciels libres simplement encouragés

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

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(11/07/2016 @ 11:13)

Priorité au logiciel libre ? Une lecture politique. Véronique Bonnet - PSESHSF2016  Voir?


Véronique Bonnet

Titre : Priorité au logiciel libre ? Une lecture politique.
Intervenant : Véronique Bonnet
Lieu : PSESHSF - Choisy-le-Roy
Date : Juillet 2016
Licence : Verbatim
Durée : 56 min 15
Pour visionner la vidéo

Transcription

C'est bon ? Bien. Eh bien écoutez, je suis Véronique Bonnet. Je suis administratrice de l'April et étant donné le titre Priorité au logiciel libre ? Une lecture politique, vous pensez peut-être que je vais parler du projet de loi « pour une République numérique ». Il se trouve que hier la commission paritaire s'est réunie. Puisque comme ce projet de loi n'a pas été adopté dans les mêmes termes à l'Assemblée nationale et au Sénat, dans ce cas-là l'usage est que sénateurs et députés pour harmoniser, pour voir ce qu'il va rester comme amendements, ce qu'il va devoir compléter… Est-ce qu'il va y avoir des annonces de décrets ? Est-ce qu'on va charger le Conseil d’État de préciser tel terme ou tel terme de la loi?

Je pense que tous ici, autant que vous êtes vous, avez idée de l'enjeu qui a été celui de la question de la priorité au logiciel libre dans le domaine public. Vous avez certainement entendu parler du partenariat1entre l'Assemblée nationale [Éducation nationale - NdC.] et Microsoft, par exemple, ce qui va strictement à l'encontre de ce type de démarche. Il y a eu une consultation en ligne. Les amendements qui sont arrivés en premier, qui ont été les plus plébiscités, aussi bien donc ceux de l'April, que je représente ici, que de la Quadrature, n'ont pas semble-t-il eu des effets décisifs dans la rédaction actuelle de la loi. Parce que plutôt que de parler de priorité au logiciel libre, il est question de l'encourager. Alors évidemment, ce terme n'est pas du tout le même, parce que si on dit encourager, dans ce cas-là il n'y a pas de valeur normative. Peut-être que la teneur qui impose, n'est pas du tout précisée. L'April, pour son 1er avril, a décidé de fonder un groupe de travail de pom-pom gnousL'April lance un groupe de pom-pom gnous pour encourager le secteur public à utiliser les logiciels libres, puisque encourager c'est aussi bien danser, c'est aussi bien troller le logiciel privateur pour donner idée de ce qui n'est pas lui.

Tel ne sera pas mon propos d’aujourd’hui. Pourquoi ? Alors le sous-titre est, je dirais, plus philosophique. Bon, c'est la discipline qui est la mienne. Pourquoi GNU against GUN  ? Je vais essayer de montrer que nous sommes dans une position qui est délicate. Délicate dans les deux sens du terme. Aussi bien nous sommes dans une délicatesse, nous sommes dans un respect. Et peut-être que nous respectons tellement l'utilisateur, l’environnement de l'utilisateur, son autonomie, que nous n'osons pas aller d'une façon intrusive vers ce qui s'oppose à cette autonomie ou ce qui s'oppose à cette liberté qui voudrait être déclinée, par exemple, dans ses quatre libertés, aussi bien d'exécuter, aussi bien d'étudier, de modifier, d’améliorer, de distribuer des copies modifiées, qui sont les quatre libertés du logiciel libre.

Je dirais que nous sommes dans une délicatesse, au sens où on dit aussi qu'on est en délicatesse avec…, parce que du coup notre posture est extrêmement délicate. C'est comme si on passait notre temps à nous excuser de demander pardon, d'une certaine façon. Parce que, comme nous sommes dans un respect et comme nous ne pouvons pas adopter les armes de ceux qui non seulement se permettent dans les circuits marchands d'imposer ce qui s'appelle la vente liée, qu'on appelle aussi la vente forcée… Comme nous ne sommes pas à happer les utilisateurs, à siphonner en permanence leurs données pour en faire une marchandise sonnante et trébuchante, c'est vrai que nous sommes en même temps « en délicatesse », nous sommes dans une posture qui est délicate, parce qu'elle ne peut pas relever de l'artillerie lourde.

Et donc, ce que je vais essayer de montrer aujourd'hui, c'est comment la notion de priorité au logiciel libre, étant donné cette double délicatesse, à la fois nous sommes respectueux et en même temps ceci nous met en position délicate parce que nous ne pouvons pas y aller avec des rouleaux compresseurs comme le font ceux auxquels on s'oppose. Comme nous ne pouvons pas y aller, et là je reprends les termes de Bayart, de Benjamin Bayart, nous sommes un peu dans la posture de ceux qui enverraient des lance-pierre à des chars d'assaut2, nous sommes à peu près dans cette démarche-là. Délicatesse. Est-ce que ceci signe notre impuissance ? Est-ce que notre respect, la recherche d’être en cohérence avec nous-mêmes, nous barre la route d'une réplique?

C'est vrai que les métaphores que je vais utiliser sont des métaphores assez guerrières, parce que j'aime bien lire Clausewitz3 et que de temps en temps, chez Clausewitz, il y a une notion qui intervient d'une façon souveraine, qui est la notion de polarité, de principe polaire, parce que quand vraiment on veut mettre le paquet dans un combat, dans un idéal, c'est vrai que la plupart du temps, si on veut faire le poids face à l'adversaire, on va avoir la tentation d'utiliser ses armes à lui.

Or, ce que je vais essayer de montrer c'est comment, dans la démarche du projet GNU, il y a quelque chose qui n'est pas de l'ordre de l'artillerie lourde qui n'est pas de l'ordre de l'intrusion, de la violence faite à l’utilisateur, mais quelque chose qui est absolu et qui prévaut sur le caractère relatif, intéressé, affairiste. Les activistes que nous sommes, nous ne sommes pas des affairistes et ceci, je crois, fait toute la différence.

Je vais commencer par un préalable, parce que je vais quand même dire quelque chose, quelques mots de ce projet de loi pour une République qui a occupé donc hier, et c’était le commencement et ça va se poursuivre demain. Il va y avoir, donc, une harmonisation de ce qui a été voté par l'Assemblée et de ce qui a été voté par le Sénat.

Alors d'une façon scandaleuse, si j'essaie de résumer ce qu'il en est du projet de loi pour une République numérique, en gros il y a deux volets. C'est-à-dire il y a un volet, le titre et le titre 3, qui essaient de faire toute la lumière sur ce que les citoyens ont besoin de connaître, c'est-à-dire les algorithmes qui régissent leur vie, et là il faut qu'il y ait une transparence. Il ne faut pas que nos existences soient vouées à des instances de décision qui sont de plus en plus numérisées et qui sont de plus en plus opaques. Ça je dirais que c'est le premier volet du projet de loi pour une République numérique.

Il y en un autre, c'est le titre 3 qui là, respecte, qui fait toute l'ombre. Les deux premiers points font toute la lumière parce qu'il y a de procédures qui ont besoin d’être transparentes dans une démocratie. Le point 2, le titre 2, il fait, je dirais, toute l'obscurité, ou du moins il devrait faire toute l'obscurité, c'est-à-dire séparer nettement ce qui relève de la vie publique et de la vie privée. Or il y a une porosité de plus en plus dangereuse entre la vie publique et la vie privée.

Je vais donner un exemple, parce que encore une fois ce n'est pas mon objet d'aujourd'hui, je vais vous monter donc comment dans le titre premier qui est La circulation des données et du savoir – Économie de la donnée – Ouverture de l'accès aux données publiques, c'est sur quoi je vais parler, comme il y a de plus en plus de processus informatisés, qui régissent nos existences aussi bien fiscales, aussi bien scolaires, aussi bien citoyennes, alors ce projet de loi, par le titre ronflant qui est le sien, laissait espérer que la transparence serait faite.

J'attire votre attention sur l'article 9 ter qui a beaucoup préoccupé l'April, par exemple. Là on parle des services de l’État qui « encouragent l'utilisation des logiciels libres », donc pas priorité mais encouragement. Là c'est la version qui est adoptée par l'Assemblée nationale. Voici la version qui a été adoptée par le Sénat, qui est très semblable. Ce que souhaiterait l'April, et ceci reste ouvert. Ce qui est complètement fermé c'est la priorité au logiciel libre. Terminé ! Parce que comme les deux assemblées ont voté l'encouragement, ça veut dire qu'il ne peut plus être question de priorité. Par contre, si on parle d'un encouragement, ce à quoi l'April souhaiterait encourager, donc nos élus, c'est que dans cet article 9 ter se trouve un renvoi à un décret, décret qui serait fait par le Conseil d’État et qui pourrait rendre beaucoup plus normatif, beaucoup plus contraignant, et en tout cas donner un contenu, parce que sinon le Conseil constitutionnel va dire que ça ne peut pas être validé étant donné le caractère tout à fait flou. Là on est dans le flou conceptuel, encourager c'est quoi ? Exemple, ce que souhaiterait l'April, c'est qu'il y ait dans cet article 9 ter quelque chose qui soit un renvoi à décret. Décret qui serait formulé par le Conseil d’État qui pourrait donc donner du poids à ce qui n'en a pas. Parce que là on est dans le léger, on est dans le tout et n'importe quoi. Encore une fois on est dans le pom-pom gnous. Tant que la priorité a été écartée, on veut au moins donner corps à ce qui s'appelle encouragement.

Deuxième exemple. Ce fameux article premier bis qui est nouveau. Voici la version adoptée par l'Assemblée nationale. Ça c'est une avancée qui est très importante parce que maintenant le code source est considéré comme document administratif communicable. Il y a une instance qui s'appelle la CADA qui, lorsqu’un citoyen n’obtient pas gain de cause, intervient. Donc ça s'est passé. Vous avez entendu parler d'Etalab, de ce qui s'est passé chez Mozilla concernant le code source du calcul des impôts. Là, dans la loi, est désormais inscrite la notion de code source qui fait partie des documents administratifs communicables.

Alors c'est la version du Sénat, donc la version de l'article premier bis. Il se trouve que là, une exception intervient. Pourquoi ? Parce qu’on se demande ce qui se passe lorsqu'on est dans un secteur exposé à la concurrence. Or, peut-être que tous les secteurs sont exposés à la concurrence. Peut-être qu'on vit dans un monde qui est dans une tension perpétuelle, dans un rapport de rivalité qui est extrêmement fort. Et donc, ce que souhaiterait l'April, c'est que soit abrogée cette exception, parce que, de toutes façons, cette exception est déjà prise en compte par d'autres textes. Vous voyez bien que là, l'exception risque de neutraliser en grande partie cette avancée considérable qui fait du code source un document administratif qui est communicable.

Pourquoi est-ce que je dirais ces combats, qui sont un peu des combats d'aménagement, ne sont pas tout à fait étonnants ? Parce que dès sa délibération de fin 2015, déjà le Conseil d’État avait dit à quel point le contenu du projet de loi était sans commune mesure, ne se donnait pas les moyens du titre qui était le sien. Parce que si on veut en effet honorer la notion de République qui, comme son nom l'indique, est un commun qui est agencement, une sorte de régulation des existences. Donc il y a besoin à la fois de rendre transparents les processus d'agencement et de laisser opaque la dimension privée. Très tôt le Conseil d’État, avant même que ces textes soient examinés en séance dans les deux assemblées, avait dit à quel point cette démarche lui paraissait irréaliste étant donné l'absence d'ambition des contenus.

Ce que je vais faire, je vais maintenant essayer d’expliciter ce que j'ai appelé GNU against GUN. Pourquoi sommes-nous, libristes, dans cette position extrêmement délicate qui consiste, puisque nous sommes aussi délicats au sens de respectueux, à ne pas vouloir faire de « rentre dedans », ne pas utiliser les mêmes rapports intrusifs, la même forme dissymétrique de celle qui est manifestée par les GAFAM qui sont en position dominante ? Tout simplement, alors c'est peut-être un résumé de cet argumentaire qui va être le mien, il me semble que l'informatique privatrice s'impose : des choses écrites en tout petit, des clauses qu'on ne peut même pas lire, parce que si on veut pouvoir regarder telle vidéo, alors il faut accepter les conditions. C'est comme si on nous demandait de livrer absolument tout ce qui nous concerne, puisque par avance on s'engage, on prend acte, sans même le savoir, que les photos qu'on va poster ne seront plus notre propriété et autres choses de ce genre.

Il me semble qu'il faudrait très fortement dissocier l'informatique privatrice qui s'impose, qui nous happe, qui est dans une sorte d'attente de ce qui va être lâché par nous, dont elle va éventuellement pouvoir s'emparer, alors que l'informatique libre se propose. C'est-à-dire que l'utilisateur peut dire non, l'utilisateur peut choisir. Jamais on n'aura vu des logiciels du projet GNU être dans un rapport clandestin, dans une forme invasive. Ceci est complètement exclu. Donc vous voyez bien que cette dissymétrie-là, entre une informatique qui y va carrément, sans prendre de gants, et une informatique délicate, dans les deux sens du terme, va faire que peut-être cette informatique libre va être dans un rapport défavorable ou va être toujours en train d'avoir le dessous, alors que l'informatique privatrice aura le dessus. Tout simplement parce que l'informatique libre ne peut pas utiliser les mêmes outils violents, intrusifs et clandestins que l'informatique privatrice.

On pourrait dire d'une autre façon. On pourrait dire que l'informatique privatrice y va à coups de lobbying, étant donné le trésor de guerre qui est le sien. Et à côté, les fonds souverains ne sont pas grand-chose parce qu'elle peut, sans sourciller, racheter tel procédé ou tel autre. Alors que l'informatique libre est du côté de l'advocacy, c'est-à-dire du plaidoyer, c'est-à-dire de l'exposé pacifique, de l'exposé qui peut-être sera extrêmement cohérent, mais qui n'aura pas avec lui la force de frappe ou la puissance qui est celle de l'informatique privatrice. Et donc la question pourrait être : « que faire ? »

Vous avez entendu parler des quatre dangers de l’informatique privatrice. Vous voyez bien que comme elle y va à coups de brevets logiciels, à coups de DRM ou encore à coups de vente forcée. Cette informatique qu'on appelle déloyale, parce qu'effectivement là tous les coups sont permis, va être d'une pointure telle que peut-être jamais, celle qui essaie d’être loyale, celle qui essaie de mettre l’humain au centre, va être disqualifiée avant même qu'elle ait ouvert la bouche. Pourquoi ? Parce que son plaidoyer va être un argumentaire délicat qui va mettre les formes, qui va essayer de se donner le droit de dire ce qu'il dit. Alors il y aura de l'humour. Et j'ai eu une grande émotion lors de l'exposé précédent : il va y avoir de l'inventivité et vos exposés, cet après-midi, ont manifesté des formes extrêmement créatrices de manières de se présenter et d'avancer. Mais peut-être que jamais il n'y aura de possibilité de lutter contre ces démarches-là.

Comme j'ai tout à l'heure utilisé une métaphore de Benjamin Bayart, nous sommes un petit peu comme des gentils face à des chars d'assaut. Alors là vous avez carrément le premier char d'assaut qui a été dessiné de l'histoire de l'humanité, c'est-à-dire celui de Léonard de Vinci, qui a été réalisé. Alors attention, parce que si vous regardez le panorama, ça va aller très mal pour vous. Surtout que là, c'est le panorama d'un château de la Renaissance, j'en dirai quelques mots tout à l'heure. Vous avez ici ce char d'assaut qui est maintenant au Clos Lucé, qui a fait un petit peu le tour des différents châteaux de la Loire et qui permet à, métaphore bien sûr, à l'informatique déloyale de s'avancer en étant certaine, à chaque fois, d'éviter les égratignures que nos tentatives d'opposition pourront éventuellement lui faire.

Alors on peut en rajouter pour penser cette dissymétrie. Là c'est le premier rouleau compresseur de l'inventeur du rouleau compresseur, donc c’est au milieu du 19e siècle. Vous avez aussi bien la moissonneuse-batteuse. Quand on regarde les manières de prospecter de l'informatique privatrice, on se sent une sorte de frêle fétu de paille puisque, de toutes façons, si on veut écouter les sirènes de l'informatique privatrice, de nous, il ne restera pas grand-chose.

Cette informatique s'avance avec ses gros sabots. Pourquoi ces sabots-là ? Non seulement parce que la licence est libre, non seulement ce sont les gros sabots de Wikipédia, mais parce que j'aime à faire le lien entre ces gros sabots-là et ce tableau qui est un tableau de Magritte qui s'appelle Le modèle rouge. Alors je vous raconte l'histoire épouvantable, le conte de fées épouvantable qui mène à ces souliers qui sont en même temps des pieds dont on ne sait plus bien s'ils sont faits de chair ou de cuir. On dit que ce qui a inspiré Magritte c'est qu'il y a des souliers enchantés. Si on chausse ces souliers qui sont ensorcelés, on va danser, on va danser encore, sans jamais pouvoir arrêter la danse, et les pieds vont se trouver en sang et les danseurs, du fait du sortilège, ne peuvent plus être maîtres de leurs mouvements.

J'aime assez à me représenter l'utilisateur de l'informatique privatrice chaussant des logiciels qui, par les portes dérobées, accomplissent, sans même qu'il le sache, à son insu, des procédés qui siphonnent, qui confisquent, qui mettent de côté des données qui pourraient servir. Il me semble, et ça je ne le fais plus jamais depuis alors seulement trois ans, il me semble qu'utiliser ce type de logiciels c'est être un petit peu dans la posture du danseur qui a chaussé ce qui a permis, selon lui, telle aisance du pas, telle élégance du saut, et qui, en réalité, est en train de manger, sans qu'il le sache, quelque chose de lui, quelque chose de sa chair. Il paye de sa personne.

Que faire ? Alors évidemment on pourrait en rire. Vous avez ici un tableau du 17e siècle de Van Sandart. J'ai trouvé que c'était plus digne, pour cet après-midi, que certaines petites chansons destinées aux enfants dans lesquelles on dit que bien sûr, d'habitude ce sont les chasseurs qui tuent les lapins, sauf que de temps en temps, peut-être, ce sont les lapins, ceux qui sont dans la délicatesse d'une posture dissymétrique, qui essaient de s'en prendre à ce qui leur tire dessus.

Je vais mimer devant lui la posture du malheureux libriste. Je n'ai pas voulu faire à Walt Disney le cadeau. Vous savez que c'est à cause de lui, de Disney, que l'accession au domaine publique est passée à 70 ans. Absolument pas question de projeter ici un lapin qui serait le sien. Là c’est un lapin de la tapisserie de La Dame à la Licorne, qui est au musée de Cluny, sur les cinq sens. Vous avez une dame qui met à sa narine une fleur et en même temps on a l'impression que les animaux autour d'elle écoutent, sentent, sont dans un rapport à l'univers extrêmement sensible et doux.

Je vais mimer le libriste qui, évidemment par définition, ne veut pas utiliser les rapports intrusifs qui sont ceux de l'informatique déloyale. Ça pourrait donner quelque chose comme : « I'm a little rabbit! I'm a little rabbit! I'm a little rabbit! Ou encore. Ça c'est un bébé gnou, c'est sur le site de la FSF, c'est de Étienne Savasa, comme le gnou que vous connaissez. Peut-être qu'on peut essayer aussi avec le gnou. Ça peut donner I'm a little gnou! I'm a little gnou! I'm a little gnou! »

Vous voyez bien que pour exorciser le caractère très violent - et Clausewitz dirait que le principe de polarité imposerait au petit lapin et au petit gnou de s'armer un peu, quand même - ce serait la moindre des choses.

Donc il semblerait que le droit soit un moyen de faire intervenir quelque chose qui s'oppose au droit du plus fort. Merci beaucoup Nicolas de m'avoir signalé, donc il me reste trente minutes. Il me semble que nous pouvons tenter quelque chose comme une démarche, qui ne serait pas du tout une démarche qui serait la course à avoir plus de muscles, être mieux armé, être davantage blindé, se désensibiliser, essayer d'adopter des postures plus guerrières. Il me semble que là on ferait contresens.

Je vais rappeler, c'est trivial, qu'il y a, si on pense la priorité comme résultante de la force, pas directement en un sens juridique, en un sens physique, si on pense la priorité comme résultante de la force, nécessairement la priorité est celle de celui qui, ce jour-là, a eu le dessus, soit parce qu'il est allé jusqu'au bout de son énergie, soit parce qu'il a été le plus rusé, soit parce qu'il a été surprenant et l'autre s'est laissé avoir. Je vais rappeler, et c’est trivial, que si on pense la priorité, on pense le plus souvent la priorité en un sens énergétique, au sens de celui qui arrive à faire plier l'autre. Sauf que, il y a, et là c'est l'histoire du droit, des décisions qui sont des décisions politiques et là je parle vraiment de la politique au sens de la tentative de régler les rapports entre les existences, d'essayer d'éviter les chocs, essayer d'éviter les comportements les plus improbables, c'est vrai qu'il y a dans le droit, qui l'impose à celui qui est le plus fort, la tentative de donner une chance à celui qui n'est pas le plus fort. C'est-à-dire la tentative d’arrêter celui qui a une telle suprématie qu'il peut aller trop loin, qu'il peut aller jusqu'au bout. J'ai parlé tout à l'heure de moissonneuse-batteuse, de rouleau compresseur ou de char d'assaut. Il y a dans le droit, depuis par exemple le code d'Hammourabi, il y a quelque chose qui s'appelle « je m'interpose moi, le roi, et celui qui ira jusqu'au bout de sa force, celui-là devra répondre de ce qu'il a fait ». Il y a des choses comme ça.

Apparemment la priorité au logiciel libre, ce qui concerne la priorité au logiciel libre, tel n'en a pas décidé pour l'instant le législateur. J'ai dit où en était la commission paritaire. Mais ce que je vais essayer de montrer c'est que même s'il n'y a pas de priorité juridique, qu'il y ait priorité juridique ou non, je vais essayer, en tout cas c'est ma conviction et c'est ce qui fait que j'essaye d'avancer et j’essaye de ne pas tous les jours savoir que je suis en posture de petit gnou ou de petit lapin ou de proie, il me semble que nous pouvons en tout cas montrer que dans l'informatique libre il y a quelque chose comme un absolu, il y a quelque chose comme une forme de « je dois », comme une forme de respect qui prévaut sur les calculs marchands du « si je veux envahir tel marché, alors je vais racheter tel logiciel. Si je veux couper l'herbe sous le pied de celui qui veut donner au domaine public tel usage, alors il faut que je contourne la difficulté de cette façon-là », il me semble qu'on peut opposer ensemble, ce qui relève de l'absolu, qui toujours, et là on est n'est plus rapport de force, on est dans une autre dimension, il semble que toujours l'absolu prévaut sur le relatif. C'est ce que je vais essayer de montrer.

Ma première démarche, donc c'est trivial d'abord. J'ai fait exprès, alors vous allez dire pourquoi est-ce qu'elle a choisi la version en anglais du Gorgias de Platon ? Parce que là on voit très bien, donc c'est un texte de Platon qui s'appelle le Gorgias, là il y a un très vieux, vous avez sa canne, il a du mal à tenir debout. Vous avez un très vieux philosophe qui est Socrate. Il n'en peut plus. On sait que là Platon le représente, il est au bout du rouleau, c'est la fin de sa vie, il n'a plus beaucoup d'énergie, d'ailleurs il le manifeste dans le dialogue. Et en face vous avez un jeune, vous avez Calliclès, vous avez les dents qui rayent le parquet, il est athlète, c'est le plus beau d’Athènes. On a l'impression qu'absolument tous les espoirs lui sont permis. Athènes va être bientôt à ses pieds. Et vous avez pourtant celui-là, le plus fort, Calliclès, qui défend le droit du plus fort, qui envie Socrate, qui envie à Socrate le pouvoir de la vérité. Il n'a qu'une envie, de démontrer que le plus fort a le droit d’être le plus fort.

Et là, bien sûr il se contredit, parce que plus fort ! S'il a besoin que de sa force pour avoir le droit d'être le plus fort il n'a pas besoin de légitimer sa position. Et là qu'est-ce qu'il se passe ? Vous avez Socrate qui est en difficulté. Vous avez Socrate qui a en face de lui quelqu’un qui, de toutes façons, ne l'écoute pas. Et que va faire Socrate ? Eh bien progressivement utiliser les armes de l’adversaire, il essaie de l'intimider. Calliclès essaye de séduire Socrate, il essaie de faire peur à Socrate : si tu ne dis pas comme moi, je vais te casser la figure.

Progressivement vous avez Socrate qui utilise le ton, qui utilise le langage de Calliclès, qui lui demande de se laisser de persuader. Et progressivement vous avez Socrate même, qui utilise des faux-semblants, qui utilise la sophistique pour être fort sur Calliclès. C'est un dialogue qui tourne mal.

Exemple, ça c'est toujours dans le Gorgias, vous avez un moment où on dit que « l'orateur est en état de parler contre tous et sur toute chose ; en sorte qu'il sera plus propre que personne à persuader en un instant la multitude sur tel sujet qui lui plaira. » Vous avez un moment où Socrate, tout philosophe qu'il est, il rêve d’être un rhéteur pour fasciner Calliclès. Il a envie de réduire cette dissymétrie, il a envie de réduire ce rapport de force.

Là on a parlé de force, on pourrait aussi bien parler de celui qui arrive en premier : Not the best, but the first. Ça a été un certain temps l'un des adages des écoles de commerce. : il ne faut pas être le meilleur, on n'en a rien à faire, not the best, but the first. Ce qui est important c'est d'arriver en premier, parce que si tu arrives en premier, si tu es le premier à enclore un champ qui est à tout le monde, alors tout le monde sera tellement sidéré, stupéfait que personne n'osera rien faire.

Quand on parle de rapport de force, on peut aussi bien parler de rapport de séduction ou de rapport de ruse, parce que celui qui arrive en premier ! Je sais qu'il y a des mathématiciens ici présents. Là c'est le fameux paradoxe : est-ce que la tortue part en premier lorsqu'elle se bat contre Achille, ah oui, là vous avez a tortue, là vous avez Achille. Qu'est-ce qui se passe si Achille a la courtoisie de laisser partir en premier la tortue ? Est-ce qu'il peut la rattraper ? Effectivement, il va s'élancer. Mais le temps où il rattrape la tortue, la tortue a encore avancé, etc. Vous voyez ce dont on parle, ce qu'on décrit là en termes de rapports de force, on peut aussi bien le décrire en termes de ruse, en termes de séduction. Parce que toujours, quand on parle des GAFAM, il est question du dernier coup d'untel qui a trouvé en effet prudent d'éviter tel ennui à venir ou telle menace sur sa suprématie, en achetant, il a mis le prix qu'il fallait, telle création de celui-là qui lui a cédé. Et du coup, il est toujours le premier. Il est toujours en posture de domination.

La question : pourquoi ici la Nef des fous ? Parce que je vais parler d'une difficulté qui a surgi concernant le droit de panorama. Si vous êtes de fréquents utilisateurs de Wikipédia, de Wikimédia, vous savez que la dernière qui a été inventée, alors toujours « dans ce champ est à tous, mais si je l'enclos le premier alors il est à moi », vous savez que la France est en train de se laisser piéger, concernant le droit au panorama, par de nouvelles enclosures. Si vous prenez la photo du copain devant tel monument, alors attention, comme vous avez pris le monument, qui pourtant est dans le domaine public, vous pourrez avoir des comptes à rendre. Peut-être que tel moteur aura telle taxe à payer. Bon vous-même risquez d'avoir à vous expliquer de votre geste, et autres choses de ce genre.

Là j'ai fait exprès de me référer à un usage du droit de panorama. C'était au Moyen Âge. Au Moyen Âge, on soigne les fous, à l’époque on ne dit pas les aliénés. On parle de la folie non pas comme déraison, non pas comme aliénation, mais comme autre manière de fonctionner. On installe donc ceux qui sont dans ce mode-là de conscience, sur une nef, ça c'est la Nef des fous de Jérôme Bosch. Et qu’est-ce qui se passe ? Vous avez le navire qui circule et le dépaysement, la succession très étrange, le ravissement qui est constitué par les paysages successifs, finissent par stimuler le rapport à l'espace, finissent par articuler autrement le rapport au monde, et là vous avez des formes très intéressantes d'usage de la culture. Alors peut-être que bientôt il y aura une propriété privée du langage, on ne sait pas, en tout cas on va vers une propriété privée du panorama et des paysages, ce qui fait dire à Foucault que le bateau c'est une des formes les plus thérapeutiques qui soit, au Moyen Âge, puisque la succession des paysages rencontrés fait que celui qui a à chaque fois à se repositionner, à se reconfigurer, va stimuler en lui-même tel lien avec le monde, tel lien avec les autres, qui s'était trouvé à un certain moment fragilisé ou défaillant.

J'en ai fini avec ma partie triviale. Vous avez entendu parler donc de priorité du plus fort, du plus rusé, de celui qui s'y prend en premier. Que fait le droit ? Que propose le droit ? Vous avez ici la stèle, c'est au Louvre, la stèle du code d'Hammourabi : œil pour œil, dent pour dent, etc. Souvent on dit « le code d'Hammourabi c'est épouvantable, vraiment Babylone a inventé la pire cruauté. » Attention. ! C'est, au départ, un code de régulation, avant ce n'est pas œil pour œil, dent pour dent. C'est « si tu as fait du mal à l’œil du malabar qui est là et qui a la force de t’ôter la vie, alors il le fera ». C'est, au début, une démarche de régulation. C'est-à-dire c'est seulement l’œil. Celui qui a blessé l’œil, on va seulement lui prendre l’œil et pas la vie. Ou encore, rassurez-vous, il ne va y avoir que deux occurrences parce que j'arrive à l'essentiel, c’est-à-dire au caractère absolu de l'informatique libre.

Là c'est Athéna, c'est la déesse de la sagesse grecque. Que fait Athéna ? Parce que avant l'Aréopage, il y a ce qu'on appelle la vengeance judicatoire. C'est-à-dire que lorsqu’un être a été tué dans une lignée, nécessairement, il faut, d'une façon symétrique tuer, sinon il y a souillure, sinon il y a les Érinyes qui s'y mettent. Il faut, pour purifier la souillure, se livrer au crime inverse. Et du coup, les familles athéniennes sont décimées, et du coup Athènes ne peut pas se défendre contre ses ennemis extérieurs. Donc vous avez Athéna qui invente l'Aréopage, potion divine pour une priorisation. Ici on donne la priorité à la possibilité pour Athènes de se défendre contre ses ennemis extérieurs. C'est-à-dire que l'Aréopage va évidemment juger les crimes de sang, va évidemment sanctionner les crimes de sang, mais sans pour autant mettre à mort celui qui a tué quelqu'un. Parce qu'il faut qu'il y ait encore des forces vives dans la cité.

Alors pourquoi est-ce que j'ai parlé d'Hammourabi, d'Athéna ? Parce que la plupart du temps, dans les codes anciens, on a besoin d'une divinité tutélaire, on a besoin de faire référence à une transcendance. Or mon propos, c'est de vous montrer aujourd'hui, c'est de montrer aujourd'hui que l'informatique libre n'a pas besoin de gourou, l'informatique libre n'a pas besoin de protection tutélaire. Certes, et je sais qu'il va venir dans deux jours, lorsqu'il arrive à Richard Stallman de jouer à Saint IGNUcius, c'est une façon de troller les figures tutélaires. C'est une façon de bien dire que dans l'informatique libre il y a une forme de densité qui dispense allégrement de toute caution théologique, de toute caution transcendante. Bon, lorsqu'il le fait, avec le talent que vous connaissez, il se délecte. C'est-à-dire qu'il est, bien sûr, dans la caricature de ce de quoi les autres ont besoin et dont le projet GNU lui, se passe, parce que le projet GNU a en lui suffisamment de densité et d'exigence morale pour s'imposer sans avoir besoin d'une référence à un au-delà, fut-ce l'église d'Emacs.

J'en viens, et je garde du temps pour vos questions. J'en viens à mon dernier point. Pourquoi y a-t-il dans l'informatique libre quelque chose qui relève d'un absolu ? Et là on ne parle même plus de priorité, on ne parle même plus de premier, de ruser, de séduire, de trouver telle parade, d’être dans un système polaire au sens où l’entend Clausewitz, le grand stratège, le grand polémologue. Tout simplement parce que, quand vous relisez le tout début du projet GNU, ce qu'on appelle donc le GNU Manifesto4, que vous trouvez sur les pages de la FSF, quand vous regardez le lexique, quand vous regardez le vocabulaire qui est utilisé par Richard Stallman, « la règle de réciprocité exige, exige de moi, exige que je partage les programmes que j'ai appréciés avec les personnes qui apprécient ces mêmes programmes. Les éditeurs de logiciels, cherchant à diviser pour régner, obtiennent des utilisateurs qu'ils renoncent à tout partage. Je refuse de rompre de cette manière la solidarité qui me lie aux autres utilisateurs. »

Vous avez des termes qui sont des termes qui sont absolument sans réplique. Là on n'est pas dans la polarité. On est dans une forme d'exigence, de loi donnée à soi par soi, qui a une telle densité existentielle, qui a une forme qui est tellement dans une exigence autonome. Si je suis utilisateur alors je ne peux pas tolérer que cet utilisateur-là, lui, soit piégé par des DRM. Je ne peux pas supporter, si j'ai le droit d'utiliser le travail de mes collègues, parce qu'au début ce sont des universitaires qui essayaient de mettre au pot commun des créations, parce que la notion de propriété intellectuelle est effectivement une forme d'illusion, une forme de faux-semblant au sens où l'entend Platon… Vous avez donc dans le lexique, alors voilà il y a seulement trois diapos et ensuite je ferai appel à vos questions. « Je me sentirais coupable de signer un accord de non-divulgation ». Autrement dit la référence à la volonté, attention pas au caprice, la volonté en tant qu'elle donne à elle-même la tâche d'accomplir ce qui est juste, est une forme d'absolu à côté desquels tous les stratagèmes, tous les arrangements, tous les petits accommodements entre amis de l'informatique privatrice, ne fait pas le poids. « Afin de pouvoir, j'ai décidé de constituer un ensemble de logiciels. J'ai démissionné. » Pourquoi est-ce qu'il démissionne ? Pourquoi est-ce qu'il met en péril sa possibilité même d'assurer son existence ? Parce que s'il ne le fait pas, il y a le risque en effet que via le MIT qui l'emploie, alors telle brevetabilité advienne, dont il ne veut absolument pas.

Je me suis permis, voilà, si j'avais à résumer ma conférence, je dirais : « L'informatique privatrice, c'est du brutal. » Bon je pense que vous avez retrouvé. Vous vouliez la référence. J'ai besoin de la préciser ? Tontons flingueurs. L'informatique privatrice c'est du brutal. Je dirais : « L'informatique libre c'est du lourd. » Lourd au sens de dense, au sens d'exigeant et au sens de digne. Ce qui veut dire que même si actuellement la priorité au logiciel libre n'est pas inscrite dans la loi, si au moins on peut essayer de faire en sorte que l'encouragement qui a été adopté par les deux assemblées puisse être assorti aussi bien de renvoi à décret pour l'article 9 ter et pour l’article qui concerne le code source qu'on en finisse avec les restrictions ridicules, il me semble que nous avons pour nous, le caractère dense de l'informatique libre qui peut prévaloir quoi qu'elle fasse [inaudible].

Applaudissements

Organisateur : Il reste cinq minutes de questions. Si vous avez des questions vous n'oubliez pas qu'il y a un micro pour ceux qui sont sur Internet. Pas de questions ?

Public : Bonsoir. Merci. La question que je me pose par rapport à la transcendance et tout ça. C'est bien gentil, on échange du code, on partage, on a des principes, mais il y a quand même des gens qui les ont institués, ces principes. Les licences, elles ont été établies. Donc on est dans un domaine où beaucoup de choses sont possibles grâce à un cadre, un cadre juridique en fait, comment dire, qui a été imaginé. Est-ce qu'il n'y a pas là une forme de protection, pour le moins, et éventuellement même de transcendance ?

Véronique : Inaudible.

Public : Certaines personnes n'ont pas fait l'effort, en fait, de comprendre que Richard Stallman se moquait d'une certaine manière de cette espèce d'effet de gourou, comme on voyait avec Steve Jobs, et que lui, le personnage qu'il joue, est une sorte de satyre, de caricature de cette situation aujourd'hui. Ah tout est dû à un seul homme. Tout est fait par un seul homme, et il faut acheter ses produits vite, vite, très cher, quoi ! C'est tout quoi ! C'est clairement !

Véronique : Je disais qu'on peut à loisir fabriquer tous les adages sacrés qu'on voudra, l'informatique libre n'en a pas besoin et je pense que c'est pour ça qu'on se sent si bien en elle, me semble-t-il. Oui.

Public : En même temps, même si Stallman n'est qu'un contributeur du logiciel libre parmi tous les autres, au niveau d'un point de vue extérieur, c'est quand même celui, c'est un peu le symbole. Il représente quand même…

Véronique : Inaudible.

Public : Mais il représente quand même, pour le grand public qui est habitué justement à avoir un gourou, il représente quand même une figure qui peut être comparable à celle des gourous du logiciel propriétaire.

Véronique : J'aime bien, si je peux me permettre. Je crois que je vois l'anti-gourou. Parce que, étant donné l'exigence sans pareille de l'informatique libre, ce n'est pas rien de dire : « Sois maître à bord. Aie le courage de faire de tes doigts et de ta réflexion quelque chose que tu choisiras. » Et ça ce n'est pas simple. Il me semble que quand on a cette énergie-là, cette énergie est sans rapport avec toute l'énergie de tous les Calliclès du monde. Parce je crois qu'il est en notre pouvoir de donner à nous-même des chemins que nous élaborons pour nous-même d'une façon absolument singulière et absolument inventive. Alors que l’informatique privatrice c'est « tu te laisses guider, tu délègues. Sois dans des chemins qui sont préétablis pour toi et, de toutes façons, tu ne pourras pas en sortir ». Il me semble que c'est ça la différence.

Lionel Maurel : Bonjour. Je m'appelle Lionel Maurel, je suis au CA de La Quadrature et je voudrais juste vous raconter une petite anecdote liée à la loi numérique. Je vous la fais rapidement. Juste avant que la loi passe en CMP, La Quadrature, avec d'autres organisations qui sont dans un organisme qui s'appelle l'Observatoire des libertés et du numérique dans lequel il y a le Syndicat de la magistrature, l'Ordre des avocats, la Ligue des droits de l'Homme, a fait une déclaration sur la loi numérique qui s'appelle « République Numérique : déception 2.0 », dans laquelle toutes ces organisations ont dit qu'elles étaient extrêmement déçues non seulement des résultats de cette loi, mais aussi du processus. C'est-à-dire ce processus consultatif qui a conduit, en fait, la société civile à beaucoup s'impliquer, à pousser des propositions comme celle de la priorité au logiciel libre, les propositions sur les Communs, les propositions sur la liberté de panorama et au final cette loi a complètement écarté ces aspects-là et les a ignorés.

Donc on fait cette déclaration et quelque temps plus tard on reçoit un petit DM sur Twitter d'Axelle Lemaire, qui nous écrit un petit mot et qui nous dit : « Je suis extrêmement déçue par La Quadrature. Vous mettez en avant, arbitrairement, des sujets alors que ma loi contient plein d'avancées positives. La crise de la politique n'est pas finie ». Et je ne sais pas si vous voyez : « La crise de la politique n'est pas finie ». Donc elle nous accuse, en fait, nous, d’être la source de la crise de la politique et d'avoir choisi arbitrairement des sujets alors que ce sont des sujets qui sont tous arrivés en tête de la consultation en termes de voix. C'est-à-dire que vous tous, vous avez voté sur cette plate-forme pour pousser ces sujets-là. Et elle va à la radio après, elle fait une interview, et elle déclare. On lui demande : « Qu'est-ce que vous pensez de cette déclaration de La Quadrature et d'autres organisations ? Elle dit : Le Syndicat de la magistrature et La Quadrature du Net sont des lobbies comme les autres. » Et si vous voulez, c'est extrêmement grave qu'elle puisse dire quelque chose comme ça, parce que le Syndicat de la magistrature ce n'est pas un lobby comme les autres. Et La Quadrature du Net et l'April, par exemple aussi, ne sont pas des lobbies comme les autres. On ne peut pas mettre sur le même plan l'influence que peut avoir un Microsoft avec ses moyens et ses moyens d'influence sur le Parlement et sur le gouvernement, et ce qu'on fait en tant que citoyens et ce que fait quelque chose comme le Syndicat de la magistrature.

Moi j'ai trouvé très éclairant tout ce que tu as pu dire, mais en fait il faut voir que ce qui est arrivé au logiciel libre a traduit aussi un très gros malaise dans la démocratie et une incapacité du politique à distinguer entre les priorités aussi et les ordres de valeur entre lui et autres. Donc merci pour ta présentation.

Véronique : Merci à vous

Applaudissements

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Priorité au logiciel libre ? Une lecture politique. Véronique Bonnet - PSESHSF2016  Voir?


Véronique Bonnet

Titre : Priorité au logiciel libre ? Une lecture politique.
Intervenant : Véronique Bonnet
Lieu : PSESHSF - Choisy-le-Roy
Date : Juillet 2016
Licence : Verbatim
Durée : 56 min 15
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Transcription

C'est bon ? Bien. Eh bien écoutez, je suis Véronique Bonnet. Je suis administratrice de l'April et étant donné le titre Priorité au logiciel libre ? Une lecture politique, vous pensez peut-être que je vais parler du projet de loi « pour une République numérique ». Il se trouve que hier la commission paritaire s'est réunie. Puisque comme ce projet de loi n'a pas été adopté dans les mêmes termes à l'Assemblée nationale et au Sénat, dans ce cas-là l'usage est que sénateurs et députés pour harmoniser, pour voir ce qu'il va rester comme amendements, ce qu'il va devoir compléter… Est-ce qu'il va y avoir des annonces de décrets ? Est-ce qu'on va charger le Conseil d’État de préciser tel terme ou tel terme de la loi?

Je pense que tous ici, autant que vous êtes vous, avez idée de l'enjeu qui a été celui de la question de la priorité au logiciel libre dans le domaine public. Vous avez certainement entendu parler du partenariat1entre l'Assemblée nationale [Éducation nationale - NdC.] et Microsoft, par exemple, ce qui va strictement à l'encontre de ce type de démarche. Il y a eu une consultation en ligne. Les amendements qui sont arrivés en premier, qui ont été les plus plébiscités, aussi bien donc ceux de l'April, que je représente ici, que de la Quadrature, n'ont pas semble-t-il eu des effets décisifs dans la rédaction actuelle de la loi. Parce que plutôt que de parler de priorité au logiciel libre, il est question de l'encourager. Alors évidemment, ce terme n'est pas du tout le même, parce que si on dit encourager, dans ce cas-là il n'y a pas de valeur normative. Peut-être que la teneur qui impose, n'est pas du tout précisée. L'April, pour son 1er avril, a décidé de fonder un groupe de travail de pom-pom gnousL'April lance un groupe de pom-pom gnous pour encourager le secteur public à utiliser les logiciels libres, puisque encourager c'est aussi bien danser, c'est aussi bien troller le logiciel privateur pour donner idée de ce qui n'est pas lui.

Tel ne sera pas mon propos d’aujourd’hui. Pourquoi ? Alors le sous-titre est, je dirais, plus philosophique. Bon, c'est la discipline qui est la mienne. Pourquoi GNU against GUN  ? Je vais essayer de montrer que nous sommes dans une position qui est délicate. Délicate dans les deux sens du terme. Aussi bien nous sommes dans une délicatesse, nous sommes dans un respect. Et peut-être que nous respectons tellement l'utilisateur, l’environnement de l'utilisateur, son autonomie, que nous n'osons pas aller d'une façon intrusive vers ce qui s'oppose à cette autonomie ou ce qui s'oppose à cette liberté qui voudrait être déclinée, par exemple, dans ses quatre libertés, aussi bien d'exécuter, aussi bien d'étudier, de modifier, d’améliorer, de distribuer des copies modifiées, qui sont les quatre libertés du logiciel libre.

Je dirais que nous sommes dans une délicatesse, au sens où on dit aussi qu'on est en délicatesse avec…, parce que du coup notre posture est extrêmement délicate. C'est comme si on passait notre temps à nous excuser de demander pardon, d'une certaine façon. Parce que, comme nous sommes dans un respect et comme nous ne pouvons pas adopter les armes de ceux qui non seulement se permettent dans les circuits marchands d'imposer ce qui s'appelle la vente liée, qu'on appelle aussi la vente forcée… Comme nous ne sommes pas à happer les utilisateurs, à siphonner en permanence leurs données pour en faire une marchandise sonnante et trébuchante, c'est vrai que nous sommes en même temps « en délicatesse », nous sommes dans une posture qui est délicate, parce qu'elle ne peut pas relever de l'artillerie lourde.

Et donc, ce que je vais essayer de montrer aujourd'hui, c'est comment la notion de priorité au logiciel libre, étant donné cette double délicatesse, à la fois nous sommes respectueux et en même temps ceci nous met en position délicate parce que nous ne pouvons pas y aller avec des rouleaux compresseurs comme le font ceux auxquels on s'oppose. Comme nous ne pouvons pas y aller, et là je reprends les termes de Bayart, de Benjamin Bayart, nous sommes un peu dans la posture de ceux qui enverraient des lance-pierre à des chars d'assaut2, nous sommes à peu près dans cette démarche-là. Délicatesse. Est-ce que ceci signe notre impuissance ? Est-ce que notre respect, la recherche d’être en cohérence avec nous-mêmes, nous barre la route d'une réplique?

C'est vrai que les métaphores que je vais utiliser sont des métaphores assez guerrières, parce que j'aime bien lire Clausewitz3 et que de temps en temps, chez Clausewitz, il y a une notion qui intervient d'une façon souveraine, qui est la notion de polarité, de principe polaire, parce que quand vraiment on veut mettre le paquet dans un combat, dans un idéal, c'est vrai que la plupart du temps, si on veut faire le poids face à l'adversaire, on va avoir la tentation d'utiliser ses armes à lui.

Or, ce que je vais essayer de montrer c'est comment, dans la démarche du projet GNU, il y a quelque chose qui n'est pas de l'ordre de l'artillerie lourde qui n'est pas de l'ordre de l'intrusion, de la violence faite à l’utilisateur, mais quelque chose qui est absolu et qui prévaut sur le caractère relatif, intéressé, affairiste. Les activistes que nous sommes, nous ne sommes pas des affairistes et ceci, je crois, fait toute la différence.

Je vais commencer par un préalable, parce que je vais quand même dire quelque chose, quelques mots de ce projet de loi pour une République qui a occupé donc hier, et c’était le commencement et ça va se poursuivre demain. Il va y avoir, donc, une harmonisation de ce qui a été voté par l'Assemblée et de ce qui a été voté par le Sénat.

Alors d'une façon scandaleuse, si j'essaie de résumer ce qu'il en est du projet de loi pour une République numérique, en gros il y a deux volets. C'est-à-dire il y a un volet, le titre et le titre 3, qui essaient de faire toute la lumière sur ce que les citoyens ont besoin de connaître, c'est-à-dire les algorithmes qui régissent leur vie, et là il faut qu'il y ait une transparence. Il ne faut pas que nos existences soient vouées à des instances de décision qui sont de plus en plus numérisées et qui sont de plus en plus opaques. Ça je dirais que c'est le premier volet du projet de loi pour une République numérique.

Il y en un autre, c'est le titre 3 qui là, respecte, qui fait toute l'ombre. Les deux premiers points font toute la lumière parce qu'il y a de procédures qui ont besoin d’être transparentes dans une démocratie. Le point 2, le titre 2, il fait, je dirais, toute l'obscurité, ou du moins il devrait faire toute l'obscurité, c'est-à-dire séparer nettement ce qui relève de la vie publique et de la vie privée. Or il y a une porosité de plus en plus dangereuse entre la vie publique et la vie privée.

Je vais donner un exemple, parce que encore une fois ce n'est pas mon objet d'aujourd'hui, je vais vous monter donc comment dans le titre premier qui est La circulation des données et du savoir – Économie de la donnée – Ouverture de l'accès aux données publiques, c'est sur quoi je vais parler, comme il y a de plus en plus de processus informatisés, qui régissent nos existences aussi bien fiscales, aussi bien scolaires, aussi bien citoyennes, alors ce projet de loi, par le titre ronflant qui est le sien, laissait espérer que la transparence serait faite.

J'attire votre attention sur l'article 9 ter qui a beaucoup préoccupé l'April, par exemple. Là on parle des services de l’État qui « encouragent l'utilisation des logiciels libres », donc pas priorité mais encouragement. Là c'est la version qui est adoptée par l'Assemblée nationale. Voici la version qui a été adoptée par le Sénat, qui est très semblable. Ce que souhaiterait l'April, et ceci reste ouvert. Ce qui est complètement fermé c'est la priorité au logiciel libre. Terminé ! Parce que comme les deux assemblées ont voté l'encouragement, ça veut dire qu'il ne peut plus être question de priorité. Par contre, si on parle d'un encouragement, ce à quoi l'April souhaiterait encourager, donc nos élus, c'est que dans cet article 9 ter se trouve un renvoi à un décret, décret qui serait fait par le Conseil d’État et qui pourrait rendre beaucoup plus normatif, beaucoup plus contraignant, et en tout cas donner un contenu, parce que sinon le Conseil constitutionnel va dire que ça ne peut pas être validé étant donné le caractère tout à fait flou. Là on est dans le flou conceptuel, encourager c'est quoi ? Exemple, ce que souhaiterait l'April, c'est qu'il y ait dans cet article 9 ter quelque chose qui soit un renvoi à décret. Décret qui serait formulé par le Conseil d’État qui pourrait donc donner du poids à ce qui n'en a pas. Parce que là on est dans le léger, on est dans le tout et n'importe quoi. Encore une fois on est dans le pom-pom gnous. Tant que la priorité a été écartée, on veut au moins donner corps à ce qui s'appelle encouragement.

Deuxième exemple. Ce fameux article premier bis qui est nouveau. Voici la version adoptée par l'Assemblée nationale. Ça c'est une avancée qui est très importante parce que maintenant le code source est considéré comme document administratif communicable. Il y a une instance qui s'appelle la CADA qui, lorsqu’un citoyen n’obtient pas gain de cause, intervient. Donc ça s'est passé. Vous avez entendu parler d'Etalab, de ce qui s'est passé chez Mozilla concernant le code source du calcul des impôts. Là, dans la loi, est désormais inscrite la notion de code source qui fait partie des documents administratifs communicables.

Alors c'est la version du Sénat, donc la version de l'article premier bis. Il se trouve que là, une exception intervient. Pourquoi ? Parce qu’on se demande ce qui se passe lorsqu'on est dans un secteur exposé à la concurrence. Or, peut-être que tous les secteurs sont exposés à la concurrence. Peut-être qu'on vit dans un monde qui est dans une tension perpétuelle, dans un rapport de rivalité qui est extrêmement fort. Et donc, ce que souhaiterait l'April, c'est que soit abrogée cette exception, parce que, de toutes façons, cette exception est déjà prise en compte par d'autres textes. Vous voyez bien que là, l'exception risque de neutraliser en grande partie cette avancée considérable qui fait du code source un document administratif qui est communicable.

Pourquoi est-ce que je dirais ces combats, qui sont un peu des combats d'aménagement, ne sont pas tout à fait étonnants ? Parce que dès sa délibération de fin 2015, déjà le Conseil d’État avait dit à quel point le contenu du projet de loi était sans commune mesure, ne se donnait pas les moyens du titre qui était le sien. Parce que si on veut en effet honorer la notion de République qui, comme son nom l'indique, est un commun qui est agencement, une sorte de régulation des existences. Donc il y a besoin à la fois de rendre transparents les processus d'agencement et de laisser opaque la dimension privée. Très tôt le Conseil d’État, avant même que ces textes soient examinés en séance dans les deux assemblées, avait dit à quel point cette démarche lui paraissait irréaliste étant donné l'absence d'ambition des contenus.

Ce que je vais faire, je vais maintenant essayer d’expliciter ce que j'ai appelé GNU against GUN. Pourquoi sommes-nous, libristes, dans cette position extrêmement délicate qui consiste, puisque nous sommes aussi délicats au sens de respectueux, à ne pas vouloir faire de « rentre dedans », ne pas utiliser les mêmes rapports intrusifs, la même forme dissymétrique de celle qui est manifestée par les GAFAM qui sont en position dominante ? Tout simplement, alors c'est peut-être un résumé de cet argumentaire qui va être le mien, il me semble que l'informatique privatrice s'impose : des choses écrites en tout petit, des clauses qu'on ne peut même pas lire, parce que si on veut pouvoir regarder telle vidéo, alors il faut accepter les conditions. C'est comme si on nous demandait de livrer absolument tout ce qui nous concerne, puisque par avance on s'engage, on prend acte, sans même le savoir, que les photos qu'on va poster ne seront plus notre propriété et autres choses de ce genre.

Il me semble qu'il faudrait très fortement dissocier l'informatique privatrice qui s'impose, qui nous happe, qui est dans une sorte d'attente de ce qui va être lâché par nous, dont elle va éventuellement pouvoir s'emparer, alors que l'informatique libre se propose. C'est-à-dire que l'utilisateur peut dire non, l'utilisateur peut choisir. Jamais on n'aura vu des logiciels du projet GNU être dans un rapport clandestin, dans une forme invasive. Ceci est complètement exclu. Donc vous voyez bien que cette dissymétrie-là, entre une informatique qui y va carrément, sans prendre de gants, et une informatique délicate, dans les deux sens du terme, va faire que peut-être cette informatique libre va être dans un rapport défavorable ou va être toujours en train d'avoir le dessous, alors que l'informatique privatrice aura le dessus. Tout simplement parce que l'informatique libre ne peut pas utiliser les mêmes outils violents, intrusifs et clandestins que l'informatique privatrice.

On pourrait dire d'une autre façon. On pourrait dire que l'informatique privatrice y va à coups de lobbying, étant donné le trésor de guerre qui est le sien. Et à côté, les fonds souverains ne sont pas grand-chose parce qu'elle peut, sans sourciller, racheter tel procédé ou tel autre. Alors que l'informatique libre est du côté de l'advocacy, c'est-à-dire du plaidoyer, c'est-à-dire de l'exposé pacifique, de l'exposé qui peut-être sera extrêmement cohérent, mais qui n'aura pas avec lui la force de frappe ou la puissance qui est celle de l'informatique privatrice. Et donc la question pourrait être : « que faire ? »

Vous avez entendu parler des quatre dangers de l’informatique privatrice. Vous voyez bien que comme elle y va à coups de brevets logiciels, à coups de DRM ou encore à coups de vente forcée. Cette informatique qu'on appelle déloyale, parce qu'effectivement là tous les coups sont permis, va être d'une pointure telle que peut-être jamais, celle qui essaie d’être loyale, celle qui essaie de mettre l’humain au centre, va être disqualifiée avant même qu'elle ait ouvert la bouche. Pourquoi ? Parce que son plaidoyer va être un argumentaire délicat qui va mettre les formes, qui va essayer de se donner le droit de dire ce qu'il dit. Alors il y aura de l'humour. Et j'ai eu une grande émotion lors de l'exposé précédent : il va y avoir de l'inventivité et vos exposés, cet après-midi, ont manifesté des formes extrêmement créatrices de manières de se présenter et d'avancer. Mais peut-être que jamais il n'y aura de possibilité de lutter contre ces démarches-là.

Comme j'ai tout à l'heure utilisé une métaphore de Benjamin Bayart, nous sommes un petit peu comme des gentils face à des chars d'assaut. Alors là vous avez carrément le premier char d'assaut qui a été dessiné de l'histoire de l'humanité, c'est-à-dire celui de Léonard de Vinci, qui a été réalisé. Alors attention, parce que si vous regardez le panorama, ça va aller très mal pour vous. Surtout que là, c'est le panorama d'un château de la Renaissance, j'en dirai quelques mots tout à l'heure. Vous avez ici ce char d'assaut qui est maintenant au Clos Lucé, qui a fait un petit peu le tour des différents châteaux de la Loire et qui permet à, métaphore bien sûr, à l'informatique déloyale de s'avancer en étant certaine, à chaque fois, d'éviter les égratignures que nos tentatives d'opposition pourront éventuellement lui faire.

Alors on peut en rajouter pour penser cette dissymétrie. Là c'est le premier rouleau compresseur de l'inventeur du rouleau compresseur, donc c’est au milieu du 19e siècle. Vous avez aussi bien la moissonneuse-batteuse. Quand on regarde les manières de prospecter de l'informatique privatrice, on se sent une sorte de frêle fétu de paille puisque, de toutes façons, si on veut écouter les sirènes de l'informatique privatrice, de nous, il ne restera pas grand-chose.

Cette informatique s'avance avec ses gros sabots. Pourquoi ces sabots-là ? Non seulement parce que la licence est libre, non seulement ce sont les gros sabots de Wikipédia, mais parce que j'aime à faire le lien entre ces gros sabots-là et ce tableau qui est un tableau de Magritte qui s'appelle Le modèle rouge. Alors je vous raconte l'histoire épouvantable, le conte de fées épouvantable qui mène à ces souliers qui sont en même temps des pieds dont on ne sait plus bien s'ils sont faits de chair ou de cuir. On dit que ce qui a inspiré Magritte c'est qu'il y a des souliers enchantés. Si on chausse ces souliers qui sont ensorcelés, on va danser, on va danser encore, sans jamais pouvoir arrêter la danse, et les pieds vont se trouver en sang et les danseurs, du fait du sortilège, ne peuvent plus être maîtres de leurs mouvements.

J'aime assez à me représenter l'utilisateur de l'informatique privatrice chaussant des logiciels qui, par les portes dérobées, accomplissent, sans même qu'il le sache, à son insu, des procédés qui siphonnent, qui confisquent, qui mettent de côté des données qui pourraient servir. Il me semble, et ça je ne le fais plus jamais depuis alors seulement trois ans, il me semble qu'utiliser ce type de logiciels c'est être un petit peu dans la posture du danseur qui a chaussé ce qui a permis, selon lui, telle aisance du pas, telle élégance du saut, et qui, en réalité, est en train de manger, sans qu'il le sache, quelque chose de lui, quelque chose de sa chair. Il paye de sa personne.

Que faire ? Alors évidemment on pourrait en rire. Vous avez ici un tableau du 17e siècle de Van Sandart. J'ai trouvé que c'était plus digne, pour cet après-midi, que certaines petites chansons destinées aux enfants dans lesquelles on dit que bien sûr, d'habitude ce sont les chasseurs qui tuent les lapins, sauf que de temps en temps, peut-être, ce sont les lapins, ceux qui sont dans la délicatesse d'une posture dissymétrique, qui essaient de s'en prendre à ce qui leur tire dessus.

Je vais mimer devant lui la posture du malheureux libriste. Je n'ai pas voulu faire à Walt Disney le cadeau. Vous savez que c'est à cause de lui, de Disney, que l'accession au domaine publique est passée à 70 ans. Absolument pas question de projeter ici un lapin qui serait le sien. Là c’est un lapin de la tapisserie de La Dame à la Licorne, qui est au musée de Cluny, sur les cinq sens. Vous avez une dame qui met à sa narine une fleur et en même temps on a l'impression que les animaux autour d'elle écoutent, sentent, sont dans un rapport à l'univers extrêmement sensible et doux.

Je vais mimer le libriste qui, évidemment par définition, ne veut pas utiliser les rapports intrusifs qui sont ceux de l'informatique déloyale. Ça pourrait donner quelque chose comme : « I'm a little rabbit! I'm a little rabbit! I'm a little rabbit! Ou encore. Ça c'est un bébé gnou, c'est sur le site de la FSF, c'est de Étienne Savasa, comme le gnou que vous connaissez. Peut-être qu'on peut essayer aussi avec le gnou. Ça peut donner I'm a little gnou! I'm a little gnou! I'm a little gnou! »

Vous voyez bien que pour exorciser le caractère très violent - et Clausewitz dirait que le principe de polarité imposerait au petit lapin et au petit gnou de s'armer un peu, quand même - ce serait la moindre des choses.

Donc il semblerait que le droit soit un moyen de faire intervenir quelque chose qui s'oppose au droit du plus fort. Merci beaucoup Nicolas de m'avoir signalé, donc il me reste trente minutes. Il me semble que nous pouvons tenter quelque chose comme une démarche, qui ne serait pas du tout une démarche qui serait la course à avoir plus de muscles, être mieux armé, être davantage blindé, se désensibiliser, essayer d'adopter des postures plus guerrières. Il me semble que là on ferait contresens.

Je vais rappeler, c'est trivial, qu'il y a, si on pense la priorité comme résultante de la force, pas directement en un sens juridique, en un sens physique, si on pense la priorité comme résultante de la force, nécessairement la priorité est celle de celui qui, ce jour-là, a eu le dessus, soit parce qu'il est allé jusqu'au bout de son énergie, soit parce qu'il a été le plus rusé, soit parce qu'il a été surprenant et l'autre s'est laissé avoir. Je vais rappeler, et c’est trivial, que si on pense la priorité, on pense le plus souvent la priorité en un sens énergétique, au sens de celui qui arrive à faire plier l'autre. Sauf que, il y a, et là c'est l'histoire du droit, des décisions qui sont des décisions politiques et là je parle vraiment de la politique au sens de la tentative de régler les rapports entre les existences, d'essayer d'éviter les chocs, essayer d'éviter les comportements les plus improbables, c'est vrai qu'il y a dans le droit, qui l'impose à celui qui est le plus fort, la tentative de donner une chance à celui qui n'est pas le plus fort. C'est-à-dire la tentative d’arrêter celui qui a une telle suprématie qu'il peut aller trop loin, qu'il peut aller jusqu'au bout. J'ai parlé tout à l'heure de moissonneuse-batteuse, de rouleau compresseur ou de char d'assaut. Il y a dans le droit, depuis par exemple le code d'Hammourabi, il y a quelque chose qui s'appelle « je m'interpose moi, le roi, et celui qui ira jusqu'au bout de sa force, celui-là devra répondre de ce qu'il a fait ». Il y a des choses comme ça.

Apparemment la priorité au logiciel libre, ce qui concerne la priorité au logiciel libre, tel n'en a pas décidé pour l'instant le législateur. J'ai dit où en était la commission paritaire. Mais ce que je vais essayer de montrer c'est que même s'il n'y a pas de priorité juridique, qu'il y ait priorité juridique ou non, je vais essayer, en tout cas c'est ma conviction et c'est ce qui fait que j'essaye d'avancer et j’essaye de ne pas tous les jours savoir que je suis en posture de petit gnou ou de petit lapin ou de proie, il me semble que nous pouvons en tout cas montrer que dans l'informatique libre il y a quelque chose comme un absolu, il y a quelque chose comme une forme de « je dois », comme une forme de respect qui prévaut sur les calculs marchands du « si je veux envahir tel marché, alors je vais racheter tel logiciel. Si je veux couper l'herbe sous le pied de celui qui veut donner au domaine public tel usage, alors il faut que je contourne la difficulté de cette façon-là », il me semble qu'on peut opposer ensemble, ce qui relève de l'absolu, qui toujours, et là on est n'est plus rapport de force, on est dans une autre dimension, il semble que toujours l'absolu prévaut sur le relatif. C'est ce que je vais essayer de montrer.

Ma première démarche, donc c'est trivial d'abord. J'ai fait exprès, alors vous allez dire pourquoi est-ce qu'elle a choisi la version en anglais du Gorgias de Platon ? Parce que là on voit très bien, donc c'est un texte de Platon qui s'appelle le Gorgias, là il y a un très vieux, vous avez sa canne, il a du mal à tenir debout. Vous avez un très vieux philosophe qui est Socrate. Il n'en peut plus. On sait que là Platon le représente, il est au bout du rouleau, c'est la fin de sa vie, il n'a plus beaucoup d'énergie, d'ailleurs il le manifeste dans le dialogue. Et en face vous avez un jeune, vous avez Calliclès, vous avez les dents qui rayent le parquet, il est athlète, c'est le plus beau d’Athènes. On a l'impression qu'absolument tous les espoirs lui sont permis. Athènes va être bientôt à ses pieds. Et vous avez pourtant celui-là, le plus fort, Calliclès, qui défend le droit du plus fort, qui envie Socrate, qui envie à Socrate le pouvoir de la vérité. Il n'a qu'une envie, de démontrer que le plus fort a le droit d’être le plus fort.

Et là, bien sûr il se contredit, parce que plus fort ! S'il a besoin que de sa force pour avoir le droit d'être le plus fort il n'a pas besoin de légitimer sa position. Et là qu'est-ce qu'il se passe ? Vous avez Socrate qui est en difficulté. Vous avez Socrate qui a en face de lui quelqu’un qui, de toutes façons, ne l'écoute pas. Et que va faire Socrate ? Eh bien progressivement utiliser les armes de l’adversaire, il essaie de l'intimider. Calliclès essaye de séduire Socrate, il essaie de faire peur à Socrate : si tu ne dis pas comme moi, je vais te casser la figure.

Progressivement vous avez Socrate qui utilise le ton, qui utilise le langage de Calliclès, qui lui demande de se laisser de persuader. Et progressivement vous avez Socrate même, qui utilise des faux-semblants, qui utilise la sophistique pour être fort sur Calliclès. C'est un dialogue qui tourne mal.

Exemple, ça c'est toujours dans le Gorgias, vous avez un moment où on dit que « l'orateur est en état de parler contre tous et sur toute chose ; en sorte qu'il sera plus propre que personne à persuader en un instant la multitude sur tel sujet qui lui plaira. » Vous avez un moment où Socrate, tout philosophe qu'il est, il rêve d’être un rhéteur pour fasciner Calliclès. Il a envie de réduire cette dissymétrie, il a envie de réduire ce rapport de force.

Là on a parlé de force, on pourrait aussi bien parler de celui qui arrive en premier : Not the best, but the first. Ça a été un certain temps l'un des adages des écoles de commerce. : il ne faut pas être le meilleur, on n'en a rien à faire, not the best, but the first. Ce qui est important c'est d'arriver en premier, parce que si tu arrives en premier, si tu es le premier à enclore un champ qui est à tout le monde, alors tout le monde sera tellement sidéré, stupéfait que personne n'osera rien faire.

Quand on parle de rapport de force, on peut aussi bien parler de rapport de séduction ou de rapport de ruse, parce que celui qui arrive en premier ! Je sais qu'il y a des mathématiciens ici présents. Là c'est le fameux paradoxe : est-ce que la tortue part en premier lorsqu'elle se bat contre Achille, ah oui, là vous avez a tortue, là vous avez Achille. Qu'est-ce qui se passe si Achille a la courtoisie de laisser partir en premier la tortue ? Est-ce qu'il peut la rattraper ? Effectivement, il va s'élancer. Mais le temps où il rattrape la tortue, la tortue a encore avancé, etc. Vous voyez ce dont on parle, ce qu'on décrit là en termes de rapports de force, on peut aussi bien le décrire en termes de ruse, en termes de séduction. Parce que toujours, quand on parle des GAFAM, il est question du dernier coup d'untel qui a trouvé en effet prudent d'éviter tel ennui à venir ou telle menace sur sa suprématie, en achetant, il a mis le prix qu'il fallait, telle création de celui-là qui lui a cédé. Et du coup, il est toujours le premier. Il est toujours en posture de domination.

La question : pourquoi ici la Nef des fous ? Parce que je vais parler d'une difficulté qui a surgi concernant le droit de panorama. Si vous êtes de fréquents utilisateurs de Wikipédia, de Wikimédia, vous savez que la dernière qui a été inventée, alors toujours « dans ce champ est à tous, mais si je l'enclos le premier alors il est à moi », vous savez que la France est en train de se laisser piéger, concernant le droit au panorama, par de nouvelles enclosures. Si vous prenez la photo du copain devant tel monument, alors attention, comme vous avez pris le monument, qui pourtant est dans le domaine public, vous pourrez avoir des comptes à rendre. Peut-être que tel moteur aura telle taxe à payer. Bon vous-même risquez d'avoir à vous expliquer de votre geste, et autres choses de ce genre.

Là j'ai fait exprès de me référer à un usage du droit de panorama. C'était au Moyen Âge. Au Moyen Âge, on soigne les fous, à l’époque on ne dit pas les aliénés. On parle de la folie non pas comme déraison, non pas comme aliénation, mais comme autre manière de fonctionner. On installe donc ceux qui sont dans ce mode-là de conscience, sur une nef, ça c'est la Nef des fous de Jérôme Bosch. Et qu’est-ce qui se passe ? Vous avez le navire qui circule et le dépaysement, la succession très étrange, le ravissement qui est constitué par les paysages successifs, finissent par stimuler le rapport à l'espace, finissent par articuler autrement le rapport au monde, et là vous avez des formes très intéressantes d'usage de la culture. Alors peut-être que bientôt il y aura une propriété privée du langage, on ne sait pas, en tout cas on va vers une propriété privée du panorama et des paysages, ce qui fait dire à Foucault que le bateau c'est une des formes les plus thérapeutiques qui soit, au Moyen Âge, puisque la succession des paysages rencontrés fait que celui qui a à chaque fois à se repositionner, à se reconfigurer, va stimuler en lui-même tel lien avec le monde, tel lien avec les autres, qui s'était trouvé à un certain moment fragilisé ou défaillant.

J'en ai fini avec ma partie triviale. Vous avez entendu parler donc de priorité du plus fort, du plus rusé, de celui qui s'y prend en premier. Que fait le droit ? Que propose le droit ? Vous avez ici la stèle, c'est au Louvre, la stèle du code d'Hammourabi : œil pour œil, dent pour dent, etc. Souvent on dit « le code d'Hammourabi c'est épouvantable, vraiment Babylone a inventé la pire cruauté. » Attention. ! C'est, au départ, un code de régulation, avant ce n'est pas œil pour œil, dent pour dent. C'est « si tu as fait du mal à l’œil du malabar qui est là et qui a la force de t’ôter la vie, alors il le fera ». C'est, au début, une démarche de régulation. C'est-à-dire c'est seulement l’œil. Celui qui a blessé l’œil, on va seulement lui prendre l’œil et pas la vie. Ou encore, rassurez-vous, il ne va y avoir que deux occurrences parce que j'arrive à l'essentiel, c’est-à-dire au caractère absolu de l'informatique libre.

Là c'est Athéna, c'est la déesse de la sagesse grecque. Que fait Athéna ? Parce que avant l'Aréopage, il y a ce qu'on appelle la vengeance judicatoire. C'est-à-dire que lorsqu’un être a été tué dans une lignée, nécessairement, il faut, d'une façon symétrique tuer, sinon il y a souillure, sinon il y a les Érinyes qui s'y mettent. Il faut, pour purifier la souillure, se livrer au crime inverse. Et du coup, les familles athéniennes sont décimées, et du coup Athènes ne peut pas se défendre contre ses ennemis extérieurs. Donc vous avez Athéna qui invente l'Aréopage, potion divine pour une priorisation. Ici on donne la priorité à la possibilité pour Athènes de se défendre contre ses ennemis extérieurs. C'est-à-dire que l'Aréopage va évidemment juger les crimes de sang, va évidemment sanctionner les crimes de sang, mais sans pour autant mettre à mort celui qui a tué quelqu'un. Parce qu'il faut qu'il y ait encore des forces vives dans la cité.

Alors pourquoi est-ce que j'ai parlé d'Hammourabi, d'Athéna ? Parce que la plupart du temps, dans les codes anciens, on a besoin d'une divinité tutélaire, on a besoin de faire référence à une transcendance. Or mon propos, c'est de vous montrer aujourd'hui, c'est de montrer aujourd'hui que l'informatique libre n'a pas besoin de gourou, l'informatique libre n'a pas besoin de protection tutélaire. Certes, et je sais qu'il va venir dans deux jours, lorsqu'il arrive à Richard Stallman de jouer à Saint IGNUcius, c'est une façon de troller les figures tutélaires. C'est une façon de bien dire que dans l'informatique libre il y a une forme de densité qui dispense allégrement de toute caution théologique, de toute caution transcendante. Bon, lorsqu'il le fait, avec le talent que vous connaissez, il se délecte. C'est-à-dire qu'il est, bien sûr, dans la caricature de ce de quoi les autres ont besoin et dont le projet GNU lui, se passe, parce que le projet GNU a en lui suffisamment de densité et d'exigence morale pour s'imposer sans avoir besoin d'une référence à un au-delà, fut-ce l'église d'Emacs.

J'en viens, et je garde du temps pour vos questions. J'en viens à mon dernier point. Pourquoi y a-t-il dans l'informatique libre quelque chose qui relève d'un absolu ? Et là on ne parle même plus de priorité, on ne parle même plus de premier, de ruser, de séduire, de trouver telle parade, d’être dans un système polaire au sens où l’entend Clausewitz, le grand stratège, le grand polémologue. Tout simplement parce que, quand vous relisez le tout début du projet GNU, ce qu'on appelle donc le GNU Manifesto4, que vous trouvez sur les pages de la FSF, quand vous regardez le lexique, quand vous regardez le vocabulaire qui est utilisé par Richard Stallman, « la règle de réciprocité exige, exige de moi, exige que je partage les programmes que j'ai appréciés avec les personnes qui apprécient ces mêmes programmes. Les éditeurs de logiciels, cherchant à diviser pour régner, obtiennent des utilisateurs qu'ils renoncent à tout partage. Je refuse de rompre de cette manière la solidarité qui me lie aux autres utilisateurs. »

Vous avez des termes qui sont des termes qui sont absolument sans réplique. Là on n'est pas dans la polarité. On est dans une forme d'exigence, de loi donnée à soi par soi, qui a une telle densité existentielle, qui a une forme qui est tellement dans une exigence autonome. Si je suis utilisateur alors je ne peux pas tolérer que cet utilisateur-là, lui, soit piégé par des DRM. Je ne peux pas supporter, si j'ai le droit d'utiliser le travail de mes collègues, parce qu'au début ce sont des universitaires qui essayaient de mettre au pot commun des créations, parce que la notion de propriété intellectuelle est effectivement une forme d'illusion, une forme de faux-semblant au sens où l'entend Platon… Vous avez donc dans le lexique, alors voilà il y a seulement trois diapos et ensuite je ferai appel à vos questions. « Je me sentirais coupable de signer un accord de non-divulgation ». Autrement dit la référence à la volonté, attention pas au caprice, la volonté en tant qu'elle donne à elle-même la tâche d'accomplir ce qui est juste, est une forme d'absolu à côté desquels tous les stratagèmes, tous les arrangements, tous les petits accommodements entre amis de l'informatique privatrice, ne fait pas le poids. « Afin de pouvoir, j'ai décidé de constituer un ensemble de logiciels. J'ai démissionné. » Pourquoi est-ce qu'il démissionne ? Pourquoi est-ce qu'il met en péril sa possibilité même d'assurer son existence ? Parce que s'il ne le fait pas, il y a le risque en effet que via le MIT qui l'emploie, alors telle brevetabilité advienne, dont il ne veut absolument pas.

Je me suis permis, voilà, si j'avais à résumer ma conférence, je dirais : « L'informatique privatrice, c'est du brutal. » Bon je pense que vous avez retrouvé. Vous vouliez la référence. J'ai besoin de la préciser ? Tontons flingueurs. L'informatique privatrice c'est du brutal. Je dirais : « L'informatique libre c'est du lourd. » Lourd au sens de dense, au sens d'exigeant et au sens de digne. Ce qui veut dire que même si actuellement la priorité au logiciel libre n'est pas inscrite dans la loi, si au moins on peut essayer de faire en sorte que l'encouragement qui a été adopté par les deux assemblées puisse être assorti aussi bien de renvoi à décret pour l'article 9 ter et pour l’article qui concerne le code source qu'on en finisse avec les restrictions ridicules, il me semble que nous avons pour nous, le caractère dense de l'informatique libre qui peut prévaloir quoi qu'elle fasse [inaudible].

Applaudissements

Organisateur : Il reste cinq minutes de questions. Si vous avez des questions vous n'oubliez pas qu'il y a un micro pour ceux qui sont sur Internet. Pas de questions ?

Public : Bonsoir. Merci. La question que je me pose par rapport à la transcendance et tout ça. C'est bien gentil, on échange du code, on partage, on a des principes, mais il y a quand même des gens qui les ont institués, ces principes. Les licences, elles ont été établies. Donc on est dans un domaine où beaucoup de choses sont possibles grâce à un cadre, un cadre juridique en fait, comment dire, qui a été imaginé. Est-ce qu'il n'y a pas là une forme de protection, pour le moins, et éventuellement même de transcendance ?

Véronique : Inaudible.

Public : Certaines personnes n'ont pas fait l'effort, en fait, de comprendre que Richard Stallman se moquait d'une certaine manière de cette espèce d'effet de gourou, comme on voyait avec Steve Jobs, et que lui, le personnage qu'il joue, est une sorte de satyre, de caricature de cette situation aujourd'hui. Ah tout est dû à un seul homme. Tout est fait par un seul homme, et il faut acheter ses produits vite, vite, très cher, quoi ! C'est tout quoi ! C'est clairement !

Véronique : Je disais qu'on peut à loisir fabriquer tous les adages sacrés qu'on voudra, l'informatique libre n'en a pas besoin et je pense que c'est pour ça qu'on se sent si bien en elle, me semble-t-il. Oui.

Public : En même temps, même si Stallman n'est qu'un contributeur du logiciel libre parmi tous les autres, au niveau d'un point de vue extérieur, c'est quand même celui, c'est un peu le symbole. Il représente quand même…

Véronique : Inaudible.

Public : Mais il représente quand même, pour le grand public qui est habitué justement à avoir un gourou, il représente quand même une figure qui peut être comparable à celle des gourous du logiciel propriétaire.

Véronique : J'aime bien, si je peux me permettre. Je crois que je vois l'anti-gourou. Parce que, étant donné l'exigence sans pareille de l'informatique libre, ce n'est pas rien de dire : « Sois maître à bord. Aie le courage de faire de tes doigts et de ta réflexion quelque chose que tu choisiras. » Et ça ce n'est pas simple. Il me semble que quand on a cette énergie-là, cette énergie est sans rapport avec toute l'énergie de tous les Calliclès du monde. Parce je crois qu'il est en notre pouvoir de donner à nous-même des chemins que nous élaborons pour nous-même d'une façon absolument singulière et absolument inventive. Alors que l’informatique privatrice c'est « tu te laisses guider, tu délègues. Sois dans des chemins qui sont préétablis pour toi et, de toutes façons, tu ne pourras pas en sortir ». Il me semble que c'est ça la différence.

Lionel Maurel : Bonjour. Je m'appelle Lionel Maurel, je suis au CA de La Quadrature et je voudrais juste vous raconter une petite anecdote liée à la loi numérique. Je vous la fais rapidement. Juste avant que la loi passe en CMP, La Quadrature, avec d'autres organisations qui sont dans un organisme qui s'appelle l'Observatoire des libertés et du numérique dans lequel il y a le Syndicat de la magistrature, l'Ordre des avocats, la Ligue des droits de l'Homme, a fait une déclaration sur la loi numérique qui s'appelle « République Numérique : déception 2.0 », dans laquelle toutes ces organisations ont dit qu'elles étaient extrêmement déçues non seulement des résultats de cette loi, mais aussi du processus. C'est-à-dire ce processus consultatif qui a conduit, en fait, la société civile à beaucoup s'impliquer, à pousser des propositions comme celle de la priorité au logiciel libre, les propositions sur les Communs, les propositions sur la liberté de panorama et au final cette loi a complètement écarté ces aspects-là et les a ignorés.

Donc on fait cette déclaration et quelque temps plus tard on reçoit un petit DM sur Twitter d'Axelle Lemaire, qui nous écrit un petit mot et qui nous dit : « Je suis extrêmement déçue par La Quadrature. Vous mettez en avant, arbitrairement, des sujets alors que ma loi contient plein d'avancées positives. La crise de la politique n'est pas finie ». Et je ne sais pas si vous voyez : « La crise de la politique n'est pas finie ». Donc elle nous accuse, en fait, nous, d’être la source de la crise de la politique et d'avoir choisi arbitrairement des sujets alors que ce sont des sujets qui sont tous arrivés en tête de la consultation en termes de voix. C'est-à-dire que vous tous, vous avez voté sur cette plate-forme pour pousser ces sujets-là. Et elle va à la radio après, elle fait une interview, et elle déclare. On lui demande : « Qu'est-ce que vous pensez de cette déclaration de La Quadrature et d'autres organisations ? Elle dit : Le Syndicat de la magistrature et La Quadrature du Net sont des lobbies comme les autres. » Et si vous voulez, c'est extrêmement grave qu'elle puisse dire quelque chose comme ça, parce que le Syndicat de la magistrature ce n'est pas un lobby comme les autres. Et La Quadrature du Net et l'April, par exemple aussi, ne sont pas des lobbies comme les autres. On ne peut pas mettre sur le même plan l'influence que peut avoir un Microsoft avec ses moyens et ses moyens d'influence sur le Parlement et sur le gouvernement, et ce qu'on fait en tant que citoyens et ce que fait quelque chose comme le Syndicat de la magistrature.

Moi j'ai trouvé très éclairant tout ce que tu as pu dire, mais en fait il faut voir que ce qui est arrivé au logiciel libre a traduit aussi un très gros malaise dans la démocratie et une incapacité du politique à distinguer entre les priorités aussi et les ordres de valeur entre lui et autres. Donc merci pour ta présentation.

Véronique : Merci à vous

Applaudissements

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(09/07/2016 @ 15:29)

L'April recherche un(e) stagiaire affaires publiques à compter d'octobre 2016  Voir?

L'April, association de promotion et de défense du logiciel libre, recherche un(e) stagiaire affaires publiques.

Spécialité du poste : affaires publiques
Début : Octobre ou Novembre 2016
Durée : 4 à 6 mois, temps plein ou éventuellement en 4/5. Possibilité de temps partiel avant janvier.
Lieu : Paris 14ième
Indemnisation : Selon profil
Profil : Master, études juridiques / sciences politiques / affaires publiques

Descriptif du poste :
Dans le cadre de ce stage, vous serez amené(e) à travailler sur les dossiers de fond de l'April (interopérabilité, brevets logiciels, DRM, vente forcée, priorité au logiciel libre dans le secteur public... ). En étroite collaboration avec le responsable affaires publiques, vous réaliserez des analyses, participerez aux discussions et au travail de sensibilisation réalisés par l'association sur les questions politiques et juridiques autour du logiciel libre.

Profil recherché :
Des compétences techniques ne sont pas nécessaires, mais vous êtes intéressé(e) par les enjeux des libertés fondamentales et par le logiciel libre dans ses aspects éthiques, philosophiques et politiques. Capable de travailler de manière autonome, doté(e) d'une bonne capacité d'analyse et de synthèse, le milieu associatif vous intéresse.

Anglais courant souhaité.

Stage indemnisé.

Envoyer CV et lettre de motivation dans un format ouvert.

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L'April recherche un(e) stagiaire affaires publiques à compter d'octobre 2016  Voir?

L'April, association de promotion et de défense du logiciel libre, recherche un(e) stagiaire affaires publiques.

Spécialité du poste : affaires publiques
Début : Octobre ou Novembre 2016
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Lieu : Paris 14ième
Indemnisation : Selon profil
Profil : Master, études juridiques / sciences politiques / affaires publiques

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Dans le cadre de ce stage, vous serez amené(e) à travailler sur les dossiers de fond de l'April (interopérabilité, brevets logiciels, DRM, vente forcée, priorité au logiciel libre dans le secteur public... ). En étroite collaboration avec le responsable affaires publiques, vous réaliserez des analyses, participerez aux discussions et au travail de sensibilisation réalisés par l'association sur les questions politiques et juridiques autour du logiciel libre.

Profil recherché :
Des compétences techniques ne sont pas nécessaires, mais vous êtes intéressé(e) par les enjeux des libertés fondamentales et par le logiciel libre dans ses aspects éthiques, philosophiques et politiques. Capable de travailler de manière autonome, doté(e) d'une bonne capacité d'analyse et de synthèse, le milieu associatif vous intéresse.

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(05/07/2016 @ 17:50)

Le logiciel libre : un modèle de société - François Pellegrini - 2011  Voir?


François Pellegrini
Titre : Le logiciel libre : un modèle de société
Intervenant : François Pellegrini
Lieu : Toulouse - Capitole du Libre
Date : Novembre 2011
Durée : 1 h 00 min 57
Licence : Verbatim
Pour visionner la vidéo
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Transcription

Bonjour à toutes et tous. On m'a sollicité pour faire une présentation un peu, j’allais dire gros bout de la lorgnette, sur le logiciel libre et donc, de façon très modeste, j'ai appelé ça « un modèle de société ». J'essaierai de vous expliquer où je veux en venir.

Premier point, on est confronté à un événement social, qu'on appelle maintenant sans risques de se tromper, la révolution numérique et [ah oui d'accord, ouais OK. Effectivement la révolution numérique commence mal. Voyons voir hop, on ne va pas s’embêter, on va descendre la réso. Hop là. Est-ce que ça, ça va marcher ? Ouais c'est mieux]. Donc avec un objet au sens immatériel du terme, puisqu'on va parler du logiciel qui a un statut unique dans l'histoire de l’humanité parce que c’est finalement le premier outil de l'homme qui soit une extension de son esprit et non de son corps. Et ça, bien sûr, ça va avoir un impact, j'allais dire fondamental, sur la façon de produire et de traiter la connaissance.

En fait, cette révolution numérique dont je veux vous parler, elle fait suite à deux révolutions dans le champ de la connaissance. La première ça a été la révolution de l'écriture entre moins quarante mille ans et puis moins trois mille où, pour la première fois, on a pu fixer de l’information sur un support et ça a permis socialement la création des premières cités-États, des premiers empires. Et ce n'est donc pas étonnant que, finalement, toutes les traces archéologiques d'écriture qu'on retrouve soient majoritairement des traces administratives, des décomptes de têtes de moutons, etc., avant même, ensuite, de trouver des traces littéraires.

Et puis révolution de l’imprimerie, juste cinq cents ans auparavant, où, avec la mécanisation de la transmission de l’information sur le support, imprimerie, puis radio, puis télévision, on a vu apparaître les États-nations avec des questions de standardisation : standardisation, par exemple, des claviers de machines à écrire ou des écartements de rails de chemin de fer dans le monde matériel, mais qui définissaient des sphères qui, ensuite, s'opposaient les unes aux autres.

Et on se retrouve maintenant avec la révolution numérique, finalement, à faire l'inverse de la révolution de l'écriture. Il y a quarante mille ans on s'était fatigué à fixer de l’information sur un support. Avec la révolution numérique, on a réussi à extraire l'information du support pour la transformer en tas de 0 et de 1. Et à partir de là, on va pouvoir manipuler cette information de façon radicalement différente de précédemment.

Et de la même façon que dans la révolution industrielle la machine était l'objet et l’outil de cette révolution, le moyen, c’est-à-dire que l'humain avait commencé à fabriquer quelques machines qui ont servi à fabriquer des machines encore plus puissantes et des machines encore plus puissantes, jusqu'à ce qu'une seule personne puisse agir sur énormément de matière grâce à une machine, eh bien on va se retrouver face au même phénomène dans la révolution numérique où, grâce aux premiers logiciels qui ont servi à faire des échanges de courriers électroniques on a pu échanger encore plus d'informations. Et puis, à partir de ces informations, construire encore plus de logiciels, encore plus malins, encore plus efficaces, et maintenant une seule personne peut manipuler, traiter, peut lier à sa volonté des quantités d'informations considérables.

Ça, ça s'est produit conjointement à l'arrivée d'un objet, lui aussi unique, qui va s'appeler Internet. Alors quand on met quatre PC en réseau pour jouer à des jeux, ce n'est pas Internet, c'est un réseau local. Quand une entreprise multinationale relie toutes ses filiales à travers un réseau privé, ce n'est pas Internet. Internet n'existe, il n'est, que parce qu'il est unique. On le définit comme le réseau des réseaux et c'est ce qu'on appelle, en économie, un bien commun. C'est un peu comme l'eau, comme l'air : à la fois ça n'appartient à personne et à la fois ça appartient à tout le monde et on doit le préserver comme appartenant à tout le monde. Et finalement, d'ailleurs, une grande question juridique actuellement c'est à qui appartient l'internet ? Qui a le droit de censurer sur Internet ? Est-ce que chaque pays a le droit de faire son propre bout d'Internet en filtrant, ou pas ? Et donc on voit bien qu'on est exactement dans les mêmes problématiques que par rapport à l'eau ou l'air. On est face à un objet juridique nouveau, un bien commun nouveau.

Qui plus est Internet, par rapport au modèle de l'industrie du divertissement et de la mécanisation de la diffusion, révolution de l'imprimerie, va ré-horizontaliser les échanges. On avait un modèle totalement pyramidal où quelques-uns décidaient de l'information qui allait être consommée par des centaines de millions de personnes. On se retrouve avec un réseau a-centré dans lequel tout le monde peut échanger avec tout le monde. Et clairement, ça dynamite tous les modèles économiques et sociaux qui avaient été édictés du temps de la mécanisation de l'imprimerie, en particulier avec la notion d'auteur. Le régime du droit d'auteur est un régime qui avait été conçu quand il y avait quelques auteurs et aussi un nombre assez petit de directeurs de salles de théâtre. C’était Beaumarchais qui avait, en France, créé la société des auteurs, avait fait édicter le droit d’auteur. C'était arrivé un petit peu avant aux États-Unis. Maintenant nous sommes tous des auteurs. Sur Internet, une majorité de contenus est auto-produite. Et qui plus est, on se retrouve aussi face à des moyens de création collective. Nous sommes tous des auteurs parce qu'il ne se passe plus un événement dans le monde sans que quelqu'un, avec son téléphone mobile, le capte, et l’envoie, et l’échange sur les réseaux où il est dupliqué à des centaines voire des dizaines de milliers d’exemplaires

De ce fait d'ailleurs, quand on voit, quand on pense à Internet, Internet est le lieu de la copie. Quand vous demandez une page web sur un serveur, elle ne disparaît pas du serveur. Elle est copiée de machine en machine jusqu'à atterrir dans la mémoire de votre ordinateur puis sur la carte graphique. Donc effectivement, vouloir interdire la copie sur Internet, c'est contraire à ce qu'est Internet. C'est, j'allais dire, techniquement impossible. Donc on voit bien les conflits qui peuvent en découler.

Ceci parce que le fait d'avoir extrait l'information du support a radicalement changé les modèles économiques qui vont sous-tendre les échanges de cette information. En particulier, on va se trouver avec les biens informationnels, dans un cadre économique qui s'appelle celui des biens non rivaux. Un bien est rival quand on est en compétition pour : moi j'ai ma montre, si je vous la donne je ne l'ai plus. Si je vous donne idée, eh bien je l'ai toujours, vous l'avez aussi. Donc effectivement, on se retrouve, avec la numérisation, à avoir un coût de copie de l'information qui est nul. Et ça aussi ça change complètement. Quand quelqu'un avait l'idée d'une voiture et fabriquait le prototype de la voiture, pour chaque voiture qu'il construisait il devait rajouter un bout d'acier, un bout d'électricité, un bout d'usine autour, avec des ouvriers dedans. Chaque voiture coûtait un certain prix qui faisait qu'on ne pouvait pas la vendre au-dessous de ce prix.

Dans le monde numérique, la copie est identique à l'original : un 0 pour un 0, un 1 pour un 1, et elle s'effectue à coût nul. Parce que votre ordinateur fonctionne, eh bien il consomme de l'électricité, que vous fassiez quelque chose ou que vous ne fassiez pas. Et finalement, faire, cliquer, copier, hop, hop, ou envoyer plein de courriels, ça ne vous coûte rien de plus que si la machine ne faisait rien. Bien sûr il y a un coût parce que l’électricité il faut la fabriquer, la machine il a fallu la fabriquer, mais tout ça c'est forfaitisé, c'est dilué. Ce qui fait que le coût de copie, le coût de l'acte de copie, est fondamentalement nul et ça, ça veut dire que, finalement, un logiciel, dès le moment où son coût de développement a été amorti, vous pouvez le déployer en des millions d'exemplaires, ça ne vous coûte rien. Et donc un logiciel peut être distribué gratuitement dès le moment où son développement a été financé.

Autre point essentiel dans l’économie des biens informationnels, qui existait aussi dans l'économie matérielle, a minima, c'est la notion d'effet de réseau. L'effet de réseau c'est que la valeur d'un bien augmente avec le nombre de personnes qui l'utilisent. S'il n'y a que deux personnes au monde qui ont le téléphone, est-ce que c'est intéressant que vous, vous ayez le téléphone ? Deux chances sur six milliards que vous connaissiez les personnes en question, ça ne vaut peut-être pas le coup ! En revanche, si 80 % de vos amis ont le téléphone, ça devient vachement intéressant d'avoir le téléphone pour organiser la prochaine soirée ou autre.

Donc on se retrouve, grâce à Internet, avec une capacité d'innovation considérable. Pourquoi ? Parce qu'Internet est un réseau stupide. Ça peut paraître antinomique ce que je dis, mais pensez que avant, du temps du téléphone, c’était le central téléphonique qui possédait l'intelligence. Le combiné que vous aviez chez vous était un truc complètement idiot avec un micro, un haut-parleur et des bouts de fil. Vous ne pouviez rien en faire par vous-même, vous étiez obligé de passer par l'opérateur qui, sur son central, mettait en place des services, la conversation à trois, le renvoi d'appel. Et puis si vous n'étiez pas prêt à payer le prix, eh bien vous ne l'aviez pas. Et puis vous vouliez la conversation à quatre, eh bien l’opérateur vous dit : « Non, ça on ne l'a pas. — Moi je la voudrais.— Oui mais ça ne nous intéresse pas. » Et vous étiez prisonnier de ce que l'opérateur pouvait faire.

Avec Internet, le réseau est stupide : il sert juste à acheminer les 0 et les 1 d'une machine à l'autre. Et l'intelligence est dans les logiciels que vous allez mettre sur chacun des ordinateurs. Et quand vous voulez un nouveau service, eh bien vous installez le logiciel qui va bien. Ça tombe bien, le coût de copie est nul, donc vous déployez à des centaines de milliers d'exemplaires et vous mettez en place un nouveau service. C'est comme ça que, par exemple, Skype est arrivé. Avant les opérateurs téléphoniques vous disaient que téléphoner aux États-Unis c'était un euro la minute. Tout d'un coup on vous dit : « Eh bien non ! Tiens, maintenant c'est gratuit. » Et on voit effectivement, j'allais dire la révolution en termes de modèle économique que ça cause, et donc c'est pour ça qu'on parle vraiment de la révolution numérique.

Et donc ce marché est très volatile, puisqu'effectivement un service arrive, si un concurrent propose des nouvelles fonctionnalités, le coût de déploiement et d'installation d'un logiciel étant quasiment nul, eh bien le nouveau concurrent arrive, prend les parts de marché. Il y a une volatilité très grande, ce qui va justement permettre une innovation et une vitesse d'innovation considérable, qui n'a rien à voir avec ce qu'elle est dans le monde matériel.

Donc effectivement, de quoi parle-t-on finalement quand on parle de logiciel ? J'ai repris une phrase de Lawrence Lessig qui dit Code is law, c'est-à-dire que finalement on vit un peu dans le monde de Matrix. On ne peut faire que ce que le logiciel demande. Si vous voulez maintenant une place de train particulière, eh bien vous êtes obligé de passer par le logiciel de l'opérateur de chemin de fer et c'est finalement le logiciel qui vous dit quelle place vous avez le droit d'avoir ou pas. Avant on pouvait toujours s’arranger, maintenant ce n'est pas possible. Les gens qui font Wordpress eux parlent de Code is poetry qui est quelque chose que j'aime bien, en fait, parce qu'en tant que développeur de logiciels j'aime bien me considérer un peu comme un artiste, en tout cas comme un artisan. Je pense de façon plus globale, en me mettant au niveau des autres, que Code is life et j’essaierai de vous montrer pourquoi.

Premier point, de quoi parle-t-on ? Peut-être que la majorité d'entre vous savent ce qu'est un logiciel ou en produisent, mais finalement c'est bien de rappeler des choses fondamentales. En fait, on peut avoir des idées de méthode, de trucs. « Tiens j'aimerais bien que mon logiciel fasse ça, alors peut-être qu'il faut que je commence par trier les noms des personnes, et ensuite je recherche ceux que je veux, etc. » En fait, on met en place ce qu'on appelle des algorithmes, c'est-à-dire des méthodes intellectuelles, et puis il y a un moment où il faut que l’ordinateur fasse le boulot. Donc ces algorithmes, on les traduit par une action de codage en un programme et ce programme c'est lui qui va être exécuté par l’ordinateur. Mais en fait, un programme c'est beaucoup plus que ça. Parce que, effectivement, c'est une œuvre de l'esprit. C'est : j'ai pensé l'idée et je l'ai écrite dans un langage de programmation. Mais mon collègue programmeur, il lit mon programme et il comprend ce que j'ai voulu dire. Donc au-delà d’être simplement un objet de transmission d'informations entre un humain et un ordinateur, un programme c'est aussi un bien qui permet la communication d’humain à humain et, de façon extrêmement importante, surtout dans le cas du logiciel libre où le code source va être accessible, c'est-à-dire on pourra réellement voir ce qu'ont écrit les autres. Et bien sûr, quand on donne ça à manger à un ordinateur, chouette il fait le boulot à notre place, c'est exactement ce qu'on voulait.

Donc finalement, on voit que l'écriture d'un logiciel ça ressemble à un artisanat, un peu comme un processus de création littéraire, pas tout à fait mais presque, et donc le droit s'est un peu adapté. Les législateurs ont toujours deux techniques : soit ça ressemble et donc ils étendent le droit existant au nouvel objet. Soit ça ne ressemble pas puis ils fabriquent une loi spéciale pour. Là ça ressemblait beaucoup et donc le régime des droits d'auteur a été également appliqué au logiciel, en rabotant un peu parce qu'on considère que les salariés, par exemple qui travaillent dans les boîtes, ne sont pas titulaires des droits d'auteur sur le logiciel, c'est directement l’employeur qui l'est, ce qui ne serait pas vrai avec le droit d’auteur traditionnel. Et puis, pour les œuvres littéraires, on a le droit de faire une copie à usage privé, même autant qu'on veut pour notre usage privé. Là pour les logiciels, si vous avez trois ordinateurs rien que pour vous, eh bien vous devez payer trois licences de logiciel si le vendeur vous l'impose. Et donc pas d’exception de copie privée pour les logiciels.

Tout ça passe par un truc qu'on appelle une licence, qui est une espèce de contrat entre le titulaire des droits d'auteur et puis les usagers, qui va donc légiférer sur, réglementer vos capacités d'utiliser ou d'exploiter l’œuvre logicielle. La plupart du temps vous n'avez le droit de rien faire, ce sont les fameux trucs « contrat et cliquer » où, quand vous les lisez, je n'ose même pas faire lever la main aux gens en demandant « qui a jamais lu un contrat jusqu'au bout avant de cliquer sur j'accepte », mais a priori, je vous suggère de le faire de temps en temps. Mais en tout état de cause, vos droits sont relativement écornés.

Alors qu'avec le logiciel libre, qui est l'objet de notre réunion tous ici, eh bien on se trouve face d'abord à un nouvel objet qui est, en fait, une innovation juridique. On dit les logiciels libres c'est super bien, ça marche, c'est innovant, etc., mais finalement, on ne parle pas de technique là, on parle de droit. Un logiciel libre, c'est un logiciel comme tous les autres. Simplement sa caractéristique de liberté est basée sur les conditions de licence avec laquelle ce logiciel va être distribué. Et en fait, on va s'appuyer sur le mécanisme de droit d'auteur qui était censé limiter les droits des usagers pour, au contraire, garantir à l'usager des droits et aussi quelques devoirs, parce que, par réciprocité, les droits des uns sont les devoirs des autres.

Et donc on se trouve dans un écosystème, finalement, où on voit que le coût de copie de l'information est nul. Où on va pouvoir, comme ça, diffuser de l'information de façon très rapide. Et on va se retrouver, donc, avec des coûts de transaction négligeables qui vont, là aussi, changer la façon dont on va produire le logiciel.

Avant, quand il n'y avait pas Internet, les gens qui produisaient le logiciel étaient loin et on avait besoin de les réunir tous ensemble dans le même bâtiment. Et donc il fallait construire le bâtiment, il fallait de l'électricité, ça coûtait des ressources. Maintenant qu'il y a Internet, eh bien les gens, on n'a pas besoin de les bouger. Ils peuvent être là où ils étaient avant et en plus, puisque le coût d'accès à Internet maintenant lui aussi est nul, on peut permettre à n'importe qui de faire de la micro création de valeur ajoutée.

Quand vous regardez la page de la Wikipédia, si vous voyez une faute d’accord, vous cliquez sur modifier. Tac tac vous modifiez. Prévisualiser. Hop. Ça y est, c'est bon. Valider.

Avant, quand on construisait des encyclopédies, il y avait des gens qui étaient des correcteurs orthographiques, qui étaient payés de façon salariée pour faire ce boulot-là, sur l'ensemble du travail. Là, chacun d'entre nous fait un peu de valeur ajoutée et cette valeur ajoutée n'est pas taxée. Il y a une taxe sur la valeur ajoutée, on en entend bien parler de nos jours. Tout ça pour montrer aussi que le fisc peut lui aussi se poser des questions sur le changement de société en disant « eh bien finalement, on taxait la valeur ajoutée. Maintenant on crée de la valeur ajoutée non taxée », mais parce que, finalement, elle bénéficie à tous. Donc est-ce qu'il y a un intérêt à taxer ce qui bénéficie à tous ?

Et donc, les licences libres, eh bien elles ont en commun quatre libertés. La majorité d'entre vous le sait peut-être déjà : liberté d'exécuter le programme pour tout usage. Il n'y a pas de version Home et de version Professionnal où, quand on tape un courriel pour le boulot chez soi sur sa version Home peut-être que les gendarmes vont débarquer à six heures du matin en disant : « Hou, ce n'est pas bien ! » On a la liberté d'étudier le logiciel. On a la liberté de pouvoir l'adapter à ses besoins. Et on a la liberté de rediffuser soit le programme original, soit le programme modifié. Et donc on se trouve dans un régime de capitalisation du savoir et de mutualisation des développements. La mutualisation va être l’objet de ma conférence, j'en parlerai.

Il existe une flopée de licences libres exactement comme il existait une flopée de licences privatives, ce que j’appellerai privatives par la suite, c'est-à-dire qui créent des espaces privés autour du logiciel. Je ne vais pas rentrer dans les détails à ce niveau-là. Si vous voulez on pourra en parler.

Clairement, le truc à retenir si vous êtes confronté pour la première fois à la notion de logiciel libre, c'est que libre ne veut pas dire gratuit et qu'il ne faut absolument pas confondre ce qu'on appelle en québécois les gratuiciels, qui se dit en anglais freeware parce que free veut dire gratuit. Ce sont des logiciels qu'on vous fournira pour un coût nul, mais qui peuvent être sous une licence qui ne vous garantit absolument pas des libertés d’usage. Et puis les logiciels libres qui s'appellent les free software et vous voyez que ça ressemble quand même beaucoup, mais ce n'est pas pareil, qui eux vont préserver la liberté des usagers. C'est pour ça que, puisqu'on a une belle langue qui s’appelle le français, je vous incite à utiliser le terme gratuiciel et logiciel libre, au moins on verra réellement de quoi on parle. D'autant plus que, clairement, cette polysémie du terme free est extrêmement dommageable. Libre et gratuit ça ne veut absolument pas dire la même chose. L'exemple en est, qu'effectivement, quand un dealer vous fourgue les premières doses de drogue gratuitement ce n'est vraisemblablement pas pour vous rendre libre !

Donc, au-delà de ça, puisqu'on parle de société et qu'on nous dit que l’économie dirige la société, ma foi, quelle est l'économie du logiciel ?

Premier point, premier principe d'économie : rien n'est gratuit à part l'air qu'on respire et encore, et donc il faut financer le développement de logiciels. Mais rappelez-vous que parce que le coût de copie est nul, dès le moment où un logiciel a été financé, il peut être distribué à coût nul, soit gratuitement soit éventuellement, et c'est ce que je prône ici, librement.

Et donc on trouve différents modèles d’affaires. Le modèle classique qui était l'analogue du modèle dans le monde matériel, c'était la cession de licence, c'est un modèle de rente, parce le prix auquel on vend une licence de logiciel peut être largement supérieur au coût réel de fabrication. Rappelons qu'effectivement, sur les produits de la gamme Office, Microsoft fait plus de 85 % de marge et sachant que les 15 % qui restent ce n'est pas du coût de développement. C'est du coût de pub, c'est du coût de lobbying. Je veux dire les coûts structurels de développement sont très faibles par rapport à la réalité des bénéfices engrangés.

Ou alors, puisque dans ce cas-là un logiciel coûte à produire, comment ça se fait qu'on puisse le diffuser gratuitement ? Il y a donc nécessairement derrière, une valorisation possible à travers des avantages indirects. Soit c'est un produit d'appel, soit c'est la possibilité de récupérer des informations commerciales, parce que vous êtes obligé de vous connecter sur le site et de laisser vos identifiants pour récupérer un accès au logiciel. Donc ça c'est quelque chose qui a une valeur commerciale très intéressante. Ou alors on peut vous fournir des services annexes, tels que du développement sur une base existante, des services d'installation et de configuration. Mais sachant que pour que le système soit soutenable, les revenus collectés doivent pouvoir bénéficier au créateur.

Avec le système privatif ou ce qu'on appelle parfois propriétaire – je n’aime pas le terme justement parce que propriété intellectuelle ça ne veut rien dire. Propriété c'est pour le monde matériel et intellectuel ce sont les idées, et on a vu que les idées ne fonctionnaient dans le régime des biens rivaux physiques, donc je parlerai plutôt de privatif au sens partie privative d'un immeuble par rapport aux parties communes.

Donc l'économie du logiciel privatif est très simple : c'est la monétisation de tous les échanges, et donc on est dans un modèle où, finalement, le créateur d'un logiciel dans ce monde-là doit payer pour ses briques et, une fois qu'il a payé pour ses briques, il va se rétribuer en se faisant payer pour les cessions de licences. Donc c'est « paye d'abord et gagne ensuite ! » Finalement on se retrouve à restaurer un coût marginal non nul puisque comme ça a coûté d'obtenir les logiciels éventuellement avec des contrats qui disent « par licence que tu utiliseras tu devras me reverser tant » . Donc on retrouve une transposition du modèle ancien de l'économie matérielle et, finalement, on s'aperçoit que c'est modèle qui est par nature expansionniste. C'est-à-dire que vous-même si vous voulez faire un logiciel, vous êtes obligé d'acheter avant de revendre et donc vous rentrez dans ce système-là. C'est pour ça que les critiques des tenants de ce modèle-là face au logiciel libre, à certaines licences qu'ils ont qualifiées de contaminantes ou de choses comme ça, en trouvant que le modèle était expansionniste, finalement on est modèle expansionniste contre modèle expansionniste et finalement, c'est simplement une bataille pour un territoire.

Donc point important, là aussi, je vous ai montré qu'il ne fallait pas confondre logiciel libre/logiciel gratuit, il ne faut pas dire logiciel libre et logiciel commercial. Le logiciel libre peut être du logiciel commercial et l’intérêt c'est que la majorité des développeurs de logiciels libres puisse en vivre. Donc il faut faire du business, du commerce, avec du logiciel libre, c'est tout à fait permis et c'est même encouragé. En particulier, François Elie dans son livre Économie du logiciel libre dit bien qu'il faut faire cesser le scandale du travail non rémunéré en trouvant des moyens de faire en sorte que les développeurs de logiciels libres soient rémunérés pour leurs créations.

Là, en revanche, il y a une plus grande variété de modèles économiques permettant de rendre cette activité soutenable, soit être développeur à façon de logiciels libres. Mais donc il faut garantir le fait qu'on continuera à en vivre, ce qui est peu antinomique on se dit : « Mais oui, c'est bizarre. Mais alors, dans ce cas-là, si le logiciel on le diffuse, d'autres peuvent le copier, alors on n'aura pas de licence. » Effectivement non, on ne marchera plus sur le modèle des licences, il faut trouver autre chose. Par exemple la fourniture de services tels que la maintenance et la modification, mais ça, d'une certaine manière, faire du service autour du logiciel, c'est de l’activité mais ça n'aide généralement pas à la création de nouveaux codes sources. Donc ce n'est pas une activité qui participe, j'allais dire, à l'amélioration de l'ensemble, du pool de logiciels existants. Ça crée de nouveaux clients, ça augmente le marché, mais ça ne crée pas de nouveaux logiciels.

Donc il y a maintenant des services nouveaux, par exemple des accompagnements au développement. Puisqu'on peut modifier le logiciel, un client qui aurait envie de modifier le logiciel à sa manière pourrait soit le faire dans son coin et bricoler son truc à partir d'un logiciel obtenu. Mais le problème c'est que le logiciel une fois qu'il est obtenu, lui, de son côté, il évolue. Et on va se retrouver face à une divergence, ce qu'on appelle un fork. Et donc ça c'est ballot, parce que les améliorations faites par les autres, vous, comme vous êtes allé vous mettre sur votre petite voie de garage, là où vous avez agencé vos trucs, ça va devenir de plus en plus compliqué de les réintégrer. Donc il y aura un coût induit par ça. Donc l'accompagnement au développement va permettre d'essayer d'éviter les divergences entre branches et donc c'est de la gestion de projet, c'est de l'action à haute valeur ajoutée qui, en général, est faite par les gens qui ont développé le logiciel parce qu'ils savent ce qu'on peut faire ou pas. Et donc ça devient de plus en plus un modèle économique intéressant pour les créateurs de logiciels libres.

Point auquel j'attache aussi une grande importance c'est qu'effectivement l'absence de rente, puisqu'on sort du modèle de rente, va autoriser mais surtout va imposer l'efficacité économique. Parce qu'il y a une grande volatilité du marché, les gens ne sont plus captifs de tel ou tel logiciel qui enfermerait leurs données dans un format fermé. Et donc ils peuvent très bien décider de dire « eh bien tiens, votre logiciel finalement il ne m'intéresse pas, je vais aller prendre celui de l'autre personne ». Sauf qu'on ne bascule pas d'un environnement logiciel à un autre aussi facilement, ça c'est un peu un mythe, et donc il y a quand même un coût de sortie d'une solution, y compris en logiciel libre, un coût d’entrée dans une solution, y compris en logiciel libre. Et donc ça peut être le moyen d'essayer de restaurer les effets de rente indirecte en maintenant une complexité artificielle du coût de sortie ou du coût d'entrée.

On peut aussi imaginer qu'il puisse exister une bande de parasites qui attendent la sortie de la version du logiciel pour la récupérer puis la monétiser auprès d'autres, en fournissant un service de faible valeur. Ça, finalement, on verra que c'est assez peu vrai. C'est toujours une inquiétude des gens qui disent : « Ah oui, mais moi si je libère mon code source, les gens vont me le prendre. » Ça, en fait, on verra, ça ne fonctionne pas comme ça, justement parce que l'efficacité économique va imposer qu'on ne sorte pas juste un logiciel comme ça. On sort un logiciel comme ça et on le fait vivre. Et donc on a un avantage compétitif par rapport aux gens qui seraient simplement des parasites passifs et qui n'auraient pas la maîtrise de la connaissance du logiciel. Alors que si vous avez « un parasite », entre guillemets, qui acquiert la connaissance de votre logiciel, eh bien finalement ce n'est plus un parasite, c'est quelqu'un qui est capable d'intervenir, c'est quelqu'un qui est capable de développer et finalement, cet adversaire peut devenir un allié.

Et on se retrouve donc avec un phénomène qui va être essentiel et qui est déjà essentiel pour les sociétés humaines, et qui sera encore plus flagrant dans le monde du logiciel, qui est la question de la mutualisation des dépenses, en particulier hors ce que j'appelle, hors du cœur de métier. Et ça, ça va introduire deux éléments clefs de la création du logiciel libre qui sont la mutualisation et la coopétition.

Coopétition c'est un terme un peu bizarre, un peu barbare. C'est la fusion de coopération et compétition. Pour vous donner une image claire, regardez des athlètes au niveau international. Ils ne sont pas tout seuls dans leur coin, ils s’entraînent ensemble. Le moment où ils sont seuls avec eux-mêmes c'est quand il y a la compétition pour de vrai et que, quand ils doivent gagner un marché, une médaille, une compétition, là ils sont seuls face aux autres. Mais en revanche, ils s'entraînent ensemble, parce que c'est en s’entraînant ensemble qu'ils arrivent à monter de niveau. Effectivement, en plus, ils peuvent s'unir : « Tiens il y a une course de relais, il faut tenir une distance plus longue ». Alors celui qui était finalement un adversaire à un compétiteur sur une petite problématique peut devenir un allié quand il y a un problème plus important à résoudre qui nécessiterait, justement, qu'on fasse étalage de plus de force.

Donc, je me marre un peu en écrivant ça, mais Adam Smith s'est complètement planté quand il avait écrit et développé sa théorie donc ensuite sur la tragédie des Communs, c’est-à-dire le fait que c'est l’égoïsme qui permet l'efficacité et que finalement l’intérêt général est la somme des intérêts particuliers. Non, ce n'est pas tout à fait vrai. Plus exactement, l’intérêt particulier ne peut prospérer que grâce à la prise en compte de l’intérêt général. Et ça justement, c'est l'élément clef qui est la mutualisation.

Pensez que vous avez deux banques, qui sont dans un environnement compétitif, où elles essayent de se tirer des parts de marché. Elles ont toutes besoin d'avoir des logiciels de traitement de texte. Est-ce qu'elles vont chacune développer leur propre logiciel de traitement de texte ? Ce n'est pas un avantage compétitif pour elles. Ce n'est pas leur cœur de métier. Elles ont tout intérêt à payer le moins possible pour ça, pour augmenter leurs marges. Donc finalement, ces gens qui sont en compétition sur leur cœur de métier ont tout intérêt à s'allier pour mutualiser leurs coûts sur les segments qui ne représentent pas en fait, pour eux, des gains importants et qui ne représentent pas un avantage différenciant.

Et c'est comme ça qu'est née l’industrie du logiciel. L'idée c'est de dire je fabrique un logiciel et je le fournis à plusieurs clients. Là où le système est parti en vrille c'est qu'on l'a fourni à chaque client quasiment au prix qu’il aurait payé pour le développer en entier. C'est-à-dire que l'industriel, quand il met en place un système de rente, eh bien il s’arrange pour se goinfrer le plus possible, en faisant en sorte que les clients raclent le plus possible et ne puissent pas s'en échapper.

Bien sûr, la mutualisation suppose qu'on ne mutualise pas seul dans son coin. Par exemple, vous faites un logiciel, c'est l'exemple qu'avait pris Éric Raymond, vous faites un logiciel de calcul de découpe de planches pour les scieries. Avec qui vous allez pouvoir imaginer ouvrir votre code source pour mutualiser ? Les seules personnes qui sont capables de faire ça, ce sont les gens qui font aussi des logiciels de scierie, donc ce sont vos concurrents. Donc ça veut dire que vous allez donner votre valeur essentielle à des gens qui vont en profiter pour aller gagner des parts de marché sur vous. Donc si finalement les seules personnes avec lesquelles vous pouvez échanger le code sont vos compétiteurs directs, là où est votre valeur ajoutée, eh bien ça ne va pas marcher, quoi ! Vous ne pouvez pas faire ça !

En revanche, si moi je suis un dirigeant de scierie, plutôt que d'avoir un logiciel fermé où le vendeur me fait le prix qu'il veut, j'aimerais bien avoir un logiciel ouvert où je puisse décider de dire « non, moi ce que je veux sur ce logiciel c'est ça et pas ça. Et si toi tu ne me le fais pas, c'est quelqu'un d'autre qui va me le faire. »

C'est-à-dire que finalement la mutualisation, ça c'est François Elie qui l'a théorisé dans son bouquin, elle peut passer par deux stades. Pour les logiciels d'infrastructure, les trucs généraux, genre les traitements de texte, tout ça, eh bien finalement on se retrouve face à une mutualisation par l'offre. Et on voit apparaître des consortiums, The Document Foundation, avec plein d'entreprises qui, pour mutualiser leurs coûts de développement, vont créer une espèce de super éditeur de logiciels qui permettra d'offrir des coûts censés être raisonnables aux usagers. Mais les usagers sont toujours, d'une certaine manière, un peu esclaves, parce qu’ils peuvent éventuellement intervenir à la marge sur le développement du logiciel, mais pas tant que ça.

Alors qu'effectivement, si vous êtes dans le cas d'un logiciel métier, typiquement le logiciel de scierie, eh bien là ce sera intéressant que les utilisateurs se coalisent et reprennent le contrôle du développement. Pour mettre au pot commun, pour dire finalement l'argent on doit le donner aux gens, mais il vaut mieux qu’on le donne aux éditeurs de logiciels qui nous font le logiciel qu'on veut. Donc on voit qu'une reprise en main, à l'inverse de ce qui s’était passé il y a vingt ans quand on a dit il faut externaliser le développement logiciel, etc., enfin, et où toutes les entreprises ont transféré, finalement, la richesse stratégique que constitue la gestion de leur système d'information à des entités privées, ils se sont liés pieds et poings à des éditeurs qui ensuite leur ont fait payer très cher pour des logiciels qui n'étaient pas nécessairement ce qu'ils voulaient.

Donc on se trouve aussi, pour organiser la création de logiciels, face à un truc qu'on a appelé les communautés, parce que ça a l'air cool et sympa, et en fait ça remplace ce qu'on appelait avant l’entreprise, dans le monde industriel. La communauté c'est cool parce que ça s'organise tout seul. Avant, une entreprise, il fallait réunir des parts de capital, il fallait organiser les lieux, il fallait trouver un lieu, fabriquer l'usine, fabriquer les bureaux. Tout ça c’était coûteux. Là on voit que c'est un truc, ça s'évolue, enfin ça évolue tout seul, et donc ça a des capacités de plasticité et de résilience qui sont très supérieures. En plus on voit que, parfois, il y a des structures qui existent, qui deviennent obsolètes et qui passent leur temps à consommer de l'énergie à se maintenir alors qu'elles n’ont plus de raison d’être. Et donc, finalement, elles deviennent des postes de coût pour la société. Alors qu'avec un système qui s'auto-organise, eh bien des moments où les gens voient qu'ils n'ont plus de boulot, ils vont s'en chercher ailleurs. Et donc on voit des développeurs qui migrent de projet en projet, de communauté en communauté, parce que finalement le fun, parce que l’intérêt économique, se trouve déplacé dans d'autres pans, sur d'autres fronts de l'innovation, dirais-je.

On est avec un système très plastique où justement il n'y a pas de hiérarchie dure. On a une gouvernance qui est basée sur la reconnaissance par les pairs. Ce qui est, là aussi, quelque chose de très difficile parce qu'il ne suffit pas d’être bon un jour et d’être nommé chef et ensuite de se débrouiller. Il faut être bon tout le temps parce que sinon il y a quelqu'un d'autre qui dira : « Bon, eh bien maintenant tu es un peu outdated, c'est moi qui prends la place parce que mes idées sont meilleures ». Et donc, effectivement, cette communauté devient un lieu d'échanges et de construction, plus ou moins formel, et on voit qu'en fonction des besoins spécifiques de l'écosystème logiciel, on verra des communautés qui ont des fonctionnements différents : soit des communautés d'usagers, soit des communautés de développeurs, ou des communautés hybrides. Tout dépend vraiment du niveau de maturité logicielle, parce qu'il y a aussi une évolution dans le temps qui est tout à fait possible.

Donc c'est vrai que l’industriel qui veut acheter du logiciel à la papa/maman, quand on lui dit : « Il y a un super logiciel libre qui fait ce que tu veux », il va voir ça, il voit une espèce, et puis, comme ils disent, finalement pour contacter le chef développeur du super projet qui va être le moteur stratégique de son entreprise, il doit envoyer un courriel à riquiqui at toto.org. Effectivement, ça sèche un peu au début. Mais non pourtant ! C'est finalement la garantie de la pérennité des développements. Parce que si une entreprise fond les plombs, eh bien les gens qui avaient basé toute leur infrastructure logicielle sur ces produits-là, ils sont obligés de changer dans la douleur et parfois c'est très cher, et parfois ils n’ont pas accès à leurs propres données, ça devient monstrueux. Là, finalement, si riquiqui at toto.org passe sous un camion, eh bien finalement, c'est fifi sur tutu.com qui pourra lui répondre. Et donc c'est relativement intéressant.

Les gens craignent aussi beaucoup le fork en disant : « Oui, mais tous ces gens-là, c'est tellement le bordel que chacun va partir avec le soft dans son coin, va bricoler son truc, etc. » En fait ce qui et assez intéressant maintenant qu'on a le recul c'est de voir, là aussi, que c'est l'efficacité énergétique qui guide le fonctionnement des communautés, au niveau macroéconomique.

Un fork, c'est un événement affreusement consommateur d'énergie, c'est quelque chose qui crée du stress, de la tension, qui fait en sorte que les gens doivent gérer le conflit plutôt que de faire ce qui les fait croûter c'est-à-dire écrire du code et donc c'est très rare. Un fork, c'est vraiment exceptionnel. On l'a vu, le dernier avec OpenOffice versus LibreOffice, c’était en plus lié à un événement, une pression extérieure dont je parlerai par la suite sur comment essayer de les éviter. Et donc penser à ça plutôt comme le départ des nouvelles reines de la ruche. C'est assez intéressant de voir comment finalement, à un moment donné, quand il y a des nouvelles reines qui arrivent parce que la ruche est devenue trop grande, parce qu'elle n'est plus gérable en tant qu'entité auto-organisée, alors il se crée des nouveaux leaders qui vont emmener une partie de la communauté pour essaimer, et faire quelque chose de différent, qui pourra éventuellement rester en relation.

En fait, les communautés parfois ont besoin de se structurer un peu plus, continuer à interagir avec le vieux monde physique et dans ce cas-là il y a des structures plus rigides qui doivent être mises en place. En fait, le but c'est de créer une personne morale au sens du droit. Et ça, ça va servir, justement, à gérer des points qui sont, par exemple, la gestion des droits d'auteur ou la gestion des marques. C'est ballot que la marque OpenOffice ait été la propriété de Sun puis d'Oracle, c'est-à-dire des entités privées, qui n'avaient pas le même objectif que la communauté qui était censée développer le logiciel. Alors que penser que la Mozilla Foundation, justement, elle est là pour héberger l'ensemble des éléments qui conduisent le développement du projet, y compris les marques et autres. Et c'est ce qu'ils vont essayer de faire avec The document Foundation, mais, manque de bol, la marque appartient encore à Oracle. Alors il a transmis les droits sur le code source à, justement, la Fondation Apache, dont ce n'est pas le métier. Donc on voit que finalement la gestion des droits, c'est-à-dire les trucs un peu pénibles, eh bien c'est ça qui peut créer des problèmes de friction. Et donc c'est intéressant, pour passer outre la durée de vie d'une entité privée, de créer une structure publique qui servira à héberger le patrimoine immatériel, finalement, du projet, c’est-à-dire la titularité des droits d'auteur sur le code, le droit des marques. Et en plus, ce sont ces entités-là qui pourront, éventuellement, être chargées de la collecte de fonds, d’être destinataires des fonds qui seront récupérés, de façon à allouer ces fonds de la façon la plus efficace possible, aux développeurs qui proposeront les innovations les meilleures possibles pour le développement du produit.

Avoir une personne morale, ça permet aussi de pouvoir faire valoir ses droits alors qu'effectivement riquiqui at toto point com, quels droits il a sur le projet machin ? À un moment donné il a fait dix lignes de code. Ouais, mais est-ce que ça suffit ? Le juge pourrait décider qu'il n'est pas fondé à agir en justice. Le fait d'avoir une personne morale c'est toujours pratique pour ça.

Dernier point sur lequel je veux insister, finalement on voit des systèmes auto-organisant, auto-organisés, et on se trouve face à un défi considérable qui est celui de la gestion de la complexité. Et on retrouve la même chose dans les sociétés humaines. Finalement ce que je vous raconte, quand je dis « le Libre, un modèle de société », finalement ça ressemble beaucoup à ce qu'on nous raconte. Sauf qu'en ce moment on est en train de nous raconter que c'est en se bouffant la gueule les uns les autres que la société ira mieux, alors que, finalement, quand on fait une petite étude par le petit bout de la lorgnette de la société des abeilles et des fabricants, des concepteurs de logiciels libres, eh bien on voit que ce n'est peut-être pas ça, non, le truc qui marche bien.

Et donc effectivement on se trouve face à des objets, comme les systèmes d'exploitation, qui sont les assemblages immatériels les plus complexes jamais réalisés. Pensez que dans une voiture, quand vous analysez une voiture, il y a le moteur, mais vous pouvez découper le moteur, il y a le démarreur, il y a les pistons, il y a ça. Il y a un découpage en sous-systèmes, avec quelques niveaux de complexité, jusqu'à arriver à des vis, des courroies, enfin des éléments élémentaires dont vous comprenez la nature.

Dans un système d’exploitation, si vous regardez le découpage fonctionnel d'un système, c'est éminemment complexe. La navette spatiale était l'objet le plus complexe qu'un humain avait réalisé au niveau matériel, en termes d’intégration de sous-système, de la rondelle et de la vis jusqu’à l'objet complet. Un système d’exploitation c'est d'une architecture extraordinairement belle et complexe, où vous allez, justement, de la ligne de code jusqu'à l'objet immatériel complet.

Donc, avec les théories classiques du développement logiciel, du fait que l'augmentation de la production de lignes de code source et de l'injection de nouveaux codes à l’intérieur d'un système d’exploitation croît d'une façon considérable, normalement, ce truc-là devrait être un tas de bugs. Ça ne devrait pas marcher. Or, ce n'est pas le cas. Et on voit qu'effectivement, l'auto-organisation des communautés est le moyen de gérer cette complexité croissante des logiciels. C’est-à-dire que dès le moment où il y a un problème qui est identifié comme étant un problème saignant, un problème un peu dur — la gestion de la pagination mémoire, la gestion de l'allocation du processeur à tel ou tel processus, eh bien il y a une communauté qui va se créer autour et donc il va y avoir une auto-organisation des ressources, des gens, un peu comme ce que je vous ai raconté précédemment, qui va permettre de gérer cette complexité. Et qui va donc répondre à un besoin d’organisation et d'auto-organisation double.

D'abord les gens veulent travailler tranquilles, sans qu'on les embête en regardant tout le temps par-dessus leur épaule. Et puis l’intérêt c'est que, s'ils se débrouillent pour faire un truc super joli, par exemple comme dans une voiture, moi je fais un démarreur, moi je fais un alternateur, eh bien ça pourra servir à une voiture, mais ça pourra servir à un camion, à un bateau, finalement ce sera réutilisable. Et donc en fait, le principe d'économie qu'on voit mis en œuvre, c'est finalement celui qu'on appellera, dans le jargon, la minimisation des interfaces. C'est-à-dire qu'un démarreur c'est cool parce qu'il est juste tenu à la voiture par quatre vis, une courroie et deux fils. Et ça c'est bien, parce que ça veut dire que vous pouvez changer de démarreur, en mettre un autre d'une autre marque : si cette marque-là est pourrie, vous pouvez changer votre produit. Donc c'est bien ! Plutôt que d'avoir un gros moteur avec un tas de trucs où vous ne savez pas du tout extraire les morceaux, c'est super bien d'avoir un truc qui est bien découpé en modules, avec des interfaces, c'est-à-dire des zones de contact qui soient les plus identifiées et les plus petites possibles.

C'est un peu comme, vous voyez, des bulles de savon. Les bulles de savon elles sont organisées, tac, tac, pour minimiser leurs interfaces, pour faire en sorte qu'elles prennent l'espace, les unes par rapport aux autres, de façon à ce que les surfaces de contact minimisent l'énergie. Et ça, en fait, c'est un facteur d’amélioration de la qualité de production du logiciel. Mais on le voit aussi dans les sociétés humaines normales. Quand, dans une boîte, il y a le service compta qui se mêle de regarder comment les gens taillent leurs crayons ou comment ils vissent les boulons, ça ne fonctionne pas ! Les gens sont embêtés parce qu'il y a toujours un type qui regarde à quelle vitesse ils vissent. Ça marche moins bien ! Le stress sur la productivité, ça emmerde tout le monde.

C'est la même chose en fait, finalement. C'est que si on donne à chacun un espace dans lequel il peut s'épanouir, résoudre son problème et ensuite interagir avec les autres, on a une efficacité accrue du développement. Et donc, alors là du point de vue, je suis désolé j'utilise des termes de geek, mais du point de vue de la maintenabilité, c'est-à-dire de la capacité à réparer le truc tout seul, eh bien oui, s'il n'est pas lié à plein de choses, identifier les pannes, c'est beaucoup plus facile.

Par rapport à la réutilisabilité. C'est-à-dire j'ai fabriqué un truc que j'identifie comme étant un alternateur et donc je peux aller le mettre ailleurs.

Ou au contraire la substituabilité. C'est : moi je fais le moteur et je vois que l'alternateur ne marche pas, donc je vais en chercher un d'un autre fabricant. Tout ça ce sont, eh bien justement, des garants de l'efficacité des logiciels libres par rapport à des structures beaucoup plus rigides, basées sur des effets de rente où, au contraire, on voudra rendre les trucs les plus opaques possibles pour que les gens n'aillent surtout pas toucher dedans, et qu'ils nous appellent à chaque fois pour qu'on récupère très cher de la maintenance. Et donc on voit, finalement, qu'en termes de modèle d'organisation sociale, cette auto-organisation fonctionne remarquablement bien.

Je suis extrêmement bavard et donc je parle beaucoup. Je vais m’arrêter là. J'aurais pu vous raconter d'autres trucs sur la révolution numérique. Je vais juste me permettre de vous passer deux slides. Ça aura l'air un peu d’être des cheveux sur la soupe, mais le point important c'est que la capacité accrue de traitement de l'information permet de faire plus de choses, y compris dans le fichage des gens. Et donc on voit, en ce moment, on a vu année après année, sous prétexte de protéger nos enfants contre les affreux pédonazis et de protéger les revenus de Johnny le Suisse, on a vu plein de réglementations apparaître qui, finalement, visent à surveiller l'ensemble des activités que nous effectuons avec nos outils de traitement informatique.

Clairement, face à cette révolution, il faut au contraire se rendre compte qu'un nouvel espace s'ouvre à nous et que, j'allais dire, autant nous avions des libertés qui étaient garanties par la Constitution dans le monde physique, autant nous devons voir garanties les mêmes libertés, ou la transposition de ces libertés, dans le monde numérique. Par exemple, il y a un truc qui s'appelle la neutralité d'Internet. Nous sommes tous égaux face à Internet parce que les paquets que moi j'envoie à un copain ont la même priorité que les paquets que la société Schmurtz essaiera de m'envoyer pour me vendre sa pub. Si tout d'un coup on casse cette neutralité-là pour favoriser les envois d'informations de la part de Schmurtz et m'empêcher de discuter avec mon pair, au sens mon égal, alors effectivement on a un problème.

Le fait que je puisse faire interagir mes logiciels avec ceux des autres et ceux que je fabrique, et récupérer mes données, ce qu'on appelle l'interopérabilité, ou habilité, la capacité à, inter, entre égaux, opérer, œuvrer, travailler, donc la capacité à travailler ensemble, eh bien c'est l'équivalent de la liberté d'association dans le monde physique. Et on voit justement, à travers des verrous numériques, les fameux trucs qui vous empêchent de copier la musique de votre CD à votre baladeur MP3. Ou le truc bizarre qui fait que quand vous mettez un DVD dans votre lecteur, eh bien vous n'avez pas le droit de sauter la pub. C'est bizarre ça ! C'est comme moi quand je prends un livre, dans le monde matériel, je peux aller à n'importe quel chapitre immédiatement. Pourquoi je dois voir quinze secondes ou trente secondes de pub dont je n'ai rien à meuh, simplement parce que c’est dans le monde numérique ? Ben !

Et donc effectivement, il faut prendre conscience que, du fait de la révolution numérique, on a maintenant une identité physique, on a des identités physiques, on a des identités numériques, on existe aussi dans le monde numérique et que, de fait, il faut combattre avec la plus grande véhémence les lois anti-révolutionnaires. Chaque fois qu'il y a une révolution il y a un phénomène de pré rigidification, où les tenants de l'ordre établi cherchent à mettre le pied sur la marmite pour empêcher que ça change. Un peu ce qui s’était passé avant la nuit du 4 août. Il y avait un truc génial : quand les automobiles sont arrivées en Angleterre, les éleveurs de chevaux avaient fait passer une loi où tout véhicule automobile devait être précédé d'un type à pied avec un drapeau rouge qui dit : « Attention, il arrive ! », dans le but de ralentir le développement de l'automobile. Cette loi n'a été abrogée qu'il y a une quinzaine d'années.

Quand on voit qu'effectivement la révolution numérique permet énormément de choses et qu'on voit des lois pour nous empêcher de faire ces choses-là à des prétextes économiquement douteux, clairement il faut se poser la question de comment accompagner, au contraire, la révolution numérique plutôt que de la combattre.

Voilà. J'en ai terminé pour ce qui est de ma présentation. Bien volontiers pour répondre aux questions.

Applaudissements

Présentateur : Est-ce qu'il y a des gens qui ont des questions ? Il y a quelque chose que j'ai oublié de dire. En fait, est-ce que vous pourrez reprendre la question pour que les gens entendent ?

François Pellegrini : Oui, bien sûr. Vous pouvez répéter la question ?

Présentateur : Est-ce qu'il y a des questions ?

François Pellegrini : Oui !

Public : Vous parlez des systèmes, enfin des modèles économiques hors modèle classique de la rente. Est-ce que vous pensez que ça peut-être applicable, notamment la mutualisation, dans le cadre de logiciels grand public, où les utilisateurs pourraient faire ensemble, je pensais à du logiciel grand public. Est-ce que ça peut marcher ? Sinon pourquoi ?

Frnçois Pellegrini : Je répète la question : est-ce que la mutualisation fonctionne dans le cadre de logiciels grand public ? Oui, ça fonctionne, justement, et on est dans le cadre de ce que François Elie appelle la mutualisation par l'offre. C'est-à-dire que ce qui va se passer c'est que, là encore, on a tous intérêt à avoir un traitement de texte pas cher. Donc c'est plutôt intéressant si on arrive à trouver quelqu'un qui nous fournit un traitement de texte pas cher. Et donc il va y avoir du point de vue des gens qui fabriquent des traitements de texte, surtout ceux qui décident de le faire en logiciel libre. Pourquoi ils vont le faire en logiciel libre ? Parce que ça va accroître leurs parts de marché. Pourquoi ? Parce qu'ils vont pouvoir mutualiser les développements avec d'autres, également. C’est-à-dire que, finalement, la question derrière, enfin excusez-moi je vais revenir un coup en arrière, la question essentielle c'est la question aussi du coût de la gouvernance. En tant que Mme Michu ou même François Pellegrini qui adore faire de l'informatique sur son sujet qui est son cœur de métier, je n'ai pas envie de passer un quart d'heure de mon temps à gérer la gouvernance pour le logiciel de traitement de texte que j'utilise. Donc ce coût de la gouvernance, je vais moi, souhaiter le voir mutualiser également. Et donc il sera mutualisé parce que sera créé un consortium et c'est ce consortium-là, l'Open Document Foundation ou autre, qui o.rientera le développement du logiciel dans une voie dont j'espère qu'elle sera bonne. Si ça devient une nuisance pour moi parce que les types font n'importe quoi, alors selon le principe célèbre when you want a think done, do it yourself, il y aura des gens que ça énervera suffisamment, parce que ce sera leur cœur de métier stratégique, pour qu'ils investissent dans la gouvernance. C'est-à-dire que les gens qui dépendent de la production de documents vont dire « ce logiciel de traitement de texte fait n'importe quoi. Avec quelques personnes qui pensent comme moi, je vais reprendre le lead du projet, donc éventuellement je serai prêt à investir dans un fork, ou alors j'investis dans la création d'un module que je financerai moi-même avec mes copains, pour obtenir ce que je veux ». Mais en cherchant à le mutualiser avec des gens qui ont les mêmes besoins que moi.

Si je suis, en revanche, dans du logiciel métier, là je ne veux surtout pas lâcher la gouvernance, et donc j'investis en permanence pour contrôler la feuille de route du projet.

Mais on est toujours dans une démarche de mutualisation. Les logiciels grand public, en fait, c'est qu'on mutualise la gouvernance parce qu'on suppose qu'il y a tellement de personnes qui pensent comme nous, qu'il y en bien quelques-unes qui vont se charger du boulot. Et si ce n'est pas vrai, eh bien il va falloir qu'on s'en charge nous. Typiquement dans le cas des logiciels métier. Donc ça marche pareil. Ça marche pareil !

Je n'ai pas assez parlé de la gouvernance, effectivement, dans mes transparents. Mais la gouvernance est un coût, c'est une charge. C'est un pouvoir, puisque influencer le cours des choses c'est un truc qui peut être super cool surtout quand l'intérêt stratégique de la boîte en dépend. Mais justement, si mon intérêt stratégique n'en dépend pas au jour le jour, je délègue ça à d’autres et je mutualise ce coût-là. Oui !

Public : On a lu dans Le Monde de la Technologie que Android c'est open source, est distribué gratuitement, s'est assez répandu et a rapidement conquis la majorité des parts de marché. Alors dans ce cas-là comment expliquer que parmi les PC de bureau grand public, comment expliquer que les constructeurs continuent de se référer à des logiciels propriétaires, privatifs comme vous avez dit, alors que dans la téléphonie mobile, Android a été adopté massivement ? Comment on explique cette différence ?

Frnçois Pellegrini : D'abord parce qu'il y a un truc qui s’appelle la vente liée. Je vous invite à faire un tour sur un site qui s'appelle racketticiel.info, qui est assez bien par rapport à ça. C'est très simple. La question, en fait, elle tient à plusieurs points. Premier point, l'effet de rente. Deuxième point, les formats de données fermés. Prenons un exemple. En fait, le coût des données, le coût de vos données, est irremplaçable. Si vous cramez un ordinateur, vous avez perdu cinq cents euros, ça peut faire deuil, mais ce n'est rien. Si vous effacez toutes les clefs de licence des logiciels pour lesquels vous avez payé des licences, ça peut représenter des dizaines de milliers d'euros, mais ce n'est rien. Si, quelque part au CEA, on efface les données des essais nucléaires, vous imaginez le président de la République retourner à l'ONU, dire « excusez-nous, on va refaire péter six bombes parce que voilà ! » Ou alors les photos des grands parents. Vous avez pris des photos, les grands parents sont mourus, si vous crashez les photos, vous n'avez plus rien et vous ne retrouverez jamais plus rien ! Donc les données sont irremplaçables.

Et effectivement quand vous utilisez, pour stoker vos données à vous, le format de données Schmurtz de l'éditeur Schmurtz, et que ce format est fermé, c'est-à-dire que vous ne savez pas comment vos données sont mises en place, sont archivées, plus vous mettez de données sous le format Schmurtz et plus vous vous mettez pieds et poings liés avec l'éditeur Schmurtz. Et le jour où il faudra changer de version logicielle, eh bien vous serez toujours obligé d'acheter le logiciel Schmurtz. Donc c'est multifactoriel.

Pourquoi est-ce les gens font de la vente liée avec, par exemple, le système d’exploitation Windows de chez Microsoft ? Parce que, déjà, Microsoft dit aux fabricants d'ordinateurs : « Vous nous installez sur tous les ordinateurs et on vous fait la licence à tant. S'il existe un seul ordinateur que vous sortez sur lequel vous ne mettez pas notre logiciel, on multiplie le prix de la licence par poum ! » Donc bien sûr que le fabricant, lui, pour minimiser ses coûts, il va avoir tendance à le mettre partout et à ne pas se poser la question si c'est légal ou pas qu'il fasse une vente liée. De la même façon Mme Michu qui aura pendant des années créé du logiciel Schmurtz, ou alors les étudiants qui croient que parce que ce sont des hackers ils ont craqué la version du logiciel Schmurtz et ils ont mis de plus de données à eux sous le format Schmurtz, le jour où il faudra qu'ils légalisent leur situation, eh bien quel logiciel ils vont prendre ? Le logiciel Schmurtz !

Donc l'effet de réseau, à travers les formats fermés, il est considérable. Donc voilà pourquoi, eh bien à cause de ça ! Et parce que justement la vente liée fait que, quand on achète un ordinateur, on ne voit pas le coût caché de ces logiciels-là, qui représente près du tiers du prix de la machine. Au moins ! Si sur l'étiquette il y avait marqué la machine nue c'est tant et la machine avec le logiciel Schmurtz c'est tant plus poum, on serait sur une base, j'allais dire, de concurrence libre et non faussée beaucoup plus saine.

Présentateur : Une dernière question, sinon on peut clore le débat.

Frnçois Pellegrini : Oui !

Public : Pour créer une communauté, aujourd'hui, quelles seraient les clefs de son succès ?

Frnçois Pellegrini : Alors ça c'est vraiment la question !

Public : On la pose en dernier.

Frnçois Pellegrini : À ne pas poser en dernier. Mais justement on ne mutualise pas seul dans son coin. Ça veut dire que, justement, il faut déjà sentir que le logiciel pourra bénéficier à une communauté. C’est-à-dire qu'il faut faire une étude de marché, d'une certaine façon, pour voir qui sont les personnes capables de contribuer au logiciel et à quel titre. C'est un peu comme ce que je racontais pour l'exemple de la scierie. Vous analysez le marché en disant quels sont mes clients qui pourraient bénéficier ? Quelles sont les contributeurs que je pourrais avoir ? Et vous êtes dans cette dualité de mutualisation par l'offre ou la demande.

C'est-à-dire que si vous êtes en mutualisation par la demande, vous avez plutôt intérêt vous, à être le client qui cherchez à créer une communauté de clients, pour mutualiser vos coûts de développement et garder le contrôle sur la feuille de route du logiciel, la road map, comme on dit en grand breton. Alors que si vous faites effectivement un logiciel d'infrastructure, typiquement un langage, vous créez un nouveau langage. Regardez comment sont apparus Java, regardez comment sont apparus Ruby. C'est justement en essayant de montrer à quel point le soft était cool et en le diffusant le plus possible pour que les gens arrivent à s'exprimer dans ce langage, décident de l'apprendre. Sur terre il y a plus de gens qui parlent le klingon que le navajo. C'est un truc. Mais pareil, il y a des nouveaux langages qui se créent en permanence et les gens les apprennent. Pourquoi ils les apprennent ? Parce que ça répond à un besoin. Vous ne créerez pas de communauté si vous ne répondez pas à un besoin. Il faut avoir un argument économiquement différenciant. Ça demande vraiment une connaissance fine de votre écosystème, de penser si vous allez pouvoir faire une communauté ou pas. Et ensuite il faut la gérer sa communauté, ça aussi ça fait partie des jobs, l’animation de communauté. C'est justement d'identifier les gens qui seront capables de prendre le lead et de gérer les problèmes qu'ils soient techniques ou relationnels. Parce que c'est partout dans la vie, c'est comme dans les modèles sociétés, des psychopathes il y en a partout. Et des pervers, des pervers au sens pervers pas sexuel, mais pervers dans la relation psychologique, des manipulateurs qui veulent le pouvoir pour le pouvoir, il y en a aussi. Ça, ça peut flinguer une communauté si jamais vous avez un élément comme ça qui rentre. Exactement comme dans n'importe quel service de n'importe quelle entreprise. Vraiment une communauté c'est une société humaine et donc eh bien il faut qu'il y ait des gens qui aient envie de s'associer pour que la communauté fonctionne et qu’elle résiste aux aléas, c’est-à-dire aux accidents individuels : les décès de certains, les changements d’orientation, le fait que, effectivement, un pervers déboule et foute le box. C'est super dur comme réponse. Mais en tout cas c'est là où est la valeur ajoutée. Le Master of Ceremonies a dit que…

Présentateur : Merci.

Applaudissements

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Le logiciel libre : un modèle de société - François Pellegrini - 2011  Voir?


François Pellegrini
Titre : Le logiciel libre : un modèle de société
Intervenant : François Pellegrini
Lieu : Toulouse - Capitole du Libre
Date : Novembre 2011
Durée : 1 h 00 min 57
Licence : Verbatim
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Transcription

Bonjour à toutes et tous. On m'a sollicité pour faire une présentation un peu, j’allais dire gros bout de la lorgnette, sur le logiciel libre et donc, de façon très modeste, j'ai appelé ça « un modèle de société ». J'essaierai de vous expliquer où je veux en venir.

Premier point, on est confronté à un événement social, qu'on appelle maintenant sans risques de se tromper, la révolution numérique et [ah oui d'accord, ouais OK. Effectivement la révolution numérique commence mal. Voyons voir hop, on ne va pas s’embêter, on va descendre la réso. Hop là. Est-ce que ça, ça va marcher ? Ouais c'est mieux]. Donc avec un objet au sens immatériel du terme, puisqu'on va parler du logiciel qui a un statut unique dans l'histoire de l’humanité parce que c’est finalement le premier outil de l'homme qui soit une extension de son esprit et non de son corps. Et ça, bien sûr, ça va avoir un impact, j'allais dire fondamental, sur la façon de produire et de traiter la connaissance.

En fait, cette révolution numérique dont je veux vous parler, elle fait suite à deux révolutions dans le champ de la connaissance. La première ça a été la révolution de l'écriture entre moins quarante mille ans et puis moins trois mille où, pour la première fois, on a pu fixer de l’information sur un support et ça a permis socialement la création des premières cités-États, des premiers empires. Et ce n'est donc pas étonnant que, finalement, toutes les traces archéologiques d'écriture qu'on retrouve soient majoritairement des traces administratives, des décomptes de têtes de moutons, etc., avant même, ensuite, de trouver des traces littéraires.

Et puis révolution de l’imprimerie, juste cinq cents ans auparavant, où, avec la mécanisation de la transmission de l’information sur le support, imprimerie, puis radio, puis télévision, on a vu apparaître les États-nations avec des questions de standardisation : standardisation, par exemple, des claviers de machines à écrire ou des écartements de rails de chemin de fer dans le monde matériel, mais qui définissaient des sphères qui, ensuite, s'opposaient les unes aux autres.

Et on se retrouve maintenant avec la révolution numérique, finalement, à faire l'inverse de la révolution de l'écriture. Il y a quarante mille ans on s'était fatigué à fixer de l’information sur un support. Avec la révolution numérique, on a réussi à extraire l'information du support pour la transformer en tas de 0 et de 1. Et à partir de là, on va pouvoir manipuler cette information de façon radicalement différente de précédemment.

Et de la même façon que dans la révolution industrielle la machine était l'objet et l’outil de cette révolution, le moyen, c’est-à-dire que l'humain avait commencé à fabriquer quelques machines qui ont servi à fabriquer des machines encore plus puissantes et des machines encore plus puissantes, jusqu'à ce qu'une seule personne puisse agir sur énormément de matière grâce à une machine, eh bien on va se retrouver face au même phénomène dans la révolution numérique où, grâce aux premiers logiciels qui ont servi à faire des échanges de courriers électroniques on a pu échanger encore plus d'informations. Et puis, à partir de ces informations, construire encore plus de logiciels, encore plus malins, encore plus efficaces, et maintenant une seule personne peut manipuler, traiter, peut lier à sa volonté des quantités d'informations considérables.

Ça, ça s'est produit conjointement à l'arrivée d'un objet, lui aussi unique, qui va s'appeler Internet. Alors quand on met quatre PC en réseau pour jouer à des jeux, ce n'est pas Internet, c'est un réseau local. Quand une entreprise multinationale relie toutes ses filiales à travers un réseau privé, ce n'est pas Internet. Internet n'existe, il n'est, que parce qu'il est unique. On le définit comme le réseau des réseaux et c'est ce qu'on appelle, en économie, un bien commun. C'est un peu comme l'eau, comme l'air : à la fois ça n'appartient à personne et à la fois ça appartient à tout le monde et on doit le préserver comme appartenant à tout le monde. Et finalement, d'ailleurs, une grande question juridique actuellement c'est à qui appartient l'internet ? Qui a le droit de censurer sur Internet ? Est-ce que chaque pays a le droit de faire son propre bout d'Internet en filtrant, ou pas ? Et donc on voit bien qu'on est exactement dans les mêmes problématiques que par rapport à l'eau ou l'air. On est face à un objet juridique nouveau, un bien commun nouveau.

Qui plus est Internet, par rapport au modèle de l'industrie du divertissement et de la mécanisation de la diffusion, révolution de l'imprimerie, va ré-horizontaliser les échanges. On avait un modèle totalement pyramidal où quelques-uns décidaient de l'information qui allait être consommée par des centaines de millions de personnes. On se retrouve avec un réseau a-centré dans lequel tout le monde peut échanger avec tout le monde. Et clairement, ça dynamite tous les modèles économiques et sociaux qui avaient été édictés du temps de la mécanisation de l'imprimerie, en particulier avec la notion d'auteur. Le régime du droit d'auteur est un régime qui avait été conçu quand il y avait quelques auteurs et aussi un nombre assez petit de directeurs de salles de théâtre. C’était Beaumarchais qui avait, en France, créé la société des auteurs, avait fait édicter le droit d’auteur. C'était arrivé un petit peu avant aux États-Unis. Maintenant nous sommes tous des auteurs. Sur Internet, une majorité de contenus est auto-produite. Et qui plus est, on se retrouve aussi face à des moyens de création collective. Nous sommes tous des auteurs parce qu'il ne se passe plus un événement dans le monde sans que quelqu'un, avec son téléphone mobile, le capte, et l’envoie, et l’échange sur les réseaux où il est dupliqué à des centaines voire des dizaines de milliers d’exemplaires

De ce fait d'ailleurs, quand on voit, quand on pense à Internet, Internet est le lieu de la copie. Quand vous demandez une page web sur un serveur, elle ne disparaît pas du serveur. Elle est copiée de machine en machine jusqu'à atterrir dans la mémoire de votre ordinateur puis sur la carte graphique. Donc effectivement, vouloir interdire la copie sur Internet, c'est contraire à ce qu'est Internet. C'est, j'allais dire, techniquement impossible. Donc on voit bien les conflits qui peuvent en découler.

Ceci parce que le fait d'avoir extrait l'information du support a radicalement changé les modèles économiques qui vont sous-tendre les échanges de cette information. En particulier, on va se trouver avec les biens informationnels, dans un cadre économique qui s'appelle celui des biens non rivaux. Un bien est rival quand on est en compétition pour : moi j'ai ma montre, si je vous la donne je ne l'ai plus. Si je vous donne idée, eh bien je l'ai toujours, vous l'avez aussi. Donc effectivement, on se retrouve, avec la numérisation, à avoir un coût de copie de l'information qui est nul. Et ça aussi ça change complètement. Quand quelqu'un avait l'idée d'une voiture et fabriquait le prototype de la voiture, pour chaque voiture qu'il construisait il devait rajouter un bout d'acier, un bout d'électricité, un bout d'usine autour, avec des ouvriers dedans. Chaque voiture coûtait un certain prix qui faisait qu'on ne pouvait pas la vendre au-dessous de ce prix.

Dans le monde numérique, la copie est identique à l'original : un 0 pour un 0, un 1 pour un 1, et elle s'effectue à coût nul. Parce que votre ordinateur fonctionne, eh bien il consomme de l'électricité, que vous fassiez quelque chose ou que vous ne fassiez pas. Et finalement, faire, cliquer, copier, hop, hop, ou envoyer plein de courriels, ça ne vous coûte rien de plus que si la machine ne faisait rien. Bien sûr il y a un coût parce que l’électricité il faut la fabriquer, la machine il a fallu la fabriquer, mais tout ça c'est forfaitisé, c'est dilué. Ce qui fait que le coût de copie, le coût de l'acte de copie, est fondamentalement nul et ça, ça veut dire que, finalement, un logiciel, dès le moment où son coût de développement a été amorti, vous pouvez le déployer en des millions d'exemplaires, ça ne vous coûte rien. Et donc un logiciel peut être distribué gratuitement dès le moment où son développement a été financé.

Autre point essentiel dans l’économie des biens informationnels, qui existait aussi dans l'économie matérielle, a minima, c'est la notion d'effet de réseau. L'effet de réseau c'est que la valeur d'un bien augmente avec le nombre de personnes qui l'utilisent. S'il n'y a que deux personnes au monde qui ont le téléphone, est-ce que c'est intéressant que vous, vous ayez le téléphone ? Deux chances sur six milliards que vous connaissiez les personnes en question, ça ne vaut peut-être pas le coup ! En revanche, si 80 % de vos amis ont le téléphone, ça devient vachement intéressant d'avoir le téléphone pour organiser la prochaine soirée ou autre.

Donc on se retrouve, grâce à Internet, avec une capacité d'innovation considérable. Pourquoi ? Parce qu'Internet est un réseau stupide. Ça peut paraître antinomique ce que je dis, mais pensez que avant, du temps du téléphone, c’était le central téléphonique qui possédait l'intelligence. Le combiné que vous aviez chez vous était un truc complètement idiot avec un micro, un haut-parleur et des bouts de fil. Vous ne pouviez rien en faire par vous-même, vous étiez obligé de passer par l'opérateur qui, sur son central, mettait en place des services, la conversation à trois, le renvoi d'appel. Et puis si vous n'étiez pas prêt à payer le prix, eh bien vous ne l'aviez pas. Et puis vous vouliez la conversation à quatre, eh bien l’opérateur vous dit : « Non, ça on ne l'a pas. — Moi je la voudrais.— Oui mais ça ne nous intéresse pas. » Et vous étiez prisonnier de ce que l'opérateur pouvait faire.

Avec Internet, le réseau est stupide : il sert juste à acheminer les 0 et les 1 d'une machine à l'autre. Et l'intelligence est dans les logiciels que vous allez mettre sur chacun des ordinateurs. Et quand vous voulez un nouveau service, eh bien vous installez le logiciel qui va bien. Ça tombe bien, le coût de copie est nul, donc vous déployez à des centaines de milliers d'exemplaires et vous mettez en place un nouveau service. C'est comme ça que, par exemple, Skype est arrivé. Avant les opérateurs téléphoniques vous disaient que téléphoner aux États-Unis c'était un euro la minute. Tout d'un coup on vous dit : « Eh bien non ! Tiens, maintenant c'est gratuit. » Et on voit effectivement, j'allais dire la révolution en termes de modèle économique que ça cause, et donc c'est pour ça qu'on parle vraiment de la révolution numérique.

Et donc ce marché est très volatile, puisqu'effectivement un service arrive, si un concurrent propose des nouvelles fonctionnalités, le coût de déploiement et d'installation d'un logiciel étant quasiment nul, eh bien le nouveau concurrent arrive, prend les parts de marché. Il y a une volatilité très grande, ce qui va justement permettre une innovation et une vitesse d'innovation considérable, qui n'a rien à voir avec ce qu'elle est dans le monde matériel.

Donc effectivement, de quoi parle-t-on finalement quand on parle de logiciel ? J'ai repris une phrase de Lawrence Lessig qui dit Code is law, c'est-à-dire que finalement on vit un peu dans le monde de Matrix. On ne peut faire que ce que le logiciel demande. Si vous voulez maintenant une place de train particulière, eh bien vous êtes obligé de passer par le logiciel de l'opérateur de chemin de fer et c'est finalement le logiciel qui vous dit quelle place vous avez le droit d'avoir ou pas. Avant on pouvait toujours s’arranger, maintenant ce n'est pas possible. Les gens qui font Wordpress eux parlent de Code is poetry qui est quelque chose que j'aime bien, en fait, parce qu'en tant que développeur de logiciels j'aime bien me considérer un peu comme un artiste, en tout cas comme un artisan. Je pense de façon plus globale, en me mettant au niveau des autres, que Code is life et j’essaierai de vous montrer pourquoi.

Premier point, de quoi parle-t-on ? Peut-être que la majorité d'entre vous savent ce qu'est un logiciel ou en produisent, mais finalement c'est bien de rappeler des choses fondamentales. En fait, on peut avoir des idées de méthode, de trucs. « Tiens j'aimerais bien que mon logiciel fasse ça, alors peut-être qu'il faut que je commence par trier les noms des personnes, et ensuite je recherche ceux que je veux, etc. » En fait, on met en place ce qu'on appelle des algorithmes, c'est-à-dire des méthodes intellectuelles, et puis il y a un moment où il faut que l’ordinateur fasse le boulot. Donc ces algorithmes, on les traduit par une action de codage en un programme et ce programme c'est lui qui va être exécuté par l’ordinateur. Mais en fait, un programme c'est beaucoup plus que ça. Parce que, effectivement, c'est une œuvre de l'esprit. C'est : j'ai pensé l'idée et je l'ai écrite dans un langage de programmation. Mais mon collègue programmeur, il lit mon programme et il comprend ce que j'ai voulu dire. Donc au-delà d’être simplement un objet de transmission d'informations entre un humain et un ordinateur, un programme c'est aussi un bien qui permet la communication d’humain à humain et, de façon extrêmement importante, surtout dans le cas du logiciel libre où le code source va être accessible, c'est-à-dire on pourra réellement voir ce qu'ont écrit les autres. Et bien sûr, quand on donne ça à manger à un ordinateur, chouette il fait le boulot à notre place, c'est exactement ce qu'on voulait.

Donc finalement, on voit que l'écriture d'un logiciel ça ressemble à un artisanat, un peu comme un processus de création littéraire, pas tout à fait mais presque, et donc le droit s'est un peu adapté. Les législateurs ont toujours deux techniques : soit ça ressemble et donc ils étendent le droit existant au nouvel objet. Soit ça ne ressemble pas puis ils fabriquent une loi spéciale pour. Là ça ressemblait beaucoup et donc le régime des droits d'auteur a été également appliqué au logiciel, en rabotant un peu parce qu'on considère que les salariés, par exemple qui travaillent dans les boîtes, ne sont pas titulaires des droits d'auteur sur le logiciel, c'est directement l’employeur qui l'est, ce qui ne serait pas vrai avec le droit d’auteur traditionnel. Et puis, pour les œuvres littéraires, on a le droit de faire une copie à usage privé, même autant qu'on veut pour notre usage privé. Là pour les logiciels, si vous avez trois ordinateurs rien que pour vous, eh bien vous devez payer trois licences de logiciel si le vendeur vous l'impose. Et donc pas d’exception de copie privée pour les logiciels.

Tout ça passe par un truc qu'on appelle une licence, qui est une espèce de contrat entre le titulaire des droits d'auteur et puis les usagers, qui va donc légiférer sur, réglementer vos capacités d'utiliser ou d'exploiter l’œuvre logicielle. La plupart du temps vous n'avez le droit de rien faire, ce sont les fameux trucs « contrat et cliquer » où, quand vous les lisez, je n'ose même pas faire lever la main aux gens en demandant « qui a jamais lu un contrat jusqu'au bout avant de cliquer sur j'accepte », mais a priori, je vous suggère de le faire de temps en temps. Mais en tout état de cause, vos droits sont relativement écornés.

Alors qu'avec le logiciel libre, qui est l'objet de notre réunion tous ici, eh bien on se trouve face d'abord à un nouvel objet qui est, en fait, une innovation juridique. On dit les logiciels libres c'est super bien, ça marche, c'est innovant, etc., mais finalement, on ne parle pas de technique là, on parle de droit. Un logiciel libre, c'est un logiciel comme tous les autres. Simplement sa caractéristique de liberté est basée sur les conditions de licence avec laquelle ce logiciel va être distribué. Et en fait, on va s'appuyer sur le mécanisme de droit d'auteur qui était censé limiter les droits des usagers pour, au contraire, garantir à l'usager des droits et aussi quelques devoirs, parce que, par réciprocité, les droits des uns sont les devoirs des autres.

Et donc on se trouve dans un écosystème, finalement, où on voit que le coût de copie de l'information est nul. Où on va pouvoir, comme ça, diffuser de l'information de façon très rapide. Et on va se retrouver, donc, avec des coûts de transaction négligeables qui vont, là aussi, changer la façon dont on va produire le logiciel.

Avant, quand il n'y avait pas Internet, les gens qui produisaient le logiciel étaient loin et on avait besoin de les réunir tous ensemble dans le même bâtiment. Et donc il fallait construire le bâtiment, il fallait de l'électricité, ça coûtait des ressources. Maintenant qu'il y a Internet, eh bien les gens, on n'a pas besoin de les bouger. Ils peuvent être là où ils étaient avant et en plus, puisque le coût d'accès à Internet maintenant lui aussi est nul, on peut permettre à n'importe qui de faire de la micro création de valeur ajoutée.

Quand vous regardez la page de la Wikipédia, si vous voyez une faute d’accord, vous cliquez sur modifier. Tac tac vous modifiez. Prévisualiser. Hop. Ça y est, c'est bon. Valider.

Avant, quand on construisait des encyclopédies, il y avait des gens qui étaient des correcteurs orthographiques, qui étaient payés de façon salariée pour faire ce boulot-là, sur l'ensemble du travail. Là, chacun d'entre nous fait un peu de valeur ajoutée et cette valeur ajoutée n'est pas taxée. Il y a une taxe sur la valeur ajoutée, on en entend bien parler de nos jours. Tout ça pour montrer aussi que le fisc peut lui aussi se poser des questions sur le changement de société en disant « eh bien finalement, on taxait la valeur ajoutée. Maintenant on crée de la valeur ajoutée non taxée », mais parce que, finalement, elle bénéficie à tous. Donc est-ce qu'il y a un intérêt à taxer ce qui bénéficie à tous ?

Et donc, les licences libres, eh bien elles ont en commun quatre libertés. La majorité d'entre vous le sait peut-être déjà : liberté d'exécuter le programme pour tout usage. Il n'y a pas de version Home et de version Professionnal où, quand on tape un courriel pour le boulot chez soi sur sa version Home peut-être que les gendarmes vont débarquer à six heures du matin en disant : « Hou, ce n'est pas bien ! » On a la liberté d'étudier le logiciel. On a la liberté de pouvoir l'adapter à ses besoins. Et on a la liberté de rediffuser soit le programme original, soit le programme modifié. Et donc on se trouve dans un régime de capitalisation du savoir et de mutualisation des développements. La mutualisation va être l’objet de ma conférence, j'en parlerai.

Il existe une flopée de licences libres exactement comme il existait une flopée de licences privatives, ce que j’appellerai privatives par la suite, c'est-à-dire qui créent des espaces privés autour du logiciel. Je ne vais pas rentrer dans les détails à ce niveau-là. Si vous voulez on pourra en parler.

Clairement, le truc à retenir si vous êtes confronté pour la première fois à la notion de logiciel libre, c'est que libre ne veut pas dire gratuit et qu'il ne faut absolument pas confondre ce qu'on appelle en québécois les gratuiciels, qui se dit en anglais freeware parce que free veut dire gratuit. Ce sont des logiciels qu'on vous fournira pour un coût nul, mais qui peuvent être sous une licence qui ne vous garantit absolument pas des libertés d’usage. Et puis les logiciels libres qui s'appellent les free software et vous voyez que ça ressemble quand même beaucoup, mais ce n'est pas pareil, qui eux vont préserver la liberté des usagers. C'est pour ça que, puisqu'on a une belle langue qui s’appelle le français, je vous incite à utiliser le terme gratuiciel et logiciel libre, au moins on verra réellement de quoi on parle. D'autant plus que, clairement, cette polysémie du terme free est extrêmement dommageable. Libre et gratuit ça ne veut absolument pas dire la même chose. L'exemple en est, qu'effectivement, quand un dealer vous fourgue les premières doses de drogue gratuitement ce n'est vraisemblablement pas pour vous rendre libre !

Donc, au-delà de ça, puisqu'on parle de société et qu'on nous dit que l’économie dirige la société, ma foi, quelle est l'économie du logiciel ?

Premier point, premier principe d'économie : rien n'est gratuit à part l'air qu'on respire et encore, et donc il faut financer le développement de logiciels. Mais rappelez-vous que parce que le coût de copie est nul, dès le moment où un logiciel a été financé, il peut être distribué à coût nul, soit gratuitement soit éventuellement, et c'est ce que je prône ici, librement.

Et donc on trouve différents modèles d’affaires. Le modèle classique qui était l'analogue du modèle dans le monde matériel, c'était la cession de licence, c'est un modèle de rente, parce le prix auquel on vend une licence de logiciel peut être largement supérieur au coût réel de fabrication. Rappelons qu'effectivement, sur les produits de la gamme Office, Microsoft fait plus de 85 % de marge et sachant que les 15 % qui restent ce n'est pas du coût de développement. C'est du coût de pub, c'est du coût de lobbying. Je veux dire les coûts structurels de développement sont très faibles par rapport à la réalité des bénéfices engrangés.

Ou alors, puisque dans ce cas-là un logiciel coûte à produire, comment ça se fait qu'on puisse le diffuser gratuitement ? Il y a donc nécessairement derrière, une valorisation possible à travers des avantages indirects. Soit c'est un produit d'appel, soit c'est la possibilité de récupérer des informations commerciales, parce que vous êtes obligé de vous connecter sur le site et de laisser vos identifiants pour récupérer un accès au logiciel. Donc ça c'est quelque chose qui a une valeur commerciale très intéressante. Ou alors on peut vous fournir des services annexes, tels que du développement sur une base existante, des services d'installation et de configuration. Mais sachant que pour que le système soit soutenable, les revenus collectés doivent pouvoir bénéficier au créateur.

Avec le système privatif ou ce qu'on appelle parfois propriétaire – je n’aime pas le terme justement parce que propriété intellectuelle ça ne veut rien dire. Propriété c'est pour le monde matériel et intellectuel ce sont les idées, et on a vu que les idées ne fonctionnaient dans le régime des biens rivaux physiques, donc je parlerai plutôt de privatif au sens partie privative d'un immeuble par rapport aux parties communes.

Donc l'économie du logiciel privatif est très simple : c'est la monétisation de tous les échanges, et donc on est dans un modèle où, finalement, le créateur d'un logiciel dans ce monde-là doit payer pour ses briques et, une fois qu'il a payé pour ses briques, il va se rétribuer en se faisant payer pour les cessions de licences. Donc c'est « paye d'abord et gagne ensuite ! » Finalement on se retrouve à restaurer un coût marginal non nul puisque comme ça a coûté d'obtenir les logiciels éventuellement avec des contrats qui disent « par licence que tu utiliseras tu devras me reverser tant » . Donc on retrouve une transposition du modèle ancien de l'économie matérielle et, finalement, on s'aperçoit que c'est modèle qui est par nature expansionniste. C'est-à-dire que vous-même si vous voulez faire un logiciel, vous êtes obligé d'acheter avant de revendre et donc vous rentrez dans ce système-là. C'est pour ça que les critiques des tenants de ce modèle-là face au logiciel libre, à certaines licences qu'ils ont qualifiées de contaminantes ou de choses comme ça, en trouvant que le modèle était expansionniste, finalement on est modèle expansionniste contre modèle expansionniste et finalement, c'est simplement une bataille pour un territoire.

Donc point important, là aussi, je vous ai montré qu'il ne fallait pas confondre logiciel libre/logiciel gratuit, il ne faut pas dire logiciel libre et logiciel commercial. Le logiciel libre peut être du logiciel commercial et l’intérêt c'est que la majorité des développeurs de logiciels libres puisse en vivre. Donc il faut faire du business, du commerce, avec du logiciel libre, c'est tout à fait permis et c'est même encouragé. En particulier, François Elie dans son livre Économie du logiciel libre dit bien qu'il faut faire cesser le scandale du travail non rémunéré en trouvant des moyens de faire en sorte que les développeurs de logiciels libres soient rémunérés pour leurs créations.

Là, en revanche, il y a une plus grande variété de modèles économiques permettant de rendre cette activité soutenable, soit être développeur à façon de logiciels libres. Mais donc il faut garantir le fait qu'on continuera à en vivre, ce qui est peu antinomique on se dit : « Mais oui, c'est bizarre. Mais alors, dans ce cas-là, si le logiciel on le diffuse, d'autres peuvent le copier, alors on n'aura pas de licence. » Effectivement non, on ne marchera plus sur le modèle des licences, il faut trouver autre chose. Par exemple la fourniture de services tels que la maintenance et la modification, mais ça, d'une certaine manière, faire du service autour du logiciel, c'est de l’activité mais ça n'aide généralement pas à la création de nouveaux codes sources. Donc ce n'est pas une activité qui participe, j'allais dire, à l'amélioration de l'ensemble, du pool de logiciels existants. Ça crée de nouveaux clients, ça augmente le marché, mais ça ne crée pas de nouveaux logiciels.

Donc il y a maintenant des services nouveaux, par exemple des accompagnements au développement. Puisqu'on peut modifier le logiciel, un client qui aurait envie de modifier le logiciel à sa manière pourrait soit le faire dans son coin et bricoler son truc à partir d'un logiciel obtenu. Mais le problème c'est que le logiciel une fois qu'il est obtenu, lui, de son côté, il évolue. Et on va se retrouver face à une divergence, ce qu'on appelle un fork. Et donc ça c'est ballot, parce que les améliorations faites par les autres, vous, comme vous êtes allé vous mettre sur votre petite voie de garage, là où vous avez agencé vos trucs, ça va devenir de plus en plus compliqué de les réintégrer. Donc il y aura un coût induit par ça. Donc l'accompagnement au développement va permettre d'essayer d'éviter les divergences entre branches et donc c'est de la gestion de projet, c'est de l'action à haute valeur ajoutée qui, en général, est faite par les gens qui ont développé le logiciel parce qu'ils savent ce qu'on peut faire ou pas. Et donc ça devient de plus en plus un modèle économique intéressant pour les créateurs de logiciels libres.

Point auquel j'attache aussi une grande importance c'est qu'effectivement l'absence de rente, puisqu'on sort du modèle de rente, va autoriser mais surtout va imposer l'efficacité économique. Parce qu'il y a une grande volatilité du marché, les gens ne sont plus captifs de tel ou tel logiciel qui enfermerait leurs données dans un format fermé. Et donc ils peuvent très bien décider de dire « eh bien tiens, votre logiciel finalement il ne m'intéresse pas, je vais aller prendre celui de l'autre personne ». Sauf qu'on ne bascule pas d'un environnement logiciel à un autre aussi facilement, ça c'est un peu un mythe, et donc il y a quand même un coût de sortie d'une solution, y compris en logiciel libre, un coût d’entrée dans une solution, y compris en logiciel libre. Et donc ça peut être le moyen d'essayer de restaurer les effets de rente indirecte en maintenant une complexité artificielle du coût de sortie ou du coût d'entrée.

On peut aussi imaginer qu'il puisse exister une bande de parasites qui attendent la sortie de la version du logiciel pour la récupérer puis la monétiser auprès d'autres, en fournissant un service de faible valeur. Ça, finalement, on verra que c'est assez peu vrai. C'est toujours une inquiétude des gens qui disent : « Ah oui, mais moi si je libère mon code source, les gens vont me le prendre. » Ça, en fait, on verra, ça ne fonctionne pas comme ça, justement parce que l'efficacité économique va imposer qu'on ne sorte pas juste un logiciel comme ça. On sort un logiciel comme ça et on le fait vivre. Et donc on a un avantage compétitif par rapport aux gens qui seraient simplement des parasites passifs et qui n'auraient pas la maîtrise de la connaissance du logiciel. Alors que si vous avez « un parasite », entre guillemets, qui acquiert la connaissance de votre logiciel, eh bien finalement ce n'est plus un parasite, c'est quelqu'un qui est capable d'intervenir, c'est quelqu'un qui est capable de développer et finalement, cet adversaire peut devenir un allié.

Et on se retrouve donc avec un phénomène qui va être essentiel et qui est déjà essentiel pour les sociétés humaines, et qui sera encore plus flagrant dans le monde du logiciel, qui est la question de la mutualisation des dépenses, en particulier hors ce que j'appelle, hors du cœur de métier. Et ça, ça va introduire deux éléments clefs de la création du logiciel libre qui sont la mutualisation et la coopétition.

Coopétition c'est un terme un peu bizarre, un peu barbare. C'est la fusion de coopération et compétition. Pour vous donner une image claire, regardez des athlètes au niveau international. Ils ne sont pas tout seuls dans leur coin, ils s’entraînent ensemble. Le moment où ils sont seuls avec eux-mêmes c'est quand il y a la compétition pour de vrai et que, quand ils doivent gagner un marché, une médaille, une compétition, là ils sont seuls face aux autres. Mais en revanche, ils s'entraînent ensemble, parce que c'est en s’entraînant ensemble qu'ils arrivent à monter de niveau. Effectivement, en plus, ils peuvent s'unir : « Tiens il y a une course de relais, il faut tenir une distance plus longue ». Alors celui qui était finalement un adversaire à un compétiteur sur une petite problématique peut devenir un allié quand il y a un problème plus important à résoudre qui nécessiterait, justement, qu'on fasse étalage de plus de force.

Donc, je me marre un peu en écrivant ça, mais Adam Smith s'est complètement planté quand il avait écrit et développé sa théorie donc ensuite sur la tragédie des Communs, c’est-à-dire le fait que c'est l’égoïsme qui permet l'efficacité et que finalement l’intérêt général est la somme des intérêts particuliers. Non, ce n'est pas tout à fait vrai. Plus exactement, l’intérêt particulier ne peut prospérer que grâce à la prise en compte de l’intérêt général. Et ça justement, c'est l'élément clef qui est la mutualisation.

Pensez que vous avez deux banques, qui sont dans un environnement compétitif, où elles essayent de se tirer des parts de marché. Elles ont toutes besoin d'avoir des logiciels de traitement de texte. Est-ce qu'elles vont chacune développer leur propre logiciel de traitement de texte ? Ce n'est pas un avantage compétitif pour elles. Ce n'est pas leur cœur de métier. Elles ont tout intérêt à payer le moins possible pour ça, pour augmenter leurs marges. Donc finalement, ces gens qui sont en compétition sur leur cœur de métier ont tout intérêt à s'allier pour mutualiser leurs coûts sur les segments qui ne représentent pas en fait, pour eux, des gains importants et qui ne représentent pas un avantage différenciant.

Et c'est comme ça qu'est née l’industrie du logiciel. L'idée c'est de dire je fabrique un logiciel et je le fournis à plusieurs clients. Là où le système est parti en vrille c'est qu'on l'a fourni à chaque client quasiment au prix qu’il aurait payé pour le développer en entier. C'est-à-dire que l'industriel, quand il met en place un système de rente, eh bien il s’arrange pour se goinfrer le plus possible, en faisant en sorte que les clients raclent le plus possible et ne puissent pas s'en échapper.

Bien sûr, la mutualisation suppose qu'on ne mutualise pas seul dans son coin. Par exemple, vous faites un logiciel, c'est l'exemple qu'avait pris Éric Raymond, vous faites un logiciel de calcul de découpe de planches pour les scieries. Avec qui vous allez pouvoir imaginer ouvrir votre code source pour mutualiser ? Les seules personnes qui sont capables de faire ça, ce sont les gens qui font aussi des logiciels de scierie, donc ce sont vos concurrents. Donc ça veut dire que vous allez donner votre valeur essentielle à des gens qui vont en profiter pour aller gagner des parts de marché sur vous. Donc si finalement les seules personnes avec lesquelles vous pouvez échanger le code sont vos compétiteurs directs, là où est votre valeur ajoutée, eh bien ça ne va pas marcher, quoi ! Vous ne pouvez pas faire ça !

En revanche, si moi je suis un dirigeant de scierie, plutôt que d'avoir un logiciel fermé où le vendeur me fait le prix qu'il veut, j'aimerais bien avoir un logiciel ouvert où je puisse décider de dire « non, moi ce que je veux sur ce logiciel c'est ça et pas ça. Et si toi tu ne me le fais pas, c'est quelqu'un d'autre qui va me le faire. »

C'est-à-dire que finalement la mutualisation, ça c'est François Elie qui l'a théorisé dans son bouquin, elle peut passer par deux stades. Pour les logiciels d'infrastructure, les trucs généraux, genre les traitements de texte, tout ça, eh bien finalement on se retrouve face à une mutualisation par l'offre. Et on voit apparaître des consortiums, The Document Foundation, avec plein d'entreprises qui, pour mutualiser leurs coûts de développement, vont créer une espèce de super éditeur de logiciels qui permettra d'offrir des coûts censés être raisonnables aux usagers. Mais les usagers sont toujours, d'une certaine manière, un peu esclaves, parce qu’ils peuvent éventuellement intervenir à la marge sur le développement du logiciel, mais pas tant que ça.

Alors qu'effectivement, si vous êtes dans le cas d'un logiciel métier, typiquement le logiciel de scierie, eh bien là ce sera intéressant que les utilisateurs se coalisent et reprennent le contrôle du développement. Pour mettre au pot commun, pour dire finalement l'argent on doit le donner aux gens, mais il vaut mieux qu’on le donne aux éditeurs de logiciels qui nous font le logiciel qu'on veut. Donc on voit qu'une reprise en main, à l'inverse de ce qui s’était passé il y a vingt ans quand on a dit il faut externaliser le développement logiciel, etc., enfin, et où toutes les entreprises ont transféré, finalement, la richesse stratégique que constitue la gestion de leur système d'information à des entités privées, ils se sont liés pieds et poings à des éditeurs qui ensuite leur ont fait payer très cher pour des logiciels qui n'étaient pas nécessairement ce qu'ils voulaient.

Donc on se trouve aussi, pour organiser la création de logiciels, face à un truc qu'on a appelé les communautés, parce que ça a l'air cool et sympa, et en fait ça remplace ce qu'on appelait avant l’entreprise, dans le monde industriel. La communauté c'est cool parce que ça s'organise tout seul. Avant, une entreprise, il fallait réunir des parts de capital, il fallait organiser les lieux, il fallait trouver un lieu, fabriquer l'usine, fabriquer les bureaux. Tout ça c’était coûteux. Là on voit que c'est un truc, ça s'évolue, enfin ça évolue tout seul, et donc ça a des capacités de plasticité et de résilience qui sont très supérieures. En plus on voit que, parfois, il y a des structures qui existent, qui deviennent obsolètes et qui passent leur temps à consommer de l'énergie à se maintenir alors qu'elles n’ont plus de raison d’être. Et donc, finalement, elles deviennent des postes de coût pour la société. Alors qu'avec un système qui s'auto-organise, eh bien des moments où les gens voient qu'ils n'ont plus de boulot, ils vont s'en chercher ailleurs. Et donc on voit des développeurs qui migrent de projet en projet, de communauté en communauté, parce que finalement le fun, parce que l’intérêt économique, se trouve déplacé dans d'autres pans, sur d'autres fronts de l'innovation, dirais-je.

On est avec un système très plastique où justement il n'y a pas de hiérarchie dure. On a une gouvernance qui est basée sur la reconnaissance par les pairs. Ce qui est, là aussi, quelque chose de très difficile parce qu'il ne suffit pas d’être bon un jour et d’être nommé chef et ensuite de se débrouiller. Il faut être bon tout le temps parce que sinon il y a quelqu'un d'autre qui dira : « Bon, eh bien maintenant tu es un peu outdated, c'est moi qui prends la place parce que mes idées sont meilleures ». Et donc, effectivement, cette communauté devient un lieu d'échanges et de construction, plus ou moins formel, et on voit qu'en fonction des besoins spécifiques de l'écosystème logiciel, on verra des communautés qui ont des fonctionnements différents : soit des communautés d'usagers, soit des communautés de développeurs, ou des communautés hybrides. Tout dépend vraiment du niveau de maturité logicielle, parce qu'il y a aussi une évolution dans le temps qui est tout à fait possible.

Donc c'est vrai que l’industriel qui veut acheter du logiciel à la papa/maman, quand on lui dit : « Il y a un super logiciel libre qui fait ce que tu veux », il va voir ça, il voit une espèce, et puis, comme ils disent, finalement pour contacter le chef développeur du super projet qui va être le moteur stratégique de son entreprise, il doit envoyer un courriel à riquiqui at toto.org. Effectivement, ça sèche un peu au début. Mais non pourtant ! C'est finalement la garantie de la pérennité des développements. Parce que si une entreprise fond les plombs, eh bien les gens qui avaient basé toute leur infrastructure logicielle sur ces produits-là, ils sont obligés de changer dans la douleur et parfois c'est très cher, et parfois ils n’ont pas accès à leurs propres données, ça devient monstrueux. Là, finalement, si riquiqui at toto.org passe sous un camion, eh bien finalement, c'est fifi sur tutu.com qui pourra lui répondre. Et donc c'est relativement intéressant.

Les gens craignent aussi beaucoup le fork en disant : « Oui, mais tous ces gens-là, c'est tellement le bordel que chacun va partir avec le soft dans son coin, va bricoler son truc, etc. » En fait ce qui et assez intéressant maintenant qu'on a le recul c'est de voir, là aussi, que c'est l'efficacité énergétique qui guide le fonctionnement des communautés, au niveau macroéconomique.

Un fork, c'est un événement affreusement consommateur d'énergie, c'est quelque chose qui crée du stress, de la tension, qui fait en sorte que les gens doivent gérer le conflit plutôt que de faire ce qui les fait croûter c'est-à-dire écrire du code et donc c'est très rare. Un fork, c'est vraiment exceptionnel. On l'a vu, le dernier avec OpenOffice versus LibreOffice, c’était en plus lié à un événement, une pression extérieure dont je parlerai par la suite sur comment essayer de les éviter. Et donc penser à ça plutôt comme le départ des nouvelles reines de la ruche. C'est assez intéressant de voir comment finalement, à un moment donné, quand il y a des nouvelles reines qui arrivent parce que la ruche est devenue trop grande, parce qu'elle n'est plus gérable en tant qu'entité auto-organisée, alors il se crée des nouveaux leaders qui vont emmener une partie de la communauté pour essaimer, et faire quelque chose de différent, qui pourra éventuellement rester en relation.

En fait, les communautés parfois ont besoin de se structurer un peu plus, continuer à interagir avec le vieux monde physique et dans ce cas-là il y a des structures plus rigides qui doivent être mises en place. En fait, le but c'est de créer une personne morale au sens du droit. Et ça, ça va servir, justement, à gérer des points qui sont, par exemple, la gestion des droits d'auteur ou la gestion des marques. C'est ballot que la marque OpenOffice ait été la propriété de Sun puis d'Oracle, c'est-à-dire des entités privées, qui n'avaient pas le même objectif que la communauté qui était censée développer le logiciel. Alors que penser que la Mozilla Foundation, justement, elle est là pour héberger l'ensemble des éléments qui conduisent le développement du projet, y compris les marques et autres. Et c'est ce qu'ils vont essayer de faire avec The document Foundation, mais, manque de bol, la marque appartient encore à Oracle. Alors il a transmis les droits sur le code source à, justement, la Fondation Apache, dont ce n'est pas le métier. Donc on voit que finalement la gestion des droits, c'est-à-dire les trucs un peu pénibles, eh bien c'est ça qui peut créer des problèmes de friction. Et donc c'est intéressant, pour passer outre la durée de vie d'une entité privée, de créer une structure publique qui servira à héberger le patrimoine immatériel, finalement, du projet, c’est-à-dire la titularité des droits d'auteur sur le code, le droit des marques. Et en plus, ce sont ces entités-là qui pourront, éventuellement, être chargées de la collecte de fonds, d’être destinataires des fonds qui seront récupérés, de façon à allouer ces fonds de la façon la plus efficace possible, aux développeurs qui proposeront les innovations les meilleures possibles pour le développement du produit.

Avoir une personne morale, ça permet aussi de pouvoir faire valoir ses droits alors qu'effectivement riquiqui at toto point com, quels droits il a sur le projet machin ? À un moment donné il a fait dix lignes de code. Ouais, mais est-ce que ça suffit ? Le juge pourrait décider qu'il n'est pas fondé à agir en justice. Le fait d'avoir une personne morale c'est toujours pratique pour ça.

Dernier point sur lequel je veux insister, finalement on voit des systèmes auto-organisant, auto-organisés, et on se trouve face à un défi considérable qui est celui de la gestion de la complexité. Et on retrouve la même chose dans les sociétés humaines. Finalement ce que je vous raconte, quand je dis « le Libre, un modèle de société », finalement ça ressemble beaucoup à ce qu'on nous raconte. Sauf qu'en ce moment on est en train de nous raconter que c'est en se bouffant la gueule les uns les autres que la société ira mieux, alors que, finalement, quand on fait une petite étude par le petit bout de la lorgnette de la société des abeilles et des fabricants, des concepteurs de logiciels libres, eh bien on voit que ce n'est peut-être pas ça, non, le truc qui marche bien.

Et donc effectivement on se trouve face à des objets, comme les systèmes d'exploitation, qui sont les assemblages immatériels les plus complexes jamais réalisés. Pensez que dans une voiture, quand vous analysez une voiture, il y a le moteur, mais vous pouvez découper le moteur, il y a le démarreur, il y a les pistons, il y a ça. Il y a un découpage en sous-systèmes, avec quelques niveaux de complexité, jusqu'à arriver à des vis, des courroies, enfin des éléments élémentaires dont vous comprenez la nature.

Dans un système d’exploitation, si vous regardez le découpage fonctionnel d'un système, c'est éminemment complexe. La navette spatiale était l'objet le plus complexe qu'un humain avait réalisé au niveau matériel, en termes d’intégration de sous-système, de la rondelle et de la vis jusqu’à l'objet complet. Un système d’exploitation c'est d'une architecture extraordinairement belle et complexe, où vous allez, justement, de la ligne de code jusqu'à l'objet immatériel complet.

Donc, avec les théories classiques du développement logiciel, du fait que l'augmentation de la production de lignes de code source et de l'injection de nouveaux codes à l’intérieur d'un système d’exploitation croît d'une façon considérable, normalement, ce truc-là devrait être un tas de bugs. Ça ne devrait pas marcher. Or, ce n'est pas le cas. Et on voit qu'effectivement, l'auto-organisation des communautés est le moyen de gérer cette complexité croissante des logiciels. C’est-à-dire que dès le moment où il y a un problème qui est identifié comme étant un problème saignant, un problème un peu dur — la gestion de la pagination mémoire, la gestion de l'allocation du processeur à tel ou tel processus, eh bien il y a une communauté qui va se créer autour et donc il va y avoir une auto-organisation des ressources, des gens, un peu comme ce que je vous ai raconté précédemment, qui va permettre de gérer cette complexité. Et qui va donc répondre à un besoin d’organisation et d'auto-organisation double.

D'abord les gens veulent travailler tranquilles, sans qu'on les embête en regardant tout le temps par-dessus leur épaule. Et puis l’intérêt c'est que, s'ils se débrouillent pour faire un truc super joli, par exemple comme dans une voiture, moi je fais un démarreur, moi je fais un alternateur, eh bien ça pourra servir à une voiture, mais ça pourra servir à un camion, à un bateau, finalement ce sera réutilisable. Et donc en fait, le principe d'économie qu'on voit mis en œuvre, c'est finalement celui qu'on appellera, dans le jargon, la minimisation des interfaces. C'est-à-dire qu'un démarreur c'est cool parce qu'il est juste tenu à la voiture par quatre vis, une courroie et deux fils. Et ça c'est bien, parce que ça veut dire que vous pouvez changer de démarreur, en mettre un autre d'une autre marque : si cette marque-là est pourrie, vous pouvez changer votre produit. Donc c'est bien ! Plutôt que d'avoir un gros moteur avec un tas de trucs où vous ne savez pas du tout extraire les morceaux, c'est super bien d'avoir un truc qui est bien découpé en modules, avec des interfaces, c'est-à-dire des zones de contact qui soient les plus identifiées et les plus petites possibles.

C'est un peu comme, vous voyez, des bulles de savon. Les bulles de savon elles sont organisées, tac, tac, pour minimiser leurs interfaces, pour faire en sorte qu'elles prennent l'espace, les unes par rapport aux autres, de façon à ce que les surfaces de contact minimisent l'énergie. Et ça, en fait, c'est un facteur d’amélioration de la qualité de production du logiciel. Mais on le voit aussi dans les sociétés humaines normales. Quand, dans une boîte, il y a le service compta qui se mêle de regarder comment les gens taillent leurs crayons ou comment ils vissent les boulons, ça ne fonctionne pas ! Les gens sont embêtés parce qu'il y a toujours un type qui regarde à quelle vitesse ils vissent. Ça marche moins bien ! Le stress sur la productivité, ça emmerde tout le monde.

C'est la même chose en fait, finalement. C'est que si on donne à chacun un espace dans lequel il peut s'épanouir, résoudre son problème et ensuite interagir avec les autres, on a une efficacité accrue du développement. Et donc, alors là du point de vue, je suis désolé j'utilise des termes de geek, mais du point de vue de la maintenabilité, c'est-à-dire de la capacité à réparer le truc tout seul, eh bien oui, s'il n'est pas lié à plein de choses, identifier les pannes, c'est beaucoup plus facile.

Par rapport à la réutilisabilité. C'est-à-dire j'ai fabriqué un truc que j'identifie comme étant un alternateur et donc je peux aller le mettre ailleurs.

Ou au contraire la substituabilité. C'est : moi je fais le moteur et je vois que l'alternateur ne marche pas, donc je vais en chercher un d'un autre fabricant. Tout ça ce sont, eh bien justement, des garants de l'efficacité des logiciels libres par rapport à des structures beaucoup plus rigides, basées sur des effets de rente où, au contraire, on voudra rendre les trucs les plus opaques possibles pour que les gens n'aillent surtout pas toucher dedans, et qu'ils nous appellent à chaque fois pour qu'on récupère très cher de la maintenance. Et donc on voit, finalement, qu'en termes de modèle d'organisation sociale, cette auto-organisation fonctionne remarquablement bien.

Je suis extrêmement bavard et donc je parle beaucoup. Je vais m’arrêter là. J'aurais pu vous raconter d'autres trucs sur la révolution numérique. Je vais juste me permettre de vous passer deux slides. Ça aura l'air un peu d’être des cheveux sur la soupe, mais le point important c'est que la capacité accrue de traitement de l'information permet de faire plus de choses, y compris dans le fichage des gens. Et donc on voit, en ce moment, on a vu année après année, sous prétexte de protéger nos enfants contre les affreux pédonazis et de protéger les revenus de Johnny le Suisse, on a vu plein de réglementations apparaître qui, finalement, visent à surveiller l'ensemble des activités que nous effectuons avec nos outils de traitement informatique.

Clairement, face à cette révolution, il faut au contraire se rendre compte qu'un nouvel espace s'ouvre à nous et que, j'allais dire, autant nous avions des libertés qui étaient garanties par la Constitution dans le monde physique, autant nous devons voir garanties les mêmes libertés, ou la transposition de ces libertés, dans le monde numérique. Par exemple, il y a un truc qui s'appelle la neutralité d'Internet. Nous sommes tous égaux face à Internet parce que les paquets que moi j'envoie à un copain ont la même priorité que les paquets que la société Schmurtz essaiera de m'envoyer pour me vendre sa pub. Si tout d'un coup on casse cette neutralité-là pour favoriser les envois d'informations de la part de Schmurtz et m'empêcher de discuter avec mon pair, au sens mon égal, alors effectivement on a un problème.

Le fait que je puisse faire interagir mes logiciels avec ceux des autres et ceux que je fabrique, et récupérer mes données, ce qu'on appelle l'interopérabilité, ou habilité, la capacité à, inter, entre égaux, opérer, œuvrer, travailler, donc la capacité à travailler ensemble, eh bien c'est l'équivalent de la liberté d'association dans le monde physique. Et on voit justement, à travers des verrous numériques, les fameux trucs qui vous empêchent de copier la musique de votre CD à votre baladeur MP3. Ou le truc bizarre qui fait que quand vous mettez un DVD dans votre lecteur, eh bien vous n'avez pas le droit de sauter la pub. C'est bizarre ça ! C'est comme moi quand je prends un livre, dans le monde matériel, je peux aller à n'importe quel chapitre immédiatement. Pourquoi je dois voir quinze secondes ou trente secondes de pub dont je n'ai rien à meuh, simplement parce que c’est dans le monde numérique ? Ben !

Et donc effectivement, il faut prendre conscience que, du fait de la révolution numérique, on a maintenant une identité physique, on a des identités physiques, on a des identités numériques, on existe aussi dans le monde numérique et que, de fait, il faut combattre avec la plus grande véhémence les lois anti-révolutionnaires. Chaque fois qu'il y a une révolution il y a un phénomène de pré rigidification, où les tenants de l'ordre établi cherchent à mettre le pied sur la marmite pour empêcher que ça change. Un peu ce qui s’était passé avant la nuit du 4 août. Il y avait un truc génial : quand les automobiles sont arrivées en Angleterre, les éleveurs de chevaux avaient fait passer une loi où tout véhicule automobile devait être précédé d'un type à pied avec un drapeau rouge qui dit : « Attention, il arrive ! », dans le but de ralentir le développement de l'automobile. Cette loi n'a été abrogée qu'il y a une quinzaine d'années.

Quand on voit qu'effectivement la révolution numérique permet énormément de choses et qu'on voit des lois pour nous empêcher de faire ces choses-là à des prétextes économiquement douteux, clairement il faut se poser la question de comment accompagner, au contraire, la révolution numérique plutôt que de la combattre.

Voilà. J'en ai terminé pour ce qui est de ma présentation. Bien volontiers pour répondre aux questions.

Applaudissements

Présentateur : Est-ce qu'il y a des gens qui ont des questions ? Il y a quelque chose que j'ai oublié de dire. En fait, est-ce que vous pourrez reprendre la question pour que les gens entendent ?

François Pellegrini : Oui, bien sûr. Vous pouvez répéter la question ?

Présentateur : Est-ce qu'il y a des questions ?

François Pellegrini : Oui !

Public : Vous parlez des systèmes, enfin des modèles économiques hors modèle classique de la rente. Est-ce que vous pensez que ça peut-être applicable, notamment la mutualisation, dans le cadre de logiciels grand public, où les utilisateurs pourraient faire ensemble, je pensais à du logiciel grand public. Est-ce que ça peut marcher ? Sinon pourquoi ?

Frnçois Pellegrini : Je répète la question : est-ce que la mutualisation fonctionne dans le cadre de logiciels grand public ? Oui, ça fonctionne, justement, et on est dans le cadre de ce que François Elie appelle la mutualisation par l'offre. C'est-à-dire que ce qui va se passer c'est que, là encore, on a tous intérêt à avoir un traitement de texte pas cher. Donc c'est plutôt intéressant si on arrive à trouver quelqu'un qui nous fournit un traitement de texte pas cher. Et donc il va y avoir du point de vue des gens qui fabriquent des traitements de texte, surtout ceux qui décident de le faire en logiciel libre. Pourquoi ils vont le faire en logiciel libre ? Parce que ça va accroître leurs parts de marché. Pourquoi ? Parce qu'ils vont pouvoir mutualiser les développements avec d'autres, également. C’est-à-dire que, finalement, la question derrière, enfin excusez-moi je vais revenir un coup en arrière, la question essentielle c'est la question aussi du coût de la gouvernance. En tant que Mme Michu ou même François Pellegrini qui adore faire de l'informatique sur son sujet qui est son cœur de métier, je n'ai pas envie de passer un quart d'heure de mon temps à gérer la gouvernance pour le logiciel de traitement de texte que j'utilise. Donc ce coût de la gouvernance, je vais moi, souhaiter le voir mutualiser également. Et donc il sera mutualisé parce que sera créé un consortium et c'est ce consortium-là, l'Open Document Foundation ou autre, qui o.rientera le développement du logiciel dans une voie dont j'espère qu'elle sera bonne. Si ça devient une nuisance pour moi parce que les types font n'importe quoi, alors selon le principe célèbre when you want a think done, do it yourself, il y aura des gens que ça énervera suffisamment, parce que ce sera leur cœur de métier stratégique, pour qu'ils investissent dans la gouvernance. C'est-à-dire que les gens qui dépendent de la production de documents vont dire « ce logiciel de traitement de texte fait n'importe quoi. Avec quelques personnes qui pensent comme moi, je vais reprendre le lead du projet, donc éventuellement je serai prêt à investir dans un fork, ou alors j'investis dans la création d'un module que je financerai moi-même avec mes copains, pour obtenir ce que je veux ». Mais en cherchant à le mutualiser avec des gens qui ont les mêmes besoins que moi.

Si je suis, en revanche, dans du logiciel métier, là je ne veux surtout pas lâcher la gouvernance, et donc j'investis en permanence pour contrôler la feuille de route du projet.

Mais on est toujours dans une démarche de mutualisation. Les logiciels grand public, en fait, c'est qu'on mutualise la gouvernance parce qu'on suppose qu'il y a tellement de personnes qui pensent comme nous, qu'il y en bien quelques-unes qui vont se charger du boulot. Et si ce n'est pas vrai, eh bien il va falloir qu'on s'en charge nous. Typiquement dans le cas des logiciels métier. Donc ça marche pareil. Ça marche pareil !

Je n'ai pas assez parlé de la gouvernance, effectivement, dans mes transparents. Mais la gouvernance est un coût, c'est une charge. C'est un pouvoir, puisque influencer le cours des choses c'est un truc qui peut être super cool surtout quand l'intérêt stratégique de la boîte en dépend. Mais justement, si mon intérêt stratégique n'en dépend pas au jour le jour, je délègue ça à d’autres et je mutualise ce coût-là. Oui !

Public : On a lu dans Le Monde de la Technologie que Android c'est open source, est distribué gratuitement, s'est assez répandu et a rapidement conquis la majorité des parts de marché. Alors dans ce cas-là comment expliquer que parmi les PC de bureau grand public, comment expliquer que les constructeurs continuent de se référer à des logiciels propriétaires, privatifs comme vous avez dit, alors que dans la téléphonie mobile, Android a été adopté massivement ? Comment on explique cette différence ?

Frnçois Pellegrini : D'abord parce qu'il y a un truc qui s’appelle la vente liée. Je vous invite à faire un tour sur un site qui s'appelle racketticiel.info, qui est assez bien par rapport à ça. C'est très simple. La question, en fait, elle tient à plusieurs points. Premier point, l'effet de rente. Deuxième point, les formats de données fermés. Prenons un exemple. En fait, le coût des données, le coût de vos données, est irremplaçable. Si vous cramez un ordinateur, vous avez perdu cinq cents euros, ça peut faire deuil, mais ce n'est rien. Si vous effacez toutes les clefs de licence des logiciels pour lesquels vous avez payé des licences, ça peut représenter des dizaines de milliers d'euros, mais ce n'est rien. Si, quelque part au CEA, on efface les données des essais nucléaires, vous imaginez le président de la République retourner à l'ONU, dire « excusez-nous, on va refaire péter six bombes parce que voilà ! » Ou alors les photos des grands parents. Vous avez pris des photos, les grands parents sont mourus, si vous crashez les photos, vous n'avez plus rien et vous ne retrouverez jamais plus rien ! Donc les données sont irremplaçables.

Et effectivement quand vous utilisez, pour stoker vos données à vous, le format de données Schmurtz de l'éditeur Schmurtz, et que ce format est fermé, c'est-à-dire que vous ne savez pas comment vos données sont mises en place, sont archivées, plus vous mettez de données sous le format Schmurtz et plus vous vous mettez pieds et poings liés avec l'éditeur Schmurtz. Et le jour où il faudra changer de version logicielle, eh bien vous serez toujours obligé d'acheter le logiciel Schmurtz. Donc c'est multifactoriel.

Pourquoi est-ce les gens font de la vente liée avec, par exemple, le système d’exploitation Windows de chez Microsoft ? Parce que, déjà, Microsoft dit aux fabricants d'ordinateurs : « Vous nous installez sur tous les ordinateurs et on vous fait la licence à tant. S'il existe un seul ordinateur que vous sortez sur lequel vous ne mettez pas notre logiciel, on multiplie le prix de la licence par poum ! » Donc bien sûr que le fabricant, lui, pour minimiser ses coûts, il va avoir tendance à le mettre partout et à ne pas se poser la question si c'est légal ou pas qu'il fasse une vente liée. De la même façon Mme Michu qui aura pendant des années créé du logiciel Schmurtz, ou alors les étudiants qui croient que parce que ce sont des hackers ils ont craqué la version du logiciel Schmurtz et ils ont mis de plus de données à eux sous le format Schmurtz, le jour où il faudra qu'ils légalisent leur situation, eh bien quel logiciel ils vont prendre ? Le logiciel Schmurtz !

Donc l'effet de réseau, à travers les formats fermés, il est considérable. Donc voilà pourquoi, eh bien à cause de ça ! Et parce que justement la vente liée fait que, quand on achète un ordinateur, on ne voit pas le coût caché de ces logiciels-là, qui représente près du tiers du prix de la machine. Au moins ! Si sur l'étiquette il y avait marqué la machine nue c'est tant et la machine avec le logiciel Schmurtz c'est tant plus poum, on serait sur une base, j'allais dire, de concurrence libre et non faussée beaucoup plus saine.

Présentateur : Une dernière question, sinon on peut clore le débat.

Frnçois Pellegrini : Oui !

Public : Pour créer une communauté, aujourd'hui, quelles seraient les clefs de son succès ?

Frnçois Pellegrini : Alors ça c'est vraiment la question !

Public : On la pose en dernier.

Frnçois Pellegrini : À ne pas poser en dernier. Mais justement on ne mutualise pas seul dans son coin. Ça veut dire que, justement, il faut déjà sentir que le logiciel pourra bénéficier à une communauté. C’est-à-dire qu'il faut faire une étude de marché, d'une certaine façon, pour voir qui sont les personnes capables de contribuer au logiciel et à quel titre. C'est un peu comme ce que je racontais pour l'exemple de la scierie. Vous analysez le marché en disant quels sont mes clients qui pourraient bénéficier ? Quelles sont les contributeurs que je pourrais avoir ? Et vous êtes dans cette dualité de mutualisation par l'offre ou la demande.

C'est-à-dire que si vous êtes en mutualisation par la demande, vous avez plutôt intérêt vous, à être le client qui cherchez à créer une communauté de clients, pour mutualiser vos coûts de développement et garder le contrôle sur la feuille de route du logiciel, la road map, comme on dit en grand breton. Alors que si vous faites effectivement un logiciel d'infrastructure, typiquement un langage, vous créez un nouveau langage. Regardez comment sont apparus Java, regardez comment sont apparus Ruby. C'est justement en essayant de montrer à quel point le soft était cool et en le diffusant le plus possible pour que les gens arrivent à s'exprimer dans ce langage, décident de l'apprendre. Sur terre il y a plus de gens qui parlent le klingon que le navajo. C'est un truc. Mais pareil, il y a des nouveaux langages qui se créent en permanence et les gens les apprennent. Pourquoi ils les apprennent ? Parce que ça répond à un besoin. Vous ne créerez pas de communauté si vous ne répondez pas à un besoin. Il faut avoir un argument économiquement différenciant. Ça demande vraiment une connaissance fine de votre écosystème, de penser si vous allez pouvoir faire une communauté ou pas. Et ensuite il faut la gérer sa communauté, ça aussi ça fait partie des jobs, l’animation de communauté. C'est justement d'identifier les gens qui seront capables de prendre le lead et de gérer les problèmes qu'ils soient techniques ou relationnels. Parce que c'est partout dans la vie, c'est comme dans les modèles sociétés, des psychopathes il y en a partout. Et des pervers, des pervers au sens pervers pas sexuel, mais pervers dans la relation psychologique, des manipulateurs qui veulent le pouvoir pour le pouvoir, il y en a aussi. Ça, ça peut flinguer une communauté si jamais vous avez un élément comme ça qui rentre. Exactement comme dans n'importe quel service de n'importe quelle entreprise. Vraiment une communauté c'est une société humaine et donc eh bien il faut qu'il y ait des gens qui aient envie de s'associer pour que la communauté fonctionne et qu’elle résiste aux aléas, c’est-à-dire aux accidents individuels : les décès de certains, les changements d’orientation, le fait que, effectivement, un pervers déboule et foute le box. C'est super dur comme réponse. Mais en tout cas c'est là où est la valeur ajoutée. Le Master of Ceremonies a dit que…

Présentateur : Merci.

Applaudissements

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(05/07/2016 @ 16:27)

Lancement du label Territoire Numérique Libre  Voir?

Le label « Territoire Numérique Libre » est une initiative de l'Adullact (Association des Développeurs et des Utilisateurs de Logiciels Libres pour les Administrations et les Collectivités Territoriales), destinée à mettre en valeur l’utilisation de logiciels et systèmes d’exploitation libres au sein des collectivités territoriales françaises. Ce label a pour objectif de promouvoir l'utilisation des logiciels libres et des formats ouverts au sein des collectivités territoriales ainsi que la mise à disposition de données ouvertes. Les collectivités peuvent proposer leur candidature au label Territoire Numérique Libre du 1er juillet au 30 septembre 2016.

L'April fait partie du Comité d'Orientation du label et a travaillé de concert avec d'autres acteurs ainsi qu'avec l'ADULLACT pour produire le questionnaire et le règlement de cette première édition.

Pour en savoir plus et pour candidater, consulter le site web du label « Territoire Numérique Libre ».

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Lancement du label Territoire Numérique Libre  Voir?

Le label « Territoire Numérique Libre » est une initiative de l'Adullact (Association des Développeurs et des Utilisateurs de Logiciels Libres pour les Administrations et les Collectivités Territoriales), destinée à mettre en valeur l’utilisation de logiciels et systèmes d’exploitation libres au sein des collectivités territoriales françaises. Ce label a pour objectif de promouvoir l'utilisation des logiciels libres et des formats ouverts au sein des collectivités territoriales ainsi que la mise à disposition de données ouvertes. Les collectivités peuvent proposer leur candidature au label Territoire Numérique Libre du 1er juillet au 30 septembre 2016.

L'April fait partie du Comité d'Orientation du label et a travaillé de concert avec d'autres acteurs ainsi qu'avec l'ADULLACT pour produire le questionnaire et le règlement de cette première édition.

Pour en savoir plus et pour candidater, consulter le site web du label « Territoire Numérique Libre ».

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(05/07/2016 @ 15:32)

Décès de Michel Rocard  Voir?

Michel Rocard, ancien Premier ministre et député européen, est décédé samedi 2 juillet 2016. En 2009, lors de son départ du Parlement européen, l'April avait eu l'occasion de saluer l'implication déterminante de Michel Rocard dans le rejet des brevets logiciels contre lesquels il s'est engagé avec vigueur, usant de son poids politique.

ZDNet et Libération rappellent son action Rocard, un «noob» respecté par les défenseurs des libertés numériques et Michel Rocard, héros victorieux de la lutte contre les brevets logiciels.

Action moins connue sans doute, Michel Rocard a été co-signataire en 2008 d'un projet de déclaration écrite du Parlement européen sur l'utilisation des logiciels libres. Malheureusement cette déclaration n'avait pas été adoptée. Il aura fallu attendre 2015 pour que le Parlement européen appelle l'Union européenne à migrer vers le logiciel libre.

L'April adresse ses plus vives condoléances à sa famille et à ses amis.

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Décès de Michel Rocard  Voir?

Michel Rocard, ancien Premier ministre et député européen, est décédé samedi 2 juillet 2016. En 2009, lors de son départ du Parlement européen, l'April avait eu l'occasion de saluer l'implication déterminante de Michel Rocard dans le rejet des brevets logiciels contre lesquels il s'est engagé avec vigueur, usant de son poids politique.

ZDNet et Libération rappellent son action Rocard, un «noob» respecté par les défenseurs des libertés numériques et Michel Rocard, héros victorieux de la lutte contre les brevets logiciels.

Action moins connue sans doute, Michel Rocard a été co-signataire en 2008 d'un projet de déclaration écrite du Parlement européen sur l'utilisation des logiciels libres. Malheureusement cette déclaration n'avait pas été adoptée. Il aura fallu attendre 2015 pour que le Parlement européen appelle l'Union européenne à migrer vers le logiciel libre.

L'April adresse ses plus vives condoléances à sa famille et à ses amis.

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(04/07/2016 @ 11:10)

Revue de presse de l'April pour la semaine 26 de l'année 2016  Voir?

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 26

[Libération] Rocard, un «noob» respecté par les défenseurs des libertés numériques

Par Erwan Cario, le dimanche 3 juillet 2016. Extrait:
> Le député européen d'alors, qui reconnaissait ne pas avoir «une pratique facile de l’ordinateur», s'est battu avec succès contre une directive qui menaçait les logiciels libres.
Lien vers l'article original: http://www.liberation.fr/futurs/2016/07/03/rocard-un-noob-respecte-par-les-defenseurs-des-libertes-numeriques_1463715

Et aussi:
[ZDNet France] Michel Rocard, héros victorieux de la lutte contre les brevets logiciels

[ZDNet France] L'Italie, l'autre pays du logiciel libre. Et la France?

Par Christophe Auffray, le vendredi 1 juillet 2016. Extrait:
> Les services militaires italiens ont entamé leur migration de dizaines de milliers de postes vers LibreOffice, délaissant ainsi Microsoft Office. En France, l'armée a conclu elle un contrat Open Bar avec Microsoft, et les députés encouragent le libre sans lui donner la priorité.
Lien vers l'article original: http://www.zdnet.fr/actualites/l-italie-l-autre-pays-du-logiciel-libre-et-la-france-39839168.htm

[Numerama] Avec Software Heritage l'Inria crée un sanctuaire pour préserver les logiciels libres

Par Guillaume Champeau, le vendredi 1 juillet 2016. Extrait:
> L'Inria dévoile Software Heritage, une plateforme qui ambitionne de réunir et de préserver l'ensemble des logiciels libres distribués sur Internet.
Lien vers l'article original: http://www.numerama.com/tech/179289-avec-software-heritage-linria-cree-un-sanctuaire-pour-preserver-les-logiciels-libres.html

Et aussi:
[Archimag] Open source: lancement de Software Heritage, la plus grande bibliothèque de codes source de la planète
[Programmez!] Software Heritage: la bibliothèque d'Alexandrie de l'open source!
[usine-digitale.fr] La bibliothèque universelle de l'open source sera française

[Next INpact] Loi Numérique: les codes sources de l'administration communicables par principe

Par Xavier Berne, le vendredi 1 juillet 2016. Extrait:
> Suivant la «jurisprudence» de la CADA et du juge administratif, le législateur s’apprête à faire entrer les codes sources de l’administration dans la liste des documents administratifs communicables de plein droit au citoyen (qui en fait la demande).
Lien vers l'article original: http://www.nextinpact.com/news/100492-loi-numerique-codes-sources-l-administration-communicables-par-principe.htm

Et aussi:
[ZDNet France] La loi numérique réconcilie-t-elle tout le monde?
[Silicon] Loi Numérique: ce qu'a retenu la CMP rassure l'industrie

Voir aussi:
Projet de loi numérique: des codes sources communicables sous conditions et des logiciels libres simplement encouragés

[Les Echos] La France, un pays discret, mais innovant

Par Grégory Pascal, le jeudi 30 juin 2016. Extrait:
> Quand on parle "innovation" et "nouvelles technologies", on pense tout de suite aux États-Unis et plus particulièrement à la Silicon Valley, mais certainement pas à la France. La France, c’est plutôt le vin, la gastronomie, le luxe… et plus rarement la création technologique et les start-ups.
Lien vers l'article original: http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-158533-la-france-un-pays-discret-mais-innovant-2011051.php

[zoomdici] Saint-Étienne capitale mondiale du Logiciel Libre en 2017

Par la rédaction, le mercredi 29 juin 2016. Extrait:
> Après Strasbourg, Genève, Bruxelles, Montpellier et Beauvais, Saint-Étienne accueillera «Les Rencontres Mondiales du Logiciel Libre» (RMLL) du 1er au 7 juillet 2017.
Lien vers l'article original: http://www.zoomdici.fr/actualite/Saint-Etienne-capitale-mondiale-du-Logiciel-Libre-en-2017-id152417.html

[Silicon] Jim Whitehurst, Red Hat: «Linux a gagné»

Par David Feugey, le mercredi 29 juin 2016. Extrait:
> Le patron de Red Hat revient sur la révolution apportée par le modèle de développement participatif, utilisé par des projets comme Linux.
Lien vers l'article original: http://www.silicon.fr/whitehurst-red-hat-linux-gagne-151602.html

Et aussi:
[Silicon] Girl Develop It veut féminiser le monde de la programmation

[The Good Life] Intelligence Artificielle: nouvelle cyber-guerre économique?

Par Kahina Meziant, le mercredi 29 juin 2016. Extrait:
> Nous assistons à une véritable course à la recherche autour de l'IA. Qu’est-ce donc que cette forme d’intelligence et pourquoi cet engouement soudain?
Lien vers l'article original: http://thegoodlife.thegoodhub.com/2016/06/29/intelligence-artificielle-vers-nouvelle-cyber-guerre-economique

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

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Revue de presse de l'April pour la semaine 26 de l'année 2016  Voir?

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 26

[Libération] Rocard, un «noob» respecté par les défenseurs des libertés numériques

Par Erwan Cario, le dimanche 3 juillet 2016. Extrait:
> Le député européen d'alors, qui reconnaissait ne pas avoir «une pratique facile de l’ordinateur», s'est battu avec succès contre une directive qui menaçait les logiciels libres.
Lien vers l'article original: http://www.liberation.fr/futurs/2016/07/03/rocard-un-noob-respecte-par-les-defenseurs-des-libertes-numeriques_1463715

Et aussi:
[ZDNet France] Michel Rocard, héros victorieux de la lutte contre les brevets logiciels

[ZDNet France] L'Italie, l'autre pays du logiciel libre. Et la France?

Par Christophe Auffray, le vendredi 1 juillet 2016. Extrait:
> Les services militaires italiens ont entamé leur migration de dizaines de milliers de postes vers LibreOffice, délaissant ainsi Microsoft Office. En France, l'armée a conclu elle un contrat Open Bar avec Microsoft, et les députés encouragent le libre sans lui donner la priorité.
Lien vers l'article original: http://www.zdnet.fr/actualites/l-italie-l-autre-pays-du-logiciel-libre-et-la-france-39839168.htm

[Numerama] Avec Software Heritage l'Inria crée un sanctuaire pour préserver les logiciels libres

Par Guillaume Champeau, le vendredi 1 juillet 2016. Extrait:
> L'Inria dévoile Software Heritage, une plateforme qui ambitionne de réunir et de préserver l'ensemble des logiciels libres distribués sur Internet.
Lien vers l'article original: http://www.numerama.com/tech/179289-avec-software-heritage-linria-cree-un-sanctuaire-pour-preserver-les-logiciels-libres.html

Et aussi:
[Archimag] Open source: lancement de Software Heritage, la plus grande bibliothèque de codes source de la planète
[Programmez!] Software Heritage: la bibliothèque d'Alexandrie de l'open source!
[usine-digitale.fr] La bibliothèque universelle de l'open source sera française

[Next INpact] Loi Numérique: les codes sources de l'administration communicables par principe

Par Xavier Berne, le vendredi 1 juillet 2016. Extrait:
> Suivant la «jurisprudence» de la CADA et du juge administratif, le législateur s’apprête à faire entrer les codes sources de l’administration dans la liste des documents administratifs communicables de plein droit au citoyen (qui en fait la demande).
Lien vers l'article original: http://www.nextinpact.com/news/100492-loi-numerique-codes-sources-l-administration-communicables-par-principe.htm

Et aussi:
[ZDNet France] La loi numérique réconcilie-t-elle tout le monde?
[Silicon] Loi Numérique: ce qu'a retenu la CMP rassure l'industrie

Voir aussi:
Projet de loi numérique: des codes sources communicables sous conditions et des logiciels libres simplement encouragés

[Les Echos] La France, un pays discret, mais innovant

Par Grégory Pascal, le jeudi 30 juin 2016. Extrait:
> Quand on parle "innovation" et "nouvelles technologies", on pense tout de suite aux États-Unis et plus particulièrement à la Silicon Valley, mais certainement pas à la France. La France, c’est plutôt le vin, la gastronomie, le luxe… et plus rarement la création technologique et les start-ups.
Lien vers l'article original: http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-158533-la-france-un-pays-discret-mais-innovant-2011051.php

[zoomdici] Saint-Étienne capitale mondiale du Logiciel Libre en 2017

Par la rédaction, le mercredi 29 juin 2016. Extrait:
> Après Strasbourg, Genève, Bruxelles, Montpellier et Beauvais, Saint-Étienne accueillera «Les Rencontres Mondiales du Logiciel Libre» (RMLL) du 1er au 7 juillet 2017.
Lien vers l'article original: http://www.zoomdici.fr/actualite/Saint-Etienne-capitale-mondiale-du-Logiciel-Libre-en-2017-id152417.html

[Silicon] Jim Whitehurst, Red Hat: «Linux a gagné»

Par David Feugey, le mercredi 29 juin 2016. Extrait:
> Le patron de Red Hat revient sur la révolution apportée par le modèle de développement participatif, utilisé par des projets comme Linux.
Lien vers l'article original: http://www.silicon.fr/whitehurst-red-hat-linux-gagne-151602.html

Et aussi:
[Silicon] Girl Develop It veut féminiser le monde de la programmation

[The Good Life] Intelligence Artificielle: nouvelle cyber-guerre économique?

Par Kahina Meziant, le mercredi 29 juin 2016. Extrait:
> Nous assistons à une véritable course à la recherche autour de l'IA. Qu’est-ce donc que cette forme d’intelligence et pourquoi cet engouement soudain?
Lien vers l'article original: http://thegoodlife.thegoodhub.com/2016/06/29/intelligence-artificielle-vers-nouvelle-cyber-guerre-economique

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

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(04/07/2016 @ 10:22)

Opération Libre 27 et 28 août 2016 - un week-end en Provence autour des communs numériques : OpenStreetMap, Wikipédia, Wikimedia Commons  Voir?

26 Août 2016 - 18:00
28 Août 2016 - 18:00

Opération Libre, c'est un week-end complet pour contribuer ensemble aux communs numériques, notamment OpenStreetMap, Wikipédia et Wikimedia Commons.

La prochaine édition aura lieu à Aiglun, près de Digne les samedi 27 et dimanche 28 août prochains avec le soutien de l'April.

Historiens, géographes, botanistes, développeurs, cartographes, photographes, designers, traducteurs, vidéastes, professionnels ou en herbe... et tous les curieux êtes invités à nous rejoindre pour 48 heures d'animations participatives destinées à collecter et libérer les informations et outils d'une commune avec les habitants et des contributeurs rassemblés pour l'occasion.

Aiglun est une commune provençale de 1 350 habitants située dans le département des Alpes-de-Haute-Provence. Soutenue par la ville de Digne-les-Bains qui est moteur dans l’ouverture de données, Aiglun souhaite valoriser son territoire en démarrant une démarche de partage de données libres :

  • répertorier la faune et flore locale sur Tela Botanica
  • créer des cartes du territoire basées sur OpenStreetMap
  • prendre des photographies et les partager librement sur Wikimedia Commons
  • mettre à disposition vos archives, cartes postales, images de la commune
  • rédiger des articles historiques de la commune sur Wikipédia
  • imprimantes 3D, films, drônes, vues aériennes, et bien plus encore !

Participation libre et gratuite pour tous, hébergement chez l'habitant et restauration sur place, venez nombreux !

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Opération Libre 27 et 28 août 2016 - un week-end en Provence autour des communs numériques : OpenStreetMap, Wikipédia, Wikimedia Commons  Voir?

26 Août 2016 - 18:00
28 Août 2016 - 18:00

Opération Libre, c'est un week-end complet pour contribuer ensemble aux communs numériques, notamment OpenStreetMap, Wikipédia et Wikimedia Commons.

La prochaine édition aura lieu à Aiglun, près de Digne les samedi 27 et dimanche 28 août prochains avec le soutien de l'April.

Historiens, géographes, botanistes, développeurs, cartographes, photographes, designers, traducteurs, vidéastes, professionnels ou en herbe... et tous les curieux êtes invités à nous rejoindre pour 48 heures d'animations participatives destinées à collecter et libérer les informations et outils d'une commune avec les habitants et des contributeurs rassemblés pour l'occasion.

Aiglun est une commune provençale de 1 350 habitants située dans le département des Alpes-de-Haute-Provence. Soutenue par la ville de Digne-les-Bains qui est moteur dans l’ouverture de données, Aiglun souhaite valoriser son territoire en démarrant une démarche de partage de données libres :

  • répertorier la faune et flore locale sur Tela Botanica
  • créer des cartes du territoire basées sur OpenStreetMap
  • prendre des photographies et les partager librement sur Wikimedia Commons
  • mettre à disposition vos archives, cartes postales, images de la commune
  • rédiger des articles historiques de la commune sur Wikipédia
  • imprimantes 3D, films, drônes, vues aériennes, et bien plus encore !

Participation libre et gratuite pour tous, hébergement chez l'habitant et restauration sur place, venez nombreux !

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(02/07/2016 @ 09:30)

Lettre d'information publique de l'April du 1er juillet 2016  Voir?

Bonjour,

Le mois de juin a été particulièrement riche. Plusieurs événements se sont déroulés. Un April Camp à Lille qui a permis notamment au groupe Transcriptions de nous proposer la lecture de nouvelles transcriptions. L'April était présente à Nevers pour l'opération « Dégooglisons Internet », manifestation organisée par l'agglomération. Un apéro à Saint-Étienne pour un point sur les actions en cours de l'April ainsi qu'une présentation par l’association Alolise concernant l'organisation à venir des RMLL 2017.

Last but not least actuellement et jusqu'au 3 juillet nous participons à Pas Sage en Seine/Hacker Space Festival à Choisy-le-Roy.

Une version EPUB de notre Guide Libre Association est désormais disponible.

Côté éducation, Microsoft instrumentalise les propos de deux ministres dans une opération de marketing ambigu en direction du monde de l'éducation.

Notre liste de discussions sur l'éducation est particulièrement active, nous avons publié une synthèse des nombreux échanges concernant Scratch, Snap et Arduino.

Et toujours dans le thème éducation, nous vous encourageons à participer à la campagne de financement participatif pour AbulÉdu.

Mercredi 29 juin s'est tenue la commission mixte paritaire (CMP) pour le projet de loi pour une « République numérique ». Le texte adopté maintient une communicabilité des codes sources des logiciels des administrations, mais sous conditions, et un simple encouragement à l'usage des logiciels libres.

Consultez la lettre publique ci-dessous pour toutes les autres informations et notamment la revue de presse qui propose une quinzaine d'articles.

Librement,
Frédéric Couchet
délégué général de l'April.

Si vous voulez nous soutenir, vous pouvez faire un don ou adhérer à l'association.

Le Guide Libre Association désormais disponible au format EPUB

Depuis avril 2016, sous l'impulsion de l'association Framasoft, une nouvelle version de notre Guide Libre Association est disponible. La version EPUB du guide vient d'être ajoutée. Le guide est ainsi à votre disposition sous différents formats sur le site libreassociation.info. Nous vous proposons ici de télécharger directement la version EPUB.

Projet de loi numérique : des codes sources communicables sous conditions et des logiciels libres simplement encouragés

La commission mixte paritaire (CMP) pour le projet de loi pour une « République numérique » réunie le 29 juin a été conclusive, un texte commun ayant été adopté. Texte dans lequel la commission confirme l'ouverture par défaut des codes sources des logiciels des administrations, toujours limitée par une exception très large de « sécurité des systèmes d'information », et maintient une disposition d' « encouragement » au logiciel libre dans le secteur public dénuée de portée normative.

Dossiers, campagnes et projets

Quand Microsoft instrumentalise l'Éducation nationale

Autant il est courant de reprendre des citations d'écrivains, philosophes, personnalités politiques, autant il est invraisemblable de voir des décideurs de l'Éducation nationale utilisés comme caution morale par la société Microsoft dans un marketing ambigu en direction du monde de l'éducation faisant suite au partenariat contesté signé en novembre 2015.

Scratch, Snap et Arduino : synthèse des échanges sur la liste du groupe de travail Éducation

Publication d'une synthèse de discussions sur la liste de diffusion du groupe de travail Éducation de l’April concernant Scratch, Snap et Arduino.

Participez à la campagne de financement participatif pour AbulÉdu

L'aventure Ryxéo s'est terminée au début du mois de mai et c'est une triste nouvelle, mais le logiciel libre AbulÉdu n'est pas mort pour autant. RyXéo était un des moteurs qui, en permettant de salarier développeurs et graphistes, aidait à faire avancer et rendre attractif le projet AbulÉdu porté par la communauté AbulÉdu-fr. Afin de poursuivre le développement d'AbulÉdu une campagne de financement participatif a été lancée. Il ne reste plus qu'une dizaine de jours pour participer.

L'Expolibre bientôt disponible en version anglaise et en version espagnole

L'Expolibre est une exposition itinérante expliquant les logiciels libres au grand public. Elle est actuellement constituée de huit panneaux. Grâce à l'implication de divers bénévoles, des traductions en anglais et en espagnol sont en cours de finalisation. Également, le site sera prochainement disponible en version multilingue.

Sept nouvelles transcriptions

Le groupe Transcriptions de l'April vous offre sept nouvelles lectures :

Médias

Revue de presse

La revue de presse fait partie du travail de veille mené par l'April dans le cadre de son action de défense et de promotion du Logiciel Libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Pour gérer cette revue de presse, un groupe de travail a été créé (vous pouvez en consulter la charte ici) ainsi qu'une liste de discussion rp@april.org où vous pouvez envoyer les liens vers les articles qui vous semblent intéressants.

La revue de presse est désormais diffusée également chaque semaine sur le site LinuxFr.org. Cette diffusion lui offre un lectorat plus large.

Cette revue de presse est commentée dans un podcast disponible sur http://audio.april.org.

Il est diffusé sur les radios : Radio Escapades, Radio Larzac et Ici&Maintenant et Libre@Toi.

Il existe un flux RSS permettant de recevoir la revue de presse au fur et à mesure (rapidement et article par article donc).

Les derniers titres de la revue de presse :

Conférences, événements

Événements à venir

Événements passés

Vie associative

Revue hebdomadaire

Chaque vendredi, à midi pile, les permanents et les adhérents qui le souhaitent passent en revue les tâches et actions relatives à l'April dont ils ont la charge lors de la « revue hebdomadaire April » sur IRC (canal #april sur irc.freenode.net, accès avec un navigateur web). La durée est limitée, généralement un quart d'heure. Cela stimule les bonnes volontés, suscite des idées et des contributions, permet de suivre les activités des uns et des autres et éliminer un certain nombre de problèmes bloquants.

Une page décrivant le principe d'une revue hebdomadaire est en ligne.

Vous pouvez en savoir plus en consultant en ligne les archives des premières revues hebdomadaires, et notamment la synthèse de la revue du 3 juin 2016, la synthèse de la revue du 10 juin 2016, la synthèse de la revue du 17 juin 2016, la synthèse de la revue du 24 juin 2016.

Adhésions

Au 1er juillet 2016, l'association compte 4 000 adhérents (3 620 personnes physiques, 380 personnes morales).

Soutenir l'association

L'April a besoin de votre aide. Vous pouvez faire un don à l'association et participer ainsi au financement de nos actions.

Pour faire un don à l'association, rendez-vous à l'adresse suivante http://www.april.org/association/dons.html (il est possible de faire un don par chèque, virement, carte bancaire ou encore prélèvement automatique).

Pour tout renseignement n'hésitez pas à nous contacter.

Rejoindre l'association à titre individuel

Dans une association, l'adhésion est un acte volontaire. C'est aussi un acte politique car c'est manifester son soutien à l'objet de l'association ainsi qu'aux valeurs qui le sous-tendent. Une adhésion fait la différence en contribuant à atteindre les objectifs de l'association.

Adhérer à l'April permet :

  • de défendre collectivement un projet de société ;
  • de s'investir activement dans la vie de l'association à travers ses groupes de travail et ses actions ;
  • d'être informé régulièrement des événements logiciel libre ;
  • d'agir sur les institutions à travers un partenaire incontournable ;
  • de soutenir financièrement les actions de l'association.

Il est possible d'aider l'association en lui donnant de son temps ou de son argent. Toutes les contributions sont les bienvenues.

Pour les hésitants, nous avons mis en ligne les réponses à de fausses idées classiques.

Pour adhérer à l'April, il suffit de vous rendre à l'adresse suivante : http://www.april.org/adherer?referent=lettre%20publique.

Pour tout renseignement, n'hésitez pas à nous contacter.

Rejoindre l'association en tant que personne morale

Que vous soyez une entreprise, une collectivité ou une association, adhérez pour participer activement aux décisions stratégiques qui vous concernent !

Votre structure a besoin de tirer le meilleur parti du logiciel libre et pour défendre ses intérêts, elle doit :

  • exercer une veille permanente pour se tenir informée des opportunités et des menaces ;
  • constituer et entretenir des réseaux relationnels institutionnels ;
  • être éclairée sur les contextes juridiques et stratégiques ;
  • contribuer à la défense de l'informatique libre face aux acteurs qui lui sont hostiles ;
  • mieux faire connaître et valoriser son action.

April est au cœur des grandes évolutions du logiciel libre. Adhérer à April permet :

  • de défendre collectivement un projet de société ;
  • de s'investir activement dans la vie de l'association à travers ses groupes de travail et ses actions ;
  • d'être informé régulièrement des événements logiciel libre ;
  • d'agir sur les institutions à travers un partenaire incontournable ;
  • de financer ou cofinancer des actions stratégiques.

Pour adhérer à l'April, il suffit de vous rendre à l'adresse suivante : adhérant dès maintenant à l'April.

Pour tout renseignement n'hésitez pas à nous contacter.

Archives

Pour recevoir automatiquement par courriel cette lettre, inscrivez-vous à la liste de diffusion

Les archives de la lettre sont disponibles en ligne.

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Lettre d'information publique de l'April du 1er juillet 2016  Voir?

Bonjour,

Le mois de juin a été particulièrement riche. Plusieurs événements se sont déroulés. Un April Camp à Lille qui a permis notamment au groupe Transcriptions de nous proposer la lecture de nouvelles transcriptions. L'April était présente à Nevers pour l'opération « Dégooglisons Internet », manifestation organisée par l'agglomération. Un apéro à Saint-Étienne pour un point sur les actions en cours de l'April ainsi qu'une présentation par l’association Alolise concernant l'organisation à venir des RMLL 2017.

Last but not least actuellement et jusqu'au 3 juillet nous participons à Pas Sage en Seine/Hacker Space Festival à Choisy-le-Roy.

Une version EPUB de notre Guide Libre Association est désormais disponible.

Côté éducation, Microsoft instrumentalise les propos de deux ministres dans une opération de marketing ambigu en direction du monde de l'éducation.

Notre liste de discussions sur l'éducation est particulièrement active, nous avons publié une synthèse des nombreux échanges concernant Scratch, Snap et Arduino.

Et toujours dans le thème éducation, nous vous encourageons à participer à la campagne de financement participatif pour AbulÉdu.

Mercredi 29 juin s'est tenue la commission mixte paritaire (CMP) pour le projet de loi pour une « République numérique ». Le texte adopté maintient une communicabilité des codes sources des logiciels des administrations, mais sous conditions, et un simple encouragement à l'usage des logiciels libres.

Consultez la lettre publique ci-dessous pour toutes les autres informations et notamment la revue de presse qui propose une quinzaine d'articles.

Librement,
Frédéric Couchet
délégué général de l'April.

Si vous voulez nous soutenir, vous pouvez faire un don ou adhérer à l'association.

Le Guide Libre Association désormais disponible au format EPUB

Depuis avril 2016, sous l'impulsion de l'association Framasoft, une nouvelle version de notre Guide Libre Association est disponible. La version EPUB du guide vient d'être ajoutée. Le guide est ainsi à votre disposition sous différents formats sur le site libreassociation.info. Nous vous proposons ici de télécharger directement la version EPUB.

Projet de loi numérique : des codes sources communicables sous conditions et des logiciels libres simplement encouragés

La commission mixte paritaire (CMP) pour le projet de loi pour une « République numérique » réunie le 29 juin a été conclusive, un texte commun ayant été adopté. Texte dans lequel la commission confirme l'ouverture par défaut des codes sources des logiciels des administrations, toujours limitée par une exception très large de « sécurité des systèmes d'information », et maintient une disposition d' « encouragement » au logiciel libre dans le secteur public dénuée de portée normative.

Dossiers, campagnes et projets

Quand Microsoft instrumentalise l'Éducation nationale

Autant il est courant de reprendre des citations d'écrivains, philosophes, personnalités politiques, autant il est invraisemblable de voir des décideurs de l'Éducation nationale utilisés comme caution morale par la société Microsoft dans un marketing ambigu en direction du monde de l'éducation faisant suite au partenariat contesté signé en novembre 2015.

Scratch, Snap et Arduino : synthèse des échanges sur la liste du groupe de travail Éducation

Publication d'une synthèse de discussions sur la liste de diffusion du groupe de travail Éducation de l’April concernant Scratch, Snap et Arduino.

Participez à la campagne de financement participatif pour AbulÉdu

L'aventure Ryxéo s'est terminée au début du mois de mai et c'est une triste nouvelle, mais le logiciel libre AbulÉdu n'est pas mort pour autant. RyXéo était un des moteurs qui, en permettant de salarier développeurs et graphistes, aidait à faire avancer et rendre attractif le projet AbulÉdu porté par la communauté AbulÉdu-fr. Afin de poursuivre le développement d'AbulÉdu une campagne de financement participatif a été lancée. Il ne reste plus qu'une dizaine de jours pour participer.

L'Expolibre bientôt disponible en version anglaise et en version espagnole

L'Expolibre est une exposition itinérante expliquant les logiciels libres au grand public. Elle est actuellement constituée de huit panneaux. Grâce à l'implication de divers bénévoles, des traductions en anglais et en espagnol sont en cours de finalisation. Également, le site sera prochainement disponible en version multilingue.

Sept nouvelles transcriptions

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Revue de presse

La revue de presse fait partie du travail de veille mené par l'April dans le cadre de son action de défense et de promotion du Logiciel Libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Pour gérer cette revue de presse, un groupe de travail a été créé (vous pouvez en consulter la charte ici) ainsi qu'une liste de discussion rp@april.org où vous pouvez envoyer les liens vers les articles qui vous semblent intéressants.

La revue de presse est désormais diffusée également chaque semaine sur le site LinuxFr.org. Cette diffusion lui offre un lectorat plus large.

Cette revue de presse est commentée dans un podcast disponible sur http://audio.april.org.

Il est diffusé sur les radios : Radio Escapades, Radio Larzac et Ici&Maintenant et Libre@Toi.

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Chaque vendredi, à midi pile, les permanents et les adhérents qui le souhaitent passent en revue les tâches et actions relatives à l'April dont ils ont la charge lors de la « revue hebdomadaire April » sur IRC (canal #april sur irc.freenode.net, accès avec un navigateur web). La durée est limitée, généralement un quart d'heure. Cela stimule les bonnes volontés, suscite des idées et des contributions, permet de suivre les activités des uns et des autres et éliminer un certain nombre de problèmes bloquants.

Une page décrivant le principe d'une revue hebdomadaire est en ligne.

Vous pouvez en savoir plus en consultant en ligne les archives des premières revues hebdomadaires, et notamment la synthèse de la revue du 3 juin 2016, la synthèse de la revue du 10 juin 2016, la synthèse de la revue du 17 juin 2016, la synthèse de la revue du 24 juin 2016.

Adhésions

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Rejoindre l'association à titre individuel

Dans une association, l'adhésion est un acte volontaire. C'est aussi un acte politique car c'est manifester son soutien à l'objet de l'association ainsi qu'aux valeurs qui le sous-tendent. Une adhésion fait la différence en contribuant à atteindre les objectifs de l'association.

Adhérer à l'April permet :

  • de défendre collectivement un projet de société ;
  • de s'investir activement dans la vie de l'association à travers ses groupes de travail et ses actions ;
  • d'être informé régulièrement des événements logiciel libre ;
  • d'agir sur les institutions à travers un partenaire incontournable ;
  • de soutenir financièrement les actions de l'association.

Il est possible d'aider l'association en lui donnant de son temps ou de son argent. Toutes les contributions sont les bienvenues.

Pour les hésitants, nous avons mis en ligne les réponses à de fausses idées classiques.

Pour adhérer à l'April, il suffit de vous rendre à l'adresse suivante : http://www.april.org/adherer?referent=lettre%20publique.

Pour tout renseignement, n'hésitez pas à nous contacter.

Rejoindre l'association en tant que personne morale

Que vous soyez une entreprise, une collectivité ou une association, adhérez pour participer activement aux décisions stratégiques qui vous concernent !

Votre structure a besoin de tirer le meilleur parti du logiciel libre et pour défendre ses intérêts, elle doit :

  • exercer une veille permanente pour se tenir informée des opportunités et des menaces ;
  • constituer et entretenir des réseaux relationnels institutionnels ;
  • être éclairée sur les contextes juridiques et stratégiques ;
  • contribuer à la défense de l'informatique libre face aux acteurs qui lui sont hostiles ;
  • mieux faire connaître et valoriser son action.

April est au cœur des grandes évolutions du logiciel libre. Adhérer à April permet :

  • de défendre collectivement un projet de société ;
  • de s'investir activement dans la vie de l'association à travers ses groupes de travail et ses actions ;
  • d'être informé régulièrement des événements logiciel libre ;
  • d'agir sur les institutions à travers un partenaire incontournable ;
  • de financer ou cofinancer des actions stratégiques.

Pour adhérer à l'April, il suffit de vous rendre à l'adresse suivante : adhérant dès maintenant à l'April.

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(01/07/2016 @ 17:06)

Projet de loi numérique : des codes sources communicables sous conditions et des logiciels libres simplement encouragés  Voir?

Paris, le 1er juillet 2016. Communiqué de presse.

La commission mixte paritaire (CMP) pour le projet de loi pour une « République numérique » réunie le 29 juin a été conclusive, un texte commun ayant été adopté. Texte dans lequel la commission confirme l'ouverture par défaut des codes sources des logiciels des administrations, toujours limitée par une exception très large de « sécurité des systèmes d'information », et maintient une disposition d' « encouragement » au logiciel libre dans le secteur public dénuée de portée normative.

Article 1er bis : ouverture des codes sources, mais une exception sous forme de blanc-seing

La rédaction finale de l'article 1er bis entérine la reconnaissance de la qualité de documents administratifs communicables pour les codes sources des logiciels des administrations. S'il s'agit d'une avancée réelle en termes d'ouverture et de transparence, le troisième alinéa de l'article introduit une exception à la communicabilité des documents administratifs en cas de risque d'atteinte « à la sécurité des systèmes d'information des administrations ». Exception disproportionnée, ancrée dans le fantasme de la sécurité par l'obscurité et qui porte le risque de vider l'avancée de cet article de sa substance.

Par ailleurs, la CMP est fort heureusement revenue sur un amendement adopté au Sénat, qui instaurait une exclusion systématique de certains codes sources du champ du droit à communication. Exception dangereuse contre laquelle l'April s'est mobilisée auprès des parlementaires.

Notons également que l'article 1er ter du projet de loi, tel qu'il est issu de la CMP, instaure que la communication de documents administratifs sous forme électronique « se fait dans un standard ouvert, aisément réutilisable et exploitable par un système de traitement automatisé ». Une rédaction à saluer et qui prend d'autant plus de sens avec la récente révision du référentiel général d'interopérabilité le 25 avril 2016.

Article 9 ter : une simple « déclaration de bonnes intentions » sur le logiciel libre

À compter de l'entrée en vigueur de la loi, les administrations devront encourager « l'utilisation des logiciels libres et des formats ouverts lors du développement, de l'achat ou de l'utilisation, de tout ou partie, de ces systèmes d'information ». Cette disposition souffre d'un manque flagrant de portée politique, est dénuée de toute portée contraignante et n'est assurément pas à la hauteur des enjeux. Seule une réelle priorité au logiciel libre dans le secteur public est à même de garantir l'indépendance technologique des administrations et leur souveraineté numérique. Priorité qui correspond à l'obligation d'un choix raisonné de privilégier le recours à une licence libre quand cela est possible, et selon des critères objectivement définis par décret.

Malgré la qualité des débats autour de cet article, tant à l'Assemblée nationale qu'au Sénat, le Parlement et le Gouvernement ont manqué cette occasion de doter les administrations d'une informatique loyale en faveur de l'intérêt général.

Le texte issu de la CMP est disponible. La prochaine étape est la présentation des conclusions de la CMP, suivie du vote définitif, dans les deux chambres parlementaires. D'abord à l'Assemblée nationale, le 20 juillet, puis au Sénat la première quinzaine de septembre.

Les articles 1er bis et 9 ter tels qu'ils devraient être votés dans le texte final :

Article 1er bis

I. - À la seconde phrase du premier alinéa de l'article L. 300-2 du code des relations entre le public et l'administration, après le mot : « prévisions », sont insérés les mots : « , codes sources ».

II. - Le 2° de l'article L. 311-5 du code des relations entre le public et l'administration est ainsi modifié :

1° À la fin du d, les mots : « ou à la sécurité des personnes » sont remplacés par les mots : « , à la sécurité des personnes ou à la sécurité des systèmes d'information des administrations » ;

2° Le g est ainsi rédigé :

« g) À la recherche et à la prévention, par les services compétents, d'infractions de toute nature ; ».

Article 9 ter

Les administrations mentionnées au premier alinéa de l'article L. 300-2 du code des relations entre le public et l'administration veillent à préserver la maîtrise, la pérennité et l'indépendance de leurs systèmes d'information.

Elles encouragent l'utilisation des logiciels libres et des formats ouverts lors du développement, de l'achat ou de l'utilisation, de tout ou partie, de ces systèmes d'information. Elles encouragent la migration de l'ensemble des composants de ces systèmes d'information vers le protocole IPV6, sous réserve de leur compatibilité, à compter du 1er janvier 2018.

... / ... Lire la suite

Projet de loi numérique : des codes sources communicables sous conditions et des logiciels libres simplement encouragés  Voir?

Paris, le 1er juillet 2016. Communiqué de presse.

La commission mixte paritaire (CMP) pour le projet de loi pour une « République numérique » réunie le 29 juin a été conclusive, un texte commun ayant été adopté. Texte dans lequel la commission confirme l'ouverture par défaut des codes sources des logiciels des administrations, toujours limitée par une exception très large de « sécurité des systèmes d'information », et maintient une disposition d' « encouragement » au logiciel libre dans le secteur public dénuée de portée normative.

Article 1er bis : ouverture des codes sources, mais une exception sous forme de blanc-seing

La rédaction finale de l'article 1er bis entérine la reconnaissance de la qualité de documents administratifs communicables pour les codes sources des logiciels des administrations. S'il s'agit d'une avancée réelle en termes d'ouverture et de transparence, le troisième alinéa de l'article introduit une exception à la communicabilité des documents administratifs en cas de risque d'atteinte « à la sécurité des systèmes d'information des administrations ». Exception disproportionnée, ancrée dans le fantasme de la sécurité par l'obscurité et qui porte le risque de vider l'avancée de cet article de sa substance.

Par ailleurs, la CMP est fort heureusement revenue sur un amendement adopté au Sénat, qui instaurait une exclusion systématique de certains codes sources du champ du droit à communication. Exception dangereuse contre laquelle l'April s'est mobilisée auprès des parlementaires.

Notons également que l'article 1er ter du projet de loi, tel qu'il est issu de la CMP, instaure que la communication de documents administratifs sous forme électronique « se fait dans un standard ouvert, aisément réutilisable et exploitable par un système de traitement automatisé ». Une rédaction à saluer et qui prend d'autant plus de sens avec la récente révision du référentiel général d'interopérabilité le 25 avril 2016.

Article 9 ter : une simple « déclaration de bonnes intentions » sur le logiciel libre

À compter de l'entrée en vigueur de la loi, les administrations devront encourager « l'utilisation des logiciels libres et des formats ouverts lors du développement, de l'achat ou de l'utilisation, de tout ou partie, de ces systèmes d'information ». Cette disposition souffre d'un manque flagrant de portée politique, est dénuée de toute portée contraignante et n'est assurément pas à la hauteur des enjeux. Seule une réelle priorité au logiciel libre dans le secteur public est à même de garantir l'indépendance technologique des administrations et leur souveraineté numérique. Priorité qui correspond à l'obligation d'un choix raisonné de privilégier le recours à une licence libre quand cela est possible, et selon des critères objectivement définis par décret.

Malgré la qualité des débats autour de cet article, tant à l'Assemblée nationale qu'au Sénat, le Parlement et le Gouvernement ont manqué cette occasion de doter les administrations d'une informatique loyale en faveur de l'intérêt général.

Le texte issu de la CMP est disponible. La prochaine étape est la présentation des conclusions de la CMP, suivie du vote définitif, dans les deux chambres parlementaires. D'abord à l'Assemblée nationale, le 20 juillet, puis au Sénat la première quinzaine de septembre.

Les articles 1er bis et 9 ter tels qu'ils devraient être votés dans le texte final :

Article 1er bis

I. - À la seconde phrase du premier alinéa de l'article L. 300-2 du code des relations entre le public et l'administration, après le mot : « prévisions », sont insérés les mots : « , codes sources ».

II. - Le 2° de l'article L. 311-5 du code des relations entre le public et l'administration est ainsi modifié :

1° À la fin du d, les mots : « ou à la sécurité des personnes » sont remplacés par les mots : « , à la sécurité des personnes ou à la sécurité des systèmes d'information des administrations » ;

2° Le g est ainsi rédigé :

« g) À la recherche et à la prévention, par les services compétents, d'infractions de toute nature ; ».

Article 9 ter

Les administrations mentionnées au premier alinéa de l'article L. 300-2 du code des relations entre le public et l'administration veillent à préserver la maîtrise, la pérennité et l'indépendance de leurs systèmes d'information.

Elles encouragent l'utilisation des logiciels libres et des formats ouverts lors du développement, de l'achat ou de l'utilisation, de tout ou partie, de ces systèmes d'information. Elles encouragent la migration de l'ensemble des composants de ces systèmes d'information vers le protocole IPV6, sous réserve de leur compatibilité, à compter du 1er janvier 2018.

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(01/07/2016 @ 15:28)

Participez à la campagne de financement participatif pour AbulÉdu  Voir?

L'aventure Ryxéo s'est terminée au début du mois de mai et c'est une triste nouvelle, mais le logiciel libre AbulÉdu n'est pas mort pour autant. RyXéo était un des moteurs qui, en permettant de salarier développeurs et graphistes, aidait à faire avancer et rendre attractif le projet AbulÉdu porté par la communauté AbulÉdu-fr. Afin de poursuivre le développement d'AbulÉdu une campagne de financement participatif a été lancée. Il ne reste plus qu'une dizaine de jours pour participer.

Qu'est ce qu'AbulÉdu ?

Depuis plus de 15 ans, AbulÉdu propose une ensemble de ressources et logiciels éducatifs libres pour le premier degré.

On trouve plus de 25.000 ressources éducatives libres (indexées ScoLOMFR), un site de diffusion de vidéos pour enfants sans publicités, un site de micro-blogging BabyTwit sans publicités pour les écoles, une solution serveur local, des centaines d'histoires en images lues à écouter et réutiliser, une solution poste de travail complète sous GNU/linux et une vingtaine de logiciels éducatifs métiers développés en grande partie par des professeurs des écoles pour apprendre les mathématiques, langues etc.

On trouve aussi une plate-forme de visioconférence, un cloud libre et loyal. Bref tout un ensemble de ressources et solutions taillées pour les écoles maternelles et primaires.

Poursuivre le développement d'AbulÉdu

L'association AbulÉdu-fr a décidé de reprendre le flambeau et de tenter de passer le développement d'AbulEdu sur le modèle associatif.

C'est pourquoi AbulÉdu a lancé une campagne de financement participatif. Le but de ce financement participatif est double : embaucher un développeur chef de projet pour adapter tous les services et logiciels existants à cette nouvelle logique et en parallèle, prendre en charge le financement des locations de serveurs.

Deux paliers seront prévus : le premier à 25 000 € permettant de salarier un développeur / chef de projet pendant 4-5 mois, un autre à 50 000€ pour pousser à 9-10 mois.

Cette campagne se déroule en parallèle d'une demande de subvention au ministère. Les ambitions sont élevées c'est pourquoi tout soutien est le bienvenu.

AbulÉdu est une des plus importantes suites de logiciels éducatifs et de ressources éducatives libres pour le premier degré.

Soutenez dès maintenant AbulÉdu !

... / ... Lire la suite

Participez à la campagne de financement participatif pour AbulÉdu  Voir?

L'aventure Ryxéo s'est terminée au début du mois de mai et c'est une triste nouvelle, mais le logiciel libre AbulÉdu n'est pas mort pour autant. RyXéo était un des moteurs qui, en permettant de salarier développeurs et graphistes, aidait à faire avancer et rendre attractif le projet AbulÉdu porté par la communauté AbulÉdu-fr. Afin de poursuivre le développement d'AbulÉdu une campagne de financement participatif a été lancée. Il ne reste plus qu'une dizaine de jours pour participer.

Qu'est ce qu'AbulÉdu ?

Depuis plus de 15 ans, AbulÉdu propose une ensemble de ressources et logiciels éducatifs libres pour le premier degré.

On trouve plus de 25.000 ressources éducatives libres (indexées ScoLOMFR), un site de diffusion de vidéos pour enfants sans publicités, un site de micro-blogging BabyTwit sans publicités pour les écoles, une solution serveur local, des centaines d'histoires en images lues à écouter et réutiliser, une solution poste de travail complète sous GNU/linux et une vingtaine de logiciels éducatifs métiers développés en grande partie par des professeurs des écoles pour apprendre les mathématiques, langues etc.

On trouve aussi une plate-forme de visioconférence, un cloud libre et loyal. Bref tout un ensemble de ressources et solutions taillées pour les écoles maternelles et primaires.

Poursuivre le développement d'AbulÉdu

L'association AbulÉdu-fr a décidé de reprendre le flambeau et de tenter de passer le développement d'AbulEdu sur le modèle associatif.

C'est pourquoi AbulÉdu a lancé une campagne de financement participatif. Le but de ce financement participatif est double : embaucher un développeur chef de projet pour adapter tous les services et logiciels existants à cette nouvelle logique et en parallèle, prendre en charge le financement des locations de serveurs.

Deux paliers seront prévus : le premier à 25 000 € permettant de salarier un développeur / chef de projet pendant 4-5 mois, un autre à 50 000€ pour pousser à 9-10 mois.

Cette campagne se déroule en parallèle d'une demande de subvention au ministère. Les ambitions sont élevées c'est pourquoi tout soutien est le bienvenu.

AbulÉdu est une des plus importantes suites de logiciels éducatifs et de ressources éducatives libres pour le premier degré.

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(01/07/2016 @ 11:30)

Interview Frédéric Couchet - RRLL Nantes 2015  Voir?


Frédéric Couchet

Titre : Entretien - Frédéric Couchet, délégué général de l'association April
Intervenant : Frédéric Couchet
Lieu : Nantes - RRLL (Rencontres Régionales du Logiciel Libre)
Date : Septembre 2015
Licence : Verbatim
Durée : 7 min 45
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Transcription

Bonjour. Je suis content d’être à Nantes avec mes amis d'Alliance Libre1et des communautés libristes de la région. Effectivement, comme vous le disiez, l'April, l'objectif c'est promouvoir le logiciel libre, mais c'est aussi le défendre. J'en parlerai peut-être tout à l'heure. La promotion ça passe par beaucoup d'activités. Notre objectif, en fait, c'est vraiment de faire connaître le logiciel libre auprès du maximum de public. Ça fait 20 ans qu'on fait ça. On a été créé en 1996, mais on est une toute petite structure. On est une équipe de trois permanents, 4 000 adhérents, peut-être une vingtaine de personnes qui sont actives. Donc on est obligé de choisir nos modes d'action. On est présent sur des événements, à travers des stands. On fait des conférences. On est en contact régulièrement avec des journalistes et aussi beaucoup avec des structures intermédiaires. Par exemple, ces deux dernières années, on a beaucoup travaillé sur la sensibilisation du monde associatif. Un exemple : on a produit un guide de logiciels libres2 pour le monde associatif, qui fait à peu près 80 pages, qui présente le logiciel libre et les principaux outils utiles pour le monde associatif. On n'avait qu'une version PDF et donc, pour toucher le monde associatif, on est en contact avec des structures permettant, en fait, de financer une impression et ensuite d'autres structures pour permettre de toucher des réseaux associatifs directement. C'est-à-dire que plutôt que de toucher directement les associations, on a envoyé des guides à des fédérations et à charge pour elles de rediffuser dans leurs réseaux. Et là, aujourd'hui, on vient de mettre un terme à une campagne : il y a 7 000 exemplaires de ce guide qui vont être diffusés courant octobre dans des réseaux associatifs. Ça c'est un exemple de promotion. C'est un guide qui est à la fois disponible sur Internet, mais aussi en mode papier et qui va toucher le monde associatif.

On travaille aussi, évidemment, avec les responsables politiques, pour les sensibiliser autour du logiciel libre. On essaie vraiment de faire comprendre, en fait, aux gens que le logiciel libre ce n'est pas simplement qu'une question technique, mais aujourd'hui c'est un enjeu de société. Richard Stallman, qui est le fondateur du mouvement du logiciel libre, dit souvent que c'est l'incarnation informatique de la devise républicaine liberté, égalité, fraternité. Parce que dans le logiciel libre, il y a quatre libertés : utiliser un logiciel libre, en faire des copies, le modifier, étudier son fonctionnement. Égalité parce que tout le monde a les mêmes droits. C'est-à-dire qu'on soit un simple individu, une entreprise, une collectivité, un État, on a tous les mêmes droits par rapport à ce logiciel libre. Et fraternité parce que le but c'est de construire un monde de partage, de coopération. Tout à l'heure j'étais à un événement où le mot de partage revenait très souvent. Effectivement, c'est de construire une société, finalement, où les gens coopèrent, essaient de construire un monde meilleur. Pour nous, le logiciel libre c'est vraiment un enjeu de société, c'est une spécificité de notre vision des choses et on essaie de faire passer ça. Ce n'est pas qu'un enjeu technique.

[Musique]

Quelles sont les relations entre l'association April et les entreprises de services en logiciels libres ?

On a de très bon rapports parce qu'effectivement logiciel libre n'implique pas absence d'argent. La plupart des sociétés qui sont présentes ici font du service autour du logiciel libre. C'est-à-dire qu'elles installent des logiciels dans des entreprises, dans des associations, dans des collectivités. Elles font de la formation, etc. Et la relation qu'on a, on a une relation assez privilégiée, parce qu'en fait ces entreprises, leur activité, c'est vraiment de produire un service. Les entrepreneurs qui sont là passent 100 % de leur temps à essayer de satisfaire des besoins de clients avec du logiciel libre. Mais ces entreprises, et le logiciel libre aussi, évoluent dans un monde, aujourd'hui, qui évolue beaucoup, dans lequel il y a des lois qui peuvent éventuellement restreindre le logiciel libre, ou en tout cas ne pas le favoriser. Et ces entreprises qui sont majoritairement des petites structures, ce sont des PME/PMI, entre cinq/dix personnes et peut-être cinquante personnes, ces gens-là ont besoin d'une structure qui va porter un message au niveau politique et qui va essayer de défendre le logiciel libre et donc indirectement leurs intérêts. Un petit peu comme l'UFC-Que Choisir le fait pour les consommateurs, eh bien nous, c'est ce qu'on essaye de faire à notre modeste échelle, c'est d'essayer à la fois de promouvoir le logiciel libre mais aussi de le défendre. Et c'est pour ça que des entreprises du logiciel libre, des entreprises nantaises, mais aussi parisiennes, de Toulouse, adhèrent à l'April. Ce n'est pas parce qu'elles attendent un service, c'est qu'elles attendent simplement qu'on fasse, quelque part, notre activité de promouvoir et défendre le logiciel libre. Donc pour ces entreprises-là, évidemment, il y aura un retour parce que si le logiciel libre se diffuse, il y aura plus de business pour elles et donc, effectivement, elles seront très contentes.

Donc c'est une relation gagnant-gagnant. Aujourd’hui je crois qu'à l'April, de mémoire, on a, peut-être 200 entreprises membres sur les 4 000 adhérents. On doit avoir 250 associations, cinq/six collectivités. Donc voilà ! Ces gens-là se regroupent dans l'April, quelque part pour mutualiser des moyens de promotion et de défense du logiciel libre.

[Musique]

Quelles sont les relations entre l'association April et les institutions publiques ?

On a de fortes relations depuis maintenant, on va dire depuis 1999, donc ça fait maintenant 15/16 ans. Dans l’équipe de l'April on a une personne qui est en charge de ces aspects-là, des affaires publiques parce que c'est un point essentiel. En fait, dans les premières années d'existence de l'April, on ne se préoccupait pas trop de ça parce qu'on essayait de faire connaître le logiciel libre et on ne pensait pas que forcément on aurait besoin, à un moment, de le défendre. On ne pensait qu'il y aurait peut-être des gens qui essaieraient de limiter l'impact du logiciel libre. Et forcément il y a des gens qui essaient de limiter cet impact -là !

Donc à partir du début des années 2000, on a commencé à avoir une activité de relations avec les pouvoirs publics. Ça a été notamment en France dans les années 2004/2006 sur la Loi droit d'auteur. C'est aussi le cas au niveau européen. Donc aujourd'hui on a deux types d'actions en fait. La première, eh bien c'est sensibiliser le politique sur l’intérêt du logiciel libre, que ce soit au niveau ministériel donc dans les gouvernements, mais aussi au niveau des sénateurs, des parlementaires et on essaye aussi de relier ces actions au niveau local. Donc un exemple : dans deux mois il va y avoir les élections régionales. Dans le cadre des élections régionales, on a une campagne de sensibilisation des candidats qui est complètement décentralisée. On propose en fait aux gens, aux libristes, ou en tout cas les gens qui ont une sensibilité logiciel libre dans les régions, de contacter leurs candidats pour leur expliquer l’intérêt du logiciel libre et pour les engager à signer un pacte qui s'appelle Le pacte du Logiciel Libre3, qui est un petit document, qui engage le candidat, s'il est élu, de pouvoir mettre en œuvre des actions de promotion et développement du logiciel libre. Donc c'est un petit engagement qui n'engage, en fait, que celui effectivement qui reçoit la signature, mais en même temps c'est quand même un engagement moral et on fait ce genre de campagne depuis 2007. Et on voit qu'il y a dans des villes des gens qui ont pris des engagements. J'ai en tête Grenoble l'an dernier, par exemple sur les municipales, qui aujourd'hui met en œuvre des actions logiciel libre.

Et on a aussi l'action au niveau des projets de loi, beaucoup plus classique. C'est-à-dire quand on voit passer un projet de loi qui pourrait mettre en danger le logiciel libre, on essaie de l'analyser, d’éventuellement suggérer des amendements. Et là, dans les semaines qui viennent, il va y avoir un projet de loi important qui est le projet de loi « République numérique », porté par Axelle Lemaire, dont on annonce la publication de l’avant-projet samedi 26 septembre, donc dans deux jours. Là pareil, on va analyser, on va essayer de proposer des améliorations et on va contacter les parlementaires sur ce sujet.

[Musique]

Quels sont les projets de l'April ?

Les prochaines activités ? Eh bien il y a ce projet de loi dont je parle. Il y a toujours le monde associatif. Et là il va y avoir dans les deux/trois années à venir, surtout au niveau européen, puisqu'il y a des révisions de directives qui touchent l'informatique qui vont être sans doute mises en œuvre : la révision sur le droit d'auteur. Il y a aussi le commerce électronique. Donc une activité très intense au niveau européen, parce qu'on sait très bien aujourd'hui que beaucoup de choses se décident au niveau européen avant de redescendre en France. Donc ça, c'est un combat important.

Eh puis il y a le combat qui est mené aussi par tous les entrepreneurs du Libre, que je tiens quand même à saluer, qui font une activité de réponse aux besoins de clients, à base de logiciels libres, qui est vraiment fondamentale. Donc je suis très content, très heureux d’être à Nantes qui, depuis des années on va dire, a une communauté libriste très active.

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Interview Frédéric Couchet - RRLL Nantes 2015  Voir?


Frédéric Couchet

Titre : Entretien - Frédéric Couchet, délégué général de l'association April
Intervenant : Frédéric Couchet
Lieu : Nantes - RRLL (Rencontres Régionales du Logiciel Libre)
Date : Septembre 2015
Licence : Verbatim
Durée : 7 min 45
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Transcription

Bonjour. Je suis content d’être à Nantes avec mes amis d'Alliance Libre1et des communautés libristes de la région. Effectivement, comme vous le disiez, l'April, l'objectif c'est promouvoir le logiciel libre, mais c'est aussi le défendre. J'en parlerai peut-être tout à l'heure. La promotion ça passe par beaucoup d'activités. Notre objectif, en fait, c'est vraiment de faire connaître le logiciel libre auprès du maximum de public. Ça fait 20 ans qu'on fait ça. On a été créé en 1996, mais on est une toute petite structure. On est une équipe de trois permanents, 4 000 adhérents, peut-être une vingtaine de personnes qui sont actives. Donc on est obligé de choisir nos modes d'action. On est présent sur des événements, à travers des stands. On fait des conférences. On est en contact régulièrement avec des journalistes et aussi beaucoup avec des structures intermédiaires. Par exemple, ces deux dernières années, on a beaucoup travaillé sur la sensibilisation du monde associatif. Un exemple : on a produit un guide de logiciels libres2 pour le monde associatif, qui fait à peu près 80 pages, qui présente le logiciel libre et les principaux outils utiles pour le monde associatif. On n'avait qu'une version PDF et donc, pour toucher le monde associatif, on est en contact avec des structures permettant, en fait, de financer une impression et ensuite d'autres structures pour permettre de toucher des réseaux associatifs directement. C'est-à-dire que plutôt que de toucher directement les associations, on a envoyé des guides à des fédérations et à charge pour elles de rediffuser dans leurs réseaux. Et là, aujourd'hui, on vient de mettre un terme à une campagne : il y a 7 000 exemplaires de ce guide qui vont être diffusés courant octobre dans des réseaux associatifs. Ça c'est un exemple de promotion. C'est un guide qui est à la fois disponible sur Internet, mais aussi en mode papier et qui va toucher le monde associatif.

On travaille aussi, évidemment, avec les responsables politiques, pour les sensibiliser autour du logiciel libre. On essaie vraiment de faire comprendre, en fait, aux gens que le logiciel libre ce n'est pas simplement qu'une question technique, mais aujourd'hui c'est un enjeu de société. Richard Stallman, qui est le fondateur du mouvement du logiciel libre, dit souvent que c'est l'incarnation informatique de la devise républicaine liberté, égalité, fraternité. Parce que dans le logiciel libre, il y a quatre libertés : utiliser un logiciel libre, en faire des copies, le modifier, étudier son fonctionnement. Égalité parce que tout le monde a les mêmes droits. C'est-à-dire qu'on soit un simple individu, une entreprise, une collectivité, un État, on a tous les mêmes droits par rapport à ce logiciel libre. Et fraternité parce que le but c'est de construire un monde de partage, de coopération. Tout à l'heure j'étais à un événement où le mot de partage revenait très souvent. Effectivement, c'est de construire une société, finalement, où les gens coopèrent, essaient de construire un monde meilleur. Pour nous, le logiciel libre c'est vraiment un enjeu de société, c'est une spécificité de notre vision des choses et on essaie de faire passer ça. Ce n'est pas qu'un enjeu technique.

[Musique]

Quelles sont les relations entre l'association April et les entreprises de services en logiciels libres ?

On a de très bon rapports parce qu'effectivement logiciel libre n'implique pas absence d'argent. La plupart des sociétés qui sont présentes ici font du service autour du logiciel libre. C'est-à-dire qu'elles installent des logiciels dans des entreprises, dans des associations, dans des collectivités. Elles font de la formation, etc. Et la relation qu'on a, on a une relation assez privilégiée, parce qu'en fait ces entreprises, leur activité, c'est vraiment de produire un service. Les entrepreneurs qui sont là passent 100 % de leur temps à essayer de satisfaire des besoins de clients avec du logiciel libre. Mais ces entreprises, et le logiciel libre aussi, évoluent dans un monde, aujourd'hui, qui évolue beaucoup, dans lequel il y a des lois qui peuvent éventuellement restreindre le logiciel libre, ou en tout cas ne pas le favoriser. Et ces entreprises qui sont majoritairement des petites structures, ce sont des PME/PMI, entre cinq/dix personnes et peut-être cinquante personnes, ces gens-là ont besoin d'une structure qui va porter un message au niveau politique et qui va essayer de défendre le logiciel libre et donc indirectement leurs intérêts. Un petit peu comme l'UFC-Que Choisir le fait pour les consommateurs, eh bien nous, c'est ce qu'on essaye de faire à notre modeste échelle, c'est d'essayer à la fois de promouvoir le logiciel libre mais aussi de le défendre. Et c'est pour ça que des entreprises du logiciel libre, des entreprises nantaises, mais aussi parisiennes, de Toulouse, adhèrent à l'April. Ce n'est pas parce qu'elles attendent un service, c'est qu'elles attendent simplement qu'on fasse, quelque part, notre activité de promouvoir et défendre le logiciel libre. Donc pour ces entreprises-là, évidemment, il y aura un retour parce que si le logiciel libre se diffuse, il y aura plus de business pour elles et donc, effectivement, elles seront très contentes.

Donc c'est une relation gagnant-gagnant. Aujourd’hui je crois qu'à l'April, de mémoire, on a, peut-être 200 entreprises membres sur les 4 000 adhérents. On doit avoir 250 associations, cinq/six collectivités. Donc voilà ! Ces gens-là se regroupent dans l'April, quelque part pour mutualiser des moyens de promotion et de défense du logiciel libre.

[Musique]

Quelles sont les relations entre l'association April et les institutions publiques ?

On a de fortes relations depuis maintenant, on va dire depuis 1999, donc ça fait maintenant 15/16 ans. Dans l’équipe de l'April on a une personne qui est en charge de ces aspects-là, des affaires publiques parce que c'est un point essentiel. En fait, dans les premières années d'existence de l'April, on ne se préoccupait pas trop de ça parce qu'on essayait de faire connaître le logiciel libre et on ne pensait pas que forcément on aurait besoin, à un moment, de le défendre. On ne pensait qu'il y aurait peut-être des gens qui essaieraient de limiter l'impact du logiciel libre. Et forcément il y a des gens qui essaient de limiter cet impact -là !

Donc à partir du début des années 2000, on a commencé à avoir une activité de relations avec les pouvoirs publics. Ça a été notamment en France dans les années 2004/2006 sur la Loi droit d'auteur. C'est aussi le cas au niveau européen. Donc aujourd'hui on a deux types d'actions en fait. La première, eh bien c'est sensibiliser le politique sur l’intérêt du logiciel libre, que ce soit au niveau ministériel donc dans les gouvernements, mais aussi au niveau des sénateurs, des parlementaires et on essaye aussi de relier ces actions au niveau local. Donc un exemple : dans deux mois il va y avoir les élections régionales. Dans le cadre des élections régionales, on a une campagne de sensibilisation des candidats qui est complètement décentralisée. On propose en fait aux gens, aux libristes, ou en tout cas les gens qui ont une sensibilité logiciel libre dans les régions, de contacter leurs candidats pour leur expliquer l’intérêt du logiciel libre et pour les engager à signer un pacte qui s'appelle Le pacte du Logiciel Libre3, qui est un petit document, qui engage le candidat, s'il est élu, de pouvoir mettre en œuvre des actions de promotion et développement du logiciel libre. Donc c'est un petit engagement qui n'engage, en fait, que celui effectivement qui reçoit la signature, mais en même temps c'est quand même un engagement moral et on fait ce genre de campagne depuis 2007. Et on voit qu'il y a dans des villes des gens qui ont pris des engagements. J'ai en tête Grenoble l'an dernier, par exemple sur les municipales, qui aujourd'hui met en œuvre des actions logiciel libre.

Et on a aussi l'action au niveau des projets de loi, beaucoup plus classique. C'est-à-dire quand on voit passer un projet de loi qui pourrait mettre en danger le logiciel libre, on essaie de l'analyser, d’éventuellement suggérer des amendements. Et là, dans les semaines qui viennent, il va y avoir un projet de loi important qui est le projet de loi « République numérique », porté par Axelle Lemaire, dont on annonce la publication de l’avant-projet samedi 26 septembre, donc dans deux jours. Là pareil, on va analyser, on va essayer de proposer des améliorations et on va contacter les parlementaires sur ce sujet.

[Musique]

Quels sont les projets de l'April ?

Les prochaines activités ? Eh bien il y a ce projet de loi dont je parle. Il y a toujours le monde associatif. Et là il va y avoir dans les deux/trois années à venir, surtout au niveau européen, puisqu'il y a des révisions de directives qui touchent l'informatique qui vont être sans doute mises en œuvre : la révision sur le droit d'auteur. Il y a aussi le commerce électronique. Donc une activité très intense au niveau européen, parce qu'on sait très bien aujourd'hui que beaucoup de choses se décident au niveau européen avant de redescendre en France. Donc ça, c'est un combat important.

Eh puis il y a le combat qui est mené aussi par tous les entrepreneurs du Libre, que je tiens quand même à saluer, qui font une activité de réponse aux besoins de clients, à base de logiciels libres, qui est vraiment fondamentale. Donc je suis très content, très heureux d’être à Nantes qui, depuis des années on va dire, a une communauté libriste très active.

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(30/06/2016 @ 10:23)

Malinux télé  Voir?


Julien Marin

Titre : Permettre l'accès aux logiciels libres éducatifs aux enfants du Mali et d'ailleurs
Intervenant : Julien Marin
Lieu : Capitole du Libre - Toulouse
Date : Novembre 2014
Durée : 18 min 21
Licence : Verbatim
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Description

Cette conférence présente différentes expériences menées avec les logiciels éducatifs libres au Mali. Le Mali est confronté à un taux d’analphabétisme très élevé. Informaticien de métier et vivant depuis 3 ans au Mali, j’essaye de travailler à apporter un appui à structure éducative avec les logiciels libres.

Il s'agit lors de cette conférence de présenter le pourquoi de la démarche, les problématiques spécifiques au système éducatif malien, l’intérêt que peuvent avoir les logiciels libres dans un tel contexte, puis d'expliquer les solutions matérielles envisagées pour diffuser ces logiciels : il ne s'agit pas de cloner des solutions qui fonctionnent en Europe, mais de rechercher des solutions adaptées au contexte de l’Afrique de l'ouest et dont le coût reste raisonnable.

Transcription

Les différentes solutions qu'on a imaginées par rapport aux problématiques qu'on avait sur place. Pour vous présenter un petit peu, rapidement, le système éducatif malien. On a les écoles, qui sont, on va dire l'enseignement, la forme d'enseignement la plus classique. Oui ?

[Réglages techniques]

Deux grands secteurs dans l'enseignement au Mali

Pour vous présenter le contexte dans lequel on travaille. Donc au Mali il y a d'un côté ce qu'on appelle l'enseignement formel qui va correspondre à l’école telle qu'on la connaît ici, c'est-à-dire des salles de classe avec un programme et des professeurs. Qui rencontre un certain nombre de problèmes, puisqu’il y a un énorme manque de moyens, donc des classes surchargées : la moyenne, l'effectif moyen d'une classe c'est 70 élèves. Et le secteur sur lequel on a travaillé en premier qui est ce qu’on appelle l'enseignement non formel. Donc ce qu'on appelle le non formel c'est tout ce qui est fait à côté de l'école par différentes associations. Il faut savoir qu'il y a à peu près un tiers des enfants qui n'ont pas la chance d'aller à l'école, mais il y a un grand nombre d'associations qui vont essayer de faire de l'alphabétisation pour ceux qui n'ont pas eu la chance de pouvoir y aller.

Le premier secteur sur lequel on a travaillé c'est le secteur non formel et, plus particulièrement, c'était les associations qui s'occupaient de tout ce qui était enfants des rues. Il y a énormément de d'enfants, en fait, soit des enfants des rues, soit des enfants qui ne peuvent pas vivre dans leur famille pour une raison ou une autre au Mali, parce qu'il y a eu des violences, parce qu'il y a eu différents conflits, et qui se retrouvent dans Bamako et donc qui sont recueillis. Ce sont des associations qui accueillent entre 10 et 50 enfants en général, et souvent la plupart de ces enfants, justement, font partie de ceux qui n'ont pas eu la chance d'aller à l'école. Et l’intérêt d’amener des logiciels éducatifs, c'est qu'on a constaté que dans ces centres, les enfants ont des groupes de niveaux très hétérogènes. Donc justement, le fait d'avoir accès à de l'informatique éducative, c’était aussi une possibilité, pour eux, de pouvoir travailler un petit peu. Il y a des cours qui sont menés d'alphabétisation dans ces centres, mais justement, ceux qui ont plus de difficultés, ça leur permet de repasser un peu sur l'ordinateur, de refaire les exercices, donc de pouvoir travailler un peu plus individuellement. Donc il y a différentes tentatives qui avaient été faites pour amener des logiciels éducatifs.

Ensuite pourquoi, quel est l’intérêt, qu'est-ce que peut apporter le logiciel libre dans cette démarche-là ?

La problématique de la langue d'enseignement

La première problématique où le logiciel libre a été très utile, c'est la problématique de la langue. Puisque la plupart des logiciels éducatifs existants, enfin, même tous, sont dans les langues des enfants soit d’ici, soit des États-Unis, mais c'est dans les langues, voilà. On ne trouvait pas de logiciels dans les langues des enfants en Afrique.

Pour vous donner un petit peu la situation linguistique au Mali, le français est la langue officielle, c'est-à-dire ça va être la langue de l'administration, de la télé et, dans la majorité des écoles, c’est encore en français qu'on enseigne. Cela dit, si on regarde, en fait le français est parlé par à peu près 15 % de la population. Ça veut dire qu'on a beaucoup d'enfants qui apprenaient à lire dans une langue qu'ils ne comprennent absolument pas. Et on a le bambara qui est la langue, on va dire, majoritaire au Mali. Et si on regarde les résultats entre les écoles qui sont en pédagogie dite convergente, c’est-à-dire en pédagogie bilingue, et les résultats des écoles qui sont, la majorité des écoles qui sont encore en français pur, on voit tout de suite qu'il y a une différence en termes de réussite qui est assez nette.

Et l'autre problématique, aussi, que posait le français c'est qu'il est maîtrisé de façon très différenciée par les hommes et les femmes. C'est-à-dire que, pour plein de raisons culturelles, les hommes sont plus poussés vers le français et moins les femmes. C'est le cas dans beaucoup de cultures patriarcales. Donc, si on s’appuyait sur le français, on savait qu'on allait encore plus désavantager les filles par rapport aux garçons. Donc l’intérêt, justement, de passer par du logiciel libre, c'est que ça a permis déjà, dans un premier temps, de reprendre des logiciels existants, ou d'en développer, et d’utiliser le bambara, qui est la langue locale, et donc qui a permis aux enfants de pouvoir travailler sur ordinateur, mais dans leur langue. Ça c’était déjà le premier intérêt du logiciel libre.

Objectifs

Ensuite, voilà un peu la démarche dans laquelle on l'a fait. Déjà essayer d'aider l'apprentissage de la lecture. Montrer aussi, un petit peu, que les langues locales peuvent, justement, fonctionner sur ordinateur. Souvent l'enseignement en langue maternelle des enfants est perçu comme quelque chose d'un petit peu archaïque, les gens se disent « mais non, mais regardez tout est en français, ça ne sert à rien de leur apprendre ces langues-là ». Donc c'est pour leur montrer que justement non, ça peut être aussi des langues modernes et qu'on peut très bien faire fonctionner des logiciels éducatifs avec ces langues-là.

Et après, les autres problématiques pour lesquelles les logiciels libres ont été intéressants, c'est notamment de s’adapter à la réalité du terrain. Il y a beaucoup d'ONG qui ont essayé d'amener des ordinateurs en Afrique. Souvent, malheureusement, ce sont des copiés-collés de solutions qui fonctionnent en Europe, mais qui, sur place, eh bien on se rend compte, pour diverses solutions, qu'il y a plein de problématiques qu'on n'a pas ici, qui font que ça ne fonctionne pas.

Une des problématiques, par exemple, qu'on a eue, nous : au début on récupérait des ordinateurs auprès d'entreprises, on les transportait jusqu'au Mali et on les amenait dans les centres qui s'occupaient de ces enfants-là, donc pré-chargés avec des logiciels éducatifs. Et le problème dont on s'est rendu compte c'est, qu'en fait, un ordinateur, sur place, ça représente énormément de valeur, ça veut dire, quand même, deux/trois mois de salaire local le prix d'un ordinateur. Donc les adultes avaient énormément de réticences à laisser les enfants les toucher. Ils n'ont pas été détournés, ils sont restés dans les locaux de l'association, mais ils ont été utilisés par les adultes et non par les enfants. Donc sur l'objectif éducatif, là-dessus, ça a un petit peu raté. Et donc justement après, le fait de passer par du Libre, on a pu passer par d'autres matériels que l'ordinateur.

Pérenne aussi, puisque, des fois, on amène des ordinateurs sous Windows et puis on va se retrouver avec beaucoup de problèmes de pannes, de virus, de plein de choses. Donc des fois, si on peut aussi avoir du matériel qui ne tombe pas en panne c'est encore la meilleure garantie que l'action qu'on fait ait un impact un peu plus durable dans le temps.

Et reproductible pour qu'après, quand on a fait le travail, toute personne puisse le réutiliser et que d'autres personnes puissent s'approprier le travail, et que ça puisse profiter au maximum de monde possible.

Choix techniques de Malinux télé

La solution qu'on a choisie c'est un petit projet qui s'appelle Malinux télé. En gros, il y a eu quatre choix techniques importants.

D'abord on a décidé de fonctionner sur télévision. Pourquoi ? Parce qu'on a constaté qu'on avait un échec avec les ordinateurs classiques qui étaient vraiment perçus comme un objet très luxueux pour que les adultes acceptent de les laisser dans les mains de ces enfants. Par contre, tous les centres qui accueillaient ces enfants des rues avaient une télévision que les enfants avaient le droit d'utiliser. Donc on a utilisé un Raspberry Pi, petite carte électronique qui était très peu chère, mais qui, en plus, a l'avantage d'avoir une sortie télé. Donc ça permet de faire afficher les logiciels sur la télé, et après on a un petit peu hacké les logiciels éducatifs qui sont à l'intérieur pour, notamment, eh bien optimiser l'espace d'affichage. On a enlevé les barres de titres, on a enlevé les barres de menus, on a essayé d'enlever un certain nombre de choses, pour que vraiment, sur l'écran de la télévision qui a, quand même, une zone d'affichage très réduite, on puisse avoir toute l'activité, l'essentiel de l'activité éducative.

Ensuite, un système dédié à l'éducatif, justement, pour qu'on ne puisse faire que de l'éducatif avec, pour pas que ça soit réutilisé pour d'autres choses.

On a essayé, justement, de hacker au maximum tous les logiciels qui étaient installés dessus, soit pour essayer d'introduire des mots en langue locale, soit pour changer les images, changer les fonds. Après tout, nous, les enfants qui utilisent des logiciels éducatifs ici, voient des scènes de leur vie quotidienne. Il n'y a pas de raison que, si on amène des logiciels en Afrique, ils n'aient pas le droit de voir quelque chose qui représente ce qu'ils vivent, eux.

Et ensuite, le dernier choix qu'on avait fait, c’était un système qui est en lecture seule, qui fonctionne comme un live CD. Ça c'est pour assurer la pérennité du système. Ça permet d'une part, déjà le Raspberry Pi fonctionne avec une carte SD, donc plus on écrit dessus, eh bien plus elle risque de mourir rapidement. Et ensuite, ça permet d'éviter tous les déréglages. Parce qu'un des problèmes qu'on avait aussi avec les ordinateurs, c'est qu'assez rapidement il y avait des options qui étaient changées dessus. Malheureusement, c'est vrai que sur place il n'y a pas beaucoup de personnes qui arrivent à les réinstaller, et souvent on arrive avec une machine qui, au bout de quelques mois, ne marche plus parce qu'il y a quelques petites options qui ont été changées. Donc là, on a décidé de fonctionner un peu plus sur le modèle un peu d'une console de jeux, mais on a remplacé les jeux par de l'éducatif. Donc c'est un système, en gros, qui est en lecture seule, qui ne bouge pas. Mais, par contre, il suffit de le brancher, ça marche.

Malinux télé, un petit ordinateur éducatif utilisant un téléviseur comme écran

Pour les gens qui n'ont jamais vu une carte Raspberry Pi, voilà un petit peu ce que ça donne. Nous on l'a montée dans un boîtier en bois parce que ça permettait de faire travailler les gens sur place, plutôt que d'acheter du plastique. Et justement, ça cassait un peu cette image de petit ordinateur, ça fait un petit boîtier en bois qu'on branchait sur la télé. On trouvait ça assez sympathique.

Écran d'accueil de Malinux télé

Donc après, au niveau du contenu qu'on a mis dessus, il y a des logiciels que tout le monde connaît ici : Gcompris, Tux Paint, TuxMaths, qui sont un petit peu les classiques de l'éducatif libre, et puis il y d'autres logiciels qu'on a un petit peu pris spécialement pour ça.

Des activités de lecture en langue bambara

Il y a des activités éducatives, pour apprendre à lire, qui correspondent au programme de première année en lecture, qui ont été développées en langue locale, grâce à l'aide des enfants du centre qui m'ont aidé pour l'enregistrement des voix.

Malinux télé embarque différentes ressources éducatives libres

Et puis dessus, après, on a TuxMaths, Gcompris, mais on a mis aussi, par exemple, Vikidia, qui est une encyclopédie pour enfants, qui est sur Internet, qui a été dumpée : le fait que ce soit du contenu libre nous autorisant de le remanier de manière à ce que ça puisse rentrer sur la carte SD et que les enfants puissent y avoir accès. Vikidia avait deux avantages. D'abord elle ne pèse que 400 mégaoctets par rapport à Wikipédia, et ensuite. le contenu est rédigé dans une langue vraiment accessible par les enfants. Et puis Tux Paint. On a différents logiciels, mais qu’on a un petit peu hackés, rapidement, pour mettre du contenu local, un contenu local, à l'intérieur.

Participants et participantes

Les personnes qui ont participé à ce projet. Donc l'association Bilou Toguna qui, en gros, encadre le projet et permet de récolter des dons et va jouer, un petit peu, un rôle d'encadrement administratif du projet.

Les enfants, notamment un enfant du centre qui m'a aidé pour la voix des activités.

Et puis après, toutes les personnes qui travaillent dans le domaine de l'enfance, de l'enfant en danger au Mali, qui m'ont donné différents contacts pour équiper différents centres sur Bamako.

Impact du projet

Au niveau de ce que ça pu faire pour l'instant. Il y a 17 centres qui ont été équipés de ce petit appareil. Le système qui a été mis en téléchargement libre sur le site, c'est du GPL, comme il se doit, avec l'idée, dans la suite, d'essayer de former des gens à construire le petit boîtier pour que ça puisse générer un petit commerce local, et que l'initiative puisse continuer à évoluer d’elle-même.

Et ensuite, ce qui a été intéressant, c'est que ça a permis de nouer pas mal de liens avec les personnes qui travaillent sur l'éducation là-bas, et de montrer justement que si, on peut utiliser les langues locales, on peut les utiliser sur ordinateur et on peut faire des choses assez modernes. Qu'on n'est pas du tout bloqués à une offre commerciale des logiciels éducatifs classiques que les gens connaissent habituellement, mais qu'on peut aussi faire ses propres choses, les faire évoluer. Ça a été l'occasion de montrer ça, qu'avec le Libre on peut vraiment faire des choses qui soient adaptées à ce dont on a besoin.

Un travail commence aussi à se mener avec les écoles

Et ça a donné lieu à quelques petits tests dans des écoles publiques. Ce sont des écoles qui avaient été équipées, notamment par les ONG, et les ordinateurs, il n'y avait plus de connexions. Ils s'en servaient d’accès à Internet, la connexion Internet était tombée en panne. Ils donnaient quelques cours de Word/Excel dessus quelques fois dans l'année, et le reste du temps, les ordinateurs ne servaient pas. Il y avait une personne qui était payée pour s’occuper de la salle, et la salle était très peu utilisée. Donc l'idée c'était de dire « est-ce qu'on ne peut pas amener des logiciels éducatifs ? » Comme les gamins sont généralement 70 par classe dans ces écoles-là, faire en sorte, eh bien une heure dans la semaine ils passent, ils sont deux sur un ordinateur, l'ordinateur les corrige. Il y a le gérant de la salle qui est là pour eux. Pendant ce temps-là le prof peut gérer une plus petite classe. Voilà, essayer de mettre en place des choses dans ces écoles-là.

Poursuivre le projet

Donc là, pour la poursuite des projets, nous, on cherche à continuer à équiper, on est en recherche de financements pour continuer à équiper les centres sur Bamako. Comme il y en a une cinquantaine, qu'on en a équipés 17, on voudrait pouvoir équiper les autres. Ce n'est pas un gros budget, c'est 30 euros à peu près entre le Raspberry et puis la boîte en bois, tout le matériel. Essayer de faire en sorte que ça puisse se développer tout seul, localement, si possible.

Aider, après, travailler avec les écoles, essayer d'équiper maintenant des écoles, puisqu’on a eu des partenariats qui se sont créés au fur et à mesure que le projet s'est développé, notamment avec l'IEP qui est l'Institut pour l’Éducation Populaire, qui font partie des gens qui militent pour, justement, la réintroduction des langues locales à l'école. Et donc il y a un travail qui a commencé à se faire avec eux, et on va voir si on ne peut pas soit amener les ordinateurs dans les écoles qui sont équipées de courant. Soit, il y a maintenant une version de Malinux qui est en train de se développer sur tablette puisque la tablette a quand même un énorme avantage, c'est que c'est un appareil qui est très peu consommateur, donc si on va en brousse, là où il n'y a pas de courant, ça permet d'équiper des salles de classe, et puis d'avoir un panneau très petit.

Il y a aussi eu des projets pas très adaptés sur le terrain, où on amenait des milliers et des milliers d'euros pour amener des groupes électrogènes, des panneaux pour amener des PC classiques en pleine brousse. Moi, ça me semblait démesuré, surtout quand on sait que le salaire d'un professeur c'est à peu près 80 euros le mois, amener des milliers d’euros pour un système qui, finalement, des fois marche, des fois tombe en panne, et puis n'est pas entretenu. Voilà, donc essayer de trouver des solutions plus à basse consommation, adaptées à ce qui se passe en campagne. Et voilà, en gros, le projet.

Mais nous, après, bien évidemment si des gens veulent soutenir ils sont les bienvenus. Si jamais vous connaissez des entreprises qui auraient un parc à réformer, c'est-à-dire des machines qui ne servent plus, qui ont quelques années d'utilisation parce qu'ils veulent changer le parc, il y a l'ONG Bilou Toguna qui peut les récupérer, faire un certificat de don, ça veut dire que l'entreprise s'est acquittée de ses obligations de recyclage du matériel. La seule condition qu'on pose, nous, c'est de récupérer des machines qui soient dans un état décent, parce que l'idée ce n'est pas de balancer des poubelles en Afrique. Si jamais vous connaissez des entreprises qui ont un parc à recycler… Il y a un partenaire local qui est l'Institut pour l’Éducation Populaire qui lui, après, va faire en sorte d'équiper les écoles avec, de former les enseignants pour qu'ils puissent, justement, faire tourner du logiciel éducatif dessus. Et voilà. Si jamais, après, il y a des gens qui s'y connaissent un peu en programmation tablette, qui veulent échanger avec moi et participer au projet, eh bien tout le monde est le bienvenu là-dessus. Je vous remercie. Est-ce que vous avez de questions ? Vous voulez discuter ?

Public : Est-ce que quelqu'un est le relais local ?

Julien : Sur place ? Tu es à quel niveau, par rapport à ?

Public : Ouais. Inaudible.

Julien : Aux ordinateurs. Il y a l'Institut pour l’Éducation Populaire, mais eux c'est plus sur les écoles que les orphelinats. Eux, ils sont déjà en partenariat avec un bon millier d'écoles sur place et du coup, eux, quand on amène des choses, ils vont vérifier après ce qui se passe : est-ce que c'est utilisé ? Est-ce que ça fonctionne ? Donc sur les écoles, ouais, il y a un relais. Sur les orphelinats, pour l'instant, ça dépend un peu des équipes locales. Nous, on amène les appareils, on essaye de former un petit peu les équipes à les utiliser. Il y a eu des cas où c’était beaucoup utilisé, presque une fois par soir ; des cas où c’était utilisé une fois dans la semaine ; et puis d'autres cas où les éducateurs ne les faisaient pas utiliser par les enfants. Après c’est un peu difficile aussi d'amener les choses et de forcer les gens. On ne peut pas forcer les gens. Soit les gens voient que ça les intéresse, ils vont l'utiliser, soit… Nous après, si tu veux, on les amène dans des endroits où il y a des équipes déjà sur place, et voilà.

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Malinux télé  Voir?


Julien Marin

Titre : Permettre l'accès aux logiciels libres éducatifs aux enfants du Mali et d'ailleurs
Intervenant : Julien Marin
Lieu : Capitole du Libre - Toulouse
Date : Novembre 2014
Durée : 18 min 21
Licence : Verbatim
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Description

Cette conférence présente différentes expériences menées avec les logiciels éducatifs libres au Mali. Le Mali est confronté à un taux d’analphabétisme très élevé. Informaticien de métier et vivant depuis 3 ans au Mali, j’essaye de travailler à apporter un appui à structure éducative avec les logiciels libres.

Il s'agit lors de cette conférence de présenter le pourquoi de la démarche, les problématiques spécifiques au système éducatif malien, l’intérêt que peuvent avoir les logiciels libres dans un tel contexte, puis d'expliquer les solutions matérielles envisagées pour diffuser ces logiciels : il ne s'agit pas de cloner des solutions qui fonctionnent en Europe, mais de rechercher des solutions adaptées au contexte de l’Afrique de l'ouest et dont le coût reste raisonnable.

Transcription

Les différentes solutions qu'on a imaginées par rapport aux problématiques qu'on avait sur place. Pour vous présenter un petit peu, rapidement, le système éducatif malien. On a les écoles, qui sont, on va dire l'enseignement, la forme d'enseignement la plus classique. Oui ?

[Réglages techniques]

Deux grands secteurs dans l'enseignement au Mali

Pour vous présenter le contexte dans lequel on travaille. Donc au Mali il y a d'un côté ce qu'on appelle l'enseignement formel qui va correspondre à l’école telle qu'on la connaît ici, c'est-à-dire des salles de classe avec un programme et des professeurs. Qui rencontre un certain nombre de problèmes, puisqu’il y a un énorme manque de moyens, donc des classes surchargées : la moyenne, l'effectif moyen d'une classe c'est 70 élèves. Et le secteur sur lequel on a travaillé en premier qui est ce qu’on appelle l'enseignement non formel. Donc ce qu'on appelle le non formel c'est tout ce qui est fait à côté de l'école par différentes associations. Il faut savoir qu'il y a à peu près un tiers des enfants qui n'ont pas la chance d'aller à l'école, mais il y a un grand nombre d'associations qui vont essayer de faire de l'alphabétisation pour ceux qui n'ont pas eu la chance de pouvoir y aller.

Le premier secteur sur lequel on a travaillé c'est le secteur non formel et, plus particulièrement, c'était les associations qui s'occupaient de tout ce qui était enfants des rues. Il y a énormément de d'enfants, en fait, soit des enfants des rues, soit des enfants qui ne peuvent pas vivre dans leur famille pour une raison ou une autre au Mali, parce qu'il y a eu des violences, parce qu'il y a eu différents conflits, et qui se retrouvent dans Bamako et donc qui sont recueillis. Ce sont des associations qui accueillent entre 10 et 50 enfants en général, et souvent la plupart de ces enfants, justement, font partie de ceux qui n'ont pas eu la chance d'aller à l'école. Et l’intérêt d’amener des logiciels éducatifs, c'est qu'on a constaté que dans ces centres, les enfants ont des groupes de niveaux très hétérogènes. Donc justement, le fait d'avoir accès à de l'informatique éducative, c’était aussi une possibilité, pour eux, de pouvoir travailler un petit peu. Il y a des cours qui sont menés d'alphabétisation dans ces centres, mais justement, ceux qui ont plus de difficultés, ça leur permet de repasser un peu sur l'ordinateur, de refaire les exercices, donc de pouvoir travailler un peu plus individuellement. Donc il y a différentes tentatives qui avaient été faites pour amener des logiciels éducatifs.

Ensuite pourquoi, quel est l’intérêt, qu'est-ce que peut apporter le logiciel libre dans cette démarche-là ?

La problématique de la langue d'enseignement

La première problématique où le logiciel libre a été très utile, c'est la problématique de la langue. Puisque la plupart des logiciels éducatifs existants, enfin, même tous, sont dans les langues des enfants soit d’ici, soit des États-Unis, mais c'est dans les langues, voilà. On ne trouvait pas de logiciels dans les langues des enfants en Afrique.

Pour vous donner un petit peu la situation linguistique au Mali, le français est la langue officielle, c'est-à-dire ça va être la langue de l'administration, de la télé et, dans la majorité des écoles, c’est encore en français qu'on enseigne. Cela dit, si on regarde, en fait le français est parlé par à peu près 15 % de la population. Ça veut dire qu'on a beaucoup d'enfants qui apprenaient à lire dans une langue qu'ils ne comprennent absolument pas. Et on a le bambara qui est la langue, on va dire, majoritaire au Mali. Et si on regarde les résultats entre les écoles qui sont en pédagogie dite convergente, c’est-à-dire en pédagogie bilingue, et les résultats des écoles qui sont, la majorité des écoles qui sont encore en français pur, on voit tout de suite qu'il y a une différence en termes de réussite qui est assez nette.

Et l'autre problématique, aussi, que posait le français c'est qu'il est maîtrisé de façon très différenciée par les hommes et les femmes. C'est-à-dire que, pour plein de raisons culturelles, les hommes sont plus poussés vers le français et moins les femmes. C'est le cas dans beaucoup de cultures patriarcales. Donc, si on s’appuyait sur le français, on savait qu'on allait encore plus désavantager les filles par rapport aux garçons. Donc l’intérêt, justement, de passer par du logiciel libre, c'est que ça a permis déjà, dans un premier temps, de reprendre des logiciels existants, ou d'en développer, et d’utiliser le bambara, qui est la langue locale, et donc qui a permis aux enfants de pouvoir travailler sur ordinateur, mais dans leur langue. Ça c’était déjà le premier intérêt du logiciel libre.

Objectifs

Ensuite, voilà un peu la démarche dans laquelle on l'a fait. Déjà essayer d'aider l'apprentissage de la lecture. Montrer aussi, un petit peu, que les langues locales peuvent, justement, fonctionner sur ordinateur. Souvent l'enseignement en langue maternelle des enfants est perçu comme quelque chose d'un petit peu archaïque, les gens se disent « mais non, mais regardez tout est en français, ça ne sert à rien de leur apprendre ces langues-là ». Donc c'est pour leur montrer que justement non, ça peut être aussi des langues modernes et qu'on peut très bien faire fonctionner des logiciels éducatifs avec ces langues-là.

Et après, les autres problématiques pour lesquelles les logiciels libres ont été intéressants, c'est notamment de s’adapter à la réalité du terrain. Il y a beaucoup d'ONG qui ont essayé d'amener des ordinateurs en Afrique. Souvent, malheureusement, ce sont des copiés-collés de solutions qui fonctionnent en Europe, mais qui, sur place, eh bien on se rend compte, pour diverses solutions, qu'il y a plein de problématiques qu'on n'a pas ici, qui font que ça ne fonctionne pas.

Une des problématiques, par exemple, qu'on a eue, nous : au début on récupérait des ordinateurs auprès d'entreprises, on les transportait jusqu'au Mali et on les amenait dans les centres qui s'occupaient de ces enfants-là, donc pré-chargés avec des logiciels éducatifs. Et le problème dont on s'est rendu compte c'est, qu'en fait, un ordinateur, sur place, ça représente énormément de valeur, ça veut dire, quand même, deux/trois mois de salaire local le prix d'un ordinateur. Donc les adultes avaient énormément de réticences à laisser les enfants les toucher. Ils n'ont pas été détournés, ils sont restés dans les locaux de l'association, mais ils ont été utilisés par les adultes et non par les enfants. Donc sur l'objectif éducatif, là-dessus, ça a un petit peu raté. Et donc justement après, le fait de passer par du Libre, on a pu passer par d'autres matériels que l'ordinateur.

Pérenne aussi, puisque, des fois, on amène des ordinateurs sous Windows et puis on va se retrouver avec beaucoup de problèmes de pannes, de virus, de plein de choses. Donc des fois, si on peut aussi avoir du matériel qui ne tombe pas en panne c'est encore la meilleure garantie que l'action qu'on fait ait un impact un peu plus durable dans le temps.

Et reproductible pour qu'après, quand on a fait le travail, toute personne puisse le réutiliser et que d'autres personnes puissent s'approprier le travail, et que ça puisse profiter au maximum de monde possible.

Choix techniques de Malinux télé

La solution qu'on a choisie c'est un petit projet qui s'appelle Malinux télé. En gros, il y a eu quatre choix techniques importants.

D'abord on a décidé de fonctionner sur télévision. Pourquoi ? Parce qu'on a constaté qu'on avait un échec avec les ordinateurs classiques qui étaient vraiment perçus comme un objet très luxueux pour que les adultes acceptent de les laisser dans les mains de ces enfants. Par contre, tous les centres qui accueillaient ces enfants des rues avaient une télévision que les enfants avaient le droit d'utiliser. Donc on a utilisé un Raspberry Pi, petite carte électronique qui était très peu chère, mais qui, en plus, a l'avantage d'avoir une sortie télé. Donc ça permet de faire afficher les logiciels sur la télé, et après on a un petit peu hacké les logiciels éducatifs qui sont à l'intérieur pour, notamment, eh bien optimiser l'espace d'affichage. On a enlevé les barres de titres, on a enlevé les barres de menus, on a essayé d'enlever un certain nombre de choses, pour que vraiment, sur l'écran de la télévision qui a, quand même, une zone d'affichage très réduite, on puisse avoir toute l'activité, l'essentiel de l'activité éducative.

Ensuite, un système dédié à l'éducatif, justement, pour qu'on ne puisse faire que de l'éducatif avec, pour pas que ça soit réutilisé pour d'autres choses.

On a essayé, justement, de hacker au maximum tous les logiciels qui étaient installés dessus, soit pour essayer d'introduire des mots en langue locale, soit pour changer les images, changer les fonds. Après tout, nous, les enfants qui utilisent des logiciels éducatifs ici, voient des scènes de leur vie quotidienne. Il n'y a pas de raison que, si on amène des logiciels en Afrique, ils n'aient pas le droit de voir quelque chose qui représente ce qu'ils vivent, eux.

Et ensuite, le dernier choix qu'on avait fait, c’était un système qui est en lecture seule, qui fonctionne comme un live CD. Ça c'est pour assurer la pérennité du système. Ça permet d'une part, déjà le Raspberry Pi fonctionne avec une carte SD, donc plus on écrit dessus, eh bien plus elle risque de mourir rapidement. Et ensuite, ça permet d'éviter tous les déréglages. Parce qu'un des problèmes qu'on avait aussi avec les ordinateurs, c'est qu'assez rapidement il y avait des options qui étaient changées dessus. Malheureusement, c'est vrai que sur place il n'y a pas beaucoup de personnes qui arrivent à les réinstaller, et souvent on arrive avec une machine qui, au bout de quelques mois, ne marche plus parce qu'il y a quelques petites options qui ont été changées. Donc là, on a décidé de fonctionner un peu plus sur le modèle un peu d'une console de jeux, mais on a remplacé les jeux par de l'éducatif. Donc c'est un système, en gros, qui est en lecture seule, qui ne bouge pas. Mais, par contre, il suffit de le brancher, ça marche.

Malinux télé, un petit ordinateur éducatif utilisant un téléviseur comme écran

Pour les gens qui n'ont jamais vu une carte Raspberry Pi, voilà un petit peu ce que ça donne. Nous on l'a montée dans un boîtier en bois parce que ça permettait de faire travailler les gens sur place, plutôt que d'acheter du plastique. Et justement, ça cassait un peu cette image de petit ordinateur, ça fait un petit boîtier en bois qu'on branchait sur la télé. On trouvait ça assez sympathique.

Écran d'accueil de Malinux télé

Donc après, au niveau du contenu qu'on a mis dessus, il y a des logiciels que tout le monde connaît ici : Gcompris, Tux Paint, TuxMaths, qui sont un petit peu les classiques de l'éducatif libre, et puis il y d'autres logiciels qu'on a un petit peu pris spécialement pour ça.

Des activités de lecture en langue bambara

Il y a des activités éducatives, pour apprendre à lire, qui correspondent au programme de première année en lecture, qui ont été développées en langue locale, grâce à l'aide des enfants du centre qui m'ont aidé pour l'enregistrement des voix.

Malinux télé embarque différentes ressources éducatives libres

Et puis dessus, après, on a TuxMaths, Gcompris, mais on a mis aussi, par exemple, Vikidia, qui est une encyclopédie pour enfants, qui est sur Internet, qui a été dumpée : le fait que ce soit du contenu libre nous autorisant de le remanier de manière à ce que ça puisse rentrer sur la carte SD et que les enfants puissent y avoir accès. Vikidia avait deux avantages. D'abord elle ne pèse que 400 mégaoctets par rapport à Wikipédia, et ensuite. le contenu est rédigé dans une langue vraiment accessible par les enfants. Et puis Tux Paint. On a différents logiciels, mais qu’on a un petit peu hackés, rapidement, pour mettre du contenu local, un contenu local, à l'intérieur.

Participants et participantes

Les personnes qui ont participé à ce projet. Donc l'association Bilou Toguna qui, en gros, encadre le projet et permet de récolter des dons et va jouer, un petit peu, un rôle d'encadrement administratif du projet.

Les enfants, notamment un enfant du centre qui m'a aidé pour la voix des activités.

Et puis après, toutes les personnes qui travaillent dans le domaine de l'enfance, de l'enfant en danger au Mali, qui m'ont donné différents contacts pour équiper différents centres sur Bamako.

Impact du projet

Au niveau de ce que ça pu faire pour l'instant. Il y a 17 centres qui ont été équipés de ce petit appareil. Le système qui a été mis en téléchargement libre sur le site, c'est du GPL, comme il se doit, avec l'idée, dans la suite, d'essayer de former des gens à construire le petit boîtier pour que ça puisse générer un petit commerce local, et que l'initiative puisse continuer à évoluer d’elle-même.

Et ensuite, ce qui a été intéressant, c'est que ça a permis de nouer pas mal de liens avec les personnes qui travaillent sur l'éducation là-bas, et de montrer justement que si, on peut utiliser les langues locales, on peut les utiliser sur ordinateur et on peut faire des choses assez modernes. Qu'on n'est pas du tout bloqués à une offre commerciale des logiciels éducatifs classiques que les gens connaissent habituellement, mais qu'on peut aussi faire ses propres choses, les faire évoluer. Ça a été l'occasion de montrer ça, qu'avec le Libre on peut vraiment faire des choses qui soient adaptées à ce dont on a besoin.

Un travail commence aussi à se mener avec les écoles

Et ça a donné lieu à quelques petits tests dans des écoles publiques. Ce sont des écoles qui avaient été équipées, notamment par les ONG, et les ordinateurs, il n'y avait plus de connexions. Ils s'en servaient d’accès à Internet, la connexion Internet était tombée en panne. Ils donnaient quelques cours de Word/Excel dessus quelques fois dans l'année, et le reste du temps, les ordinateurs ne servaient pas. Il y avait une personne qui était payée pour s’occuper de la salle, et la salle était très peu utilisée. Donc l'idée c'était de dire « est-ce qu'on ne peut pas amener des logiciels éducatifs ? » Comme les gamins sont généralement 70 par classe dans ces écoles-là, faire en sorte, eh bien une heure dans la semaine ils passent, ils sont deux sur un ordinateur, l'ordinateur les corrige. Il y a le gérant de la salle qui est là pour eux. Pendant ce temps-là le prof peut gérer une plus petite classe. Voilà, essayer de mettre en place des choses dans ces écoles-là.

Poursuivre le projet

Donc là, pour la poursuite des projets, nous, on cherche à continuer à équiper, on est en recherche de financements pour continuer à équiper les centres sur Bamako. Comme il y en a une cinquantaine, qu'on en a équipés 17, on voudrait pouvoir équiper les autres. Ce n'est pas un gros budget, c'est 30 euros à peu près entre le Raspberry et puis la boîte en bois, tout le matériel. Essayer de faire en sorte que ça puisse se développer tout seul, localement, si possible.

Aider, après, travailler avec les écoles, essayer d'équiper maintenant des écoles, puisqu’on a eu des partenariats qui se sont créés au fur et à mesure que le projet s'est développé, notamment avec l'IEP qui est l'Institut pour l’Éducation Populaire, qui font partie des gens qui militent pour, justement, la réintroduction des langues locales à l'école. Et donc il y a un travail qui a commencé à se faire avec eux, et on va voir si on ne peut pas soit amener les ordinateurs dans les écoles qui sont équipées de courant. Soit, il y a maintenant une version de Malinux qui est en train de se développer sur tablette puisque la tablette a quand même un énorme avantage, c'est que c'est un appareil qui est très peu consommateur, donc si on va en brousse, là où il n'y a pas de courant, ça permet d'équiper des salles de classe, et puis d'avoir un panneau très petit.

Il y a aussi eu des projets pas très adaptés sur le terrain, où on amenait des milliers et des milliers d'euros pour amener des groupes électrogènes, des panneaux pour amener des PC classiques en pleine brousse. Moi, ça me semblait démesuré, surtout quand on sait que le salaire d'un professeur c'est à peu près 80 euros le mois, amener des milliers d’euros pour un système qui, finalement, des fois marche, des fois tombe en panne, et puis n'est pas entretenu. Voilà, donc essayer de trouver des solutions plus à basse consommation, adaptées à ce qui se passe en campagne. Et voilà, en gros, le projet.

Mais nous, après, bien évidemment si des gens veulent soutenir ils sont les bienvenus. Si jamais vous connaissez des entreprises qui auraient un parc à réformer, c'est-à-dire des machines qui ne servent plus, qui ont quelques années d'utilisation parce qu'ils veulent changer le parc, il y a l'ONG Bilou Toguna qui peut les récupérer, faire un certificat de don, ça veut dire que l'entreprise s'est acquittée de ses obligations de recyclage du matériel. La seule condition qu'on pose, nous, c'est de récupérer des machines qui soient dans un état décent, parce que l'idée ce n'est pas de balancer des poubelles en Afrique. Si jamais vous connaissez des entreprises qui ont un parc à recycler… Il y a un partenaire local qui est l'Institut pour l’Éducation Populaire qui lui, après, va faire en sorte d'équiper les écoles avec, de former les enseignants pour qu'ils puissent, justement, faire tourner du logiciel éducatif dessus. Et voilà. Si jamais, après, il y a des gens qui s'y connaissent un peu en programmation tablette, qui veulent échanger avec moi et participer au projet, eh bien tout le monde est le bienvenu là-dessus. Je vous remercie. Est-ce que vous avez de questions ? Vous voulez discuter ?

Public : Est-ce que quelqu'un est le relais local ?

Julien : Sur place ? Tu es à quel niveau, par rapport à ?

Public : Ouais. Inaudible.

Julien : Aux ordinateurs. Il y a l'Institut pour l’Éducation Populaire, mais eux c'est plus sur les écoles que les orphelinats. Eux, ils sont déjà en partenariat avec un bon millier d'écoles sur place et du coup, eux, quand on amène des choses, ils vont vérifier après ce qui se passe : est-ce que c'est utilisé ? Est-ce que ça fonctionne ? Donc sur les écoles, ouais, il y a un relais. Sur les orphelinats, pour l'instant, ça dépend un peu des équipes locales. Nous, on amène les appareils, on essaye de former un petit peu les équipes à les utiliser. Il y a eu des cas où c’était beaucoup utilisé, presque une fois par soir ; des cas où c’était utilisé une fois dans la semaine ; et puis d'autres cas où les éducateurs ne les faisaient pas utiliser par les enfants. Après c’est un peu difficile aussi d'amener les choses et de forcer les gens. On ne peut pas forcer les gens. Soit les gens voient que ça les intéresse, ils vont l'utiliser, soit… Nous après, si tu veux, on les amène dans des endroits où il y a des équipes déjà sur place, et voilà.

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(29/06/2016 @ 13:34)

Quand Microsoft instrumentalise l'Éducation Nationale  Voir?

Paris, le 28 juin 2016. Communiqué de presse.

Autant il est courant de reprendre des citations d'écrivains, philosophes, personnalités politiques, autant il est invraisemblable de voir des décideurs de l'Éducation Nationale utilisés comme caution morale par la société Microsoft dans un marketing ambigu en direction du monde de l'éducation faisant suite au partenariat contesté signé en novembre 2015. Même s'il semble clair que le Ministère n'ait pas été acteur de cette campagne qui l'instrumentalise, cela renforce ce que nous dénoncions à savoir sa mise sous tutelle par cette entreprise américaine qui se poursuit au détriment d'une formation à l'informatique indépendante pour nos élèves qui ne peut se faire qu'en utilisant des logiciels libres et des formats ouverts.

Pour rappel, le texte intégral de l'accord, disponible sur le site de l'Éducation Nationale, présente plusieurs axes, dont la formation des enseignants à la maîtrise des environnements Microsoft en classe, la mise à disposition d'un écosystème Cloud, d'une plateforme de formation à distance. L'apprentissage du code se fera aussi sous l'égide de l'entreprise américaine. Cet accord prévoit aussi la formation de « décideurs de haut niveau » au sein des services du Ministère ou des académies. Il est également prévu de former 2500 chefs d'établissements.

Ce partenariat ressemble fort à un traité d'occupation de l'École numérique réalisé de plus sans consultation des acteurs de l'éducation. En interne la société peut compter sur de nombreux relais, souvent des enseignants en exercice, qu'elle regroupe dans un réseau nommé : « Microsoft Innovative Educator (MIE) Expert ».

Parmi les axes de ce partenariat ne figuraient pas les aspects liés au marketing. C'est désormais chose faite via le compte Twitter de Microsoft Education France qui semble considérer qu'elle a acquis tous les droits sur l'image et les propos des ministres français.

Voici un premier message avec Catherine Becchetti Bizot, Inspectrice générale de l'éducation nationale, chargée de mission numérique et surtout ancienne directrice du numérique pour l'éducation :

Becceti Bizot

Voici un autre avec Thierry Mandon, Secrétaire d'État chargé de l'Enseignement supérieur et de la Recherche :

Thierry Mandon

Même Mme la Ministre Najat Vallaud-Belkacem se retrouve instrumentalisée :

Najat Vallaud-Belkacem

Au-delà d'un marketing qui entretient volontiers la confusion, il est navrant de voir la direction prise par l'École dite numérique alors que nombre de personnels ont signé notre appel en faveur de l'utilisation des formats ouverts, ont dénoncé ce partenariat et que le collectif Édunathon (composé du CNLL, Ploss-ra et La Mouette) a engagé une action en justice. Tout cela est pour le moment sans réelle réponse de la part du Ministère. Il serait d'ailleurs intéressant de connaître la position des personnalités publiques concernées sur cette instrumentalisation de leurs propos.

Et Rémi Boulle, vice-président de l'April, de se poser la question : « Mme la Ministre Najat Vallaud-Belkacem serait-elle la nouvelle égérie de Microsoft ? Il s'agit d'un montage réalisé par Microsoft mais qui nous rappelle la mauvaise direction prise par l'École numérique : des logiciels privateurs et des formats fermés éloignés de toute vision politique forte qui aurait le mérite de contribuer à structurer davantage le marché du logiciel libre pour l'éducation en France ».

Plus de six mois après la signature de ce partenariat, il serait intéressant d'avoir un premier bilan : combien de « décideurs de haut-niveau » ont été formés sur les produits Microsoft ? Combien de chefs d'établissements et d'enseignants formés aux environnements numériques proposés par Microsoft ?

À propos de l'April

Pionnière du logiciel libre en France, l'April est depuis 1996 un acteur majeur de la démocratisation et de la diffusion du Logiciel Libre et des standards ouverts auprès du grand public, des professionnels et des institutions dans l'espace francophone. Elle veille aussi à sensibiliser l'opinion sur les dangers d'une appropriation exclusive de l'information et du savoir par des intérêts privés.

L'association est constituée de plus de 4 400 membres utilisateurs et producteurs de logiciels libres.

Pour plus d'informations, vous pouvez vous rendre sur le site Web à l'adresse suivante : http://www.april.org/, nous contacter par téléphone au +33 1 78 76 92 80 ou par notre formulaire de contact.

Contacts presse :

Frédéric Couchet, délégué général, fcouchet@april.org +33 1 78 76 92 80 / +33 6 60 68 89 31

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Quand Microsoft instrumentalise l'Éducation Nationale  Voir?

Paris, le 28 juin 2016. Communiqué de presse.

Autant il est courant de reprendre des citations d'écrivains, philosophes, personnalités politiques, autant il est invraisemblable de voir des décideurs de l'Éducation Nationale utilisés comme caution morale par la société Microsoft dans un marketing ambigu en direction du monde de l'éducation faisant suite au partenariat contesté signé en novembre 2015. Même s'il semble clair que le Ministère n'ait pas été acteur de cette campagne qui l'instrumentalise, cela renforce ce que nous dénoncions à savoir sa mise sous tutelle par cette entreprise américaine qui se poursuit au détriment d'une formation à l'informatique indépendante pour nos élèves qui ne peut se faire qu'en utilisant des logiciels libres et des formats ouverts.

Pour rappel, le texte intégral de l'accord, disponible sur le site de l'Éducation Nationale, présente plusieurs axes, dont la formation des enseignants à la maîtrise des environnements Microsoft en classe, la mise à disposition d'un écosystème Cloud, d'une plateforme de formation à distance. L'apprentissage du code se fera aussi sous l'égide de l'entreprise américaine. Cet accord prévoit aussi la formation de « décideurs de haut niveau » au sein des services du Ministère ou des académies. Il est également prévu de former 2500 chefs d'établissements.

Ce partenariat ressemble fort à un traité d'occupation de l'École numérique réalisé de plus sans consultation des acteurs de l'éducation. En interne la société peut compter sur de nombreux relais, souvent des enseignants en exercice, qu'elle regroupe dans un réseau nommé : « Microsoft Innovative Educator (MIE) Expert ».

Parmi les axes de ce partenariat ne figuraient pas les aspects liés au marketing. C'est désormais chose faite via le compte Twitter de Microsoft Education France qui semble considérer qu'elle a acquis tous les droits sur l'image et les propos des ministres français.

Voici un premier message avec Catherine Becchetti Bizot, Inspectrice générale de l'éducation nationale, chargée de mission numérique et surtout ancienne directrice du numérique pour l'éducation :

Becceti Bizot

Voici un autre avec Thierry Mandon, Secrétaire d'État chargé de l'Enseignement supérieur et de la Recherche :

Thierry Mandon

Même Mme la Ministre Najat Vallaud-Belkacem se retrouve instrumentalisée :

Najat Vallaud-Belkacem

Au-delà d'un marketing qui entretient volontiers la confusion, il est navrant de voir la direction prise par l'École dite numérique alors que nombre de personnels ont signé notre appel en faveur de l'utilisation des formats ouverts, ont dénoncé ce partenariat et que le collectif Édunathon (composé du CNLL, Ploss-ra et La Mouette) a engagé une action en justice. Tout cela est pour le moment sans réelle réponse de la part du Ministère. Il serait d'ailleurs intéressant de connaître la position des personnalités publiques concernées sur cette instrumentalisation de leurs propos.

Et Rémi Boulle, vice-président de l'April, de se poser la question : « Mme la Ministre Najat Vallaud-Belkacem serait-elle la nouvelle égérie de Microsoft ? Il s'agit d'un montage réalisé par Microsoft mais qui nous rappelle la mauvaise direction prise par l'École numérique : des logiciels privateurs et des formats fermés éloignés de toute vision politique forte qui aurait le mérite de contribuer à structurer davantage le marché du logiciel libre pour l'éducation en France ».

Plus de six mois après la signature de ce partenariat, il serait intéressant d'avoir un premier bilan : combien de « décideurs de haut-niveau » ont été formés sur les produits Microsoft ? Combien de chefs d'établissements et d'enseignants formés aux environnements numériques proposés par Microsoft ?

À propos de l'April

Pionnière du logiciel libre en France, l'April est depuis 1996 un acteur majeur de la démocratisation et de la diffusion du Logiciel Libre et des standards ouverts auprès du grand public, des professionnels et des institutions dans l'espace francophone. Elle veille aussi à sensibiliser l'opinion sur les dangers d'une appropriation exclusive de l'information et du savoir par des intérêts privés.

L'association est constituée de plus de 4 400 membres utilisateurs et producteurs de logiciels libres.

Pour plus d'informations, vous pouvez vous rendre sur le site Web à l'adresse suivante : http://www.april.org/, nous contacter par téléphone au +33 1 78 76 92 80 ou par notre formulaire de contact.

Contacts presse :

Frédéric Couchet, délégué général, fcouchet@april.org +33 1 78 76 92 80 / +33 6 60 68 89 31

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(28/06/2016 @ 10:43)

L'April présente à Pas Sage en Seine / Hacker Space Festival - du 30 juin au 3 juillet 2016  Voir?

30 Juin 2016 - 10:00
3 Juillet 2016 - 23:00

L'April sera présente à Pas Sage en Seine, qui cette année fusionne avec le Hacker Space Festival dans le but de créer un espace convivial, festif et inclusif pour promouvoir discours critiques et pratiques originales sur l'usage des outils numériques.

De nombreuses conférences sont proposées autour de hacking, activisme, vie privée, biens communs, Internet…

Le festival accueille également un espace communautaire où l'April sera présente avec de nombreuses associations amies comme Mozilla, Framasoft, La Quadrature du Net.

Nous vous invitons à venir nous rencontrer et à participer à l'animation du stand, pour faire de cet événement un moment fort de nos actions de sensibilisation.

Médiathèque Louis Aragon
17 rue Pierre Mendès France
94600 Choisy-le-Roy

RER : Ligne C, arrêt Gare de Choisy

Bus : 183, Tvm

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L'April présente à Pas Sage en Seine / Hacker Space Festival - du 30 juin au 3 juillet 2016  Voir?

30 Juin 2016 - 10:00
3 Juillet 2016 - 23:00

L'April sera présente à Pas Sage en Seine, qui cette année fusionne avec le Hacker Space Festival dans le but de créer un espace convivial, festif et inclusif pour promouvoir discours critiques et pratiques originales sur l'usage des outils numériques.

De nombreuses conférences sont proposées autour de hacking, activisme, vie privée, biens communs, Internet…

Le festival accueille également un espace communautaire où l'April sera présente avec de nombreuses associations amies comme Mozilla, Framasoft, La Quadrature du Net.

Nous vous invitons à venir nous rencontrer et à participer à l'animation du stand, pour faire de cet événement un moment fort de nos actions de sensibilisation.

Médiathèque Louis Aragon
17 rue Pierre Mendès France
94600 Choisy-le-Roy

RER : Ligne C, arrêt Gare de Choisy

Bus : 183, Tvm

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(27/06/2016 @ 17:27)

Revue de presse de l'April pour la semaine 25 de l'année 2016  Voir?

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 25

[ZDNet France] Les logiciels libres, ”seule alternative viable” pour la souveraineté numérique

Par Thierry Noisette, le dimanche 26 juin 2016. Extrait:
> Informaticien et commissaire à la Cnil, François Pellegrini plaide pour une priorité aux logiciels libres afin d'assurer une souveraineté numérique réelle.
Lien vers l'article original: http://www.zdnet.fr/actualites/les-logiciels-libres-seule-alternative-viable-pour-la-souverainete-numerique-39838886.htm

[Next INpact] L'Observatoire des libertés et du numérique juge la loi Lemaire «profondément décevante»

Par Xavier Berne, le samedi 25 juin 2016. Extrait:
> Même si le Parlement ne l’a pas encore adopté définitivement, l’Observatoire des libertés et du numérique (qui compte dans ses rangs la Ligue des droits de l'Homme ou La Quadrature du Net) juge d’ores et déjà que le projet de loi Numérique porté par Axelle Lemaire est «profondément» décevant et décourageant, tant sur sa méthode d’élaboration que sur son contenu.
Lien vers l'article original: http://www.nextinpact.com/news/100411-l-observatoire-libertes-et-numerique-juge-loi-lemaire-profondement-decevante.htm

[Next INpact] CHATONS: Framasoft veut promouvoir les hébergeurs «responsables»

Par Vincent Hermann, le vendredi 24 juin 2016. Extrait:
> Framasoft, après avoir souhaité «degoogliser» Internet, tourne son regard vers les hébergeurs. Il prépare ainsi une nouvelle initiative, baptisée CHATONS, qui doit permettre à n’importe quel type de structure de stocker des données en respectant une stricte charte de transparence. L'idée reste la même: lutter contre les GAFAM.
Lien vers l'article original: http://www.nextinpact.com/news/100393-chatons-framasoft-veut-promouvoir-hebergeurs-responsables.htm

Et aussi:
[lejdc] Comment protéger ses données? La réponse à Nevers avec Dégooglisons Internet

[ZDNet] L’Open Source est en train de tuer Android

Par Adrian Kingsley-Hughes, le mardi 21 juin 2016. Extrait:
> La plupart des problèmes d’Android proviennent du fait qu’il s’agit d’un système d’exploitation Open source.
Lien vers l'article original: http://www.zdnet.fr/actualites/l-open-source-est-en-train-de-tuer-android-39838644.htm

[Silicon] La communauté renforce son soutien en faveur de LibreOffice

Par David Feugey, le lundi 20 juin 2016. Extrait:
> The Document Foundation, The GNOME Foundation et KDE e.V. font bloc autour de la suite bureautique Open Source LibreOffice.
Lien vers l'article original: http://www.silicon.fr/la-communaute-linux-renforce-son-soutien-en-faveur-de-libreoffice-150738.html

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

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Revue de presse de l'April pour la semaine 25 de l'année 2016  Voir?

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 25

[ZDNet France] Les logiciels libres, ”seule alternative viable” pour la souveraineté numérique

Par Thierry Noisette, le dimanche 26 juin 2016. Extrait:
> Informaticien et commissaire à la Cnil, François Pellegrini plaide pour une priorité aux logiciels libres afin d'assurer une souveraineté numérique réelle.
Lien vers l'article original: http://www.zdnet.fr/actualites/les-logiciels-libres-seule-alternative-viable-pour-la-souverainete-numerique-39838886.htm

[Next INpact] L'Observatoire des libertés et du numérique juge la loi Lemaire «profondément décevante»

Par Xavier Berne, le samedi 25 juin 2016. Extrait:
> Même si le Parlement ne l’a pas encore adopté définitivement, l’Observatoire des libertés et du numérique (qui compte dans ses rangs la Ligue des droits de l'Homme ou La Quadrature du Net) juge d’ores et déjà que le projet de loi Numérique porté par Axelle Lemaire est «profondément» décevant et décourageant, tant sur sa méthode d’élaboration que sur son contenu.
Lien vers l'article original: http://www.nextinpact.com/news/100411-l-observatoire-libertes-et-numerique-juge-loi-lemaire-profondement-decevante.htm

[Next INpact] CHATONS: Framasoft veut promouvoir les hébergeurs «responsables»

Par Vincent Hermann, le vendredi 24 juin 2016. Extrait:
> Framasoft, après avoir souhaité «degoogliser» Internet, tourne son regard vers les hébergeurs. Il prépare ainsi une nouvelle initiative, baptisée CHATONS, qui doit permettre à n’importe quel type de structure de stocker des données en respectant une stricte charte de transparence. L'idée reste la même: lutter contre les GAFAM.
Lien vers l'article original: http://www.nextinpact.com/news/100393-chatons-framasoft-veut-promouvoir-hebergeurs-responsables.htm

Et aussi:
[lejdc] Comment protéger ses données? La réponse à Nevers avec Dégooglisons Internet

[ZDNet] L’Open Source est en train de tuer Android

Par Adrian Kingsley-Hughes, le mardi 21 juin 2016. Extrait:
> La plupart des problèmes d’Android proviennent du fait qu’il s’agit d’un système d’exploitation Open source.
Lien vers l'article original: http://www.zdnet.fr/actualites/l-open-source-est-en-train-de-tuer-android-39838644.htm

[Silicon] La communauté renforce son soutien en faveur de LibreOffice

Par David Feugey, le lundi 20 juin 2016. Extrait:
> The Document Foundation, The GNOME Foundation et KDE e.V. font bloc autour de la suite bureautique Open Source LibreOffice.
Lien vers l'article original: http://www.silicon.fr/la-communaute-linux-renforce-son-soutien-en-faveur-de-libreoffice-150738.html

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

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(27/06/2016 @ 17:20)

Apéro April et APL le 15 juillet 2016 à partir de 19h00 dans les locaux de l'April (Paris)  Voir?

15 Juillet 2016 - 19:00
15 Juillet 2016 - 23:00

Un apéro April ?

Un apéro April consiste à se réunir physiquement afin de se rencontrer, de faire plus ample connaissance, d'échanger, de partager une verre et de quoi manger mais aussi de discuter sur l'actualité et les actions de l'April. Un apéro April est ouvert à toute personne qui souhaite venir, membre de l'April ou pas. N'hésitez pas à venir nous rencontrer.

L'apéro a lieu à Paris notamment parce que le local s'y trouve ainsi que les permanents et de nombreux actifs. Membre ou pas de l'April vous êtes les bienvenus. Contactez-nous pour organiser un Apéro April dans votre région.

Quand et quoi

Le prochain apéro parisien aura lieu le vendredi 15 juillet 2016 à partir de 19h00 dans les locaux de l'April au 44/46 rue de l'ouest, bâtiment 8, 75014 Paris (entrée possible par la place de la Catalogne, à gauche du biocop, au niveau des autolib), le téléphone du local est le 01 78 76 92 80 en cas de besoin. Cet apéro est l'occasion de faire apéro commun avec l'APL (Apéro Parisien du Libre) organisé par Parinux.

En ouverture de l'apéro nous ferons un court point sur les dossiers/actions en cours.

Pour tous les détails et vous inscrire rendez-vous sur le pad.

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Apéro April et APL le 15 juillet 2016 à partir de 19h00 dans les locaux de l'April (Paris)  Voir?

15 Juillet 2016 - 19:00
15 Juillet 2016 - 23:00

Un apéro April ?

Un apéro April consiste à se réunir physiquement afin de se rencontrer, de faire plus ample connaissance, d'échanger, de partager une verre et de quoi manger mais aussi de discuter sur l'actualité et les actions de l'April. Un apéro April est ouvert à toute personne qui souhaite venir, membre de l'April ou pas. N'hésitez pas à venir nous rencontrer.

L'apéro a lieu à Paris notamment parce que le local s'y trouve ainsi que les permanents et de nombreux actifs. Membre ou pas de l'April vous êtes les bienvenus. Contactez-nous pour organiser un Apéro April dans votre région.

Quand et quoi

Le prochain apéro parisien aura lieu le vendredi 15 juillet 2016 à partir de 19h00 dans les locaux de l'April au 44/46 rue de l'ouest, bâtiment 8, 75014 Paris (entrée possible par la place de la Catalogne, à gauche du biocop, au niveau des autolib), le téléphone du local est le 01 78 76 92 80 en cas de besoin. Cet apéro est l'occasion de faire apéro commun avec l'APL (Apéro Parisien du Libre) organisé par Parinux.

En ouverture de l'apéro nous ferons un court point sur les dossiers/actions en cours.

Pour tous les détails et vous inscrire rendez-vous sur le pad.

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(24/06/2016 @ 21:43)

Scratch, Snap et Arduino : synthèse des échanges sur la liste du groupe de travail éducation  Voir?

Cet article est une synthèse de discussions sur la liste de diffusion du groupe de travail éducation de l’April. Il ne reflète pas les positions officielles de l’association. Rejoignez le groupe de travail éducation de l'April, en vous inscrivant à la liste de discussion (cette inscription est ouverte à tout le monde)

Cet article est une comparaison de deux logiciels d'apprentissage graphique de la programmation utilisables dans l'enseignement primaire et secondaire

Évolution du côté de Scratch

Scratch 3.0 pointe le bout de son nez
Première nouvelle, l’utilisation du logiciel privateur Flash ne sera plus requise. Une raison supplémentaire de cesser d’utiliser Flash qui devrait disparaître des internets. A priori, ici, tout serait conforme aux standards avec du HTML/JavaScript. À terme, il n’y aura donc plus besoin d’installer le logiciel privateur Adobe Air, ce qui va faciliter le travail des personnels en charge des réseaux des établissements scolaires. À noter que la version 2 sortie en 2013 n'est pas utilisée par tout le monde à cause de son emploi de Flash. Ainsi, la distribution Debian est restée à la version 1 qui repose sur Smalltalk. Cette version, bien que plus ancienne, bénéficie de plus de 10 années de maturation et donc reste largement utilisable pour les activités scolaires.

Logo Scratch

La future version supportera une syntaxe horizontale comme dans ScratchJr et une autre verticale comme dans le Scratch dit classique. Pour l’instant, seule l’horizontale est présente dans les codes sources publiés, l’arrivée de la syntaxe verticale étant prévue dans les mois à venir. Les tablettes sont une cible privilégiée. Ce projet est en phase de développement. C’est le fruit d’un partenariat avec Google. Le code soutenant les nouveaux "Scratch Blocks" est basé sur les Blocky de Google. Pour le MIT, ce partenariat est avant tout une opportunité importante d’augmenter la diffusion de Scratch.

Un nouvelle intéressante est le choix de la licence, Apache 2.

Pour le moment, les développeurs en sont à la partie langage visuel principalement. Pour la partie sauvegarde/partage des projets en ligne (ou sur un serveur), il est difficile d’évaluer dans quelle direction ils souhaitent aller. Une refonte du site web de Scratch sur le MIT est en cours, avec là encore le choix de licences libres, et c’est également libre comme on peut le voir sur le
dépôt github. Peut-être aura-t-on la posibilité de gérer nous-mêmes la partie stockage des projets ? Ceci serait intéressant en contexte éducatif pour mutualiser des projets Scratch à l’échelle d’un établissement scolaire ou d’un bassin, voire d’une académie. L’avenir nous le dira mais, pour l’instant, nos autorités sont plus occupées à signer des partenariats avec Microsoft, voire se laisser instrumentaliser pour leur communication d’entreprise, qu’à vraiment essayer de développer l’innovation et l’ouverture.

Snap!

Une alternative à Scratch existe depuis longtemps, elle s’appelle Snap!. Il est possible de la tester sur le serveur mis à disposition par Abulédu. Un gros avantage est que tout fonctionne avec un navigateur web et utilise des logiciels libres. Inutile de devoir utiliser ce que Richard Stallman qualifie, à raison, de « malware » : Flash (voir sa conférence transcrite par le groupe Transcriptions de l'April). Snap! est sous licence libre (GNU Affero General Public License).
Lors d’échanges sur la liste de diffusion du groupe éducation de l’April, un intervenant a signalé : « J'ai l'impression que Snap! est beaucoup plus riche, évolutif et "libre" que Scratch. Il y a un github qui paraît très actif . Il suffit de télécharger le fichier master.zip, de le dézipper et il fonctionne "out of the box", cela me semble lever les réticences autour de Scratch et cela semble fonctionner de façon identique ». Un autre a ajouté : « La richesse de Snap! vient de la possibilité de créer ses propres blocks. Une nouvelle version est sortie il y a environ une semaine dans laquelle les objets sprites peuvent être des arguments de fonctions… Plus je l'utilise, plus je me dis que ses applications sont sans limite ». Enfin, une dernière intervenante souligne : « Quand je ne comprends pas quelque chose, je pose mes questions sur le forum Github dédié et les développeurs y répondent très vite ».
Logo Scratch
Pour information, Nathalie Carrié, enseignante de mathématiques, a présenté Snap! à l’IREM de la Réunion le 14 juin. Il devrait être possible de récupérer la présentation sur le site de cette institution. Une autre présentation est prévue aux RMLLd de Saint-Joseph de la Réunion entre le 7 et le 10 juillet.

Avec Snap!, il est possible de faire des appels HTTP ! Cela ouvre des possibilités intéressantes d’un point de vue pédagogique sur le fonctionnement du Web. Autre fonctionnalité intéressante, on peut également exécuter du code JavaScript, il y a un bloc spécial pour cela. On peut donc mélanger code visuel et code texte. Cela semble une bonne manière pour faire la transition entre les deux : on commence à apprendre les blocs et petit à petit on peut se mettre à la programmation texte. Et on peut choisir le mode qui est le plus adapté suivant ce que l’on souhaite faire. Autre avantage : cela ouvre de nouvelles possibilités d’extension.

Toujours selon un intervenant de la liste, « Snap! a vraiment beaucoup plus de possibilités que Scratch. Surtout en termes de blocs disponibles. C'est plus riche et on peut faire des choses un peu plus complexes qu'avec Scratch. Il me semble que c'est une volonté de l'équipe de développeurs de Scratch de ne pas trop en mettre pour ne pas "noyer" les scratcheurs, ce qui peut se défendre mais cela fait qu'il manque des choses essentielles, comme par exemple la possibilité de définir des blocs qui renvoient quelque chose (ce qu'on peut faire avec Snap!). Personnellement je préfère un outil qui offre plus de possibilités quitte à ce que chacun pioche uniquement ce qu'il a envie d'utiliser et à son rythme. Par contre, l'avantage de Scratch version online est le partage en ligne, le remix, les studios, etc. (mais tout le monde n'a pas forcément besoin de ça). Bémol, je viens de voir qu'avec Snap! on pouvait enregistrer ses projet en ligne et soit les garder privés soit les rendre publics, dans ce cas un lien permet d'y accéder. Par contre j'ai l'impression qu'il n'y pas de page "profil" où on pourrait voir tous les projets de quelqu'un et les remixer (comme avec Scratch). »

Un autre intervenant a eu la chance de discuter avec le créateur de Snap! Jens Mönig lors du dernier colloque Robotique et Education. Les démos qu'il a faites sur les dernières fonctionnalités étaient remarquables. On ne voit plus les limites du logiciel.
Selon le créateur de Snap!, il y a différents niveaux d'accès :

  • "low floor" -> accessible très facilement au plus grand nombre
  • "no ceiling" -> on peut faire des choses très, très complexes (cf lambda calcul)
  • "wide walls" -> plein d'approches différentes sont possibles.

À noter qu'un atelier sur Snap! aura lieu lors des prochaines journées de l'APMEP à Lyon en octobre. Le nom de ce atelier est « Robotique au lycée avec le robot PoppyErgo ».

Un participant signale : « Par contre, il y a quelque chose qui me manque dans les deux, c'est la possibilité de travailler à plusieurs sur un même projet. »

Dans Snap! , il est possible d’avoir des lutins/scènes en vectoriel (SVG…) comme dans Scratch. Il suffit de les glisser-déposer dans la zone des costumes. Par contre à la différence de Scratch il n'est pas possible de dessiner et de modifier des lutins en vectoriel. Il n'y a pas non plus d'outil texte afin de créer un lutin qui contient du texte.

D’un point de vue technologique, en se basant sur Flash, Scratch 2.0 s’était engagé dans une impasse. Scratch 3.0 cherche à en sortir en se basant uniquement sur des standards Web. Les développeurs de Snap! ont, eux, choisi ces technologies dès le départ. Cependant, ils ont également fait un choix technologique structurant qui risque d’être un frein pour le développement de Snap!. En effet, Snap! redessine tout dans un canvas au lieu d’utiliser des objets "HTML" (DOM pour être plus précis). Les développeurs ont donc dû recoder tout ce qui est rendu graphique de l’interface au lieu de se reposer sur les moteurs de rendu efficaces des navigateurs, ce qui est une grande perte d’énergie et une grosse contrainte pour les futurs dévelopements.

Création d’un fichier exécutable à partir d’un projet Snap!

Il existe aussi la possibilité de créer un exécutable à partir d’un projet Snap!. Pour cela, il suffit d’exporter le projet en XML, puis de suivre ce lien. Ensuite on y charge le XML, on sélectionne la plateforme et cela produit un fichier zip qu’il suffit de décompresser pour utilisation. Cette fonctionnalité a vraiment été appréciée. Selon un animateur d’ateliers : « C’est une demande qu’on a régulièrement de la part des enfants lors de nos ateliers : certains veulent pouvoir donner leurs jeux à leur entourage sans forcément avoir à passer par un site ».

Arduino

On peut interfacer les cartes Arduino avec Snap!. Voir sur le site de S4A (Scratch for Arduino) (licence GNU GPL et MIT). Pour connecter d’autres matériels, voir la section "Use devices with Snap!:" du site officiel de Snap!

Si vous souhaitez aussi participer ce type de discussions, profiter des échanges ou peaufiner votre activité de veille, alors rejoignez le groupe de travail éducation de l'April, en vous inscrivant à la liste de discussion (cette inscription est ouverte à tout le monde)

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Scratch, Snap et Arduino : synthèse des échanges sur la liste du groupe de travail éducation  Voir?

Cet article est une synthèse de discussions sur la liste de diffusion du groupe de travail éducation de l’April. Il ne reflète pas les positions officielles de l’association. Rejoignez le groupe de travail éducation de l'April, en vous inscrivant à la liste de discussion (cette inscription est ouverte à tout le monde)

Cet article est une comparaison de deux logiciels d'apprentissage graphique de la programmation utilisables dans l'enseignement primaire et secondaire

Évolution du côté de Scratch

Scratch 3.0 pointe le bout de son nez
Première nouvelle, l’utilisation du logiciel privateur Flash ne sera plus requise. Une raison supplémentaire de cesser d’utiliser Flash qui devrait disparaître des internets. A priori, ici, tout serait conforme aux standards avec du HTML/JavaScript. À terme, il n’y aura donc plus besoin d’installer le logiciel privateur Adobe Air, ce qui va faciliter le travail des personnels en charge des réseaux des établissements scolaires. À noter que la version 2 sortie en 2013 n'est pas utilisée par tout le monde à cause de son emploi de Flash. Ainsi, la distribution Debian est restée à la version 1 qui repose sur Smalltalk. Cette version, bien que plus ancienne, bénéficie de plus de 10 années de maturation et donc reste largement utilisable pour les activités scolaires.

Logo Scratch

La future version supportera une syntaxe horizontale comme dans ScratchJr et une autre verticale comme dans le Scratch dit classique. Pour l’instant, seule l’horizontale est présente dans les codes sources publiés, l’arrivée de la syntaxe verticale étant prévue dans les mois à venir. Les tablettes sont une cible privilégiée. Ce projet est en phase de développement. C’est le fruit d’un partenariat avec Google. Le code soutenant les nouveaux "Scratch Blocks" est basé sur les Blocky de Google. Pour le MIT, ce partenariat est avant tout une opportunité importante d’augmenter la diffusion de Scratch.

Un nouvelle intéressante est le choix de la licence, Apache 2.

Pour le moment, les développeurs en sont à la partie langage visuel principalement. Pour la partie sauvegarde/partage des projets en ligne (ou sur un serveur), il est difficile d’évaluer dans quelle direction ils souhaitent aller. Une refonte du site web de Scratch sur le MIT est en cours, avec là encore le choix de licences libres, et c’est également libre comme on peut le voir sur le
dépôt github. Peut-être aura-t-on la posibilité de gérer nous-mêmes la partie stockage des projets ? Ceci serait intéressant en contexte éducatif pour mutualiser des projets Scratch à l’échelle d’un établissement scolaire ou d’un bassin, voire d’une académie. L’avenir nous le dira mais, pour l’instant, nos autorités sont plus occupées à signer des partenariats avec Microsoft, voire se laisser instrumentaliser pour leur communication d’entreprise, qu’à vraiment essayer de développer l’innovation et l’ouverture.

Snap!

Une alternative à Scratch existe depuis longtemps, elle s’appelle Snap!. Il est possible de la tester sur le serveur mis à disposition par Abulédu. Un gros avantage est que tout fonctionne avec un navigateur web et utilise des logiciels libres. Inutile de devoir utiliser ce que Richard Stallman qualifie, à raison, de « malware » : Flash (voir sa conférence transcrite par le groupe Transcriptions de l'April). Snap! est sous licence libre (GNU Affero General Public License).
Lors d’échanges sur la liste de diffusion du groupe éducation de l’April, un intervenant a signalé : « J'ai l'impression que Snap! est beaucoup plus riche, évolutif et "libre" que Scratch. Il y a un github qui paraît très actif . Il suffit de télécharger le fichier master.zip, de le dézipper et il fonctionne "out of the box", cela me semble lever les réticences autour de Scratch et cela semble fonctionner de façon identique ». Un autre a ajouté : « La richesse de Snap! vient de la possibilité de créer ses propres blocks. Une nouvelle version est sortie il y a environ une semaine dans laquelle les objets sprites peuvent être des arguments de fonctions… Plus je l'utilise, plus je me dis que ses applications sont sans limite ». Enfin, une dernière intervenante souligne : « Quand je ne comprends pas quelque chose, je pose mes questions sur le forum Github dédié et les développeurs y répondent très vite ».
Logo Scratch
Pour information, Nathalie Carrié, enseignante de mathématiques, a présenté Snap! à l’IREM de la Réunion le 14 juin. Il devrait être possible de récupérer la présentation sur le site de cette institution. Une autre présentation est prévue aux RMLLd de Saint-Joseph de la Réunion entre le 7 et le 10 juillet.

Avec Snap!, il est possible de faire des appels HTTP ! Cela ouvre des possibilités intéressantes d’un point de vue pédagogique sur le fonctionnement du Web. Autre fonctionnalité intéressante, on peut également exécuter du code JavaScript, il y a un bloc spécial pour cela. On peut donc mélanger code visuel et code texte. Cela semble une bonne manière pour faire la transition entre les deux : on commence à apprendre les blocs et petit à petit on peut se mettre à la programmation texte. Et on peut choisir le mode qui est le plus adapté suivant ce que l’on souhaite faire. Autre avantage : cela ouvre de nouvelles possibilités d’extension.

Toujours selon un intervenant de la liste, « Snap! a vraiment beaucoup plus de possibilités que Scratch. Surtout en termes de blocs disponibles. C'est plus riche et on peut faire des choses un peu plus complexes qu'avec Scratch. Il me semble que c'est une volonté de l'équipe de développeurs de Scratch de ne pas trop en mettre pour ne pas "noyer" les scratcheurs, ce qui peut se défendre mais cela fait qu'il manque des choses essentielles, comme par exemple la possibilité de définir des blocs qui renvoient quelque chose (ce qu'on peut faire avec Snap!). Personnellement je préfère un outil qui offre plus de possibilités quitte à ce que chacun pioche uniquement ce qu'il a envie d'utiliser et à son rythme. Par contre, l'avantage de Scratch version online est le partage en ligne, le remix, les studios, etc. (mais tout le monde n'a pas forcément besoin de ça). Bémol, je viens de voir qu'avec Snap! on pouvait enregistrer ses projet en ligne et soit les garder privés soit les rendre publics, dans ce cas un lien permet d'y accéder. Par contre j'ai l'impression qu'il n'y pas de page "profil" où on pourrait voir tous les projets de quelqu'un et les remixer (comme avec Scratch). »

Un autre intervenant a eu la chance de discuter avec le créateur de Snap! Jens Mönig lors du dernier colloque Robotique et Education. Les démos qu'il a faites sur les dernières fonctionnalités étaient remarquables. On ne voit plus les limites du logiciel.
Selon le créateur de Snap!, il y a différents niveaux d'accès :

  • "low floor" -> accessible très facilement au plus grand nombre
  • "no ceiling" -> on peut faire des choses très, très complexes (cf lambda calcul)
  • "wide walls" -> plein d'approches différentes sont possibles.

À noter qu'un atelier sur Snap! aura lieu lors des prochaines journées de l'APMEP à Lyon en octobre. Le nom de ce atelier est « Robotique au lycée avec le robot PoppyErgo ».

Un participant signale : « Par contre, il y a quelque chose qui me manque dans les deux, c'est la possibilité de travailler à plusieurs sur un même projet. »

Dans Snap! , il est possible d’avoir des lutins/scènes en vectoriel (SVG…) comme dans Scratch. Il suffit de les glisser-déposer dans la zone des costumes. Par contre à la différence de Scratch il n'est pas possible de dessiner et de modifier des lutins en vectoriel. Il n'y a pas non plus d'outil texte afin de créer un lutin qui contient du texte.

D’un point de vue technologique, en se basant sur Flash, Scratch 2.0 s’était engagé dans une impasse. Scratch 3.0 cherche à en sortir en se basant uniquement sur des standards Web. Les développeurs de Snap! ont, eux, choisi ces technologies dès le départ. Cependant, ils ont également fait un choix technologique structurant qui risque d’être un frein pour le développement de Snap!. En effet, Snap! redessine tout dans un canvas au lieu d’utiliser des objets "HTML" (DOM pour être plus précis). Les développeurs ont donc dû recoder tout ce qui est rendu graphique de l’interface au lieu de se reposer sur les moteurs de rendu efficaces des navigateurs, ce qui est une grande perte d’énergie et une grosse contrainte pour les futurs dévelopements.

Création d’un fichier exécutable à partir d’un projet Snap!

Il existe aussi la possibilité de créer un exécutable à partir d’un projet Snap!. Pour cela, il suffit d’exporter le projet en XML, puis de suivre ce lien. Ensuite on y charge le XML, on sélectionne la plateforme et cela produit un fichier zip qu’il suffit de décompresser pour utilisation. Cette fonctionnalité a vraiment été appréciée. Selon un animateur d’ateliers : « C’est une demande qu’on a régulièrement de la part des enfants lors de nos ateliers : certains veulent pouvoir donner leurs jeux à leur entourage sans forcément avoir à passer par un site ».

Arduino

On peut interfacer les cartes Arduino avec Snap!. Voir sur le site de S4A (Scratch for Arduino) (licence GNU GPL et MIT). Pour connecter d’autres matériels, voir la section "Use devices with Snap!:" du site officiel de Snap!

Si vous souhaitez aussi participer ce type de discussions, profiter des échanges ou peaufiner votre activité de veille, alors rejoignez le groupe de travail éducation de l'April, en vous inscrivant à la liste de discussion (cette inscription est ouverte à tout le monde)

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(24/06/2016 @ 11:29)

Opération « Dégooglisons » à Nevers les 24/25/26 juin 2016  Voir?

24 Juin 2016 - 14:00
26 Juin 2016 - 17:00


Un week-end Degooglisons Internet à Nevers

Mi-avril, les services de la ville de Nevers, dans le cadre de leur Année du Numérique, ont pris contact avec Framasoft pour proposer d’animer, avec le GULL local Nevers Libre, un événement d’envergure autour de la thématique de la décentralisation d’internet.

Les thèmes abordés du week-end : la concentration des pouvoirs des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft), mais aussi auto-hébergement, biens communs, et bien évidemment logiciels libres !

Ces temps sont volontairement ouverts à tou-te-s afin d’avoir un programme « souple » permettant à chacun de participer et de partager ses questions et ses connaissances.
Venez !

Le programme et les différents lieux:

Vendredi 24/06

*dès 14h : Lycée Raoul Follereau, 9 Bd St-Exupéry, Nevers
14H Intervention « Internet et vie privée : je t’aime, moi non plus ? » (Framasoft)

*soirée
CinéMAZARIN, 120 rue de Charleville, Nevers
20H à 20H30 : Conférence de presse : Annonce manifeste et charte CHATONS, par Framasoft.
20H30 : projection-débat du documentaire « Les Nouveaux Loups du Web », de Cullen Hoback (1h15)
Avez vous déjà lu les conditions générales d’utilisation des données privées présentes sur chaque site internet que vous visitez, ou sur les applications que vous utilisez ? Bien sûr que non. Et pourtant, ces mentions autorisent les entreprises à utiliser vos informations personnelles dans un cadre au delà de votre imagination. Le film vous révèle ce que les entreprises et les gouvernements vous soustraient en toute légalité, à partir du moment où vous avez cliqué sur « J’accepte », et les conséquences scandaleuses qui en découlent. La projection du film sera suivie d’un débat animé par l’association Framasoft.
Vous pouvez pré-reserver vos places !

Samedi 25/06

Lieu : l’Inkub, site Pittié, 5 rue du 13eme de ligne, Nevers
Tout au long de la journée, retrouvez sur le « village associatif » différentes associations qui pourront vous présenter différents aspects du logiciel et de la culture libres. Différents ateliers animés par ces mêmes structures pourront vous permettre de pratiquer («Comment contribuer à Wikipédia ou OpenStreetMap?», «Utilisation de CozyCloud», «Créer un fournisseur d’accès à internet libre de proximité», «Mieux contrôler sa vie privée avec Firefox», etc.)

* 10/12H : Conférence «Qu’est ce que le Logiciel libre?»
Cette conférence vise à présenter au grand public ce qu’est le logiciel libre, son histoire, ainsi que les enjeux de ce mouvement qui est loin de n’être que technique. Intervenantes : Odile Bénassy, Magali Garnero, Association April.

* 14H/15H30 : Conférence «Nos vies privées sont-elles solubles dans les silos de données de Google?»
L’emprise de Google, Apple, Facebook, Amazon ou Microsoft ne cesse de croître. Non seulement sur internet, mais aussi dans bien d’autres domaines (robotique, automobile, santé, presse, média, etc). L’association Framasoft s’est fixé l’ambitieuse mission de montrer qu’il était possible – grâce au logiciel libre – de résister à la colonisation d’internet et à marchandisation de notre vie privée. Intervenants : Pierre-Yves Gosset, Pouhiou, Association Framasoft.

* 16H00/17H30 : Conférence «Google, un big brother aux pieds d’argile!»
Cozy permet à n’importe qui d’avoir son serveur web et de l’administrer à travers une interface très simple. Il offre la possibilité d’installer des applications web et de stocker ses données personnelles sur un matériel que l’on maîtrise. Contacts, calendriers, fichiers… Tout est au même endroit ! Intervenant : Benjamin André, CEO et co-fondateur de Cozy Cloud.

* 18H00/19H30 : Paroles croisées «La presse à l’heure des GAFAM»
Tous les secteurs sont impactés par l’omniprésence et la puissance des géants du numérique (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft, etc.). La presse n’est pas épargnée. Comment s’adapter aux changements de pratiques des lecteurs ? Comment résister à la pression des plateformes ? Quels sont les modèles économiques existants ou à inventer ? Quels sont les impacts sur le métier de journaliste ? En croisant les expériences d’un journal historiquement “papier” à dimension régional et celui d’un site d’informations spécialisé né sur internet, nous essaieront de mettre en valeur les enjeux d’une presse à traversée par le numérique. Intervenants : David Legrand, directeur des rédactions de NextInpact, Jean Philippe Berthin, rédacteur en chef du Journal du Centre. Animateur : Pierre-Yves Gosset, Framasoft

* A partir de 20H : BARCAMP: «Venez découvrir et contribuer à des projets libres (OpenStreetMap, Wikipédia, Firefox, Cozy, etc.)»
Wikipédia définit le barcamp comme «une non-conférence ouverte qui prend la forme d’ateliers-événements participatifs où le contenu est fourni par les participants qui doivent tous, à un titre ou à un autre, apporter quelque chose au Barcamp. C’est le principe pas de spectateur, tous participants.»

Dimanche 26

Lieu : l’Inkub, site Pittié, 5 rue du 13eme de ligne, Nevers

* 10h à 10h45 : Carte blanche à Louis Pouzin

* 11H/13h00 : Table ronde citoyenne: “Un internet neutre et relocalisé : quels enjeux pour les territoires?”
« Le “cloud”, c’est l’ordinateur de quelqu’un d’autre. ». Au travers des regards et expériences de différents acteurs tentant – chacun à leur façon – de promouvoir un internet et des services de proximité au service des citoyen, la table ronde vise à explorer les pistes de résistance à une appropriation d’internet par quelques entreprises. Intervenants : Fédération FDN, Association April, La Quadrature du Net, Stéphane Bernier (DSI Ville de Nevers), Quentin Bouteiller (Nevers Libre), Louis Pouzin. Animateur : Benjamin Jean (Inno3)

* 14H/16H : Table ronde “Les communs numériques”
Pour conclure ces journées, cette table ronde vise à « prendre de la hauteur » en posant la question essentielle de la présence des « communs » à l’heure du numérique, mais aussi des pressions sociétales, lobbyistes, économiques auquel ces ressources doivent faire face. Intervenants : Odile Bénassy (April), Christian Quest (Président OpenStreetMap France), Pouhiou (Collectif SavoirsCom1). Animateur : Jérémie Nestel

* 16H : Clôture de l’événement : Alain Bourcier, Vice Président de l’Agglomération de Nevers en Charge du Numérique

Téléchargez le programme complet en version PDF.
pour plus d'informations, allez sur le site de l'événement.

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Opération « Dégooglisons » à Nevers les 24/25/26 juin 2016  Voir?

24 Juin 2016 - 14:00
26 Juin 2016 - 17:00


Un week-end Degooglisons Internet à Nevers

Mi-avril, les services de la ville de Nevers, dans le cadre de leur Année du Numérique, ont pris contact avec Framasoft pour proposer d’animer, avec le GULL local Nevers Libre, un événement d’envergure autour de la thématique de la décentralisation d’internet.

Les thèmes abordés du week-end : la concentration des pouvoirs des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft), mais aussi auto-hébergement, biens communs, et bien évidemment logiciels libres !

Ces temps sont volontairement ouverts à tou-te-s afin d’avoir un programme « souple » permettant à chacun de participer et de partager ses questions et ses connaissances.
Venez !

Le programme et les différents lieux:

Vendredi 24/06

*dès 14h : Lycée Raoul Follereau, 9 Bd St-Exupéry, Nevers
14H Intervention « Internet et vie privée : je t’aime, moi non plus ? » (Framasoft)

*soirée
CinéMAZARIN, 120 rue de Charleville, Nevers
20H à 20H30 : Conférence de presse : Annonce manifeste et charte CHATONS, par Framasoft.
20H30 : projection-débat du documentaire « Les Nouveaux Loups du Web », de Cullen Hoback (1h15)
Avez vous déjà lu les conditions générales d’utilisation des données privées présentes sur chaque site internet que vous visitez, ou sur les applications que vous utilisez ? Bien sûr que non. Et pourtant, ces mentions autorisent les entreprises à utiliser vos informations personnelles dans un cadre au delà de votre imagination. Le film vous révèle ce que les entreprises et les gouvernements vous soustraient en toute légalité, à partir du moment où vous avez cliqué sur « J’accepte », et les conséquences scandaleuses qui en découlent. La projection du film sera suivie d’un débat animé par l’association Framasoft.
Vous pouvez pré-reserver vos places !

Samedi 25/06

Lieu : l’Inkub, site Pittié, 5 rue du 13eme de ligne, Nevers
Tout au long de la journée, retrouvez sur le « village associatif » différentes associations qui pourront vous présenter différents aspects du logiciel et de la culture libres. Différents ateliers animés par ces mêmes structures pourront vous permettre de pratiquer («Comment contribuer à Wikipédia ou OpenStreetMap?», «Utilisation de CozyCloud», «Créer un fournisseur d’accès à internet libre de proximité», «Mieux contrôler sa vie privée avec Firefox», etc.)

* 10/12H : Conférence «Qu’est ce que le Logiciel libre?»
Cette conférence vise à présenter au grand public ce qu’est le logiciel libre, son histoire, ainsi que les enjeux de ce mouvement qui est loin de n’être que technique. Intervenantes : Odile Bénassy, Magali Garnero, Association April.

* 14H/15H30 : Conférence «Nos vies privées sont-elles solubles dans les silos de données de Google?»
L’emprise de Google, Apple, Facebook, Amazon ou Microsoft ne cesse de croître. Non seulement sur internet, mais aussi dans bien d’autres domaines (robotique, automobile, santé, presse, média, etc). L’association Framasoft s’est fixé l’ambitieuse mission de montrer qu’il était possible – grâce au logiciel libre – de résister à la colonisation d’internet et à marchandisation de notre vie privée. Intervenants : Pierre-Yves Gosset, Pouhiou, Association Framasoft.

* 16H00/17H30 : Conférence «Google, un big brother aux pieds d’argile!»
Cozy permet à n’importe qui d’avoir son serveur web et de l’administrer à travers une interface très simple. Il offre la possibilité d’installer des applications web et de stocker ses données personnelles sur un matériel que l’on maîtrise. Contacts, calendriers, fichiers… Tout est au même endroit ! Intervenant : Benjamin André, CEO et co-fondateur de Cozy Cloud.

* 18H00/19H30 : Paroles croisées «La presse à l’heure des GAFAM»
Tous les secteurs sont impactés par l’omniprésence et la puissance des géants du numérique (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft, etc.). La presse n’est pas épargnée. Comment s’adapter aux changements de pratiques des lecteurs ? Comment résister à la pression des plateformes ? Quels sont les modèles économiques existants ou à inventer ? Quels sont les impacts sur le métier de journaliste ? En croisant les expériences d’un journal historiquement “papier” à dimension régional et celui d’un site d’informations spécialisé né sur internet, nous essaieront de mettre en valeur les enjeux d’une presse à traversée par le numérique. Intervenants : David Legrand, directeur des rédactions de NextInpact, Jean Philippe Berthin, rédacteur en chef du Journal du Centre. Animateur : Pierre-Yves Gosset, Framasoft

* A partir de 20H : BARCAMP: «Venez découvrir et contribuer à des projets libres (OpenStreetMap, Wikipédia, Firefox, Cozy, etc.)»
Wikipédia définit le barcamp comme «une non-conférence ouverte qui prend la forme d’ateliers-événements participatifs où le contenu est fourni par les participants qui doivent tous, à un titre ou à un autre, apporter quelque chose au Barcamp. C’est le principe pas de spectateur, tous participants.»

Dimanche 26

Lieu : l’Inkub, site Pittié, 5 rue du 13eme de ligne, Nevers

* 10h à 10h45 : Carte blanche à Louis Pouzin

* 11H/13h00 : Table ronde citoyenne: “Un internet neutre et relocalisé : quels enjeux pour les territoires?”
« Le “cloud”, c’est l’ordinateur de quelqu’un d’autre. ». Au travers des regards et expériences de différents acteurs tentant – chacun à leur façon – de promouvoir un internet et des services de proximité au service des citoyen, la table ronde vise à explorer les pistes de résistance à une appropriation d’internet par quelques entreprises. Intervenants : Fédération FDN, Association April, La Quadrature du Net, Stéphane Bernier (DSI Ville de Nevers), Quentin Bouteiller (Nevers Libre), Louis Pouzin. Animateur : Benjamin Jean (Inno3)

* 14H/16H : Table ronde “Les communs numériques”
Pour conclure ces journées, cette table ronde vise à « prendre de la hauteur » en posant la question essentielle de la présence des « communs » à l’heure du numérique, mais aussi des pressions sociétales, lobbyistes, économiques auquel ces ressources doivent faire face. Intervenants : Odile Bénassy (April), Christian Quest (Président OpenStreetMap France), Pouhiou (Collectif SavoirsCom1). Animateur : Jérémie Nestel

* 16H : Clôture de l’événement : Alain Bourcier, Vice Président de l’Agglomération de Nevers en Charge du Numérique

Téléchargez le programme complet en version PDF.
pour plus d'informations, allez sur le site de l'événement.

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(23/06/2016 @ 15:18)

Revue de presse de l'April pour la semaine 24 de l'année 2016  Voir?

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 24

[Developpez.com] Jerry Do-It-Together une solution ingénieuse pour reprendre la main sur la technologie

Par ideefixe, le dimanche 19 juin 2016. Extrait:
> Jerry Do-It-Together est un ordinateur PC fabriqué avec des composants informatiques de réemploi, carte mère, disque dur et bloc d'alimentation électrique, assemblés dans un bidon en plastique de vingt litres. Ce récipient, d'un usage courant en Afrique, permet d'installer un bloc d'alimentation électrique quelconque. Il est également possible d'attacher un disque dur d'ordinateur portable avec des cordons élastiques. L'ouverture du couvercle par fermeture éclair offre une vue sur les composants et démystifie le contenu de cet appareil électronique.
Lien vers l'article original: http://hardware.developpez.com/actu/100150/Jerry-Do-It-Together-une-solution-ingenieuse-pour-reprendre-la-main-sur-la-technologie

[@Sekurigi] La culture des hackers dans le monde de la politique

Par la rédaction, le vendredi 17 juin 2016. Extrait:
> A l’ère des luttes décentralisées et des mouvements d’occupation de type «Nuit debout», les hackers ont leur part d’influence dans les mouvements politiques actuels.
Lien vers l'article original: http://www.sekurigi.com/2016/06/culture-hackers-monde-de-politique

[01net.] Intel embarque-t-il une porte dérobée dans toutes ses puces?

Par Gilbert Kallenborn, le vendredi 17 juin 2016. Extrait:
> De plus en plus d’experts critiquent ouvertement le composant Management Engine qu’Intel embarque dans tous ses chipsets récents. C’est un ordinateur dans l’ordinateur, doté d’énormes privilèges d’accès et dont le code est complètement opaque.
Lien vers l'article original: http://www.01net.com/actualites/intel-embarque-t-il-une-porte-derobee-dans-ses-puces-985396.html

[ouest-france.fr] Une école du logiciel libre à Nantes

Par la rédaction, le mercredi 15 juin 2016. Extrait:
> Cloud, big data, digital... Une école du logiciel libre et des solutions open source (OSS) ouvrira à Nantes à la rentrée 2016. Soutenue financièrement par l'État, elle fait partie des six établissements d'enseignement supérieur de ce type à ouvrir en France, avec Paris, Lyon, Lille, Bordeaux, Montpellier. Lancé par Smile (expert en open source) et l'Epsi (école d'ingénierie informatique), l'établissement mise sur les besoins actuels dans le domaine du logiciel libre. Le monde numérique manque d'experts.
Lien vers l'article original: http://jactiv.ouest-france.fr/job-formation/se-former/ecole-logiciel-libre-nantes-64247

[L'OBS] Furieux de l’arrivée du «méchant Microsoft», ils fuient LinkedIn

Par Thierry Noisette, le mardi 14 juin 2016. Extrait:
> Ils n’aimaient déjà pas le poids de Microsoft dans les PC, ils n’apprécient donc pas plus son arrivée tonitruante dans les réseaux sociaux.
Lien vers l'article original: http://rue89.nouvelobs.com/2016/06/14/furieux-larrivee-mechant-microsoft-ils-fuient-linkedin-264348

[ZDNet] Des données libérées pour plus de citoyenneté?

Par la rédaction, le lundi 13 juin 2016. Extrait:
> Corollaire du Big Data, l’Open Data ou la mise à disposition de tous des données suscite des intérêts. Encore faut-il savoir dénicher les données et pouvoir les exploiter. En France après quelques pionniers, le mouvement reprend de la vigueur.
Lien vers l'article original: http://www.zdnet.fr/actualites/des-donnees-liberees-pour-plus-de-citoyennete-39838260.htm

[Next INpact] Mozilla crée le fonds «SOS» pour renforcer la sécurité de l'open source

Par Vincent Hermann, le lundi 13 juin 2016. Extrait:
> Mozilla ne veut plus d’un nouveau Heartbleed. Pour augmenter le niveau général de sécurité du logiciel libre, l’éditeur a décidé de créer un fonds de financement pour les audits, avec une mise de départ de 500 000 dollars. La société invite maintenant d’autres acteurs à participer.
Lien vers l'article original: http://www.nextinpact.com/news/100225-mozilla-cree-fonds-sos-pour-renforcer-securite-open-source.htm

Et aussi:
[L'Informaticien] SOS: Mozilla finance la sécurité de l'Open Source

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

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Revue de presse de l'April pour la semaine 24 de l'année 2016  Voir?

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 24

[Developpez.com] Jerry Do-It-Together une solution ingénieuse pour reprendre la main sur la technologie

Par ideefixe, le dimanche 19 juin 2016. Extrait:
> Jerry Do-It-Together est un ordinateur PC fabriqué avec des composants informatiques de réemploi, carte mère, disque dur et bloc d'alimentation électrique, assemblés dans un bidon en plastique de vingt litres. Ce récipient, d'un usage courant en Afrique, permet d'installer un bloc d'alimentation électrique quelconque. Il est également possible d'attacher un disque dur d'ordinateur portable avec des cordons élastiques. L'ouverture du couvercle par fermeture éclair offre une vue sur les composants et démystifie le contenu de cet appareil électronique.
Lien vers l'article original: http://hardware.developpez.com/actu/100150/Jerry-Do-It-Together-une-solution-ingenieuse-pour-reprendre-la-main-sur-la-technologie

[@Sekurigi] La culture des hackers dans le monde de la politique

Par la rédaction, le vendredi 17 juin 2016. Extrait:
> A l’ère des luttes décentralisées et des mouvements d’occupation de type «Nuit debout», les hackers ont leur part d’influence dans les mouvements politiques actuels.
Lien vers l'article original: http://www.sekurigi.com/2016/06/culture-hackers-monde-de-politique

[01net.] Intel embarque-t-il une porte dérobée dans toutes ses puces?

Par Gilbert Kallenborn, le vendredi 17 juin 2016. Extrait:
> De plus en plus d’experts critiquent ouvertement le composant Management Engine qu’Intel embarque dans tous ses chipsets récents. C’est un ordinateur dans l’ordinateur, doté d’énormes privilèges d’accès et dont le code est complètement opaque.
Lien vers l'article original: http://www.01net.com/actualites/intel-embarque-t-il-une-porte-derobee-dans-ses-puces-985396.html

[ouest-france.fr] Une école du logiciel libre à Nantes

Par la rédaction, le mercredi 15 juin 2016. Extrait:
> Cloud, big data, digital... Une école du logiciel libre et des solutions open source (OSS) ouvrira à Nantes à la rentrée 2016. Soutenue financièrement par l'État, elle fait partie des six établissements d'enseignement supérieur de ce type à ouvrir en France, avec Paris, Lyon, Lille, Bordeaux, Montpellier. Lancé par Smile (expert en open source) et l'Epsi (école d'ingénierie informatique), l'établissement mise sur les besoins actuels dans le domaine du logiciel libre. Le monde numérique manque d'experts.
Lien vers l'article original: http://jactiv.ouest-france.fr/job-formation/se-former/ecole-logiciel-libre-nantes-64247

[L'OBS] Furieux de l’arrivée du «méchant Microsoft», ils fuient LinkedIn

Par Thierry Noisette, le mardi 14 juin 2016. Extrait:
> Ils n’aimaient déjà pas le poids de Microsoft dans les PC, ils n’apprécient donc pas plus son arrivée tonitruante dans les réseaux sociaux.
Lien vers l'article original: http://rue89.nouvelobs.com/2016/06/14/furieux-larrivee-mechant-microsoft-ils-fuient-linkedin-264348

[ZDNet] Des données libérées pour plus de citoyenneté?

Par la rédaction, le lundi 13 juin 2016. Extrait:
> Corollaire du Big Data, l’Open Data ou la mise à disposition de tous des données suscite des intérêts. Encore faut-il savoir dénicher les données et pouvoir les exploiter. En France après quelques pionniers, le mouvement reprend de la vigueur.
Lien vers l'article original: http://www.zdnet.fr/actualites/des-donnees-liberees-pour-plus-de-citoyennete-39838260.htm

[Next INpact] Mozilla crée le fonds «SOS» pour renforcer la sécurité de l'open source

Par Vincent Hermann, le lundi 13 juin 2016. Extrait:
> Mozilla ne veut plus d’un nouveau Heartbleed. Pour augmenter le niveau général de sécurité du logiciel libre, l’éditeur a décidé de créer un fonds de financement pour les audits, avec une mise de départ de 500 000 dollars. La société invite maintenant d’autres acteurs à participer.
Lien vers l'article original: http://www.nextinpact.com/news/100225-mozilla-cree-fonds-sos-pour-renforcer-securite-open-source.htm

Et aussi:
[L'Informaticien] SOS: Mozilla finance la sécurité de l'Open Source

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

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(20/06/2016 @ 17:47)

Logiciel libre, Internet, surveillance, écologie - Benjamin Sonntag - Agnès de Cornulier  Voir?


Benjamin Sonntag

Titre : Logiciel libre, Internet, surveillance, écologie : vision commune d’une révolution en cours
Intervenant : Benjamin Sonntag - Agnès de Cornulier
Lieu : Ubuntu Party - Paris
Date : Novembre 2015
Durée : 52 min 47
Licence : Verbatim
Lien vers la vidéo : le fichier vidéo

Transcription

Bonjour. Ça va être une conférence un peu particulière. D'habitude, à toutes les Ubuntu Party, il y a quelqu’un de La Quadrature du Net1, dont je fais partie, qui fait un point un peu sur les sujets de la Quadrature, où est-ce qu'on est, ce qu'on a fait. Cette fois-ci on va faire un truc un peu différent, parce que c'est un peu ce qu'on avait envie de faire aussi, et puis parce que ce ne sont pas les mêmes qui ont fait la conf. Et donc on est partis d'une idée assez rigolote qu'on avait un peu, à deux ou trois, dans le conseil d'orientation et puis des gens proches de La Quadrature]. Et puis on a essayé de tirer le bout de ficelle et j'ai plus de questions que de réponses à vous apporter aujourd’hui, mais c'est bien d'avoir des questions. On va essayer de se poser quelques questions.

L'idée c’était de voir, un peu, entre le logiciel libre, la façon dont fonctionne Internet, la surveillance de masse et l'écologie et un peu l'avenir de la planète. Ça tombe bien avec COP 21, on est un peu. Non, on n'y est pas du tout, on oublie COP 21, mais la surveillance, par contre, on est dessus. En quoi c'est quelque chose en relation avec ce qu'on appelle les Communs, qu'est-ce que c'est et, en tout cas de mon point de vue, pourquoi c'est une révolution qui est en cours. Et le petit truc bleu dans le coin, c'est un peu le centre du sujet.

Rapidement, je suis Benjamin Sonntag, je suis un des cofondateurs de La Quadrature du Net. Je ne fais pas beaucoup d'apparitions publiques. C'est plutôt les Jérémie, Philippe ou Félix qui s'y collent et maintenant Adrienne, beaucoup. Mais je suis plutôt le geek de la bande. S'il y a des trucs à faire avec les machines c'est plutôt moi qui m'y colle. Sauf qu’aujourd’hui on ne va pas trop parler des machines.

Qui n'a jamais entendu parler de La Quadrature du Net ici ? Avant aujourd'hui ? Non, alors toi je sais que c'est faux, toi je sais que c'est faux, donc c'est bon. Donc personne. Tout le monde en a entendu parler donc je ne vais pas vous dire ce que c'est, association de défense des libertés dans le numérique. Juste un petit truc. Au début on était une association de défense des libertés numériques. Puis c'est devenu il y a quoi, deux ans, une association de défense des libertés « dans le » numérique. C'est-à-dire qu'on applique des contextes où il y a Internet, la communication, etc. Et en fait, aujourd’hui, on est plus ou moins en train de se demander si on ne va pas juste se faire association de défense des libertés, point. Le contexte politique actuel peut en expliquer beaucoup.

Avant de parler du sujet, de questions qui nous intéressent, je vais vous poser quand même un petit bilan de ce qu'on a fait à La Quadrature du Net dans l'année passée. Eh bien ça été très lourd, je me dis, l'année 2015. Eh bien peut-être de laisser, Agnès, si elle veut nous dire 45 secondes ce qu'on a fait au niveau de la neutralité du Net. Est-ce qu'il y en a à qui le concept de neutralité du Net est totalement inconnu ici ? OK. Les mêmes qui veulent jouer. Donc c'est bon. La neutralité du Net, je vais quand même faire une toute petite définition, c'est l'idée très rapide de dire que, sur Internet, qui est un réseau de communication, où l'intelligence est aux extrémités, c'est-à-dire c'est votre ordinateur ou le serveur en face qui est intelligent, mais les tuyaux entre deux sont bêtes, ils ne font que passer l'information. Il est fondamental et il devrait être politiquement défendu, enfin oui, on devrait défendre politiquement le fait que les opérateurs n'ont pas le droit d'accélérer, ralentir, bloquer ou mettre sur des tuyaux préférentiels les contenus en fonction de leur origine, de leur destination ou de leur nature.

En gros, une lettre à la poste, quel que soit le contenu de la lettre, elle ira à la même vitesse. Il n'y a pas de raison qu'il n'en soit pas de même sur Internet, notamment pour favoriser l'innovation et pour éviter les groupements de gros acteurs. Donc c’est un sujet qui est très débattu au Parlement européen et je vais laisser Agnès nous dire où est-ce qu'on en est très récemment.

Agnès : Donc la neutralité du Net. On a eu des négociations sur le règlement européen pendant des années, enfin depuis au moins 2011/12. Le règlement a fini par passer il y a quelques semaines, moins bien que ce qu'on aurait aimé et ce qu'on aurait pu espérer. Moins mauvais que ce qu'on craignait. Mais il n'est pas parfait du tout. On a jusqu’au bout essayé de déposer des amendements pour le renforcer ; ils ne sont pas passés, donc on n'est pas contents. Et du coup tout n'est pas perdu. Il y a encore les régulateurs européens réunis au sein de l'Union européenne, au sein du PEREC. Les régulateurs des Télécoms, c'est l'ARCEP en France et puis les ARCEP de tous les pays de l'Union européenne, qui sont réunis au sein de l'Union européenne, au sein d'une organisation qu'on appelle le BEREC2. Et ce BEREC a six mois pour sortir des lignes directrices, pour donner aux régulateurs nationaux, donc aux ARCEP, des lignes directrices pour savoir comment appliquer exactement ce règlement dans les différents pays. Et là-dessus on va essayer de jouer encore un petit peu pour renforcer, via ces lignes directrices, le règlement. Donc c'est quelque chose qu'on continue à faire, on continue à travailler avec l'ARCEP et au niveau du BEREC, au niveau européen. Voilà.

Benjamin : Le vert est coupé, ce n'est pas grave. Merci Agnès. C'est un des sujets de La Quadrature sur lequel on est très actifs, dès le début de La Quadrature finalement. Il y en a un autre qui nous est un peu tombé dessus en début d'année, qui était prévu depuis longtemps, mais forcément, après les attentats de Charlie Hebdo, ça a été compliqué à défendre, c’était le projet de loi renseignement qui visait, en gros, à légaliser la surveillance de masse des citoyens par les services secrets français. Et quand je dis des citoyens c'est des citoyens français et des citoyens non français, c'est-à-dire y compris les tuyaux de l'internet qui viennent ou qui sortent du pays. Les services secrets se permettent d'écouter ce que font les citoyens français, ils se permettent d'écouter en masse. Eh bien le projet de loi renseignement visait à, tout simplement, légaliser ces pratiques et dire que les services ont le droit de faire ça et que c'est normal.

Ce n'est pas ce qu'il y a écrit dans les fondamentaux de notre République. Mais bon ils ont essayé de faire passer cette loi. FDN, FFDN et La Quadrature ont attaqué un certain nombre de décrets, de choses comme ça. On a attaqué, non pas les décrets. On a attaqué au Conseil constitutionnel. On s'est fait rabrouer, on s'est fait rabrouer massivement. Ce projet de loi est passé comme une lettre à la poste sauf un petit bout qui est la partie surveillance internationale, parce qu'en gros c’était vraiment open bar côté surveillance internationale. Et dans tous les cas, les institutions de régulation, c'est-à-dire le machin semi-parlementaire chargé de vérifier que les services font bien leur boulot n'a, a priori, quasiment pas de pouvoir, en tout cas surtout pas en amont et en aval, enfin, après coup, il ne va pas pouvoir faire grand-chose. Donc le sous-projet surveillance internationale est ensuite passé comme proposition au de projet de loi et il est aussi passé comme une lettre à la poste. Et on a su récemment que le Conseil constitutionnel le validait en disant : « Non, non, tout va bien, il n'y a pas de problème. »

Donc, citoyens, bienvenue. Tout ce que vous dites sur votre téléphone, sur votre accès internet, tout ce que vous faites sur Internet est écouté et mis en statistiques par nos services qui sont censés nous protéger. On sait ce que ça a donné avec les révélations Snowden. On a vu tous les abus que les Américains ont fait en la matière. Je ne doute pas que nos services soient capables de faire le même genre d'abus.

Donc, si vous êtes sur Internet protégez-vous. Considérez que vos conversations, comme toutes les enveloppes en Allemagne de l'Est, sous la Stasi, étaient ouvertes, considérez que tout ce que vous faites sur Internet est fiché. Et ce n'est pas une paranoïa. Snowden nous l'a prouvé et même ça ne coûte rien !

La loi numérique de Mme Axelle Lemaire, avec sa consultation bidon. Alors ça a donné un vrai succès, il y a plein de citoyens qui se sont exprimés. Puis ils ont pris à peu près tout ce qui avait été exprimé et puis ils ont tout jeté, dès que le CSPLA ou d'autres trucs d'ayants droit ont dit : « Non, mais cet article-là est nul, on n'en veut pas ! » Ils ont dit : « Bon d'accord ! Fuitiiiichh. » Globalement la loi numérique on n'en attend rien, ça ne va pas changer, ça ne va pas défendre la neutralité, ça ne va pas permettre le partage des œuvres entre citoyens. Ça ne va pas avancer grand-chose. Peut-être un peu sur l'open data et encore. Voilà. Donc ce n'est pas gagné.

La loi création avec notre autre ministre, Fleur Pellerin, à venir, pas encore finie d'écrire a priori. On a eu des brouillons, déjà noyautés par les ayants droit ou les ayants tort, je ne sais plus trop, enfin bon. Celle-là aussi elle est bien. Il va falloir probablement taper très fort sur nos députés. Mais comme de toutes façons, le pouvoir en place, l'exécutif, prend tous les moyens pour aller au forcing, on n'y croit plus trop, mais il va falloir quand même se battre parce que des fois on a des petites victoires de batailles et on se dit « au moins celui-là ils s'en souviendront ». Souvenez-vous d'HADOPI, joli fiasco.

D'autres petits projets de loi comme, par exemple, le projet de loi contre le système prostitutionnel. Ça c'est un des exemples. Avant HADOPI, en gros, quand il y avait des projets de loi, ils ne parlaient pas d'Internet. Ils parlaient de sujets A, B, C. Et puis il y avait d’autres projets de loi qui parlaient du numérique et d'Internet. Après HADOPI, ils ont commencé, peu à peu, à faire des projets de loi sur tous les sujets, comme d'habitude, mais qui, à chaque fois, incluaient un article parlant d'Internet. Et c'est devenu un problème pour La Quadrature, c'est qu'on s'est retrouvés sous l'eau de projets de loi à suivre et d’articles de projets de loi à défendre ou à attaquer. Typiquement, celui sur la lutte contre le système prostitutionnel, comme tous les projets de loi de ce type, ou la défense du consommateur ou la protection des données, etc. À chaque fois ils proposent de pouvoir censurer des sites web sans intervention du juge judiciaire, ce qui n'est pas normal, À priori. Parce que quand on veut faire de la censure, l'atteinte à la liberté d'expression c'est quelque chose de grave. Il n'y a pas de raison qu'on ne passe pas par un juge qui dit : « Bonjour, c’est normal, ce n'est pas normal, il faut bloquer, il ne faut pas bloquer. » Donc ça, c'est devenu la petite marotte du gouvernement, celui-là et le précédent d'ailleurs, que de censurer administrativement à tout-va. Donc voilà un autre exemple, on n'est pas bien partis.

Dans les bonnes nouvelles, il y a eu l'invalidation du Safe Harbor qui est en gros le fait que, au niveau européen, on disait s'il y a des pays, considérons l'UE comme un pays, où les données des citoyens sont à peu près bien protégées, on autorise les boîtes privées à faire des transferts de données entre ces pays, entre l'UE et ces pays, sans avoir besoin de règlement particulier, tant que ça respecte les lois du pays cible.

Les États-Unis faisaient partie du Safe Harbor, parce que vous comprenez bien, les données des citoyens sont protégées aux États-Unis. Suite aux révélations de Snowden, c'est la CEDH ou la CJUE, la CJUE, la Cour de justice de l'Union européenne a décidé que le Safe Harbor, pour les États-Unis, était invalide, parce qu'il n'y avait aucune raison d’avoir confiance dans les fournisseurs américains. Ce qui veut dire que théoriquement les Facebook, Google, Apple, Microsoft, et tous ces gens qui aspirent vos données, qui regardent tout ce que vous faites sur Internet pour vous traquer, vous ficher, devraient normalement avoir leurs données uniquement en Europe typiquement, ou ne plus avoir le droit de les transférer vers les États-Unis en tout cas. Vous vous doutez bien que ça ne va pas aller aussi vite, mais c’est quand même un sujet intéressant. Donc à suivre pour en voir les conséquences surtout. Donc là-dessus, c'est assez rigolo.

La protection des données au Parlement européen. Ça n'a pas trop bougé. Il y a un trilogue, c'est-à-dire la discussion entre le Parlement, le Conseil et la Commission. Donc en gros, quand on a une montre c'est bien, quand on en a deux c'est ce qu'il y a de pire, à trois je ne suis pas sûr que ça marche bien. Le dialogue entre les trois ne se passe pas très bien et, pour l'instant, il y a un gros lobby de toutes les boîtes qui font de la donnée et ce n'est pas que les Google, Apple, Facebook, Microsoft. C'est aussi tous les assureurs, tous les banquiers, toutes les personnes qui sont susceptibles de savoir des choses sur les citoyens, eh bien ça les intéresse de pouvoir en faire tout ce qu'ils veulent pour de l'exploitation en masse, de la vente de pub, etc., du profiling. Donc ceux-là sont vent debout pour une protection très faible des citoyens. Donc si vous voulez que vos données sur Internet soient un peu sûres, vos données personnelles de tout type, y compris avec l'internet des objets qui se profile à l'horizon, eh bien il va falloir à nouveau se bouger au Parlement européen de temps en temps. On est en train de mettre à jour le site de ce côté-là. Ah oui le site controle-tes-donnees.net3, sur lequel je vous invite à aller voir si vous voulez aider à protéger vos données sur Internet. Merci Agnès.

Et la dernière, celle-là est très récente. C'est tout simplement vous avez vu l'arrivée de l’état d'urgence. La Quadrature, suivie de près par Le Monde, suivie de près par tout un tas d'autres médias, s'est lancée dans une espèce de recensement des abus de l'état d'urgence. On n'a jamais eu autant de visites sur le communiqué de presse correspondant. On n'a jamais eu autant de visites sur un pad de La Quadrature. On a essayé de recenser tout ça, on était 500 sur le pad. Délirant ! Apparemment ça concerne les citoyens, ça concerne beaucoup de monde, parce qu'il y a eu des abus de perquisitions administratives en masse depuis le 13 novembre. Donc on essaie de recenser un peu ça et on essaie de voir dans quelle mesure le numérique, s'il est touché, va essayer de se défendre. Et on va essayer d'aider les citoyens, de leur fournir des outils et des analyses et des moyens pour se défendre. Mais bon ! Là aussi, souvenez-vous du 11 septembre 2001, voyez ce que ça a donné sur les quinze ans qui suivent aux États-Unis. La France n'est pas les États-Unis, mais on a les mêmes politiciens débiles avec les mauvaises idées aux commandes.

Alors ça ce n'est pas Quadrature, c'est tout à fait personnel. Je me souviens d'un truc , c'est quand il y a eu le 11 septembre, M. Bush était là en mode « c'est la guerre, c'est la guerre, c'est la guerre. » Jacques Chirac, le Président de la France, pour qui je n'avais pas voté à l'époque, avait dit : « Je ne suis pas sûr que le terme de guerre soit très approprié. » Ça avait fait un scandale ! Il n’était pas tombé dans le piège qui consiste à répondre à une agression par une agression. Le œil pour œil, on sait que ça ne marche pas. Sur le long terme, ça ne peut faire que des morts civils, alors que c'est la guerre des puissants. Vous voyez. « C'est leur guerre, nos morts. », comme on dit, merci Julien. Et donc, ce qui se passe, c'est que là, M. Hollande est tout simplement tombé dans le piège. Et aujourd'hui, il nous a dit : « La guerre, la guerre, la guerre .» L’état d'urgence est déclaré sans raison a priori valable, parce que les services secrets français n'ont pas fait leur boulot en écoutant en masse les citoyens, plutôt qu'en essayant d'écouter sous forme ciblée les gens concernés. Donc on voit ce que ça donne. Gros boulot en perspective pour La Quadrature !

Par contre il y a plein de bonnes nouvelles cette année. Il y a un groupe constitué de trois organisations avec La Quadrature du net, la Fédération des fournisseurs d'accès associatifs, FFDN et French Data Network qui est un des plus anciens fournisseurs d'accès français, de type associatif qui plus est, qui se sont mises ensemble, depuis un an maintenant quasiment, dans un petit groupe que certains politiques ont appelé « les exégètes amateurs », et on a fini par dire qu'on va les appeler comme ça, ça marche bien, qui a fait une dizaine maintenant, je crois, de dossiers d'attaque en justice, soit au Conseil constitutionnel, soit au Conseil d’État pour des décrets. On envisage d'autres cas s'il y a besoin, tout simplement à des tribunaux civils ou carrément à des cours européennes si besoin, sur des décrets de type projet de loi de renseignement et tous les décrets ou lois qui peuvent être appliqués et qui sont pour nous anticonstitutionnels, eh bien on les attaque. Si vous avez des avocats, des juristes autour de vous, ou si vous êtes vous-même avocat ou juriste et que vous avez envie d'aider, je pense qu'ils sont toujours preneur. Ils se réunissent par téléphone ou physiquement dans Paris tous les lundis, je crois, tous les lundis soir, et c'est un groupe qui déchire. Ils font des super dossiers, merci à tous ceux qui en font partie. Je n'ai pas les noms en tête. Je vous laisse aller voir. L'URL, laquadrature.net/recours, vous permet de voir où on en est. C'est une page qu'on met à jour régulièrement avec les news de ces sujets

On a mis à jour nos propositions. Parce qu'à La Quadrature on râle beaucoup, mais on a toujours proposé des alternatives, on a toujours proposé de manière très précise. Donc si vous voulez savoir un peu, avoir une petite idée de comment on peut essayer de défendre les libertés, de défendre les données des citoyens dans le numérique, n'hésitez pas à aller voir nos propositions. Un truc phare, un peu, de La Quadrature, c'est de dire : « Il y en a marre d'avoir une justice administrative qui est très difficile à mettre en œuvre pour les citoyens pour se défendre, notamment parce qu'ils ne sont pas toujours au courant des décisions en la matière ». Donc on cherche à avoir tout simplement qu'il y ait plus de moyens pour la justice judiciaire et moins d'arbitraire administratif, notamment confère les perquisitions de ces derniers jours.

Dans les trucs à venir, c'est très récent, on est à peine en train de balbutier là-dessus, mais on a envie de relancer des ateliers comme on le faisait. [Il est où lui. C'est le bazar dans mes docs, je suis désolé ! Oh la la ! Tagada tsouin tsouin ! Ça ce sont les fameux gif, ça ne passe pas. Mon Dieu !] Donc à venir une ouverture de La Quadrature, comme je vous disais tout au début. On va de plus en plus s'ouvrir à d'autres ONG, avec d'autres ONG, les Amnesty International, les Ligues des droits de l'homme, les syndicats de la magistrature et d'autres. On est vraiment ouvert à toute discussion avec toute ONG relative, de près ou de loin, à la défense des libertés des individus, à essayer de faire des choses un peu plus centrées sur les libertés en général. Parce que quand on voit l'évolution de notre État et le déclin démocratique progressif mais certain, eh bien voilà ! Je vous invite à nous aider à faire ça, si vous êtes dans des ONG de ce type, venir nous écrire, à essayer de faire des trucs ensemble. Et dans les trucs ensemble, on va essayer de faire plus souvent des ateliers comme on faisait à une époque, soit des ateliers techniques où on va mettre au point ou améliorer des outils techniques comme Memopol, comme le Piphone, ou d'autres à venir, ou des sites web comme Contrôle tes données. Soit simplement des campagnes. On va publier des contenus, mettre en ligne, inviter à faire des flyers, des trucs comme ça, des gifs animés comme on en voit d'autres. C'est-à-dire faire du bruit.

Il faut savoir qu'un des trucs fondateurs de La Quadrature et je vous invite à le garder pour vous et à l’utiliser avec d'autres, c'est tout simplement que les pouvoirs en place n'arrivent à faire du mal que dans le noir. C'est comme des vampires. Ils ne peuvent mordre que dans la nuit. Si vous mettez les projecteurs dessus, ils disparaissent. Le coût politique de faire quelque chose sous les yeux des citoyens est trop élevé. S'il est trop élevé ils ne le feront pas. ACTA a été une réussite pour ça. HADOPI a été une réussite pour ça. On peut gagner d'autres batailles. Il faut juste suivre ces idées-là, je pense qu'il y a vraiment quelque chose à faire, tout simplement en faisant beaucoup de bruit.

Dans ce contexte-là, La Quadrature a lancé sa campagne annuelle de financement. Donc si vous avez quelques sous à mettre, n'hésitez pas. On a un super site web avec des jolis gifs animés, que vous pouvez voir ici sur soutien.laquadrature.net. On en a besoin, vraiment. Si vous ne pouvez pas nous aider avec une action, en appelant vos députés, en ayant une espèce de force citoyenne de proposition et de défense, eh bien n'hésitez pas à donner quelques sous. Et si vous ne pouvez pas donner quelques sous, n'hésitez pas à nous écrire et à dire comment on peut aider. Sur le site il y a plein de façons d'aider qui peuvent être très utiles.

Voilà. Ça c’était le bilan, un peu, des activités de La Quadrature. On va passer un peu au questionnement du moment, sur le logiciel libre, l'internet, la surveillance, l'écologie et les Communs en général. En quoi ça serait peut-être quelque chose d'assez révolutionnaire finalement, même si le logiciel libre a été inventé il y a trente ans, on pourrait dire globalement par Richard Stallman.

Je suis parti d'un constat, c'est que quand j’étais jeune j'ai fait beaucoup de Lego, Lego Technique, des trucs comme ça, avec ceux de mes frères et sœurs, et à chaque fois je faisais de trucs marrants. Et puis mes parents étaient là : « Ah c'est cool ! Tu vas déposer un brevet ?
– Oh ouais, peut-être ! » Bon ! Je n'ai jamais déposé de brevet parce que, quand on a douze ans, on ne dépose pas des brevets. Et puis quand on a vingt ans, on voit comment ça s'écrit un brevet, on se dit « hou là, jamais ! » Et puis quand on a vingt-cinq ans, on découvre le logiciel libre et on se rend compte que c'est chouette parce qu'on peut accéder au code des autres et on peut modifier le code des autres et faire faire autre chose avec. Et puis on peut faire son propre code et le partager avec d'autres qui, pouf !, se mettent à faire des trucs avec. Et juste on se retrouve dans une espèce d'écosystème génial. C'est très biologique, c'est très vivant, ça bouillonne et à la fin on ne se souvient plus comment on faisait avant en fait. « Ah si, je piratais PaintShop Pro 3 sous Windows. » Ouais, c'était nul parce que je ne pouvais pas débuguer le machin qui faisait les flous, qui était tout pourri. Et puis je ne pouvais pas non plus distribuer le flou tout neuf que j'avais écrit et qui permettait de faire des jolis flous sous PaintShop Pro, que je n’ai pas pu faire vu que je n'avais pas le droit de le faire de toutes manières et je n'avais pas le code source.

Finalement, avec le temps, le logiciel libre ça m'est vraiment apparu comme une évidence. Mais plus qu'une évidence, c'est même une nécessité. Et on s'en est rendu compte avec les histoires d'Edward Snowden et avec le monde de la crypto, c'est-à-dire le monde des codes secrets et du chiffrement et du petit cadenas dans votre navigateur. On s'est rendu compte d'une chose, c'est qu'on n'a pas trouvé de logiciel propriétaire qui ne soit pas noyauté de l'intérieur. C'est-à-dire pour lequel il n'y a pas soit une clef qui permet de passer outre le chiffrement, soit une clef qui permet de tout déchiffrer, soit un bug franchement volontaire. Parce que les bugs pas volontaires de ceux, parmi ceux qu'on a pu voir, c'était trop gros ! Qui fait qu'on peut désactiver la crypto ou lui dire « ne fais pas de crypto ». Ce qui fait que les services ou des écoutes ciblées peuvent éventuellement écouter les conversations des gens, ou écouter ce qu'on fait, sans problème.

C'est un problème. C'est un problème aussi industriel. On oublie souvent, on pense souvent, nous on dit souvent : « Oui si vous avez des choses à cacher ou même si vous êtes activiste c'est important. » Mais si vous êtes dans une grosse industrie ou dans une entreprise qui a des secrets ou des choses, c'est un problème parce que vous ne pouvez pas communiquer entre vous de manière confidentielle sans que des États ou des barbouzes ne puissent vous écouter pour un oui pour un non. Et si un État peut le faire, des barbouzes le font, il ne faut pas croire. On a même vu avec les révélations de cette boîte italienne qui s'était fait pirater, que ça se trouve, ça peut s’acheter des logiciels d'écoute, sans problème.

Et donc finalement, pour moi, le logiciel libre est devenu vraiment une nécessité. Pire ! au fur et à mesure, on se dit « on a entendu parler aussi des musiques libres ». Alors les musiques libres, j'ai un vrai problème avec ça, ou l'art libre en général, c'est que, autant je peux prendre Gimp à la place de PaintShop Pro, autant je ne vais pas écouter X, Y, Z à la place de Pink Floyd. Parce que juste X, Y, Z, il ne fait pas pareil que Pink Floyd. Et c'est un vrai problème pour l'art et je n'ai pas trouvé de solution pour l'art, d'ailleurs, pas aujourd'hui. Si ce n'est les propositions de La Quadrature qui consistent à dire « Quand même, on va un peu loin là : 70 ans après la mort de l'auteur avant qu'une œuvre puisse s'élever dans le domaine public, c'est un peu long. » Et puis vous savez, essayer de mettre des trucs d'ayants droit entre deux, qui font plutôt plaisir aux middle men, aux intermédiaires, plutôt que financer les vrais auteurs et les vrais acteurs et les vrais interprètes, ce n'est pas une bonne idée non plus. À part ces grandes idées de La Quadrature qui finalement ne sont pas forcément très orientées open source, logiciel libre, applicables à l'art, je n'ai pas trouvé trop pour l'art.

Il y a plein d'autres domaines dans lesquels les concepts de logiciel libre sont vraiment super intéressants. On va en parler un petit peu.

Un des exemples c’était la surveillance, la surveillance des peuples. Comment ça fonctionne ? En gros ça a été les dernières révélations en la matière, ça a été Edward Snowden dont vous avez tous entendu parler. Qui n'a jamais entendu parler d'Edward Snowden ici ? N'ayez pas peur, ne vous cachez pas. OK. Donc vous voyez de quoi il s'agit : ce sont les écoutes de masse des États-Unis. Avant ça il y a eu Duncan Campbell qui a révélé ce qu'on appelait le programme ECHELON, qui était, en fait, lui-même issu d'accords entre les cinq pays autour des États-Unis – Australie, Canada, Nouvelle-Zélande et Grande-Bretagne, qui était l'accord UKUSA, où, en gros, il y avait des écoutes de masse des signaux électroniques, donc la radio, et puis toutes ces choses-là, les télécommunications en général, dès les années 45. Donc ce n'est pas nouveau. Dès la fin de la Seconde guerre tout l'Occident, l'Occident américain on va dire, était en ligne, rangé, je ne veux voir qu'une tête en mode bidasse, pour écouter toutes les conversations de tout le monde. Ce n’était pas cool.

Mais on se rend compte d'une chose finalement, c'est que ces écoutes sont possibles parce qu'elles sont faites par les puissants, parce quelles sont faites dans l’ombre. Il y a des trucs, par exemple, qui ont eu lieu cette année. Il y a intelexit.org4 qui est un site web qui est a été monté par des copains de Peng à Berlin, qui dit : « Vous êtes des services de renseignement. Si vous jugez en votre âme et conscience, éthiquement, que ce que vous faites est illégitime, sortez, barrez-vous. Si vous êtes talentueux vous allez trouver du boulot ! Et venez dire, venez fuiter, venez sonner l'alerte, devenez whistleblower, devenez lanceur d'alerte pour dire ça ne va pas, il y a ça qui ne va pas, ce n'est pas possible. » Et globalement, cette surveillance, moi j'ai fait le lien un peu avec la façon dont l'histoire est écrite. Quand on regarde les livres d'histoire on se rend compte d'une chose, c'est que, finalement, on voit l'histoire des vainqueurs, toujours. Et même si on voit l’histoire des perdants, c'est-à-dire que les Allemands, je me doute bien qu'ils racontent qu'ils ont perdu les deux guerres mondiales. Et puis les Français, on se souvient qu'on a perdu Waterloo, mais ça reste des grandes batailles. L'avis des citoyens de base, vous, moi, de ce que je vois à peu près tous ceux qui sont ici compris, ce n'est pas nous qui allons écrire l'histoire. Et c'est l'histoire de ces 1 % de vainqueurs, simplement 1 % de ceux qui ont pris le pouvoir parce qu'ils avaient choisi de le prendre, c'est eux qui ont toujours fait la surveillance des peuples.

Et plus que la surveillance, il y a même des bouquins qui ont été écrits là-dessus, que je vous recommande, sur le contrôle de l'individu. Le fameux livret ouvrier, vous voyez. Le livret ouvrier c’était l'ouvrier il a droit d’être dans telle ville, il a droit de travailler à telle mine, et puis c'est tout. Ce n'est pas un passeport. Il a le droit d’être là. Il n'a pas le droit d'aller se promener, il n'a pas le droit… Ou ça lui donne le droit de travailler dans une industrie, à la rigueur, vous voyez. Il a le droit d’être mineur. Il n'a pas le droit de devenir, je ne sais pas, de se mettre à faire autre chose, forgeron ou charpentier, je n'en sais rien moi.

Eh bien ce contrôle, on est en train de le voir revenir peu à peu, par le fichage général des individus, finalement. Parce que quand on voit que Google ne file pas les mêmes résultats à vous qu'à moi, où, à chacun d'entre nous, il file des résultats différents, c'est un peu il crée des bulles et puis il crée un peu le livret ouvrier moderne. On ne sort plus de sa bulle. Il ne nous l'interdit pas, mais on façonne comme ça les gens, on façonne les peuples par la surveillance et par le fichage.

Et puis tout simplement, la surveillance de masse, elle a un problème aussi, c'est qu'elle s'applique aussi dans l'industrie. Elle s'applique aussi quand vous avez des industries d'un pays, et puis la même industrie dans un autre pays. Eh bien les espions du pays A essayent d'espionner l'industrie du pays B, et inversement, pour savoir qui fait quoi, et puis essayer de leur piquer leurs secrets. Et finalement, s'il n'y avait pas de secrets industriels à piquer, il n'y aurait pas besoin de ce genre d'espionnage.

On verra pourquoi. Alors c'est complètement utopique, oui, c'est complètement utopique. S'il n'y avait pas de secrets industriels à protéger, on n'aurait pas besoin de ce genre de choses. On verra pourquoi ça peut, peut-être, avoir du sens finalement. Pourquoi ça pourrait avoir du sens ? Voilà, c'est la question de comment peut-on et doit-on, d'ailleurs, se passer de la société de surveillance. [Pourquoi je ne vois pas mes notes, je n'ai pas de notes. Bon !]

L'écologie. C'est aussi un autre domaine dans lequel on se dit finalement… Alors logiciel libre, on va peut-être définir un peu. Le Libre, en tant que tel, c'est-à-dire le fait de mettre des idées à disposition et y compris leur application, parce que ce qu'on peut breveter ce n'est pas une idée, c'est l'application d'une idée. Mettre l'application d'une idée à disposition de tous, que tous puissent le faire, l'utiliser librement, finalement ça pourrait peut-être s'appliquer à l'écologie.

Aujourd'hui, si vous réfléchissez un peu autour de vous de comment s'applique l'écologie, vous l'avez déjà lu derrière moi. En gros, aujourd'hui, elle est punitive. C’est-à-dire que quand on s'appelle Volkswagen et qu'on ment sur son moteur, on va se prendre des baffes. Si vous fabriquez un appareil qui pollue beaucoup, vous êtes censé payer pour votre pollution. Et toutes les réglementations écologiques vont dans ce sens-là. Vous voyez ce que je veux dire. C'est ce qu'on appelle, finalement, une écologie punitive. Pardon ?

Public : Inaudible.

B. S. : Il y a aussi l'incitatif. Alors l’incitatif c'est marrant, c'est on paye, par exemple, pour mettre des éoliennes. Et alors ça, c'est un problème. C'est que l’écologie c'est complexe, c'est très complexe. Aujourd'hui, faire des éoliennes dans le Nord de la France, c'est une mauvaise idée. Parce que le jour où il y a une tempête en mer du Nord, toutes les éoliennes du Nord de la France se mettent à produire des mégawatts. Le réseau électrique, qui est obligé de l'assumer parce que c'est comme ça, les règlements ont été faits de telle sorte que, se met à exploser en vol parce qu'ils ont trop de courant. On ne peut pas arrêter une centrale nucléaire parce que ça ne s’arrête pas comme ça. Donc ce qu'on fait, c'est que pour compenser le fait que les éoliennes produisent trop, on va mettre d'autres systèmes de production, type gaz ou charbon, eux, qu'on peut allumer ou éteindre très facilement. Ce qui fait que si tout à coup les éoliennes se mettent à tourner très vite, on va baisser la centrale au charbon ou au gaz. Ce qui veut dire qu'on est obligé de garder les centrales au gaz ou à charbon pour compenser le fait que les éoliennes ont des productions qui font ça. Donc financer l’écologie c'est encore une façon totalement jacobine, très française, et de mon point de vue totalement débile, d'essayer de résoudre les problèmes, finalement. Donc on voit que l'écologie est difficile à appliquer. Et honnêtement en France, je ne nous vois pas sortis des routes.

On va parler d'autre chose qui ne se passe pas en France, majoritairement. Il y avait un truc, ça s’appelait, je remercie Calimaq et Julien, l'éditeur du site Page42, qui m'ont un peu donné des idées là-dessus mardi au Bookscanner de La Quadrature, sur un certain Arnulf Grubler, que j'ai eu du mal à trouver sur Internet, qui est quelqu'un qui fait des études à Yale sur l'écologie industrielle. Et l'idée c’était de dire « On peut faire une industrie qui soit écologique. » Ça rejoint, pour ceux qui connaissent, l'économie circulaire. Simplement on essaie de ne produire aucun déchet. C'est-à-dire que si une industrie va produire un déchet, on va voir ce qu'on peut faire de ce déchet, on va essayer d'en faire autre chose.

Typiquement, le classique, c'est si ce sont des déchets végétaux, on va faire du compost et ce compost on va le fournir aux agriculteurs qui vont avoir moins besoin de pesticides sur leurs champs grâce à ça. Ce n'est qu'un exemple, tout simple. Il y a des exemples plus compliqués où des fois on produit des trucs qui sont chimiques. Comment on peut, grâce à la chimie, en faire d'autres produits utiles ? Éviter de les brûler par exemple, ou éviter de les jeter dans des rivières ou éviter de les mettre dans des tonneaux au fin fond du sous-sol ?

Donc l'écologie industrielle c’était ça. C’était essayer de chercher soit des cycles, soit carrément des sauts multiples, pour essayer d'avoir une industrie qui puisse fonctionner de manière écologique. Et dès cette époque-là, je crois que c'est dans les années 70, ils se sont posé aussi la question « il faut aussi que les structures sociales changent ». C'est-à-dire que ce n'est pas tout d'avoir une écologie au sens de respect de la nature, mais aussi respect de la nature humaine, c'est-à-dire comment on fait de telle sorte que les relations au sein des sociétés soient plus fluides, plus humaines, etc.

Donc c’était assez intéressant. Celui qui m'a le plus intéressé, c'est l'économie bleue. C'est un certain Gunter Pauli, qui est un Belge, qui a commencé dans le savon, qui a fini par se rendre compte qu'il polluait, enfin sa fabrique de savon. Il a tout revendu. Il s'est barré au Japon. Il a fait des études avec des chercheurs, au Japon, pendant, je ne sais plus, dix/quinze ans. Et ils ont trouvé une centaine de modèles, typiquement d'écologie industrielle. C'est-à-dire où ils vont, par exemple, produire du café, mais ils vont recycler le marc de café en un système de culture de champignons, donc ça va produire aussi des champignons. Et puis derrière leur marc de café qui a fait pousser des champignons, il est tout moche, donc ils peuvent en faire autre chose. Je crois qu'avec une simple formule, toute simple, ils vont le transformer en triester et que le triester, en fait, on ne va pas le brûler, même si c'est très bien pour faire du chauffage, on va en faire autre chose parce que dans l'industrie, il y en a besoin, beaucoup, pour le parfum ou pour les dentifrices ou je n'en sais rien. Quelque chose de ce genre-là. Et finalement, ils se sont rendu compte que, plutôt que de produire juste du café, ils allaient produire du café, des champignons et des triesters. Et qu'en fait, ce qui allait rapporter le plus, pour l'instant, c'est le triester. Mais finalement ils ont aussi produit des champignons et aussi produit du café.

Et donc ils ont une centaine de modèles de ce type, alors je ne les ai pas tous retenus, je vous en cite un, mais il y en a des dizaines et des dizaines. Et puis Gunter s'est mis à lancer des projets. Et alors, vous allez être étonnés, il n'a pas réussi à en lancer en France. Il n'a pas réussi à en lancer en Belgique, il n'en a pas en Espagne, il n'en a pas en Hollande, pas en Grande-Bretagne, pas aux États-Unis. Non. Le Nicaragua, le Chili, un petit peu en Allemagne, un petit peu en Australie. L'Inde carrément, l'Inde à fond, ils sont à fond sur ce genre de projets. Pourquoi ? Parce que ce sont les sociétés où il n'y a pas déjà les problèmes en mode tout bien verrouillé, on verra lesquels. Et donc il a fait tous ces projets. Et alors Gunter il a eu une idée, cette idée lui est apparue un peu révolutionnaire, mais il s'est rendu compte qu'il n’avait pas le choix, parce qu'en fait il s'est dit « de mon vivant je n'arriverai pas à faire les cent projets ». Il en fait quatorze, il y en a douze qui, aujourd’hui, fonctionnent à merveille. Mais qu'est-ce qu'il peut faire ? Il a cinquante-neuf ans. Il s'est dit « eh bien ce n'est pas dur, les cent projets, on va les mettre en open source, sur Internet, tout détailler, les systèmes chimiques, les cycles qu'ils ont imaginés, les avantages, les inconvénients, comment ça fonctionne. Et ils ont tout mis en open source.

Si vous avez une âme d’entrepreneur, parce là c'était des chercheurs qui avaient fait ça, mais derrière le chercheur on a besoin d'un entrepreneur pour se dire « je vais me sortir les mains des poches, me retrousser les manches et puis je vais le faire ». Et puis des gens autour de lui pour l'aider à le faire, pour travailler et puis, etc. Il a besoin de toute une chaîne d’individus derrière. Il n'y a qu'en le mettant en open source qu'on peut faire ça. Parce que sinon, il faut le vendre, donc il faut des capitaux. Et donc on se retrouve dans une espèce de cercle vicieux de l’industrie, plutôt que d'essayer d'avoir un cercle vertueux. Quitte à avoir un cercle vertueux écologique, autant avoir aussi un cercle vertueux économique et un cercle vertueux social. C'est-à-dire de dire « ce sont des gens qui vont faire des projets et ils ne vont pas pouvoir se réapproprier l'idée ». Ce qui fait que si on fait une petite industrie qui fait un projet A en Inde, on pourra faire la même au Chili et ils ne vont pas se taper dessus. Comme disait mon copain Valentin : « Le sac de riz est toujours assez grand pour tout le monde », dans ce genre de cas, en tout cas.

Dans le même genre, l'écologie actuelle nous invite à faire quelque chose de positif. Je vais citer un exemple. J'essaierai de mettre des références sur le site de La Quadrature dans un petit post parce que Gunter Pauli, il y a une conférence très intéressante sur le biomimétisme aussi, que j'ai vue au Conseil économique social et environnemental, d'un jeune homme qui était super talentueux et nous expliquait le biomimétisme, qui est, pour moi, quelque chose de très intéressant dans l'écologie moderne. C'est de dire : « La nature est un livre. La nature est une putain d'encyclopédie. Vous savez ce qu'on fait depuis cent ans avec cette putain d'encyclopédie ? On la brûle ! Si vous ne savez pas ce que c'est qu'un livre et que vous prenez un livre, je n'ai pas de livre là, vous prenez un livre, ça brûle vachement bien ! Si on ne sait pas ce que c'est. Ah si, si vous ouvrez un peu les pages, ça peut faire des briques, on peut aussi en faire des briques, vous savez. C'est du bois à l'origine. Dans des bonnes conditions, ça peut brûler vachement bien. D'ailleurs le pétrole, on le raffine pour le mettre dans des conditions où il brûle vachement bien. Sauf qu'en fait tout ça c'est une putain d’encyclopédie. »

En fait, plutôt que de le brûler, on pourrait juste ouvrir le livre puis essayer d'apprendre à lire ce qu'il y a dedans. Et appendre à lire ce qu'il y a dedans, ça veut dire essayer de copier la nature pour voir ce qu'elle a de mieux à nous proposer. Et il y avait un exemple qui moi m'avait fait genre [Benjamin se laisse tomber], parce que c'est mon industrie. Vous savez Intel fabrique des puces avec du silicium qu'ils mettent en couches, comme ça, pour faire les transistors. Ils font des grilles de transistors par millions, pour faire des calculs très vite. Ils font ça avec des échelles de quarante nanomètres, trente nanomètres aujourd'hui, entre deux transistors. Le nanomètre, c'est un milliardième de millimètre, OK, un truc comme ça, ou un milliardième de mètre. Enfin bon, c'est tout petit. Un milliardième de mètre, 10–9. En effet, merci. Donc un milliardième de mètre. Ça ne se voit pas. Il faut un microscope électronique à balayage, sinon on ne voit rien.

Le problème c’est que pour faire ça il faut des salles blanches, c'est-à-dire des endroits où il n'y a pas une poussière, mais pas une demie, pas une poussière, qui coûtent une blinde de pognon à entretenir, avec des mecs qui rentrent, qui se font passer au ventilateur pendant un quart d'heure, avec un truc spécial, des équipements et tout, pour n'avoir plus aucune poussière sur eux. Qui ont des trucs aux cheveux, des trucs aux mains, des gants, des machins, qui mettent les bras dans les machins et qui manipulent le bidule de silicium. Pour faire du quarante nanomètres. S'il y a la moindre poussière, c'est la mort. C'est fini, le CPU ne marche pas.

On a trouvé dans la nature un coquillage, une espèce de petit coquillage, dont la coquille est entièrement en silicium, et qui est fait d'une espèce de grille assez régulière, même très régulière où, entre chaque élément de la grille, il y a dix nanomètres. Et vous savez quoi ? Le coquillage il fait ça au milieu du plancton marin, au milieu des requins, au milieu des autres machins de plancton, etc. Et c'est un coquillage qui est tout petit et qui est capable de graver à dix nanomètres.

Donc si on arrive à apprendre de la nature à graver à dix nanomètres, demain, sur votre table de salon, vous pourrez faire des composants de silicium à dix nanomètres. Parce que la poussière du salon ça ne gênera pas le petit coquillage dont on a appris à copier le système tel que la nature l'a inventé.

Et des exemples comme ça, vous pourrez les voir sur la conférence du CESE que je mettrai sur le site de La Quadrature, il y en a des dizaines. Il y en a plein et on peut en trouver plein. Il faut juste se les passer et les passer à d'autres, parce que moi, je suis incapable d'essayer de comprendre comment fonctionne le petit coquillage, mais je suis capable de filer l'idée à quelqu'un qui lui va comprendre.

Et si demain vous voyez quelque chose dans la nature qui vous intrigue, essayez de le comprendre et essayez d'en parler. Parce que, finalement, vous savez tous aussi bien que moi, mais on va le rappeler à nouveau : quand on a un bien et qu'on le donne on ne l'a plus. Mais quand a une connaissance et qu'on la partage, on est deux à l'avoir. L'information, ça se multiplie. Ça ne peut pas disparaître, ça se multiplie. Il y a toujours plus d'idées quand on partage.

Et donc le biomimétisme, c'est pour moi une autre façon de faire de l’écologie positive. C'est d'essayer d’arrêter de brûler cette encyclopédie, mais d'essayer de la lire.

Et puis d’autres idées à venir. Voilà. De préférence, comme je viens de vous le dire, des idées libres.

Et en fait je me suis posé la question après avoir vu Gunter Pauli : pourquoi il n'a pas réussi à faire des projets comme ça en France ? Il y a un truc tout simple, c'est que je vous demande ce qu'il y a comme industries dans notre pays. Alors je ne voulais pas qu'il l’affiche, mais tant pis. En gros, j'ai essayé de voir qu'est-ce qui fait des gros emplois dans notre pays. Eh bien il y a l'énergie : il y a EDF, il y a AREVA. On est très connus pour nos centrales nucléaires et la qualité [Benjamin tousse]de notre capacité à les démanteler et à les éteindre quand il risque d’être trop tard. C'est un gros machin l'énergie en France ! Vous savez comme moi que s'il y a EDF, le patron d'EDF, qui dit quelque chose, le gouvernement suit au taquet.

L'armement. Évidemment les EADS, les Thalès et compagnie, les Dassault. On est très bons en armement. On vient de vendre quoi ? Dix milliards d'équipement militaire à l'Arabie saoudite. Ce sont des gens bien ! Ce sont eux qui coupent des têtes en Arabie saoudite, vous savez, les mêmes que l’État islamique, mais eux ce sont les méchants. Donc pareil. On ne se pose pas du tout de question sur les enjeux de machin. C'est de l'armement, c'est important, ça fait du business, ça fait de l'emploi, plein.

Le pharmaceutique. Alors je connais un peu de l'intérieur. Vous savez que dans l’agroalimentaire on dit « vous ne voulez pas savoir comment c'est fabriqué ». Eh bien dans le pharmaceutique vous ne voulez pas savoir comment c'est poussé, « lobbyfié » et autorisé et développé et breveté dans tous les sens. Leur but c'est de faire du pognon. Point. Ne croyez pas que la recherche pharmaceutique vient de ces boîtes-là. C'est faux, ils font moins, nettement moins. Ils ont des budgets recherche qui sont entre la moitié et un zéro de moins que leur budget marketing et développement commercial. J'ai vu faire des études dans lesquelles il y a des gens qui sont interviewés pour dire : « Voilà, qu'est-ce que vous pensez, M. le médecin X, de ce médicament Y ? » Le but ce n'est pas d'avoir l'opinion du médecin, c'est de lui donner un billet. Parce que quand on fait venir les gens pour leur demander leur avis, on leur donne un billet. Après, la taille du billet peut varier selon la capacité du médecin à promouvoir ledit médicament. Donc ce milieu-là est pour moi un de ceux qu'il y a de plus pourris dans notre pays. Je ne sais pas si je le mets derrière ou avant l'armement. Et honnêtement, son utilité sociale reste à démontrer, vraiment ! D'ailleurs souvenez-vous, je ne sais plus qui avait inventé un de ces premiers vaccins. Je crois que c'est la découverte de la pénicilline, où le découvreur de la pénicilline avait dit : « Je ne veux pas déposer de brevet dessus. Je veux que ce soit disponible à tous. » Et ça c’était répandu comme une traînée de poudre, grâce à ça. Aujourd'hui ça n'est plus le cas et ils rebrevettent des molécules, vaguement modifiées, histoire d’être tranquilles.

Et le luxe. Ah le luxe ! Vous savez les Louis Vuitton, toutes ces marques-là. Moi j'ai connu ces marques-là, enfin ma maman a connu ces marques-là, elle est du milieu de la confection. C'était du putain de stuff. Excusez-moi, ce n'est pas poli, mais waouh ! Vraiment ! C'est-à-dire c'était waouh ! C'est-à-dire vous aviez un manteau de luxe, un sac de luxe, un truc d'une marque vraiment réputée, c'était du super matos. C’était costaud, c’était des coutures invisibles, c'était des savoir-faire, c'est vraiment quelque chose de magnifique. C'est pour ça que c'était du luxe, c’était costaud, c’était beau, c’était des produits de malades, ça tenait chaud si ça avait besoin de tenir chaud, ça ne faisait pas transpirer si ça avait besoin de ne pas faire transpirer, c'est génial. Sauf que, aujourd'hui, on a un truc, c'est qu'ils sont surtout accrochés au droit des marques et leurs logos. Aujourd’hui on est une société dans laquelle le logo fait beaucoup de choses. Fait tout, même, finalement. Si vous avez le bon logo sur votre chemise ou sur votre pull, c'est bon, vous êtes in.

Et on voit finalement que le luxe, je ne suis pas sûr qu'encore aujourd'hui ils soient dans cette logique de dire « on veut faire des super produits ». Il y en a encore. Cherchez-les ! Si vous avez envie de vous faire plaisir, allez plutôt vous renseigner sur ce qu'ils font plutôt que le logo qu'ils imposent. Et finalement c'est aussi une grosse industrie dans notre pays.

Et puis on voit une chose, je vous invite à vous renseigner, c'est Doctorow, Cory Doctorow qui a fait un article très intéressant là-dessus, sur ce qu'on appelle les Bullshit Jobs. Alors vous connaissez tous quelqu'un qui est dans ce cas-là. Peut-être que ça vous concerne ? Dans ce cas-là je vous plains de tout mon cœur et je vous invite à réfléchir à tout ça.

Alors ce n'est pas un mot impoli. C'est juste qu'on est plein, à la Défense, il y a plein de gens qui ont des boulots qui ne servent à rien. Ils font le marketing de la promotion des services internes du conseil technique de EDF. Et c'est que pour l'interne, vous savez, ils font de la promotion interne. Oui il n'y a que des services de ce type, en pagaille. Plus les placards. Parce qu'il y a des gens qui, des fois, se lèvent contre ça, et puis on leur dit : « Non, mais tu es gentil, mais tu es le fils d'untel, donc on ne va pas te virer, donc on te met dans un placard. » Et tous ces gens-là, ils savent. Il y a un truc : la définition du Bullshit Jobs elle est très simple, C'est : vous demandez à quelqu'un ce qu'il fait dans sa vie. Au bout de cinq minutes s'il vous dit : « Eh bien, de toutes façons, ça ne sert à rien. », c'est qu'il a un Bullshit Job. Parce qu'ils le savent ces gens-là. Souvent ils en sont malheureux, mais au moins ils ont un boulot. Et dans une époque où on n'a pas de boulot, où le boulot est dur à trouver, eh bien finalement, quand on en a un, ça a beau servir pas à grand-chose, on se met dans un coin et puis on ne fait pas de bruit.

Voilà. Donc il y a des gens comme ça, ici ? Par pitié, renseignez-vous, essayez de trouver autre chose. Je dis même un truc souvent, quand je suis en école d'ingénieur, parce que j'ai affaire à des ingénieurs, je fais des petites conférences en écoles d’ingénieurs où on parle de technique souvent et puis à la fin je fais : « On va aussi parler d'éthique. » Et alors il y a les profs qui font : « Ah bon ! » Eux ça ne les concerne pas. Les profs, ils ne font pas de cours d'éthique en école d'ingé, ça n'existe pas. Donc c'est le cours d'éthique que vous allez avoir sur vos quatre ans. Et alors, il y a un truc tout bête. Si vous avez des ingénieurs, ce sont des gens talentueux, ils sont dans une profession au chômage négatif. C'est-à-dire que s'ils sont dans une boîte où le matin ils n'ont pas envie d'y aller je leur dis : « Mais barrez-vous. Vous allez retrouver du boulot ailleurs. Et si vous êtes bon, vous allez retrouver d'autant plus vite du boulot ailleurs. Et au bout d'un moment vous allez trouver un boulot qui vous fait plaisir et sur lequel vous avez vos valeurs éthiques, vos valeurs à vous, ce que vous avez envie de faire dans la vie, ce que vous avez envie de changer dans le monde qui va être là. C'est ce que vous allez faire tous les jours ! Et vous allez vous lever le matin tadan ! Même pas besoin de café. C'est génial. Faites-le ! Barrez-vous. » Et alors là, les profs genre [Benjamin bouche bée].

En fait si, c'est ça. L’idée c'est que s'il y a des endroits où le mal est produit, si pour vous ça ne vous va pas, si vous êtes talentueux ne mettez pas votre talent à ce service. Si vous êtes talentueux, vous aurez autre chose, vous allez pouvoir trouver du boulot. Moi j'ai fait ça et puis je me suis barré et aujourd’hui j'ai monté ma boîte. Et puis on a galéré cinq ans, et puis on s'en sort au bout d'un moment. Et on fait des trucs, on fait du logiciel libre, on fait de l'infrastructure, on fait des trucs comme ça. Donc voilà, ça c'est le côté éthique. Mais comment on peut changer ça ? Difficilement ! Difficilement !

Pour revenir à la définition du Libre, je dis « le Libre » y compris en anglais, parce que en anglais ils ont open source ou free sofware et, dans les deux cas, on n'est pas sûrs, sûrs, de quoi on parle. Et je vais faire mon troll, désolé. Ça va encore twitter comme quoi je trolle toujours, mais je suis un très fervent défenseur de la licence GPL en tant que concept face à la licence BSD en tant que concept. La licence GPL c'est celle qui dit : « Le logiciel est libre. Vous faites ce que vous voulez avec. Et si quelqu'un en fait une variante, il est obligé de le mettre dans une licence aussi libre. » Vous voyez ce que ça veut dire sur le long terme ? Ça veut dire qu'on ne peut pas refermer.

Alors que la licence BSD, elle dit : « Ouais, faites ce que vous voulez avec. Tant que vous ne dites pas que c'est vous qui l'avez écrit, c'est parfait. Et puis si vous faites des modifs, c'est une partie vous, une partie nous, et puis c'est tout. Mais vous faites ce que vous voulez. Si vous voulez en faire un logiciel propriétaire, pas de problème. » Eh bien moi ça me pose un problème ! C'est que demain on fait un client FTP, eh bien il est propriétaire, et puis « ah tiens, c'est le client FTP de Microsoft, il vient de BSD ». Et puis il y a plein de logiciels comme ça, qui sont piqués au logiciel libre sous licence BSD. Ils referment la boîte, ça s'appelle Cisco. Vous savez, Cisco ! Tous leurs firewall c'est du BSD. Plus de code source du tout. Pardon ? Apple. Ah, Apple, très bel exemple. Apple, merci.

Finalement, le Libre c'est quoi ? Ce sont des idées librement disponibles et leur application, comme je disais tout à l'heure, comme les brevets. C'est l’application d'idées librement disponibles. C'est la garantie de leur ouverture, en s'assurant qu'on prend des licences. Alors je ne vous dis pas prenez la BSD pour des choses non logicielles, ça ne marchera pas. Mais inventez des licences ou prenez-en qui existent dans d'autres domaines, qui garantissent la liberté au long terme.

C'est aussi une pensée qui devrait, à mon avis, être beaucoup plus large entre le côté la liberté qu'on donne aux individus ; l'économie sociale et solidaire, c'est-à-dire le fait que si on travaille avec d'autres individus dans ces contextes, on essaye d'avoir des équilibres entre les individus et pas chercher à avoir des luttes de pouvoir dans tous les sens parce qu'il faut qu'on essaie d'enlever les verrous dans le social qui sont les mêmes qu'on a essayés d'enlever avec le logiciel libre ; et l'écologie, c'est-à-dire essayer d'aller dans du positif, dans de la construction. Et si on a des idées qui nous paraissent intéressantes dans l'écologie et notamment dans l'écologie industrielle qui, moi, m'intéresse le plus, laissez-les librement disponibles. Vous arriverez à appliquer vos idées et vous arriverez à ce que, grâce à ça, d'autres l'appliquent dans d'autres endroits.

Et finalement, pour moi, tout ça procède du même système, c'est-à-dire d'essayer de faire société. Si certains d'entre vous ont un peu étudié l'écologie de manière générale, vous savez une chose, et donc pour ceux qui ne savent pas, je vous le dis, on ne pourra faire une écologie qui nous sauvera la planète que si on la fait tous ensemble. Si demain, tant que entre la Chine, la Russie, les États-Unis et l'Europe, il y a un de ces quatre acteurs, pas les quatre, un de ces quatre acteurs qui dit fuck, c'est foutu. Parce qu’ils vont continuer à polluer, ils vont continuer à faire n'importe quoi, et ça ne marchera pas. On ne pourra pas sauver le monde, sauver la planète du désastre écologique à venir. Parce qu'il faut être clair, il y en a qui prédisent la troisième guerre mondiale, moi je vous prédis d'abord le désastre écologique à venir. Il est déjà à nos portes. Les réfugiés c’est ça. Il y a déjà des réfugiés climatiques aujourd'hui, pas que des réfugiés syriens qui ont la guerre chez eux. Si demain on ne fait pas, ou même aujourd'hui, on ne fait pas commun, on n'arrivera pas à sortir du désastre écologique à venir. Et ça, pour moi, ça passe par les idées librement disponibles.

Si vous avez quelqu’un en Chine qui parle anglais, ou qui parle français, et qui est capable de lire ce que vous avez mis sur Internet comme idée géniale et que lui, peut l'appliquer chez lui, on va gagner. Et on pourra gagner parce qu'on aura fait commun, finalement un peu comme la fourmi. La fourmi elle ne sait pas forcément à quel point elle fait partie d'une fourmilière. Vous imaginez, un petit cerveau de la taille qu'elle a. On sait qu'elle n'a probablement pas beaucoup moyen d'avoir une compréhension extrêmement complexe et structurée comme peut l'avoir l’être humain. Il y a quelque chose, mais ce n'est pas aussi… Mais par contre elle fait juste. Elle met à disposition la ressource à la fourmi d'à côté, elle va chercher une ressource, elle s'occupe du petit, des trois petites fourmis à naître qu'elle a à côté d'elle. Et finalement, tout ça ensemble, ça fait la fourmilière. C'est une espèce de système auto-stabilisant. Et pour moi ce système auto-stabilisant, enfin le système auto-stabilisant qu'on peut proposer à l'humanité aujourd'hui, c'est un système où on met les idées à disposition. Où on ouvre le livre, l’encyclopédie qu'est la nature, où on lit ce qu’il y a dedans, et que ce qu'on arrive à y lire, on le met à disposition dans notre langue à nous, disponible, gracieusement, et sans limite d’exploitation, et en assurant qu'on aura toujours la liberté de le faire grâce à des licences adéquates.

Et donc finalement, c'est ça faire société, c'est ça faire commun, et c'est ce qu'on appelle aujourd'hui passer à l'économie de la connaissance. C'est-à-dire qu'au lieu de brûler du pétrole, on lit l'encyclopédie de la nature. Et finalement, tout ça, pour moi, c'est lié au logiciel libre, c'est lié à la défense des libertés, à la capacité d'innover, à la capacité d’entreprendre et à la capacité de lutter contre la surveillance. Et il y a un truc génial à tout ça, c'est qu'on peut nous surveiller quand on est en train de faire ça. On n'en a rien à foutre, c'est disponible sur Internet ! Est-ce que vous avez des questions ? J'aimerais avoir des questions. On a un micro, le vert pour les questions. Pas de questions ? Merci Agnès.

Alors je n'ai pas prévu encore les liens à mettre sur le site de La Quadrature, mais si vous revenez dans une semaine, on va mettre ça dans un coin, je ne sais pas où. Sinon vous pouvez me suivre sur Twitter, j'en parlerai, enfin je ne l'ai pas mis sur Twitter.

Public : Je ne suis pas scientifique, je suis citoyenne et je réfléchis. Donc une des choses que j’avais découvertes, c'est la différence entre, je connais la France et je connais l'Asie dans le sens Yi King, etc. Et eux, ils ont une conception cyclique des choses alors que nous, on a une conception linéaire. Et à partir du moment où on a une conception linéaire, on ne peut pas tourner en boucle. En fait ce sont des états d'esprit. En France le cycle c'est tourner en boucle, et franchement c'est con. On tourne en rond. Franchement c'est nul de tourner en rond, c'est franchement nul !

Benjamin : On ne tourne même pas en rond, c'est-à-dire qu'on prend un produit qui est là, on le transforme et on le jette, en fait.

Public : Tandis que par contre, en Chine, le cycle c'est le cycle de la vie. Vous voyez, pour la même chose, on a un regard totalement différent. On a un regard con ou un regard super, mais c'est le même rond.

Benjamin : Je suis d'accord. C'est vrai qu'on a beaucoup à apprendre des philosophies asiatiques en la matière. Je vais voir comment ça peut rentrer, ce qu'on peut écrire autour de ça. C'est assez intéressant. Ça rejoint d'ailleurs le côté, voilà, on a essayé de faire l'écologie circulaire, c'est ça aussi. C'est d'ailleurs une des questions qui m'a été posée, suite à cette discussion, mardi au bookscanner, c'est de dire l'écologie circulaire peut fonctionner en partant des principes de conservation de l'énergie et de la matière. Et on s'est demandé qu'est-ce qu'il y avait comme économie circulaire du même type, c'est-à-dire en conservation d’énergie et de matière, dans le monde du numérique, qui est un monde essentiellement informationnel. En industrie, on fait passer d'un état à l'autre, finalement, les biens et les choses. Comment on peut appliquer ça au numérique ? Je n'ai pas de réponse. Si vous avez une idée, je suis preneur. Est-ce qu'il y a d'autres questions, d'autres suggestions ? Et-ce que ça vous inspire quelque chose ? C'est laquelle la meilleure des deux licences ? C'est la GPL ou la BSD ? S'il n'y a pas d’autres questions, je vais vous laisser. Je vous remercie infiniment.

N'hésitez pas à suivre les actualités de La Quadrature, on a toujours besoin de coups de main à droite et à gauche et on a un stand juste derrière.

Public : Est-ce qu'on peut faire de la pub ?

Benjamin : Oui, oui, faites de la pub. La Quadrature du Net, on a des stickers aussi. Ah de votre pub à vous ! Allez-y !

Public : Moi je suis tombée dans un festival de films de femmes, sur un film sur l'économie et je ne connaissais rien à l’économie et même pire, ça me gonflait quoi. Voilà ! Et quand j'ai vu le film je me suis dit « hou la la, il faut que tout le monde le voit ». C'est-à-dire qu'en une heure et demie je suis passée de « ah non pas l'économie à waouh ! Il faut que tout le monde le regarde ».

Benjamin : Et donc, le titre du film c'est ?

Public : Ceux qui veulent le papier, le voilà.

Benjamin : C'est quoi le titre ?

Public : C'est un film de l'Office national du film du Canada, donc un très gros office.

Benjamin : Donc un film de l'Office national du film du Canada. Vous pouvez le dire dans le micro que les gens entendent

Public : Oui pardon ! C'est un film fait par l'Office national du film du Canada. L’économiste est néo-zélandaise, la cinéaste est canadienne. Et c'est en fait le PIB.

Benjamin : Combien on produit, quoi.

Public : Aujourd'hui on dit qu'il faut que ça croisse, le PIB. Elles, ce qu'elles disent c'est « le PIB ne dit pas entre les mains de qui est l'argent. Le PIB ne dit pas comment on fabrique cet argent, etc. » Et notamment l’armement. Elles parlent de ce dont vous avez parlé. Donc il y a plein de sujets qui sont abordés d'une façon assez inhabituelle. Voilà.

Benjamin : Je vais vous en prendre un, ça m'intéresse.

Public : Je n'en ai peut-être pas pour tout le monde, parce que j'en ai tous les jours sur moi.

Benjamin : C'est un d'ailleurs un des trucs qu'ont développé Gunter Pauli et ses collègues dans l'économie bleue. Alors le titre du film c'est Who's Counting ? Sexe mensonge et mondialisation.

Public : Si on parle anglais on ne le trouve que du côté anglophone au Canada et moi eh bien je n'ai pas pensé, je ne dois en avoir que deux sous-titrés.

Benjamin : Disponible en version originale sous-titrée en français. Il suffit de savoir lire. Bien. C'est un des trucs que Gunter Pauli et compagnie voulaient faire. En gros, ils se sont dit « il y a un autre problème avec l'économie actuelle, c'est qu'on produit en masse, en masse, en grosse masse. On transporte sur des milliers de kilomètres. Donc on a des Chinois malheureux à un bout, des Européens qui n'ont pas d'emploi à l'autre bout, et une pollution totale entre les deux. C'est génial. C'est une belle économie ! » Et donc, lui ce qu'il veut, c'est que les industries soient petites. De toutes façons leurs cycles, en général, ils ne sont pas faciles à réaliser à grosse échelle ou ils n'ont pas d’intérêt, puisqu'il faut se mettre à transporter, ça devient moins rentable. Et donc ils disent « il faut que ce soit rentable localement avec des emplois locaux et nombreux ». Donc ils créent de l'emploi, ils créent de la richesse localement. En général, leur système ne crée pas de déchets et ça ne se transporte pas sur des milliers de kilomètres. C'est fait pour alimenter une région, éventuellement un petit pays, Mais voilà ça reste des choses très raisonnables. Ça j'aime bien aussi l'idée de dire « on prend en compte les absurdités de notre économie actuelle ». Voilà Donc je mettrai les références s'il y en a que ça intéresse, sur le site de La Quadrature dans les jours à venir. Je vous remercie et vous souhaite une bonne fin d'Ubuntu Party. Merci.

Applaudissements

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Logiciel libre, Internet, surveillance, écologie - Benjamin Sonntag - Agnès de Cornulier  Voir?


Benjamin Sonntag

Titre : Logiciel libre, Internet, surveillance, écologie : vision commune d’une révolution en cours
Intervenant : Benjamin Sonntag - Agnès de Cornulier
Lieu : Ubuntu Party - Paris
Date : Novembre 2015
Durée : 52 min 47
Licence : Verbatim
Lien vers la vidéo : le fichier vidéo

Transcription

Bonjour. Ça va être une conférence un peu particulière. D'habitude, à toutes les Ubuntu Party, il y a quelqu’un de La Quadrature du Net1, dont je fais partie, qui fait un point un peu sur les sujets de la Quadrature, où est-ce qu'on est, ce qu'on a fait. Cette fois-ci on va faire un truc un peu différent, parce que c'est un peu ce qu'on avait envie de faire aussi, et puis parce que ce ne sont pas les mêmes qui ont fait la conf. Et donc on est partis d'une idée assez rigolote qu'on avait un peu, à deux ou trois, dans le conseil d'orientation et puis des gens proches de La Quadrature]. Et puis on a essayé de tirer le bout de ficelle et j'ai plus de questions que de réponses à vous apporter aujourd’hui, mais c'est bien d'avoir des questions. On va essayer de se poser quelques questions.

L'idée c’était de voir, un peu, entre le logiciel libre, la façon dont fonctionne Internet, la surveillance de masse et l'écologie et un peu l'avenir de la planète. Ça tombe bien avec COP 21, on est un peu. Non, on n'y est pas du tout, on oublie COP 21, mais la surveillance, par contre, on est dessus. En quoi c'est quelque chose en relation avec ce qu'on appelle les Communs, qu'est-ce que c'est et, en tout cas de mon point de vue, pourquoi c'est une révolution qui est en cours. Et le petit truc bleu dans le coin, c'est un peu le centre du sujet.

Rapidement, je suis Benjamin Sonntag, je suis un des cofondateurs de La Quadrature du Net. Je ne fais pas beaucoup d'apparitions publiques. C'est plutôt les Jérémie, Philippe ou Félix qui s'y collent et maintenant Adrienne, beaucoup. Mais je suis plutôt le geek de la bande. S'il y a des trucs à faire avec les machines c'est plutôt moi qui m'y colle. Sauf qu’aujourd’hui on ne va pas trop parler des machines.

Qui n'a jamais entendu parler de La Quadrature du Net ici ? Avant aujourd'hui ? Non, alors toi je sais que c'est faux, toi je sais que c'est faux, donc c'est bon. Donc personne. Tout le monde en a entendu parler donc je ne vais pas vous dire ce que c'est, association de défense des libertés dans le numérique. Juste un petit truc. Au début on était une association de défense des libertés numériques. Puis c'est devenu il y a quoi, deux ans, une association de défense des libertés « dans le » numérique. C'est-à-dire qu'on applique des contextes où il y a Internet, la communication, etc. Et en fait, aujourd’hui, on est plus ou moins en train de se demander si on ne va pas juste se faire association de défense des libertés, point. Le contexte politique actuel peut en expliquer beaucoup.

Avant de parler du sujet, de questions qui nous intéressent, je vais vous poser quand même un petit bilan de ce qu'on a fait à La Quadrature du Net dans l'année passée. Eh bien ça été très lourd, je me dis, l'année 2015. Eh bien peut-être de laisser, Agnès, si elle veut nous dire 45 secondes ce qu'on a fait au niveau de la neutralité du Net. Est-ce qu'il y en a à qui le concept de neutralité du Net est totalement inconnu ici ? OK. Les mêmes qui veulent jouer. Donc c'est bon. La neutralité du Net, je vais quand même faire une toute petite définition, c'est l'idée très rapide de dire que, sur Internet, qui est un réseau de communication, où l'intelligence est aux extrémités, c'est-à-dire c'est votre ordinateur ou le serveur en face qui est intelligent, mais les tuyaux entre deux sont bêtes, ils ne font que passer l'information. Il est fondamental et il devrait être politiquement défendu, enfin oui, on devrait défendre politiquement le fait que les opérateurs n'ont pas le droit d'accélérer, ralentir, bloquer ou mettre sur des tuyaux préférentiels les contenus en fonction de leur origine, de leur destination ou de leur nature.

En gros, une lettre à la poste, quel que soit le contenu de la lettre, elle ira à la même vitesse. Il n'y a pas de raison qu'il n'en soit pas de même sur Internet, notamment pour favoriser l'innovation et pour éviter les groupements de gros acteurs. Donc c’est un sujet qui est très débattu au Parlement européen et je vais laisser Agnès nous dire où est-ce qu'on en est très récemment.

Agnès : Donc la neutralité du Net. On a eu des négociations sur le règlement européen pendant des années, enfin depuis au moins 2011/12. Le règlement a fini par passer il y a quelques semaines, moins bien que ce qu'on aurait aimé et ce qu'on aurait pu espérer. Moins mauvais que ce qu'on craignait. Mais il n'est pas parfait du tout. On a jusqu’au bout essayé de déposer des amendements pour le renforcer ; ils ne sont pas passés, donc on n'est pas contents. Et du coup tout n'est pas perdu. Il y a encore les régulateurs européens réunis au sein de l'Union européenne, au sein du PEREC. Les régulateurs des Télécoms, c'est l'ARCEP en France et puis les ARCEP de tous les pays de l'Union européenne, qui sont réunis au sein de l'Union européenne, au sein d'une organisation qu'on appelle le BEREC2. Et ce BEREC a six mois pour sortir des lignes directrices, pour donner aux régulateurs nationaux, donc aux ARCEP, des lignes directrices pour savoir comment appliquer exactement ce règlement dans les différents pays. Et là-dessus on va essayer de jouer encore un petit peu pour renforcer, via ces lignes directrices, le règlement. Donc c'est quelque chose qu'on continue à faire, on continue à travailler avec l'ARCEP et au niveau du BEREC, au niveau européen. Voilà.

Benjamin : Le vert est coupé, ce n'est pas grave. Merci Agnès. C'est un des sujets de La Quadrature sur lequel on est très actifs, dès le début de La Quadrature finalement. Il y en a un autre qui nous est un peu tombé dessus en début d'année, qui était prévu depuis longtemps, mais forcément, après les attentats de Charlie Hebdo, ça a été compliqué à défendre, c’était le projet de loi renseignement qui visait, en gros, à légaliser la surveillance de masse des citoyens par les services secrets français. Et quand je dis des citoyens c'est des citoyens français et des citoyens non français, c'est-à-dire y compris les tuyaux de l'internet qui viennent ou qui sortent du pays. Les services secrets se permettent d'écouter ce que font les citoyens français, ils se permettent d'écouter en masse. Eh bien le projet de loi renseignement visait à, tout simplement, légaliser ces pratiques et dire que les services ont le droit de faire ça et que c'est normal.

Ce n'est pas ce qu'il y a écrit dans les fondamentaux de notre République. Mais bon ils ont essayé de faire passer cette loi. FDN, FFDN et La Quadrature ont attaqué un certain nombre de décrets, de choses comme ça. On a attaqué, non pas les décrets. On a attaqué au Conseil constitutionnel. On s'est fait rabrouer, on s'est fait rabrouer massivement. Ce projet de loi est passé comme une lettre à la poste sauf un petit bout qui est la partie surveillance internationale, parce qu'en gros c’était vraiment open bar côté surveillance internationale. Et dans tous les cas, les institutions de régulation, c'est-à-dire le machin semi-parlementaire chargé de vérifier que les services font bien leur boulot n'a, a priori, quasiment pas de pouvoir, en tout cas surtout pas en amont et en aval, enfin, après coup, il ne va pas pouvoir faire grand-chose. Donc le sous-projet surveillance internationale est ensuite passé comme proposition au de projet de loi et il est aussi passé comme une lettre à la poste. Et on a su récemment que le Conseil constitutionnel le validait en disant : « Non, non, tout va bien, il n'y a pas de problème. »

Donc, citoyens, bienvenue. Tout ce que vous dites sur votre téléphone, sur votre accès internet, tout ce que vous faites sur Internet est écouté et mis en statistiques par nos services qui sont censés nous protéger. On sait ce que ça a donné avec les révélations Snowden. On a vu tous les abus que les Américains ont fait en la matière. Je ne doute pas que nos services soient capables de faire le même genre d'abus.

Donc, si vous êtes sur Internet protégez-vous. Considérez que vos conversations, comme toutes les enveloppes en Allemagne de l'Est, sous la Stasi, étaient ouvertes, considérez que tout ce que vous faites sur Internet est fiché. Et ce n'est pas une paranoïa. Snowden nous l'a prouvé et même ça ne coûte rien !

La loi numérique de Mme Axelle Lemaire, avec sa consultation bidon. Alors ça a donné un vrai succès, il y a plein de citoyens qui se sont exprimés. Puis ils ont pris à peu près tout ce qui avait été exprimé et puis ils ont tout jeté, dès que le CSPLA ou d'autres trucs d'ayants droit ont dit : « Non, mais cet article-là est nul, on n'en veut pas ! » Ils ont dit : « Bon d'accord ! Fuitiiiichh. » Globalement la loi numérique on n'en attend rien, ça ne va pas changer, ça ne va pas défendre la neutralité, ça ne va pas permettre le partage des œuvres entre citoyens. Ça ne va pas avancer grand-chose. Peut-être un peu sur l'open data et encore. Voilà. Donc ce n'est pas gagné.

La loi création avec notre autre ministre, Fleur Pellerin, à venir, pas encore finie d'écrire a priori. On a eu des brouillons, déjà noyautés par les ayants droit ou les ayants tort, je ne sais plus trop, enfin bon. Celle-là aussi elle est bien. Il va falloir probablement taper très fort sur nos députés. Mais comme de toutes façons, le pouvoir en place, l'exécutif, prend tous les moyens pour aller au forcing, on n'y croit plus trop, mais il va falloir quand même se battre parce que des fois on a des petites victoires de batailles et on se dit « au moins celui-là ils s'en souviendront ». Souvenez-vous d'HADOPI, joli fiasco.

D'autres petits projets de loi comme, par exemple, le projet de loi contre le système prostitutionnel. Ça c'est un des exemples. Avant HADOPI, en gros, quand il y avait des projets de loi, ils ne parlaient pas d'Internet. Ils parlaient de sujets A, B, C. Et puis il y avait d’autres projets de loi qui parlaient du numérique et d'Internet. Après HADOPI, ils ont commencé, peu à peu, à faire des projets de loi sur tous les sujets, comme d'habitude, mais qui, à chaque fois, incluaient un article parlant d'Internet. Et c'est devenu un problème pour La Quadrature, c'est qu'on s'est retrouvés sous l'eau de projets de loi à suivre et d’articles de projets de loi à défendre ou à attaquer. Typiquement, celui sur la lutte contre le système prostitutionnel, comme tous les projets de loi de ce type, ou la défense du consommateur ou la protection des données, etc. À chaque fois ils proposent de pouvoir censurer des sites web sans intervention du juge judiciaire, ce qui n'est pas normal, À priori. Parce que quand on veut faire de la censure, l'atteinte à la liberté d'expression c'est quelque chose de grave. Il n'y a pas de raison qu'on ne passe pas par un juge qui dit : « Bonjour, c’est normal, ce n'est pas normal, il faut bloquer, il ne faut pas bloquer. » Donc ça, c'est devenu la petite marotte du gouvernement, celui-là et le précédent d'ailleurs, que de censurer administrativement à tout-va. Donc voilà un autre exemple, on n'est pas bien partis.

Dans les bonnes nouvelles, il y a eu l'invalidation du Safe Harbor qui est en gros le fait que, au niveau européen, on disait s'il y a des pays, considérons l'UE comme un pays, où les données des citoyens sont à peu près bien protégées, on autorise les boîtes privées à faire des transferts de données entre ces pays, entre l'UE et ces pays, sans avoir besoin de règlement particulier, tant que ça respecte les lois du pays cible.

Les États-Unis faisaient partie du Safe Harbor, parce que vous comprenez bien, les données des citoyens sont protégées aux États-Unis. Suite aux révélations de Snowden, c'est la CEDH ou la CJUE, la CJUE, la Cour de justice de l'Union européenne a décidé que le Safe Harbor, pour les États-Unis, était invalide, parce qu'il n'y avait aucune raison d’avoir confiance dans les fournisseurs américains. Ce qui veut dire que théoriquement les Facebook, Google, Apple, Microsoft, et tous ces gens qui aspirent vos données, qui regardent tout ce que vous faites sur Internet pour vous traquer, vous ficher, devraient normalement avoir leurs données uniquement en Europe typiquement, ou ne plus avoir le droit de les transférer vers les États-Unis en tout cas. Vous vous doutez bien que ça ne va pas aller aussi vite, mais c’est quand même un sujet intéressant. Donc à suivre pour en voir les conséquences surtout. Donc là-dessus, c'est assez rigolo.

La protection des données au Parlement européen. Ça n'a pas trop bougé. Il y a un trilogue, c'est-à-dire la discussion entre le Parlement, le Conseil et la Commission. Donc en gros, quand on a une montre c'est bien, quand on en a deux c'est ce qu'il y a de pire, à trois je ne suis pas sûr que ça marche bien. Le dialogue entre les trois ne se passe pas très bien et, pour l'instant, il y a un gros lobby de toutes les boîtes qui font de la donnée et ce n'est pas que les Google, Apple, Facebook, Microsoft. C'est aussi tous les assureurs, tous les banquiers, toutes les personnes qui sont susceptibles de savoir des choses sur les citoyens, eh bien ça les intéresse de pouvoir en faire tout ce qu'ils veulent pour de l'exploitation en masse, de la vente de pub, etc., du profiling. Donc ceux-là sont vent debout pour une protection très faible des citoyens. Donc si vous voulez que vos données sur Internet soient un peu sûres, vos données personnelles de tout type, y compris avec l'internet des objets qui se profile à l'horizon, eh bien il va falloir à nouveau se bouger au Parlement européen de temps en temps. On est en train de mettre à jour le site de ce côté-là. Ah oui le site controle-tes-donnees.net3, sur lequel je vous invite à aller voir si vous voulez aider à protéger vos données sur Internet. Merci Agnès.

Et la dernière, celle-là est très récente. C'est tout simplement vous avez vu l'arrivée de l’état d'urgence. La Quadrature, suivie de près par Le Monde, suivie de près par tout un tas d'autres médias, s'est lancée dans une espèce de recensement des abus de l'état d'urgence. On n'a jamais eu autant de visites sur le communiqué de presse correspondant. On n'a jamais eu autant de visites sur un pad de La Quadrature. On a essayé de recenser tout ça, on était 500 sur le pad. Délirant ! Apparemment ça concerne les citoyens, ça concerne beaucoup de monde, parce qu'il y a eu des abus de perquisitions administratives en masse depuis le 13 novembre. Donc on essaie de recenser un peu ça et on essaie de voir dans quelle mesure le numérique, s'il est touché, va essayer de se défendre. Et on va essayer d'aider les citoyens, de leur fournir des outils et des analyses et des moyens pour se défendre. Mais bon ! Là aussi, souvenez-vous du 11 septembre 2001, voyez ce que ça a donné sur les quinze ans qui suivent aux États-Unis. La France n'est pas les États-Unis, mais on a les mêmes politiciens débiles avec les mauvaises idées aux commandes.

Alors ça ce n'est pas Quadrature, c'est tout à fait personnel. Je me souviens d'un truc , c'est quand il y a eu le 11 septembre, M. Bush était là en mode « c'est la guerre, c'est la guerre, c'est la guerre. » Jacques Chirac, le Président de la France, pour qui je n'avais pas voté à l'époque, avait dit : « Je ne suis pas sûr que le terme de guerre soit très approprié. » Ça avait fait un scandale ! Il n’était pas tombé dans le piège qui consiste à répondre à une agression par une agression. Le œil pour œil, on sait que ça ne marche pas. Sur le long terme, ça ne peut faire que des morts civils, alors que c'est la guerre des puissants. Vous voyez. « C'est leur guerre, nos morts. », comme on dit, merci Julien. Et donc, ce qui se passe, c'est que là, M. Hollande est tout simplement tombé dans le piège. Et aujourd'hui, il nous a dit : « La guerre, la guerre, la guerre .» L’état d'urgence est déclaré sans raison a priori valable, parce que les services secrets français n'ont pas fait leur boulot en écoutant en masse les citoyens, plutôt qu'en essayant d'écouter sous forme ciblée les gens concernés. Donc on voit ce que ça donne. Gros boulot en perspective pour La Quadrature !

Par contre il y a plein de bonnes nouvelles cette année. Il y a un groupe constitué de trois organisations avec La Quadrature du net, la Fédération des fournisseurs d'accès associatifs, FFDN et French Data Network qui est un des plus anciens fournisseurs d'accès français, de type associatif qui plus est, qui se sont mises ensemble, depuis un an maintenant quasiment, dans un petit groupe que certains politiques ont appelé « les exégètes amateurs », et on a fini par dire qu'on va les appeler comme ça, ça marche bien, qui a fait une dizaine maintenant, je crois, de dossiers d'attaque en justice, soit au Conseil constitutionnel, soit au Conseil d’État pour des décrets. On envisage d'autres cas s'il y a besoin, tout simplement à des tribunaux civils ou carrément à des cours européennes si besoin, sur des décrets de type projet de loi de renseignement et tous les décrets ou lois qui peuvent être appliqués et qui sont pour nous anticonstitutionnels, eh bien on les attaque. Si vous avez des avocats, des juristes autour de vous, ou si vous êtes vous-même avocat ou juriste et que vous avez envie d'aider, je pense qu'ils sont toujours preneur. Ils se réunissent par téléphone ou physiquement dans Paris tous les lundis, je crois, tous les lundis soir, et c'est un groupe qui déchire. Ils font des super dossiers, merci à tous ceux qui en font partie. Je n'ai pas les noms en tête. Je vous laisse aller voir. L'URL, laquadrature.net/recours, vous permet de voir où on en est. C'est une page qu'on met à jour régulièrement avec les news de ces sujets

On a mis à jour nos propositions. Parce qu'à La Quadrature on râle beaucoup, mais on a toujours proposé des alternatives, on a toujours proposé de manière très précise. Donc si vous voulez savoir un peu, avoir une petite idée de comment on peut essayer de défendre les libertés, de défendre les données des citoyens dans le numérique, n'hésitez pas à aller voir nos propositions. Un truc phare, un peu, de La Quadrature, c'est de dire : « Il y en a marre d'avoir une justice administrative qui est très difficile à mettre en œuvre pour les citoyens pour se défendre, notamment parce qu'ils ne sont pas toujours au courant des décisions en la matière ». Donc on cherche à avoir tout simplement qu'il y ait plus de moyens pour la justice judiciaire et moins d'arbitraire administratif, notamment confère les perquisitions de ces derniers jours.

Dans les trucs à venir, c'est très récent, on est à peine en train de balbutier là-dessus, mais on a envie de relancer des ateliers comme on le faisait. [Il est où lui. C'est le bazar dans mes docs, je suis désolé ! Oh la la ! Tagada tsouin tsouin ! Ça ce sont les fameux gif, ça ne passe pas. Mon Dieu !] Donc à venir une ouverture de La Quadrature, comme je vous disais tout au début. On va de plus en plus s'ouvrir à d'autres ONG, avec d'autres ONG, les Amnesty International, les Ligues des droits de l'homme, les syndicats de la magistrature et d'autres. On est vraiment ouvert à toute discussion avec toute ONG relative, de près ou de loin, à la défense des libertés des individus, à essayer de faire des choses un peu plus centrées sur les libertés en général. Parce que quand on voit l'évolution de notre État et le déclin démocratique progressif mais certain, eh bien voilà ! Je vous invite à nous aider à faire ça, si vous êtes dans des ONG de ce type, venir nous écrire, à essayer de faire des trucs ensemble. Et dans les trucs ensemble, on va essayer de faire plus souvent des ateliers comme on faisait à une époque, soit des ateliers techniques où on va mettre au point ou améliorer des outils techniques comme Memopol, comme le Piphone, ou d'autres à venir, ou des sites web comme Contrôle tes données. Soit simplement des campagnes. On va publier des contenus, mettre en ligne, inviter à faire des flyers, des trucs comme ça, des gifs animés comme on en voit d'autres. C'est-à-dire faire du bruit.

Il faut savoir qu'un des trucs fondateurs de La Quadrature et je vous invite à le garder pour vous et à l’utiliser avec d'autres, c'est tout simplement que les pouvoirs en place n'arrivent à faire du mal que dans le noir. C'est comme des vampires. Ils ne peuvent mordre que dans la nuit. Si vous mettez les projecteurs dessus, ils disparaissent. Le coût politique de faire quelque chose sous les yeux des citoyens est trop élevé. S'il est trop élevé ils ne le feront pas. ACTA a été une réussite pour ça. HADOPI a été une réussite pour ça. On peut gagner d'autres batailles. Il faut juste suivre ces idées-là, je pense qu'il y a vraiment quelque chose à faire, tout simplement en faisant beaucoup de bruit.

Dans ce contexte-là, La Quadrature a lancé sa campagne annuelle de financement. Donc si vous avez quelques sous à mettre, n'hésitez pas. On a un super site web avec des jolis gifs animés, que vous pouvez voir ici sur soutien.laquadrature.net. On en a besoin, vraiment. Si vous ne pouvez pas nous aider avec une action, en appelant vos députés, en ayant une espèce de force citoyenne de proposition et de défense, eh bien n'hésitez pas à donner quelques sous. Et si vous ne pouvez pas donner quelques sous, n'hésitez pas à nous écrire et à dire comment on peut aider. Sur le site il y a plein de façons d'aider qui peuvent être très utiles.

Voilà. Ça c’était le bilan, un peu, des activités de La Quadrature. On va passer un peu au questionnement du moment, sur le logiciel libre, l'internet, la surveillance, l'écologie et les Communs en général. En quoi ça serait peut-être quelque chose d'assez révolutionnaire finalement, même si le logiciel libre a été inventé il y a trente ans, on pourrait dire globalement par Richard Stallman.

Je suis parti d'un constat, c'est que quand j’étais jeune j'ai fait beaucoup de Lego, Lego Technique, des trucs comme ça, avec ceux de mes frères et sœurs, et à chaque fois je faisais de trucs marrants. Et puis mes parents étaient là : « Ah c'est cool ! Tu vas déposer un brevet ?
– Oh ouais, peut-être ! » Bon ! Je n'ai jamais déposé de brevet parce que, quand on a douze ans, on ne dépose pas des brevets. Et puis quand on a vingt ans, on voit comment ça s'écrit un brevet, on se dit « hou là, jamais ! » Et puis quand on a vingt-cinq ans, on découvre le logiciel libre et on se rend compte que c'est chouette parce qu'on peut accéder au code des autres et on peut modifier le code des autres et faire faire autre chose avec. Et puis on peut faire son propre code et le partager avec d'autres qui, pouf !, se mettent à faire des trucs avec. Et juste on se retrouve dans une espèce d'écosystème génial. C'est très biologique, c'est très vivant, ça bouillonne et à la fin on ne se souvient plus comment on faisait avant en fait. « Ah si, je piratais PaintShop Pro 3 sous Windows. » Ouais, c'était nul parce que je ne pouvais pas débuguer le machin qui faisait les flous, qui était tout pourri. Et puis je ne pouvais pas non plus distribuer le flou tout neuf que j'avais écrit et qui permettait de faire des jolis flous sous PaintShop Pro, que je n’ai pas pu faire vu que je n'avais pas le droit de le faire de toutes manières et je n'avais pas le code source.

Finalement, avec le temps, le logiciel libre ça m'est vraiment apparu comme une évidence. Mais plus qu'une évidence, c'est même une nécessité. Et on s'en est rendu compte avec les histoires d'Edward Snowden et avec le monde de la crypto, c'est-à-dire le monde des codes secrets et du chiffrement et du petit cadenas dans votre navigateur. On s'est rendu compte d'une chose, c'est qu'on n'a pas trouvé de logiciel propriétaire qui ne soit pas noyauté de l'intérieur. C'est-à-dire pour lequel il n'y a pas soit une clef qui permet de passer outre le chiffrement, soit une clef qui permet de tout déchiffrer, soit un bug franchement volontaire. Parce que les bugs pas volontaires de ceux, parmi ceux qu'on a pu voir, c'était trop gros ! Qui fait qu'on peut désactiver la crypto ou lui dire « ne fais pas de crypto ». Ce qui fait que les services ou des écoutes ciblées peuvent éventuellement écouter les conversations des gens, ou écouter ce qu'on fait, sans problème.

C'est un problème. C'est un problème aussi industriel. On oublie souvent, on pense souvent, nous on dit souvent : « Oui si vous avez des choses à cacher ou même si vous êtes activiste c'est important. » Mais si vous êtes dans une grosse industrie ou dans une entreprise qui a des secrets ou des choses, c'est un problème parce que vous ne pouvez pas communiquer entre vous de manière confidentielle sans que des États ou des barbouzes ne puissent vous écouter pour un oui pour un non. Et si un État peut le faire, des barbouzes le font, il ne faut pas croire. On a même vu avec les révélations de cette boîte italienne qui s'était fait pirater, que ça se trouve, ça peut s’acheter des logiciels d'écoute, sans problème.

Et donc finalement, pour moi, le logiciel libre est devenu vraiment une nécessité. Pire ! au fur et à mesure, on se dit « on a entendu parler aussi des musiques libres ». Alors les musiques libres, j'ai un vrai problème avec ça, ou l'art libre en général, c'est que, autant je peux prendre Gimp à la place de PaintShop Pro, autant je ne vais pas écouter X, Y, Z à la place de Pink Floyd. Parce que juste X, Y, Z, il ne fait pas pareil que Pink Floyd. Et c'est un vrai problème pour l'art et je n'ai pas trouvé de solution pour l'art, d'ailleurs, pas aujourd'hui. Si ce n'est les propositions de La Quadrature qui consistent à dire « Quand même, on va un peu loin là : 70 ans après la mort de l'auteur avant qu'une œuvre puisse s'élever dans le domaine public, c'est un peu long. » Et puis vous savez, essayer de mettre des trucs d'ayants droit entre deux, qui font plutôt plaisir aux middle men, aux intermédiaires, plutôt que financer les vrais auteurs et les vrais acteurs et les vrais interprètes, ce n'est pas une bonne idée non plus. À part ces grandes idées de La Quadrature qui finalement ne sont pas forcément très orientées open source, logiciel libre, applicables à l'art, je n'ai pas trouvé trop pour l'art.

Il y a plein d'autres domaines dans lesquels les concepts de logiciel libre sont vraiment super intéressants. On va en parler un petit peu.

Un des exemples c’était la surveillance, la surveillance des peuples. Comment ça fonctionne ? En gros ça a été les dernières révélations en la matière, ça a été Edward Snowden dont vous avez tous entendu parler. Qui n'a jamais entendu parler d'Edward Snowden ici ? N'ayez pas peur, ne vous cachez pas. OK. Donc vous voyez de quoi il s'agit : ce sont les écoutes de masse des États-Unis. Avant ça il y a eu Duncan Campbell qui a révélé ce qu'on appelait le programme ECHELON, qui était, en fait, lui-même issu d'accords entre les cinq pays autour des États-Unis – Australie, Canada, Nouvelle-Zélande et Grande-Bretagne, qui était l'accord UKUSA, où, en gros, il y avait des écoutes de masse des signaux électroniques, donc la radio, et puis toutes ces choses-là, les télécommunications en général, dès les années 45. Donc ce n'est pas nouveau. Dès la fin de la Seconde guerre tout l'Occident, l'Occident américain on va dire, était en ligne, rangé, je ne veux voir qu'une tête en mode bidasse, pour écouter toutes les conversations de tout le monde. Ce n’était pas cool.

Mais on se rend compte d'une chose finalement, c'est que ces écoutes sont possibles parce qu'elles sont faites par les puissants, parce quelles sont faites dans l’ombre. Il y a des trucs, par exemple, qui ont eu lieu cette année. Il y a intelexit.org4 qui est un site web qui est a été monté par des copains de Peng à Berlin, qui dit : « Vous êtes des services de renseignement. Si vous jugez en votre âme et conscience, éthiquement, que ce que vous faites est illégitime, sortez, barrez-vous. Si vous êtes talentueux vous allez trouver du boulot ! Et venez dire, venez fuiter, venez sonner l'alerte, devenez whistleblower, devenez lanceur d'alerte pour dire ça ne va pas, il y a ça qui ne va pas, ce n'est pas possible. » Et globalement, cette surveillance, moi j'ai fait le lien un peu avec la façon dont l'histoire est écrite. Quand on regarde les livres d'histoire on se rend compte d'une chose, c'est que, finalement, on voit l'histoire des vainqueurs, toujours. Et même si on voit l’histoire des perdants, c'est-à-dire que les Allemands, je me doute bien qu'ils racontent qu'ils ont perdu les deux guerres mondiales. Et puis les Français, on se souvient qu'on a perdu Waterloo, mais ça reste des grandes batailles. L'avis des citoyens de base, vous, moi, de ce que je vois à peu près tous ceux qui sont ici compris, ce n'est pas nous qui allons écrire l'histoire. Et c'est l'histoire de ces 1 % de vainqueurs, simplement 1 % de ceux qui ont pris le pouvoir parce qu'ils avaient choisi de le prendre, c'est eux qui ont toujours fait la surveillance des peuples.

Et plus que la surveillance, il y a même des bouquins qui ont été écrits là-dessus, que je vous recommande, sur le contrôle de l'individu. Le fameux livret ouvrier, vous voyez. Le livret ouvrier c’était l'ouvrier il a droit d’être dans telle ville, il a droit de travailler à telle mine, et puis c'est tout. Ce n'est pas un passeport. Il a le droit d’être là. Il n'a pas le droit d'aller se promener, il n'a pas le droit… Ou ça lui donne le droit de travailler dans une industrie, à la rigueur, vous voyez. Il a le droit d’être mineur. Il n'a pas le droit de devenir, je ne sais pas, de se mettre à faire autre chose, forgeron ou charpentier, je n'en sais rien moi.

Eh bien ce contrôle, on est en train de le voir revenir peu à peu, par le fichage général des individus, finalement. Parce que quand on voit que Google ne file pas les mêmes résultats à vous qu'à moi, où, à chacun d'entre nous, il file des résultats différents, c'est un peu il crée des bulles et puis il crée un peu le livret ouvrier moderne. On ne sort plus de sa bulle. Il ne nous l'interdit pas, mais on façonne comme ça les gens, on façonne les peuples par la surveillance et par le fichage.

Et puis tout simplement, la surveillance de masse, elle a un problème aussi, c'est qu'elle s'applique aussi dans l'industrie. Elle s'applique aussi quand vous avez des industries d'un pays, et puis la même industrie dans un autre pays. Eh bien les espions du pays A essayent d'espionner l'industrie du pays B, et inversement, pour savoir qui fait quoi, et puis essayer de leur piquer leurs secrets. Et finalement, s'il n'y avait pas de secrets industriels à piquer, il n'y aurait pas besoin de ce genre d'espionnage.

On verra pourquoi. Alors c'est complètement utopique, oui, c'est complètement utopique. S'il n'y avait pas de secrets industriels à protéger, on n'aurait pas besoin de ce genre de choses. On verra pourquoi ça peut, peut-être, avoir du sens finalement. Pourquoi ça pourrait avoir du sens ? Voilà, c'est la question de comment peut-on et doit-on, d'ailleurs, se passer de la société de surveillance. [Pourquoi je ne vois pas mes notes, je n'ai pas de notes. Bon !]

L'écologie. C'est aussi un autre domaine dans lequel on se dit finalement… Alors logiciel libre, on va peut-être définir un peu. Le Libre, en tant que tel, c'est-à-dire le fait de mettre des idées à disposition et y compris leur application, parce que ce qu'on peut breveter ce n'est pas une idée, c'est l'application d'une idée. Mettre l'application d'une idée à disposition de tous, que tous puissent le faire, l'utiliser librement, finalement ça pourrait peut-être s'appliquer à l'écologie.

Aujourd'hui, si vous réfléchissez un peu autour de vous de comment s'applique l'écologie, vous l'avez déjà lu derrière moi. En gros, aujourd'hui, elle est punitive. C’est-à-dire que quand on s'appelle Volkswagen et qu'on ment sur son moteur, on va se prendre des baffes. Si vous fabriquez un appareil qui pollue beaucoup, vous êtes censé payer pour votre pollution. Et toutes les réglementations écologiques vont dans ce sens-là. Vous voyez ce que je veux dire. C'est ce qu'on appelle, finalement, une écologie punitive. Pardon ?

Public : Inaudible.

B. S. : Il y a aussi l'incitatif. Alors l’incitatif c'est marrant, c'est on paye, par exemple, pour mettre des éoliennes. Et alors ça, c'est un problème. C'est que l’écologie c'est complexe, c'est très complexe. Aujourd'hui, faire des éoliennes dans le Nord de la France, c'est une mauvaise idée. Parce que le jour où il y a une tempête en mer du Nord, toutes les éoliennes du Nord de la France se mettent à produire des mégawatts. Le réseau électrique, qui est obligé de l'assumer parce que c'est comme ça, les règlements ont été faits de telle sorte que, se met à exploser en vol parce qu'ils ont trop de courant. On ne peut pas arrêter une centrale nucléaire parce que ça ne s’arrête pas comme ça. Donc ce qu'on fait, c'est que pour compenser le fait que les éoliennes produisent trop, on va mettre d'autres systèmes de production, type gaz ou charbon, eux, qu'on peut allumer ou éteindre très facilement. Ce qui fait que si tout à coup les éoliennes se mettent à tourner très vite, on va baisser la centrale au charbon ou au gaz. Ce qui veut dire qu'on est obligé de garder les centrales au gaz ou à charbon pour compenser le fait que les éoliennes ont des productions qui font ça. Donc financer l’écologie c'est encore une façon totalement jacobine, très française, et de mon point de vue totalement débile, d'essayer de résoudre les problèmes, finalement. Donc on voit que l'écologie est difficile à appliquer. Et honnêtement en France, je ne nous vois pas sortis des routes.

On va parler d'autre chose qui ne se passe pas en France, majoritairement. Il y avait un truc, ça s’appelait, je remercie Calimaq et Julien, l'éditeur du site Page42, qui m'ont un peu donné des idées là-dessus mardi au Bookscanner de La Quadrature, sur un certain Arnulf Grubler, que j'ai eu du mal à trouver sur Internet, qui est quelqu'un qui fait des études à Yale sur l'écologie industrielle. Et l'idée c’était de dire « On peut faire une industrie qui soit écologique. » Ça rejoint, pour ceux qui connaissent, l'économie circulaire. Simplement on essaie de ne produire aucun déchet. C'est-à-dire que si une industrie va produire un déchet, on va voir ce qu'on peut faire de ce déchet, on va essayer d'en faire autre chose.

Typiquement, le classique, c'est si ce sont des déchets végétaux, on va faire du compost et ce compost on va le fournir aux agriculteurs qui vont avoir moins besoin de pesticides sur leurs champs grâce à ça. Ce n'est qu'un exemple, tout simple. Il y a des exemples plus compliqués où des fois on produit des trucs qui sont chimiques. Comment on peut, grâce à la chimie, en faire d'autres produits utiles ? Éviter de les brûler par exemple, ou éviter de les jeter dans des rivières ou éviter de les mettre dans des tonneaux au fin fond du sous-sol ?

Donc l'écologie industrielle c’était ça. C’était essayer de chercher soit des cycles, soit carrément des sauts multiples, pour essayer d'avoir une industrie qui puisse fonctionner de manière écologique. Et dès cette époque-là, je crois que c'est dans les années 70, ils se sont posé aussi la question « il faut aussi que les structures sociales changent ». C'est-à-dire que ce n'est pas tout d'avoir une écologie au sens de respect de la nature, mais aussi respect de la nature humaine, c'est-à-dire comment on fait de telle sorte que les relations au sein des sociétés soient plus fluides, plus humaines, etc.

Donc c’était assez intéressant. Celui qui m'a le plus intéressé, c'est l'économie bleue. C'est un certain Gunter Pauli, qui est un Belge, qui a commencé dans le savon, qui a fini par se rendre compte qu'il polluait, enfin sa fabrique de savon. Il a tout revendu. Il s'est barré au Japon. Il a fait des études avec des chercheurs, au Japon, pendant, je ne sais plus, dix/quinze ans. Et ils ont trouvé une centaine de modèles, typiquement d'écologie industrielle. C'est-à-dire où ils vont, par exemple, produire du café, mais ils vont recycler le marc de café en un système de culture de champignons, donc ça va produire aussi des champignons. Et puis derrière leur marc de café qui a fait pousser des champignons, il est tout moche, donc ils peuvent en faire autre chose. Je crois qu'avec une simple formule, toute simple, ils vont le transformer en triester et que le triester, en fait, on ne va pas le brûler, même si c'est très bien pour faire du chauffage, on va en faire autre chose parce que dans l'industrie, il y en a besoin, beaucoup, pour le parfum ou pour les dentifrices ou je n'en sais rien. Quelque chose de ce genre-là. Et finalement, ils se sont rendu compte que, plutôt que de produire juste du café, ils allaient produire du café, des champignons et des triesters. Et qu'en fait, ce qui allait rapporter le plus, pour l'instant, c'est le triester. Mais finalement ils ont aussi produit des champignons et aussi produit du café.

Et donc ils ont une centaine de modèles de ce type, alors je ne les ai pas tous retenus, je vous en cite un, mais il y en a des dizaines et des dizaines. Et puis Gunter s'est mis à lancer des projets. Et alors, vous allez être étonnés, il n'a pas réussi à en lancer en France. Il n'a pas réussi à en lancer en Belgique, il n'en a pas en Espagne, il n'en a pas en Hollande, pas en Grande-Bretagne, pas aux États-Unis. Non. Le Nicaragua, le Chili, un petit peu en Allemagne, un petit peu en Australie. L'Inde carrément, l'Inde à fond, ils sont à fond sur ce genre de projets. Pourquoi ? Parce que ce sont les sociétés où il n'y a pas déjà les problèmes en mode tout bien verrouillé, on verra lesquels. Et donc il a fait tous ces projets. Et alors Gunter il a eu une idée, cette idée lui est apparue un peu révolutionnaire, mais il s'est rendu compte qu'il n’avait pas le choix, parce qu'en fait il s'est dit « de mon vivant je n'arriverai pas à faire les cent projets ». Il en fait quatorze, il y en a douze qui, aujourd’hui, fonctionnent à merveille. Mais qu'est-ce qu'il peut faire ? Il a cinquante-neuf ans. Il s'est dit « eh bien ce n'est pas dur, les cent projets, on va les mettre en open source, sur Internet, tout détailler, les systèmes chimiques, les cycles qu'ils ont imaginés, les avantages, les inconvénients, comment ça fonctionne. Et ils ont tout mis en open source.

Si vous avez une âme d’entrepreneur, parce là c'était des chercheurs qui avaient fait ça, mais derrière le chercheur on a besoin d'un entrepreneur pour se dire « je vais me sortir les mains des poches, me retrousser les manches et puis je vais le faire ». Et puis des gens autour de lui pour l'aider à le faire, pour travailler et puis, etc. Il a besoin de toute une chaîne d’individus derrière. Il n'y a qu'en le mettant en open source qu'on peut faire ça. Parce que sinon, il faut le vendre, donc il faut des capitaux. Et donc on se retrouve dans une espèce de cercle vicieux de l’industrie, plutôt que d'essayer d'avoir un cercle vertueux. Quitte à avoir un cercle vertueux écologique, autant avoir aussi un cercle vertueux économique et un cercle vertueux social. C'est-à-dire de dire « ce sont des gens qui vont faire des projets et ils ne vont pas pouvoir se réapproprier l'idée ». Ce qui fait que si on fait une petite industrie qui fait un projet A en Inde, on pourra faire la même au Chili et ils ne vont pas se taper dessus. Comme disait mon copain Valentin : « Le sac de riz est toujours assez grand pour tout le monde », dans ce genre de cas, en tout cas.

Dans le même genre, l'écologie actuelle nous invite à faire quelque chose de positif. Je vais citer un exemple. J'essaierai de mettre des références sur le site de La Quadrature dans un petit post parce que Gunter Pauli, il y a une conférence très intéressante sur le biomimétisme aussi, que j'ai vue au Conseil économique social et environnemental, d'un jeune homme qui était super talentueux et nous expliquait le biomimétisme, qui est, pour moi, quelque chose de très intéressant dans l'écologie moderne. C'est de dire : « La nature est un livre. La nature est une putain d'encyclopédie. Vous savez ce qu'on fait depuis cent ans avec cette putain d'encyclopédie ? On la brûle ! Si vous ne savez pas ce que c'est qu'un livre et que vous prenez un livre, je n'ai pas de livre là, vous prenez un livre, ça brûle vachement bien ! Si on ne sait pas ce que c'est. Ah si, si vous ouvrez un peu les pages, ça peut faire des briques, on peut aussi en faire des briques, vous savez. C'est du bois à l'origine. Dans des bonnes conditions, ça peut brûler vachement bien. D'ailleurs le pétrole, on le raffine pour le mettre dans des conditions où il brûle vachement bien. Sauf qu'en fait tout ça c'est une putain d’encyclopédie. »

En fait, plutôt que de le brûler, on pourrait juste ouvrir le livre puis essayer d'apprendre à lire ce qu'il y a dedans. Et appendre à lire ce qu'il y a dedans, ça veut dire essayer de copier la nature pour voir ce qu'elle a de mieux à nous proposer. Et il y avait un exemple qui moi m'avait fait genre [Benjamin se laisse tomber], parce que c'est mon industrie. Vous savez Intel fabrique des puces avec du silicium qu'ils mettent en couches, comme ça, pour faire les transistors. Ils font des grilles de transistors par millions, pour faire des calculs très vite. Ils font ça avec des échelles de quarante nanomètres, trente nanomètres aujourd'hui, entre deux transistors. Le nanomètre, c'est un milliardième de millimètre, OK, un truc comme ça, ou un milliardième de mètre. Enfin bon, c'est tout petit. Un milliardième de mètre, 10–9. En effet, merci. Donc un milliardième de mètre. Ça ne se voit pas. Il faut un microscope électronique à balayage, sinon on ne voit rien.

Le problème c’est que pour faire ça il faut des salles blanches, c'est-à-dire des endroits où il n'y a pas une poussière, mais pas une demie, pas une poussière, qui coûtent une blinde de pognon à entretenir, avec des mecs qui rentrent, qui se font passer au ventilateur pendant un quart d'heure, avec un truc spécial, des équipements et tout, pour n'avoir plus aucune poussière sur eux. Qui ont des trucs aux cheveux, des trucs aux mains, des gants, des machins, qui mettent les bras dans les machins et qui manipulent le bidule de silicium. Pour faire du quarante nanomètres. S'il y a la moindre poussière, c'est la mort. C'est fini, le CPU ne marche pas.

On a trouvé dans la nature un coquillage, une espèce de petit coquillage, dont la coquille est entièrement en silicium, et qui est fait d'une espèce de grille assez régulière, même très régulière où, entre chaque élément de la grille, il y a dix nanomètres. Et vous savez quoi ? Le coquillage il fait ça au milieu du plancton marin, au milieu des requins, au milieu des autres machins de plancton, etc. Et c'est un coquillage qui est tout petit et qui est capable de graver à dix nanomètres.

Donc si on arrive à apprendre de la nature à graver à dix nanomètres, demain, sur votre table de salon, vous pourrez faire des composants de silicium à dix nanomètres. Parce que la poussière du salon ça ne gênera pas le petit coquillage dont on a appris à copier le système tel que la nature l'a inventé.

Et des exemples comme ça, vous pourrez les voir sur la conférence du CESE que je mettrai sur le site de La Quadrature, il y en a des dizaines. Il y en a plein et on peut en trouver plein. Il faut juste se les passer et les passer à d'autres, parce que moi, je suis incapable d'essayer de comprendre comment fonctionne le petit coquillage, mais je suis capable de filer l'idée à quelqu'un qui lui va comprendre.

Et si demain vous voyez quelque chose dans la nature qui vous intrigue, essayez de le comprendre et essayez d'en parler. Parce que, finalement, vous savez tous aussi bien que moi, mais on va le rappeler à nouveau : quand on a un bien et qu'on le donne on ne l'a plus. Mais quand a une connaissance et qu'on la partage, on est deux à l'avoir. L'information, ça se multiplie. Ça ne peut pas disparaître, ça se multiplie. Il y a toujours plus d'idées quand on partage.

Et donc le biomimétisme, c'est pour moi une autre façon de faire de l’écologie positive. C'est d'essayer d’arrêter de brûler cette encyclopédie, mais d'essayer de la lire.

Et puis d’autres idées à venir. Voilà. De préférence, comme je viens de vous le dire, des idées libres.

Et en fait je me suis posé la question après avoir vu Gunter Pauli : pourquoi il n'a pas réussi à faire des projets comme ça en France ? Il y a un truc tout simple, c'est que je vous demande ce qu'il y a comme industries dans notre pays. Alors je ne voulais pas qu'il l’affiche, mais tant pis. En gros, j'ai essayé de voir qu'est-ce qui fait des gros emplois dans notre pays. Eh bien il y a l'énergie : il y a EDF, il y a AREVA. On est très connus pour nos centrales nucléaires et la qualité [Benjamin tousse]de notre capacité à les démanteler et à les éteindre quand il risque d’être trop tard. C'est un gros machin l'énergie en France ! Vous savez comme moi que s'il y a EDF, le patron d'EDF, qui dit quelque chose, le gouvernement suit au taquet.

L'armement. Évidemment les EADS, les Thalès et compagnie, les Dassault. On est très bons en armement. On vient de vendre quoi ? Dix milliards d'équipement militaire à l'Arabie saoudite. Ce sont des gens bien ! Ce sont eux qui coupent des têtes en Arabie saoudite, vous savez, les mêmes que l’État islamique, mais eux ce sont les méchants. Donc pareil. On ne se pose pas du tout de question sur les enjeux de machin. C'est de l'armement, c'est important, ça fait du business, ça fait de l'emploi, plein.

Le pharmaceutique. Alors je connais un peu de l'intérieur. Vous savez que dans l’agroalimentaire on dit « vous ne voulez pas savoir comment c'est fabriqué ». Eh bien dans le pharmaceutique vous ne voulez pas savoir comment c'est poussé, « lobbyfié » et autorisé et développé et breveté dans tous les sens. Leur but c'est de faire du pognon. Point. Ne croyez pas que la recherche pharmaceutique vient de ces boîtes-là. C'est faux, ils font moins, nettement moins. Ils ont des budgets recherche qui sont entre la moitié et un zéro de moins que leur budget marketing et développement commercial. J'ai vu faire des études dans lesquelles il y a des gens qui sont interviewés pour dire : « Voilà, qu'est-ce que vous pensez, M. le médecin X, de ce médicament Y ? » Le but ce n'est pas d'avoir l'opinion du médecin, c'est de lui donner un billet. Parce que quand on fait venir les gens pour leur demander leur avis, on leur donne un billet. Après, la taille du billet peut varier selon la capacité du médecin à promouvoir ledit médicament. Donc ce milieu-là est pour moi un de ceux qu'il y a de plus pourris dans notre pays. Je ne sais pas si je le mets derrière ou avant l'armement. Et honnêtement, son utilité sociale reste à démontrer, vraiment ! D'ailleurs souvenez-vous, je ne sais plus qui avait inventé un de ces premiers vaccins. Je crois que c'est la découverte de la pénicilline, où le découvreur de la pénicilline avait dit : « Je ne veux pas déposer de brevet dessus. Je veux que ce soit disponible à tous. » Et ça c’était répandu comme une traînée de poudre, grâce à ça. Aujourd'hui ça n'est plus le cas et ils rebrevettent des molécules, vaguement modifiées, histoire d’être tranquilles.

Et le luxe. Ah le luxe ! Vous savez les Louis Vuitton, toutes ces marques-là. Moi j'ai connu ces marques-là, enfin ma maman a connu ces marques-là, elle est du milieu de la confection. C'était du putain de stuff. Excusez-moi, ce n'est pas poli, mais waouh ! Vraiment ! C'est-à-dire c'était waouh ! C'est-à-dire vous aviez un manteau de luxe, un sac de luxe, un truc d'une marque vraiment réputée, c'était du super matos. C’était costaud, c’était des coutures invisibles, c'était des savoir-faire, c'est vraiment quelque chose de magnifique. C'est pour ça que c'était du luxe, c’était costaud, c’était beau, c’était des produits de malades, ça tenait chaud si ça avait besoin de tenir chaud, ça ne faisait pas transpirer si ça avait besoin de ne pas faire transpirer, c'est génial. Sauf que, aujourd'hui, on a un truc, c'est qu'ils sont surtout accrochés au droit des marques et leurs logos. Aujourd’hui on est une société dans laquelle le logo fait beaucoup de choses. Fait tout, même, finalement. Si vous avez le bon logo sur votre chemise ou sur votre pull, c'est bon, vous êtes in.

Et on voit finalement que le luxe, je ne suis pas sûr qu'encore aujourd'hui ils soient dans cette logique de dire « on veut faire des super produits ». Il y en a encore. Cherchez-les ! Si vous avez envie de vous faire plaisir, allez plutôt vous renseigner sur ce qu'ils font plutôt que le logo qu'ils imposent. Et finalement c'est aussi une grosse industrie dans notre pays.

Et puis on voit une chose, je vous invite à vous renseigner, c'est Doctorow, Cory Doctorow qui a fait un article très intéressant là-dessus, sur ce qu'on appelle les Bullshit Jobs. Alors vous connaissez tous quelqu'un qui est dans ce cas-là. Peut-être que ça vous concerne ? Dans ce cas-là je vous plains de tout mon cœur et je vous invite à réfléchir à tout ça.

Alors ce n'est pas un mot impoli. C'est juste qu'on est plein, à la Défense, il y a plein de gens qui ont des boulots qui ne servent à rien. Ils font le marketing de la promotion des services internes du conseil technique de EDF. Et c'est que pour l'interne, vous savez, ils font de la promotion interne. Oui il n'y a que des services de ce type, en pagaille. Plus les placards. Parce qu'il y a des gens qui, des fois, se lèvent contre ça, et puis on leur dit : « Non, mais tu es gentil, mais tu es le fils d'untel, donc on ne va pas te virer, donc on te met dans un placard. » Et tous ces gens-là, ils savent. Il y a un truc : la définition du Bullshit Jobs elle est très simple, C'est : vous demandez à quelqu'un ce qu'il fait dans sa vie. Au bout de cinq minutes s'il vous dit : « Eh bien, de toutes façons, ça ne sert à rien. », c'est qu'il a un Bullshit Job. Parce qu'ils le savent ces gens-là. Souvent ils en sont malheureux, mais au moins ils ont un boulot. Et dans une époque où on n'a pas de boulot, où le boulot est dur à trouver, eh bien finalement, quand on en a un, ça a beau servir pas à grand-chose, on se met dans un coin et puis on ne fait pas de bruit.

Voilà. Donc il y a des gens comme ça, ici ? Par pitié, renseignez-vous, essayez de trouver autre chose. Je dis même un truc souvent, quand je suis en école d'ingénieur, parce que j'ai affaire à des ingénieurs, je fais des petites conférences en écoles d’ingénieurs où on parle de technique souvent et puis à la fin je fais : « On va aussi parler d'éthique. » Et alors il y a les profs qui font : « Ah bon ! » Eux ça ne les concerne pas. Les profs, ils ne font pas de cours d'éthique en école d'ingé, ça n'existe pas. Donc c'est le cours d'éthique que vous allez avoir sur vos quatre ans. Et alors, il y a un truc tout bête. Si vous avez des ingénieurs, ce sont des gens talentueux, ils sont dans une profession au chômage négatif. C'est-à-dire que s'ils sont dans une boîte où le matin ils n'ont pas envie d'y aller je leur dis : « Mais barrez-vous. Vous allez retrouver du boulot ailleurs. Et si vous êtes bon, vous allez retrouver d'autant plus vite du boulot ailleurs. Et au bout d'un moment vous allez trouver un boulot qui vous fait plaisir et sur lequel vous avez vos valeurs éthiques, vos valeurs à vous, ce que vous avez envie de faire dans la vie, ce que vous avez envie de changer dans le monde qui va être là. C'est ce que vous allez faire tous les jours ! Et vous allez vous lever le matin tadan ! Même pas besoin de café. C'est génial. Faites-le ! Barrez-vous. » Et alors là, les profs genre [Benjamin bouche bée].

En fait si, c'est ça. L’idée c'est que s'il y a des endroits où le mal est produit, si pour vous ça ne vous va pas, si vous êtes talentueux ne mettez pas votre talent à ce service. Si vous êtes talentueux, vous aurez autre chose, vous allez pouvoir trouver du boulot. Moi j'ai fait ça et puis je me suis barré et aujourd’hui j'ai monté ma boîte. Et puis on a galéré cinq ans, et puis on s'en sort au bout d'un moment. Et on fait des trucs, on fait du logiciel libre, on fait de l'infrastructure, on fait des trucs comme ça. Donc voilà, ça c'est le côté éthique. Mais comment on peut changer ça ? Difficilement ! Difficilement !

Pour revenir à la définition du Libre, je dis « le Libre » y compris en anglais, parce que en anglais ils ont open source ou free sofware et, dans les deux cas, on n'est pas sûrs, sûrs, de quoi on parle. Et je vais faire mon troll, désolé. Ça va encore twitter comme quoi je trolle toujours, mais je suis un très fervent défenseur de la licence GPL en tant que concept face à la licence BSD en tant que concept. La licence GPL c'est celle qui dit : « Le logiciel est libre. Vous faites ce que vous voulez avec. Et si quelqu'un en fait une variante, il est obligé de le mettre dans une licence aussi libre. » Vous voyez ce que ça veut dire sur le long terme ? Ça veut dire qu'on ne peut pas refermer.

Alors que la licence BSD, elle dit : « Ouais, faites ce que vous voulez avec. Tant que vous ne dites pas que c'est vous qui l'avez écrit, c'est parfait. Et puis si vous faites des modifs, c'est une partie vous, une partie nous, et puis c'est tout. Mais vous faites ce que vous voulez. Si vous voulez en faire un logiciel propriétaire, pas de problème. » Eh bien moi ça me pose un problème ! C'est que demain on fait un client FTP, eh bien il est propriétaire, et puis « ah tiens, c'est le client FTP de Microsoft, il vient de BSD ». Et puis il y a plein de logiciels comme ça, qui sont piqués au logiciel libre sous licence BSD. Ils referment la boîte, ça s'appelle Cisco. Vous savez, Cisco ! Tous leurs firewall c'est du BSD. Plus de code source du tout. Pardon ? Apple. Ah, Apple, très bel exemple. Apple, merci.

Finalement, le Libre c'est quoi ? Ce sont des idées librement disponibles et leur application, comme je disais tout à l'heure, comme les brevets. C'est l’application d'idées librement disponibles. C'est la garantie de leur ouverture, en s'assurant qu'on prend des licences. Alors je ne vous dis pas prenez la BSD pour des choses non logicielles, ça ne marchera pas. Mais inventez des licences ou prenez-en qui existent dans d'autres domaines, qui garantissent la liberté au long terme.

C'est aussi une pensée qui devrait, à mon avis, être beaucoup plus large entre le côté la liberté qu'on donne aux individus ; l'économie sociale et solidaire, c'est-à-dire le fait que si on travaille avec d'autres individus dans ces contextes, on essaye d'avoir des équilibres entre les individus et pas chercher à avoir des luttes de pouvoir dans tous les sens parce qu'il faut qu'on essaie d'enlever les verrous dans le social qui sont les mêmes qu'on a essayés d'enlever avec le logiciel libre ; et l'écologie, c'est-à-dire essayer d'aller dans du positif, dans de la construction. Et si on a des idées qui nous paraissent intéressantes dans l'écologie et notamment dans l'écologie industrielle qui, moi, m'intéresse le plus, laissez-les librement disponibles. Vous arriverez à appliquer vos idées et vous arriverez à ce que, grâce à ça, d'autres l'appliquent dans d'autres endroits.

Et finalement, pour moi, tout ça procède du même système, c'est-à-dire d'essayer de faire société. Si certains d'entre vous ont un peu étudié l'écologie de manière générale, vous savez une chose, et donc pour ceux qui ne savent pas, je vous le dis, on ne pourra faire une écologie qui nous sauvera la planète que si on la fait tous ensemble. Si demain, tant que entre la Chine, la Russie, les États-Unis et l'Europe, il y a un de ces quatre acteurs, pas les quatre, un de ces quatre acteurs qui dit fuck, c'est foutu. Parce qu’ils vont continuer à polluer, ils vont continuer à faire n'importe quoi, et ça ne marchera pas. On ne pourra pas sauver le monde, sauver la planète du désastre écologique à venir. Parce qu'il faut être clair, il y en a qui prédisent la troisième guerre mondiale, moi je vous prédis d'abord le désastre écologique à venir. Il est déjà à nos portes. Les réfugiés c’est ça. Il y a déjà des réfugiés climatiques aujourd'hui, pas que des réfugiés syriens qui ont la guerre chez eux. Si demain on ne fait pas, ou même aujourd'hui, on ne fait pas commun, on n'arrivera pas à sortir du désastre écologique à venir. Et ça, pour moi, ça passe par les idées librement disponibles.

Si vous avez quelqu’un en Chine qui parle anglais, ou qui parle français, et qui est capable de lire ce que vous avez mis sur Internet comme idée géniale et que lui, peut l'appliquer chez lui, on va gagner. Et on pourra gagner parce qu'on aura fait commun, finalement un peu comme la fourmi. La fourmi elle ne sait pas forcément à quel point elle fait partie d'une fourmilière. Vous imaginez, un petit cerveau de la taille qu'elle a. On sait qu'elle n'a probablement pas beaucoup moyen d'avoir une compréhension extrêmement complexe et structurée comme peut l'avoir l’être humain. Il y a quelque chose, mais ce n'est pas aussi… Mais par contre elle fait juste. Elle met à disposition la ressource à la fourmi d'à côté, elle va chercher une ressource, elle s'occupe du petit, des trois petites fourmis à naître qu'elle a à côté d'elle. Et finalement, tout ça ensemble, ça fait la fourmilière. C'est une espèce de système auto-stabilisant. Et pour moi ce système auto-stabilisant, enfin le système auto-stabilisant qu'on peut proposer à l'humanité aujourd'hui, c'est un système où on met les idées à disposition. Où on ouvre le livre, l’encyclopédie qu'est la nature, où on lit ce qu’il y a dedans, et que ce qu'on arrive à y lire, on le met à disposition dans notre langue à nous, disponible, gracieusement, et sans limite d’exploitation, et en assurant qu'on aura toujours la liberté de le faire grâce à des licences adéquates.

Et donc finalement, c'est ça faire société, c'est ça faire commun, et c'est ce qu'on appelle aujourd'hui passer à l'économie de la connaissance. C'est-à-dire qu'au lieu de brûler du pétrole, on lit l'encyclopédie de la nature. Et finalement, tout ça, pour moi, c'est lié au logiciel libre, c'est lié à la défense des libertés, à la capacité d'innover, à la capacité d’entreprendre et à la capacité de lutter contre la surveillance. Et il y a un truc génial à tout ça, c'est qu'on peut nous surveiller quand on est en train de faire ça. On n'en a rien à foutre, c'est disponible sur Internet ! Est-ce que vous avez des questions ? J'aimerais avoir des questions. On a un micro, le vert pour les questions. Pas de questions ? Merci Agnès.

Alors je n'ai pas prévu encore les liens à mettre sur le site de La Quadrature, mais si vous revenez dans une semaine, on va mettre ça dans un coin, je ne sais pas où. Sinon vous pouvez me suivre sur Twitter, j'en parlerai, enfin je ne l'ai pas mis sur Twitter.

Public : Je ne suis pas scientifique, je suis citoyenne et je réfléchis. Donc une des choses que j’avais découvertes, c'est la différence entre, je connais la France et je connais l'Asie dans le sens Yi King, etc. Et eux, ils ont une conception cyclique des choses alors que nous, on a une conception linéaire. Et à partir du moment où on a une conception linéaire, on ne peut pas tourner en boucle. En fait ce sont des états d'esprit. En France le cycle c'est tourner en boucle, et franchement c'est con. On tourne en rond. Franchement c'est nul de tourner en rond, c'est franchement nul !

Benjamin : On ne tourne même pas en rond, c'est-à-dire qu'on prend un produit qui est là, on le transforme et on le jette, en fait.

Public : Tandis que par contre, en Chine, le cycle c'est le cycle de la vie. Vous voyez, pour la même chose, on a un regard totalement différent. On a un regard con ou un regard super, mais c'est le même rond.

Benjamin : Je suis d'accord. C'est vrai qu'on a beaucoup à apprendre des philosophies asiatiques en la matière. Je vais voir comment ça peut rentrer, ce qu'on peut écrire autour de ça. C'est assez intéressant. Ça rejoint d'ailleurs le côté, voilà, on a essayé de faire l'écologie circulaire, c'est ça aussi. C'est d'ailleurs une des questions qui m'a été posée, suite à cette discussion, mardi au bookscanner, c'est de dire l'écologie circulaire peut fonctionner en partant des principes de conservation de l'énergie et de la matière. Et on s'est demandé qu'est-ce qu'il y avait comme économie circulaire du même type, c'est-à-dire en conservation d’énergie et de matière, dans le monde du numérique, qui est un monde essentiellement informationnel. En industrie, on fait passer d'un état à l'autre, finalement, les biens et les choses. Comment on peut appliquer ça au numérique ? Je n'ai pas de réponse. Si vous avez une idée, je suis preneur. Est-ce qu'il y a d'autres questions, d'autres suggestions ? Et-ce que ça vous inspire quelque chose ? C'est laquelle la meilleure des deux licences ? C'est la GPL ou la BSD ? S'il n'y a pas d’autres questions, je vais vous laisser. Je vous remercie infiniment.

N'hésitez pas à suivre les actualités de La Quadrature, on a toujours besoin de coups de main à droite et à gauche et on a un stand juste derrière.

Public : Est-ce qu'on peut faire de la pub ?

Benjamin : Oui, oui, faites de la pub. La Quadrature du Net, on a des stickers aussi. Ah de votre pub à vous ! Allez-y !

Public : Moi je suis tombée dans un festival de films de femmes, sur un film sur l'économie et je ne connaissais rien à l’économie et même pire, ça me gonflait quoi. Voilà ! Et quand j'ai vu le film je me suis dit « hou la la, il faut que tout le monde le voit ». C'est-à-dire qu'en une heure et demie je suis passée de « ah non pas l'économie à waouh ! Il faut que tout le monde le regarde ».

Benjamin : Et donc, le titre du film c'est ?

Public : Ceux qui veulent le papier, le voilà.

Benjamin : C'est quoi le titre ?

Public : C'est un film de l'Office national du film du Canada, donc un très gros office.

Benjamin : Donc un film de l'Office national du film du Canada. Vous pouvez le dire dans le micro que les gens entendent

Public : Oui pardon ! C'est un film fait par l'Office national du film du Canada. L’économiste est néo-zélandaise, la cinéaste est canadienne. Et c'est en fait le PIB.

Benjamin : Combien on produit, quoi.

Public : Aujourd'hui on dit qu'il faut que ça croisse, le PIB. Elles, ce qu'elles disent c'est « le PIB ne dit pas entre les mains de qui est l'argent. Le PIB ne dit pas comment on fabrique cet argent, etc. » Et notamment l’armement. Elles parlent de ce dont vous avez parlé. Donc il y a plein de sujets qui sont abordés d'une façon assez inhabituelle. Voilà.

Benjamin : Je vais vous en prendre un, ça m'intéresse.

Public : Je n'en ai peut-être pas pour tout le monde, parce que j'en ai tous les jours sur moi.

Benjamin : C'est un d'ailleurs un des trucs qu'ont développé Gunter Pauli et ses collègues dans l'économie bleue. Alors le titre du film c'est Who's Counting ? Sexe mensonge et mondialisation.

Public : Si on parle anglais on ne le trouve que du côté anglophone au Canada et moi eh bien je n'ai pas pensé, je ne dois en avoir que deux sous-titrés.

Benjamin : Disponible en version originale sous-titrée en français. Il suffit de savoir lire. Bien. C'est un des trucs que Gunter Pauli et compagnie voulaient faire. En gros, ils se sont dit « il y a un autre problème avec l'économie actuelle, c'est qu'on produit en masse, en masse, en grosse masse. On transporte sur des milliers de kilomètres. Donc on a des Chinois malheureux à un bout, des Européens qui n'ont pas d'emploi à l'autre bout, et une pollution totale entre les deux. C'est génial. C'est une belle économie ! » Et donc, lui ce qu'il veut, c'est que les industries soient petites. De toutes façons leurs cycles, en général, ils ne sont pas faciles à réaliser à grosse échelle ou ils n'ont pas d’intérêt, puisqu'il faut se mettre à transporter, ça devient moins rentable. Et donc ils disent « il faut que ce soit rentable localement avec des emplois locaux et nombreux ». Donc ils créent de l'emploi, ils créent de la richesse localement. En général, leur système ne crée pas de déchets et ça ne se transporte pas sur des milliers de kilomètres. C'est fait pour alimenter une région, éventuellement un petit pays, Mais voilà ça reste des choses très raisonnables. Ça j'aime bien aussi l'idée de dire « on prend en compte les absurdités de notre économie actuelle ». Voilà Donc je mettrai les références s'il y en a que ça intéresse, sur le site de La Quadrature dans les jours à venir. Je vous remercie et vous souhaite une bonne fin d'Ubuntu Party. Merci.

Applaudissements

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(19/06/2016 @ 19:06)

TVA des e-books. Députée pirate - 56Kast mars 2015  Voir?


Erwan et Camille

Présentation

Titre : La TVA des e-books, et la députée pirate face au requin de gauche -
Intervenants : Adrienne Alix - Erwan Cario - Camille Gévaudan
Lieu : Émission 56 Kast
Date : Mars 2015
Durée : 32 min 30
Licence : Verbatim
Lien vers la vidéo : page de l'émission.

Transcription

Libération et Nolife présentent 56Kast

Erwan Cario : Bienvenue dans le 56 Kast, le cinquantième, hou ! Cinquantième du nom, cinquantième du nom. C'est bon.

Camille Gévaudan : Je n'ai pas fait de gâteau !

Erwan Cario : Et des cotillons ?

Camille Gévaudan : Non ! Non plus !

Erwan Cario : Non plus ! On va parler cette semaine du rapport Reda sur le droit d'auteur à la Commission, alors à l'Europe, ou l'Europe d'une manière générale, parce que je ne sais jamais… Parlement… Parlement européen. Elle fait exprès de rire pour commencer, excusez-moi, aujourd'hui, ce n'est pas très sérieux.

Camille Gévaudan : Carte de presse !

Erwan Cario : Avec Adrienne Alix de la Quadrature du Net.

Adrienne Alix : Bonjour.

Erwan Cario : Bonjour Adrienne. Et on parlera aussi du livre numérique et d'un requin, mais celui de gauche. Voilà. C'est important.

Camille Gévaudan : C'est vachement bien.

Erwan Cario : Ça va. Bonjour Camille.

Camille Gévaudan : Bonjour.

Erwan Cario : Et de quoi on ne va pas parler ?

Camille Gévaudan : On ne va pas parler de la chaîne américaine HBO, qui, selon le Business Times, prépare un service de streaming en partenariat avec Apple. L'un s’occuperait de la technique et l'autre des contenus. Je vous laisse deviner lequel. En fait ce serait un Netflix avec du Game of Thronesdedans, si je comprends bien.

Erwan Cario : D'accord.

Camille Gévaudan : Parce que présenté comme ça on comprend mieux.

Erwan Cario : Il n'y a pas de Game of Thronesdans Netflix ?

Camille Gévaudan : Ben non.

Erwan Cario : Ah, d'accord. Mais il n'y aurait que Game of Thrones, en fait.

Camille Gévaudan : Et peut-être bien que ça sortirait avant la Saison 5.

Erwan Cario : Oh ! Et ça s'appellera « HBO Now ».

Camille Gévaudan : Et les gens vont s'abonner en se disant « je m'abonne juste pour la saison Game of Thrones » et puis après ils vont rester abonnés. Ce n'est pas mal comme ça. C'est génial.

Erwan Cario : Ah ouais, c'est bien. Le contrôleur de sommeil Aura va bientôt pouvoir

Fou rire

Camille Gévaudan : Je suis désolée, la phrase n'est pas finie sur la feuille.

Erwan Cario : Ah ! Qu'est-ce qu'il y a ?

Camille Gévaudan : La phrase n'est pas finie.

Erwan Cario : Mais il pourra bientôt communiquer. Alors ça s'est arrêté là, mais communiquer. Eh bien oui, parce que moi, j'ai mes notes s’arrêtent là, mais communiquer avec les appareils Nest. Voilà.

Camille Gévaudan : Les thermostats de Google.

Erwan Cario : Les thermostats de Google.

Camille Gévaudan : Comme ça, quand le détecteur de sommeil sait que tu dors, il dit au thermostat de baisser la température.

Erwan Cario : Qui va communiquer avec Apple et ta chaîne « HBO Now » pour te lancer Game of Thrones.

Camille Gévaudan : Non parce que tu dors.

Erwan Cario : Ah oui, voilà c'est ça. Suivant. C'est compliqué. On va y arriver

Camille Gévaudan : On va y arriver. La machine à imprimer les crêpes qui s'appelle…

Adrienne Alix : Ah ça c'est vachement plus important.

Camille Gévaudan : Qui s'appelle le PancakeBot, a atteint son objectif de 50 000 dollars sur Kickstarter. Donc c'est trop tard, vous n'en avez pas.

Erwan Cario : Et tu n'as pas ?

Camille Gévaudan : Ben non, je ne savais pas.

Erwan Cario : Apple, toujours lui, a dévoilé cette semaine, là il y a quelques jours sa montre connectée. Mais ce n'est pas un truc… ?

Adrienne Alix : Ça n'existait pas déjà.

Camille Gévaudan : Je sais que j'ai fait le live de la keynote il y a six mois déjà sur la montre connectée.

Erwan Cario : En septembre, ah c'est ça.

Camille Gévaudan : Je ne comprends pas pourquoi ça remet ça.

Erwan Cario : En fait, ils doublonnent, pour être sûrs que tout le monde mémorise qu'il y a un truc à surtout ne pas acheter.

Camille Gévaudan : Oui, au cas où on n'avait pas compris Le prochain smartphone Nexus de Google, et il pourrait y en avoir deux. L'un construit par LG, comme le dernier, le numéro 5, et l'autre, moins cher, construit par Huawei, le constructeur chinois.

Erwan Cario : Et donc, ça c'est la news, pour dire qu'on ne parlera pas du MWC, qui s'est tenu à Barcelone. Voilà.

Camille Gévaudan : Le Mobile World Congress.

Erwan Cario : C'est ça.

Camille Gévaudan : Oui c’est ça.

Erwan Cario : Pour la première fois, le nombre de foyers français équipés en ADSL a baissé.

Adrienne Alix : Tant mieux.

Erwan Cario : Et oui, et oui, mais les abonnements Internet par fibre ont, eux, progressé de 67 %. Ceci expliquant, heureusement, cela.

Camille Gévaudan : Et la traditionnelle non news dont on n'a lu que le titre et on n'a pas compris.

Erwan Cario : Alors lis bien !

Camille Gévaudan : U 3 V y c H J p c 2 U =

Adrienne Alix : Ça fait un bon de mode passe sécurisé, cela dit.

Camille Gévaudan : Exactement !

Erwan Cario : Mais plus maintenant !

Camille Gévaudan : Et c’était le contenu de l'invitation envoyée par Free aux journalistes pour la conférence qu'ils ont fait cette semaine. Et, en fait, codé en base 64, ça veut dire « surprise ». C'est super intéressant et la surprise c’était une box, ce qui est super intéressant.

Erwan Cario : Voilà. Ça veut dire que, peut-être en base 64, une surprise n'en est plus une, pour le coup, la mini box 4 K, c'est ça ? La 4 K Free box, mini Free box.

Camille Gévaudan : Oui parce que tout le monde a des films en 4 K à regarder chez lui.

Erwan Cario : Oui, tout le monde, pas à la télé mais il y a les films. On passe à l'actu.

ACTU

Camille Gévaudan : L'actu c'est donc, alors Erwan, qui c'est qui n'est pas satisfait de la politique française en matière de TVA sur les livres numériques ? A) le Parlement européen ; B) la Commission européenne ; C) le Conseil de l’Europe ; D) le Conseil européen ?

Erwan Cario : Je peux avoir un indice ? C'est à Bruxelles ou à Strasbourg ?

Adrienne Alix : Attention, parce que le Parlement européen, il est parfois à Bruxelles et parfois à Strasbourg.

Camille Gévaudan : C'est la Commission européenne.

Erwan Cario : Voilà, j'allais le dire.

Camille Gévaudan : Qui, depuis quelques années, dit que, quand même, selon la directive européenne numéro je ne sais plus combien, 2006/112/CE, sur la TVA, eh bien, la France devrait appliquer un taux de TVA normal à ses livres numériques, c’est-à-dire à 20 %, et non pas un taux réduit, c'est-à-dire à 5,5 %.

Erwan Cario : Dont bénéficient les libraires.

Camille Gévaudan : Dont bénéficient les livres papier. Et en fait, donc ça fait longtemps qu'ils ont déposé un genre de plainte, que je ne sais plus comment ça s'appelle, et la Cour de justice de l'Union européenne vient de trancher et lui a donné raison, à la Commission, donc effectivement elle demande de relever le taux de TVA pour les livres numériques. En fait, le truc c'est que, dans la directive, ce qui a droit à la TVA réduite, c'est une livraison de biens. La fourniture de livres est considérée comme une livraison de biens. Sauf que la question c'est « est-ce qu'un livre électronique est un bien ? » Eh bien non, la Cour de justice a dit que le livre numérique n'est pas un bien corporel, en fait, c'est plus un service parce que c'est dématérialisé. Et si tu essayes de leur dire « oui mais c'est sur un e-book, enfin sur une liseuse d'e-book, et donc, c'est quand même quelque chose que tu palpes », eh bien non, parce que ce n'est pas vendu avec l'e-book.

Erwan Cario : Et donc, bizarrement, les éditeurs ne sont pas contents.

Camille Gévaudan : Et donc les éditeurs ne sont pas contents. Mais, ce n'est pas grave.

Erwan Cario : On s'en fout.

Camille Gévaudan : Parce que, a priori, non mais c'est ça, a priori, ils ne sont pas obligés de réagir du jour au lendemain, il n'y a pas une astreinte qui commence là maintenant. Normalement, là maintenant, ils doivent prendre note qu'on leur a demandé de changer la TVA, et après, si on voit qu'il ne se passe rien, la Commission européenne peut engager une nouvelle procédure pour éventuellement donner une amende. Ça pourrait durer un an ou un an et demi, et l'amende ne serait même pas rétroactive. Donc en gros, il y a du temps pour ne rien faire et laisser traîner les choses. Et en plus, d'ici là, la situation aura peut-être changé, parce qu'il y a beaucoup de gens qui plaident pour un alignement de la TVA sur le livre numérique et le livre physique et le Syndicat National de l’Édition a justement lancé une grosse campagne ces derniers jours. Je ne sais pas s'ils ont fait exprès pour que ça tombe en même temps que la décision ou pas. Pour l'instant, il y a quatre pays qui sont opposés à l’alignement de la TVA réduite sur les deux types de livres, il y a la Bulgarie, le Danemark, L'Estonie et le Royaume-Uni. Le Royaume-Uni, en l'occurrence, eux ils n'ont pas de TVA du tout sur les livres et donc, ils n'ont pas très envie qu'on recommence à discuter de tout ça, qu'on remette à plat et qu'on harmonise, parce que ça ne serait pas bon pour eux.

Et donc, la campagne du Syndicat National de l’Édition, ça s'appelle « This is not a book », en français « CeciNEstPasUnLivre ». Ça consiste en un joli site avec beaucoup de couleurs. Et puis un gentil professeur qui nous montre, un joli professeur qui nous montre au tableau une grenouille et il dit « ça ce n'est pas un livre ». Après il montre un livre et il dit « ça c'est un livre ». Donc il joue sur l'humour et en prenant les gens pour des, enfin, en faisant semblant de prendre la Commission pour une idiote qui ne sait pas faire la différence, pour, en fait, demander aux internautes de prendre leurs propres photos des trucs qui sont des livres et des trucs qui ne sont pas des livres, et ensuite de harceler la Commission européenne sur Twitter en leur envoyant les photos, pour faire pression, pour se mettre le public de leur côté quoi.

Erwan Cario : J'ai comme l'intuition que ça marchera moins bien que certaines campagnes organisées par des activistes pour les libertés fondamentales, par exemple. Se battre pour la TVA réduite des livres électroniques, j'ai l'impression que ce n'est pas un combat, voila.

Camille Gévaudan : C'est un petit peu pointu, je ne sais pas si ça va suivre.

Adrienne Alix : Surtout que l'enjeu il est un peu ailleurs, enfin, si vous parlez des campagnes … autres.

Camille Gévaudan : Oui. On a l'avis de l'April qui est très intéressant là-dessus, donc l'April qui défend le Logiciel Libre, et qui arrive avec un argument auquel personne n'avait pensé quand ils faisaient leur petite campagne avec leurs photos, qui est qu'un livre numérique, la différence c'est quand même que c'est bourré de DRM, qui t’empêchent de le prêter, qui t’empêchent de le lire où tu veux, quand tu veux, autant de fois que tu veux, et que donc, ce n'est pas exactement pareil qu'un livre physique. Que donc, il n'y a pas de raison qu'on ait les mêmes droits, enfin que les livres numériques soient traités de la même façon, alors qu'on a moins de droits, avec un livre numérique.

Adrienne Alix : Si je peux me permettre, la question avait été posée à l'Assemblée Nationale l'année dernière, je crois, et effectivement, l'idée c’était de distinguer ce qui est un service, donc, si vous achetez un livre sur Amazon, en fait, on vous le prête. Amazon peut décider de le retirer, il l'a fait d'ailleurs. Parfois il garde le pouvoir sur ce que vous avez acheté, donc c'est bien un service. Et si vous achetez un livre sans DRM, pour le coup, c'est votre propriété, vous pouvez le donner, vous pouvez le prêter, vous pouvez en faire ce que vous voulez. Et donc la campagne de l'April joue sur cette distinction-là, et ça c'est assez intéressant. Des histoires de TVA, ça peut cacher aussi des questions de liberté d'usage qui sont vraiment importantes et intéressantes, pour le coup.

Erwan Cario : Et de fait, c'est surtout les discussions qui sont, justement sur les trucs à télécharger, blindés de DRM, que ce soit en streaming ou pas, notamment dans les jeux vidéo, il y avait toute une réflexion sur le fait de pouvoir prêter.

Adrienne Alix : Voilà.

Erwan Cario : De pouvoir revendre.

Adrienne Alix : Revendre.

Erwan Cario : Revendre en occasion ces jeux vidéos, et pour contrer ces demandes légitimes des consommateurs, tous les fournisseurs de services disent « oui, mais finalement ce n'est pas peut-être pas une vente, c'est un droit d'usage, un droit d'usage illimité », on va dire. Et donc, du coup, ce n'est pas une vente, donc, du coup, ce n'est pas un livre, c'est l'accès finalement. En fait, tant qu'il y a des DRM, on paye l'accès à un texte.

Adrienne Alix : Exactement. Et nos amis ayants droit sur Twitter se défendent en disant « ah non, mais on s'en fiche du support, ce qui est important c'est le contenu », alors que ce n'est pas vrai. On sait tous que ce n'est pas vrai. Ce qu'on a le droit de faire, ou pas, avec un livre est vachement important. C'est loin d’être inintéressant.

Camille Gévaudan : Précisément le contenu, le jour où on te le retire, tu ne l'as plus !

Adrienne Alix : Exactement.

Erwan Cario : Voilà. Et puis on achète aussi beaucoup les livres pour pouvoir les prêter une fois qu'on les a lus.

Adrienne Alix : Ou les offrir ou les donner.

Erwan Cario : Pour les offrir ou les donner. Et donc voilà. On va voir. On a douze à dix-huit mois pour voir comment ça se résout. Mais je ne sais pas, j'ai l'impression que ce ne sera un engouement populaire sur leur petite opération.

La virgule what the fuck, cette semaine…

Et si d'autres étoiles nous illuminaient ?

Camille Gévaudan : C'est Roskosmos, l'Agence fédérale russe qui a fait une vidéo qui montre à quoi ressemblerait la terre si on avait d'autres étoiles à la place du soleil. Donc ça, en l’occurrence, c’est Syrius, je crois, ça c'est c'est Arcturus, une super géante rouge. Et au début on avait le système Alpha du Centaure où, en fait, il y a trois étoiles qui se tournent l'une autour de l'autre. Avoir trois soleils dans le ciel, ça ferait super classe.

Erwan Cario : Ça ferait super classe, mais il ne ferait pas beaucoup nuit, non ?

Camille Gévaudan : Ah ben ça dépend s'ils se tournent…

Adrienne Alix : Ça dépend comment ils tournent.

Camille Gévaudan : Non, il n'y a pas de raison, parce qu'ils sont tous dans le même coin.

Erwan Cario : Ah ! Ils sont tous dans le même coin.

Camille Gévaudan : Oui.

Erwan Cario : Ah oui ! Ah, ce serait classe.

Camille Gévaudan : Ouais.

Erwan Cario : Ce n'est pas la planète Wink qui a deux soleils ?

Camille Gévaudan : Si. Ceci dit, si on mettait n'importe quelle autre étoile à la place du soleil, comme notre soleil est quand même très petit et que toutes les autres ont tendance à être plus grosses, on serait tous morts.

Erwan Cario : Ouais. Finalement

Camille Gévaudan : Donc c'est joli en vidéo comme ça sur YouTube.

Erwan Cario : Finalement non.

Le quartier libre

Erwan Cario : Donc, c’était il y a quelques mois, c’était en septembre dernier, Junker, de la Commission européenne a commencé à s'intéresser au sujet du droit d'auteur et à son harmonisation sur l'ensemble des pays européens, en matière de réglementation des Télécoms, etc., protection des données. Et il a confié ça à une jeune députée du Parti Pirate, et tu es là pour nous en parler, Adrienne.

Adrienne Alix : Oui, en fait la Commission européenne a mis la question du droit d'auteur parmi les questions prioritaires à régler pour les cinq ans qui viennent, et le Parlement européen a confié à Julia Reda,

Erwan Cario : J'ai révisé mon Europe, ça va.

Adrienne Alix : Oui, c'est super compliqué, qui est la seule députée Pirate, qui est une députée allemande, le soin de faire un rapport sur ce qu'il faudrait améliorer sur les questions de droit d'auteur. En fait, pour remettre ça un petit peu en perspective, ça fait suite à une consultation que la Commission européenne avait faite l'année dernière, fin 2013, début 2014, où ils avaient fait un grand questionnaire bien long et bien technocratique sur ce qu'il fallait améliorer en matière de droit d'auteur. Et ils avaient eu une surprise, que nous on va dire bonne, et qu'ils avaient trouvé plutôt mauvaise, qui est qu'il y a eu un très grand engouement citoyen pour répondre à cette consultation. Et notamment, la Quadrature du Net avait fourni pas mal d'éléments, d'analyses, d'aides pour répondre au questionnaire. Ils avaient eu plus de 11 000 réponses, dont une majorité de réponses de citoyens, à des consultations où, d'habitude, il y a quatre technocrates et lobbyistes qui se battent en duel.

Et du coup, Julia Reda, elle est partie de l'analyse de ces réponses, faite par la Commission, pour faire son rapport en disant « si on analyse un peu le résultat, dans la consultation il y a à la fois les ayants droit, les établissements publics, les gouvernements, les citoyens, enfin tout le monde a répondu, et puis il y a une grosse synthèse », elle est partie de là pour faire son rapport qui présente un certain nombre de points de constat, et puis, quelques propositions de réforme. Le rapport est assez court, en fait, je ne sais plus, il fait quelques pages et, en gros, il se base beaucoup sur les demandes des citoyens. Et les demandes des citoyens, dans la consultation de la Commission, c'est généraliser au niveau européen des exceptions au droit d'auteur qui ne sont que dans quelques pays.

Camille Gévaudan : Les exceptions c'est ?

Adrienne Alix : Ça peut être la liberté de panorama, par exemple, qu'on n'a pas en France. En France on n'a pas le droit de diffuser librement des photos de bâtiments qui sont encore soumis au droit d'auteur.

Camille Gévaudan : Même dans l'espace public ?

Adrienne Alix : Dans l'espace public, par exemple la Pyramide du Louvre, par exemple la Tour Eiffel la nuit, par exemple les tours de la Défense, on n'a pas le droit. Y compris si ça a été financé avec l'argent public, ça ne les dérange pas. On doit continuer à payer des droits d’auteur, alors que dans la quasi totalité des pays d'Europe, ça ne pose pas de problème. Et donc on se dit que ça n'a visiblement pas tué l'architecture contemporaine en Allemagne ou ailleurs, ou aux Pays-Bas. Donc voilà, c'est ce type d’exceptions-là, de dire ça c’était auparavant optionnel.

Camille Gévaudan : Il y a aussi les exceptions de droit de citation, droit de parodie ?

Adrienne Alix : Il y en a une qui est très intéressante, notamment pour la culture Internet, elle recommande d'étendre le droit de citation, donc c'est le droit qu’on a de prendre une partie d'un texte et de le réutiliser, à un droit de citation vidéo et audio, et GIF. Donc c'est super important, notamment pour toute la création, de remix, de mashup, etc., de pouvoir réutiliser ces matériaux-là. Très souvent, les youtubers voient leurs vidéos enlevées de YouTube par des demandes des ayants droit, parce qu'ils prennent des extraits de films, etc. Il y a d'autres questions: c'est tout ce qui est territorialisation, le « ce contenu n'est pas visible dans votre pays », qu'on connaît tous bien.

Camille Gévaudan : D'accord.

Adrienne Alix : Il y a un autre point sur le fait d'avoir le droit de faire un lien vers un contenu, y compris si ce contenu n'est pas tout à fait conforme, n'est pas conforme au droit. Il y a un autre point, je ne vais pas tous les citer, il y en un qui est vachement intéressant sur la possibilité, pour les bibliothèques, de prêter des livres numériques, on revient dessus, de manière beaucoup plus libre et sans contrainte de territorialisation. Donc ça, ce sont des points en fait, qui ne révolutionnent pas l'intégralité du droit d'auteur.

Erwan Cario : C'est juste une sorte de mise à jour du droit d’auteur à aujourd'hui.

Adrienne Alix : Voilà. C'est une mise à jour, partant des usages, assez modérée, reconnaissant l'importance de la rémunération des créateurs, etc.

Camille Gévaudan : Il y a aussi un truc sur les DRM, non, sur l'inter … l’interopérabilité.

Adrienne Alix : L'interopérabilité, le fait de pouvoir lire un contenu indépendamment de la plate-forme sur laquelle on l'a acheté. Typiquement forcer les iTunes, etc., à être beaucoup plus compatibles avec d’autres plate-formes. C'est vraiment une prise en compte assez forte des attentes. Et alors la réaction a été, avant même qu'elle ait publié son rapport, la réaction a été vraiment super violente de la part à la fois des ayants droit et des gouvernements.

Camille Gévaudan : Le problème c'est qu'elle a vingt-huit ans.

Adrienne Alix : Ouais. Qu'elle est pirate.

Camille Gévaudan : Qu'elle est pirate et elle n'a pas dit je fais du piratage, elle est juste dans un parti qui s'appelle le Parti Pirate et ça suffit pour déchaîner les foules.

Adrienne Alix : Oui.

Camille Gévaudan : On a notre propre ministre de la Culture, Fleur Pellerin, qui disait, où est-ce que je l'ai mise ?

Erwan Cario : « Je ne suis pas certaine que ce soit le meilleur moyen de favoriser une réflexion sereine. »

Adrienne Alix : Voilà, ce qui est quand même, avant même.

Camille Gévaudan : Elle est députée, quoi, ça va. Elle a été élue.

Adrienne Alix : Voilà. Et Fleur Pellerin a dit ça avant même d'avoir lu le rapport.

Camille Gévaudan : Oui, c'est ça. C’était juste à l'annonce.

Adrienne Alix : À l'annonce du fait qu'elle allait prendre en charge ce rapport.

Camille Gévaudan : Que c’était elle qui allait s'en occuper.

Adrienne Alix : Donc c'est quand même, il y a un mépris de son travail, elle a eu des réactions assez violentes de la part des ayants droit qui disent « ouais c'est n'importe quoi ! On donne ça aux pirates, etc. »

Erwan Cario : On peut rappeler qu'elle a été élue quand même.

Adrienne Alix : Elle a été élue.

Camille Gévaudan : Je peux citer quelques réactions. Alors le SNAC, Syndicat National des Auteurs et Compositeurs, je cite « l’Europe ne doit pas tuer ses créateurs », ce qui est donc apparemment le but du rapport Reda !

Adrienne Alix : Ouais, c'est juste.

Camille Gévaudan : Petitgirard, président du Conseil d'administration de la SACEM, les auteurs compositeurs et éditeurs de musique estiment que la Commission européenne, avec ce rapport confié à Reda, a pour objectif numéro un la destruction du droit d'auteur. Sans aucun doute ! La Société des Auteurs et Compositeurs dramatiques, la SACD, trouve que c'est un projet déséquilibré, qui véhicule une idéologie anti droits d'auteur, porté par les partenaires d'un Internet sans règles. Celui-là, je l'aide !

Adrienne Alix : On a toujours la grande question du Far West, de l'Internet pas civilisé, etc.

Camille Gévaudan : La zone de non droit.

Erwan Cario : En fait, ça saute un peu à la gueule. En fait, finalement, les ayants droit ce sont des trolls ! Non, mais c’est vrai.

Adrienne Alix : Disons qu'ils réagissent de manière automatique. Et là, par exemple, on a vu, le rapport a été présenté dans les premières commissions internes au Parlement européen et il a été absolument démoli, à coups d'amendements, par les autres partis ou par des députés d'autres partis, où on voit des amendements qui sont quasiment copiés-collés, donc bien fournis par les lobbies, et qui, à coups de petits changements de phrases, sont en train de détruire tout l'esprit de ce rapport, en considérant que ça ne peut pas être voté comme ça, et que c'est quand même inadmissible de prendre en compte les attentes des citoyens. Pour nous c’est important.

Erwan Cario : J'ai quand même toujours un peu de mal avec cette notion de gens élus.

Adrienne Alix : En fait, on oppose les créateurs et les citoyens.

Erwan Cario : Comme toujours !

Adrienne Alix : Et, en fait, voilà, comme d'habitude les sociétés de gestion de droits et les différents lobbies se mettent à la place, parlent au nom des créateurs et opposent de manière, à notre sens, complètement artificielle, créateurs et citoyens.

Erwan Cario : Et surtout, voilà, on est en 2015, et on sait très bien que la musique a disparu à cause d'Internet, par exemple.

Adrienne Alix : Exactement, qu'il n'y a plus de création, qu'il n'y a plus rien.

Erwan Cario : Ça va fait quand même juste de vingt ans qu'ils disent ça, et voilà, il y en a toujours.

Adrienne Alix : Ouais. Mais, du coup, nous on va faire campagne. Donc il va y avoir plusieurs étapes de vote dans différentes commissions du Parlement européen et on va faire campagne, on espère, avec les citoyens et avec les créateurs, pour que ce rapport soit au maximum sauvé, sachant que, encore une fois, il n'est pas du tout révolutionnaire. Et même, par exemple, il est beaucoup plus sage que ce qu'on peut proposer à la Quadrature en matière de réforme du droit d'auteur.

Erwan Cario : D'ailleurs elle s'est faite tacler notamment par Amelia Andersdotter.

Adrienne Alix : Sa prédécesseur, Andersdotter.

Camille Gévaudan : L'euro députée suédoise.

Erwan Cario : Suédoise, dans la mandature précédente, qui juge ce rapport tellement frileux qu'il aurait pu être écrit par Angela Merkel.

Camille Gévaudan : Une insulte quoi !

Erwan Cario : C'est quand même dommage, c'est-à-dire qu'on a une pirate qui fait un rapport, finalement qui fait ce qu'on lui demande, c'est-à-dire juste moderniser le droit d'auteur, ce n'est pas le supprimer, ce n'est pas le révolutionner, c'est moderniser le droit d'auteur, le mettre à jour, finalement et, du coup, elle se fait, elle prend des missiles de partout.

Adrienne Alix : Oui ! Pour nous, en fait, il faudrait qu'il y ait quelques mesures qui soient adoptées, des mesures qui soient un peu plus que symboliques, quand même, mais pour le symbole aussi, c'est vraiment important qu'il reste des chose de ce rapport.

Camille Gévaudan : D'accord. Mais alors, dans les soutiens, en plus, on a non seulement les bibliothécaires et archivistes, mais aussi des groupements de grands noms de l'informatique ou de l'Internet comme Digital Europe, ça c'est Apple, Dell, Samsung et compagnie, ou l'ASIC, l'Association des Sites (Services) Internet Communautaires, Microsoft, Google, Facebook, Dailymotion, Deezer, PriceMinister, Yahoo, Spotify. On ne peut pas dire que ça soit de dangereux rebelles qui soutiennent le rapport.

Adrienne Alix : Eh bien non ! Après oui, parce qu'on est entre les hébergeurs de contenus qui savent bien, aussi, ce qu'ils ont à faire.

Camille Gévaudan : Où est leur intérêt.

Adrienne Alix : Où est leur intérêt. Et puis les associations comme l'April, comme la Quadrature du Net, etc., où pour nous c'est plus une question de fond sur ce qu'on a le droit de faire ou de ne pas faire avec la création. Mais oui, on est quand même assez nombreux à soutenir ce rapport.

Erwan Cario : Et la tendance ? Vu que vous, vous connaissez un petit peu les rouages du Parlement européen et tout ça, il y a une chance que ça passe ou finalement, en termes de partis, qui a pris position contre ?

Adrienne Alix : Alors, elle, Julia Reda, elle siège avec le groupe des Verts. Globalement les Verts, alors pas forcément tous, mais au Parlement européen il y a une culture du consensus, donc c'est pour ça qu'il y a beaucoup d'amendements, après les amendements sont regroupés, etc. Les Verts, probablement, ne vont pas mal aller de son côté. Le Parti Populaire Européen, donc globalement la droite, est vent debout contre. Les socialistes sont extrêmement partagés, mais plutôt contre, et après il reste les centristes. Et côté centristes, alors les centristes français, malheureusement, on a vu Jean-Marie Cavada qui préside la commission sur cette question, enfin qui a été absolument odieux avec Julia Reda, s'attaquant à son âge, etc. Mais bon, il y a d'autres centristes d'autres pays, notamment des Pays-Bas, qui sont beaucoup plus ouverts. Je pense que jamais, de toutes façons il ne sera pas adopté en l'état, ce n'est jamais le cas dans ce genre de rapport. Maintenant, il faut essayer, en soutenant certaines dispositions. Là, ce qu'on est en train de faire nous, c'est d'analyser les amendements, on va publier ce qui nous semble bon, ce qui nous semble à soutenir, ce qui nous semble à rejeter, et puis après on va faire la Quadrature ! On va faire une campagne citoyenne. On a pas mal de YouTubers qui sont en train de préparer une vidéo de soutien pour expliquer pourquoi eux, en tant que créateurs Internet, ils vont soutenir ce rapport, et puis nous on va lancer une < a href="http://www.laquadrature.net/fr/les-eurodeputes-doivent-soutenir-le-rapport-reda-sur-la-reforme-du-droit-dauteur">campagne, probablement avec du piphone, comme d’habitude, pour le soutenir. Sachant que ce rapport est consultatif, c'est-à-dire que ce n'est pas quelque chose qui va être directement mis dans le droit. Par contre, s'il est bien soutenu par le Parlement, il peut ensuite être repris comme base pour la Commission, qui, de toute façon, veut s'attaquer à cette question, comme base de travail, pour la suite.

Camille Gévaudan : Et alors, rapidement, il y a un autre rapport en ce moment ? C'est un genre d'anti rapport Reda.

Adrienne Alix : Oui, il y a un autre rapport. Voilà. En fait, c'est un rapport qui s'appelle le rapport Svoboda, du nom d'un député autrichien, et qui lui, a été publié super tard, alors qu'en fait il est prêt depuis novembre/décembre, mais il n’était pas sur le site, et qui, pour le coup, c'est vraiment l'anti rapport Reda. C'est-à-dire que ça traite beaucoup plus globalement de propriété intellectuelle, et c'est la mise en application de tout ce qu'on dénonce, de tout ce qu'il y a dans les préconisations de Mireille Imbert-Quaretta sur l'HADOPI, c'est-à-dire pénaliser les intermédiaires techniques, les forcer à faire la police eux-mêmes sur leurs contenus, assécher les finances des sites qui font de la contrefaçon commerciale, machin. Et notamment, il y a un truc qui, pour nous est vraiment embêtant, c'est qu'il n'y a pas de différence entre la contrefaçon, donc c'est le nom sage pour tout ce qui est partage ou piratage, etc., il n'y a pas de différence entre ce qui est partagé de manière non commerciale, ou de manière commerciale. Entre les Megaupload, etc., qui se faisaient pas mal d'argent et des sites de partage qui ne font pas d'argent. Donc, ça c’est un peu inquiétant. Et ce rapport Svoboda porte vraiment la marque de tout ce qui est anti partage, c'est vraiment l'anti rapport Reda par excellence.

Erwan Cario : Et celui-là il aurait des chances de passer ?

Adrienne Alix : Celui-là, il a commencé à être étudié dans les commissions, et il passe sans soucis.

Camille Gévaudan : Est-ce qu'on peut mettre Svoboda et Reda sur un ring et prendre des popcorns ?

Adrienne Alix : Soupire. Il est un peu costaud le monsieur.

Camille Gévaudan : Ah merde, non mais en fait.

Erwan Cario : Non. Les soutiens populaires de Reda, contre les soutiens populaires de Svoboda, ça serait mieux.

Camille Gévaudan : Tu as raison, c'est mieux.

Erwan Cario : Merci Adrienne.

Adrienne Alix : Mais de rien.

Erwan Cario : On reparlera forcément. Le vote c'est mi-avril au Parlement européen ? On ne sait pas ?

Adrienne Alix : Mi-avril dans les premières commissions, et au mois de mai en plénière. Mais, de toute façon, en gros, il faut un peu suivre ce qu'on appelle à faire et d'ici quelques jours, on va commencer à lancer la campagne.

Erwan Cario : On suivra ça, et puis on rappellera ça dans le 56 Kast. Merci donc sur ce sujet. Toute autre chose, un requin, mais celui de gauche, dans « Le potager du web »

Musique

Camille Gévaudan : C’était début février, lors de la mondialement célèbre mi-temps du Super Bowl. Le Super Bowl c'est la finale du championnat de football américain, dont on se fiche tous, ici.

Erwan Cario : Pas du tout. Non, tu ne peux pas dire ça, attends. Mais bon, on continue. Pardon.

Camille Gévaudan : Je fais comme si je n'avais rien entendu. Et, à la mi-temps c'est toujours un grand moment parce qu'il y a des super pubs à la télé, ouais, super, et des super concerts sur place, avec des super chanteurs, super connus, et, cette année, on a eu un spectacle pyrotechnique de Katy Perry accompagné de requins et des grosses balles avec des yeux et une bouche, et des palmiers avec des yeux et une bouche.

Vidéo

Erwan Cario : Super. Et donc, vous avez vu des trucs.

Camille Gévaudan : Et donc, c’était un petit peu gênant, et tout le monde a flashé sur les requins, mais c'est vrai que les balles, elles valaient le coup aussi. Mais les requins ont eu un succès énorme, et surtout le requin de gauche. Alors pourquoi le requin de gauche ? Essayez de comprendre.

Vidéo

Adrienne Alix : Il est bourré le requin de gauche. Non ?

Rires

Erwan Cario : Déchiré.

Camille Gévaudan : Alors moi, personnellement, je ne trouve pas beaucoup plus ridicule l'un ou l'autre.

Erwan Cario : Ça se joue sur l'epsilon.

Camille Gévaudan : L'epsilon ! Quoi ?

Erwan Cario : Non, pardon, rien.

Adrienne Alix : Il a fait des maths.

Camille Gévaudan : Mais la majorité des gens ont l'air de trouver que le requin de gauche, à un moment, a complètement perdu la synchronisation de la danse, et a commencé à faire n'importe quoi dans son coin, et donc c'est devenu la star des deux, et c’est devenu un mème, à lui tout seul, qu'on appelle left shark, donc le requin de gauche, tout le monde voit de quoi on parle. Il y a même des gens qui se sont amusés à écrire son journal intime en ligne. Et après on se demande qui est bourré.

Erwan Cario : Internet !

Camille Gévaudan : Ce n'est pas le requin. Oui, voilà. Alors qu'est-ce qui s'est passé sur Internet. C'est difficile à raconter. D'abord, il y a eu une sorte d'énorme chasse, enfin un jeu de piste géant, où tous les gens ont cherché des indices pour savoir qui était sous les costumes des requins. Est-ce que c'était des stars déguisées en requins, est-ce que c'était juste des danseurs anonymes, est-ce que c’était des internautes qui avaient été tirés au sort sur une planète lointaine ?

Erwan Cario : Ah ça aurait été bien ça !

Camille Gévaudan : Toutes les possibilités étaient ouvertes. Un internaute a même prétendu avoir fait un match, sur Tinder, avec l'un des requins, et les gens y ont un petit peu cru. Mais, finalement , la vérité c'est qu'ils s'appellent Bryan Gow et Scott Myrick, et ce sont juste des danseurs de la tournée de Katy Perry.

Adrienne Alix : Je croyais que c’était Svoboda et Reda.

Camille Gévaudan : Oh ç'aurait été bien ! Alors après, du coup, comme c’était les plus grandes stars de la semaine, Scott Myrick, qui est le requin de droite, ce qui est dommage, parce qu'on aurait plutôt voulu le requin de gauche, a fait un AMA sur Reddit, un A,M,A, vous savez ce que c'est Ask Me Anything.

Erwan Cario : Ask Me Anything.

Camille Gévaudan : Donc « posez moi toutes les questions que vous voulez, je suis le requin de droite, j'ai plein de choses à raconter sur ma vie ». Et donc il nous a appris des choses très intéressantes, comme le fait qu'il avait seulement 90 secondes pour enfiler son costume de requin avant le spectacle, mais oui. Ou qu'il ne voyait tellement rien, qu'à un moment il est rentré dans un palmier, mais heureusement, il n’était pas filmé à ce moment-là, donc personne s'en est rendu compte. Donc voilà, j'espère que vous dormirez moins bêtes ce soir.

Erwan Cario : Tout à fait.

Camille Gévaudan : C'est devenu une telle star qu'il y a des gens qui en ont fait un modèle 3D à imprimer sur une imprimante 3D.

Erwan Cario : C'est bien !

Camille Gévaudan : Sur ta cheminée ! Le left shark ! Quand même quoi !

Erwan Cario : Mais oui !

Camille Gévaudan : C'est left shark, quand même. Et les avocats de Katy Perry ont demandé à ce Fernando Sosa de retirer son modèle 3D, parce que c'est eux qui avaient les droits pour le requin de gauche.

Erwan Cario : Oh, ça c'est laid.

Adrienne Alix : Ça c'est Internet aussi, mais dans ce qu'on n'aime pas.

Erwan Cario : Est-ce que Reda va protéger ce requin ?

Adrienne Alix : Je ne sais pas.

Camille Gévaudan : Comme, du coup, ils se sont rendu compte qu'il y avait une certaine demande sur l'image de ces requins et qu'ils ne pouvaient pas juste demander à retirer les images sans donner autre chose en échange, Katy Perry vend maintenant, sur son site officiel, oui messieurs dames, le costume du requin de gauche, à 130 dollars !

Erwan Cario : C'est laid.

Adrienne Alix : Oh ! C'est effrayant.

Camille Gévaudan : Voilà.

Erwan Cario : Normalement, le potager du web, c'est la joie et la bonne humeur.

Adrienne Alix : Mais tu te rends compte qu'au final, ça termine toujours pareil.

Erwan Cario : Ouais.

Camille Gévaudan : En même temps c'est né d'un Super Bowl.

Erwan Cario : Oui, c'est vrai. Non, parce que Super Bowl a fait le spectacle, le mème est né sur Internet. Ce sont des gens qui en ont fait un mème.

Camille Gévaudan : Je ne sais pas, en même temps, il y avait une sorte de bad karma tu vois !

Erwan Cario : Oui, peut-être. Si on avait eu le temps, on aurait parlé des deux ateliers de Wikipédia, où tu est allée, Camille.

Camille Gévaudan : Ouais, j'ai fait exprès de ne pas avoir le temps d'en parler, parce qu'il n'y a pas grand-chose à dire. En fait il fallait y être. Il y avait deux trucs samedi dernier, il y en avait un à la Cité des Sciences, à la Villette, à Paris, sur le thème « Femmes de science », où les gens étaient invités à éditer des fiches Wikipédia de femmes de science. Parce que, d'abord, il n'y a pas assez de femmes sur les fiches Wikipédia et puis, en plus, il n'y a pas assez de filles qui éditent Wikipédia, donc c’était marrant. Et il y avait, en même temps, à la fondation des Galeries Lafayette, un « éditathon », pareil, sur les femmes d'art et de la culture, et le féminisme. Et pareil, avec plein de filles qui éditaient Wikipédia, sur des fiches de filles, et c'était cool aussi. Et, il y a une sorte de méga combo en ce moment, puisque, si ça vous intéresse aussi de faire un marathon Wikipédia, le week-end qui vient, au quai Branly à Paris, à la médiathèque du musée, samedi et dimanche de 11 heures 30 à 18 heures, on peut faire ça sur l'ethnologie.

Erwan Cario : Et bien voilà, vous savez quoi faire ce week-end du coup, formidable. C'est fini pour cette semaine. Nous, on se retrouve. Merci Adrienne Alix de la Quadrature du Net de nous avoir accompagnés dans ce cinquantième 56 Kast et nous on se retrouve la semaine prochaine.

Camille Gévaudan : Oui.

Erwan Cario : Oui. Sur Libération et sur Nolife, bien sûr. Ciao.

Camille Gévaudan : Non, il n'y a pas de ciao ! Et les poils ?

Erwan Cario : Et les poils !

À poils

Camille Gévaudan : Les poils, c'est quand même super important, parce que là je n'ai pas pris n'importe quelle vidéo. C'est le YouTuber français « Parole de chat », dont je suis la fan numéro un. Son job consiste à repérer les vidéos sur YouTube avec des chats bavards. Il faut qu'ils ouvrent beaucoup la bouche, parce qu'après il invente les dialogues du chat, et il refait la bande son par dessus, et il republie sur son compte. Et c'est comme ça qu'il a produit des chefs d’œuvre que vous avez forcément vu, du genre les chats qui font patte patte, là comme ça et fait « dansons la capucine » ou les chats ninjas et sa dernière vidéo en date, s'appelle « le tableau ». C'est l'histoire d'un chat qui veut accrocher un tableau au mur.

Chat : Vas-y !

Voix off : Je le mets là ?

Chat : Attends.

Voix off : Oui.

Chat : Mets-le un peu plus à droite.

Voix off : Là.

Chat : Ouais, c'est bien.

Voix off : OK, J'y vais hein ! Quand même, avant que je plante le clou, est-ce que Van Gogh, sur a porte des cabinets, c'est vraiment une bonne idée ?

Chat : Oui.

Voix off : Non, parce que je ne sais pas moi. À la place on pourrait mettre un portrait d'Antoine Daniel, par exemple.

Chat : Vas-y !

Voix off : Toi, quand t'as une idée dans la tête. Bon, bah allons-y. Faisons confiance au feng shui. Et un, et deux, et trois. Et voilà le travail. Ça ne rend pas si mal en fait.

Chat : Mets-le plus à droite, s'il te plaît.

Voix off : Je ne peux plus là.

Chat : Quoi ?

Voix off : Ben oui, j'ai planté le clou.

Erwan Cario : Très, très bien.

Camille Gévaudan : Il faut voir la version longue.

Erwan Cario : Félicitations à « Parole de chat ». Donc, cette fois-ci c'est la bonne. Ciao, à la semaine prochaine sur Libération et sur Nolife. Ciao.

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TVA des e-books. Députée pirate - 56Kast mars 2015  Voir?


Erwan et Camille

Présentation

Titre : La TVA des e-books, et la députée pirate face au requin de gauche -
Intervenants : Adrienne Alix - Erwan Cario - Camille Gévaudan
Lieu : Émission 56 Kast
Date : Mars 2015
Durée : 32 min 30
Licence : Verbatim
Lien vers la vidéo : page de l'émission.

Transcription

Libération et Nolife présentent 56Kast

Erwan Cario : Bienvenue dans le 56 Kast, le cinquantième, hou ! Cinquantième du nom, cinquantième du nom. C'est bon.

Camille Gévaudan : Je n'ai pas fait de gâteau !

Erwan Cario : Et des cotillons ?

Camille Gévaudan : Non ! Non plus !

Erwan Cario : Non plus ! On va parler cette semaine du rapport Reda sur le droit d'auteur à la Commission, alors à l'Europe, ou l'Europe d'une manière générale, parce que je ne sais jamais… Parlement… Parlement européen. Elle fait exprès de rire pour commencer, excusez-moi, aujourd'hui, ce n'est pas très sérieux.

Camille Gévaudan : Carte de presse !

Erwan Cario : Avec Adrienne Alix de la Quadrature du Net.

Adrienne Alix : Bonjour.

Erwan Cario : Bonjour Adrienne. Et on parlera aussi du livre numérique et d'un requin, mais celui de gauche. Voilà. C'est important.

Camille Gévaudan : C'est vachement bien.

Erwan Cario : Ça va. Bonjour Camille.

Camille Gévaudan : Bonjour.

Erwan Cario : Et de quoi on ne va pas parler ?

Camille Gévaudan : On ne va pas parler de la chaîne américaine HBO, qui, selon le Business Times, prépare un service de streaming en partenariat avec Apple. L'un s’occuperait de la technique et l'autre des contenus. Je vous laisse deviner lequel. En fait ce serait un Netflix avec du Game of Thronesdedans, si je comprends bien.

Erwan Cario : D'accord.

Camille Gévaudan : Parce que présenté comme ça on comprend mieux.

Erwan Cario : Il n'y a pas de Game of Thronesdans Netflix ?

Camille Gévaudan : Ben non.

Erwan Cario : Ah, d'accord. Mais il n'y aurait que Game of Thrones, en fait.

Camille Gévaudan : Et peut-être bien que ça sortirait avant la Saison 5.

Erwan Cario : Oh ! Et ça s'appellera « HBO Now ».

Camille Gévaudan : Et les gens vont s'abonner en se disant « je m'abonne juste pour la saison Game of Thrones » et puis après ils vont rester abonnés. Ce n'est pas mal comme ça. C'est génial.

Erwan Cario : Ah ouais, c'est bien. Le contrôleur de sommeil Aura va bientôt pouvoir

Fou rire

Camille Gévaudan : Je suis désolée, la phrase n'est pas finie sur la feuille.

Erwan Cario : Ah ! Qu'est-ce qu'il y a ?

Camille Gévaudan : La phrase n'est pas finie.

Erwan Cario : Mais il pourra bientôt communiquer. Alors ça s'est arrêté là, mais communiquer. Eh bien oui, parce que moi, j'ai mes notes s’arrêtent là, mais communiquer avec les appareils Nest. Voilà.

Camille Gévaudan : Les thermostats de Google.

Erwan Cario : Les thermostats de Google.

Camille Gévaudan : Comme ça, quand le détecteur de sommeil sait que tu dors, il dit au thermostat de baisser la température.

Erwan Cario : Qui va communiquer avec Apple et ta chaîne « HBO Now » pour te lancer Game of Thrones.

Camille Gévaudan : Non parce que tu dors.

Erwan Cario : Ah oui, voilà c'est ça. Suivant. C'est compliqué. On va y arriver

Camille Gévaudan : On va y arriver. La machine à imprimer les crêpes qui s'appelle…

Adrienne Alix : Ah ça c'est vachement plus important.

Camille Gévaudan : Qui s'appelle le PancakeBot, a atteint son objectif de 50 000 dollars sur Kickstarter. Donc c'est trop tard, vous n'en avez pas.

Erwan Cario : Et tu n'as pas ?

Camille Gévaudan : Ben non, je ne savais pas.

Erwan Cario : Apple, toujours lui, a dévoilé cette semaine, là il y a quelques jours sa montre connectée. Mais ce n'est pas un truc… ?

Adrienne Alix : Ça n'existait pas déjà.

Camille Gévaudan : Je sais que j'ai fait le live de la keynote il y a six mois déjà sur la montre connectée.

Erwan Cario : En septembre, ah c'est ça.

Camille Gévaudan : Je ne comprends pas pourquoi ça remet ça.

Erwan Cario : En fait, ils doublonnent, pour être sûrs que tout le monde mémorise qu'il y a un truc à surtout ne pas acheter.

Camille Gévaudan : Oui, au cas où on n'avait pas compris Le prochain smartphone Nexus de Google, et il pourrait y en avoir deux. L'un construit par LG, comme le dernier, le numéro 5, et l'autre, moins cher, construit par Huawei, le constructeur chinois.

Erwan Cario : Et donc, ça c'est la news, pour dire qu'on ne parlera pas du MWC, qui s'est tenu à Barcelone. Voilà.

Camille Gévaudan : Le Mobile World Congress.

Erwan Cario : C'est ça.

Camille Gévaudan : Oui c’est ça.

Erwan Cario : Pour la première fois, le nombre de foyers français équipés en ADSL a baissé.

Adrienne Alix : Tant mieux.

Erwan Cario : Et oui, et oui, mais les abonnements Internet par fibre ont, eux, progressé de 67 %. Ceci expliquant, heureusement, cela.

Camille Gévaudan : Et la traditionnelle non news dont on n'a lu que le titre et on n'a pas compris.

Erwan Cario : Alors lis bien !

Camille Gévaudan : U 3 V y c H J p c 2 U =

Adrienne Alix : Ça fait un bon de mode passe sécurisé, cela dit.

Camille Gévaudan : Exactement !

Erwan Cario : Mais plus maintenant !

Camille Gévaudan : Et c’était le contenu de l'invitation envoyée par Free aux journalistes pour la conférence qu'ils ont fait cette semaine. Et, en fait, codé en base 64, ça veut dire « surprise ». C'est super intéressant et la surprise c’était une box, ce qui est super intéressant.

Erwan Cario : Voilà. Ça veut dire que, peut-être en base 64, une surprise n'en est plus une, pour le coup, la mini box 4 K, c'est ça ? La 4 K Free box, mini Free box.

Camille Gévaudan : Oui parce que tout le monde a des films en 4 K à regarder chez lui.

Erwan Cario : Oui, tout le monde, pas à la télé mais il y a les films. On passe à l'actu.

ACTU

Camille Gévaudan : L'actu c'est donc, alors Erwan, qui c'est qui n'est pas satisfait de la politique française en matière de TVA sur les livres numériques ? A) le Parlement européen ; B) la Commission européenne ; C) le Conseil de l’Europe ; D) le Conseil européen ?

Erwan Cario : Je peux avoir un indice ? C'est à Bruxelles ou à Strasbourg ?

Adrienne Alix : Attention, parce que le Parlement européen, il est parfois à Bruxelles et parfois à Strasbourg.

Camille Gévaudan : C'est la Commission européenne.

Erwan Cario : Voilà, j'allais le dire.

Camille Gévaudan : Qui, depuis quelques années, dit que, quand même, selon la directive européenne numéro je ne sais plus combien, 2006/112/CE, sur la TVA, eh bien, la France devrait appliquer un taux de TVA normal à ses livres numériques, c’est-à-dire à 20 %, et non pas un taux réduit, c'est-à-dire à 5,5 %.

Erwan Cario : Dont bénéficient les libraires.

Camille Gévaudan : Dont bénéficient les livres papier. Et en fait, donc ça fait longtemps qu'ils ont déposé un genre de plainte, que je ne sais plus comment ça s'appelle, et la Cour de justice de l'Union européenne vient de trancher et lui a donné raison, à la Commission, donc effectivement elle demande de relever le taux de TVA pour les livres numériques. En fait, le truc c'est que, dans la directive, ce qui a droit à la TVA réduite, c'est une livraison de biens. La fourniture de livres est considérée comme une livraison de biens. Sauf que la question c'est « est-ce qu'un livre électronique est un bien ? » Eh bien non, la Cour de justice a dit que le livre numérique n'est pas un bien corporel, en fait, c'est plus un service parce que c'est dématérialisé. Et si tu essayes de leur dire « oui mais c'est sur un e-book, enfin sur une liseuse d'e-book, et donc, c'est quand même quelque chose que tu palpes », eh bien non, parce que ce n'est pas vendu avec l'e-book.

Erwan Cario : Et donc, bizarrement, les éditeurs ne sont pas contents.

Camille Gévaudan : Et donc les éditeurs ne sont pas contents. Mais, ce n'est pas grave.

Erwan Cario : On s'en fout.

Camille Gévaudan : Parce que, a priori, non mais c'est ça, a priori, ils ne sont pas obligés de réagir du jour au lendemain, il n'y a pas une astreinte qui commence là maintenant. Normalement, là maintenant, ils doivent prendre note qu'on leur a demandé de changer la TVA, et après, si on voit qu'il ne se passe rien, la Commission européenne peut engager une nouvelle procédure pour éventuellement donner une amende. Ça pourrait durer un an ou un an et demi, et l'amende ne serait même pas rétroactive. Donc en gros, il y a du temps pour ne rien faire et laisser traîner les choses. Et en plus, d'ici là, la situation aura peut-être changé, parce qu'il y a beaucoup de gens qui plaident pour un alignement de la TVA sur le livre numérique et le livre physique et le Syndicat National de l’Édition a justement lancé une grosse campagne ces derniers jours. Je ne sais pas s'ils ont fait exprès pour que ça tombe en même temps que la décision ou pas. Pour l'instant, il y a quatre pays qui sont opposés à l’alignement de la TVA réduite sur les deux types de livres, il y a la Bulgarie, le Danemark, L'Estonie et le Royaume-Uni. Le Royaume-Uni, en l'occurrence, eux ils n'ont pas de TVA du tout sur les livres et donc, ils n'ont pas très envie qu'on recommence à discuter de tout ça, qu'on remette à plat et qu'on harmonise, parce que ça ne serait pas bon pour eux.

Et donc, la campagne du Syndicat National de l’Édition, ça s'appelle « This is not a book », en français « CeciNEstPasUnLivre ». Ça consiste en un joli site avec beaucoup de couleurs. Et puis un gentil professeur qui nous montre, un joli professeur qui nous montre au tableau une grenouille et il dit « ça ce n'est pas un livre ». Après il montre un livre et il dit « ça c'est un livre ». Donc il joue sur l'humour et en prenant les gens pour des, enfin, en faisant semblant de prendre la Commission pour une idiote qui ne sait pas faire la différence, pour, en fait, demander aux internautes de prendre leurs propres photos des trucs qui sont des livres et des trucs qui ne sont pas des livres, et ensuite de harceler la Commission européenne sur Twitter en leur envoyant les photos, pour faire pression, pour se mettre le public de leur côté quoi.

Erwan Cario : J'ai comme l'intuition que ça marchera moins bien que certaines campagnes organisées par des activistes pour les libertés fondamentales, par exemple. Se battre pour la TVA réduite des livres électroniques, j'ai l'impression que ce n'est pas un combat, voila.

Camille Gévaudan : C'est un petit peu pointu, je ne sais pas si ça va suivre.

Adrienne Alix : Surtout que l'enjeu il est un peu ailleurs, enfin, si vous parlez des campagnes … autres.

Camille Gévaudan : Oui. On a l'avis de l'April qui est très intéressant là-dessus, donc l'April qui défend le Logiciel Libre, et qui arrive avec un argument auquel personne n'avait pensé quand ils faisaient leur petite campagne avec leurs photos, qui est qu'un livre numérique, la différence c'est quand même que c'est bourré de DRM, qui t’empêchent de le prêter, qui t’empêchent de le lire où tu veux, quand tu veux, autant de fois que tu veux, et que donc, ce n'est pas exactement pareil qu'un livre physique. Que donc, il n'y a pas de raison qu'on ait les mêmes droits, enfin que les livres numériques soient traités de la même façon, alors qu'on a moins de droits, avec un livre numérique.

Adrienne Alix : Si je peux me permettre, la question avait été posée à l'Assemblée Nationale l'année dernière, je crois, et effectivement, l'idée c’était de distinguer ce qui est un service, donc, si vous achetez un livre sur Amazon, en fait, on vous le prête. Amazon peut décider de le retirer, il l'a fait d'ailleurs. Parfois il garde le pouvoir sur ce que vous avez acheté, donc c'est bien un service. Et si vous achetez un livre sans DRM, pour le coup, c'est votre propriété, vous pouvez le donner, vous pouvez le prêter, vous pouvez en faire ce que vous voulez. Et donc la campagne de l'April joue sur cette distinction-là, et ça c'est assez intéressant. Des histoires de TVA, ça peut cacher aussi des questions de liberté d'usage qui sont vraiment importantes et intéressantes, pour le coup.

Erwan Cario : Et de fait, c'est surtout les discussions qui sont, justement sur les trucs à télécharger, blindés de DRM, que ce soit en streaming ou pas, notamment dans les jeux vidéo, il y avait toute une réflexion sur le fait de pouvoir prêter.

Adrienne Alix : Voilà.

Erwan Cario : De pouvoir revendre.

Adrienne Alix : Revendre.

Erwan Cario : Revendre en occasion ces jeux vidéos, et pour contrer ces demandes légitimes des consommateurs, tous les fournisseurs de services disent « oui, mais finalement ce n'est pas peut-être pas une vente, c'est un droit d'usage, un droit d'usage illimité », on va dire. Et donc, du coup, ce n'est pas une vente, donc, du coup, ce n'est pas un livre, c'est l'accès finalement. En fait, tant qu'il y a des DRM, on paye l'accès à un texte.

Adrienne Alix : Exactement. Et nos amis ayants droit sur Twitter se défendent en disant « ah non, mais on s'en fiche du support, ce qui est important c'est le contenu », alors que ce n'est pas vrai. On sait tous que ce n'est pas vrai. Ce qu'on a le droit de faire, ou pas, avec un livre est vachement important. C'est loin d’être inintéressant.

Camille Gévaudan : Précisément le contenu, le jour où on te le retire, tu ne l'as plus !

Adrienne Alix : Exactement.

Erwan Cario : Voilà. Et puis on achète aussi beaucoup les livres pour pouvoir les prêter une fois qu'on les a lus.

Adrienne Alix : Ou les offrir ou les donner.

Erwan Cario : Pour les offrir ou les donner. Et donc voilà. On va voir. On a douze à dix-huit mois pour voir comment ça se résout. Mais je ne sais pas, j'ai l'impression que ce ne sera un engouement populaire sur leur petite opération.

La virgule what the fuck, cette semaine…

Et si d'autres étoiles nous illuminaient ?

Camille Gévaudan : C'est Roskosmos, l'Agence fédérale russe qui a fait une vidéo qui montre à quoi ressemblerait la terre si on avait d'autres étoiles à la place du soleil. Donc ça, en l’occurrence, c’est Syrius, je crois, ça c'est c'est Arcturus, une super géante rouge. Et au début on avait le système Alpha du Centaure où, en fait, il y a trois étoiles qui se tournent l'une autour de l'autre. Avoir trois soleils dans le ciel, ça ferait super classe.

Erwan Cario : Ça ferait super classe, mais il ne ferait pas beaucoup nuit, non ?

Camille Gévaudan : Ah ben ça dépend s'ils se tournent…

Adrienne Alix : Ça dépend comment ils tournent.

Camille Gévaudan : Non, il n'y a pas de raison, parce qu'ils sont tous dans le même coin.

Erwan Cario : Ah ! Ils sont tous dans le même coin.

Camille Gévaudan : Oui.

Erwan Cario : Ah oui ! Ah, ce serait classe.

Camille Gévaudan : Ouais.

Erwan Cario : Ce n'est pas la planète Wink qui a deux soleils ?

Camille Gévaudan : Si. Ceci dit, si on mettait n'importe quelle autre étoile à la place du soleil, comme notre soleil est quand même très petit et que toutes les autres ont tendance à être plus grosses, on serait tous morts.

Erwan Cario : Ouais. Finalement

Camille Gévaudan : Donc c'est joli en vidéo comme ça sur YouTube.

Erwan Cario : Finalement non.

Le quartier libre

Erwan Cario : Donc, c’était il y a quelques mois, c’était en septembre dernier, Junker, de la Commission européenne a commencé à s'intéresser au sujet du droit d'auteur et à son harmonisation sur l'ensemble des pays européens, en matière de réglementation des Télécoms, etc., protection des données. Et il a confié ça à une jeune députée du Parti Pirate, et tu es là pour nous en parler, Adrienne.

Adrienne Alix : Oui, en fait la Commission européenne a mis la question du droit d'auteur parmi les questions prioritaires à régler pour les cinq ans qui viennent, et le Parlement européen a confié à Julia Reda,

Erwan Cario : J'ai révisé mon Europe, ça va.

Adrienne Alix : Oui, c'est super compliqué, qui est la seule députée Pirate, qui est une députée allemande, le soin de faire un rapport sur ce qu'il faudrait améliorer sur les questions de droit d'auteur. En fait, pour remettre ça un petit peu en perspective, ça fait suite à une consultation que la Commission européenne avait faite l'année dernière, fin 2013, début 2014, où ils avaient fait un grand questionnaire bien long et bien technocratique sur ce qu'il fallait améliorer en matière de droit d'auteur. Et ils avaient eu une surprise, que nous on va dire bonne, et qu'ils avaient trouvé plutôt mauvaise, qui est qu'il y a eu un très grand engouement citoyen pour répondre à cette consultation. Et notamment, la Quadrature du Net avait fourni pas mal d'éléments, d'analyses, d'aides pour répondre au questionnaire. Ils avaient eu plus de 11 000 réponses, dont une majorité de réponses de citoyens, à des consultations où, d'habitude, il y a quatre technocrates et lobbyistes qui se battent en duel.

Et du coup, Julia Reda, elle est partie de l'analyse de ces réponses, faite par la Commission, pour faire son rapport en disant « si on analyse un peu le résultat, dans la consultation il y a à la fois les ayants droit, les établissements publics, les gouvernements, les citoyens, enfin tout le monde a répondu, et puis il y a une grosse synthèse », elle est partie de là pour faire son rapport qui présente un certain nombre de points de constat, et puis, quelques propositions de réforme. Le rapport est assez court, en fait, je ne sais plus, il fait quelques pages et, en gros, il se base beaucoup sur les demandes des citoyens. Et les demandes des citoyens, dans la consultation de la Commission, c'est généraliser au niveau européen des exceptions au droit d'auteur qui ne sont que dans quelques pays.

Camille Gévaudan : Les exceptions c'est ?

Adrienne Alix : Ça peut être la liberté de panorama, par exemple, qu'on n'a pas en France. En France on n'a pas le droit de diffuser librement des photos de bâtiments qui sont encore soumis au droit d'auteur.

Camille Gévaudan : Même dans l'espace public ?

Adrienne Alix : Dans l'espace public, par exemple la Pyramide du Louvre, par exemple la Tour Eiffel la nuit, par exemple les tours de la Défense, on n'a pas le droit. Y compris si ça a été financé avec l'argent public, ça ne les dérange pas. On doit continuer à payer des droits d’auteur, alors que dans la quasi totalité des pays d'Europe, ça ne pose pas de problème. Et donc on se dit que ça n'a visiblement pas tué l'architecture contemporaine en Allemagne ou ailleurs, ou aux Pays-Bas. Donc voilà, c'est ce type d’exceptions-là, de dire ça c’était auparavant optionnel.

Camille Gévaudan : Il y a aussi les exceptions de droit de citation, droit de parodie ?

Adrienne Alix : Il y en a une qui est très intéressante, notamment pour la culture Internet, elle recommande d'étendre le droit de citation, donc c'est le droit qu’on a de prendre une partie d'un texte et de le réutiliser, à un droit de citation vidéo et audio, et GIF. Donc c'est super important, notamment pour toute la création, de remix, de mashup, etc., de pouvoir réutiliser ces matériaux-là. Très souvent, les youtubers voient leurs vidéos enlevées de YouTube par des demandes des ayants droit, parce qu'ils prennent des extraits de films, etc. Il y a d'autres questions: c'est tout ce qui est territorialisation, le « ce contenu n'est pas visible dans votre pays », qu'on connaît tous bien.

Camille Gévaudan : D'accord.

Adrienne Alix : Il y a un autre point sur le fait d'avoir le droit de faire un lien vers un contenu, y compris si ce contenu n'est pas tout à fait conforme, n'est pas conforme au droit. Il y a un autre point, je ne vais pas tous les citer, il y en un qui est vachement intéressant sur la possibilité, pour les bibliothèques, de prêter des livres numériques, on revient dessus, de manière beaucoup plus libre et sans contrainte de territorialisation. Donc ça, ce sont des points en fait, qui ne révolutionnent pas l'intégralité du droit d'auteur.

Erwan Cario : C'est juste une sorte de mise à jour du droit d’auteur à aujourd'hui.

Adrienne Alix : Voilà. C'est une mise à jour, partant des usages, assez modérée, reconnaissant l'importance de la rémunération des créateurs, etc.

Camille Gévaudan : Il y a aussi un truc sur les DRM, non, sur l'inter … l’interopérabilité.

Adrienne Alix : L'interopérabilité, le fait de pouvoir lire un contenu indépendamment de la plate-forme sur laquelle on l'a acheté. Typiquement forcer les iTunes, etc., à être beaucoup plus compatibles avec d’autres plate-formes. C'est vraiment une prise en compte assez forte des attentes. Et alors la réaction a été, avant même qu'elle ait publié son rapport, la réaction a été vraiment super violente de la part à la fois des ayants droit et des gouvernements.

Camille Gévaudan : Le problème c'est qu'elle a vingt-huit ans.

Adrienne Alix : Ouais. Qu'elle est pirate.

Camille Gévaudan : Qu'elle est pirate et elle n'a pas dit je fais du piratage, elle est juste dans un parti qui s'appelle le Parti Pirate et ça suffit pour déchaîner les foules.

Adrienne Alix : Oui.

Camille Gévaudan : On a notre propre ministre de la Culture, Fleur Pellerin, qui disait, où est-ce que je l'ai mise ?

Erwan Cario : « Je ne suis pas certaine que ce soit le meilleur moyen de favoriser une réflexion sereine. »

Adrienne Alix : Voilà, ce qui est quand même, avant même.

Camille Gévaudan : Elle est députée, quoi, ça va. Elle a été élue.

Adrienne Alix : Voilà. Et Fleur Pellerin a dit ça avant même d'avoir lu le rapport.

Camille Gévaudan : Oui, c'est ça. C’était juste à l'annonce.

Adrienne Alix : À l'annonce du fait qu'elle allait prendre en charge ce rapport.

Camille Gévaudan : Que c’était elle qui allait s'en occuper.

Adrienne Alix : Donc c'est quand même, il y a un mépris de son travail, elle a eu des réactions assez violentes de la part des ayants droit qui disent « ouais c'est n'importe quoi ! On donne ça aux pirates, etc. »

Erwan Cario : On peut rappeler qu'elle a été élue quand même.

Adrienne Alix : Elle a été élue.

Camille Gévaudan : Je peux citer quelques réactions. Alors le SNAC, Syndicat National des Auteurs et Compositeurs, je cite « l’Europe ne doit pas tuer ses créateurs », ce qui est donc apparemment le but du rapport Reda !

Adrienne Alix : Ouais, c'est juste.

Camille Gévaudan : Petitgirard, président du Conseil d'administration de la SACEM, les auteurs compositeurs et éditeurs de musique estiment que la Commission européenne, avec ce rapport confié à Reda, a pour objectif numéro un la destruction du droit d'auteur. Sans aucun doute ! La Société des Auteurs et Compositeurs dramatiques, la SACD, trouve que c'est un projet déséquilibré, qui véhicule une idéologie anti droits d'auteur, porté par les partenaires d'un Internet sans règles. Celui-là, je l'aide !

Adrienne Alix : On a toujours la grande question du Far West, de l'Internet pas civilisé, etc.

Camille Gévaudan : La zone de non droit.

Erwan Cario : En fait, ça saute un peu à la gueule. En fait, finalement, les ayants droit ce sont des trolls ! Non, mais c’est vrai.

Adrienne Alix : Disons qu'ils réagissent de manière automatique. Et là, par exemple, on a vu, le rapport a été présenté dans les premières commissions internes au Parlement européen et il a été absolument démoli, à coups d'amendements, par les autres partis ou par des députés d'autres partis, où on voit des amendements qui sont quasiment copiés-collés, donc bien fournis par les lobbies, et qui, à coups de petits changements de phrases, sont en train de détruire tout l'esprit de ce rapport, en considérant que ça ne peut pas être voté comme ça, et que c'est quand même inadmissible de prendre en compte les attentes des citoyens. Pour nous c’est important.

Erwan Cario : J'ai quand même toujours un peu de mal avec cette notion de gens élus.

Adrienne Alix : En fait, on oppose les créateurs et les citoyens.

Erwan Cario : Comme toujours !

Adrienne Alix : Et, en fait, voilà, comme d'habitude les sociétés de gestion de droits et les différents lobbies se mettent à la place, parlent au nom des créateurs et opposent de manière, à notre sens, complètement artificielle, créateurs et citoyens.

Erwan Cario : Et surtout, voilà, on est en 2015, et on sait très bien que la musique a disparu à cause d'Internet, par exemple.

Adrienne Alix : Exactement, qu'il n'y a plus de création, qu'il n'y a plus rien.

Erwan Cario : Ça va fait quand même juste de vingt ans qu'ils disent ça, et voilà, il y en a toujours.

Adrienne Alix : Ouais. Mais, du coup, nous on va faire campagne. Donc il va y avoir plusieurs étapes de vote dans différentes commissions du Parlement européen et on va faire campagne, on espère, avec les citoyens et avec les créateurs, pour que ce rapport soit au maximum sauvé, sachant que, encore une fois, il n'est pas du tout révolutionnaire. Et même, par exemple, il est beaucoup plus sage que ce qu'on peut proposer à la Quadrature en matière de réforme du droit d'auteur.

Erwan Cario : D'ailleurs elle s'est faite tacler notamment par Amelia Andersdotter.

Adrienne Alix : Sa prédécesseur, Andersdotter.

Camille Gévaudan : L'euro députée suédoise.

Erwan Cario : Suédoise, dans la mandature précédente, qui juge ce rapport tellement frileux qu'il aurait pu être écrit par Angela Merkel.

Camille Gévaudan : Une insulte quoi !

Erwan Cario : C'est quand même dommage, c'est-à-dire qu'on a une pirate qui fait un rapport, finalement qui fait ce qu'on lui demande, c'est-à-dire juste moderniser le droit d'auteur, ce n'est pas le supprimer, ce n'est pas le révolutionner, c'est moderniser le droit d'auteur, le mettre à jour, finalement et, du coup, elle se fait, elle prend des missiles de partout.

Adrienne Alix : Oui ! Pour nous, en fait, il faudrait qu'il y ait quelques mesures qui soient adoptées, des mesures qui soient un peu plus que symboliques, quand même, mais pour le symbole aussi, c'est vraiment important qu'il reste des chose de ce rapport.

Camille Gévaudan : D'accord. Mais alors, dans les soutiens, en plus, on a non seulement les bibliothécaires et archivistes, mais aussi des groupements de grands noms de l'informatique ou de l'Internet comme Digital Europe, ça c'est Apple, Dell, Samsung et compagnie, ou l'ASIC, l'Association des Sites (Services) Internet Communautaires, Microsoft, Google, Facebook, Dailymotion, Deezer, PriceMinister, Yahoo, Spotify. On ne peut pas dire que ça soit de dangereux rebelles qui soutiennent le rapport.

Adrienne Alix : Eh bien non ! Après oui, parce qu'on est entre les hébergeurs de contenus qui savent bien, aussi, ce qu'ils ont à faire.

Camille Gévaudan : Où est leur intérêt.

Adrienne Alix : Où est leur intérêt. Et puis les associations comme l'April, comme la Quadrature du Net, etc., où pour nous c'est plus une question de fond sur ce qu'on a le droit de faire ou de ne pas faire avec la création. Mais oui, on est quand même assez nombreux à soutenir ce rapport.

Erwan Cario : Et la tendance ? Vu que vous, vous connaissez un petit peu les rouages du Parlement européen et tout ça, il y a une chance que ça passe ou finalement, en termes de partis, qui a pris position contre ?

Adrienne Alix : Alors, elle, Julia Reda, elle siège avec le groupe des Verts. Globalement les Verts, alors pas forcément tous, mais au Parlement européen il y a une culture du consensus, donc c'est pour ça qu'il y a beaucoup d'amendements, après les amendements sont regroupés, etc. Les Verts, probablement, ne vont pas mal aller de son côté. Le Parti Populaire Européen, donc globalement la droite, est vent debout contre. Les socialistes sont extrêmement partagés, mais plutôt contre, et après il reste les centristes. Et côté centristes, alors les centristes français, malheureusement, on a vu Jean-Marie Cavada qui préside la commission sur cette question, enfin qui a été absolument odieux avec Julia Reda, s'attaquant à son âge, etc. Mais bon, il y a d'autres centristes d'autres pays, notamment des Pays-Bas, qui sont beaucoup plus ouverts. Je pense que jamais, de toutes façons il ne sera pas adopté en l'état, ce n'est jamais le cas dans ce genre de rapport. Maintenant, il faut essayer, en soutenant certaines dispositions. Là, ce qu'on est en train de faire nous, c'est d'analyser les amendements, on va publier ce qui nous semble bon, ce qui nous semble à soutenir, ce qui nous semble à rejeter, et puis après on va faire la Quadrature ! On va faire une campagne citoyenne. On a pas mal de YouTubers qui sont en train de préparer une vidéo de soutien pour expliquer pourquoi eux, en tant que créateurs Internet, ils vont soutenir ce rapport, et puis nous on va lancer une < a href="http://www.laquadrature.net/fr/les-eurodeputes-doivent-soutenir-le-rapport-reda-sur-la-reforme-du-droit-dauteur">campagne, probablement avec du piphone, comme d’habitude, pour le soutenir. Sachant que ce rapport est consultatif, c'est-à-dire que ce n'est pas quelque chose qui va être directement mis dans le droit. Par contre, s'il est bien soutenu par le Parlement, il peut ensuite être repris comme base pour la Commission, qui, de toute façon, veut s'attaquer à cette question, comme base de travail, pour la suite.

Camille Gévaudan : Et alors, rapidement, il y a un autre rapport en ce moment ? C'est un genre d'anti rapport Reda.

Adrienne Alix : Oui, il y a un autre rapport. Voilà. En fait, c'est un rapport qui s'appelle le rapport Svoboda, du nom d'un député autrichien, et qui lui, a été publié super tard, alors qu'en fait il est prêt depuis novembre/décembre, mais il n’était pas sur le site, et qui, pour le coup, c'est vraiment l'anti rapport Reda. C'est-à-dire que ça traite beaucoup plus globalement de propriété intellectuelle, et c'est la mise en application de tout ce qu'on dénonce, de tout ce qu'il y a dans les préconisations de Mireille Imbert-Quaretta sur l'HADOPI, c'est-à-dire pénaliser les intermédiaires techniques, les forcer à faire la police eux-mêmes sur leurs contenus, assécher les finances des sites qui font de la contrefaçon commerciale, machin. Et notamment, il y a un truc qui, pour nous est vraiment embêtant, c'est qu'il n'y a pas de différence entre la contrefaçon, donc c'est le nom sage pour tout ce qui est partage ou piratage, etc., il n'y a pas de différence entre ce qui est partagé de manière non commerciale, ou de manière commerciale. Entre les Megaupload, etc., qui se faisaient pas mal d'argent et des sites de partage qui ne font pas d'argent. Donc, ça c’est un peu inquiétant. Et ce rapport Svoboda porte vraiment la marque de tout ce qui est anti partage, c'est vraiment l'anti rapport Reda par excellence.

Erwan Cario : Et celui-là il aurait des chances de passer ?

Adrienne Alix : Celui-là, il a commencé à être étudié dans les commissions, et il passe sans soucis.

Camille Gévaudan : Est-ce qu'on peut mettre Svoboda et Reda sur un ring et prendre des popcorns ?

Adrienne Alix : Soupire. Il est un peu costaud le monsieur.

Camille Gévaudan : Ah merde, non mais en fait.

Erwan Cario : Non. Les soutiens populaires de Reda, contre les soutiens populaires de Svoboda, ça serait mieux.

Camille Gévaudan : Tu as raison, c'est mieux.

Erwan Cario : Merci Adrienne.

Adrienne Alix : Mais de rien.

Erwan Cario : On reparlera forcément. Le vote c'est mi-avril au Parlement européen ? On ne sait pas ?

Adrienne Alix : Mi-avril dans les premières commissions, et au mois de mai en plénière. Mais, de toute façon, en gros, il faut un peu suivre ce qu'on appelle à faire et d'ici quelques jours, on va commencer à lancer la campagne.

Erwan Cario : On suivra ça, et puis on rappellera ça dans le 56 Kast. Merci donc sur ce sujet. Toute autre chose, un requin, mais celui de gauche, dans « Le potager du web »

Musique

Camille Gévaudan : C’était début février, lors de la mondialement célèbre mi-temps du Super Bowl. Le Super Bowl c'est la finale du championnat de football américain, dont on se fiche tous, ici.

Erwan Cario : Pas du tout. Non, tu ne peux pas dire ça, attends. Mais bon, on continue. Pardon.

Camille Gévaudan : Je fais comme si je n'avais rien entendu. Et, à la mi-temps c'est toujours un grand moment parce qu'il y a des super pubs à la télé, ouais, super, et des super concerts sur place, avec des super chanteurs, super connus, et, cette année, on a eu un spectacle pyrotechnique de Katy Perry accompagné de requins et des grosses balles avec des yeux et une bouche, et des palmiers avec des yeux et une bouche.

Vidéo

Erwan Cario : Super. Et donc, vous avez vu des trucs.

Camille Gévaudan : Et donc, c’était un petit peu gênant, et tout le monde a flashé sur les requins, mais c'est vrai que les balles, elles valaient le coup aussi. Mais les requins ont eu un succès énorme, et surtout le requin de gauche. Alors pourquoi le requin de gauche ? Essayez de comprendre.

Vidéo

Adrienne Alix : Il est bourré le requin de gauche. Non ?

Rires

Erwan Cario : Déchiré.

Camille Gévaudan : Alors moi, personnellement, je ne trouve pas beaucoup plus ridicule l'un ou l'autre.

Erwan Cario : Ça se joue sur l'epsilon.

Camille Gévaudan : L'epsilon ! Quoi ?

Erwan Cario : Non, pardon, rien.

Adrienne Alix : Il a fait des maths.

Camille Gévaudan : Mais la majorité des gens ont l'air de trouver que le requin de gauche, à un moment, a complètement perdu la synchronisation de la danse, et a commencé à faire n'importe quoi dans son coin, et donc c'est devenu la star des deux, et c’est devenu un mème, à lui tout seul, qu'on appelle left shark, donc le requin de gauche, tout le monde voit de quoi on parle. Il y a même des gens qui se sont amusés à écrire son journal intime en ligne. Et après on se demande qui est bourré.

Erwan Cario : Internet !

Camille Gévaudan : Ce n'est pas le requin. Oui, voilà. Alors qu'est-ce qui s'est passé sur Internet. C'est difficile à raconter. D'abord, il y a eu une sorte d'énorme chasse, enfin un jeu de piste géant, où tous les gens ont cherché des indices pour savoir qui était sous les costumes des requins. Est-ce que c'était des stars déguisées en requins, est-ce que c'était juste des danseurs anonymes, est-ce que c’était des internautes qui avaient été tirés au sort sur une planète lointaine ?

Erwan Cario : Ah ça aurait été bien ça !

Camille Gévaudan : Toutes les possibilités étaient ouvertes. Un internaute a même prétendu avoir fait un match, sur Tinder, avec l'un des requins, et les gens y ont un petit peu cru. Mais, finalement , la vérité c'est qu'ils s'appellent Bryan Gow et Scott Myrick, et ce sont juste des danseurs de la tournée de Katy Perry.

Adrienne Alix : Je croyais que c’était Svoboda et Reda.

Camille Gévaudan : Oh ç'aurait été bien ! Alors après, du coup, comme c’était les plus grandes stars de la semaine, Scott Myrick, qui est le requin de droite, ce qui est dommage, parce qu'on aurait plutôt voulu le requin de gauche, a fait un AMA sur Reddit, un A,M,A, vous savez ce que c'est Ask Me Anything.

Erwan Cario : Ask Me Anything.

Camille Gévaudan : Donc « posez moi toutes les questions que vous voulez, je suis le requin de droite, j'ai plein de choses à raconter sur ma vie ». Et donc il nous a appris des choses très intéressantes, comme le fait qu'il avait seulement 90 secondes pour enfiler son costume de requin avant le spectacle, mais oui. Ou qu'il ne voyait tellement rien, qu'à un moment il est rentré dans un palmier, mais heureusement, il n’était pas filmé à ce moment-là, donc personne s'en est rendu compte. Donc voilà, j'espère que vous dormirez moins bêtes ce soir.

Erwan Cario : Tout à fait.

Camille Gévaudan : C'est devenu une telle star qu'il y a des gens qui en ont fait un modèle 3D à imprimer sur une imprimante 3D.

Erwan Cario : C'est bien !

Camille Gévaudan : Sur ta cheminée ! Le left shark ! Quand même quoi !

Erwan Cario : Mais oui !

Camille Gévaudan : C'est left shark, quand même. Et les avocats de Katy Perry ont demandé à ce Fernando Sosa de retirer son modèle 3D, parce que c'est eux qui avaient les droits pour le requin de gauche.

Erwan Cario : Oh, ça c'est laid.

Adrienne Alix : Ça c'est Internet aussi, mais dans ce qu'on n'aime pas.

Erwan Cario : Est-ce que Reda va protéger ce requin ?

Adrienne Alix : Je ne sais pas.

Camille Gévaudan : Comme, du coup, ils se sont rendu compte qu'il y avait une certaine demande sur l'image de ces requins et qu'ils ne pouvaient pas juste demander à retirer les images sans donner autre chose en échange, Katy Perry vend maintenant, sur son site officiel, oui messieurs dames, le costume du requin de gauche, à 130 dollars !

Erwan Cario : C'est laid.

Adrienne Alix : Oh ! C'est effrayant.

Camille Gévaudan : Voilà.

Erwan Cario : Normalement, le potager du web, c'est la joie et la bonne humeur.

Adrienne Alix : Mais tu te rends compte qu'au final, ça termine toujours pareil.

Erwan Cario : Ouais.

Camille Gévaudan : En même temps c'est né d'un Super Bowl.

Erwan Cario : Oui, c'est vrai. Non, parce que Super Bowl a fait le spectacle, le mème est né sur Internet. Ce sont des gens qui en ont fait un mème.

Camille Gévaudan : Je ne sais pas, en même temps, il y avait une sorte de bad karma tu vois !

Erwan Cario : Oui, peut-être. Si on avait eu le temps, on aurait parlé des deux ateliers de Wikipédia, où tu est allée, Camille.

Camille Gévaudan : Ouais, j'ai fait exprès de ne pas avoir le temps d'en parler, parce qu'il n'y a pas grand-chose à dire. En fait il fallait y être. Il y avait deux trucs samedi dernier, il y en avait un à la Cité des Sciences, à la Villette, à Paris, sur le thème « Femmes de science », où les gens étaient invités à éditer des fiches Wikipédia de femmes de science. Parce que, d'abord, il n'y a pas assez de femmes sur les fiches Wikipédia et puis, en plus, il n'y a pas assez de filles qui éditent Wikipédia, donc c’était marrant. Et il y avait, en même temps, à la fondation des Galeries Lafayette, un « éditathon », pareil, sur les femmes d'art et de la culture, et le féminisme. Et pareil, avec plein de filles qui éditaient Wikipédia, sur des fiches de filles, et c'était cool aussi. Et, il y a une sorte de méga combo en ce moment, puisque, si ça vous intéresse aussi de faire un marathon Wikipédia, le week-end qui vient, au quai Branly à Paris, à la médiathèque du musée, samedi et dimanche de 11 heures 30 à 18 heures, on peut faire ça sur l'ethnologie.

Erwan Cario : Et bien voilà, vous savez quoi faire ce week-end du coup, formidable. C'est fini pour cette semaine. Nous, on se retrouve. Merci Adrienne Alix de la Quadrature du Net de nous avoir accompagnés dans ce cinquantième 56 Kast et nous on se retrouve la semaine prochaine.

Camille Gévaudan : Oui.

Erwan Cario : Oui. Sur Libération et sur Nolife, bien sûr. Ciao.

Camille Gévaudan : Non, il n'y a pas de ciao ! Et les poils ?

Erwan Cario : Et les poils !

À poils

Camille Gévaudan : Les poils, c'est quand même super important, parce que là je n'ai pas pris n'importe quelle vidéo. C'est le YouTuber français « Parole de chat », dont je suis la fan numéro un. Son job consiste à repérer les vidéos sur YouTube avec des chats bavards. Il faut qu'ils ouvrent beaucoup la bouche, parce qu'après il invente les dialogues du chat, et il refait la bande son par dessus, et il republie sur son compte. Et c'est comme ça qu'il a produit des chefs d’œuvre que vous avez forcément vu, du genre les chats qui font patte patte, là comme ça et fait « dansons la capucine » ou les chats ninjas et sa dernière vidéo en date, s'appelle « le tableau ». C'est l'histoire d'un chat qui veut accrocher un tableau au mur.

Chat : Vas-y !

Voix off : Je le mets là ?

Chat : Attends.

Voix off : Oui.

Chat : Mets-le un peu plus à droite.

Voix off : Là.

Chat : Ouais, c'est bien.

Voix off : OK, J'y vais hein ! Quand même, avant que je plante le clou, est-ce que Van Gogh, sur a porte des cabinets, c'est vraiment une bonne idée ?

Chat : Oui.

Voix off : Non, parce que je ne sais pas moi. À la place on pourrait mettre un portrait d'Antoine Daniel, par exemple.

Chat : Vas-y !

Voix off : Toi, quand t'as une idée dans la tête. Bon, bah allons-y. Faisons confiance au feng shui. Et un, et deux, et trois. Et voilà le travail. Ça ne rend pas si mal en fait.

Chat : Mets-le plus à droite, s'il te plaît.

Voix off : Je ne peux plus là.

Chat : Quoi ?

Voix off : Ben oui, j'ai planté le clou.

Erwan Cario : Très, très bien.

Camille Gévaudan : Il faut voir la version longue.

Erwan Cario : Félicitations à « Parole de chat ». Donc, cette fois-ci c'est la bonne. Ciao, à la semaine prochaine sur Libération et sur Nolife. Ciao.

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(19/06/2016 @ 16:11)

Peut-on dégoogliser internet? - France Culture - Émission Du grain à moudre d'été 2015  Voir?


olivier andrea et benjamin

Présentation

Titre : Peut-on dégoogliser internet ?
Intervenants : Andréa Fradin - Benjamin Jean - Olivier Babeau - Émilie Chaudet
Lieu : France Culture - Émission Du grain à moudre d'été
Date : Août 2015
Durée : 44 min
Licence : Verbatim
Lien vers la vidéo : page de l'émission

Transcription

Émilie Chaudet : Bonsoir à toutes et à tous. Bienvenue dans Du Grain à moudre d'été, une émission préparée par Fanny Richez, Catherine Donné, Virginie Leduault et Marie Vidal, réalisée par Lise Côme, accompagnée ce soir à la technique de Clément Datté.

« Google est ». Si vous tapez juste ça sur le moteur de recherche en question, votre phrase se complète automatiquement, sur votre écran : « Google est un moteur de recherche », ou « Google est ton ami ». Maintenant, tapez « Google est un », vous tombez très vite sur une femme ou un dieu. Et je vous passe encore la tentative d'une recherche « Google est trop », un sursaut fantasmé, un brin mégalo, qui donne une idée de la position que se donne la firme à l'échelle du monde, celle d'une entreprise qui jouit de plus en plus d'un contrôle sur la vie privée des internautes et qui se donne pour objectif de contrôler la vie tout court. En effet, la restructuration de la firme qui s'appelle donc Alphabet depuis une semaine, nous rappelle que Google n'est pas qu'un moteur de recherche, une messagerie ou un réseau social. C'est une entreprise de plus de 53 000 salariés qui travaillent aussi à la création et au développement de voitures sans chauffeur, de remèdes contre des maladies graves, tout comme Facebook ou Amazon. Une fois qu'on a dit ça, une question se pose : qui les contrôle ces entreprises ? Qui ? Quelle instance peut leur imposer des limites professionnelles, éthiques, les contraindre à un meilleur respect de la vie privée de leurs usagers ? Et ces questions se posent d'autant plus que Google, qui devait répondre aujourd'hui à des griefs de la Commission européenne pour abus de position dominante, vient, une fois de plus, de repousser ce délai à la fin du mois d’août. Alors peut-on dégoogliser Internet ? Ou, en tout cas, limiter, réglementer le pouvoir de Google sur le Web ? C'est notre sujet du jour.

Et pour en parler j'ai le plaisir de recevoir trois invités. Andréa Fradin, bonsoir.

Andréa Fradin : Bonsoir.

Émilie Chaudet : Vous êtes journaliste pour le site d'information Rue89, spécialiste des questions numériques. À côté de vous, Benjamin Jean, bonsoir.

Benjamin Jean : Bonsoir.

Émilie Chaudet : Vous êtes juriste, spécialisé en propriété intellectuelle et vous êtes membre de Framasoft, une association qui promeut, entre autres, le logiciel libre et qui tente de mettre au point des plates-formes alternatives à Google, Facebook, Twitter ou Skype. Nous y reviendrons, bien sûr, dans le courant de cette émission. Et avec vous, en face de vous, pour discuter, Olivier Babeau, bonsoir.

Olivier Babeau : Bonsoir.

Émilie Chaudet : Vous êtes professeur de stratégie d’entreprise à l’université de Bordeaux et vous êtes, également, membre du Conseil scientifique de l'institut pour la Souveraineté numérique. Vous êtes une vingtaine dans ce comité, je crois. C'est une association qui compte une vingtaine, enfin une vingtaine de personnes au sein de ce comité, peut-être plus en réalité. C'est ça ?

Olivier Babeau : Oui, il y a peut-être une vingtaine de participants très actifs et puis après toute une myriade de participants qui apportent leur savoir et leur intérêt.

Émilie Chaudet : En tout cas cet institut tente de sensibiliser les citoyens et les entreprises sur la protection de nos données et de proposer des actions juridiques en ce sens ; nous aurons, d'ailleurs, l’occasion d'en reparler aussi. Nous avons mis l'accent, aussi bien dans le titre que dans l'introduction de cette émission, sur Google, car c'est cette filiale qui est aujourd'hui dans le collimateur de la Commission européenne et au centre de l'actualité, mais nous allons, bien sûr, aborder ces questions aussi à travers les cas de Twitter, de Facebook, d'Apple, d'Amazon, etc.

Google devait répondre aux griefs de la Commission européenne, à la fin du mois de juin, des griefs dans le cadre d’une enquête de cette Commission pour abus de position dominante. Le délai d'une réponse imparti à Google a été repoussé une première fois et les dirigeants de la société devaient donc livrer leur argumentaire aujourd'hui. Or, la semaine dernière, un délai leur a été de nouveau accordé. Ils ont maintenant jusqu'au 31 août pour répondre à ces griefs. Alors, qu'est-ce que ce déroulé à rallonge de cette procédure juridique dit du pouvoir de Google, de son image d'intouchable, face aux institutions qui lui demandent des comptes ? Benjamin Jean.

Benjamin Jean : C'est une grande question. Le premier élément de réponse c'est, qu'effectivement, Google est une organisation qui produit des services qui remplissent des besoins, déjà, qui répondent aux attentes des utilisateurs, des internautes, et je pense que Google, en cela, a innové sur internet. La difficulté c'est que, de part leur position qui devient, effectivement, de plus en plus dominante, on en est venu à se demander s'il n'y avait pas abus possible de cette position et c’était toute la crainte et les raisons de l’enquête menée par la Commission européenne. Oui.

Émilie Chaudet : Olivier Babeau.

Olivier Babeau : Il ne faut pas confondre deux choses. En fait, il y a la position dominante qui est un fait incontestable et l'abus. C'est l'abus qui est incriminé en l'occurrence. La longueur de la procédure n'est pas très étonnante, si on se souvient de celle de Microsoft. Elle avait duré 13 ans entre 2000 et 2013 et à l'issue de laquelle ils avaient été condamnés à quasiment six cents…

Émilie Chaudet : Plus que ça.

Andréa Fradin : Deux milliards d'euros. Il y a eu deux milliards d'euros d'amende au total.

Émilie Chaudet : Il y a eu plusieurs amendes.

Olivier Babeau : Il y a eu plusieurs amendes, effectivement, au titre d'Internet Explorer, ils avaient eu une amende extrêmement importante. Ça avait quand même duré treize ans. Ici finalement, on aura été sur une durée, si je ne me trompe pas, un peu inférieure, en fait.

Émilie Chaudet : Pour le moment on est à cinq ans, à peu près.

Olivier Babeau : Voilà. C'est relativement rapide.

Andréa Fradin : Ça peut durer encore !

Olivier Babeau : Pour une procédure qui est quand même extrêmement complexe.

Émilie Chaudet : Justement, Andréa, sur cette question, vous vouliez rajouter quelque chose ?

Andréa Fradin : Oui. Moi je suis tout à fait d'accord. C'est un peu l’histoire qui se répète. Et, à mon sens, Google aimerait bien arriver à ce que Microsoft a réussi à avoir aux États-Unis. Parce qu'il faut bien se rappeler que si Microsoft a été condamnée à deux milliards, ce qui n'est pas grand-chose quand on regarde les chiffres d'affaires. Là Google, je crois, encourt en gros, une amende équivalente à maximum 10 % de son chiffre d'affaires, ce qui fait, en gros, six milliards, sur soixante milliards de chiffre d'affaires ça fait beaucoup pour nous autres, mais pour une entreprise comme Google, ce n'est pas si énorme. Mais il faut bien voir que Microsoft, par exemple aux États-Unis dans les années 2000, s’était fait condamner, puis après avait réussi à trouver un accord avec le Département de justice américain, l'équivalent de notre ministère de la justice. Je pense que Google, et d’ailleurs ils ont fait des propositions en ce sens pour le moment refusées, cherche à trouver un accord avec la Commission européenne pour, justement, préserver son image en Europe déjà très écornée et ensuite, essayer de s'en tirer sans faire trop de vagues.

Émilie Chaudet : Mais justement est-ce que Google peut trouver un accord quand on voit le nombre de plaintes qui ont déjà été déposées à son encontre, que ce soit en France ou dans d'autres pays d'Europe ? Olivier Babeau.

Olivier Babeau : En fait, si on regarde l'affaire de la procédure, le détail de la procédure, mais sans, effectivement, rentrer trop dans la complexité de ce qui s'est passé, mais, à un moment donné Jochim Almunia, qui était l'ancien commissaire à la concurrence, avait failli accepter les conditions qui avaient été proposées.

Émilie Chaudet : D’ailleurs je rappelle juste que cet abus de position dominante, ça consiste, pour expliquer un petit peu à nos auditeurs que, en fait Google est accusé de faire sortir.

Olivier Babeau : De favoriser ses services.

Émilie Chaudet : De favoriser ses services.

Olivier Babeau : Dans le moteur de recherche.

Émilie Chaudet : Si on tape une recherche sur Google

Olivier Babeau : Qui est son produit, c'est un de ses produits au milieu de centaines d'autres, mais c'est son produit phare.

Émilie Chaudet : Et on tombe sur des services produits par Google.

Olivier Babeau : L'idée en gros, ce serait qu'il favorise ses propres services.

Andréa Fradin : Plus précisément, Google Shopping, je crois.

Olivier Babeau : Comparateur de prix, tout à fait.

Andréa Fradin : Au lieu de mettre par exemple, je ne sais pas, quel autre service, Amazon, ou eBay, ou je ne sais quoi d'autre, on voit ressortir, quand on fait une recherche, en premier, en exergue, comme par hasard, les services de Google, et c'est ce que met en cause la Commission.

Émilie Chaudet : Benjamin Jean.

Benjamin Jean : Et d’ailleurs, pour re-contextualiser aussi, au regard de la première affaire qui concernait Microsoft, effectivement, Microsoft a été condamnée, mais son concurrent Netscape était mort depuis de nombreuse années au moment où Microsoft a été condamnée. C'est là où on voit que le temps a un effet certain.

Olivier Babeau : Le temps de la justice n'est pas celui des affaires.

Benjamin Jean : Exactement.

Olivier Babeau : Et c'est probablement ce sur quoi les grandes sociétés, de façon générale, jouent et Google, en particulier, ils savent parfaitement qu'ils peuvent faire bouger les lignes de façon considérable, le temps que toute la machine judiciaire se mette en marche. Et donc, quand arrive la sanction, si elle est importante, parce que si on regarde la sanction de la Cnil, 50 000 euros à l’encontre de Google, qui était le maximum légal, 50 000 euros évidemment pour Google ce n’était pas grand-chose, quand arrive la sanction, en fait, ils ont déjà réussi à faire bouger les lignes, de fait. La stratégie à mon avis, elle est assez assumée. Ce n'est pas propre à Google, c'est propre à la plupart des grosses entreprises.

Émilie Chaudet : Mais justement, la question qui se pose là, tout de suite, c'est pourquoi Google demeure intouchable là-dessus, alors que Microsoft a quand même réussi au terme de dix ans certes, mais quand même, à être condamnée, et jusqu’à quand Google peut gagner comme ça du temps, petit à petit, de report en report ?

Andréa Fradin : Effectivement Microsoft ça a pris extrêmement de temps, beaucoup de temps, alors que l'affaire était, selon les juristes qui ont examiné le cas, beaucoup plus simple. Là, la ligne de défense de Google se tient finalement. Ce que dit Eric Schmidt, il l'a encore répété il y a quelques mois, il ne force personne à aller sur le moteur de recherche. La concurrence est à un clic, comme il le dit et, comme vous l'avez très bien rappelé, finalement il y a une demande. Quand on parle de Google, comme ça, on a l'impression qu'on met le couteau sous la gorge des utilisateurs, de l'internaute, en les forçant à aller sur Google ou Facebook ou autre chose. Mais ce n'est pas le cas. Il y a une véritable demande et, finalement, les gens tant qu'on leur offre un service qui leur convient, ils y vont, ils ne vont pas se poser la question, et c'est peut-être ça le problème aussi.

Émilie Chaudet : Il y a pile une semaine Google s'est restructurée, maintenant le moteur de recherche est devenu une filiale abritée sous la maison mère Alphabet qui regroupe plein d'autres activités de Google. L'entreprise, donc, se consacre aussi à la recherche. Larry Page, l'un des patrons de la société, a justifié cette nouvelle organisation par un souci, dit-il, d'allégement et de clarté. Il dit donner plus de niveaux de gestion pour pouvoir gérer indépendamment des choses qui ne sont pas liées. Est-ce que cette restructuration, aussi, c'est une manière de brouiller les pistes juridiques ? Est-ce que c'est une manière d'échapper, une fois de plus, de faire obstacle à des actions juridiques ? Olivier Babeau.

Olivier Babeau : Il y a deux lectures. Une première lecture, assez business, qui est donnée par la plupart des observateurs en stratégie, qui est que, quand une entreprise croît, naturellement, elle va passer d'une organisation fonctionnelle à une organisation divisionnelle. Parce qu'on est beaucoup trop gros, il va falloir séparer les activités pour qu'elles soient, on pourrait dire, plus indépendantes dans leur fonctionnement. C'est la première explication et ça se justifie. La deuxième, c'est peut-être une explication du point de vue des créateurs qui est qu'ils ont mis de côté, on peut dire, le moteur à rentabilité de l’entreprise, et puis ils vont pouvoir, comme ça, s'intéresser et gérer plus directement ce qui les intéresse plus et qui constitue, aujourd'hui, le cœur du développement et de la recherche de Google, on va peut-être en parler, tout ce qui est biomédecine notamment, robotique, intelligence artificielle.

Émilie Chaudet : Benjamin Jean, sur cette question, de la protection juridique qui impliquerait, ou non, Alphabet ? Vous allez nous répondre.

Benjamin Jean : Là ce n'est pas tant en termes de protection juridique, ça serait savoir si le droit à la concurrence serait impacté par cette nouvelle organisation. Je ne crois pas simplement parce que dans les faits, effectivement, même si maintenant il y a une holding et différentes entités, rien n'a changé dans le modèle de gouvernance : ce n'est qu'une maison-mère qui a une multitude de filiales. Donc elle pourrait tout à fait être condamnée pour le même motif d'abus de position dominante. Vraiment, je ne vois aucune difficulté à ça. Pour le reste, effectivement. Peut-être le timing a fait que ça leur permettait, aussi, de gagner du temps au regard de la Commission européenne, ça je ne saurais le dire, mais, pour moi, en tout cas, ce n'est pas un argument suffisant pour échapper à la Commission européenne. Même si ça permet, éventuellement, de donner plus de clarté sur les chiffres des différentes filiales et notamment sur cet abus de position dominante, au regard de certains…

Olivier Babeau : Oui, ça peut avoir, beaucoup de gens ont souligné que ça avait un intérêt boursier. Ça permettait de rassurer.

Émilie Chaudet : Oui, de rassurer les investisseurs.

Olivier Babeau : De clarifier, de montrer clairement où et comment la valeur était produite à l'intérieur de l'entreprise.

Émilie Chaudet : Andréa Fradin.

Andréa Fradin : Ce que disent les patrons de Google, Lary Page et Sergueï Brin, c’est que les investisseurs un peu traditionnels peuvent être effrayés par les grands projets visionnaires de Google qui sont vraiment, aujourd'hui, au cœur de l'entreprise.

Émilie Chaudet : Oui, on parlera de Google Genomics, les génomes humains.

Andréa Fradin : Voilà, notamment ils ont un gros labo de recherche qui génère tout un tas de fantasmes, Google X, et ça peut effrayer. C'est un peu éloigné du cœur de métier, donc internet, moteur de recherche, pub en ligne, et ça va dans tout un tas de domaines, ça permet de donner un peu plus de visibilité.

Émilie Chaudet : Olivier Babeau sur cette dernière question ?

Olivier Babeau : Il y a une dernière lecture. Vous savez il y a un fameux livre qui s'appelle Le dilemme de l'innovateur, d'un auteur qui s'appelle Christensen, qui explique que les grosses entreprises, qui souvent sont nées de l'innovation, ont un grand problème, c'est qu'une fois qu'elles sont devenues grosses, elles n’arrivent plus à innover. D'une certaine façon, les GAFA, on définit l'acronyme.

Émilie Chaudet : Donc Google, Apple.

Olivier Babeau : Apple, Facebook, Amazon, ces grosses entreprises d'internet savent qu'elles sont confrontées à ce dilemme, elles sont nées de l'innovation, mais elles savent qu'elles doivent innover en permanence pour survivre. Et pour régler ce dilemme, pour le surmonter, on pourrait dire que chacune essaye en permanence, n'hésite pas, par exemple, à se cannibaliser. C'est ce que fait Apple quand elle a annoncé un iPhone, dont elle sait qu'il allait tuer l'iPod, Steve jobs a été assez clairvoyant de ce point de vue-là. Peut-être que Google en faisant ça, aussi, essaye de continuer à garder sa capacité innovatrice tout en conservant son activité, enfin l'activité qui intéresse les actionnaires qui est le cash d'aujourd'hui, en préparant le cash de demain.

Émilie Chaudet : Andréa Fradin.

Andréa Fradin : Et c'est une véritable obsession chez Google et d'ailleurs la presse américaine s'en faisait l'écho ces derniers jours après l'annonce de la création d'Alphabet. En fait, Google se réorganise en permanence et veut toujours avoir le coup d'après. Ils ne veulent pas devenir le Yahoo ou le Microsoft de demain, en fait. Ils ne veulent pas s’effondrer parce qu'ils ont encore cette image de trublion du secteur qui sont nés dans un garage, dans l'innovation, dans une espèce de dynamique. Effectivement, les lourdeurs d'une organisation peuvent un petit peu enrayer. L'obsession de Google c'est d’être dans nos vies, demain et toujours. Voilà, ce coup d’avance : ne jamais être en retard quoi.

Émilie Chaudet : Alors juste avant de continuer, Andréa Fradin, vous venez d'introduire, sans le vouloir, le son, cet extrait de documentaire que je voudrais vous faire écouter, très court. C’est un documentaire qui s'appelle Google, la machine à penser, un documentaire réalisé en 2007 par Gilles Cayatte.

Voix off : Il y a un paradoxe intéressant avec Google. Le service est gratuit, le nom est sympa, c'est plein de jeunes, le décor est branché. Il y a des « baballes » en plastique et des tables de billard. Google est synonyme d'« éclate », de contre-culture et plus encore. Mais en fait, quand vous lisez les journaux, le Google que vous découvrez n'est pas le Google de votre imagination. Ce Google-là est énorme. Il domine tous les secteurs qu'il a pénétrés. Il est en train d'avaler l'ensemble du monde de la publicité, morceau par morceau. Il a cédé aux Chinois sur la censure. Il ressemble à un énorme prédateur et, en même temps, dans votre esprit, c'est Google !

Émilie Chaudet : Archive sélectionnée par Virginie Leduault. L'homme que l'on entendait c'était Michael Malone, éditorialiste au Wall Street Journal. Donc Google c'est un paradoxe, dit-il, en termes d'image. Est-ce que cette entreprise est aussi insaisissable au niveau juridique ? Benjamin Jean.

Benjamin Jean : Oui merci. Toujours la même idée, c'est-à-dire que se mettre en position de monopole comme c'est le cas, en tant que tel, ce n'est pas du tout condamnable d'un point de vue de droit à la concurrence, j'entends. Ce qui sera sanctionné c'est s’il y a un abus ou s'il y a une entente avec d'autres sociétés, et donc un effet pervers sur la concurrence, sur le marché. Là, en l’occurrence, si Google se sert de l'une de ses positions dominantes dans un marché pour gagner dans un autre marché, pour lequel ils auraient un produit à priori moins pertinent, parce que c'est ce qui était reproché à Google Shopping à l'origine, ce n'était pas Shopping, je n'ai plus le nom en tête.

Émilie Chaudet : Si, c'est Shopping.

Benjamin Jean : Maintenant c'est Shopping, mais ça a évolué au fur et à mesure.

Émilie Chaudet : Google Shopping.

Andréa Fradin : Ah oui, probablement.

Benjamin Jean : Donc ils avaient un service, ils ont lancé un service qui était moins pertinent que d'autres, mais par leur position dominante en matière de recherche ils ont, semble-t-il, en tout cas c'est ce qui leur est reproché, réussi à rendre leur service plus attractif et ensuite plus pertinent. Donc c'est vraiment ça qui est sanctionnable quel que soit le montage choisi.

Émilie Chaudet : Vous parlez d’abus mais est-ce que ces recherches menées par Google et notamment sur le génome humain, donc Google qui stocke des génomes différents dans un cloud, dans un nuage dématérialisé de données, pour les mettre à la disposition de chercheurs, pour les tester, est-ce que ça, d'un point de vue éthique, c'est considéré, ça doit être considéré comme un abus ? Andréa Fradin.

Andréa Fradin : Comme un abus, je ne sais pas, mais il est clair que les États ne doivent pas se laisser dépasser par les entreprises de cette envergure sur des questions aussi essentielles que la recherche sur le génome humain. Et c'est un petit peu le problème éventuel, parce que, pour le moment, il n'y a pas de problème, mais la question que peuvent susciter les Google, Facebook et tout ça, qui s'engagent dans des secteurs qui n'ont plus rien à voir, comme je le disais plus tôt, avec leur cœur de métier, avec internet. Et c'est d'autant plus préoccupant qu'il y a ce paradoxe, auquel l'extrait audio faisait référence, et, en fait, paradoxe qui montre une image très cool de Google. On l'a encore vu avec Alphabet, ils ont fait toute une campagne marketing très réussie, très cool. Tous les amateurs de high-tech, de news high-tech, étaient ravis. Ils sont même comparés à une entreprise qui existe, virtuelle, fictionnelle, qui n’existe pas, fictive qui n’existe pas en réalité, qui est dans une série de HBO, une série américaine. Ils se comparent et tout le monde a dit : « Ah mon Dieu, c'est génial, Google se compare à cette entreprise qui s'appelle Hooli, sauf que Hooli, dans la série est horrible. Et Google en vient à se comparer à une boîte horrible pour le clin d’œil et tout le monde trouve ça cool. Moi ça me terrifie.

Émilie Chaudet : Allez-y Benjamin Jean.

Benjamin Jean : Juste cet élément, je trouvais votre remarque vraiment intéressante quand vous parliez d'éthique. Effectivement, pour moi la question elle est juridique, on en a déjà parlé quelques minutes. Mais elle est aussi sur bien d'autres plans, et notamment cette question éthique. Est-ce que ce qui est fait, est-ce que ce type de société, les projets sur lesquels ces types de sociétés travaillent sont éthiques ? C'est une question à part entière, sur laquelle il revient à chacun de se positionner. On n'est plus sur la Commission européenne qui va juger au regard du droit à la concurrence la position d'un acteur. Là c'est vraiment chacun qui se positionne face à une organisation qui est partout, sur nos PC, sur nos téléphones. Est-ce que son comportement est éthique ou pas ?

Émilie Chaudet : Olivier Babeau, sur cette question ?

Olivier Babeau : La remarque appelle d'autres questions. C'est de souligner que jamais, il n'y a pas d'exemple dans l’histoire de l'humanité que des entités, on peut dire privées, aient autant de pouvoirs. Certes, autrefois il y a eu des banques qui arrivaient à prêter aux empereurs et aux rois, ou à l’Église enfin aux papes et du coup avaient énormément de pouvoirs, mais on n'a jamais eu d'entreprises qui soient, et donc pas seulement Google mais les GAFA, qui soient aussi puissantes. Si vous prenez le chiffre d'affaires cumulé des GAFA, vous avez l'équivalent du PIB du Danemark, soit la quinzième puissance mondiale. Si vous prenez les réserves financières des GAFA, vous avez 123 milliards de dollars, c’est-à-dire de quoi acheter, grosso modo, les cinquante start-up les plus prometteuses et les plus innovantes. Vous avez un pouvoir énorme, et ça va effectivement bien plus loin, et c'est un petit peu ce que vous souligniez à travers votre remarque sur l'éthique, qui est qu'aujourd'hui le pouvoir de ces GAFA de façon générale c'est d’être la porte d'entrée du monde sur vous, sur l'individu, et la porte d'entrée de l'individu sur le monde.

Émilie Chaudet : Avec la collecte de données personnelles. Oui, c'est ça.

Olivier Babeau : Et donc, c'est être capable de contrôler, on pourrait dire, les deux côtés, et de ce contrôle que vous monétisez, vous tirez votre puissance financière mais aussi votre capacité d'influence.

Émilie Chaudet : Avant justement ces questions-là sur la e-santé, sur ces recherches-là, il y a aussi cette question, longtemps débattue, et encore débattue aujourd'hui, du droit à l'oubli, que ne respecte toujours pas Google. Il y a encore eu une plainte déposée aussi par l'UFC-Que Choisir, en France, par rapport à Facebook et à Twitter. Ce droit à l'oubli, fin juillet, la CNIL s'est fait signifier que ce droit à l'oubli ne serait pas respecté. Est-ce qu'il faut mettre au point un meilleur outil de répression ? Ou alors un meilleur outil de surveillance, permanent, pour faire plier Google ? Andréa Fradin ?

Andréa Fradin : Sur ce point il faut un petit peu nuancer parce qu'en plus le débat est très passionné. Ce qu'a dit Google à la CNIL française c'est : « Nous n’appliquerons pas votre vision du droit à l'oubli,

Émilie Chaudet : Au monde entier.

Andréa Fradin : Au monde entier ». Voilà, c'est ça. C'est-à-dire la Cour de justice européenne a dit : « Voilà, le droit à l'oubli c'est ça, vous avez la responsabilité de retirer des contenus suite à des plaintes ».

Émilie Chaudet : C'est-à-dire que moi si demain je demande à Google de supprimer du contenu me concernant sur internet, il peut le faire sur Google France.

Andréa Fradin : Voilà.

Émilie Chaudet : Mais si on se connecte en Allemagne, en Italie, aux États-Unis, en Amérique latine, on retrouvera ce contenu.

Andréa Fradin : Sur google.fr ce ne sera pas là. Mais si vous voulez vous mettre sur google.com, ou .de, ou point je ne sais quoi, ça apparaîtra. Et Google dit : « On ne peut pas se permettre d'appliquer cette vision des droits sur internet qui est proprement européenne, parce que c'est la porte ouverte à des demandes de régimes moins structurés, moins recommandables, plus dangereux, qui peuvent dire : "Eh bien voilà, nous on n'accepte pas des critiques, je ne sais pas, de notre roi, comme en Thaïlande par exemple, donc vous enlevez tout l'internet" ».

Émilie Chaudet : Ça c'est le directeur juridique de Google qui a dit ça. C'est ça ?

Andréa Fradin : Oui c'était sur le blog de Google. Il prenait l'exemple de la Thaïlande. Et, en même temps, ça se pose vraiment. Est-ce qu'il y a un droit universel d'internet ? Est-ce qu'il y a une cour internationale d'internet ? Non. Pour le moment ce n'est pas le cas.

Émilie Chaudet : Est-ce qu'il devrait y en avoir ?

Andréa Fradin : Je ne pense pas que ce soit souhaitable, tellement internet est flexible.

Benjamin Jean : Ce n'est pas dans l'esprit d'internet. Il faut, au contraire, être très décentralisé.

Émilie Chaudet : Olivier Babeau.

Olivier Babeau : Cette question du droit à l'oubli est effectivement compliquée. Moi, elle me fait tout de suite penser à 1984, et à la réécriture des journaux, enfin réécriture d'histoire.

Émilie Chaudet : Georges Orwell.

Olivier Babeau : Oui, Georges Orwell, évidemment. La question c'est jusqu’où vous devez oublier et quoi ? Peut-être que si vous avez fait, je ne sais pas, une erreur dans votre jeunesse, il y a prescription et donc, vous avez le droit à l'oubli, mais jusqu'à quand peut-on nier un fait historique, un fait qui devient un événement et qui, de fait, fait partie de l'histoire et, à ce moment-là, Google est obligé de le répercuter. Je trouve que ce débat, en tout cas, a le mérite d'attirer l'attention sur ce qui fait un petit peu le paradoxe de ces grandes plates-formes d'internet. On pourrait dire en apparence, et en réalité aussi, elles réalisent une formidable désintermédiation, puisque, à travers la plate-forme, vous avez la demande et l'offre qui vont se rencontrer comme aujourd'hui chez Uber, chez Airbnb, etc., et donc, au-delà des institutions et de tous les intermédiaires. Donc, en apparence, il y a, on pourrait dire, une sorte, carrément, d’hyper-démocratie qui peut se mettre en place. Mais, en réalité, cette plate-forme elle est toujours un filtre, elle est toujours une sélection de la réalité. Elle opère un filtre. Évidemment, le premier filtre c'est celui de la recherche qui ne vous donne pas la réalité d'internet. Il n'y a pas de réalité d'internet. Il vous donne un choix dans toutes les réponses qu'il peut y avoir aux questions que vous posez. Peut-être que le côté un petit peu pernicieux de ces grands plates-formes c'est qu'elles opèrent forcément un choix, mais qui ne dit jamais son nom et qui n’annonce pas la couleur. Et d'ailleurs personne ne connaît la nature de l’algorithme de Google.

Émilie Chaudet : Dans ce cas, allez-y, Andréa Fradin.

Andréa Fradin : Sur ce point, un autre point pernicieux qui montre la difficulté d'appréhender ces plates-formes et de leur imposer une forme de droit au niveau international ou régional, au niveau européen, au niveau national en France, c'est le fait que, en essayant de les responsabiliser comme l'a fait la Cour de justice européenne, on leur donne, en même temps, le pouvoir qu'on leur reproche. Parce que finalement, sur le droit à l'oubli, on dit : « Eh bien c'est Google qui tranche ». Et sur tout un tas d'autres sujets comme le retrait de contenus, on demande aux plates-formes de se responsabiliser et finalement de mettre un peu la casquette de justicier.

Émilie Chaudet : Et ce ne serait pas à elles de gérer cet aspect ?

Andréa Fradin : Mais si on fait ça, on leur donne, du coup, un pouvoir énorme, qui est à priori celui de l’État, tout en leur reprochant qu'elles ont déjà trop de pouvoirs. Donc ça montre bien la difficulté et la place qu'elles ont déjà, de fait.

Émilie Chaudet : Il y a aussi cette responsabilisation de l'utilisateur. La plainte d'UFC-Que Choisir, reprochait notamment à Facebook et à Twitter de faire des conditions générales d’utilisation, ce qu'on signe souvent avant d’utiliser un réseau social, avec des liens très flous, quarante, cent liens hypertextes dans un même texte. Ça aussi c'est à l’utilisateur de faire attention ? Ça tient à l’utilisateur de tout lire ? Ou alors, au contraire, est-ce qu'on doit réformer un petit peu, est-ce qu'on doit modifier ces textes-là ? Simplifier ? Rendre plus accessible, justement, plus transparent, cet aspect-là des réseaux sociaux ? Benjamin Jean.

Benjamin Jean : Plusieurs éléments de réponse. J'aurais tendance à dire que, d'une part, des acteurs comme Facebook, Twitter sont assez représentatifs de sociétés qui changent leurs CGU toutes les semaines ou tous les mois.

Émilie Chaudet : C'est le cas d'Apple, par exemple.

Benjamin Jean : De toutes façons, même si on les a lues une fois, un mois plus tard elles ont changé, et en se reconnectant, on les accepte à nouveau sans le savoir. Ça c'est ce qui est sur le papier.

Émilie Chaudet : Avec des changements parfois invisibles.

Benjamin Jean : Tout à fait. Ça c'est ce qui est sur le papier ce n'est pas nécessairement ce que le juge retiendrait pour finir, parce qu'il y a quand même un droit qui protège le consommateur et qui protège l'internaute. Est-ce qu'il faut que la loi impose un certain comportement aux plates-formes ? Alors peut-être. On pourrait très bien, effectivement, il y a des lois qui contraignent tous les acteurs d'internet, qui obligent à ce que les mentions légales soient affichées d'une certaine manière, à certains endroits. Pourquoi pas ? On pourrait rajouter les aspects aux conditions générales d'utilisation. Là je vous rejoins entièrement quand vous dites que l'utilisateur, lui-même, doit se sentir concerné. Je pense que c'est aux internautes, aux personnes qui choisissent telle ou telle plate-forme, tel ou tel outil, de choisir, peut-être, la plate-forme (ou l'outil) qui lui paraît la plus respectueuse de ses besoins, de ses volontés, de ses droits, de ses libertés. Et là, actuellement, les gens ne le font pas.

Émilie Chaudet : Andréa Fradin.

Andréa Fradin : En même temps, le vrai souci, et qu'on voit particulièrement depuis les révélations d'Edward Snowden sur la surveillance de masse mise en place par les États-Unis, c'est que les gens qui ne sont pas vraiment intéressés par les sujets numériques s'en fichent de ces questions.

Benjamin Jean : Oui.

Andréa Fradin : Et ça, c'est terrible. À chaque fois qu'on écrit un article sur le sujet, on va toujours avoir : « On s'en fiche. Je n'ai rien à cacher. On le savait déjà ». Et en fait, les gens ne veulent pas changer. J'ai le souvenir d'une anecdote très marquante : une ancienne collègue qui avait amené sa mère, une ancienne prof, à une conférence de hackers, donc vraiment la collusion de deux mondes. Et les hackers lui expliquaient l'importance de la vie privée.

Émilie Chaudet : Des pirates informatiques.

Andréa Fradin : Oui, voilà, des gens qui bidouillent le code et qui savent comment marchent toutes ces machines.

Benjamin Jean : Pas forcément des pirates.

Émilie Chaudet : D'accord.

Benjamin Jean : Des spécialistes.

Andréa Fradin : Ceux qui savent comment ça marche, disons.

Émilie Chaudet : D'accord.

Andréa Fradin :Et donc, qui expliquaient l'importance de la vie privée, l'importance de choisir les bons logiciels, les bons services en ligne, etc. Et à la fin de la conférence, tout le monde attendait un petit peu une espèce d'épiphanie chez cette dame, qu'elle n'a pas eue. En fait, elle a dit à la fin : « Eh bien non, s'il y a un système alternatif à Microsoft ou à Google tout aussi pratique, tout aussi confortable, tout aussi gratuit et je ne sais quoi, je n'irai pas ». Donc il n'y a pas de demande, en fait, dans le grand public, c'est peut-être ça le problème.

Émilie Chaudet : Olivier Babeau.

Olivier Babeau : Oui. Là on est au cœur du reproche principal qui est fait aux GAFA, en fait, c'est de monétiser nos données, volées à notre insu, prises, captées à notre insu.

Émilie Chaudet : Alors qu'elles sont souvent données par les utilisateurs, en signant.

Olivier Babeau : Alors qu'effectivement elles sont données en totale indifférence, mais souvent en totale ignorance aussi, parce que non seulement vous donnez, je ne sais pas, votre nom, votre date de naissance, mais en plus, le site va souvent capter, par exemple, votre comportement on-line en dehors de ce que vous faites sur sa propre… Et ça, on ne le sait pas, en général. Si on parle peut-être des mesures, ou des règles à mettre en place, je ne suis pas le seul à le dire, mais il y aurait quelque chose à mettre en place comme une forme d'opt-in, c'est-à-dire le fait que vous devez, pour accepter qu'on prenne vos données et qu'on suive vos données, faire une acceptation. Alors qu'aujourd'hui c'est plutôt, à la limite c'est plutôt l'opt-out, c’est-à-dire vous pouvez essayer, si vous faites beaucoup d'efforts, vous pouvez essayer de refuser le suivi.

Émilie Chaudet : Allez-y, Benjamin Jean.

Benjamin Jean : Le régime que vous évoquez c'est celui de la loi Informatique et Libertés, mais qui ne concerne que les données à caractère personnel. Et là, en l’occurrence, on a des données qui ne sont pas nécessairement à caractère personnel, ou qui sont considérées comme telles, ce qui leur permet de ne pas être dans l'opt-in, mais effectivement je vous rejoins tout à fait sur ce raisonnement.

Voix off : France Culture. Du Grain à moudre d'été. Émilie Chaudet.

Émilie Chaudet : Peut-on dégoogliser internet ? C'est la question qu'on essaye de se poser, à laquelle on tente de répondre, plutôt, ce soir, avec vous Andréa Fradin, journaliste à Rue89, Benjamin Jean de l'association Framasoft, juriste par ailleurs, et vous, Olivier Babeau, consultant en stratégie. En fait, je me souviens d'un mot d'Erwan Le Noan, un de vos confrères, sûrement que vous connaissez.

Olivier Babeau : Oui, je connais.

Émilie Chaudet : Qui a écrit dans une tribune : « La Commission européenne est critiquée sur son mode d’action. La Commission européenne invoque le droit à la concurrence pour sanctionner Google, là où elle devrait essayer de le contrôler ». Est-ce que c'est votre avis aussi à tous ? Est-ce que la Commission européenne, telle qu'elle se conduit maintenant, devrait plutôt se concentrer sur un contrôle, plutôt qu'à une éventuelle sanction ? Andréa Fradin.

Andréa Fradin : En même temps, c'est ce qu'elle amorce là. Elle pousse, par ses griefs, Google à faire des propositions, à formuler des propositions.

Émilie Chaudet : Est-ce qu'il n'est pas trop tard, justement ? Est-ce que Google n'a pas pris un peu trop d'avance ?

Andréa Fradin : En même temps, la loi, le contrôle, les sanctions, c’est toujours après et toujours trop tard. Donc, je pense que sur ça on n’arrivera jamais à prendre l'avance sur les innovations et les entreprises. Je pense que la Commission européenne, en formulant ses griefs, a quand même mis un gros coup de pression. Les eurodéputés ont fait de même en appelant, très symboliquement, puisqu'ils n'ont pas de pouvoir sur ce sujet, au démantèlement des services de Google, sans le mentionner explicitement, mais tout le monde savait qu'il s'agissait de Google. Je pense que la pression est là et d'ailleurs, le fait que Google ait formulé des propositions prouve qu'ils le prennent très au sérieux.

Émilie Chaudet : Olivier Babeau.

Olivier Babeau : On pourrait dire qu'il y a deux visions. L'une, on pourrait dire, légalise, qui dit qu'il faut peut-être, à la limite, démembrer Google comme autrefois la Standard Oil de Rockefeller, au début du 20e siècle. D'ailleurs beaucoup de gens l'invoquent. Il y a eu un vote du Parlement européen à ce sujet, que n'a pas repris la commission. La deuxième vision, et c'est peut-être personnellement celle que je partage plus, c'est de faire confiance à la concurrence justement, et de dire qu'il n'y a pas non plus d'exemple, dans l'histoire, d’entreprises qui aient réussi à survivre à leur cycle économique, au cycle économique qui les avait fait battre. Si on regarde Google, ils ont eu des revers, ils ont complètement loupé le tournant des réseaux sociaux.

Émilie Chaudet : Google +, qui n'a pas marché.

Olivier Babeau : Ils ont loupé les applications, ils ont beau être dominants avec Android, en réalité, de plus en plus de trafic leur échappe. En fait, le moteur de recherche est en train de diminuer en importance. D'abord, il faut se souvenir, ils ont 90 % en France, mais, au niveau mondial, ils n'ont que 60 %. Ils ne sont pas leaders en Russie et en Chine.

Émilie Chaudet : Et qui sont ses principaux concurrents, justement ?

Olivier Babeau : En Chine, par exemple, c'est Baidu.

Émilie Chaudet : Les locaux.

Olivier Babeau : Mais il faut savoir qu'aujourd'hui les gens arrivent sur des contenus, par exemple des vidéos, non pas à travers le moteur, mais à travers des réseaux sociaux, par exemple Facebook. Donc ils ont loupé des trucs. Google, probablement, est aussi mortelle que les autres entreprises.

Émilie Chaudet : Andréa Fradin.

Andréa Fradin : Mais en même temps ça n'a pas d'impact sur eux. L'échec cuisant de Google +, et d'ailleurs je crois que là c'est la fin de la fin.

Émilie Chaudet : Le réseau social lancé par Google.

Andréa Fradin : Voilà qui devait concurrencer Facebook, n'a pas du tout ébranlé Google, en quoi que ce soit. Justement, ce que je disais plus tôt, le fait que les fondateurs aient bien ça en tête, on voit qu'ils ont la hantise de voir leur boîte s'effondrer et mourir, et le fait qu'ils investissent comme ça dans la robotique, dans la maison connectée, dans la voiture sans pilote, enfin tout ça, prouve qu'ils essaient, justement, de survivre et de, sans arrêt, relancer l’intérêt, l'innovation. C'est vraiment une grande obsession et c'est peut-être la nouveauté par rapport, à l'époque, à Microsoft.

Émilie Chaudet : Benjamin Jean.

Benjamin Jean : Pareil. Si je peux rebondir sur votre remarque, pour moi le droit à la concurrence c'est de la régulation, c'est du contrôle. C'est-à-dire qu'on est vraiment dans cette action de la part de la Commission européenne et, ce qui me semble important, et tout le monde en parle comme ça, c'est de dé-personnifier Google, mais peut-être que demain ça ne sera plus Google. Ce qui est important c'est de limiter ce type d'acteur, en tout cas d'organisation, qui grossit, qui peut avoir un effet pervers sur le marché et sur nos libertés, sur notre éthique. Ce sont des sujets qu'on pourra évoquer. N'importe qui pourrait prendre la place de Google demain, il devrait, lui-même, être régulé, ou, en tout cas, on devrait encadrer. C'est notre position.

Émilie Chaudet : Olivier Babeau.

Olivier Babeau : Oui. Je ne veux pas me faire l'avocat du diable, et le diable aujourd'hui, évidemment, c'est Google, contrairement à ce qu'ils prétendent, Don't be evil, mais ça, c'est une sorte d'antiphrase.

Émilie Chaudet : Don't be evil, c'est la devise de Google.

Olivier Babeau : Aujourd'hui c'est le grand Satan numérique.

Émilie Chaudet : Ne soyez pas mesquin, ne soyez pas méchant.

Olivier Babeau : Voilà. En fait, le combat anti Google revient très souvent, une sorte d'invocation apotropaïque, vous savez, une sorte d'exorcisme. Mais en réalité, tuer Google ne serait pas tuer les problèmes de l'internet et ne serait pas résoudre les problèmes. Parce que les problèmes, en gros, il y en a trois. Les grands enjeux de ce siècle, c'est quoi ? C'est l'enjeu économique parce qu'on a, effectivement, des transformations des façons de travailler, très concrètement un recul, par exemple, de la forme du CDI traditionnel, avec les nouvelles formes de collaboration. En termes politiques, c'est évidemment la surveillance généralisée, la société panoptique qui est en train de se mettre en place, qui, entre parenthèses, est plus le fait, au moins autant le fait, disons, par des entités publiques et des États que des sociétés privées.

Émilie Chaudet : Disons que ça se fait main dans la main.

Olivier Babeau : D'ailleurs, les sociétés privées qui développent aujourd'hui des formules de cryptage sur le téléphone sont critiquées par les États, notamment la Grande-Bretagne, parce que justement ce cryptage ne leur permet pas de les écouter. Donc aujourd'hui qui est du côté de la confidentialité de la vie privée, ce n'est pas le public, c'est plutôt le privé. Et le troisième grand enjeu, évidemment, c'est un enjeu civilisationnel, sur lequel Google est très engagé, c'est l'enjeu de l’intelligence artificielle. Lisez Laurent Alexandre, La mort de la mort, tous ces auteurs futurologues qui décrivent ça de façon assez saisissante : un camp transhumaniste, c'est-à-dire des gens qui sont partisans de l’application à l'humanité de toutes les avancées scientifiques, un camp transhumaniste qui est très clairement incarné, aujourd'hui, par Google.

Émilie Chaudet : Benjamin Jean vous disiez à l'instant qu'on ne réglerait pas le problème en remplaçant Google, ce à quoi nos autres invités ont répondu qu'ils étaient d'accord. Chez Framasoft, vous, vous travaillez sur l'élaboration, le développement, d'un autre moteur de recherche, autre que Google, une alternative à Google. Vous allez nous en dire plus dans un instant. Vous travaillez aussi sur des alternatives de réseaux sociaux tels que Facebook, Skype aussi. Est-ce que ces recherches ont été menées parce qu'il y avait un vide face à l'impuissance des États, justement ? Qu'est-ce qui a motivé ces recherches d'alternatives ?

Benjamin Jean : Je dirais qu'on n'est même pas allé jusqu'au concept d'impuissance des États, ce n'était vraiment pas notre préoccupation. On est un réseau qui date des années 2000, un réseau de projets collaboratifs, éducation populaire autour de la culture libre, du logiciel libre, et, à la base on est, effectivement, très centré sur le logiciel et au fur et à mesure on a évolué. Notre constat c'était qu'avec internet et avec tous ces nouveaux acteurs qui proposent du service sur internet, mais on n'est plus dans l'ère du logiciel qu'on irait acheter dans les grandes surfaces. Maintenant on se connecte, on appuie trois fois sur accept, et ça y est on est connecté à un nouveau service et la moitié de notre vie est déjà sur ce service-là. Nous, devant ce constat des usages en fait, qu'internet génère, on a lancé l'an dernier, en 2014, une campagne qui s'appelle « Dégooglisons Internet ». L'idée de cette campagne c’était surtout de sensibiliser, de montrer qu'internet et le développement d'acteurs de type Google, c'est pour ça qu'on a parlé de « Dégooglisons Internet », mais c'est beaucoup plus large, c'est YouTube, c'est Facebook, on les a déjà évoqués. Je rajoute volontiers Microsoft dans le GAFAM. Donc c'est tous ces gros acteurs. Cet internet a de vrais dangers pour l'utilisateur, vraiment. On ne parle pas tant de la technique, on parle de l'utilisateur, du service.

Émilie Chaudet : Un danger qui se situe au niveau du fait de confier des données très personnelles ?

Benjamin Jean : C'est ça. On en a parlé : c'est l'espionnage. C'est la centralisation : on va tous se retrouver chez un seul. C'est l'éthique. C'est la liberté aussi : est-ce qu'on peut sortir facilement de tout ça ? Nous, face à ces différents enjeux, ces dangers, on a essayé de proposer des réponses qui sont la liberté, la décentralisation, l'éthique, justement, au profit des utilisateurs. Et donc, devant ce constat des dangers et des réponses que pouvaient apporter certains logiciels libres, on a mis, face à chaque service ou projet de Google ou de Facebook utilisé massivement, des alternatives libres, open source, que chacun peut télécharger, installer chez soi, mais aussi tester chez nous.

Émilie Chaudet : Code source ouvert ? Que les gens peuvent ? Donc le code source ouvert c'est quand les gens peuvent venir prendre des données, en ajouter d'autres pour améliorer un service.

Benjamin Jean : Exactement. L'idée, en fait, du logiciel libre c'est que lorsqu'on achète le logiciel ou lorsqu'on le télécharge, on a la recette à côté. C'est-à-dire que, d'une part, on sait ce qu'il y a dedans, mais en plus on peut le reconstruire, voire le modifier si jamais on préfère le faire d'une autre façon. C'est vraiment la base du logiciel libre, sans rentrer dans les détails. Donc tous les services qu'on propose s'appuient sur ces logiciels-là et en plus, on documente toute l'installation qui permet à chacun de la faire chez soi, ou au sein de sa propre organisation. Donc, on n'a pas vocation à remplacer Google. L'idée ce n'est pas de dire « allez chez Framasoft plutôt que d'aller chez Google ».

Émilie Chaudet : C'est d'offrir un service, du coup, pour lequel vous vantez une certaine transparence ?

Benjamin Jean : Montrer une alternative, montrer une autre façon. Oui, c'est ça, montrer une autre façon que d'utiliser tous ces services centralisés, que Google symptomatise très bien mais, encore une fois, ce ne sont pas les seuls, et permettre ensuite à chacun de le faire chez soi, ou de le faire au sein de son organisation, ou de prôner l'usage auprès de ses proches.

Émilie Chaudet : Ces moteurs de recherche sont déjà actifs ? Il y a déjà des utilisateurs, de fait.

Benjamin Jean : C'est ça. On a un moteur de recherche, on peut aller sur trouvons.org. Le mieux, je dirais, c'est d'aller sur le site degooglisons–internet.org, où vous avez l'ensemble des services qui sont proposés avec aussi tous les enjeux derrière ça. Et un état, c'est-à-dire les projets qui sont mis en place au fur et à mesure.

Émilie Chaudet : Vous dites que le message n'est pas de dire « n'allez plus chez Google », mais, quand même, degooglisons-internet.org, c'est un message assez fort.

Benjamin Jean : Oui, c'est fort. Mais aussi parce qu'on est dans la vulgarisation. Soyons lucides. La première difficulté c'est de faire comprendre à chacun l'enjeu de penser autrement que ce qu'on nous propose. Quand on achète un téléphone, on n'a pas tellement le choix, on a le choix entre différents téléphones. Mais si on regarde l'usage que nous permet de faire le téléphone, les fonctionnalités qui nous sont apportées, on n'a pas vraiment le choix. On a des applications qui sont déjà installées, des fonctionnalités qui sont apportées et c'est dur d'en sortir.

Émilie Chaudet : Olivier Babeau, vous vouliez réagir.

Olivier Babeau : Oui. Ce sont des initiatives très intéressantes. Il faut se souvenir que Google est une entreprise qui est arrivée tard dans l’histoire d'internet, elle est créée en 98. Pourquoi elle a réussi face à, par exemple, un Altavista qui était déjà un acteur en place. Donc ce n'est pas the first, du tout, le premier arrivant sur le marché.

Émilie Chaudet : Pourquoi a-t-elle mieux réussi que les autres ?

Olivier Babeau : Il y a plusieurs explications. Parce que ses réponses étaient plus pertinentes, en gros. Le service était meilleur. On dit aussi qu'il était beaucoup plus simple, parce que le fameux rectangle blanc, il y a un côté magique : vous y mettez votre question, il vous donne une réponse. Alors qu'à l'époque Yahoo, Altavista étaient dans une logique, dans une espèce…

Benjamin Jean : D’annuaire.

Olivier Babeau : D'annuaire, c’était totalement illisible. Le génie de Google c'est d'arriver avec juste son rectangle. Mais en tout cas, il y avait une offre qui avait une meilleure qualité. Et probablement, la meilleure réponse qu'on puisse faire à Google, si on n'est pas du côté des partisans du démantèlement, c'est de dire « eh bien proposons quelque chose de mieux ». Regardez un moteur français, tel que Qwant, par exemple : l'année dernière un milliard de requêtes. Il est parti de rien, il y a peu de temps. Ça veut dire que quand on a moteur qui arrive à apporter des réponses plus pertinentes, ou qui correspondent plus aux besoins des consommateurs, à ce moment-là vous avez une demande. Cela étant, ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas un problème culturel dans le fait que les gens… Il faudrait, idéalement, que le besoin, on pourrait dire, de protection de sa vie privée devienne une part importante de la demande des consommateurs.

Émilie Chaudet : La solution n'est donc pas forcément juridique.

Benjamin Jean : Je pense qu'elle n'est pas seulement juridique, c'est totalement illusoire de le penser.

Émilie Chaudet : Andréa Fradin.

Andréa Fradin : Il y a tout un tas de facteurs, effectivement, et malheureusement, j’ai envie de croire que la seule innovation permettra de faire germer le futur Google et la future grosse multinationale du Net de demain. Mais j'ai du mal à y croire parce que, comme je disais tout à l'heure, Google met quand même en place tout un ensemble de barrières pour empêcher les futures pousses d'arriver sur le marché, notamment en les achetant très vite. Les acquisitions de Google, c'est juste monstrueux.

Émilie Chaudet : Vous pensez à quelles entreprises, par exemple ?

Andréa Fradin : Les dernières qu'ils ont eues : Nest sur les objets connectés, il y a eu Boston Dynamics dans la robotique. Il y en a eu tout un tas. Je crois qu'il y a cent cinquante, depuis le début de Google, et ils ont commencé très très tôt.

Olivier Babeau : Il y avait avant Waze, YouTube.

Andréa Fradin : Voilà. Il y a eu Motorola aussi. Ils ont acheté, je crois, cent cinquante start-up, ou entreprises confirmées, depuis le début de leur histoire. C'est énorme, et encore, ce n'est que le chiffre connu, parce qu'il y a toutes celles dont les deals ont été tus. C'est absolument énorme, et donc ils phagocytent, comme ça, pour ne pas, justement, se laisser concurrencer. Bien sûr, il y aura toujours la possibilité d'une innovation de, comme pour Google, des génies dans leur garage qui font un truc super, qui marche, meilleur, plus ergonomique, plus séduisant pour les utilisateurs. Mais là, quand même, il y a un effet de réseau qui fait qu'on est tous soit chez Facebook, soit chez Twitter, soit chez Google. Basculer sur un autre service ? Ah, ça demande quand même du temps, quoi. Il n'y a pas les copains, il n'y a pas la famille, donc c'est un peu embêtant. Et de la même façon, comme je disais plus tôt, il y a aussi un problème chez le grand public qui ne s'intéresse pas à ces questions Ça n'intéresse pas forcément la question de la vie privée, la nécessité de basculer. L’initiative de Framasoft, je la trouve géniale, mais il faudrait la diffuser auprès du grand public, pour concurrencer, effectivement, ces géants.

Émilie Chaudet : Olivier Babeau.

Olivier Babeau : Moi je partage un peu vos doutes. Mais, vous savez, il y a eu cette fameuse théorie de Huntington sur la fin des civilisations qui depuis, a été un peu battue en brèche. Mais penser que Google sera toujours Google c'est un peu penser à la fin de l'économie ou à la fin de l'histoire économique. Ça j'ai du mal à y croire, personnellement. Moi, je suis comme vous, je partage vos doutes. Mais ce que je constate, tout de même, en revanche, c'est que le coût d’entrée dans un métier, grâce à internet et grâce au numérique, justement à cause d'effets de réseaux et puis des coûts marginaux nuls, etc., et puis du cloud computing, le coût d'entrée est devenu extrêmement faible. Donc vous n'avez plus besoin de beaucoup de capitaux pour vous créer. C'est bien pour ça, d’ailleurs, qu'effectivement Google rachète des start-up qui se sont créées, la plupart du temps, dans des garages, dans des piaules d'étudiants. Ils le savent. C'est vrai qu’ils ont cette capacité à racheter, mais ça ne veut pas dire que les choses n'émergent pas en dehors d'eux, en dehors. En fait, ça émerge de facto, aujourd'hui encore, en dehors d'eux.

Émilie Chaudet : Ce que disait Andréa Fradin sur justement cet appétit de Google pour les petites entreprises qu'elle rachète, cette presque autosuffisance, on pourrait dire, est-ce que ça ne peut pas aboutir, à terme, justement, à son auto destruction, si on emploie des mots très radicaux ? Andréa Fradin.

Andréa Fradin : Je crois que c'est ce qu'ils redoutent. C'est pour ça qu'ils n’arrêtent pas de se restructurer, d'essayer de retrouver cette flexibilité des débuts, des petites organisations, qu'ils ne pourront jamais ravoir. Ils ne sont plus les trublions du secteur malgré l'image qu’ils veulent donner. Ce sont les nouveaux géants, c'est le nouveau monopole, ce sont ceux qu'il faut aller détrôner, clairement.

Émilie Chaudet : En attendant cette fin programmée de Google, on a parlé beaucoup de la responsabilité des États, de la responsabilité des consommateurs, et des différences culturelles aussi, que ça peut impliquer d'un pays à l'autre. Comment est-ce qu'on peut synthétiser ? Comment est-ce qu'on peut homogénéiser tout ça ? Vous disiez, tout à l'heure, qu'une cour internationale de l'internet ne serait pas souhaitable. Mais alors comment, en attendant, on peut régulariser, imposer des réglementations à Google ? Rapidement, en guise de conclusion. Andréa Fradin.

Andréa Fradin : C'est extrêmement complexe. J'en discutais récemment avec Bertrand de la Chapelle, un ancien du conseil d’administration de l'ICANN, un diplomate qui essaie de réfléchir à ces questions dans un nouveau projet, qui s'appelle « Internet et Juridiction », qui est très intéressant, qui essaie de combler, justement, ce fossé entre des juridictions en France, aux États-Unis, enfin bref dans tous les pays, et aussi dans des régions comme l'Europe, par exemple, qui sont lourdes, qui demandent beaucoup d’années et beaucoup d'argent, et qui ne sont pas adaptées au temps d'internet, et, de l'autre côté, des règlements qui sont faits sur le tas parce qu'il fallait bien trouver des solutions entre les pays et les plates-formes. Par exemple, quand la France demande à Twitter de gérer le hashtag « un bon juif », et du coup ça c’est opaque, c'est informel, on ne sait pas trop pourquoi des contenus sont retirés. Donc on essaie de trouver une solution, mais c'est très marginal.

Émilie Chaudet : Eh bien, merci beaucoup à vous trois d'avoir été avec nous ce soir. Andréa Fradin, journaliste, Olivier Babeau, consultant en stratégie et Benjamin Jean, juriste et membre de Framasoft. Peut-on dégoogliser Internet ? C'est la question à laquelle nous avons tenté de répondre ce soir. Demain on se retrouve avec une tout autre question : « Dans quelle guerre la Turquie s'engage-t-elle ? ». Très bonne soirée à tous et à demain.

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Peut-on dégoogliser internet? - France Culture - Émission Du grain à moudre d'été 2015  Voir?


olivier andrea et benjamin

Présentation

Titre : Peut-on dégoogliser internet ?
Intervenants : Andréa Fradin - Benjamin Jean - Olivier Babeau - Émilie Chaudet
Lieu : France Culture - Émission Du grain à moudre d'été
Date : Août 2015
Durée : 44 min
Licence : Verbatim
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Transcription

Émilie Chaudet : Bonsoir à toutes et à tous. Bienvenue dans Du Grain à moudre d'été, une émission préparée par Fanny Richez, Catherine Donné, Virginie Leduault et Marie Vidal, réalisée par Lise Côme, accompagnée ce soir à la technique de Clément Datté.

« Google est ». Si vous tapez juste ça sur le moteur de recherche en question, votre phrase se complète automatiquement, sur votre écran : « Google est un moteur de recherche », ou « Google est ton ami ». Maintenant, tapez « Google est un », vous tombez très vite sur une femme ou un dieu. Et je vous passe encore la tentative d'une recherche « Google est trop », un sursaut fantasmé, un brin mégalo, qui donne une idée de la position que se donne la firme à l'échelle du monde, celle d'une entreprise qui jouit de plus en plus d'un contrôle sur la vie privée des internautes et qui se donne pour objectif de contrôler la vie tout court. En effet, la restructuration de la firme qui s'appelle donc Alphabet depuis une semaine, nous rappelle que Google n'est pas qu'un moteur de recherche, une messagerie ou un réseau social. C'est une entreprise de plus de 53 000 salariés qui travaillent aussi à la création et au développement de voitures sans chauffeur, de remèdes contre des maladies graves, tout comme Facebook ou Amazon. Une fois qu'on a dit ça, une question se pose : qui les contrôle ces entreprises ? Qui ? Quelle instance peut leur imposer des limites professionnelles, éthiques, les contraindre à un meilleur respect de la vie privée de leurs usagers ? Et ces questions se posent d'autant plus que Google, qui devait répondre aujourd'hui à des griefs de la Commission européenne pour abus de position dominante, vient, une fois de plus, de repousser ce délai à la fin du mois d’août. Alors peut-on dégoogliser Internet ? Ou, en tout cas, limiter, réglementer le pouvoir de Google sur le Web ? C'est notre sujet du jour.

Et pour en parler j'ai le plaisir de recevoir trois invités. Andréa Fradin, bonsoir.

Andréa Fradin : Bonsoir.

Émilie Chaudet : Vous êtes journaliste pour le site d'information Rue89, spécialiste des questions numériques. À côté de vous, Benjamin Jean, bonsoir.

Benjamin Jean : Bonsoir.

Émilie Chaudet : Vous êtes juriste, spécialisé en propriété intellectuelle et vous êtes membre de Framasoft, une association qui promeut, entre autres, le logiciel libre et qui tente de mettre au point des plates-formes alternatives à Google, Facebook, Twitter ou Skype. Nous y reviendrons, bien sûr, dans le courant de cette émission. Et avec vous, en face de vous, pour discuter, Olivier Babeau, bonsoir.

Olivier Babeau : Bonsoir.

Émilie Chaudet : Vous êtes professeur de stratégie d’entreprise à l’université de Bordeaux et vous êtes, également, membre du Conseil scientifique de l'institut pour la Souveraineté numérique. Vous êtes une vingtaine dans ce comité, je crois. C'est une association qui compte une vingtaine, enfin une vingtaine de personnes au sein de ce comité, peut-être plus en réalité. C'est ça ?

Olivier Babeau : Oui, il y a peut-être une vingtaine de participants très actifs et puis après toute une myriade de participants qui apportent leur savoir et leur intérêt.

Émilie Chaudet : En tout cas cet institut tente de sensibiliser les citoyens et les entreprises sur la protection de nos données et de proposer des actions juridiques en ce sens ; nous aurons, d'ailleurs, l’occasion d'en reparler aussi. Nous avons mis l'accent, aussi bien dans le titre que dans l'introduction de cette émission, sur Google, car c'est cette filiale qui est aujourd'hui dans le collimateur de la Commission européenne et au centre de l'actualité, mais nous allons, bien sûr, aborder ces questions aussi à travers les cas de Twitter, de Facebook, d'Apple, d'Amazon, etc.

Google devait répondre aux griefs de la Commission européenne, à la fin du mois de juin, des griefs dans le cadre d’une enquête de cette Commission pour abus de position dominante. Le délai d'une réponse imparti à Google a été repoussé une première fois et les dirigeants de la société devaient donc livrer leur argumentaire aujourd'hui. Or, la semaine dernière, un délai leur a été de nouveau accordé. Ils ont maintenant jusqu'au 31 août pour répondre à ces griefs. Alors, qu'est-ce que ce déroulé à rallonge de cette procédure juridique dit du pouvoir de Google, de son image d'intouchable, face aux institutions qui lui demandent des comptes ? Benjamin Jean.

Benjamin Jean : C'est une grande question. Le premier élément de réponse c'est, qu'effectivement, Google est une organisation qui produit des services qui remplissent des besoins, déjà, qui répondent aux attentes des utilisateurs, des internautes, et je pense que Google, en cela, a innové sur internet. La difficulté c'est que, de part leur position qui devient, effectivement, de plus en plus dominante, on en est venu à se demander s'il n'y avait pas abus possible de cette position et c’était toute la crainte et les raisons de l’enquête menée par la Commission européenne. Oui.

Émilie Chaudet : Olivier Babeau.

Olivier Babeau : Il ne faut pas confondre deux choses. En fait, il y a la position dominante qui est un fait incontestable et l'abus. C'est l'abus qui est incriminé en l'occurrence. La longueur de la procédure n'est pas très étonnante, si on se souvient de celle de Microsoft. Elle avait duré 13 ans entre 2000 et 2013 et à l'issue de laquelle ils avaient été condamnés à quasiment six cents…

Émilie Chaudet : Plus que ça.

Andréa Fradin : Deux milliards d'euros. Il y a eu deux milliards d'euros d'amende au total.

Émilie Chaudet : Il y a eu plusieurs amendes.

Olivier Babeau : Il y a eu plusieurs amendes, effectivement, au titre d'Internet Explorer, ils avaient eu une amende extrêmement importante. Ça avait quand même duré treize ans. Ici finalement, on aura été sur une durée, si je ne me trompe pas, un peu inférieure, en fait.

Émilie Chaudet : Pour le moment on est à cinq ans, à peu près.

Olivier Babeau : Voilà. C'est relativement rapide.

Andréa Fradin : Ça peut durer encore !

Olivier Babeau : Pour une procédure qui est quand même extrêmement complexe.

Émilie Chaudet : Justement, Andréa, sur cette question, vous vouliez rajouter quelque chose ?

Andréa Fradin : Oui. Moi je suis tout à fait d'accord. C'est un peu l’histoire qui se répète. Et, à mon sens, Google aimerait bien arriver à ce que Microsoft a réussi à avoir aux États-Unis. Parce qu'il faut bien se rappeler que si Microsoft a été condamnée à deux milliards, ce qui n'est pas grand-chose quand on regarde les chiffres d'affaires. Là Google, je crois, encourt en gros, une amende équivalente à maximum 10 % de son chiffre d'affaires, ce qui fait, en gros, six milliards, sur soixante milliards de chiffre d'affaires ça fait beaucoup pour nous autres, mais pour une entreprise comme Google, ce n'est pas si énorme. Mais il faut bien voir que Microsoft, par exemple aux États-Unis dans les années 2000, s’était fait condamner, puis après avait réussi à trouver un accord avec le Département de justice américain, l'équivalent de notre ministère de la justice. Je pense que Google, et d’ailleurs ils ont fait des propositions en ce sens pour le moment refusées, cherche à trouver un accord avec la Commission européenne pour, justement, préserver son image en Europe déjà très écornée et ensuite, essayer de s'en tirer sans faire trop de vagues.

Émilie Chaudet : Mais justement est-ce que Google peut trouver un accord quand on voit le nombre de plaintes qui ont déjà été déposées à son encontre, que ce soit en France ou dans d'autres pays d'Europe ? Olivier Babeau.

Olivier Babeau : En fait, si on regarde l'affaire de la procédure, le détail de la procédure, mais sans, effectivement, rentrer trop dans la complexité de ce qui s'est passé, mais, à un moment donné Jochim Almunia, qui était l'ancien commissaire à la concurrence, avait failli accepter les conditions qui avaient été proposées.

Émilie Chaudet : D’ailleurs je rappelle juste que cet abus de position dominante, ça consiste, pour expliquer un petit peu à nos auditeurs que, en fait Google est accusé de faire sortir.

Olivier Babeau : De favoriser ses services.

Émilie Chaudet : De favoriser ses services.

Olivier Babeau : Dans le moteur de recherche.

Émilie Chaudet : Si on tape une recherche sur Google

Olivier Babeau : Qui est son produit, c'est un de ses produits au milieu de centaines d'autres, mais c'est son produit phare.

Émilie Chaudet : Et on tombe sur des services produits par Google.

Olivier Babeau : L'idée en gros, ce serait qu'il favorise ses propres services.

Andréa Fradin : Plus précisément, Google Shopping, je crois.

Olivier Babeau : Comparateur de prix, tout à fait.

Andréa Fradin : Au lieu de mettre par exemple, je ne sais pas, quel autre service, Amazon, ou eBay, ou je ne sais quoi d'autre, on voit ressortir, quand on fait une recherche, en premier, en exergue, comme par hasard, les services de Google, et c'est ce que met en cause la Commission.

Émilie Chaudet : Benjamin Jean.

Benjamin Jean : Et d’ailleurs, pour re-contextualiser aussi, au regard de la première affaire qui concernait Microsoft, effectivement, Microsoft a été condamnée, mais son concurrent Netscape était mort depuis de nombreuse années au moment où Microsoft a été condamnée. C'est là où on voit que le temps a un effet certain.

Olivier Babeau : Le temps de la justice n'est pas celui des affaires.

Benjamin Jean : Exactement.

Olivier Babeau : Et c'est probablement ce sur quoi les grandes sociétés, de façon générale, jouent et Google, en particulier, ils savent parfaitement qu'ils peuvent faire bouger les lignes de façon considérable, le temps que toute la machine judiciaire se mette en marche. Et donc, quand arrive la sanction, si elle est importante, parce que si on regarde la sanction de la Cnil, 50 000 euros à l’encontre de Google, qui était le maximum légal, 50 000 euros évidemment pour Google ce n’était pas grand-chose, quand arrive la sanction, en fait, ils ont déjà réussi à faire bouger les lignes, de fait. La stratégie à mon avis, elle est assez assumée. Ce n'est pas propre à Google, c'est propre à la plupart des grosses entreprises.

Émilie Chaudet : Mais justement, la question qui se pose là, tout de suite, c'est pourquoi Google demeure intouchable là-dessus, alors que Microsoft a quand même réussi au terme de dix ans certes, mais quand même, à être condamnée, et jusqu’à quand Google peut gagner comme ça du temps, petit à petit, de report en report ?

Andréa Fradin : Effectivement Microsoft ça a pris extrêmement de temps, beaucoup de temps, alors que l'affaire était, selon les juristes qui ont examiné le cas, beaucoup plus simple. Là, la ligne de défense de Google se tient finalement. Ce que dit Eric Schmidt, il l'a encore répété il y a quelques mois, il ne force personne à aller sur le moteur de recherche. La concurrence est à un clic, comme il le dit et, comme vous l'avez très bien rappelé, finalement il y a une demande. Quand on parle de Google, comme ça, on a l'impression qu'on met le couteau sous la gorge des utilisateurs, de l'internaute, en les forçant à aller sur Google ou Facebook ou autre chose. Mais ce n'est pas le cas. Il y a une véritable demande et, finalement, les gens tant qu'on leur offre un service qui leur convient, ils y vont, ils ne vont pas se poser la question, et c'est peut-être ça le problème aussi.

Émilie Chaudet : Il y a pile une semaine Google s'est restructurée, maintenant le moteur de recherche est devenu une filiale abritée sous la maison mère Alphabet qui regroupe plein d'autres activités de Google. L'entreprise, donc, se consacre aussi à la recherche. Larry Page, l'un des patrons de la société, a justifié cette nouvelle organisation par un souci, dit-il, d'allégement et de clarté. Il dit donner plus de niveaux de gestion pour pouvoir gérer indépendamment des choses qui ne sont pas liées. Est-ce que cette restructuration, aussi, c'est une manière de brouiller les pistes juridiques ? Est-ce que c'est une manière d'échapper, une fois de plus, de faire obstacle à des actions juridiques ? Olivier Babeau.

Olivier Babeau : Il y a deux lectures. Une première lecture, assez business, qui est donnée par la plupart des observateurs en stratégie, qui est que, quand une entreprise croît, naturellement, elle va passer d'une organisation fonctionnelle à une organisation divisionnelle. Parce qu'on est beaucoup trop gros, il va falloir séparer les activités pour qu'elles soient, on pourrait dire, plus indépendantes dans leur fonctionnement. C'est la première explication et ça se justifie. La deuxième, c'est peut-être une explication du point de vue des créateurs qui est qu'ils ont mis de côté, on peut dire, le moteur à rentabilité de l’entreprise, et puis ils vont pouvoir, comme ça, s'intéresser et gérer plus directement ce qui les intéresse plus et qui constitue, aujourd'hui, le cœur du développement et de la recherche de Google, on va peut-être en parler, tout ce qui est biomédecine notamment, robotique, intelligence artificielle.

Émilie Chaudet : Benjamin Jean, sur cette question, de la protection juridique qui impliquerait, ou non, Alphabet ? Vous allez nous répondre.

Benjamin Jean : Là ce n'est pas tant en termes de protection juridique, ça serait savoir si le droit à la concurrence serait impacté par cette nouvelle organisation. Je ne crois pas simplement parce que dans les faits, effectivement, même si maintenant il y a une holding et différentes entités, rien n'a changé dans le modèle de gouvernance : ce n'est qu'une maison-mère qui a une multitude de filiales. Donc elle pourrait tout à fait être condamnée pour le même motif d'abus de position dominante. Vraiment, je ne vois aucune difficulté à ça. Pour le reste, effectivement. Peut-être le timing a fait que ça leur permettait, aussi, de gagner du temps au regard de la Commission européenne, ça je ne saurais le dire, mais, pour moi, en tout cas, ce n'est pas un argument suffisant pour échapper à la Commission européenne. Même si ça permet, éventuellement, de donner plus de clarté sur les chiffres des différentes filiales et notamment sur cet abus de position dominante, au regard de certains…

Olivier Babeau : Oui, ça peut avoir, beaucoup de gens ont souligné que ça avait un intérêt boursier. Ça permettait de rassurer.

Émilie Chaudet : Oui, de rassurer les investisseurs.

Olivier Babeau : De clarifier, de montrer clairement où et comment la valeur était produite à l'intérieur de l'entreprise.

Émilie Chaudet : Andréa Fradin.

Andréa Fradin : Ce que disent les patrons de Google, Lary Page et Sergueï Brin, c’est que les investisseurs un peu traditionnels peuvent être effrayés par les grands projets visionnaires de Google qui sont vraiment, aujourd'hui, au cœur de l'entreprise.

Émilie Chaudet : Oui, on parlera de Google Genomics, les génomes humains.

Andréa Fradin : Voilà, notamment ils ont un gros labo de recherche qui génère tout un tas de fantasmes, Google X, et ça peut effrayer. C'est un peu éloigné du cœur de métier, donc internet, moteur de recherche, pub en ligne, et ça va dans tout un tas de domaines, ça permet de donner un peu plus de visibilité.

Émilie Chaudet : Olivier Babeau sur cette dernière question ?

Olivier Babeau : Il y a une dernière lecture. Vous savez il y a un fameux livre qui s'appelle Le dilemme de l'innovateur, d'un auteur qui s'appelle Christensen, qui explique que les grosses entreprises, qui souvent sont nées de l'innovation, ont un grand problème, c'est qu'une fois qu'elles sont devenues grosses, elles n’arrivent plus à innover. D'une certaine façon, les GAFA, on définit l'acronyme.

Émilie Chaudet : Donc Google, Apple.

Olivier Babeau : Apple, Facebook, Amazon, ces grosses entreprises d'internet savent qu'elles sont confrontées à ce dilemme, elles sont nées de l'innovation, mais elles savent qu'elles doivent innover en permanence pour survivre. Et pour régler ce dilemme, pour le surmonter, on pourrait dire que chacune essaye en permanence, n'hésite pas, par exemple, à se cannibaliser. C'est ce que fait Apple quand elle a annoncé un iPhone, dont elle sait qu'il allait tuer l'iPod, Steve jobs a été assez clairvoyant de ce point de vue-là. Peut-être que Google en faisant ça, aussi, essaye de continuer à garder sa capacité innovatrice tout en conservant son activité, enfin l'activité qui intéresse les actionnaires qui est le cash d'aujourd'hui, en préparant le cash de demain.

Émilie Chaudet : Andréa Fradin.

Andréa Fradin : Et c'est une véritable obsession chez Google et d'ailleurs la presse américaine s'en faisait l'écho ces derniers jours après l'annonce de la création d'Alphabet. En fait, Google se réorganise en permanence et veut toujours avoir le coup d'après. Ils ne veulent pas devenir le Yahoo ou le Microsoft de demain, en fait. Ils ne veulent pas s’effondrer parce qu'ils ont encore cette image de trublion du secteur qui sont nés dans un garage, dans l'innovation, dans une espèce de dynamique. Effectivement, les lourdeurs d'une organisation peuvent un petit peu enrayer. L'obsession de Google c'est d’être dans nos vies, demain et toujours. Voilà, ce coup d’avance : ne jamais être en retard quoi.

Émilie Chaudet : Alors juste avant de continuer, Andréa Fradin, vous venez d'introduire, sans le vouloir, le son, cet extrait de documentaire que je voudrais vous faire écouter, très court. C’est un documentaire qui s'appelle Google, la machine à penser, un documentaire réalisé en 2007 par Gilles Cayatte.

Voix off : Il y a un paradoxe intéressant avec Google. Le service est gratuit, le nom est sympa, c'est plein de jeunes, le décor est branché. Il y a des « baballes » en plastique et des tables de billard. Google est synonyme d'« éclate », de contre-culture et plus encore. Mais en fait, quand vous lisez les journaux, le Google que vous découvrez n'est pas le Google de votre imagination. Ce Google-là est énorme. Il domine tous les secteurs qu'il a pénétrés. Il est en train d'avaler l'ensemble du monde de la publicité, morceau par morceau. Il a cédé aux Chinois sur la censure. Il ressemble à un énorme prédateur et, en même temps, dans votre esprit, c'est Google !

Émilie Chaudet : Archive sélectionnée par Virginie Leduault. L'homme que l'on entendait c'était Michael Malone, éditorialiste au Wall Street Journal. Donc Google c'est un paradoxe, dit-il, en termes d'image. Est-ce que cette entreprise est aussi insaisissable au niveau juridique ? Benjamin Jean.

Benjamin Jean : Oui merci. Toujours la même idée, c'est-à-dire que se mettre en position de monopole comme c'est le cas, en tant que tel, ce n'est pas du tout condamnable d'un point de vue de droit à la concurrence, j'entends. Ce qui sera sanctionné c'est s’il y a un abus ou s'il y a une entente avec d'autres sociétés, et donc un effet pervers sur la concurrence, sur le marché. Là, en l’occurrence, si Google se sert de l'une de ses positions dominantes dans un marché pour gagner dans un autre marché, pour lequel ils auraient un produit à priori moins pertinent, parce que c'est ce qui était reproché à Google Shopping à l'origine, ce n'était pas Shopping, je n'ai plus le nom en tête.

Émilie Chaudet : Si, c'est Shopping.

Benjamin Jean : Maintenant c'est Shopping, mais ça a évolué au fur et à mesure.

Émilie Chaudet : Google Shopping.

Andréa Fradin : Ah oui, probablement.

Benjamin Jean : Donc ils avaient un service, ils ont lancé un service qui était moins pertinent que d'autres, mais par leur position dominante en matière de recherche ils ont, semble-t-il, en tout cas c'est ce qui leur est reproché, réussi à rendre leur service plus attractif et ensuite plus pertinent. Donc c'est vraiment ça qui est sanctionnable quel que soit le montage choisi.

Émilie Chaudet : Vous parlez d’abus mais est-ce que ces recherches menées par Google et notamment sur le génome humain, donc Google qui stocke des génomes différents dans un cloud, dans un nuage dématérialisé de données, pour les mettre à la disposition de chercheurs, pour les tester, est-ce que ça, d'un point de vue éthique, c'est considéré, ça doit être considéré comme un abus ? Andréa Fradin.

Andréa Fradin : Comme un abus, je ne sais pas, mais il est clair que les États ne doivent pas se laisser dépasser par les entreprises de cette envergure sur des questions aussi essentielles que la recherche sur le génome humain. Et c'est un petit peu le problème éventuel, parce que, pour le moment, il n'y a pas de problème, mais la question que peuvent susciter les Google, Facebook et tout ça, qui s'engagent dans des secteurs qui n'ont plus rien à voir, comme je le disais plus tôt, avec leur cœur de métier, avec internet. Et c'est d'autant plus préoccupant qu'il y a ce paradoxe, auquel l'extrait audio faisait référence, et, en fait, paradoxe qui montre une image très cool de Google. On l'a encore vu avec Alphabet, ils ont fait toute une campagne marketing très réussie, très cool. Tous les amateurs de high-tech, de news high-tech, étaient ravis. Ils sont même comparés à une entreprise qui existe, virtuelle, fictionnelle, qui n’existe pas, fictive qui n’existe pas en réalité, qui est dans une série de HBO, une série américaine. Ils se comparent et tout le monde a dit : « Ah mon Dieu, c'est génial, Google se compare à cette entreprise qui s'appelle Hooli, sauf que Hooli, dans la série est horrible. Et Google en vient à se comparer à une boîte horrible pour le clin d’œil et tout le monde trouve ça cool. Moi ça me terrifie.

Émilie Chaudet : Allez-y Benjamin Jean.

Benjamin Jean : Juste cet élément, je trouvais votre remarque vraiment intéressante quand vous parliez d'éthique. Effectivement, pour moi la question elle est juridique, on en a déjà parlé quelques minutes. Mais elle est aussi sur bien d'autres plans, et notamment cette question éthique. Est-ce que ce qui est fait, est-ce que ce type de société, les projets sur lesquels ces types de sociétés travaillent sont éthiques ? C'est une question à part entière, sur laquelle il revient à chacun de se positionner. On n'est plus sur la Commission européenne qui va juger au regard du droit à la concurrence la position d'un acteur. Là c'est vraiment chacun qui se positionne face à une organisation qui est partout, sur nos PC, sur nos téléphones. Est-ce que son comportement est éthique ou pas ?

Émilie Chaudet : Olivier Babeau, sur cette question ?

Olivier Babeau : La remarque appelle d'autres questions. C'est de souligner que jamais, il n'y a pas d'exemple dans l’histoire de l'humanité que des entités, on peut dire privées, aient autant de pouvoirs. Certes, autrefois il y a eu des banques qui arrivaient à prêter aux empereurs et aux rois, ou à l’Église enfin aux papes et du coup avaient énormément de pouvoirs, mais on n'a jamais eu d'entreprises qui soient, et donc pas seulement Google mais les GAFA, qui soient aussi puissantes. Si vous prenez le chiffre d'affaires cumulé des GAFA, vous avez l'équivalent du PIB du Danemark, soit la quinzième puissance mondiale. Si vous prenez les réserves financières des GAFA, vous avez 123 milliards de dollars, c’est-à-dire de quoi acheter, grosso modo, les cinquante start-up les plus prometteuses et les plus innovantes. Vous avez un pouvoir énorme, et ça va effectivement bien plus loin, et c'est un petit peu ce que vous souligniez à travers votre remarque sur l'éthique, qui est qu'aujourd'hui le pouvoir de ces GAFA de façon générale c'est d’être la porte d'entrée du monde sur vous, sur l'individu, et la porte d'entrée de l'individu sur le monde.

Émilie Chaudet : Avec la collecte de données personnelles. Oui, c'est ça.

Olivier Babeau : Et donc, c'est être capable de contrôler, on pourrait dire, les deux côtés, et de ce contrôle que vous monétisez, vous tirez votre puissance financière mais aussi votre capacité d'influence.

Émilie Chaudet : Avant justement ces questions-là sur la e-santé, sur ces recherches-là, il y a aussi cette question, longtemps débattue, et encore débattue aujourd'hui, du droit à l'oubli, que ne respecte toujours pas Google. Il y a encore eu une plainte déposée aussi par l'UFC-Que Choisir, en France, par rapport à Facebook et à Twitter. Ce droit à l'oubli, fin juillet, la CNIL s'est fait signifier que ce droit à l'oubli ne serait pas respecté. Est-ce qu'il faut mettre au point un meilleur outil de répression ? Ou alors un meilleur outil de surveillance, permanent, pour faire plier Google ? Andréa Fradin ?

Andréa Fradin : Sur ce point il faut un petit peu nuancer parce qu'en plus le débat est très passionné. Ce qu'a dit Google à la CNIL française c'est : « Nous n’appliquerons pas votre vision du droit à l'oubli,

Émilie Chaudet : Au monde entier.

Andréa Fradin : Au monde entier ». Voilà, c'est ça. C'est-à-dire la Cour de justice européenne a dit : « Voilà, le droit à l'oubli c'est ça, vous avez la responsabilité de retirer des contenus suite à des plaintes ».

Émilie Chaudet : C'est-à-dire que moi si demain je demande à Google de supprimer du contenu me concernant sur internet, il peut le faire sur Google France.

Andréa Fradin : Voilà.

Émilie Chaudet : Mais si on se connecte en Allemagne, en Italie, aux États-Unis, en Amérique latine, on retrouvera ce contenu.

Andréa Fradin : Sur google.fr ce ne sera pas là. Mais si vous voulez vous mettre sur google.com, ou .de, ou point je ne sais quoi, ça apparaîtra. Et Google dit : « On ne peut pas se permettre d'appliquer cette vision des droits sur internet qui est proprement européenne, parce que c'est la porte ouverte à des demandes de régimes moins structurés, moins recommandables, plus dangereux, qui peuvent dire : "Eh bien voilà, nous on n'accepte pas des critiques, je ne sais pas, de notre roi, comme en Thaïlande par exemple, donc vous enlevez tout l'internet" ».

Émilie Chaudet : Ça c'est le directeur juridique de Google qui a dit ça. C'est ça ?

Andréa Fradin : Oui c'était sur le blog de Google. Il prenait l'exemple de la Thaïlande. Et, en même temps, ça se pose vraiment. Est-ce qu'il y a un droit universel d'internet ? Est-ce qu'il y a une cour internationale d'internet ? Non. Pour le moment ce n'est pas le cas.

Émilie Chaudet : Est-ce qu'il devrait y en avoir ?

Andréa Fradin : Je ne pense pas que ce soit souhaitable, tellement internet est flexible.

Benjamin Jean : Ce n'est pas dans l'esprit d'internet. Il faut, au contraire, être très décentralisé.

Émilie Chaudet : Olivier Babeau.

Olivier Babeau : Cette question du droit à l'oubli est effectivement compliquée. Moi, elle me fait tout de suite penser à 1984, et à la réécriture des journaux, enfin réécriture d'histoire.

Émilie Chaudet : Georges Orwell.

Olivier Babeau : Oui, Georges Orwell, évidemment. La question c'est jusqu’où vous devez oublier et quoi ? Peut-être que si vous avez fait, je ne sais pas, une erreur dans votre jeunesse, il y a prescription et donc, vous avez le droit à l'oubli, mais jusqu'à quand peut-on nier un fait historique, un fait qui devient un événement et qui, de fait, fait partie de l'histoire et, à ce moment-là, Google est obligé de le répercuter. Je trouve que ce débat, en tout cas, a le mérite d'attirer l'attention sur ce qui fait un petit peu le paradoxe de ces grandes plates-formes d'internet. On pourrait dire en apparence, et en réalité aussi, elles réalisent une formidable désintermédiation, puisque, à travers la plate-forme, vous avez la demande et l'offre qui vont se rencontrer comme aujourd'hui chez Uber, chez Airbnb, etc., et donc, au-delà des institutions et de tous les intermédiaires. Donc, en apparence, il y a, on pourrait dire, une sorte, carrément, d’hyper-démocratie qui peut se mettre en place. Mais, en réalité, cette plate-forme elle est toujours un filtre, elle est toujours une sélection de la réalité. Elle opère un filtre. Évidemment, le premier filtre c'est celui de la recherche qui ne vous donne pas la réalité d'internet. Il n'y a pas de réalité d'internet. Il vous donne un choix dans toutes les réponses qu'il peut y avoir aux questions que vous posez. Peut-être que le côté un petit peu pernicieux de ces grands plates-formes c'est qu'elles opèrent forcément un choix, mais qui ne dit jamais son nom et qui n’annonce pas la couleur. Et d'ailleurs personne ne connaît la nature de l’algorithme de Google.

Émilie Chaudet : Dans ce cas, allez-y, Andréa Fradin.

Andréa Fradin : Sur ce point, un autre point pernicieux qui montre la difficulté d'appréhender ces plates-formes et de leur imposer une forme de droit au niveau international ou régional, au niveau européen, au niveau national en France, c'est le fait que, en essayant de les responsabiliser comme l'a fait la Cour de justice européenne, on leur donne, en même temps, le pouvoir qu'on leur reproche. Parce que finalement, sur le droit à l'oubli, on dit : « Eh bien c'est Google qui tranche ». Et sur tout un tas d'autres sujets comme le retrait de contenus, on demande aux plates-formes de se responsabiliser et finalement de mettre un peu la casquette de justicier.

Émilie Chaudet : Et ce ne serait pas à elles de gérer cet aspect ?

Andréa Fradin : Mais si on fait ça, on leur donne, du coup, un pouvoir énorme, qui est à priori celui de l’État, tout en leur reprochant qu'elles ont déjà trop de pouvoirs. Donc ça montre bien la difficulté et la place qu'elles ont déjà, de fait.

Émilie Chaudet : Il y a aussi cette responsabilisation de l'utilisateur. La plainte d'UFC-Que Choisir, reprochait notamment à Facebook et à Twitter de faire des conditions générales d’utilisation, ce qu'on signe souvent avant d’utiliser un réseau social, avec des liens très flous, quarante, cent liens hypertextes dans un même texte. Ça aussi c'est à l’utilisateur de faire attention ? Ça tient à l’utilisateur de tout lire ? Ou alors, au contraire, est-ce qu'on doit réformer un petit peu, est-ce qu'on doit modifier ces textes-là ? Simplifier ? Rendre plus accessible, justement, plus transparent, cet aspect-là des réseaux sociaux ? Benjamin Jean.

Benjamin Jean : Plusieurs éléments de réponse. J'aurais tendance à dire que, d'une part, des acteurs comme Facebook, Twitter sont assez représentatifs de sociétés qui changent leurs CGU toutes les semaines ou tous les mois.

Émilie Chaudet : C'est le cas d'Apple, par exemple.

Benjamin Jean : De toutes façons, même si on les a lues une fois, un mois plus tard elles ont changé, et en se reconnectant, on les accepte à nouveau sans le savoir. Ça c'est ce qui est sur le papier.

Émilie Chaudet : Avec des changements parfois invisibles.

Benjamin Jean : Tout à fait. Ça c'est ce qui est sur le papier ce n'est pas nécessairement ce que le juge retiendrait pour finir, parce qu'il y a quand même un droit qui protège le consommateur et qui protège l'internaute. Est-ce qu'il faut que la loi impose un certain comportement aux plates-formes ? Alors peut-être. On pourrait très bien, effectivement, il y a des lois qui contraignent tous les acteurs d'internet, qui obligent à ce que les mentions légales soient affichées d'une certaine manière, à certains endroits. Pourquoi pas ? On pourrait rajouter les aspects aux conditions générales d'utilisation. Là je vous rejoins entièrement quand vous dites que l'utilisateur, lui-même, doit se sentir concerné. Je pense que c'est aux internautes, aux personnes qui choisissent telle ou telle plate-forme, tel ou tel outil, de choisir, peut-être, la plate-forme (ou l'outil) qui lui paraît la plus respectueuse de ses besoins, de ses volontés, de ses droits, de ses libertés. Et là, actuellement, les gens ne le font pas.

Émilie Chaudet : Andréa Fradin.

Andréa Fradin : En même temps, le vrai souci, et qu'on voit particulièrement depuis les révélations d'Edward Snowden sur la surveillance de masse mise en place par les États-Unis, c'est que les gens qui ne sont pas vraiment intéressés par les sujets numériques s'en fichent de ces questions.

Benjamin Jean : Oui.

Andréa Fradin : Et ça, c'est terrible. À chaque fois qu'on écrit un article sur le sujet, on va toujours avoir : « On s'en fiche. Je n'ai rien à cacher. On le savait déjà ». Et en fait, les gens ne veulent pas changer. J'ai le souvenir d'une anecdote très marquante : une ancienne collègue qui avait amené sa mère, une ancienne prof, à une conférence de hackers, donc vraiment la collusion de deux mondes. Et les hackers lui expliquaient l'importance de la vie privée.

Émilie Chaudet : Des pirates informatiques.

Andréa Fradin : Oui, voilà, des gens qui bidouillent le code et qui savent comment marchent toutes ces machines.

Benjamin Jean : Pas forcément des pirates.

Émilie Chaudet : D'accord.

Benjamin Jean : Des spécialistes.

Andréa Fradin : Ceux qui savent comment ça marche, disons.

Émilie Chaudet : D'accord.

Andréa Fradin :Et donc, qui expliquaient l'importance de la vie privée, l'importance de choisir les bons logiciels, les bons services en ligne, etc. Et à la fin de la conférence, tout le monde attendait un petit peu une espèce d'épiphanie chez cette dame, qu'elle n'a pas eue. En fait, elle a dit à la fin : « Eh bien non, s'il y a un système alternatif à Microsoft ou à Google tout aussi pratique, tout aussi confortable, tout aussi gratuit et je ne sais quoi, je n'irai pas ». Donc il n'y a pas de demande, en fait, dans le grand public, c'est peut-être ça le problème.

Émilie Chaudet : Olivier Babeau.

Olivier Babeau : Oui. Là on est au cœur du reproche principal qui est fait aux GAFA, en fait, c'est de monétiser nos données, volées à notre insu, prises, captées à notre insu.

Émilie Chaudet : Alors qu'elles sont souvent données par les utilisateurs, en signant.

Olivier Babeau : Alors qu'effectivement elles sont données en totale indifférence, mais souvent en totale ignorance aussi, parce que non seulement vous donnez, je ne sais pas, votre nom, votre date de naissance, mais en plus, le site va souvent capter, par exemple, votre comportement on-line en dehors de ce que vous faites sur sa propre… Et ça, on ne le sait pas, en général. Si on parle peut-être des mesures, ou des règles à mettre en place, je ne suis pas le seul à le dire, mais il y aurait quelque chose à mettre en place comme une forme d'opt-in, c'est-à-dire le fait que vous devez, pour accepter qu'on prenne vos données et qu'on suive vos données, faire une acceptation. Alors qu'aujourd'hui c'est plutôt, à la limite c'est plutôt l'opt-out, c’est-à-dire vous pouvez essayer, si vous faites beaucoup d'efforts, vous pouvez essayer de refuser le suivi.

Émilie Chaudet : Allez-y, Benjamin Jean.

Benjamin Jean : Le régime que vous évoquez c'est celui de la loi Informatique et Libertés, mais qui ne concerne que les données à caractère personnel. Et là, en l’occurrence, on a des données qui ne sont pas nécessairement à caractère personnel, ou qui sont considérées comme telles, ce qui leur permet de ne pas être dans l'opt-in, mais effectivement je vous rejoins tout à fait sur ce raisonnement.

Voix off : France Culture. Du Grain à moudre d'été. Émilie Chaudet.

Émilie Chaudet : Peut-on dégoogliser internet ? C'est la question qu'on essaye de se poser, à laquelle on tente de répondre, plutôt, ce soir, avec vous Andréa Fradin, journaliste à Rue89, Benjamin Jean de l'association Framasoft, juriste par ailleurs, et vous, Olivier Babeau, consultant en stratégie. En fait, je me souviens d'un mot d'Erwan Le Noan, un de vos confrères, sûrement que vous connaissez.

Olivier Babeau : Oui, je connais.

Émilie Chaudet : Qui a écrit dans une tribune : « La Commission européenne est critiquée sur son mode d’action. La Commission européenne invoque le droit à la concurrence pour sanctionner Google, là où elle devrait essayer de le contrôler ». Est-ce que c'est votre avis aussi à tous ? Est-ce que la Commission européenne, telle qu'elle se conduit maintenant, devrait plutôt se concentrer sur un contrôle, plutôt qu'à une éventuelle sanction ? Andréa Fradin.

Andréa Fradin : En même temps, c'est ce qu'elle amorce là. Elle pousse, par ses griefs, Google à faire des propositions, à formuler des propositions.

Émilie Chaudet : Est-ce qu'il n'est pas trop tard, justement ? Est-ce que Google n'a pas pris un peu trop d'avance ?

Andréa Fradin : En même temps, la loi, le contrôle, les sanctions, c’est toujours après et toujours trop tard. Donc, je pense que sur ça on n’arrivera jamais à prendre l'avance sur les innovations et les entreprises. Je pense que la Commission européenne, en formulant ses griefs, a quand même mis un gros coup de pression. Les eurodéputés ont fait de même en appelant, très symboliquement, puisqu'ils n'ont pas de pouvoir sur ce sujet, au démantèlement des services de Google, sans le mentionner explicitement, mais tout le monde savait qu'il s'agissait de Google. Je pense que la pression est là et d'ailleurs, le fait que Google ait formulé des propositions prouve qu'ils le prennent très au sérieux.

Émilie Chaudet : Olivier Babeau.

Olivier Babeau : On pourrait dire qu'il y a deux visions. L'une, on pourrait dire, légalise, qui dit qu'il faut peut-être, à la limite, démembrer Google comme autrefois la Standard Oil de Rockefeller, au début du 20e siècle. D'ailleurs beaucoup de gens l'invoquent. Il y a eu un vote du Parlement européen à ce sujet, que n'a pas repris la commission. La deuxième vision, et c'est peut-être personnellement celle que je partage plus, c'est de faire confiance à la concurrence justement, et de dire qu'il n'y a pas non plus d'exemple, dans l'histoire, d’entreprises qui aient réussi à survivre à leur cycle économique, au cycle économique qui les avait fait battre. Si on regarde Google, ils ont eu des revers, ils ont complètement loupé le tournant des réseaux sociaux.

Émilie Chaudet : Google +, qui n'a pas marché.

Olivier Babeau : Ils ont loupé les applications, ils ont beau être dominants avec Android, en réalité, de plus en plus de trafic leur échappe. En fait, le moteur de recherche est en train de diminuer en importance. D'abord, il faut se souvenir, ils ont 90 % en France, mais, au niveau mondial, ils n'ont que 60 %. Ils ne sont pas leaders en Russie et en Chine.

Émilie Chaudet : Et qui sont ses principaux concurrents, justement ?

Olivier Babeau : En Chine, par exemple, c'est Baidu.

Émilie Chaudet : Les locaux.

Olivier Babeau : Mais il faut savoir qu'aujourd'hui les gens arrivent sur des contenus, par exemple des vidéos, non pas à travers le moteur, mais à travers des réseaux sociaux, par exemple Facebook. Donc ils ont loupé des trucs. Google, probablement, est aussi mortelle que les autres entreprises.

Émilie Chaudet : Andréa Fradin.

Andréa Fradin : Mais en même temps ça n'a pas d'impact sur eux. L'échec cuisant de Google +, et d'ailleurs je crois que là c'est la fin de la fin.

Émilie Chaudet : Le réseau social lancé par Google.

Andréa Fradin : Voilà qui devait concurrencer Facebook, n'a pas du tout ébranlé Google, en quoi que ce soit. Justement, ce que je disais plus tôt, le fait que les fondateurs aient bien ça en tête, on voit qu'ils ont la hantise de voir leur boîte s'effondrer et mourir, et le fait qu'ils investissent comme ça dans la robotique, dans la maison connectée, dans la voiture sans pilote, enfin tout ça, prouve qu'ils essaient, justement, de survivre et de, sans arrêt, relancer l’intérêt, l'innovation. C'est vraiment une grande obsession et c'est peut-être la nouveauté par rapport, à l'époque, à Microsoft.

Émilie Chaudet : Benjamin Jean.

Benjamin Jean : Pareil. Si je peux rebondir sur votre remarque, pour moi le droit à la concurrence c'est de la régulation, c'est du contrôle. C'est-à-dire qu'on est vraiment dans cette action de la part de la Commission européenne et, ce qui me semble important, et tout le monde en parle comme ça, c'est de dé-personnifier Google, mais peut-être que demain ça ne sera plus Google. Ce qui est important c'est de limiter ce type d'acteur, en tout cas d'organisation, qui grossit, qui peut avoir un effet pervers sur le marché et sur nos libertés, sur notre éthique. Ce sont des sujets qu'on pourra évoquer. N'importe qui pourrait prendre la place de Google demain, il devrait, lui-même, être régulé, ou, en tout cas, on devrait encadrer. C'est notre position.

Émilie Chaudet : Olivier Babeau.

Olivier Babeau : Oui. Je ne veux pas me faire l'avocat du diable, et le diable aujourd'hui, évidemment, c'est Google, contrairement à ce qu'ils prétendent, Don't be evil, mais ça, c'est une sorte d'antiphrase.

Émilie Chaudet : Don't be evil, c'est la devise de Google.

Olivier Babeau : Aujourd'hui c'est le grand Satan numérique.

Émilie Chaudet : Ne soyez pas mesquin, ne soyez pas méchant.

Olivier Babeau : Voilà. En fait, le combat anti Google revient très souvent, une sorte d'invocation apotropaïque, vous savez, une sorte d'exorcisme. Mais en réalité, tuer Google ne serait pas tuer les problèmes de l'internet et ne serait pas résoudre les problèmes. Parce que les problèmes, en gros, il y en a trois. Les grands enjeux de ce siècle, c'est quoi ? C'est l'enjeu économique parce qu'on a, effectivement, des transformations des façons de travailler, très concrètement un recul, par exemple, de la forme du CDI traditionnel, avec les nouvelles formes de collaboration. En termes politiques, c'est évidemment la surveillance généralisée, la société panoptique qui est en train de se mettre en place, qui, entre parenthèses, est plus le fait, au moins autant le fait, disons, par des entités publiques et des États que des sociétés privées.

Émilie Chaudet : Disons que ça se fait main dans la main.

Olivier Babeau : D'ailleurs, les sociétés privées qui développent aujourd'hui des formules de cryptage sur le téléphone sont critiquées par les États, notamment la Grande-Bretagne, parce que justement ce cryptage ne leur permet pas de les écouter. Donc aujourd'hui qui est du côté de la confidentialité de la vie privée, ce n'est pas le public, c'est plutôt le privé. Et le troisième grand enjeu, évidemment, c'est un enjeu civilisationnel, sur lequel Google est très engagé, c'est l'enjeu de l’intelligence artificielle. Lisez Laurent Alexandre, La mort de la mort, tous ces auteurs futurologues qui décrivent ça de façon assez saisissante : un camp transhumaniste, c'est-à-dire des gens qui sont partisans de l’application à l'humanité de toutes les avancées scientifiques, un camp transhumaniste qui est très clairement incarné, aujourd'hui, par Google.

Émilie Chaudet : Benjamin Jean vous disiez à l'instant qu'on ne réglerait pas le problème en remplaçant Google, ce à quoi nos autres invités ont répondu qu'ils étaient d'accord. Chez Framasoft, vous, vous travaillez sur l'élaboration, le développement, d'un autre moteur de recherche, autre que Google, une alternative à Google. Vous allez nous en dire plus dans un instant. Vous travaillez aussi sur des alternatives de réseaux sociaux tels que Facebook, Skype aussi. Est-ce que ces recherches ont été menées parce qu'il y avait un vide face à l'impuissance des États, justement ? Qu'est-ce qui a motivé ces recherches d'alternatives ?

Benjamin Jean : Je dirais qu'on n'est même pas allé jusqu'au concept d'impuissance des États, ce n'était vraiment pas notre préoccupation. On est un réseau qui date des années 2000, un réseau de projets collaboratifs, éducation populaire autour de la culture libre, du logiciel libre, et, à la base on est, effectivement, très centré sur le logiciel et au fur et à mesure on a évolué. Notre constat c'était qu'avec internet et avec tous ces nouveaux acteurs qui proposent du service sur internet, mais on n'est plus dans l'ère du logiciel qu'on irait acheter dans les grandes surfaces. Maintenant on se connecte, on appuie trois fois sur accept, et ça y est on est connecté à un nouveau service et la moitié de notre vie est déjà sur ce service-là. Nous, devant ce constat des usages en fait, qu'internet génère, on a lancé l'an dernier, en 2014, une campagne qui s'appelle « Dégooglisons Internet ». L'idée de cette campagne c’était surtout de sensibiliser, de montrer qu'internet et le développement d'acteurs de type Google, c'est pour ça qu'on a parlé de « Dégooglisons Internet », mais c'est beaucoup plus large, c'est YouTube, c'est Facebook, on les a déjà évoqués. Je rajoute volontiers Microsoft dans le GAFAM. Donc c'est tous ces gros acteurs. Cet internet a de vrais dangers pour l'utilisateur, vraiment. On ne parle pas tant de la technique, on parle de l'utilisateur, du service.

Émilie Chaudet : Un danger qui se situe au niveau du fait de confier des données très personnelles ?

Benjamin Jean : C'est ça. On en a parlé : c'est l'espionnage. C'est la centralisation : on va tous se retrouver chez un seul. C'est l'éthique. C'est la liberté aussi : est-ce qu'on peut sortir facilement de tout ça ? Nous, face à ces différents enjeux, ces dangers, on a essayé de proposer des réponses qui sont la liberté, la décentralisation, l'éthique, justement, au profit des utilisateurs. Et donc, devant ce constat des dangers et des réponses que pouvaient apporter certains logiciels libres, on a mis, face à chaque service ou projet de Google ou de Facebook utilisé massivement, des alternatives libres, open source, que chacun peut télécharger, installer chez soi, mais aussi tester chez nous.

Émilie Chaudet : Code source ouvert ? Que les gens peuvent ? Donc le code source ouvert c'est quand les gens peuvent venir prendre des données, en ajouter d'autres pour améliorer un service.

Benjamin Jean : Exactement. L'idée, en fait, du logiciel libre c'est que lorsqu'on achète le logiciel ou lorsqu'on le télécharge, on a la recette à côté. C'est-à-dire que, d'une part, on sait ce qu'il y a dedans, mais en plus on peut le reconstruire, voire le modifier si jamais on préfère le faire d'une autre façon. C'est vraiment la base du logiciel libre, sans rentrer dans les détails. Donc tous les services qu'on propose s'appuient sur ces logiciels-là et en plus, on documente toute l'installation qui permet à chacun de la faire chez soi, ou au sein de sa propre organisation. Donc, on n'a pas vocation à remplacer Google. L'idée ce n'est pas de dire « allez chez Framasoft plutôt que d'aller chez Google ».

Émilie Chaudet : C'est d'offrir un service, du coup, pour lequel vous vantez une certaine transparence ?

Benjamin Jean : Montrer une alternative, montrer une autre façon. Oui, c'est ça, montrer une autre façon que d'utiliser tous ces services centralisés, que Google symptomatise très bien mais, encore une fois, ce ne sont pas les seuls, et permettre ensuite à chacun de le faire chez soi, ou de le faire au sein de son organisation, ou de prôner l'usage auprès de ses proches.

Émilie Chaudet : Ces moteurs de recherche sont déjà actifs ? Il y a déjà des utilisateurs, de fait.

Benjamin Jean : C'est ça. On a un moteur de recherche, on peut aller sur trouvons.org. Le mieux, je dirais, c'est d'aller sur le site degooglisons–internet.org, où vous avez l'ensemble des services qui sont proposés avec aussi tous les enjeux derrière ça. Et un état, c'est-à-dire les projets qui sont mis en place au fur et à mesure.

Émilie Chaudet : Vous dites que le message n'est pas de dire « n'allez plus chez Google », mais, quand même, degooglisons-internet.org, c'est un message assez fort.

Benjamin Jean : Oui, c'est fort. Mais aussi parce qu'on est dans la vulgarisation. Soyons lucides. La première difficulté c'est de faire comprendre à chacun l'enjeu de penser autrement que ce qu'on nous propose. Quand on achète un téléphone, on n'a pas tellement le choix, on a le choix entre différents téléphones. Mais si on regarde l'usage que nous permet de faire le téléphone, les fonctionnalités qui nous sont apportées, on n'a pas vraiment le choix. On a des applications qui sont déjà installées, des fonctionnalités qui sont apportées et c'est dur d'en sortir.

Émilie Chaudet : Olivier Babeau, vous vouliez réagir.

Olivier Babeau : Oui. Ce sont des initiatives très intéressantes. Il faut se souvenir que Google est une entreprise qui est arrivée tard dans l’histoire d'internet, elle est créée en 98. Pourquoi elle a réussi face à, par exemple, un Altavista qui était déjà un acteur en place. Donc ce n'est pas the first, du tout, le premier arrivant sur le marché.

Émilie Chaudet : Pourquoi a-t-elle mieux réussi que les autres ?

Olivier Babeau : Il y a plusieurs explications. Parce que ses réponses étaient plus pertinentes, en gros. Le service était meilleur. On dit aussi qu'il était beaucoup plus simple, parce que le fameux rectangle blanc, il y a un côté magique : vous y mettez votre question, il vous donne une réponse. Alors qu'à l'époque Yahoo, Altavista étaient dans une logique, dans une espèce…

Benjamin Jean : D’annuaire.

Olivier Babeau : D'annuaire, c’était totalement illisible. Le génie de Google c'est d'arriver avec juste son rectangle. Mais en tout cas, il y avait une offre qui avait une meilleure qualité. Et probablement, la meilleure réponse qu'on puisse faire à Google, si on n'est pas du côté des partisans du démantèlement, c'est de dire « eh bien proposons quelque chose de mieux ». Regardez un moteur français, tel que Qwant, par exemple : l'année dernière un milliard de requêtes. Il est parti de rien, il y a peu de temps. Ça veut dire que quand on a moteur qui arrive à apporter des réponses plus pertinentes, ou qui correspondent plus aux besoins des consommateurs, à ce moment-là vous avez une demande. Cela étant, ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas un problème culturel dans le fait que les gens… Il faudrait, idéalement, que le besoin, on pourrait dire, de protection de sa vie privée devienne une part importante de la demande des consommateurs.

Émilie Chaudet : La solution n'est donc pas forcément juridique.

Benjamin Jean : Je pense qu'elle n'est pas seulement juridique, c'est totalement illusoire de le penser.

Émilie Chaudet : Andréa Fradin.

Andréa Fradin : Il y a tout un tas de facteurs, effectivement, et malheureusement, j’ai envie de croire que la seule innovation permettra de faire germer le futur Google et la future grosse multinationale du Net de demain. Mais j'ai du mal à y croire parce que, comme je disais tout à l'heure, Google met quand même en place tout un ensemble de barrières pour empêcher les futures pousses d'arriver sur le marché, notamment en les achetant très vite. Les acquisitions de Google, c'est juste monstrueux.

Émilie Chaudet : Vous pensez à quelles entreprises, par exemple ?

Andréa Fradin : Les dernières qu'ils ont eues : Nest sur les objets connectés, il y a eu Boston Dynamics dans la robotique. Il y en a eu tout un tas. Je crois qu'il y a cent cinquante, depuis le début de Google, et ils ont commencé très très tôt.

Olivier Babeau : Il y avait avant Waze, YouTube.

Andréa Fradin : Voilà. Il y a eu Motorola aussi. Ils ont acheté, je crois, cent cinquante start-up, ou entreprises confirmées, depuis le début de leur histoire. C'est énorme, et encore, ce n'est que le chiffre connu, parce qu'il y a toutes celles dont les deals ont été tus. C'est absolument énorme, et donc ils phagocytent, comme ça, pour ne pas, justement, se laisser concurrencer. Bien sûr, il y aura toujours la possibilité d'une innovation de, comme pour Google, des génies dans leur garage qui font un truc super, qui marche, meilleur, plus ergonomique, plus séduisant pour les utilisateurs. Mais là, quand même, il y a un effet de réseau qui fait qu'on est tous soit chez Facebook, soit chez Twitter, soit chez Google. Basculer sur un autre service ? Ah, ça demande quand même du temps, quoi. Il n'y a pas les copains, il n'y a pas la famille, donc c'est un peu embêtant. Et de la même façon, comme je disais plus tôt, il y a aussi un problème chez le grand public qui ne s'intéresse pas à ces questions Ça n'intéresse pas forcément la question de la vie privée, la nécessité de basculer. L’initiative de Framasoft, je la trouve géniale, mais il faudrait la diffuser auprès du grand public, pour concurrencer, effectivement, ces géants.

Émilie Chaudet : Olivier Babeau.

Olivier Babeau : Moi je partage un peu vos doutes. Mais, vous savez, il y a eu cette fameuse théorie de Huntington sur la fin des civilisations qui depuis, a été un peu battue en brèche. Mais penser que Google sera toujours Google c'est un peu penser à la fin de l'économie ou à la fin de l'histoire économique. Ça j'ai du mal à y croire, personnellement. Moi, je suis comme vous, je partage vos doutes. Mais ce que je constate, tout de même, en revanche, c'est que le coût d’entrée dans un métier, grâce à internet et grâce au numérique, justement à cause d'effets de réseaux et puis des coûts marginaux nuls, etc., et puis du cloud computing, le coût d'entrée est devenu extrêmement faible. Donc vous n'avez plus besoin de beaucoup de capitaux pour vous créer. C'est bien pour ça, d’ailleurs, qu'effectivement Google rachète des start-up qui se sont créées, la plupart du temps, dans des garages, dans des piaules d'étudiants. Ils le savent. C'est vrai qu’ils ont cette capacité à racheter, mais ça ne veut pas dire que les choses n'émergent pas en dehors d'eux, en dehors. En fait, ça émerge de facto, aujourd'hui encore, en dehors d'eux.

Émilie Chaudet : Ce que disait Andréa Fradin sur justement cet appétit de Google pour les petites entreprises qu'elle rachète, cette presque autosuffisance, on pourrait dire, est-ce que ça ne peut pas aboutir, à terme, justement, à son auto destruction, si on emploie des mots très radicaux ? Andréa Fradin.

Andréa Fradin : Je crois que c'est ce qu'ils redoutent. C'est pour ça qu'ils n’arrêtent pas de se restructurer, d'essayer de retrouver cette flexibilité des débuts, des petites organisations, qu'ils ne pourront jamais ravoir. Ils ne sont plus les trublions du secteur malgré l'image qu’ils veulent donner. Ce sont les nouveaux géants, c'est le nouveau monopole, ce sont ceux qu'il faut aller détrôner, clairement.

Émilie Chaudet : En attendant cette fin programmée de Google, on a parlé beaucoup de la responsabilité des États, de la responsabilité des consommateurs, et des différences culturelles aussi, que ça peut impliquer d'un pays à l'autre. Comment est-ce qu'on peut synthétiser ? Comment est-ce qu'on peut homogénéiser tout ça ? Vous disiez, tout à l'heure, qu'une cour internationale de l'internet ne serait pas souhaitable. Mais alors comment, en attendant, on peut régulariser, imposer des réglementations à Google ? Rapidement, en guise de conclusion. Andréa Fradin.

Andréa Fradin : C'est extrêmement complexe. J'en discutais récemment avec Bertrand de la Chapelle, un ancien du conseil d’administration de l'ICANN, un diplomate qui essaie de réfléchir à ces questions dans un nouveau projet, qui s'appelle « Internet et Juridiction », qui est très intéressant, qui essaie de combler, justement, ce fossé entre des juridictions en France, aux États-Unis, enfin bref dans tous les pays, et aussi dans des régions comme l'Europe, par exemple, qui sont lourdes, qui demandent beaucoup d’années et beaucoup d'argent, et qui ne sont pas adaptées au temps d'internet, et, de l'autre côté, des règlements qui sont faits sur le tas parce qu'il fallait bien trouver des solutions entre les pays et les plates-formes. Par exemple, quand la France demande à Twitter de gérer le hashtag « un bon juif », et du coup ça c’est opaque, c'est informel, on ne sait pas trop pourquoi des contenus sont retirés. Donc on essaie de trouver une solution, mais c'est très marginal.

Émilie Chaudet : Eh bien, merci beaucoup à vous trois d'avoir été avec nous ce soir. Andréa Fradin, journaliste, Olivier Babeau, consultant en stratégie et Benjamin Jean, juriste et membre de Framasoft. Peut-on dégoogliser Internet ? C'est la question à laquelle nous avons tenté de répondre ce soir. Demain on se retrouve avec une tout autre question : « Dans quelle guerre la Turquie s'engage-t-elle ? ». Très bonne soirée à tous et à demain.

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(19/06/2016 @ 15:23)

Je n'ai rien à cacher - Questions du public à Julien Vaubourg  Voir?


Nom de l'orateur

Titre : Je n'ai rien à cacher. Questions du public
Intervenant : Julien Vaubourg
Lieu : Séminaire MathC2+ - Inria Grand Est - Nancy
Date : Avril 2015
Durée : 25 min 12
Licence : Verbatim
Pour visionner la vidéo et le site de Julien Vaubourg

Transcription

Public : Bonjour. Mais juste, là d’accord on est surveillé partout et tout le temps, mais qu’est-ce qu’on peut faire ? Enfin c’est trop tard ! De toutes façons la majorité des gens ici ils ont tous un compte Facebook, peut-être Twitter, enfin voilà. Et qu’est-ce qu’on peut faire pour que justement ça s’arrête et qu’on puisse se rebeller face à tout ça ?

Julien Vaubourg : C’est très facile et c’est ça qui est intéressant, c’est qu’on a tous le pouvoir en fait. C’est-à-dire qu’à un moment donné, si tu n’es pas d’accord avec ce que fait Google ou Facebook sur toi, tu n’es pas obligée de les utiliser. Si tout le monde dit : « Moi Google, Facebook, j’arrête », ça veut dire que eux, à un moment donné, ils vont devoir réagir, parce que ce ne sont que des sociétés qui sont là pour gagner de l’argent, au final. Donc tu as l’entier pouvoir de ce qui se passe, tu n’es pas une victime, tu ne subis pas. Tu peux te positionner et dire : « Eh bien moi, Facebook, j’arrête ». Ou alors, faire un compromis. C’est-à-dire que plutôt que d’utiliser Facebook pour tout et n’importe quoi, plutôt que d’écrire en permanence à quelqu’un dans la messagerie instantanée de Facebook, eh bien je vais utiliser plutôt un e-mail, qui soit, de préférence, pas chez Google. Et petit à petit, comme ça, se sortir un peu de ce genre de service qui ne mérite pas notre confiance. On a tous les pouvoirs, sur beaucoup de choses, en fait.

Public : Vous avez dit que la NSA a des profils sur nous. C’est juste la NSA ? Ou il y a aussi quelque chose en France ou en Allemagne ? Plus proche ?

Julien Vaubourg : Effectivement on connaît bien la NSA parce qu’il y a eu les révélations d’Edward Snowden là-dessus, de Wikileaks à Julien Assange avant, et d’autres, et que c’est parce que c’est d’ampleur particulièrement impressionnante. Cela dit, effectivement, il ne faut pas se tromper, tous les pays rêveraient d’avoir plus ou moins ce que fait la NSA. Et ils l’ont à une échelle plus basse. On a eu des révélations, en France, il n’y a pas très longtemps, de ce faisait la DGSE et on sait qu’ils ont quelque chose qui est, au moins pour l’échelle française, plutôt similaire. En France, en ce moment, on est aussi sur le débat de la loi de renseignement, qui consiste à faire comme les États-Unis mais en plus, à le faire en légal. Donc, là, c’est ce que proposent nos députés, nos députés qui sont censés nous protéger, eh bien, en ce moment ils sont prêts à voter une loi qui va autoriser l’État à poser des boîtes noires sur tous les matériels des fournisseurs d’accès à internet. Ça veut dire que l’État va pouvoir, à un moment donné, espionner l’ensemble des communications des citoyens sur internet. C’est intolérable dans une démocratie et pourtant, nos députés vont peut-être voter ça dans quelques jours. Donc oui, en France, effectivement, on a le même problème.

Public : Les données que la NSA a, elles sont stockées où en fait ? Elles sont stockées où ? Où on peut les trouver si on veut, par exemple ?

Julien Vaubourg : Où exactement ça va être compliqué à déterminer. Cela dit il y a quelques centres de données qui sont connus, globalement ça va être dans ce qu’on appelle des data centers. Ce sont des grands, grands hangars, remplis d’ordinateurs, qui ont eux-mêmes tout plein de disques durs, et c’est là-dessus que c’est stocké. Donc c’est purement physique. Il y a des endroits, si on veut aller tout faire sauter on peut, et c’est bien pour ça que ces différents hangars ne sont certainement pas répertoriés sur une carte accessible à tous.

Public : La loi qui est en cours de vote actuellement, c’est juste une réédition, en fait, de la loi de Sarkozy d’il y a une dizaine d’années quand il était ministre de l’Intérieur, puisqu’il imposait déjà aux fournisseurs d’accès de stocker les informations pour cinq ans sur l’intégralité des clients.

Julien Vaubourg : Ouais, mais il y a une différence qui est fondamentale, c’est qu’effectivement on a nous a toujours demandé, pendant un an, de stocker l’ensemble de ces métadonnées. Et ensuite, c’est le gouvernement qui va faire des requêtes, dans le cadre d’une procédure judiciaire, pour savoir, pour obtenir des informations. Dons ça veut dire que les fournisseurs savent exactement ce qu’on leur demande, ils n’ont pas le droit de le divulguer, mais il y a une certaine forme de contrôle. Ici on parle de quelque chose de beaucoup plus proactif. Non seulement on va poser des boîtes noires, et vraiment le « boîtes noires » a été utilisé par Manuel Vals, c’est-à-dire qu’on va poser un équipement dont on n’a aucune connaissance de ce qu’il fait et c’est le gouvernement qui va pouvoir y accéder quand il souhaite pour espionner l’ensemble des communications. Donc on ne sait pas du tout ce qu’ils font avec, ni dans quelle mesure, et enfin, surtout très important, c’est que tout ça c’est sans juge.

Public : Avant c'était uniquement sur commission rogatoire. On est bien d'accord !

Julien Vaubourg : C’est ça. Donc là ils font ce qu’ils veulent et en plus, même s’ils veulent le faire légalement, eh bien ce n’est pas très compliqué parce qu’ils n’ont pas besoin de s’embêter. C’est le principe, presque, d’un État policier.

Public : Est-ce que justement, pour la loi de renseignement, là, il y a une lettre type qui existe, qu’on peut envoyer à nos députés, avec les argumentaires que tu as évoqués, avec les arguments que tu as évoqués. Parce que ça, ça se fait assez souvent, ça s’est fait pour d’autres lois. Les députés sont quand même assez réactifs sur ce que les citoyens qui les ont élus racontent.

Julien Vaubourg : Il y a tout un site qui existe qui s’appelle sous tiret surveillance point fr1, qui regroupe plein d’informations. Il y a notamment le piphone2. En fait c’est une initiative de la Quadrature du Net3, qu’ils ressortent malheureusement souvent, avec l’ensemble des députés qui sont référencés. On peut simplement cliquer et on peut appeler un député depuis internet, gratuitement, pour lui parler. Après des lettres types, il y en a qui existent. Le souci c’est que ça, ça passe vite dans les spams, les lettres types, parce qu’effectivement un député qui va recevoir cinquante fois la même lettre, c’est comme une pétition, ça perd très vite de sa valeur. Les députés c’est censé être notre accès local au gouvernement, donc c’est important d’aller les rencontrer et de leur parler les yeux dans les yeux pour leur demander : « Eh bien vous, qu’est-ce que vous votez ? Vous vous y êtes intéressé, qu’est-ce que vous en pensez ? » C’est vraiment l’argument de proximité qu’il faut privilégier, je pense.

Public : Les données qu’ils stockent, les profils, ils sont bien protégés alors, sûrement ? Est-ce qu’ils se sont déjà faits cracker une fois par quelqu’un ?

Julien Vaubourg : Pour la NSA, c’est dur de savoir, étant donné qu’on n’a aucune information sur ce qu’ils font. Du coup, on n’aura certainement pas l’information s’ils se font voler des choses. Cela dit ils se sont quand même fait voler des choses. Edward Snowden, c’est le principe, c’est qu’il a volé plein d’informations et les a données. Ça va que c’est un citoyen et qu’il a donné des choses qui protègent les citoyens. J’imagine qu’il aurait pu sortir des choses qui mettent à mal les citoyens. Après pour tous les intermédiaires, comme Google et Facebook, ça je l’ai dit, eux, par contre, ils se font régulièrement voler des données. Tout ce que vous leur confiez, toutes les choses qui concernent la moindre conversation que vous envoyez sur Facebook, ça arrive qu’ils se fassent voler tout ça. Et là on ne sait pas où ça part.

Public : Si on s’inscrit à la NSA et on se fait recruter par eux, on a accès à toutes ces données ?

Julien Vaubourg : Ça ne peut pas te répondre. J’imagine qu’ils ont des procédures en interne, qui font que la moindre personne qui est agent d’entretien dans la NSA n’a pas accès à toutes les données. Mais Edward Snowden qui est un informaticien, qui était un militant, il y a eu accès et c’est une bonne chose pour nous.

Public : Environ jusqu'à quel grade ilfaut monter alors pour avoir accès à plus ou moins de données ?

Julien Vaubourg : Pardon ?

Public : Jusqu'à quel grade il faut monter pour avoir accès ?

Julien Vaubourg : Je n’en sais rien du tout. Je ne peux pas. C’est aussi le problème, c’est que finalement tout ça c’est opaque. C’est un souci que je ne puisse pas te donner la réponse. C’est qu’à un moment donné, ils ont toutes les informations et, comme j’ai dit, c’est chez eux. On ne sait pas comment c’est protégé.

Public : En fait, dans les révélations de Snowden, il dit qu’il y a six niveaux d’autorisations différents, donc il faut arriver au dernier échelon. Donc il y a six échelons à monter. Du coup, pour continuer sur la loi de renseignement, il y a un petit argumentaire, l’argument, par exemple, des députés c’est de dire que s’ils ne votent pas cette loi, les prochains événements terroristes, en fait, ça sera de leur faute, parce qu’ils n’auront pas prévu de protéger les gens. Et il y a petit argument, en fait, qui est juste mathématique, c’est que dans ces boîtes noires, c’est prévu de faire du deep packet inspection4, c’est-à-dire d’inspecter tout ce qui passe, essayer de tirer un peu des profils typiques de terroristes. Et donc, si vous faites un test statistique, qui dit, par exemple, « cette personne-là, il y a 99 % de chances qu’elle soit terroriste ». Si en France il y a une personne sur mille qui est effectivement terroriste, quelle est la probabilité que la personne dont le test a dit : « Bon, celui-là c’est peut-être 99 % un terroriste », qu’elle soit vraiment un terroriste. C’est des probabilités, P de A sachant B, la loi de Bayes, et en fait, si vous avez un test qui dit « cette personne-là est peut-être terroriste », en fait elle ne le sera qu’à 9 %, avec une personne sur mille qui est terroriste, donc ça fait quand même 65 000 personnes terroristes en France. Donc les chiffres sont énormes. Comme quoi il y a des arguments. Et sur le site sous-surveillance, il y a un argumentaire pour appeler les députés. Alors ce n’est pas une lettre type. Il y a une lettre type, bien sûr, mais il y a des arguments auxquels on peut répondre quand, par exemple, les députés comme aujourd’hui, il y a Jean-Yves Le Déault, qui est un député de Meurthe-et-Moselle, qui vient de dire que « c’est bien parce que les metadata, de toutes façons, seront anonymes ». Sauf qu’on vient de le voir, les metadata ne sont pas anonymes. Et c’est notre député de Meurthe-et-Moselle qui le dit : « Ah, mais les metadata sont anonymes ». Donc qu’est-ce qu’on fait, du coup ?

Organisateur : Je voudrais reprendre son explication qui est très intéressante. Vous avez compris ce qui se passe, c’est que, comme il y a très peu de terroristes, même si le test se trompe rarement, comme c’est un événement rare, eh bien, quand vous faites la multiplication des probabilités, il va se planter. Et donc le problème, c’est qu’il n’y a pas assez de terroristes pour que le test soit efficace. Le deuxième élément, c’est que vous êtes peut-être surpris que dans un amphi scientifique, il y ait des chercheurs, ou d’autres collègues de la recherche, vous avez vu qu’il n’y a pas que des chercheurs qui se mobilisent. Eh bien, on est un peu concernés, parce qu’effectivement on ne se contente pas juste de faire nos équations. Et alors ensuite, j’ai deux mauvaises nouvelles. J’en ai une troisième, Julien, c’est qu’à mon avis toi maintenant tu vas être surveillé !

Julien Vaubourg : Oui, peut-être comme toi. Tu ne le sais pas !

Orgnisateur : La première mauvaise nouvelle, c’est qu'aujourd’hui, au moment où l'on vous parle, ils sont dans le Parlement en train de discuter la loi, et vous savez ce qui se passe, ils sont trente-cinq ! C’est-à-dire que ce qui se passe de très étonnant, c’est que le Parlement est vide. Et moi, je crois quelque chose, je crois que c’est une catastrophe, parce qu’en fait, ces députés n’ont jamais appris l’informatique à l’école. Et donc, s’ils ne sont que ça, je ne crois pas qu’ils soient plus méchants que les autres, je pense juste qu’ils ne comprennent pas du tout la loi qu’ils sont en train de voter. Une autre question pour continuer de se foutre les boules ?

Julien Vaubourg : Essaye de changer de voix à chaque fois.

Public : OK. Je vais changer de voix. Je voudrais savoir pour la loi en France, alors si elle se fait voter, est-ce qu’on aurait accès soi-même au profil reçu ?

Julien Vaubourg : Ça c’est assez compliqué. Je ne sais pas s’il y a cette information-là actuellement dans le projet de loi.

Organisateur : Tu peux résumer sa question parce qu’on n’a pas forcément tous compris vraiment bien.

Julien Vaubourg : C’est si la loi de renseignement, qui est actuellement en cours de débat, est effectivement adoptée, est-ce qu’on aura accès aux profils qui seront faits sur nous par le gouvernement français ? C’est dur à déterminer. Je ne sais pas s’il y a les informations qui sont dans le projet de loi qui permettent d’y répondre. Toujours est-il que, théoriquement, les fichiers comme le STIC que j’ai présenté tout à l’heure, on devrait aussi y avoir accès. Concrètement, ceux qui ont essayé savent que c'est extrêmement compliqué d'y avoir accès. Donc ce sera probablement quelque chose de similaire. On sait aussi que la France, en fait, c’est Le Monde qui l'a révélé il n'y a pas longtemps, a aussi un organisme de surveillance qui est rattaché à la DGSE et à beaucoup d'autres organismes, qui traitent aussi avec la NSA au passage, et qui font, en fait, déjà de la grosse surveillance, mais sans la loi. C'est-à-dire que c'est fait de façon illégale. La loi, d'ailleurs, n’encadrera pas plus que ça et donc tout ça, étant donné que ce n’est pas dans le cadre de la loi, eh bien on n’a accès à rien du tout. Donc probablement que non, tu ne sauras rien de qu'ils font sur toi.

Organisateur : Maintenant Julien ce que j’aimerais c’est qu’on ne quitte pas cette salle… Il y a des solutions alternatives. Et sans faire forcément de publicité pour telle ou telle, tu pourrais nous expliquer un petit peu à quel endroit on peut partager ? Il paraît que toi tu fais partie d'une association qui fait ça. Donc est-ce qu’aujourd’hui, pour des gens comme toi ou moi, on a des solutions qui remplaceraient, entre guillemets, Google et qui nous mettraient dans des situations beaucoup plus confortables ?

Julien Vaubourg : Alors on a beaucoup de solutions. Elles ne sont pas forcément extrêmement visibles parce que c'est le souci, c'est qu'on n'a pas les moyens de Google pour les rendre aussi visibles. Il y a pas exemple tout l’écosystème d’une association qui s'appelle Framasoft, sur framasoft.org5 qui va vous proposer d’avoir des réseaux sociaux qui sont respectueux de la vie privée, qui va vous permettre d'éditer des documents de façon collaborative, de façon respectueuse de votre vie privée, etc. Vous allez pouvoir faire tout plein de choses grâce à ces services-là, qui sont un exemple de ce qu'on peut faire sans Google et Facebook, et ce sont des services qui sont extrêmement performants.

Ensuite pour vos adresses e-mails vous avez aussi des associations. C’est extrêmement important d'avoir confiance en ceux à qui vous filez vos données. C'est-à-dire qu'à un moment donné, si vous partez en vacances, et que vous laissez vos clefs à un voisin pour qu'il consulte votre courrier papier, vous n'allez pas filer vos clefs à n'importe quel voisin. Vous allez avoir envie d'avoir confiance en lui. Eh bien là, c’est la même chose pour vos e-mails. Il faut aller chez des gens qu'on connaît, en qui on peut avoir confiance. Pour ça il y a des associations locales. Je vous avais donné, tout à l'heure, le lien ffdn.org6. Ça c’est une trentaine d’associations en France, et dedans vous pouvez en contacter une, et leur demander « est-ce vous fournissez une adresse e-mail » et du coup ils vous fourniront ce qu'il faut avec le même niveau de service que vous avez sur Gmail. Vous ne retrouverez pas forcément exactement toutes les fonctionnalités, mais en réalité ce n'est vraiment pas très grave. En plus ce sera cool, au lieu d’avoir @gmail.com, vous aurez @ votre nom de famille ou ce que vous voulez, .fr, .com, .net, ce sera beaucoup plus classe !

Public : Mais pour que ça soit efficace il faudrait que tout notre entourage ait ce genre de boîte mail, puisque vous avez dit, tout à l’heure, qu’on mettait en danger tout notre entourage, par exemple en ayant une boîte mail Google. Ça veut dire que si on envoie des messages à des personnes qui ont une boîte mail Google, même si notre messagerie est protégée, en quelque sorte, nos messages ne le seront pas.

Julien Vaubourg : Effectivement, c’est un vrai problème, c’est une excellente réflexion. C'est qu'à un moment donné, si je suis tout seul à militer, si je suis tout seul à faire attention à ma vie privée et que je ne communique qu'avec des gens qui sont, de toutes façons, sur des trucs pourris qu'ils surveillent, ça ne sert à rien. Cela dit, ça ne sert pas à rien, parce que toi, ça veut dire que dans ton écosystème, au milieu de tes amis, eh bien tu as une adresse qui n'est pas chez Gmail. Et donc il y a des gens qui vont te poser la question, qui vont te demander : « Eh bien pourquoi tu n’es pas sur Gmail ? » Et tu vas pouvoir leur répondre. Et il y en aura peut-être un deuxième qui va finir par faire la même chose, et puis un troisième, et puis un quatrième. C’est un peu le principe des 99 % et des 1 %, c’est-à-dire que ceux qui contrôlent tout, ce sont les 1 %, et nous, on est tous les 99 %. C'est-à-dire que, à nous tous, on a réellement ce pouvoir-là. Donc toi, tu vas commencer, tu vas être toute seule, tu vas être le 1 %, enfin le 0,001 % dans le 99 %. Mais ce n'est pas grave, parce qu'après, il suffit qu'il y ait une personne qui te suive, deux, s’il y a deux personnes qui suivent, chacune des personnes qui te suivent de façon exponentielle, très, très vite, tout le monde va quitter Gmail. C’est utopique, mais c’est comme ça, qu’en fait, toutes les grandes révolutions se sont faites, donc c’est aussi intéressant de les tenter.

Public : Tu parlais d’utopie. Je ne suis pas complètement convaincu par l’utopie, parce que, en particulier chez Google, ils avaient un service qui est Map et qui existe sur vos téléphones à tous, Google Maps, vous l’avez. Il y a approximativement cinq ans, je pense maintenant, ils avaient un service de localisation. C'est-à-dire qu’on acceptait certaines conditions, sur téléphone, et on était en permanence localisé et on localisait nos amis. C'est-à-dire que tu ouvrais ta carte Gmail, il y avait ton pointeur et il y avait le pointeur des gens que tu connaissais. Je ne sais pas si tu as connu le truc, ou pas, et ça a duré approximativement un an et demi puisqu'il y a eu une action collective, a priori en Allemagne, qui a justement mis en cause la sécurité des données, liée à ce phénomène-là. Et Google a retiré immédiatement ses applications, et aujourd’hui Maps ne fournit plus du tout ce genre de prestation, associé, justement, à l'aspect privatif de la position du téléphone. Donc de temps en temps, on peut même faire reculer des géants comme Google.

Julien Vaubourg : Oui bien sûr, je dis que ça peut paraître utopique, mais on fait énormément de choses et les lois européennes, en général, sont très bien pour casser, un peu, toutes les mauvaises pratiques de Google. Après, il faut aussi qu’on surveille ces lois-là parce que quand on voit ce qu'on vote en France, on se dit que ce serait bien qu'ils continuent à aller dans le bon sens et pas qu’ils se mettent à aller dans le mauvais. Effectivement, on peut faire beaucoup de choses. En réalité, on n'est pas du tout impuissant, au contraire, on a toute la puissance. Et ce sont nos choix qui font qu'ils existent : si personne n’utilise Gmail, Gmail n’existe pas, c’est aussi simple que ça.

Public : Y a-t-il aussi un moyen de recherche sur internet sans se faire surveiller, mais complètement. Comment Google encore, quand on ouvre internet ! Aucune surveillance ?

Julien Vaubourg : Il faudrait déterminer ce qu’on appelle aucune surveillance. Cela dit, ne pas se faire surveiller aussi grotesquement que ce qu’on se fait surveiller actuellement sur Google, il y a des services. Alors en l’occurrence il y a duckduckgo.com7. Moi c’est le moteur de recherche que j’utilise, qui est une alternative totale à Google et à ceux qui sont un peu du même acabit comme Bing et compagnie, qui fonctionne plutôt très bien. Ensuite il y a ceux qui fonctionnent en mode proxy, c'est-à-dire qui vont faire des requêtes pour vous chez Google et compagnie, mais finalement, on ne saura jamais que c'est vous, Google et compagnie ne sauront pas que c’est vous qui avez fait la requête à la base. Donc ça. Il y en a d'autres. Il y a Ixquick8, il y a plusieurs ce qu'on appelle des méta-recherches, qui existent. Il y a Framabee9 aussi. Je vous ai parlé de Framasoft, ça c’est leur solution à eux, pour faire ce genre de recherches.

Après, c’est peut-être aussi ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. C'est-à-dire qu'à un moment donné, si on considère que ces alternatives, qui sont peu connues, et parce qu'elles ne sont pas très connues, elles ne sont pas aussi puissantes que des solutions comme Google, etc., donc elles ne vont pas être forcément aussi pertinentes. Eh bien, ce n’est pas grave ! On peut, par exemple, si on va chez le Bing de Microsoft, alors Microsoft était dans la liste pour PRISM, il vous surveille bien comme il faut. Cela dit, si vous avez Android, que vous utilisez YouTube, Google Maps et compagnie, et que vous mettez le moteur de recherche Bing, eh bien, ça permet de diluer un peu quand même. C’est-à-dire, qu'à un moment donné, on ne donne quand même pas tout au même. Donc aller chez un autre méchant pour quitter un méchant. Si ce n’est pas le même méchant, et en plus, Google - Microsoft on sait qu'ils ne s'aiment pas trop, c’est toujours mieux que rien, c’est une solution. Mais sinon, duckduckgo.com, je vous invite à essayer. Je trouve ça plutôt cool.

Public : Moi j’ai deux questions. La première c’est quel est le modèle économique de Framasoft ? C’est-à-dire qu'on comprend bien que Google on ne paye pas parce que c’est nous le produit. Et Framasoft, comment il vit ?

Julien Vaubourg : Uniquement de dons. Donc ce sont les dons que font les gens. Si vous voulez faire un don, vous pouvez. Effectivement, c'est qu'à un moment donné, tous ces services-là, Google et compagnie, s'ils sont gratuits c’est parce que, derrière, ils revendent vos informations privées. Donc en fait, ils ne sont pas gratuits, vous les payez en nature avec vos informations privées. Donc, en fait vous les payez avec ce que vous avez de plus intime. En fait, c’est très cher Gmail et compagnie. Framasoft, eh bien à un moment donné, il y a des gens qui font simplement un virement bancaire, donc là c’est beaucoup plus rationnel et ça fonctionne bien. Cela dit, vous pouvez l'utiliser gratuitement et un jour, si vous voulez vous pourrez faire un don, mais ce n'est même pas obligatoire.

Public : Et ça passerait à l'échelle ? Parce que là, peut-être que le modèle économique par dons il tient le coup parce qu'il y a une petite frange de la population. Mais si on s'y mettait tous ?

Julien Vaubourg : Effectivement. Et le but n'est pas que Framasoft passe à l'échelle. Si Framasoft devenait énorme, aussi énorme que Google, il n'y a aucun souci qu'à un moment donné, les gouvernements feraient en sorte d’être chez Framasoft pour récupérer les données là où elles sont. Le but de Framasoft c'est de fournir des services, de montrer que ça fonctionne, de montrer que ce sont des alternatives crédibles, de les filer clefs en main, et qu'à un moment donné il y ait d'autres associations, d'autres structures qui reprennent tous les services et qui les refassent chez elles. Ça, c'est un truc qui est vachement important, c'est qu'ils n’utilisent que des logiciels libres, c'est-à-dire des logiciels que n'importe qui peut utiliser, n'importe qui peut lire, n'importe qui peut modifier, n'importe qui peut redistribuer, comme il le souhaite. Donc en fait, si vous avez un service chez Framasoft, que vous le trouvez particulièrement bien fait, eh bien simplement vous prenez le logiciel qu'ils utilisent, qui est en libre accès, vous l'installez sur une machine chez vous, et vous pouvez créer votre propre communauté. Et le but c'est d'avoir beaucoup, beaucoup de communautés, parce la décentralisation c'est toujours ce qu'il y a de plus sain quand on a ce genre de problèmes de surveillance.

Organisateur : Dis-nous en plus. Ce sont des logiciels donc que je peux prendre, mais ce sont aussi des logiciels que je peux lire. Donc tu peux peut-être vérifier dedans s'ils m'ont mis une saloperie ou s'ils sont vraiment clean ?

Julien Vaubourg : Effectivement, c'est ce qu'on disait tout à l'heure avec les boîtes noires, par exemple, sur la loi de renseignement. On va mettre des boîtes noires qui vont surveiller les accès, tous vos accès à internet, le problème c'est que ce soit une boîte noire ; c'est-à-dire que personne ne sait ce qu'elle fait à l’intérieur. C'est pareil pour les logiciels, quand vous utilisez un logiciel comme Windows, par exemple, vous n'avez aucune idée de ce fait ce logiciel-là avec vos données. À un moment donné, il peut décider de communiquer toutes vos informations, vous ne le saurez pas. Si vous utilisez des logiciels libres, ce sont des logiciels qui sont ouverts, que n'importe qui peut consulter. Alors vous, vous n'avez peut-être pas la capacité, actuellement, de le faire, encore que, mais en tout cas, vous pouvez vous reposer sur une base de bénévoles, de citoyens, de gens, de développeurs, qui eux, eh bien en permanence vont vérifier les codes sources de ces applications-là et, ne vous inquiétez pas, ils le diront s'il y a truc qui craint vraiment dedans. Donc en fait, quand vous utilisez des logiciels libres ce sont des logiciels qui, à priori, vous pouvez leur faire confiance parce que n'importe qui peut vérifier ce qu'ils font. Ce n'est pas le cas des autres logiciels que vous pouvez trouver, qu'on qualifie de propriétaires ou de privateurs.

Organisateur : Mais en fait, c'est entièrement de ta faute Julien ! Parce que ce sont des chercheurs en informatique qui ont permis à Google de monter leur produit. Et donc c'est à cause de mecs comme toi qu'on en est là, au niveau du numérique ! Non ?

Julien Vaubourg : Oui, éventuellement, c'est pour ça que c'est important d'avoir une éthique et de toujours se remettre en question, de réfléchir et de ne pas forcément aller à l’appât du gain, éventuellement.

Organisateur : À part l'un d'entre nous, est-ce que d'autres ont des questions ? Bitte Herr.

Public : Vous pouvez expliquer tous les domaines dans lesquels on peut utiliser Framasoft ?

Julien Vaubourg : Je ne vais pas te faire la liste complète parce que, et c'est plutôt une bonne nouvelle en fait, il y en a énormément. Je t'invite à aller sur framasoft.org et à regarder la liste toi-même. Il y a beaucoup d'outils, y compris des outils qu'on n'est pas habitué à utiliser. Par exemple faire un dessin de façon collaborative,c’est-à-dire qu'on va faire un schéma tous ensemble et, en fait, on pourra tous se connecter et le modifier. Ce sont les choses qui sont possibles. Il faut aller consulter.

Public : Est-ce que Framasoft et Framapad c'est la même chose ?

Julien Vaubourg : Framapad est un service de Framasoft. Tous les services de Framasoft commencent pas Frama. Framapad10, donc un pad, c'est un truc où on va pouvoir, du coup j'imagine que tu connais, mais pour les autres, ça va être une page sur laquelle on va voir tout le monde qui édite en même temps. C'est un peu ce qu'on retrouve dans Google Docs, sauf que là c'est en mode encore plus libre. Et n'importe qui peut ouvrir un document, il n'y a pas besoin de compte, il n'y a besoin de rien: On va pouvoir tous écrire en même temps, eh bien je ne sais pas, un rapport d'assemblée générale, un rapport pour un TP, pour un exposé, pour n'importe quoi. Et donc, effectivement, c'est un des services les plus connus que fournit Framasoft, de faire ça.

Organisateur : Est-ce que nous avons d’autres questions ? Je propose d'abord de remercier Julien.

Julien Vaubourg : Merci.

“Applaudissements.”

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Je n'ai rien à cacher - Questions du public à Julien Vaubourg  Voir?


Nom de l'orateur

Titre : Je n'ai rien à cacher. Questions du public
Intervenant : Julien Vaubourg
Lieu : Séminaire MathC2+ - Inria Grand Est - Nancy
Date : Avril 2015
Durée : 25 min 12
Licence : Verbatim
Pour visionner la vidéo et le site de Julien Vaubourg

Transcription

Public : Bonjour. Mais juste, là d’accord on est surveillé partout et tout le temps, mais qu’est-ce qu’on peut faire ? Enfin c’est trop tard ! De toutes façons la majorité des gens ici ils ont tous un compte Facebook, peut-être Twitter, enfin voilà. Et qu’est-ce qu’on peut faire pour que justement ça s’arrête et qu’on puisse se rebeller face à tout ça ?

Julien Vaubourg : C’est très facile et c’est ça qui est intéressant, c’est qu’on a tous le pouvoir en fait. C’est-à-dire qu’à un moment donné, si tu n’es pas d’accord avec ce que fait Google ou Facebook sur toi, tu n’es pas obligée de les utiliser. Si tout le monde dit : « Moi Google, Facebook, j’arrête », ça veut dire que eux, à un moment donné, ils vont devoir réagir, parce que ce ne sont que des sociétés qui sont là pour gagner de l’argent, au final. Donc tu as l’entier pouvoir de ce qui se passe, tu n’es pas une victime, tu ne subis pas. Tu peux te positionner et dire : « Eh bien moi, Facebook, j’arrête ». Ou alors, faire un compromis. C’est-à-dire que plutôt que d’utiliser Facebook pour tout et n’importe quoi, plutôt que d’écrire en permanence à quelqu’un dans la messagerie instantanée de Facebook, eh bien je vais utiliser plutôt un e-mail, qui soit, de préférence, pas chez Google. Et petit à petit, comme ça, se sortir un peu de ce genre de service qui ne mérite pas notre confiance. On a tous les pouvoirs, sur beaucoup de choses, en fait.

Public : Vous avez dit que la NSA a des profils sur nous. C’est juste la NSA ? Ou il y a aussi quelque chose en France ou en Allemagne ? Plus proche ?

Julien Vaubourg : Effectivement on connaît bien la NSA parce qu’il y a eu les révélations d’Edward Snowden là-dessus, de Wikileaks à Julien Assange avant, et d’autres, et que c’est parce que c’est d’ampleur particulièrement impressionnante. Cela dit, effectivement, il ne faut pas se tromper, tous les pays rêveraient d’avoir plus ou moins ce que fait la NSA. Et ils l’ont à une échelle plus basse. On a eu des révélations, en France, il n’y a pas très longtemps, de ce faisait la DGSE et on sait qu’ils ont quelque chose qui est, au moins pour l’échelle française, plutôt similaire. En France, en ce moment, on est aussi sur le débat de la loi de renseignement, qui consiste à faire comme les États-Unis mais en plus, à le faire en légal. Donc, là, c’est ce que proposent nos députés, nos députés qui sont censés nous protéger, eh bien, en ce moment ils sont prêts à voter une loi qui va autoriser l’État à poser des boîtes noires sur tous les matériels des fournisseurs d’accès à internet. Ça veut dire que l’État va pouvoir, à un moment donné, espionner l’ensemble des communications des citoyens sur internet. C’est intolérable dans une démocratie et pourtant, nos députés vont peut-être voter ça dans quelques jours. Donc oui, en France, effectivement, on a le même problème.

Public : Les données que la NSA a, elles sont stockées où en fait ? Elles sont stockées où ? Où on peut les trouver si on veut, par exemple ?

Julien Vaubourg : Où exactement ça va