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Exemples de RSS - April
Opération Libre 27 et 28 août 2016 - un week-end en Provence autour des communs numériques : OpenStreetMap, Wikipédia, Wikimedia Commons  Voir?

26 Août 2016 - 18:00
28 Août 2016 - 18:00

Opération Libre, c'est un week-end complet pour contribuer ensemble aux communs numériques, notamment OpenStreetMap, Wikipédia et Wikimedia Commons.

La prochaine édition aura lieu à Aiglun, près de Digne les samedi 27 et dimanche 28 août prochains avec le soutien de l'April.

Historiens, géographes, botanistes, développeurs, cartographes, photographes, designers, traducteurs, vidéastes, professionnels ou en herbe... et tous les curieux êtes invités à nous rejoindre pour 48 heures d'animations participatives destinées à collecter et libérer les informations et outils d'une commune avec les habitants et des contributeurs rassemblés pour l'occasion.

Aiglun est une commune provençale de 1 350 habitants située dans le département des Alpes-de-Haute-Provence. Soutenue par la ville de Digne-les-Bains qui est moteur dans l’ouverture de données, Aiglun souhaite valoriser son territoire en démarrant une démarche de partage de données libres :

  • répertorier la faune et flore locale sur Tela Botanica
  • créer des cartes du territoire basées sur OpenStreetMap
  • prendre des photographies et les partager librement sur Wikimedia Commons
  • mettre à disposition vos archives, cartes postales, images de la commune
  • rédiger des articles historiques de la commune sur Wikipédia
  • imprimantes 3D, films, drônes, vues aériennes, et bien plus encore !

Participation libre et gratuite pour tous, hébergement chez l'habitant et restauration sur place, venez nombreux !

... / ... Lire la suite

Opération Libre 27 et 28 août 2016 - un week-end en Provence autour des communs numériques : OpenStreetMap, Wikipédia, Wikimedia Commons  Voir?

26 Août 2016 - 18:00
28 Août 2016 - 18:00

Opération Libre, c'est un week-end complet pour contribuer ensemble aux communs numériques, notamment OpenStreetMap, Wikipédia et Wikimedia Commons.

La prochaine édition aura lieu à Aiglun, près de Digne les samedi 27 et dimanche 28 août prochains avec le soutien de l'April.

Historiens, géographes, botanistes, développeurs, cartographes, photographes, designers, traducteurs, vidéastes, professionnels ou en herbe... et tous les curieux êtes invités à nous rejoindre pour 48 heures d'animations participatives destinées à collecter et libérer les informations et outils d'une commune avec les habitants et des contributeurs rassemblés pour l'occasion.

Aiglun est une commune provençale de 1 350 habitants située dans le département des Alpes-de-Haute-Provence. Soutenue par la ville de Digne-les-Bains qui est moteur dans l’ouverture de données, Aiglun souhaite valoriser son territoire en démarrant une démarche de partage de données libres :

  • répertorier la faune et flore locale sur Tela Botanica
  • créer des cartes du territoire basées sur OpenStreetMap
  • prendre des photographies et les partager librement sur Wikimedia Commons
  • mettre à disposition vos archives, cartes postales, images de la commune
  • rédiger des articles historiques de la commune sur Wikipédia
  • imprimantes 3D, films, drônes, vues aériennes, et bien plus encore !

Participation libre et gratuite pour tous, hébergement chez l'habitant et restauration sur place, venez nombreux !

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(02/07/2016 @ 09:30)

Lettre d'information publique de l'April du 1er juillet 2016  Voir?

Bonjour,

Le mois de juin a été particulièrement riche. Plusieurs événements se sont déroulés. Un April Camp à Lille qui a permis notamment au groupe Transcriptions de nous proposer la lecture de nouvelles transcriptions. L'April était présente à Nevers pour l'opération « Dégooglisons Internet », manifestation organisée par l'agglomération. Un apéro à Saint-Étienne pour un point sur les actions en cours de l'April ainsi qu'une présentation par l’association Alolise concernant l'organisation à venir des RMLL 2017.

Last but not least actuellement et jusqu'au 3 juillet nous participons à Pas Sage en Seine/Hacker Space Festival à Choisy-le-Roy.

Une version EPUB de notre Guide Libre Association est désormais disponible.

Côté éducation, Microsoft instrumentalise les propos de deux ministres dans une opération de marketing ambigu en direction du monde de l'éducation.

Notre liste de discussions sur l'éducation est particulièrement active, nous avons publié une synthèse des nombreux échanges concernant Scratch, Snap et Arduino.

Et toujours dans le thème éducation, nous vous encourageons à participer à la campagne de financement participatif pour AbulÉdu.

Mercredi 29 juin s'est tenue la commission mixte paritaire (CMP) pour le projet de loi pour une « République numérique ». Le texte adopté maintient une communicabilité des codes sources des logiciels des administrations, mais sous conditions, et un simple encouragement à l'usage des logiciels libres.

Consultez la lettre publique ci-dessous pour toutes les autres informations et notamment la revue de presse qui propose une quinzaine d'articles.

Librement,
Frédéric Couchet
délégué général de l'April.

Si vous voulez nous soutenir, vous pouvez faire un don ou adhérer à l'association.

Le Guide Libre Association désormais disponible au format EPUB

Depuis avril 2016, sous l'impulsion de l'association Framasoft, une nouvelle version de notre Guide Libre Association est disponible. La version EPUB du guide vient d'être ajoutée. Le guide est ainsi à votre disposition sous différents formats sur le site libreassociation.info. Nous vous proposons ici de télécharger directement la version EPUB.

Projet de loi numérique : des codes sources communicables sous conditions et des logiciels libres simplement encouragés

La commission mixte paritaire (CMP) pour le projet de loi pour une « République numérique » réunie le 29 juin a été conclusive, un texte commun ayant été adopté. Texte dans lequel la commission confirme l'ouverture par défaut des codes sources des logiciels des administrations, toujours limitée par une exception très large de « sécurité des systèmes d'information », et maintient une disposition d' « encouragement » au logiciel libre dans le secteur public dénuée de portée normative.

Dossiers, campagnes et projets

Quand Microsoft instrumentalise l'Éducation nationale

Autant il est courant de reprendre des citations d'écrivains, philosophes, personnalités politiques, autant il est invraisemblable de voir des décideurs de l'Éducation nationale utilisés comme caution morale par la société Microsoft dans un marketing ambigu en direction du monde de l'éducation faisant suite au partenariat contesté signé en novembre 2015.

Scratch, Snap et Arduino : synthèse des échanges sur la liste du groupe de travail Éducation

Publication d'une synthèse de discussions sur la liste de diffusion du groupe de travail Éducation de l’April concernant Scratch, Snap et Arduino.

Participez à la campagne de financement participatif pour AbulÉdu

L'aventure Ryxéo s'est terminée au début du mois de mai et c'est une triste nouvelle, mais le logiciel libre AbulÉdu n'est pas mort pour autant. RyXéo était un des moteurs qui, en permettant de salarier développeurs et graphistes, aidait à faire avancer et rendre attractif le projet AbulÉdu porté par la communauté AbulÉdu-fr. Afin de poursuivre le développement d'AbulÉdu une campagne de financement participatif a été lancée. Il ne reste plus qu'une dizaine de jours pour participer.

L'Expolibre bientôt disponible en version anglaise et en version espagnole

L'Expolibre est une exposition itinérante expliquant les logiciels libres au grand public. Elle est actuellement constituée de huit panneaux. Grâce à l'implication de divers bénévoles, des traductions en anglais et en espagnol sont en cours de finalisation. Également, le site sera prochainement disponible en version multilingue.

Sept nouvelles transcriptions

Le groupe Transcriptions de l'April vous offre sept nouvelles lectures :

Médias

Revue de presse

La revue de presse fait partie du travail de veille mené par l'April dans le cadre de son action de défense et de promotion du Logiciel Libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Pour gérer cette revue de presse, un groupe de travail a été créé (vous pouvez en consulter la charte ici) ainsi qu'une liste de discussion rp@april.org où vous pouvez envoyer les liens vers les articles qui vous semblent intéressants.

La revue de presse est désormais diffusée également chaque semaine sur le site LinuxFr.org. Cette diffusion lui offre un lectorat plus large.

Cette revue de presse est commentée dans un podcast disponible sur http://audio.april.org.

Il est diffusé sur les radios : Radio Escapades, Radio Larzac et Ici&Maintenant et Libre@Toi.

Il existe un flux RSS permettant de recevoir la revue de presse au fur et à mesure (rapidement et article par article donc).

Les derniers titres de la revue de presse :

Conférences, événements

Événements à venir

Événements passés

Vie associative

Revue hebdomadaire

Chaque vendredi, à midi pile, les permanents et les adhérents qui le souhaitent passent en revue les tâches et actions relatives à l'April dont ils ont la charge lors de la « revue hebdomadaire April » sur IRC (canal #april sur irc.freenode.net, accès avec un navigateur web). La durée est limitée, généralement un quart d'heure. Cela stimule les bonnes volontés, suscite des idées et des contributions, permet de suivre les activités des uns et des autres et éliminer un certain nombre de problèmes bloquants.

Une page décrivant le principe d'une revue hebdomadaire est en ligne.

Vous pouvez en savoir plus en consultant en ligne les archives des premières revues hebdomadaires, et notamment la synthèse de la revue du 3 juin 2016, la synthèse de la revue du 10 juin 2016, la synthèse de la revue du 17 juin 2016, la synthèse de la revue du 24 juin 2016.

Adhésions

Au 1er juillet 2016, l'association compte 4 000 adhérents (3 620 personnes physiques, 380 personnes morales).

Soutenir l'association

L'April a besoin de votre aide. Vous pouvez faire un don à l'association et participer ainsi au financement de nos actions.

Pour faire un don à l'association, rendez-vous à l'adresse suivante http://www.april.org/association/dons.html (il est possible de faire un don par chèque, virement, carte bancaire ou encore prélèvement automatique).

Pour tout renseignement n'hésitez pas à nous contacter.

Rejoindre l'association à titre individuel

Dans une association, l'adhésion est un acte volontaire. C'est aussi un acte politique car c'est manifester son soutien à l'objet de l'association ainsi qu'aux valeurs qui le sous-tendent. Une adhésion fait la différence en contribuant à atteindre les objectifs de l'association.

Adhérer à l'April permet :

  • de défendre collectivement un projet de société ;
  • de s'investir activement dans la vie de l'association à travers ses groupes de travail et ses actions ;
  • d'être informé régulièrement des événements logiciel libre ;
  • d'agir sur les institutions à travers un partenaire incontournable ;
  • de soutenir financièrement les actions de l'association.

Il est possible d'aider l'association en lui donnant de son temps ou de son argent. Toutes les contributions sont les bienvenues.

Pour les hésitants, nous avons mis en ligne les réponses à de fausses idées classiques.

Pour adhérer à l'April, il suffit de vous rendre à l'adresse suivante : http://www.april.org/adherer?referent=lettre%20publique.

Pour tout renseignement, n'hésitez pas à nous contacter.

Rejoindre l'association en tant que personne morale

Que vous soyez une entreprise, une collectivité ou une association, adhérez pour participer activement aux décisions stratégiques qui vous concernent !

Votre structure a besoin de tirer le meilleur parti du logiciel libre et pour défendre ses intérêts, elle doit :

  • exercer une veille permanente pour se tenir informée des opportunités et des menaces ;
  • constituer et entretenir des réseaux relationnels institutionnels ;
  • être éclairée sur les contextes juridiques et stratégiques ;
  • contribuer à la défense de l'informatique libre face aux acteurs qui lui sont hostiles ;
  • mieux faire connaître et valoriser son action.

April est au cœur des grandes évolutions du logiciel libre. Adhérer à April permet :

  • de défendre collectivement un projet de société ;
  • de s'investir activement dans la vie de l'association à travers ses groupes de travail et ses actions ;
  • d'être informé régulièrement des événements logiciel libre ;
  • d'agir sur les institutions à travers un partenaire incontournable ;
  • de financer ou cofinancer des actions stratégiques.

Pour adhérer à l'April, il suffit de vous rendre à l'adresse suivante : adhérant dès maintenant à l'April.

Pour tout renseignement n'hésitez pas à nous contacter.

Archives

Pour recevoir automatiquement par courriel cette lettre, inscrivez-vous à la liste de diffusion

Les archives de la lettre sont disponibles en ligne.

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Lettre d'information publique de l'April du 1er juillet 2016  Voir?

Bonjour,

Le mois de juin a été particulièrement riche. Plusieurs événements se sont déroulés. Un April Camp à Lille qui a permis notamment au groupe Transcriptions de nous proposer la lecture de nouvelles transcriptions. L'April était présente à Nevers pour l'opération « Dégooglisons Internet », manifestation organisée par l'agglomération. Un apéro à Saint-Étienne pour un point sur les actions en cours de l'April ainsi qu'une présentation par l’association Alolise concernant l'organisation à venir des RMLL 2017.

Last but not least actuellement et jusqu'au 3 juillet nous participons à Pas Sage en Seine/Hacker Space Festival à Choisy-le-Roy.

Une version EPUB de notre Guide Libre Association est désormais disponible.

Côté éducation, Microsoft instrumentalise les propos de deux ministres dans une opération de marketing ambigu en direction du monde de l'éducation.

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Et toujours dans le thème éducation, nous vous encourageons à participer à la campagne de financement participatif pour AbulÉdu.

Mercredi 29 juin s'est tenue la commission mixte paritaire (CMP) pour le projet de loi pour une « République numérique ». Le texte adopté maintient une communicabilité des codes sources des logiciels des administrations, mais sous conditions, et un simple encouragement à l'usage des logiciels libres.

Consultez la lettre publique ci-dessous pour toutes les autres informations et notamment la revue de presse qui propose une quinzaine d'articles.

Librement,
Frédéric Couchet
délégué général de l'April.

Si vous voulez nous soutenir, vous pouvez faire un don ou adhérer à l'association.

Le Guide Libre Association désormais disponible au format EPUB

Depuis avril 2016, sous l'impulsion de l'association Framasoft, une nouvelle version de notre Guide Libre Association est disponible. La version EPUB du guide vient d'être ajoutée. Le guide est ainsi à votre disposition sous différents formats sur le site libreassociation.info. Nous vous proposons ici de télécharger directement la version EPUB.

Projet de loi numérique : des codes sources communicables sous conditions et des logiciels libres simplement encouragés

La commission mixte paritaire (CMP) pour le projet de loi pour une « République numérique » réunie le 29 juin a été conclusive, un texte commun ayant été adopté. Texte dans lequel la commission confirme l'ouverture par défaut des codes sources des logiciels des administrations, toujours limitée par une exception très large de « sécurité des systèmes d'information », et maintient une disposition d' « encouragement » au logiciel libre dans le secteur public dénuée de portée normative.

Dossiers, campagnes et projets

Quand Microsoft instrumentalise l'Éducation nationale

Autant il est courant de reprendre des citations d'écrivains, philosophes, personnalités politiques, autant il est invraisemblable de voir des décideurs de l'Éducation nationale utilisés comme caution morale par la société Microsoft dans un marketing ambigu en direction du monde de l'éducation faisant suite au partenariat contesté signé en novembre 2015.

Scratch, Snap et Arduino : synthèse des échanges sur la liste du groupe de travail Éducation

Publication d'une synthèse de discussions sur la liste de diffusion du groupe de travail Éducation de l’April concernant Scratch, Snap et Arduino.

Participez à la campagne de financement participatif pour AbulÉdu

L'aventure Ryxéo s'est terminée au début du mois de mai et c'est une triste nouvelle, mais le logiciel libre AbulÉdu n'est pas mort pour autant. RyXéo était un des moteurs qui, en permettant de salarier développeurs et graphistes, aidait à faire avancer et rendre attractif le projet AbulÉdu porté par la communauté AbulÉdu-fr. Afin de poursuivre le développement d'AbulÉdu une campagne de financement participatif a été lancée. Il ne reste plus qu'une dizaine de jours pour participer.

L'Expolibre bientôt disponible en version anglaise et en version espagnole

L'Expolibre est une exposition itinérante expliquant les logiciels libres au grand public. Elle est actuellement constituée de huit panneaux. Grâce à l'implication de divers bénévoles, des traductions en anglais et en espagnol sont en cours de finalisation. Également, le site sera prochainement disponible en version multilingue.

Sept nouvelles transcriptions

Le groupe Transcriptions de l'April vous offre sept nouvelles lectures :

Médias

Revue de presse

La revue de presse fait partie du travail de veille mené par l'April dans le cadre de son action de défense et de promotion du Logiciel Libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Pour gérer cette revue de presse, un groupe de travail a été créé (vous pouvez en consulter la charte ici) ainsi qu'une liste de discussion rp@april.org où vous pouvez envoyer les liens vers les articles qui vous semblent intéressants.

La revue de presse est désormais diffusée également chaque semaine sur le site LinuxFr.org. Cette diffusion lui offre un lectorat plus large.

Cette revue de presse est commentée dans un podcast disponible sur http://audio.april.org.

Il est diffusé sur les radios : Radio Escapades, Radio Larzac et Ici&Maintenant et Libre@Toi.

Il existe un flux RSS permettant de recevoir la revue de presse au fur et à mesure (rapidement et article par article donc).

Les derniers titres de la revue de presse :

Conférences, événements

Événements à venir

Événements passés

Vie associative

Revue hebdomadaire

Chaque vendredi, à midi pile, les permanents et les adhérents qui le souhaitent passent en revue les tâches et actions relatives à l'April dont ils ont la charge lors de la « revue hebdomadaire April » sur IRC (canal #april sur irc.freenode.net, accès avec un navigateur web). La durée est limitée, généralement un quart d'heure. Cela stimule les bonnes volontés, suscite des idées et des contributions, permet de suivre les activités des uns et des autres et éliminer un certain nombre de problèmes bloquants.

Une page décrivant le principe d'une revue hebdomadaire est en ligne.

Vous pouvez en savoir plus en consultant en ligne les archives des premières revues hebdomadaires, et notamment la synthèse de la revue du 3 juin 2016, la synthèse de la revue du 10 juin 2016, la synthèse de la revue du 17 juin 2016, la synthèse de la revue du 24 juin 2016.

Adhésions

Au 1er juillet 2016, l'association compte 4 000 adhérents (3 620 personnes physiques, 380 personnes morales).

Soutenir l'association

L'April a besoin de votre aide. Vous pouvez faire un don à l'association et participer ainsi au financement de nos actions.

Pour faire un don à l'association, rendez-vous à l'adresse suivante http://www.april.org/association/dons.html (il est possible de faire un don par chèque, virement, carte bancaire ou encore prélèvement automatique).

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Dans une association, l'adhésion est un acte volontaire. C'est aussi un acte politique car c'est manifester son soutien à l'objet de l'association ainsi qu'aux valeurs qui le sous-tendent. Une adhésion fait la différence en contribuant à atteindre les objectifs de l'association.

Adhérer à l'April permet :

  • de défendre collectivement un projet de société ;
  • de s'investir activement dans la vie de l'association à travers ses groupes de travail et ses actions ;
  • d'être informé régulièrement des événements logiciel libre ;
  • d'agir sur les institutions à travers un partenaire incontournable ;
  • de soutenir financièrement les actions de l'association.

Il est possible d'aider l'association en lui donnant de son temps ou de son argent. Toutes les contributions sont les bienvenues.

Pour les hésitants, nous avons mis en ligne les réponses à de fausses idées classiques.

Pour adhérer à l'April, il suffit de vous rendre à l'adresse suivante : http://www.april.org/adherer?referent=lettre%20publique.

Pour tout renseignement, n'hésitez pas à nous contacter.

Rejoindre l'association en tant que personne morale

Que vous soyez une entreprise, une collectivité ou une association, adhérez pour participer activement aux décisions stratégiques qui vous concernent !

Votre structure a besoin de tirer le meilleur parti du logiciel libre et pour défendre ses intérêts, elle doit :

  • exercer une veille permanente pour se tenir informée des opportunités et des menaces ;
  • constituer et entretenir des réseaux relationnels institutionnels ;
  • être éclairée sur les contextes juridiques et stratégiques ;
  • contribuer à la défense de l'informatique libre face aux acteurs qui lui sont hostiles ;
  • mieux faire connaître et valoriser son action.

April est au cœur des grandes évolutions du logiciel libre. Adhérer à April permet :

  • de défendre collectivement un projet de société ;
  • de s'investir activement dans la vie de l'association à travers ses groupes de travail et ses actions ;
  • d'être informé régulièrement des événements logiciel libre ;
  • d'agir sur les institutions à travers un partenaire incontournable ;
  • de financer ou cofinancer des actions stratégiques.

Pour adhérer à l'April, il suffit de vous rendre à l'adresse suivante : adhérant dès maintenant à l'April.

Pour tout renseignement n'hésitez pas à nous contacter.

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Les archives de la lettre sont disponibles en ligne.

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(01/07/2016 @ 17:06)

Projet de loi numérique : des codes sources communicables sous conditions et des logiciels libres simplement encouragés  Voir?

Paris, le 1er juillet 2016. Communiqué de presse.

La commission mixte paritaire (CMP) pour le projet de loi pour une « République numérique » réunie le 29 juin a été conclusive, un texte commun ayant été adopté. Texte dans lequel la commission confirme l'ouverture par défaut des codes sources des logiciels des administrations, toujours limitée par une exception très large de « sécurité des systèmes d'information », et maintient une disposition d' « encouragement » au logiciel libre dans le secteur public dénuée de portée normative.

Article 1er bis : ouverture des codes sources, mais une exception sous forme de blanc-seing

La rédaction finale de l'article 1er bis entérine la reconnaissance de la qualité de documents administratifs communicables pour les codes sources des logiciels des administrations. S'il s'agit d'une avancée réelle en termes d'ouverture et de transparence, le troisième alinéa de l'article introduit une exception à la communicabilité des documents administratifs en cas de risque d'atteinte « à la sécurité des systèmes d'information des administrations ». Exception disproportionnée, ancrée dans le fantasme de la sécurité par l'obscurité et qui porte le risque de vider l'avancée de cet article de sa substance.

Par ailleurs, la CMP est fort heureusement revenue sur un amendement adopté au Sénat, qui instaurait une exclusion systématique de certains codes sources du champ du droit à communication. Exception dangereuse contre laquelle l'April s'est mobilisée auprès des parlementaires.

Notons également que l'article 1er ter du projet de loi, tel qu'il est issu de la CMP, instaure que la communication de documents administratifs sous forme électronique « se fait dans un standard ouvert, aisément réutilisable et exploitable par un système de traitement automatisé ». Une rédaction à saluer et qui prend d'autant plus de sens avec la récente révision du référentiel général d'interopérabilité le 25 avril 2016.

Article 9 ter : une simple « déclaration de bonnes intentions » sur le logiciel libre

À compter de l'entrée en vigueur de la loi, les administrations devront encourager « l'utilisation des logiciels libres et des formats ouverts lors du développement, de l'achat ou de l'utilisation, de tout ou partie, de ces systèmes d'information ». Cette disposition souffre d'un manque flagrant de portée politique, est dénuée de toute portée contraignante et n'est assurément pas à la hauteur des enjeux. Seule une réelle priorité au logiciel libre dans le secteur public est à même de garantir l'indépendance technologique des administrations et leur souveraineté numérique. Priorité qui correspond à l'obligation d'un choix raisonné de privilégier le recours à une licence libre quand cela est possible, et selon des critères objectivement définis par décret.

Malgré la qualité des débats autour de cet article, tant à l'Assemblée nationale qu'au Sénat, le Parlement et le Gouvernement ont manqué cette occasion de doter les administrations d'une informatique loyale en faveur de l'intérêt général.

Le texte issu de la CMP est disponible. La prochaine étape est la présentation des conclusions de la CMP, suivie du vote définitif, dans les deux chambres parlementaires. D'abord à l'Assemblée nationale, le 20 juillet, puis au Sénat la première quinzaine de septembre.

Les articles 1er bis et 9 ter tels qu'ils devraient être votés dans le texte final :

Article 1er bis

I. - À la seconde phrase du premier alinéa de l'article L. 300-2 du code des relations entre le public et l'administration, après le mot : « prévisions », sont insérés les mots : « , codes sources ».

II. - Le 2° de l'article L. 311-5 du code des relations entre le public et l'administration est ainsi modifié :

1° À la fin du d, les mots : « ou à la sécurité des personnes » sont remplacés par les mots : « , à la sécurité des personnes ou à la sécurité des systèmes d'information des administrations » ;

2° Le g est ainsi rédigé :

« g) À la recherche et à la prévention, par les services compétents, d'infractions de toute nature ; ».

Article 9 ter

Les administrations mentionnées au premier alinéa de l'article L. 300-2 du code des relations entre le public et l'administration veillent à préserver la maîtrise, la pérennité et l'indépendance de leurs systèmes d'information.

Elles encouragent l'utilisation des logiciels libres et des formats ouverts lors du développement, de l'achat ou de l'utilisation, de tout ou partie, de ces systèmes d'information. Elles encouragent la migration de l'ensemble des composants de ces systèmes d'information vers le protocole IPV6, sous réserve de leur compatibilité, à compter du 1er janvier 2018.

... / ... Lire la suite

Projet de loi numérique : des codes sources communicables sous conditions et des logiciels libres simplement encouragés  Voir?

Paris, le 1er juillet 2016. Communiqué de presse.

La commission mixte paritaire (CMP) pour le projet de loi pour une « République numérique » réunie le 29 juin a été conclusive, un texte commun ayant été adopté. Texte dans lequel la commission confirme l'ouverture par défaut des codes sources des logiciels des administrations, toujours limitée par une exception très large de « sécurité des systèmes d'information », et maintient une disposition d' « encouragement » au logiciel libre dans le secteur public dénuée de portée normative.

Article 1er bis : ouverture des codes sources, mais une exception sous forme de blanc-seing

La rédaction finale de l'article 1er bis entérine la reconnaissance de la qualité de documents administratifs communicables pour les codes sources des logiciels des administrations. S'il s'agit d'une avancée réelle en termes d'ouverture et de transparence, le troisième alinéa de l'article introduit une exception à la communicabilité des documents administratifs en cas de risque d'atteinte « à la sécurité des systèmes d'information des administrations ». Exception disproportionnée, ancrée dans le fantasme de la sécurité par l'obscurité et qui porte le risque de vider l'avancée de cet article de sa substance.

Par ailleurs, la CMP est fort heureusement revenue sur un amendement adopté au Sénat, qui instaurait une exclusion systématique de certains codes sources du champ du droit à communication. Exception dangereuse contre laquelle l'April s'est mobilisée auprès des parlementaires.

Notons également que l'article 1er ter du projet de loi, tel qu'il est issu de la CMP, instaure que la communication de documents administratifs sous forme électronique « se fait dans un standard ouvert, aisément réutilisable et exploitable par un système de traitement automatisé ». Une rédaction à saluer et qui prend d'autant plus de sens avec la récente révision du référentiel général d'interopérabilité le 25 avril 2016.

Article 9 ter : une simple « déclaration de bonnes intentions » sur le logiciel libre

À compter de l'entrée en vigueur de la loi, les administrations devront encourager « l'utilisation des logiciels libres et des formats ouverts lors du développement, de l'achat ou de l'utilisation, de tout ou partie, de ces systèmes d'information ». Cette disposition souffre d'un manque flagrant de portée politique, est dénuée de toute portée contraignante et n'est assurément pas à la hauteur des enjeux. Seule une réelle priorité au logiciel libre dans le secteur public est à même de garantir l'indépendance technologique des administrations et leur souveraineté numérique. Priorité qui correspond à l'obligation d'un choix raisonné de privilégier le recours à une licence libre quand cela est possible, et selon des critères objectivement définis par décret.

Malgré la qualité des débats autour de cet article, tant à l'Assemblée nationale qu'au Sénat, le Parlement et le Gouvernement ont manqué cette occasion de doter les administrations d'une informatique loyale en faveur de l'intérêt général.

Le texte issu de la CMP est disponible. La prochaine étape est la présentation des conclusions de la CMP, suivie du vote définitif, dans les deux chambres parlementaires. D'abord à l'Assemblée nationale, le 20 juillet, puis au Sénat la première quinzaine de septembre.

Les articles 1er bis et 9 ter tels qu'ils devraient être votés dans le texte final :

Article 1er bis

I. - À la seconde phrase du premier alinéa de l'article L. 300-2 du code des relations entre le public et l'administration, après le mot : « prévisions », sont insérés les mots : « , codes sources ».

II. - Le 2° de l'article L. 311-5 du code des relations entre le public et l'administration est ainsi modifié :

1° À la fin du d, les mots : « ou à la sécurité des personnes » sont remplacés par les mots : « , à la sécurité des personnes ou à la sécurité des systèmes d'information des administrations » ;

2° Le g est ainsi rédigé :

« g) À la recherche et à la prévention, par les services compétents, d'infractions de toute nature ; ».

Article 9 ter

Les administrations mentionnées au premier alinéa de l'article L. 300-2 du code des relations entre le public et l'administration veillent à préserver la maîtrise, la pérennité et l'indépendance de leurs systèmes d'information.

Elles encouragent l'utilisation des logiciels libres et des formats ouverts lors du développement, de l'achat ou de l'utilisation, de tout ou partie, de ces systèmes d'information. Elles encouragent la migration de l'ensemble des composants de ces systèmes d'information vers le protocole IPV6, sous réserve de leur compatibilité, à compter du 1er janvier 2018.

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(01/07/2016 @ 15:28)

Participez à la campagne de financement participatif pour AbulÉdu  Voir?

L'aventure Ryxéo s'est terminée au début du mois de mai et c'est une triste nouvelle, mais le logiciel libre AbulÉdu n'est pas mort pour autant. RyXéo était un des moteurs qui, en permettant de salarier développeurs et graphistes, aidait à faire avancer et rendre attractif le projet AbulÉdu porté par la communauté AbulÉdu-fr. Afin de poursuivre le développement d'AbulÉdu une campagne de financement participatif a été lancée. Il ne reste plus qu'une dizaine de jours pour participer.

Qu'est ce qu'AbulÉdu ?

Depuis plus de 15 ans, AbulÉdu propose une ensemble de ressources et logiciels éducatifs libres pour le premier degré.

On trouve plus de 25.000 ressources éducatives libres (indexées ScoLOMFR), un site de diffusion de vidéos pour enfants sans publicités, un site de micro-blogging BabyTwit sans publicités pour les écoles, une solution serveur local, des centaines d'histoires en images lues à écouter et réutiliser, une solution poste de travail complète sous GNU/linux et une vingtaine de logiciels éducatifs métiers développés en grande partie par des professeurs des écoles pour apprendre les mathématiques, langues etc.

On trouve aussi une plate-forme de visioconférence, un cloud libre et loyal. Bref tout un ensemble de ressources et solutions taillées pour les écoles maternelles et primaires.

Poursuivre le développement d'AbulÉdu

L'association AbulÉdu-fr a décidé de reprendre le flambeau et de tenter de passer le développement d'AbulEdu sur le modèle associatif.

C'est pourquoi AbulÉdu a lancé une campagne de financement participatif. Le but de ce financement participatif est double : embaucher un développeur chef de projet pour adapter tous les services et logiciels existants à cette nouvelle logique et en parallèle, prendre en charge le financement des locations de serveurs.

Deux paliers seront prévus : le premier à 25 000 € permettant de salarier un développeur / chef de projet pendant 4-5 mois, un autre à 50 000€ pour pousser à 9-10 mois.

Cette campagne se déroule en parallèle d'une demande de subvention au ministère. Les ambitions sont élevées c'est pourquoi tout soutien est le bienvenu.

AbulÉdu est une des plus importantes suites de logiciels éducatifs et de ressources éducatives libres pour le premier degré.

Soutenez dès maintenant AbulÉdu !

... / ... Lire la suite

Participez à la campagne de financement participatif pour AbulÉdu  Voir?

L'aventure Ryxéo s'est terminée au début du mois de mai et c'est une triste nouvelle, mais le logiciel libre AbulÉdu n'est pas mort pour autant. RyXéo était un des moteurs qui, en permettant de salarier développeurs et graphistes, aidait à faire avancer et rendre attractif le projet AbulÉdu porté par la communauté AbulÉdu-fr. Afin de poursuivre le développement d'AbulÉdu une campagne de financement participatif a été lancée. Il ne reste plus qu'une dizaine de jours pour participer.

Qu'est ce qu'AbulÉdu ?

Depuis plus de 15 ans, AbulÉdu propose une ensemble de ressources et logiciels éducatifs libres pour le premier degré.

On trouve plus de 25.000 ressources éducatives libres (indexées ScoLOMFR), un site de diffusion de vidéos pour enfants sans publicités, un site de micro-blogging BabyTwit sans publicités pour les écoles, une solution serveur local, des centaines d'histoires en images lues à écouter et réutiliser, une solution poste de travail complète sous GNU/linux et une vingtaine de logiciels éducatifs métiers développés en grande partie par des professeurs des écoles pour apprendre les mathématiques, langues etc.

On trouve aussi une plate-forme de visioconférence, un cloud libre et loyal. Bref tout un ensemble de ressources et solutions taillées pour les écoles maternelles et primaires.

Poursuivre le développement d'AbulÉdu

L'association AbulÉdu-fr a décidé de reprendre le flambeau et de tenter de passer le développement d'AbulEdu sur le modèle associatif.

C'est pourquoi AbulÉdu a lancé une campagne de financement participatif. Le but de ce financement participatif est double : embaucher un développeur chef de projet pour adapter tous les services et logiciels existants à cette nouvelle logique et en parallèle, prendre en charge le financement des locations de serveurs.

Deux paliers seront prévus : le premier à 25 000 € permettant de salarier un développeur / chef de projet pendant 4-5 mois, un autre à 50 000€ pour pousser à 9-10 mois.

Cette campagne se déroule en parallèle d'une demande de subvention au ministère. Les ambitions sont élevées c'est pourquoi tout soutien est le bienvenu.

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(01/07/2016 @ 11:30)

Quand Microsoft instrumentalise l'Éducation Nationale  Voir?

Paris, le 28 juin 2016. Communiqué de presse.

Autant il est courant de reprendre des citations d'écrivains, philosophes, personnalités politiques, autant il est invraisemblable de voir des décideurs de l'Éducation Nationale utilisés comme caution morale par la société Microsoft dans un marketing ambigu en direction du monde de l'éducation faisant suite au partenariat contesté signé en novembre 2015. Même s'il semble clair que le Ministère n'ait pas été acteur de cette campagne qui l'instrumentalise, cela renforce ce que nous dénoncions à savoir sa mise sous tutelle par cette entreprise américaine qui se poursuit au détriment d'une formation à l'informatique indépendante pour nos élèves qui ne peut se faire qu'en utilisant des logiciels libres et des formats ouverts.

Pour rappel, le texte intégral de l'accord, disponible sur le site de l'Éducation Nationale, présente plusieurs axes, dont la formation des enseignants à la maîtrise des environnements Microsoft en classe, la mise à disposition d'un écosystème Cloud, d'une plateforme de formation à distance. L'apprentissage du code se fera aussi sous l'égide de l'entreprise américaine. Cet accord prévoit aussi la formation de « décideurs de haut niveau » au sein des services du Ministère ou des académies. Il est également prévu de former 2500 chefs d'établissements.

Ce partenariat ressemble fort à un traité d'occupation de l'École numérique réalisé de plus sans consultation des acteurs de l'éducation. En interne la société peut compter sur de nombreux relais, souvent des enseignants en exercice, qu'elle regroupe dans un réseau nommé : « Microsoft Innovative Educator (MIE) Expert ».

Parmi les axes de ce partenariat ne figuraient pas les aspects liés au marketing. C'est désormais chose faite via le compte Twitter de Microsoft Education France qui semble considérer qu'elle a acquis tous les droits sur l'image et les propos des ministres français.

Voici un premier message avec Catherine Becchetti Bizot, Inspectrice générale de l'éducation nationale, chargée de mission numérique et surtout ancienne directrice du numérique pour l'éducation :

Becceti Bizot

Voici un autre avec Thierry Mandon, Secrétaire d'État chargé de l'Enseignement supérieur et de la Recherche :

Thierry Mandon

Même Mme la Ministre Najat Vallaud-Belkacem se retrouve instrumentalisée :

Najat Vallaud-Belkacem

Au-delà d'un marketing qui entretient volontiers la confusion, il est navrant de voir la direction prise par l'École dite numérique alors que nombre de personnels ont signé notre appel en faveur de l'utilisation des formats ouverts, ont dénoncé ce partenariat et que le collectif Édunathon (composé du CNLL, Ploss-ra et La Mouette) a engagé une action en justice. Tout cela est pour le moment sans réelle réponse de la part du Ministère. Il serait d'ailleurs intéressant de connaître la position des personnalités publiques concernées sur cette instrumentalisation de leurs propos.

Et Rémi Boulle, vice-président de l'April, de se poser la question : « Mme la Ministre Najat Vallaud-Belkacem serait-elle la nouvelle égérie de Microsoft ? Il s'agit d'un montage réalisé par Microsoft mais qui nous rappelle la mauvaise direction prise par l'École numérique : des logiciels privateurs et des formats fermés éloignés de toute vision politique forte qui aurait le mérite de contribuer à structurer davantage le marché du logiciel libre pour l'éducation en France ».

Plus de six mois après la signature de ce partenariat, il serait intéressant d'avoir un premier bilan : combien de « décideurs de haut-niveau » ont été formés sur les produits Microsoft ? Combien de chefs d'établissements et d'enseignants formés aux environnements numériques proposés par Microsoft ?

À propos de l'April

Pionnière du logiciel libre en France, l'April est depuis 1996 un acteur majeur de la démocratisation et de la diffusion du Logiciel Libre et des standards ouverts auprès du grand public, des professionnels et des institutions dans l'espace francophone. Elle veille aussi à sensibiliser l'opinion sur les dangers d'une appropriation exclusive de l'information et du savoir par des intérêts privés.

L'association est constituée de plus de 4 400 membres utilisateurs et producteurs de logiciels libres.

Pour plus d'informations, vous pouvez vous rendre sur le site Web à l'adresse suivante : http://www.april.org/, nous contacter par téléphone au +33 1 78 76 92 80 ou par notre formulaire de contact.

Contacts presse :

Frédéric Couchet, délégué général, fcouchet@april.org +33 1 78 76 92 80 / +33 6 60 68 89 31

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Quand Microsoft instrumentalise l'Éducation Nationale  Voir?

Paris, le 28 juin 2016. Communiqué de presse.

Autant il est courant de reprendre des citations d'écrivains, philosophes, personnalités politiques, autant il est invraisemblable de voir des décideurs de l'Éducation Nationale utilisés comme caution morale par la société Microsoft dans un marketing ambigu en direction du monde de l'éducation faisant suite au partenariat contesté signé en novembre 2015. Même s'il semble clair que le Ministère n'ait pas été acteur de cette campagne qui l'instrumentalise, cela renforce ce que nous dénoncions à savoir sa mise sous tutelle par cette entreprise américaine qui se poursuit au détriment d'une formation à l'informatique indépendante pour nos élèves qui ne peut se faire qu'en utilisant des logiciels libres et des formats ouverts.

Pour rappel, le texte intégral de l'accord, disponible sur le site de l'Éducation Nationale, présente plusieurs axes, dont la formation des enseignants à la maîtrise des environnements Microsoft en classe, la mise à disposition d'un écosystème Cloud, d'une plateforme de formation à distance. L'apprentissage du code se fera aussi sous l'égide de l'entreprise américaine. Cet accord prévoit aussi la formation de « décideurs de haut niveau » au sein des services du Ministère ou des académies. Il est également prévu de former 2500 chefs d'établissements.

Ce partenariat ressemble fort à un traité d'occupation de l'École numérique réalisé de plus sans consultation des acteurs de l'éducation. En interne la société peut compter sur de nombreux relais, souvent des enseignants en exercice, qu'elle regroupe dans un réseau nommé : « Microsoft Innovative Educator (MIE) Expert ».

Parmi les axes de ce partenariat ne figuraient pas les aspects liés au marketing. C'est désormais chose faite via le compte Twitter de Microsoft Education France qui semble considérer qu'elle a acquis tous les droits sur l'image et les propos des ministres français.

Voici un premier message avec Catherine Becchetti Bizot, Inspectrice générale de l'éducation nationale, chargée de mission numérique et surtout ancienne directrice du numérique pour l'éducation :

Becceti Bizot

Voici un autre avec Thierry Mandon, Secrétaire d'État chargé de l'Enseignement supérieur et de la Recherche :

Thierry Mandon

Même Mme la Ministre Najat Vallaud-Belkacem se retrouve instrumentalisée :

Najat Vallaud-Belkacem

Au-delà d'un marketing qui entretient volontiers la confusion, il est navrant de voir la direction prise par l'École dite numérique alors que nombre de personnels ont signé notre appel en faveur de l'utilisation des formats ouverts, ont dénoncé ce partenariat et que le collectif Édunathon (composé du CNLL, Ploss-ra et La Mouette) a engagé une action en justice. Tout cela est pour le moment sans réelle réponse de la part du Ministère. Il serait d'ailleurs intéressant de connaître la position des personnalités publiques concernées sur cette instrumentalisation de leurs propos.

Et Rémi Boulle, vice-président de l'April, de se poser la question : « Mme la Ministre Najat Vallaud-Belkacem serait-elle la nouvelle égérie de Microsoft ? Il s'agit d'un montage réalisé par Microsoft mais qui nous rappelle la mauvaise direction prise par l'École numérique : des logiciels privateurs et des formats fermés éloignés de toute vision politique forte qui aurait le mérite de contribuer à structurer davantage le marché du logiciel libre pour l'éducation en France ».

Plus de six mois après la signature de ce partenariat, il serait intéressant d'avoir un premier bilan : combien de « décideurs de haut-niveau » ont été formés sur les produits Microsoft ? Combien de chefs d'établissements et d'enseignants formés aux environnements numériques proposés par Microsoft ?

À propos de l'April

Pionnière du logiciel libre en France, l'April est depuis 1996 un acteur majeur de la démocratisation et de la diffusion du Logiciel Libre et des standards ouverts auprès du grand public, des professionnels et des institutions dans l'espace francophone. Elle veille aussi à sensibiliser l'opinion sur les dangers d'une appropriation exclusive de l'information et du savoir par des intérêts privés.

L'association est constituée de plus de 4 400 membres utilisateurs et producteurs de logiciels libres.

Pour plus d'informations, vous pouvez vous rendre sur le site Web à l'adresse suivante : http://www.april.org/, nous contacter par téléphone au +33 1 78 76 92 80 ou par notre formulaire de contact.

Contacts presse :

Frédéric Couchet, délégué général, fcouchet@april.org +33 1 78 76 92 80 / +33 6 60 68 89 31

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(28/06/2016 @ 10:43)

L'April présente à Pas Sage en Seine / Hacker Space Festival - du 30 juin au 3 juillet 2016  Voir?

30 Juin 2016 - 10:00
3 Juillet 2016 - 23:00

L'April sera présente à Pas Sage en Seine, qui cette année fusionne avec le Hacker Space Festival dans le but de créer un espace convivial, festif et inclusif pour promouvoir discours critiques et pratiques originales sur l'usage des outils numériques.

De nombreuses conférences sont proposées autour de hacking, activisme, vie privée, biens communs, Internet…

Le festival accueille également un espace communautaire où l'April sera présente avec de nombreuses associations amies comme Mozilla, Framasoft, La Quadrature du Net.

Nous vous invitons à venir nous rencontrer et à participer à l'animation du stand, pour faire de cet événement un moment fort de nos actions de sensibilisation.

Médiathèque Louis Aragon
17 rue Pierre Mendès France
94600 Choisy-le-Roy

RER : Ligne C, arrêt Gare de Choisy

Bus : 183, Tvm

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L'April présente à Pas Sage en Seine / Hacker Space Festival - du 30 juin au 3 juillet 2016  Voir?

30 Juin 2016 - 10:00
3 Juillet 2016 - 23:00

L'April sera présente à Pas Sage en Seine, qui cette année fusionne avec le Hacker Space Festival dans le but de créer un espace convivial, festif et inclusif pour promouvoir discours critiques et pratiques originales sur l'usage des outils numériques.

De nombreuses conférences sont proposées autour de hacking, activisme, vie privée, biens communs, Internet…

Le festival accueille également un espace communautaire où l'April sera présente avec de nombreuses associations amies comme Mozilla, Framasoft, La Quadrature du Net.

Nous vous invitons à venir nous rencontrer et à participer à l'animation du stand, pour faire de cet événement un moment fort de nos actions de sensibilisation.

Médiathèque Louis Aragon
17 rue Pierre Mendès France
94600 Choisy-le-Roy

RER : Ligne C, arrêt Gare de Choisy

Bus : 183, Tvm

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(27/06/2016 @ 17:27)

Revue de presse de l'April pour la semaine 25 de l'année 2016  Voir?

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 25

[ZDNet France] Les logiciels libres, ”seule alternative viable” pour la souveraineté numérique

Par Thierry Noisette, le dimanche 26 juin 2016. Extrait:
> Informaticien et commissaire à la Cnil, François Pellegrini plaide pour une priorité aux logiciels libres afin d'assurer une souveraineté numérique réelle.
Lien vers l'article original: http://www.zdnet.fr/actualites/les-logiciels-libres-seule-alternative-viable-pour-la-souverainete-numerique-39838886.htm

[Next INpact] L'Observatoire des libertés et du numérique juge la loi Lemaire «profondément décevante»

Par Xavier Berne, le samedi 25 juin 2016. Extrait:
> Même si le Parlement ne l’a pas encore adopté définitivement, l’Observatoire des libertés et du numérique (qui compte dans ses rangs la Ligue des droits de l'Homme ou La Quadrature du Net) juge d’ores et déjà que le projet de loi Numérique porté par Axelle Lemaire est «profondément» décevant et décourageant, tant sur sa méthode d’élaboration que sur son contenu.
Lien vers l'article original: http://www.nextinpact.com/news/100411-l-observatoire-libertes-et-numerique-juge-loi-lemaire-profondement-decevante.htm

[Next INpact] CHATONS: Framasoft veut promouvoir les hébergeurs «responsables»

Par Vincent Hermann, le vendredi 24 juin 2016. Extrait:
> Framasoft, après avoir souhaité «degoogliser» Internet, tourne son regard vers les hébergeurs. Il prépare ainsi une nouvelle initiative, baptisée CHATONS, qui doit permettre à n’importe quel type de structure de stocker des données en respectant une stricte charte de transparence. L'idée reste la même: lutter contre les GAFAM.
Lien vers l'article original: http://www.nextinpact.com/news/100393-chatons-framasoft-veut-promouvoir-hebergeurs-responsables.htm

Et aussi:
[lejdc] Comment protéger ses données? La réponse à Nevers avec Dégooglisons Internet

[ZDNet] L’Open Source est en train de tuer Android

Par Adrian Kingsley-Hughes, le mardi 21 juin 2016. Extrait:
> La plupart des problèmes d’Android proviennent du fait qu’il s’agit d’un système d’exploitation Open source.
Lien vers l'article original: http://www.zdnet.fr/actualites/l-open-source-est-en-train-de-tuer-android-39838644.htm

[Silicon] La communauté renforce son soutien en faveur de LibreOffice

Par David Feugey, le lundi 20 juin 2016. Extrait:
> The Document Foundation, The GNOME Foundation et KDE e.V. font bloc autour de la suite bureautique Open Source LibreOffice.
Lien vers l'article original: http://www.silicon.fr/la-communaute-linux-renforce-son-soutien-en-faveur-de-libreoffice-150738.html

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

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Revue de presse de l'April pour la semaine 25 de l'année 2016  Voir?

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 25

[ZDNet France] Les logiciels libres, ”seule alternative viable” pour la souveraineté numérique

Par Thierry Noisette, le dimanche 26 juin 2016. Extrait:
> Informaticien et commissaire à la Cnil, François Pellegrini plaide pour une priorité aux logiciels libres afin d'assurer une souveraineté numérique réelle.
Lien vers l'article original: http://www.zdnet.fr/actualites/les-logiciels-libres-seule-alternative-viable-pour-la-souverainete-numerique-39838886.htm

[Next INpact] L'Observatoire des libertés et du numérique juge la loi Lemaire «profondément décevante»

Par Xavier Berne, le samedi 25 juin 2016. Extrait:
> Même si le Parlement ne l’a pas encore adopté définitivement, l’Observatoire des libertés et du numérique (qui compte dans ses rangs la Ligue des droits de l'Homme ou La Quadrature du Net) juge d’ores et déjà que le projet de loi Numérique porté par Axelle Lemaire est «profondément» décevant et décourageant, tant sur sa méthode d’élaboration que sur son contenu.
Lien vers l'article original: http://www.nextinpact.com/news/100411-l-observatoire-libertes-et-numerique-juge-loi-lemaire-profondement-decevante.htm

[Next INpact] CHATONS: Framasoft veut promouvoir les hébergeurs «responsables»

Par Vincent Hermann, le vendredi 24 juin 2016. Extrait:
> Framasoft, après avoir souhaité «degoogliser» Internet, tourne son regard vers les hébergeurs. Il prépare ainsi une nouvelle initiative, baptisée CHATONS, qui doit permettre à n’importe quel type de structure de stocker des données en respectant une stricte charte de transparence. L'idée reste la même: lutter contre les GAFAM.
Lien vers l'article original: http://www.nextinpact.com/news/100393-chatons-framasoft-veut-promouvoir-hebergeurs-responsables.htm

Et aussi:
[lejdc] Comment protéger ses données? La réponse à Nevers avec Dégooglisons Internet

[ZDNet] L’Open Source est en train de tuer Android

Par Adrian Kingsley-Hughes, le mardi 21 juin 2016. Extrait:
> La plupart des problèmes d’Android proviennent du fait qu’il s’agit d’un système d’exploitation Open source.
Lien vers l'article original: http://www.zdnet.fr/actualites/l-open-source-est-en-train-de-tuer-android-39838644.htm

[Silicon] La communauté renforce son soutien en faveur de LibreOffice

Par David Feugey, le lundi 20 juin 2016. Extrait:
> The Document Foundation, The GNOME Foundation et KDE e.V. font bloc autour de la suite bureautique Open Source LibreOffice.
Lien vers l'article original: http://www.silicon.fr/la-communaute-linux-renforce-son-soutien-en-faveur-de-libreoffice-150738.html

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

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(27/06/2016 @ 17:20)

Apéro April et APL le 15 juillet 2016 à partir de 19h00 dans les locaux de l'April (Paris)  Voir?

15 Juillet 2016 - 19:00
15 Juillet 2016 - 23:00

Un apéro April ?

Un apéro April consiste à se réunir physiquement afin de se rencontrer, de faire plus ample connaissance, d'échanger, de partager une verre et de quoi manger mais aussi de discuter sur l'actualité et les actions de l'April. Un apéro April est ouvert à toute personne qui souhaite venir, membre de l'April ou pas. N'hésitez pas à venir nous rencontrer.

L'apéro a lieu à Paris notamment parce que le local s'y trouve ainsi que les permanents et de nombreux actifs. Membre ou pas de l'April vous êtes les bienvenus. Contactez-nous pour organiser un Apéro April dans votre région.

Quand et quoi

Le prochain apéro parisien aura lieu le vendredi 15 juillet 2016 à partir de 19h00 dans les locaux de l'April au 44/46 rue de l'ouest, bâtiment 8, 75014 Paris (entrée possible par la place de la Catalogne, à gauche du biocop, au niveau des autolib), le téléphone du local est le 01 78 76 92 80 en cas de besoin. Cet apéro est l'occasion de faire apéro commun avec l'APL (Apéro Parisien du Libre) organisé par Parinux.

En ouverture de l'apéro nous ferons un court point sur les dossiers/actions en cours.

Pour tous les détails et vous inscrire rendez-vous sur le pad.

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Apéro April et APL le 15 juillet 2016 à partir de 19h00 dans les locaux de l'April (Paris)  Voir?

15 Juillet 2016 - 19:00
15 Juillet 2016 - 23:00

Un apéro April ?

Un apéro April consiste à se réunir physiquement afin de se rencontrer, de faire plus ample connaissance, d'échanger, de partager une verre et de quoi manger mais aussi de discuter sur l'actualité et les actions de l'April. Un apéro April est ouvert à toute personne qui souhaite venir, membre de l'April ou pas. N'hésitez pas à venir nous rencontrer.

L'apéro a lieu à Paris notamment parce que le local s'y trouve ainsi que les permanents et de nombreux actifs. Membre ou pas de l'April vous êtes les bienvenus. Contactez-nous pour organiser un Apéro April dans votre région.

Quand et quoi

Le prochain apéro parisien aura lieu le vendredi 15 juillet 2016 à partir de 19h00 dans les locaux de l'April au 44/46 rue de l'ouest, bâtiment 8, 75014 Paris (entrée possible par la place de la Catalogne, à gauche du biocop, au niveau des autolib), le téléphone du local est le 01 78 76 92 80 en cas de besoin. Cet apéro est l'occasion de faire apéro commun avec l'APL (Apéro Parisien du Libre) organisé par Parinux.

En ouverture de l'apéro nous ferons un court point sur les dossiers/actions en cours.

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(24/06/2016 @ 21:43)

Scratch, Snap et Arduino : synthèse des échanges sur la liste du groupe de travail éducation  Voir?

Cet article est une synthèse de discussions sur la liste de diffusion du groupe de travail éducation de l’April. Il ne reflète pas les positions officielles de l’association. Rejoignez le groupe de travail éducation de l'April, en vous inscrivant à la liste de discussion (cette inscription est ouverte à tout le monde)

Évolution du côté de Scratch

Scratch 3.0 pointe le bout de son nez
Première nouvelle, l’utilisation du logiciel privateur Flash ne sera plus requise. Une raison supplémentaire de cesser d’utiliser Flash qui devrait disparaître des internets. A priori, ici, tout serait conforme aux standards avec du HTML/JavaScript. À terme, il n’y aura donc plus besoin d’installer le logiciel privateur Adobe Air, ce qui va faciliter le travail des personnels en charge des réseaux des établissements scolaires. À noter que la version 2 sortie en 2013 n'est pas utilisée par tout le monde à cause de son emploi de Flash. Ainsi, la distribution Debian est restée à la version 1 qui repose sur Smalltalk. Cette version, bien que plus ancienne, bénéficie de plus de 10 années de maturation et donc reste largement utilisable pour les activités scolaires.

Logo Scratch

La future version supportera une syntaxe horizontale comme dans ScratchJr et une autre verticale comme dans le Scratch dit classique. Pour l’instant, seule l’horizontale est présente dans les codes sources publiés, l’arrivée de la syntaxe verticale étant prévue dans les mois à venir. Les tablettes sont une cible privilégiée. Ce projet est en phase de développement. C’est le fruit d’un partenariat avec Google. Le code soutenant les nouveaux "Scratch Blocks" est basé sur les Blocky de Google. Pour le MIT, ce partenariat est avant tout une opportunité importante d’augmenter la diffusion de Scratch.

Un nouvelle intéressante est le choix de la licence, Apache 2.

Pour le moment, les développeurs en sont à la partie langage visuel principalement. Pour la partie sauvegarde/partage des projets en ligne (ou sur un serveur), il est difficile d’évaluer dans quelle direction ils souhaitent aller. Une refonte du site web de Scratch sur le MIT est en cours, avec là encore le choix de licences libres, et c’est également libre comme on peut le voir sur le
dépôt github. Peut-être aura-t-on la posibilité de gérer nous-mêmes la partie stockage des projets ? Ceci serait intéressant en contexte éducatif pour mutualiser des projets Scratch à l’échelle d’un établissement scolaire ou d’un bassin, voire d’une académie. L’avenir nous le dira mais, pour l’instant, nos autorités sont plus occupées à signer des partenariats avec Microsoft, voire se laisser instrumentaliser pour leur communication d’entreprise, qu’à vraiment essayer de développer l’innovation et l’ouverture.

Snap!

Une alternative à Scratch existe depuis longtemps, elle s’appelle Snap!. Il est possible de la tester sur le serveur mis à disposition par Abulédu. Un gros avantage est que tout fonctionne avec un navigateur web et utilise des logiciels libres. Inutile de devoir utiliser ce que Richard Stallman qualifie, à raison, de « malware » : Flash (voir sa conférence transcrite par le groupe Transcriptions de l'April). Snap! est sous licence libre (GNU Affero General Public License).
Lors d’échanges sur la liste de diffusion du groupe éducation de l’April, un intervenant a signalé : « J'ai l'impression que Snap! est beaucoup plus riche, évolutif et "libre" que Scratch. Il y a un github qui paraît très actif . Il suffit de télécharger le fichier master.zip, de le dézipper et il fonctionne "out of the box", cela me semble lever les réticences autour de Scratch et cela semble fonctionner de façon identique ». Un autre a ajouté : « La richesse de Snap! vient de la possibilité de créer ses propres blocks. Une nouvelle version est sortie il y a environ une semaine dans laquelle les objets sprites peuvent être des arguments de fonctions… Plus je l'utilise, plus je me dis que ses applications sont sans limite ». Enfin, une dernière intervenante souligne : « Quand je ne comprends pas quelque chose, je pose mes questions sur le forum Github dédié et les développeurs y répondent très vite ».
Logo Scratch
Pour information, Nathalie Carrié, enseignante de mathématiques, a présenté Snap! à l’IREM de la Réunion le 14 juin. Il devrait être possible de récupérer la présentation sur le site de cette institution. Une autre présentation est prévue aux RMLLd de Saint-Joseph de la Réunion entre le 7 et le 10 juillet.

Avec Snap!, il est possible de faire des appels HTTP ! Cela ouvre des possibilités intéressantes d’un point de vue pédagogique sur le fonctionnement du Web. Autre fonctionnalité intéressante, on peut également exécuter du code JavaScript, il y a un bloc spécial pour cela. On peut donc mélanger code visuel et code texte. Cela semble une bonne manière pour faire la transition entre les deux : on commence à apprendre les blocs et petit à petit on peut se mettre à la programmation texte. Et on peut choisir le mode qui est le plus adapté suivant ce que l’on souhaite faire. Autre avantage : cela ouvre de nouvelles possibilités d’extension.

Toujours selon un intervenant de la liste, « Snap! a vraiment beaucoup plus de possibilités que Scratch. Surtout en termes de blocs disponibles. C'est plus riche et on peut faire des choses un peu plus complexes qu'avec Scratch. Il me semble que c'est une volonté de l'équipe de développeurs de Scratch de ne pas trop en mettre pour ne pas "noyer" les scratcheurs, ce qui peut se défendre mais cela fait qu'il manque des choses essentielles, comme par exemple la possibilité de définir des blocs qui renvoient quelque chose (ce qu'on peut faire avec Snap!). Personnellement je préfère un outil qui offre plus de possibilités quitte à ce que chacun pioche uniquement ce qu'il a envie d'utiliser et à son rythme. Par contre, l'avantage de Scratch version online est le partage en ligne, le remix, les studios, etc. (mais tout le monde n'a pas forcément besoin de ça). Bémol, je viens de voir qu'avec Snap! on pouvait enregistrer ses projet en ligne et soit les garder privés soit les rendre publics, dans ce cas un lien permet d'y accéder. Par contre j'ai l'impression qu'il n'y pas de page "profil" où on pourrait voir tous les projets de quelqu'un et les remixer (comme avec Scratch). »

Un autre intervenant a eu la chance de discuter avec le créateur de Snap! Jens Mönig lors du dernier colloque Robotique et Education. Les démos qu'il a faites sur les dernières fonctionnalités étaient remarquables. On ne voit plus les limites du logiciel.
Selon le créateur de Snap!, il y a différents niveaux d'accès :

  • "low floor" -> accessible très facilement au plus grand nombre
  • "no ceiling" -> on peut faire des choses très, très complexes (cf lambda calcul)
  • "wide walls" -> plein d'approches différentes sont possibles.

À noter qu'un atelier sur Snap! aura lieu lors des prochaines journées de l'APMEP à Lyon en octobre. Le nom de ce atelier est « Robotique au lycée avec le robot PoppyErgo ».

Un participant signale : « Par contre, il y a quelque chose qui me manque dans les deux, c'est la possibilité de travailler à plusieurs sur un même projet. »

Dans Snap! , il est possible d’avoir des lutins/scènes en vectoriel (SVG…) comme dans Scratch. Il suffit de les glisser-déposer dans la zone des costumes. Par contre à la différence de Scratch il n'est pas possible de dessiner et de modifier des lutins en vectoriel. Il n'y a pas non plus d'outil texte afin de créer un lutin qui contient du texte.

D’un point de vue technologique, en se basant sur Flash, Scratch 2.0 s’était engagé dans une impasse. Scratch 3.0 cherche à en sortir en se basant uniquement sur des standards Web. Les développeurs de Snap! ont, eux, choisi ces technologies dès le départ. Cependant, ils ont également fait un choix technologique structurant qui risque d’être un frein pour le développement de Snap!. En effet, Snap! redessine tout dans un canvas au lieu d’utiliser des objets "HTML" (DOM pour être plus précis). Les développeurs ont donc dû recoder tout ce qui est rendu graphique de l’interface au lieu de se reposer sur les moteurs de rendu efficaces des navigateurs, ce qui est une grande perte d’énergie et une grosse contrainte pour les futurs dévelopements.

Création d’un fichier exécutable à partir d’un projet Snap!

Il existe aussi la possibilité de créer un exécutable à partir d’un projet Snap!. Pour cela, il suffit d’exporter le projet en XML, puis de suivre ce lien. Ensuite on y charge le XML, on sélectionne la plateforme et cela produit un fichier zip qu’il suffit de décompresser pour utilisation. Cette fonctionnalité a vraiment été appréciée. Selon un animateur d’ateliers : « C’est une demande qu’on a régulièrement de la part des enfants lors de nos ateliers : certains veulent pouvoir donner leurs jeux à leur entourage sans forcément avoir à passer par un site ».

Arduino

On peut interfacer les cartes Arduino avec Snap!. Voir sur le site de S4A (Scratch for Arduino) (licence GNU GPL et MIT). Pour connecter d’autres matériels, voir la section "Use devices with Snap!:" du site officiel de Snap!

Si vous souhaitez aussi participer ce type de discussions, profiter des échanges ou peaufiner votre activité de veille, alors rejoignez le groupe de travail éducation de l'April, en vous inscrivant à la liste de discussion (cette inscription est ouverte à tout le monde)

... / ... Lire la suite

Scratch, Snap et Arduino : synthèse des échanges sur la liste du groupe de travail éducation  Voir?

Cet article est une synthèse de discussions sur la liste de diffusion du groupe de travail éducation de l’April. Il ne reflète pas les positions officielles de l’association. Rejoignez le groupe de travail éducation de l'April, en vous inscrivant à la liste de discussion (cette inscription est ouverte à tout le monde)

Évolution du côté de Scratch

Scratch 3.0 pointe le bout de son nez
Première nouvelle, l’utilisation du logiciel privateur Flash ne sera plus requise. Une raison supplémentaire de cesser d’utiliser Flash qui devrait disparaître des internets. A priori, ici, tout serait conforme aux standards avec du HTML/JavaScript. À terme, il n’y aura donc plus besoin d’installer le logiciel privateur Adobe Air, ce qui va faciliter le travail des personnels en charge des réseaux des établissements scolaires. À noter que la version 2 sortie en 2013 n'est pas utilisée par tout le monde à cause de son emploi de Flash. Ainsi, la distribution Debian est restée à la version 1 qui repose sur Smalltalk. Cette version, bien que plus ancienne, bénéficie de plus de 10 années de maturation et donc reste largement utilisable pour les activités scolaires.

Logo Scratch

La future version supportera une syntaxe horizontale comme dans ScratchJr et une autre verticale comme dans le Scratch dit classique. Pour l’instant, seule l’horizontale est présente dans les codes sources publiés, l’arrivée de la syntaxe verticale étant prévue dans les mois à venir. Les tablettes sont une cible privilégiée. Ce projet est en phase de développement. C’est le fruit d’un partenariat avec Google. Le code soutenant les nouveaux "Scratch Blocks" est basé sur les Blocky de Google. Pour le MIT, ce partenariat est avant tout une opportunité importante d’augmenter la diffusion de Scratch.

Un nouvelle intéressante est le choix de la licence, Apache 2.

Pour le moment, les développeurs en sont à la partie langage visuel principalement. Pour la partie sauvegarde/partage des projets en ligne (ou sur un serveur), il est difficile d’évaluer dans quelle direction ils souhaitent aller. Une refonte du site web de Scratch sur le MIT est en cours, avec là encore le choix de licences libres, et c’est également libre comme on peut le voir sur le
dépôt github. Peut-être aura-t-on la posibilité de gérer nous-mêmes la partie stockage des projets ? Ceci serait intéressant en contexte éducatif pour mutualiser des projets Scratch à l’échelle d’un établissement scolaire ou d’un bassin, voire d’une académie. L’avenir nous le dira mais, pour l’instant, nos autorités sont plus occupées à signer des partenariats avec Microsoft, voire se laisser instrumentaliser pour leur communication d’entreprise, qu’à vraiment essayer de développer l’innovation et l’ouverture.

Snap!

Une alternative à Scratch existe depuis longtemps, elle s’appelle Snap!. Il est possible de la tester sur le serveur mis à disposition par Abulédu. Un gros avantage est que tout fonctionne avec un navigateur web et utilise des logiciels libres. Inutile de devoir utiliser ce que Richard Stallman qualifie, à raison, de « malware » : Flash (voir sa conférence transcrite par le groupe Transcriptions de l'April). Snap! est sous licence libre (GNU Affero General Public License).
Lors d’échanges sur la liste de diffusion du groupe éducation de l’April, un intervenant a signalé : « J'ai l'impression que Snap! est beaucoup plus riche, évolutif et "libre" que Scratch. Il y a un github qui paraît très actif . Il suffit de télécharger le fichier master.zip, de le dézipper et il fonctionne "out of the box", cela me semble lever les réticences autour de Scratch et cela semble fonctionner de façon identique ». Un autre a ajouté : « La richesse de Snap! vient de la possibilité de créer ses propres blocks. Une nouvelle version est sortie il y a environ une semaine dans laquelle les objets sprites peuvent être des arguments de fonctions… Plus je l'utilise, plus je me dis que ses applications sont sans limite ». Enfin, une dernière intervenante souligne : « Quand je ne comprends pas quelque chose, je pose mes questions sur le forum Github dédié et les développeurs y répondent très vite ».
Logo Scratch
Pour information, Nathalie Carrié, enseignante de mathématiques, a présenté Snap! à l’IREM de la Réunion le 14 juin. Il devrait être possible de récupérer la présentation sur le site de cette institution. Une autre présentation est prévue aux RMLLd de Saint-Joseph de la Réunion entre le 7 et le 10 juillet.

Avec Snap!, il est possible de faire des appels HTTP ! Cela ouvre des possibilités intéressantes d’un point de vue pédagogique sur le fonctionnement du Web. Autre fonctionnalité intéressante, on peut également exécuter du code JavaScript, il y a un bloc spécial pour cela. On peut donc mélanger code visuel et code texte. Cela semble une bonne manière pour faire la transition entre les deux : on commence à apprendre les blocs et petit à petit on peut se mettre à la programmation texte. Et on peut choisir le mode qui est le plus adapté suivant ce que l’on souhaite faire. Autre avantage : cela ouvre de nouvelles possibilités d’extension.

Toujours selon un intervenant de la liste, « Snap! a vraiment beaucoup plus de possibilités que Scratch. Surtout en termes de blocs disponibles. C'est plus riche et on peut faire des choses un peu plus complexes qu'avec Scratch. Il me semble que c'est une volonté de l'équipe de développeurs de Scratch de ne pas trop en mettre pour ne pas "noyer" les scratcheurs, ce qui peut se défendre mais cela fait qu'il manque des choses essentielles, comme par exemple la possibilité de définir des blocs qui renvoient quelque chose (ce qu'on peut faire avec Snap!). Personnellement je préfère un outil qui offre plus de possibilités quitte à ce que chacun pioche uniquement ce qu'il a envie d'utiliser et à son rythme. Par contre, l'avantage de Scratch version online est le partage en ligne, le remix, les studios, etc. (mais tout le monde n'a pas forcément besoin de ça). Bémol, je viens de voir qu'avec Snap! on pouvait enregistrer ses projet en ligne et soit les garder privés soit les rendre publics, dans ce cas un lien permet d'y accéder. Par contre j'ai l'impression qu'il n'y pas de page "profil" où on pourrait voir tous les projets de quelqu'un et les remixer (comme avec Scratch). »

Un autre intervenant a eu la chance de discuter avec le créateur de Snap! Jens Mönig lors du dernier colloque Robotique et Education. Les démos qu'il a faites sur les dernières fonctionnalités étaient remarquables. On ne voit plus les limites du logiciel.
Selon le créateur de Snap!, il y a différents niveaux d'accès :

  • "low floor" -> accessible très facilement au plus grand nombre
  • "no ceiling" -> on peut faire des choses très, très complexes (cf lambda calcul)
  • "wide walls" -> plein d'approches différentes sont possibles.

À noter qu'un atelier sur Snap! aura lieu lors des prochaines journées de l'APMEP à Lyon en octobre. Le nom de ce atelier est « Robotique au lycée avec le robot PoppyErgo ».

Un participant signale : « Par contre, il y a quelque chose qui me manque dans les deux, c'est la possibilité de travailler à plusieurs sur un même projet. »

Dans Snap! , il est possible d’avoir des lutins/scènes en vectoriel (SVG…) comme dans Scratch. Il suffit de les glisser-déposer dans la zone des costumes. Par contre à la différence de Scratch il n'est pas possible de dessiner et de modifier des lutins en vectoriel. Il n'y a pas non plus d'outil texte afin de créer un lutin qui contient du texte.

D’un point de vue technologique, en se basant sur Flash, Scratch 2.0 s’était engagé dans une impasse. Scratch 3.0 cherche à en sortir en se basant uniquement sur des standards Web. Les développeurs de Snap! ont, eux, choisi ces technologies dès le départ. Cependant, ils ont également fait un choix technologique structurant qui risque d’être un frein pour le développement de Snap!. En effet, Snap! redessine tout dans un canvas au lieu d’utiliser des objets "HTML" (DOM pour être plus précis). Les développeurs ont donc dû recoder tout ce qui est rendu graphique de l’interface au lieu de se reposer sur les moteurs de rendu efficaces des navigateurs, ce qui est une grande perte d’énergie et une grosse contrainte pour les futurs dévelopements.

Création d’un fichier exécutable à partir d’un projet Snap!

Il existe aussi la possibilité de créer un exécutable à partir d’un projet Snap!. Pour cela, il suffit d’exporter le projet en XML, puis de suivre ce lien. Ensuite on y charge le XML, on sélectionne la plateforme et cela produit un fichier zip qu’il suffit de décompresser pour utilisation. Cette fonctionnalité a vraiment été appréciée. Selon un animateur d’ateliers : « C’est une demande qu’on a régulièrement de la part des enfants lors de nos ateliers : certains veulent pouvoir donner leurs jeux à leur entourage sans forcément avoir à passer par un site ».

Arduino

On peut interfacer les cartes Arduino avec Snap!. Voir sur le site de S4A (Scratch for Arduino) (licence GNU GPL et MIT). Pour connecter d’autres matériels, voir la section "Use devices with Snap!:" du site officiel de Snap!

Si vous souhaitez aussi participer ce type de discussions, profiter des échanges ou peaufiner votre activité de veille, alors rejoignez le groupe de travail éducation de l'April, en vous inscrivant à la liste de discussion (cette inscription est ouverte à tout le monde)

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(24/06/2016 @ 11:29)

Opération « Dégooglisons » à Nevers les 24/25/26 juin 2016  Voir?

24 Juin 2016 - 14:00
26 Juin 2016 - 17:00


Un week-end Degooglisons Internet à Nevers

Mi-avril, les services de la ville de Nevers, dans le cadre de leur Année du Numérique, ont pris contact avec Framasoft pour proposer d’animer, avec le GULL local Nevers Libre, un événement d’envergure autour de la thématique de la décentralisation d’internet.

Les thèmes abordés du week-end : la concentration des pouvoirs des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft), mais aussi auto-hébergement, biens communs, et bien évidemment logiciels libres !

Ces temps sont volontairement ouverts à tou-te-s afin d’avoir un programme « souple » permettant à chacun de participer et de partager ses questions et ses connaissances.
Venez !

Le programme et les différents lieux:

Vendredi 24/06

*dès 14h : Lycée Raoul Follereau, 9 Bd St-Exupéry, Nevers
14H Intervention « Internet et vie privée : je t’aime, moi non plus ? » (Framasoft)

*soirée
CinéMAZARIN, 120 rue de Charleville, Nevers
20H à 20H30 : Conférence de presse : Annonce manifeste et charte CHATONS, par Framasoft.
20H30 : projection-débat du documentaire « Les Nouveaux Loups du Web », de Cullen Hoback (1h15)
Avez vous déjà lu les conditions générales d’utilisation des données privées présentes sur chaque site internet que vous visitez, ou sur les applications que vous utilisez ? Bien sûr que non. Et pourtant, ces mentions autorisent les entreprises à utiliser vos informations personnelles dans un cadre au delà de votre imagination. Le film vous révèle ce que les entreprises et les gouvernements vous soustraient en toute légalité, à partir du moment où vous avez cliqué sur « J’accepte », et les conséquences scandaleuses qui en découlent. La projection du film sera suivie d’un débat animé par l’association Framasoft.
Vous pouvez pré-reserver vos places !

Samedi 25/06

Lieu : l’Inkub, site Pittié, 5 rue du 13eme de ligne, Nevers
Tout au long de la journée, retrouvez sur le « village associatif » différentes associations qui pourront vous présenter différents aspects du logiciel et de la culture libres. Différents ateliers animés par ces mêmes structures pourront vous permettre de pratiquer («Comment contribuer à Wikipédia ou OpenStreetMap?», «Utilisation de CozyCloud», «Créer un fournisseur d’accès à internet libre de proximité», «Mieux contrôler sa vie privée avec Firefox», etc.)

* 10/12H : Conférence «Qu’est ce que le Logiciel libre?»
Cette conférence vise à présenter au grand public ce qu’est le logiciel libre, son histoire, ainsi que les enjeux de ce mouvement qui est loin de n’être que technique. Intervenantes : Odile Bénassy, Magali Garnero, Association April.

* 14H/15H30 : Conférence «Nos vies privées sont-elles solubles dans les silos de données de Google?»
L’emprise de Google, Apple, Facebook, Amazon ou Microsoft ne cesse de croître. Non seulement sur internet, mais aussi dans bien d’autres domaines (robotique, automobile, santé, presse, média, etc). L’association Framasoft s’est fixé l’ambitieuse mission de montrer qu’il était possible – grâce au logiciel libre – de résister à la colonisation d’internet et à marchandisation de notre vie privée. Intervenants : Pierre-Yves Gosset, Pouhiou, Association Framasoft.

* 16H00/17H30 : Conférence «Google, un big brother aux pieds d’argile!»
Cozy permet à n’importe qui d’avoir son serveur web et de l’administrer à travers une interface très simple. Il offre la possibilité d’installer des applications web et de stocker ses données personnelles sur un matériel que l’on maîtrise. Contacts, calendriers, fichiers… Tout est au même endroit ! Intervenant : Benjamin André, CEO et co-fondateur de Cozy Cloud.

* 18H00/19H30 : Paroles croisées «La presse à l’heure des GAFAM»
Tous les secteurs sont impactés par l’omniprésence et la puissance des géants du numérique (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft, etc.). La presse n’est pas épargnée. Comment s’adapter aux changements de pratiques des lecteurs ? Comment résister à la pression des plateformes ? Quels sont les modèles économiques existants ou à inventer ? Quels sont les impacts sur le métier de journaliste ? En croisant les expériences d’un journal historiquement “papier” à dimension régional et celui d’un site d’informations spécialisé né sur internet, nous essaieront de mettre en valeur les enjeux d’une presse à traversée par le numérique. Intervenants : David Legrand, directeur des rédactions de NextInpact, Jean Philippe Berthin, rédacteur en chef du Journal du Centre. Animateur : Pierre-Yves Gosset, Framasoft

* A partir de 20H : BARCAMP: «Venez découvrir et contribuer à des projets libres (OpenStreetMap, Wikipédia, Firefox, Cozy, etc.)»
Wikipédia définit le barcamp comme «une non-conférence ouverte qui prend la forme d’ateliers-événements participatifs où le contenu est fourni par les participants qui doivent tous, à un titre ou à un autre, apporter quelque chose au Barcamp. C’est le principe pas de spectateur, tous participants.»

Dimanche 26

Lieu : l’Inkub, site Pittié, 5 rue du 13eme de ligne, Nevers

* 10h à 10h45 : Carte blanche à Louis Pouzin

* 11H/13h00 : Table ronde citoyenne: “Un internet neutre et relocalisé : quels enjeux pour les territoires?”
« Le “cloud”, c’est l’ordinateur de quelqu’un d’autre. ». Au travers des regards et expériences de différents acteurs tentant – chacun à leur façon – de promouvoir un internet et des services de proximité au service des citoyen, la table ronde vise à explorer les pistes de résistance à une appropriation d’internet par quelques entreprises. Intervenants : Fédération FDN, Association April, La Quadrature du Net, Stéphane Bernier (DSI Ville de Nevers), Quentin Bouteiller (Nevers Libre), Louis Pouzin. Animateur : Benjamin Jean (Inno3)

* 14H/16H : Table ronde “Les communs numériques”
Pour conclure ces journées, cette table ronde vise à « prendre de la hauteur » en posant la question essentielle de la présence des « communs » à l’heure du numérique, mais aussi des pressions sociétales, lobbyistes, économiques auquel ces ressources doivent faire face. Intervenants : Odile Bénassy (April), Christian Quest (Président OpenStreetMap France), Pouhiou (Collectif SavoirsCom1). Animateur : Jérémie Nestel

* 16H : Clôture de l’événement : Alain Bourcier, Vice Président de l’Agglomération de Nevers en Charge du Numérique

Téléchargez le programme complet en version PDF.
pour plus d'informations, allez sur le site de l'événement.

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Opération « Dégooglisons » à Nevers les 24/25/26 juin 2016  Voir?

24 Juin 2016 - 14:00
26 Juin 2016 - 17:00


Un week-end Degooglisons Internet à Nevers

Mi-avril, les services de la ville de Nevers, dans le cadre de leur Année du Numérique, ont pris contact avec Framasoft pour proposer d’animer, avec le GULL local Nevers Libre, un événement d’envergure autour de la thématique de la décentralisation d’internet.

Les thèmes abordés du week-end : la concentration des pouvoirs des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft), mais aussi auto-hébergement, biens communs, et bien évidemment logiciels libres !

Ces temps sont volontairement ouverts à tou-te-s afin d’avoir un programme « souple » permettant à chacun de participer et de partager ses questions et ses connaissances.
Venez !

Le programme et les différents lieux:

Vendredi 24/06

*dès 14h : Lycée Raoul Follereau, 9 Bd St-Exupéry, Nevers
14H Intervention « Internet et vie privée : je t’aime, moi non plus ? » (Framasoft)

*soirée
CinéMAZARIN, 120 rue de Charleville, Nevers
20H à 20H30 : Conférence de presse : Annonce manifeste et charte CHATONS, par Framasoft.
20H30 : projection-débat du documentaire « Les Nouveaux Loups du Web », de Cullen Hoback (1h15)
Avez vous déjà lu les conditions générales d’utilisation des données privées présentes sur chaque site internet que vous visitez, ou sur les applications que vous utilisez ? Bien sûr que non. Et pourtant, ces mentions autorisent les entreprises à utiliser vos informations personnelles dans un cadre au delà de votre imagination. Le film vous révèle ce que les entreprises et les gouvernements vous soustraient en toute légalité, à partir du moment où vous avez cliqué sur « J’accepte », et les conséquences scandaleuses qui en découlent. La projection du film sera suivie d’un débat animé par l’association Framasoft.
Vous pouvez pré-reserver vos places !

Samedi 25/06

Lieu : l’Inkub, site Pittié, 5 rue du 13eme de ligne, Nevers
Tout au long de la journée, retrouvez sur le « village associatif » différentes associations qui pourront vous présenter différents aspects du logiciel et de la culture libres. Différents ateliers animés par ces mêmes structures pourront vous permettre de pratiquer («Comment contribuer à Wikipédia ou OpenStreetMap?», «Utilisation de CozyCloud», «Créer un fournisseur d’accès à internet libre de proximité», «Mieux contrôler sa vie privée avec Firefox», etc.)

* 10/12H : Conférence «Qu’est ce que le Logiciel libre?»
Cette conférence vise à présenter au grand public ce qu’est le logiciel libre, son histoire, ainsi que les enjeux de ce mouvement qui est loin de n’être que technique. Intervenantes : Odile Bénassy, Magali Garnero, Association April.

* 14H/15H30 : Conférence «Nos vies privées sont-elles solubles dans les silos de données de Google?»
L’emprise de Google, Apple, Facebook, Amazon ou Microsoft ne cesse de croître. Non seulement sur internet, mais aussi dans bien d’autres domaines (robotique, automobile, santé, presse, média, etc). L’association Framasoft s’est fixé l’ambitieuse mission de montrer qu’il était possible – grâce au logiciel libre – de résister à la colonisation d’internet et à marchandisation de notre vie privée. Intervenants : Pierre-Yves Gosset, Pouhiou, Association Framasoft.

* 16H00/17H30 : Conférence «Google, un big brother aux pieds d’argile!»
Cozy permet à n’importe qui d’avoir son serveur web et de l’administrer à travers une interface très simple. Il offre la possibilité d’installer des applications web et de stocker ses données personnelles sur un matériel que l’on maîtrise. Contacts, calendriers, fichiers… Tout est au même endroit ! Intervenant : Benjamin André, CEO et co-fondateur de Cozy Cloud.

* 18H00/19H30 : Paroles croisées «La presse à l’heure des GAFAM»
Tous les secteurs sont impactés par l’omniprésence et la puissance des géants du numérique (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft, etc.). La presse n’est pas épargnée. Comment s’adapter aux changements de pratiques des lecteurs ? Comment résister à la pression des plateformes ? Quels sont les modèles économiques existants ou à inventer ? Quels sont les impacts sur le métier de journaliste ? En croisant les expériences d’un journal historiquement “papier” à dimension régional et celui d’un site d’informations spécialisé né sur internet, nous essaieront de mettre en valeur les enjeux d’une presse à traversée par le numérique. Intervenants : David Legrand, directeur des rédactions de NextInpact, Jean Philippe Berthin, rédacteur en chef du Journal du Centre. Animateur : Pierre-Yves Gosset, Framasoft

* A partir de 20H : BARCAMP: «Venez découvrir et contribuer à des projets libres (OpenStreetMap, Wikipédia, Firefox, Cozy, etc.)»
Wikipédia définit le barcamp comme «une non-conférence ouverte qui prend la forme d’ateliers-événements participatifs où le contenu est fourni par les participants qui doivent tous, à un titre ou à un autre, apporter quelque chose au Barcamp. C’est le principe pas de spectateur, tous participants.»

Dimanche 26

Lieu : l’Inkub, site Pittié, 5 rue du 13eme de ligne, Nevers

* 10h à 10h45 : Carte blanche à Louis Pouzin

* 11H/13h00 : Table ronde citoyenne: “Un internet neutre et relocalisé : quels enjeux pour les territoires?”
« Le “cloud”, c’est l’ordinateur de quelqu’un d’autre. ». Au travers des regards et expériences de différents acteurs tentant – chacun à leur façon – de promouvoir un internet et des services de proximité au service des citoyen, la table ronde vise à explorer les pistes de résistance à une appropriation d’internet par quelques entreprises. Intervenants : Fédération FDN, Association April, La Quadrature du Net, Stéphane Bernier (DSI Ville de Nevers), Quentin Bouteiller (Nevers Libre), Louis Pouzin. Animateur : Benjamin Jean (Inno3)

* 14H/16H : Table ronde “Les communs numériques”
Pour conclure ces journées, cette table ronde vise à « prendre de la hauteur » en posant la question essentielle de la présence des « communs » à l’heure du numérique, mais aussi des pressions sociétales, lobbyistes, économiques auquel ces ressources doivent faire face. Intervenants : Odile Bénassy (April), Christian Quest (Président OpenStreetMap France), Pouhiou (Collectif SavoirsCom1). Animateur : Jérémie Nestel

* 16H : Clôture de l’événement : Alain Bourcier, Vice Président de l’Agglomération de Nevers en Charge du Numérique

Téléchargez le programme complet en version PDF.
pour plus d'informations, allez sur le site de l'événement.

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(23/06/2016 @ 15:18)

Revue de presse de l'April pour la semaine 24 de l'année 2016  Voir?

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 24

[Developpez.com] Jerry Do-It-Together une solution ingénieuse pour reprendre la main sur la technologie

Par ideefixe, le dimanche 19 juin 2016. Extrait:
> Jerry Do-It-Together est un ordinateur PC fabriqué avec des composants informatiques de réemploi, carte mère, disque dur et bloc d'alimentation électrique, assemblés dans un bidon en plastique de vingt litres. Ce récipient, d'un usage courant en Afrique, permet d'installer un bloc d'alimentation électrique quelconque. Il est également possible d'attacher un disque dur d'ordinateur portable avec des cordons élastiques. L'ouverture du couvercle par fermeture éclair offre une vue sur les composants et démystifie le contenu de cet appareil électronique.
Lien vers l'article original: http://hardware.developpez.com/actu/100150/Jerry-Do-It-Together-une-solution-ingenieuse-pour-reprendre-la-main-sur-la-technologie

[@Sekurigi] La culture des hackers dans le monde de la politique

Par la rédaction, le vendredi 17 juin 2016. Extrait:
> A l’ère des luttes décentralisées et des mouvements d’occupation de type «Nuit debout», les hackers ont leur part d’influence dans les mouvements politiques actuels.
Lien vers l'article original: http://www.sekurigi.com/2016/06/culture-hackers-monde-de-politique

[01net.] Intel embarque-t-il une porte dérobée dans toutes ses puces?

Par Gilbert Kallenborn, le vendredi 17 juin 2016. Extrait:
> De plus en plus d’experts critiquent ouvertement le composant Management Engine qu’Intel embarque dans tous ses chipsets récents. C’est un ordinateur dans l’ordinateur, doté d’énormes privilèges d’accès et dont le code est complètement opaque.
Lien vers l'article original: http://www.01net.com/actualites/intel-embarque-t-il-une-porte-derobee-dans-ses-puces-985396.html

[ouest-france.fr] Une école du logiciel libre à Nantes

Par la rédaction, le mercredi 15 juin 2016. Extrait:
> Cloud, big data, digital... Une école du logiciel libre et des solutions open source (OSS) ouvrira à Nantes à la rentrée 2016. Soutenue financièrement par l'État, elle fait partie des six établissements d'enseignement supérieur de ce type à ouvrir en France, avec Paris, Lyon, Lille, Bordeaux, Montpellier. Lancé par Smile (expert en open source) et l'Epsi (école d'ingénierie informatique), l'établissement mise sur les besoins actuels dans le domaine du logiciel libre. Le monde numérique manque d'experts.
Lien vers l'article original: http://jactiv.ouest-france.fr/job-formation/se-former/ecole-logiciel-libre-nantes-64247

[L'OBS] Furieux de l’arrivée du «méchant Microsoft», ils fuient LinkedIn

Par Thierry Noisette, le mardi 14 juin 2016. Extrait:
> Ils n’aimaient déjà pas le poids de Microsoft dans les PC, ils n’apprécient donc pas plus son arrivée tonitruante dans les réseaux sociaux.
Lien vers l'article original: http://rue89.nouvelobs.com/2016/06/14/furieux-larrivee-mechant-microsoft-ils-fuient-linkedin-264348

[ZDNet] Des données libérées pour plus de citoyenneté?

Par la rédaction, le lundi 13 juin 2016. Extrait:
> Corollaire du Big Data, l’Open Data ou la mise à disposition de tous des données suscite des intérêts. Encore faut-il savoir dénicher les données et pouvoir les exploiter. En France après quelques pionniers, le mouvement reprend de la vigueur.
Lien vers l'article original: http://www.zdnet.fr/actualites/des-donnees-liberees-pour-plus-de-citoyennete-39838260.htm

[Next INpact] Mozilla crée le fonds «SOS» pour renforcer la sécurité de l'open source

Par Vincent Hermann, le lundi 13 juin 2016. Extrait:
> Mozilla ne veut plus d’un nouveau Heartbleed. Pour augmenter le niveau général de sécurité du logiciel libre, l’éditeur a décidé de créer un fonds de financement pour les audits, avec une mise de départ de 500 000 dollars. La société invite maintenant d’autres acteurs à participer.
Lien vers l'article original: http://www.nextinpact.com/news/100225-mozilla-cree-fonds-sos-pour-renforcer-securite-open-source.htm

Et aussi:
[L'Informaticien] SOS: Mozilla finance la sécurité de l'Open Source

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

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Revue de presse de l'April pour la semaine 24 de l'année 2016  Voir?

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 24

[Developpez.com] Jerry Do-It-Together une solution ingénieuse pour reprendre la main sur la technologie

Par ideefixe, le dimanche 19 juin 2016. Extrait:
> Jerry Do-It-Together est un ordinateur PC fabriqué avec des composants informatiques de réemploi, carte mère, disque dur et bloc d'alimentation électrique, assemblés dans un bidon en plastique de vingt litres. Ce récipient, d'un usage courant en Afrique, permet d'installer un bloc d'alimentation électrique quelconque. Il est également possible d'attacher un disque dur d'ordinateur portable avec des cordons élastiques. L'ouverture du couvercle par fermeture éclair offre une vue sur les composants et démystifie le contenu de cet appareil électronique.
Lien vers l'article original: http://hardware.developpez.com/actu/100150/Jerry-Do-It-Together-une-solution-ingenieuse-pour-reprendre-la-main-sur-la-technologie

[@Sekurigi] La culture des hackers dans le monde de la politique

Par la rédaction, le vendredi 17 juin 2016. Extrait:
> A l’ère des luttes décentralisées et des mouvements d’occupation de type «Nuit debout», les hackers ont leur part d’influence dans les mouvements politiques actuels.
Lien vers l'article original: http://www.sekurigi.com/2016/06/culture-hackers-monde-de-politique

[01net.] Intel embarque-t-il une porte dérobée dans toutes ses puces?

Par Gilbert Kallenborn, le vendredi 17 juin 2016. Extrait:
> De plus en plus d’experts critiquent ouvertement le composant Management Engine qu’Intel embarque dans tous ses chipsets récents. C’est un ordinateur dans l’ordinateur, doté d’énormes privilèges d’accès et dont le code est complètement opaque.
Lien vers l'article original: http://www.01net.com/actualites/intel-embarque-t-il-une-porte-derobee-dans-ses-puces-985396.html

[ouest-france.fr] Une école du logiciel libre à Nantes

Par la rédaction, le mercredi 15 juin 2016. Extrait:
> Cloud, big data, digital... Une école du logiciel libre et des solutions open source (OSS) ouvrira à Nantes à la rentrée 2016. Soutenue financièrement par l'État, elle fait partie des six établissements d'enseignement supérieur de ce type à ouvrir en France, avec Paris, Lyon, Lille, Bordeaux, Montpellier. Lancé par Smile (expert en open source) et l'Epsi (école d'ingénierie informatique), l'établissement mise sur les besoins actuels dans le domaine du logiciel libre. Le monde numérique manque d'experts.
Lien vers l'article original: http://jactiv.ouest-france.fr/job-formation/se-former/ecole-logiciel-libre-nantes-64247

[L'OBS] Furieux de l’arrivée du «méchant Microsoft», ils fuient LinkedIn

Par Thierry Noisette, le mardi 14 juin 2016. Extrait:
> Ils n’aimaient déjà pas le poids de Microsoft dans les PC, ils n’apprécient donc pas plus son arrivée tonitruante dans les réseaux sociaux.
Lien vers l'article original: http://rue89.nouvelobs.com/2016/06/14/furieux-larrivee-mechant-microsoft-ils-fuient-linkedin-264348

[ZDNet] Des données libérées pour plus de citoyenneté?

Par la rédaction, le lundi 13 juin 2016. Extrait:
> Corollaire du Big Data, l’Open Data ou la mise à disposition de tous des données suscite des intérêts. Encore faut-il savoir dénicher les données et pouvoir les exploiter. En France après quelques pionniers, le mouvement reprend de la vigueur.
Lien vers l'article original: http://www.zdnet.fr/actualites/des-donnees-liberees-pour-plus-de-citoyennete-39838260.htm

[Next INpact] Mozilla crée le fonds «SOS» pour renforcer la sécurité de l'open source

Par Vincent Hermann, le lundi 13 juin 2016. Extrait:
> Mozilla ne veut plus d’un nouveau Heartbleed. Pour augmenter le niveau général de sécurité du logiciel libre, l’éditeur a décidé de créer un fonds de financement pour les audits, avec une mise de départ de 500 000 dollars. La société invite maintenant d’autres acteurs à participer.
Lien vers l'article original: http://www.nextinpact.com/news/100225-mozilla-cree-fonds-sos-pour-renforcer-securite-open-source.htm

Et aussi:
[L'Informaticien] SOS: Mozilla finance la sécurité de l'Open Source

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

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(20/06/2016 @ 17:47)

Logiciel libre, Internet, surveillance, écologie - Benjamin Sonntag - Agnès de Cornulier  Voir?


Benjamin Sonntag

Titre : Logiciel libre, Internet, surveillance, écologie : vision commune d’une révolution en cours
Intervenant : Benjamin Sonntag - Agnès de Cornulier
Lieu : Ubuntu Party - Paris
Date : Novembre 2015
Durée : 52 min 47
Licence : Verbatim
Lien vers la vidéo : le fichier vidéo

Transcription

Bonjour. Ça va être une conférence un peu particulière. D'habitude, à toutes les Ubuntu Party, il y a quelqu’un de La Quadrature du Net1, dont je fais partie, qui fait un point un peu sur les sujets de la Quadrature, où est-ce qu'on est, ce qu'on a fait. Cette fois-ci on va faire un truc un peu différent, parce que c'est un peu ce qu'on avait envie de faire aussi, et puis parce que ce ne sont pas les mêmes qui ont fait la conf. Et donc on est partis d'une idée assez rigolote qu'on avait un peu, à deux ou trois, dans le conseil d'orientation et puis des gens proches de La Quadrature]. Et puis on a essayé de tirer le bout de ficelle et j'ai plus de questions que de réponses à vous apporter aujourd’hui, mais c'est bien d'avoir des questions. On va essayer de se poser quelques questions.

L'idée c’était de voir, un peu, entre le logiciel libre, la façon dont fonctionne Internet, la surveillance de masse et l'écologie et un peu l'avenir de la planète. Ça tombe bien avec COP 21, on est un peu. Non, on n'y est pas du tout, on oublie COP 21, mais la surveillance, par contre, on est dessus. En quoi c'est quelque chose en relation avec ce qu'on appelle les Communs, qu'est-ce que c'est et, en tout cas de mon point de vue, pourquoi c'est une révolution qui est en cours. Et le petit truc bleu dans le coin, c'est un peu le centre du sujet.

Rapidement, je suis Benjamin Sonntag, je suis un des cofondateurs de La Quadrature du Net. Je ne fais pas beaucoup d'apparitions publiques. C'est plutôt les Jérémie, Philippe ou Félix qui s'y collent et maintenant Adrienne, beaucoup. Mais je suis plutôt le geek de la bande. S'il y a des trucs à faire avec les machines c'est plutôt moi qui m'y colle. Sauf qu’aujourd’hui on ne va pas trop parler des machines.

Qui n'a jamais entendu parler de La Quadrature du Net ici ? Avant aujourd'hui ? Non, alors toi je sais que c'est faux, toi je sais que c'est faux, donc c'est bon. Donc personne. Tout le monde en a entendu parler donc je ne vais pas vous dire ce que c'est, association de défense des libertés dans le numérique. Juste un petit truc. Au début on était une association de défense des libertés numériques. Puis c'est devenu il y a quoi, deux ans, une association de défense des libertés « dans le » numérique. C'est-à-dire qu'on applique des contextes où il y a Internet, la communication, etc. Et en fait, aujourd’hui, on est plus ou moins en train de se demander si on ne va pas juste se faire association de défense des libertés, point. Le contexte politique actuel peut en expliquer beaucoup.

Avant de parler du sujet, de questions qui nous intéressent, je vais vous poser quand même un petit bilan de ce qu'on a fait à La Quadrature du Net dans l'année passée. Eh bien ça été très lourd, je me dis, l'année 2015. Eh bien peut-être de laisser, Agnès, si elle veut nous dire 45 secondes ce qu'on a fait au niveau de la neutralité du Net. Est-ce qu'il y en a à qui le concept de neutralité du Net est totalement inconnu ici ? OK. Les mêmes qui veulent jouer. Donc c'est bon. La neutralité du Net, je vais quand même faire une toute petite définition, c'est l'idée très rapide de dire que, sur Internet, qui est un réseau de communication, où l'intelligence est aux extrémités, c'est-à-dire c'est votre ordinateur ou le serveur en face qui est intelligent, mais les tuyaux entre deux sont bêtes, ils ne font que passer l'information. Il est fondamental et il devrait être politiquement défendu, enfin oui, on devrait défendre politiquement le fait que les opérateurs n'ont pas le droit d'accélérer, ralentir, bloquer ou mettre sur des tuyaux préférentiels les contenus en fonction de leur origine, de leur destination ou de leur nature.

En gros, une lettre à la poste, quel que soit le contenu de la lettre, elle ira à la même vitesse. Il n'y a pas de raison qu'il n'en soit pas de même sur Internet, notamment pour favoriser l'innovation et pour éviter les groupements de gros acteurs. Donc c’est un sujet qui est très débattu au Parlement européen et je vais laisser Agnès nous dire où est-ce qu'on en est très récemment.

Agnès : Donc la neutralité du Net. On a eu des négociations sur le règlement européen pendant des années, enfin depuis au moins 2011/12. Le règlement a fini par passer il y a quelques semaines, moins bien que ce qu'on aurait aimé et ce qu'on aurait pu espérer. Moins mauvais que ce qu'on craignait. Mais il n'est pas parfait du tout. On a jusqu’au bout essayé de déposer des amendements pour le renforcer ; ils ne sont pas passés, donc on n'est pas contents. Et du coup tout n'est pas perdu. Il y a encore les régulateurs européens réunis au sein de l'Union européenne, au sein du PEREC. Les régulateurs des Télécoms, c'est l'ARCEP en France et puis les ARCEP de tous les pays de l'Union européenne, qui sont réunis au sein de l'Union européenne, au sein d'une organisation qu'on appelle le BEREC2. Et ce BEREC a six mois pour sortir des lignes directrices, pour donner aux régulateurs nationaux, donc aux ARCEP, des lignes directrices pour savoir comment appliquer exactement ce règlement dans les différents pays. Et là-dessus on va essayer de jouer encore un petit peu pour renforcer, via ces lignes directrices, le règlement. Donc c'est quelque chose qu'on continue à faire, on continue à travailler avec l'ARCEP et au niveau du BEREC, au niveau européen. Voilà.

Benjamin : Le vert est coupé, ce n'est pas grave. Merci Agnès. C'est un des sujets de La Quadrature sur lequel on est très actifs, dès le début de La Quadrature finalement. Il y en a un autre qui nous est un peu tombé dessus en début d'année, qui était prévu depuis longtemps, mais forcément, après les attentats de Charlie Hebdo, ça a été compliqué à défendre, c’était le projet de loi renseignement qui visait, en gros, à légaliser la surveillance de masse des citoyens par les services secrets français. Et quand je dis des citoyens c'est des citoyens français et des citoyens non français, c'est-à-dire y compris les tuyaux de l'internet qui viennent ou qui sortent du pays. Les services secrets se permettent d'écouter ce que font les citoyens français, ils se permettent d'écouter en masse. Eh bien le projet de loi renseignement visait à, tout simplement, légaliser ces pratiques et dire que les services ont le droit de faire ça et que c'est normal.

Ce n'est pas ce qu'il y a écrit dans les fondamentaux de notre République. Mais bon ils ont essayé de faire passer cette loi. FDN, FFDN et La Quadrature ont attaqué un certain nombre de décrets, de choses comme ça. On a attaqué, non pas les décrets. On a attaqué au Conseil constitutionnel. On s'est fait rabrouer, on s'est fait rabrouer massivement. Ce projet de loi est passé comme une lettre à la poste sauf un petit bout qui est la partie surveillance internationale, parce qu'en gros c’était vraiment open bar côté surveillance internationale. Et dans tous les cas, les institutions de régulation, c'est-à-dire le machin semi-parlementaire chargé de vérifier que les services font bien leur boulot n'a, a priori, quasiment pas de pouvoir, en tout cas surtout pas en amont et en aval, enfin, après coup, il ne va pas pouvoir faire grand-chose. Donc le sous-projet surveillance internationale est ensuite passé comme proposition au de projet de loi et il est aussi passé comme une lettre à la poste. Et on a su récemment que le Conseil constitutionnel le validait en disant : « Non, non, tout va bien, il n'y a pas de problème. »

Donc, citoyens, bienvenue. Tout ce que vous dites sur votre téléphone, sur votre accès internet, tout ce que vous faites sur Internet est écouté et mis en statistiques par nos services qui sont censés nous protéger. On sait ce que ça a donné avec les révélations Snowden. On a vu tous les abus que les Américains ont fait en la matière. Je ne doute pas que nos services soient capables de faire le même genre d'abus.

Donc, si vous êtes sur Internet protégez-vous. Considérez que vos conversations, comme toutes les enveloppes en Allemagne de l'Est, sous la Stasi, étaient ouvertes, considérez que tout ce que vous faites sur Internet est fiché. Et ce n'est pas une paranoïa. Snowden nous l'a prouvé et même ça ne coûte rien !

La loi numérique de Mme Axelle Lemaire, avec sa consultation bidon. Alors ça a donné un vrai succès, il y a plein de citoyens qui se sont exprimés. Puis ils ont pris à peu près tout ce qui avait été exprimé et puis ils ont tout jeté, dès que le CSPLA ou d'autres trucs d'ayants droit ont dit : « Non, mais cet article-là est nul, on n'en veut pas ! » Ils ont dit : « Bon d'accord ! Fuitiiiichh. » Globalement la loi numérique on n'en attend rien, ça ne va pas changer, ça ne va pas défendre la neutralité, ça ne va pas permettre le partage des œuvres entre citoyens. Ça ne va pas avancer grand-chose. Peut-être un peu sur l'open data et encore. Voilà. Donc ce n'est pas gagné.

La loi création avec notre autre ministre, Fleur Pellerin, à venir, pas encore finie d'écrire a priori. On a eu des brouillons, déjà noyautés par les ayants droit ou les ayants tort, je ne sais plus trop, enfin bon. Celle-là aussi elle est bien. Il va falloir probablement taper très fort sur nos députés. Mais comme de toutes façons, le pouvoir en place, l'exécutif, prend tous les moyens pour aller au forcing, on n'y croit plus trop, mais il va falloir quand même se battre parce que des fois on a des petites victoires de batailles et on se dit « au moins celui-là ils s'en souviendront ». Souvenez-vous d'HADOPI, joli fiasco.

D'autres petits projets de loi comme, par exemple, le projet de loi contre le système prostitutionnel. Ça c'est un des exemples. Avant HADOPI, en gros, quand il y avait des projets de loi, ils ne parlaient pas d'Internet. Ils parlaient de sujets A, B, C. Et puis il y avait d’autres projets de loi qui parlaient du numérique et d'Internet. Après HADOPI, ils ont commencé, peu à peu, à faire des projets de loi sur tous les sujets, comme d'habitude, mais qui, à chaque fois, incluaient un article parlant d'Internet. Et c'est devenu un problème pour La Quadrature, c'est qu'on s'est retrouvés sous l'eau de projets de loi à suivre et d’articles de projets de loi à défendre ou à attaquer. Typiquement, celui sur la lutte contre le système prostitutionnel, comme tous les projets de loi de ce type, ou la défense du consommateur ou la protection des données, etc. À chaque fois ils proposent de pouvoir censurer des sites web sans intervention du juge judiciaire, ce qui n'est pas normal, À priori. Parce que quand on veut faire de la censure, l'atteinte à la liberté d'expression c'est quelque chose de grave. Il n'y a pas de raison qu'on ne passe pas par un juge qui dit : « Bonjour, c’est normal, ce n'est pas normal, il faut bloquer, il ne faut pas bloquer. » Donc ça, c'est devenu la petite marotte du gouvernement, celui-là et le précédent d'ailleurs, que de censurer administrativement à tout-va. Donc voilà un autre exemple, on n'est pas bien partis.

Dans les bonnes nouvelles, il y a eu l'invalidation du Safe Harbor qui est en gros le fait que, au niveau européen, on disait s'il y a des pays, considérons l'UE comme un pays, où les données des citoyens sont à peu près bien protégées, on autorise les boîtes privées à faire des transferts de données entre ces pays, entre l'UE et ces pays, sans avoir besoin de règlement particulier, tant que ça respecte les lois du pays cible.

Les États-Unis faisaient partie du Safe Harbor, parce que vous comprenez bien, les données des citoyens sont protégées aux États-Unis. Suite aux révélations de Snowden, c'est la CEDH ou la CJUE, la CJUE, la Cour de justice de l'Union européenne a décidé que le Safe Harbor, pour les États-Unis, était invalide, parce qu'il n'y avait aucune raison d’avoir confiance dans les fournisseurs américains. Ce qui veut dire que théoriquement les Facebook, Google, Apple, Microsoft, et tous ces gens qui aspirent vos données, qui regardent tout ce que vous faites sur Internet pour vous traquer, vous ficher, devraient normalement avoir leurs données uniquement en Europe typiquement, ou ne plus avoir le droit de les transférer vers les États-Unis en tout cas. Vous vous doutez bien que ça ne va pas aller aussi vite, mais c’est quand même un sujet intéressant. Donc à suivre pour en voir les conséquences surtout. Donc là-dessus, c'est assez rigolo.

La protection des données au Parlement européen. Ça n'a pas trop bougé. Il y a un trilogue, c'est-à-dire la discussion entre le Parlement, le Conseil et la Commission. Donc en gros, quand on a une montre c'est bien, quand on en a deux c'est ce qu'il y a de pire, à trois je ne suis pas sûr que ça marche bien. Le dialogue entre les trois ne se passe pas très bien et, pour l'instant, il y a un gros lobby de toutes les boîtes qui font de la donnée et ce n'est pas que les Google, Apple, Facebook, Microsoft. C'est aussi tous les assureurs, tous les banquiers, toutes les personnes qui sont susceptibles de savoir des choses sur les citoyens, eh bien ça les intéresse de pouvoir en faire tout ce qu'ils veulent pour de l'exploitation en masse, de la vente de pub, etc., du profiling. Donc ceux-là sont vent debout pour une protection très faible des citoyens. Donc si vous voulez que vos données sur Internet soient un peu sûres, vos données personnelles de tout type, y compris avec l'internet des objets qui se profile à l'horizon, eh bien il va falloir à nouveau se bouger au Parlement européen de temps en temps. On est en train de mettre à jour le site de ce côté-là. Ah oui le site controle-tes-donnees.net3, sur lequel je vous invite à aller voir si vous voulez aider à protéger vos données sur Internet. Merci Agnès.

Et la dernière, celle-là est très récente. C'est tout simplement vous avez vu l'arrivée de l’état d'urgence. La Quadrature, suivie de près par Le Monde, suivie de près par tout un tas d'autres médias, s'est lancée dans une espèce de recensement des abus de l'état d'urgence. On n'a jamais eu autant de visites sur le communiqué de presse correspondant. On n'a jamais eu autant de visites sur un pad de La Quadrature. On a essayé de recenser tout ça, on était 500 sur le pad. Délirant ! Apparemment ça concerne les citoyens, ça concerne beaucoup de monde, parce qu'il y a eu des abus de perquisitions administratives en masse depuis le 13 novembre. Donc on essaie de recenser un peu ça et on essaie de voir dans quelle mesure le numérique, s'il est touché, va essayer de se défendre. Et on va essayer d'aider les citoyens, de leur fournir des outils et des analyses et des moyens pour se défendre. Mais bon ! Là aussi, souvenez-vous du 11 septembre 2001, voyez ce que ça a donné sur les quinze ans qui suivent aux États-Unis. La France n'est pas les États-Unis, mais on a les mêmes politiciens débiles avec les mauvaises idées aux commandes.

Alors ça ce n'est pas Quadrature, c'est tout à fait personnel. Je me souviens d'un truc , c'est quand il y a eu le 11 septembre, M. Bush était là en mode « c'est la guerre, c'est la guerre, c'est la guerre. » Jacques Chirac, le Président de la France, pour qui je n'avais pas voté à l'époque, avait dit : « Je ne suis pas sûr que le terme de guerre soit très approprié. » Ça avait fait un scandale ! Il n’était pas tombé dans le piège qui consiste à répondre à une agression par une agression. Le œil pour œil, on sait que ça ne marche pas. Sur le long terme, ça ne peut faire que des morts civils, alors que c'est la guerre des puissants. Vous voyez. « C'est leur guerre, nos morts. », comme on dit, merci Julien. Et donc, ce qui se passe, c'est que là, M. Hollande est tout simplement tombé dans le piège. Et aujourd'hui, il nous a dit : « La guerre, la guerre, la guerre .» L’état d'urgence est déclaré sans raison a priori valable, parce que les services secrets français n'ont pas fait leur boulot en écoutant en masse les citoyens, plutôt qu'en essayant d'écouter sous forme ciblée les gens concernés. Donc on voit ce que ça donne. Gros boulot en perspective pour La Quadrature !

Par contre il y a plein de bonnes nouvelles cette année. Il y a un groupe constitué de trois organisations avec La Quadrature du net, la Fédération des fournisseurs d'accès associatifs, FFDN et French Data Network qui est un des plus anciens fournisseurs d'accès français, de type associatif qui plus est, qui se sont mises ensemble, depuis un an maintenant quasiment, dans un petit groupe que certains politiques ont appelé « les exégètes amateurs », et on a fini par dire qu'on va les appeler comme ça, ça marche bien, qui a fait une dizaine maintenant, je crois, de dossiers d'attaque en justice, soit au Conseil constitutionnel, soit au Conseil d’État pour des décrets. On envisage d'autres cas s'il y a besoin, tout simplement à des tribunaux civils ou carrément à des cours européennes si besoin, sur des décrets de type projet de loi de renseignement et tous les décrets ou lois qui peuvent être appliqués et qui sont pour nous anticonstitutionnels, eh bien on les attaque. Si vous avez des avocats, des juristes autour de vous, ou si vous êtes vous-même avocat ou juriste et que vous avez envie d'aider, je pense qu'ils sont toujours preneur. Ils se réunissent par téléphone ou physiquement dans Paris tous les lundis, je crois, tous les lundis soir, et c'est un groupe qui déchire. Ils font des super dossiers, merci à tous ceux qui en font partie. Je n'ai pas les noms en tête. Je vous laisse aller voir. L'URL, laquadrature.net/recours, vous permet de voir où on en est. C'est une page qu'on met à jour régulièrement avec les news de ces sujets

On a mis à jour nos propositions. Parce qu'à La Quadrature on râle beaucoup, mais on a toujours proposé des alternatives, on a toujours proposé de manière très précise. Donc si vous voulez savoir un peu, avoir une petite idée de comment on peut essayer de défendre les libertés, de défendre les données des citoyens dans le numérique, n'hésitez pas à aller voir nos propositions. Un truc phare, un peu, de La Quadrature, c'est de dire : « Il y en a marre d'avoir une justice administrative qui est très difficile à mettre en œuvre pour les citoyens pour se défendre, notamment parce qu'ils ne sont pas toujours au courant des décisions en la matière ». Donc on cherche à avoir tout simplement qu'il y ait plus de moyens pour la justice judiciaire et moins d'arbitraire administratif, notamment confère les perquisitions de ces derniers jours.

Dans les trucs à venir, c'est très récent, on est à peine en train de balbutier là-dessus, mais on a envie de relancer des ateliers comme on le faisait. [Il est où lui. C'est le bazar dans mes docs, je suis désolé ! Oh la la ! Tagada tsouin tsouin ! Ça ce sont les fameux gif, ça ne passe pas. Mon Dieu !] Donc à venir une ouverture de La Quadrature, comme je vous disais tout au début. On va de plus en plus s'ouvrir à d'autres ONG, avec d'autres ONG, les Amnesty International, les Ligues des droits de l'homme, les syndicats de la magistrature et d'autres. On est vraiment ouvert à toute discussion avec toute ONG relative, de près ou de loin, à la défense des libertés des individus, à essayer de faire des choses un peu plus centrées sur les libertés en général. Parce que quand on voit l'évolution de notre État et le déclin démocratique progressif mais certain, eh bien voilà ! Je vous invite à nous aider à faire ça, si vous êtes dans des ONG de ce type, venir nous écrire, à essayer de faire des trucs ensemble. Et dans les trucs ensemble, on va essayer de faire plus souvent des ateliers comme on faisait à une époque, soit des ateliers techniques où on va mettre au point ou améliorer des outils techniques comme Memopol, comme le Piphone, ou d'autres à venir, ou des sites web comme Contrôle tes données. Soit simplement des campagnes. On va publier des contenus, mettre en ligne, inviter à faire des flyers, des trucs comme ça, des gifs animés comme on en voit d'autres. C'est-à-dire faire du bruit.

Il faut savoir qu'un des trucs fondateurs de La Quadrature et je vous invite à le garder pour vous et à l’utiliser avec d'autres, c'est tout simplement que les pouvoirs en place n'arrivent à faire du mal que dans le noir. C'est comme des vampires. Ils ne peuvent mordre que dans la nuit. Si vous mettez les projecteurs dessus, ils disparaissent. Le coût politique de faire quelque chose sous les yeux des citoyens est trop élevé. S'il est trop élevé ils ne le feront pas. ACTA a été une réussite pour ça. HADOPI a été une réussite pour ça. On peut gagner d'autres batailles. Il faut juste suivre ces idées-là, je pense qu'il y a vraiment quelque chose à faire, tout simplement en faisant beaucoup de bruit.

Dans ce contexte-là, La Quadrature a lancé sa campagne annuelle de financement. Donc si vous avez quelques sous à mettre, n'hésitez pas. On a un super site web avec des jolis gifs animés, que vous pouvez voir ici sur soutien.laquadrature.net. On en a besoin, vraiment. Si vous ne pouvez pas nous aider avec une action, en appelant vos députés, en ayant une espèce de force citoyenne de proposition et de défense, eh bien n'hésitez pas à donner quelques sous. Et si vous ne pouvez pas donner quelques sous, n'hésitez pas à nous écrire et à dire comment on peut aider. Sur le site il y a plein de façons d'aider qui peuvent être très utiles.

Voilà. Ça c’était le bilan, un peu, des activités de La Quadrature. On va passer un peu au questionnement du moment, sur le logiciel libre, l'internet, la surveillance, l'écologie et les Communs en général. En quoi ça serait peut-être quelque chose d'assez révolutionnaire finalement, même si le logiciel libre a été inventé il y a trente ans, on pourrait dire globalement par Richard Stallman.

Je suis parti d'un constat, c'est que quand j’étais jeune j'ai fait beaucoup de Lego, Lego Technique, des trucs comme ça, avec ceux de mes frères et sœurs, et à chaque fois je faisais de trucs marrants. Et puis mes parents étaient là : « Ah c'est cool ! Tu vas déposer un brevet ?
– Oh ouais, peut-être ! » Bon ! Je n'ai jamais déposé de brevet parce que, quand on a douze ans, on ne dépose pas des brevets. Et puis quand on a vingt ans, on voit comment ça s'écrit un brevet, on se dit « hou là, jamais ! » Et puis quand on a vingt-cinq ans, on découvre le logiciel libre et on se rend compte que c'est chouette parce qu'on peut accéder au code des autres et on peut modifier le code des autres et faire faire autre chose avec. Et puis on peut faire son propre code et le partager avec d'autres qui, pouf !, se mettent à faire des trucs avec. Et juste on se retrouve dans une espèce d'écosystème génial. C'est très biologique, c'est très vivant, ça bouillonne et à la fin on ne se souvient plus comment on faisait avant en fait. « Ah si, je piratais PaintShop Pro 3 sous Windows. » Ouais, c'était nul parce que je ne pouvais pas débuguer le machin qui faisait les flous, qui était tout pourri. Et puis je ne pouvais pas non plus distribuer le flou tout neuf que j'avais écrit et qui permettait de faire des jolis flous sous PaintShop Pro, que je n’ai pas pu faire vu que je n'avais pas le droit de le faire de toutes manières et je n'avais pas le code source.

Finalement, avec le temps, le logiciel libre ça m'est vraiment apparu comme une évidence. Mais plus qu'une évidence, c'est même une nécessité. Et on s'en est rendu compte avec les histoires d'Edward Snowden et avec le monde de la crypto, c'est-à-dire le monde des codes secrets et du chiffrement et du petit cadenas dans votre navigateur. On s'est rendu compte d'une chose, c'est qu'on n'a pas trouvé de logiciel propriétaire qui ne soit pas noyauté de l'intérieur. C'est-à-dire pour lequel il n'y a pas soit une clef qui permet de passer outre le chiffrement, soit une clef qui permet de tout déchiffrer, soit un bug franchement volontaire. Parce que les bugs pas volontaires de ceux, parmi ceux qu'on a pu voir, c'était trop gros ! Qui fait qu'on peut désactiver la crypto ou lui dire « ne fais pas de crypto ». Ce qui fait que les services ou des écoutes ciblées peuvent éventuellement écouter les conversations des gens, ou écouter ce qu'on fait, sans problème.

C'est un problème. C'est un problème aussi industriel. On oublie souvent, on pense souvent, nous on dit souvent : « Oui si vous avez des choses à cacher ou même si vous êtes activiste c'est important. » Mais si vous êtes dans une grosse industrie ou dans une entreprise qui a des secrets ou des choses, c'est un problème parce que vous ne pouvez pas communiquer entre vous de manière confidentielle sans que des États ou des barbouzes ne puissent vous écouter pour un oui pour un non. Et si un État peut le faire, des barbouzes le font, il ne faut pas croire. On a même vu avec les révélations de cette boîte italienne qui s'était fait pirater, que ça se trouve, ça peut s’acheter des logiciels d'écoute, sans problème.

Et donc finalement, pour moi, le logiciel libre est devenu vraiment une nécessité. Pire ! au fur et à mesure, on se dit « on a entendu parler aussi des musiques libres ». Alors les musiques libres, j'ai un vrai problème avec ça, ou l'art libre en général, c'est que, autant je peux prendre Gimp à la place de PaintShop Pro, autant je ne vais pas écouter X, Y, Z à la place de Pink Floyd. Parce que juste X, Y, Z, il ne fait pas pareil que Pink Floyd. Et c'est un vrai problème pour l'art et je n'ai pas trouvé de solution pour l'art, d'ailleurs, pas aujourd'hui. Si ce n'est les propositions de La Quadrature qui consistent à dire « Quand même, on va un peu loin là : 70 ans après la mort de l'auteur avant qu'une œuvre puisse s'élever dans le domaine public, c'est un peu long. » Et puis vous savez, essayer de mettre des trucs d'ayants droit entre deux, qui font plutôt plaisir aux middle men, aux intermédiaires, plutôt que financer les vrais auteurs et les vrais acteurs et les vrais interprètes, ce n'est pas une bonne idée non plus. À part ces grandes idées de La Quadrature qui finalement ne sont pas forcément très orientées open source, logiciel libre, applicables à l'art, je n'ai pas trouvé trop pour l'art.

Il y a plein d'autres domaines dans lesquels les concepts de logiciel libre sont vraiment super intéressants. On va en parler un petit peu.

Un des exemples c’était la surveillance, la surveillance des peuples. Comment ça fonctionne ? En gros ça a été les dernières révélations en la matière, ça a été Edward Snowden dont vous avez tous entendu parler. Qui n'a jamais entendu parler d'Edward Snowden ici ? N'ayez pas peur, ne vous cachez pas. OK. Donc vous voyez de quoi il s'agit : ce sont les écoutes de masse des États-Unis. Avant ça il y a eu Duncan Campbell qui a révélé ce qu'on appelait le programme ECHELON, qui était, en fait, lui-même issu d'accords entre les cinq pays autour des États-Unis – Australie, Canada, Nouvelle-Zélande et Grande-Bretagne, qui était l'accord UKUSA, où, en gros, il y avait des écoutes de masse des signaux électroniques, donc la radio, et puis toutes ces choses-là, les télécommunications en général, dès les années 45. Donc ce n'est pas nouveau. Dès la fin de la Seconde guerre tout l'Occident, l'Occident américain on va dire, était en ligne, rangé, je ne veux voir qu'une tête en mode bidasse, pour écouter toutes les conversations de tout le monde. Ce n’était pas cool.

Mais on se rend compte d'une chose finalement, c'est que ces écoutes sont possibles parce qu'elles sont faites par les puissants, parce quelles sont faites dans l’ombre. Il y a des trucs, par exemple, qui ont eu lieu cette année. Il y a intelexit.org4 qui est un site web qui est a été monté par des copains de Peng à Berlin, qui dit : « Vous êtes des services de renseignement. Si vous jugez en votre âme et conscience, éthiquement, que ce que vous faites est illégitime, sortez, barrez-vous. Si vous êtes talentueux vous allez trouver du boulot ! Et venez dire, venez fuiter, venez sonner l'alerte, devenez whistleblower, devenez lanceur d'alerte pour dire ça ne va pas, il y a ça qui ne va pas, ce n'est pas possible. » Et globalement, cette surveillance, moi j'ai fait le lien un peu avec la façon dont l'histoire est écrite. Quand on regarde les livres d'histoire on se rend compte d'une chose, c'est que, finalement, on voit l'histoire des vainqueurs, toujours. Et même si on voit l’histoire des perdants, c'est-à-dire que les Allemands, je me doute bien qu'ils racontent qu'ils ont perdu les deux guerres mondiales. Et puis les Français, on se souvient qu'on a perdu Waterloo, mais ça reste des grandes batailles. L'avis des citoyens de base, vous, moi, de ce que je vois à peu près tous ceux qui sont ici compris, ce n'est pas nous qui allons écrire l'histoire. Et c'est l'histoire de ces 1 % de vainqueurs, simplement 1 % de ceux qui ont pris le pouvoir parce qu'ils avaient choisi de le prendre, c'est eux qui ont toujours fait la surveillance des peuples.

Et plus que la surveillance, il y a même des bouquins qui ont été écrits là-dessus, que je vous recommande, sur le contrôle de l'individu. Le fameux livret ouvrier, vous voyez. Le livret ouvrier c’était l'ouvrier il a droit d’être dans telle ville, il a droit de travailler à telle mine, et puis c'est tout. Ce n'est pas un passeport. Il a le droit d’être là. Il n'a pas le droit d'aller se promener, il n'a pas le droit… Ou ça lui donne le droit de travailler dans une industrie, à la rigueur, vous voyez. Il a le droit d’être mineur. Il n'a pas le droit de devenir, je ne sais pas, de se mettre à faire autre chose, forgeron ou charpentier, je n'en sais rien moi.

Eh bien ce contrôle, on est en train de le voir revenir peu à peu, par le fichage général des individus, finalement. Parce que quand on voit que Google ne file pas les mêmes résultats à vous qu'à moi, où, à chacun d'entre nous, il file des résultats différents, c'est un peu il crée des bulles et puis il crée un peu le livret ouvrier moderne. On ne sort plus de sa bulle. Il ne nous l'interdit pas, mais on façonne comme ça les gens, on façonne les peuples par la surveillance et par le fichage.

Et puis tout simplement, la surveillance de masse, elle a un problème aussi, c'est qu'elle s'applique aussi dans l'industrie. Elle s'applique aussi quand vous avez des industries d'un pays, et puis la même industrie dans un autre pays. Eh bien les espions du pays A essayent d'espionner l'industrie du pays B, et inversement, pour savoir qui fait quoi, et puis essayer de leur piquer leurs secrets. Et finalement, s'il n'y avait pas de secrets industriels à piquer, il n'y aurait pas besoin de ce genre d'espionnage.

On verra pourquoi. Alors c'est complètement utopique, oui, c'est complètement utopique. S'il n'y avait pas de secrets industriels à protéger, on n'aurait pas besoin de ce genre de choses. On verra pourquoi ça peut, peut-être, avoir du sens finalement. Pourquoi ça pourrait avoir du sens ? Voilà, c'est la question de comment peut-on et doit-on, d'ailleurs, se passer de la société de surveillance. [Pourquoi je ne vois pas mes notes, je n'ai pas de notes. Bon !]

L'écologie. C'est aussi un autre domaine dans lequel on se dit finalement… Alors logiciel libre, on va peut-être définir un peu. Le Libre, en tant que tel, c'est-à-dire le fait de mettre des idées à disposition et y compris leur application, parce que ce qu'on peut breveter ce n'est pas une idée, c'est l'application d'une idée. Mettre l'application d'une idée à disposition de tous, que tous puissent le faire, l'utiliser librement, finalement ça pourrait peut-être s'appliquer à l'écologie.

Aujourd'hui, si vous réfléchissez un peu autour de vous de comment s'applique l'écologie, vous l'avez déjà lu derrière moi. En gros, aujourd'hui, elle est punitive. C’est-à-dire que quand on s'appelle Volkswagen et qu'on ment sur son moteur, on va se prendre des baffes. Si vous fabriquez un appareil qui pollue beaucoup, vous êtes censé payer pour votre pollution. Et toutes les réglementations écologiques vont dans ce sens-là. Vous voyez ce que je veux dire. C'est ce qu'on appelle, finalement, une écologie punitive. Pardon ?

Public : Inaudible.

B. S. : Il y a aussi l'incitatif. Alors l’incitatif c'est marrant, c'est on paye, par exemple, pour mettre des éoliennes. Et alors ça, c'est un problème. C'est que l’écologie c'est complexe, c'est très complexe. Aujourd'hui, faire des éoliennes dans le Nord de la France, c'est une mauvaise idée. Parce que le jour où il y a une tempête en mer du Nord, toutes les éoliennes du Nord de la France se mettent à produire des mégawatts. Le réseau électrique, qui est obligé de l'assumer parce que c'est comme ça, les règlements ont été faits de telle sorte que, se met à exploser en vol parce qu'ils ont trop de courant. On ne peut pas arrêter une centrale nucléaire parce que ça ne s’arrête pas comme ça. Donc ce qu'on fait, c'est que pour compenser le fait que les éoliennes produisent trop, on va mettre d'autres systèmes de production, type gaz ou charbon, eux, qu'on peut allumer ou éteindre très facilement. Ce qui fait que si tout à coup les éoliennes se mettent à tourner très vite, on va baisser la centrale au charbon ou au gaz. Ce qui veut dire qu'on est obligé de garder les centrales au gaz ou à charbon pour compenser le fait que les éoliennes ont des productions qui font ça. Donc financer l’écologie c'est encore une façon totalement jacobine, très française, et de mon point de vue totalement débile, d'essayer de résoudre les problèmes, finalement. Donc on voit que l'écologie est difficile à appliquer. Et honnêtement en France, je ne nous vois pas sortis des routes.

On va parler d'autre chose qui ne se passe pas en France, majoritairement. Il y avait un truc, ça s’appelait, je remercie Calimaq et Julien, l'éditeur du site Page42, qui m'ont un peu donné des idées là-dessus mardi au Bookscanner de La Quadrature, sur un certain Arnulf Grubler, que j'ai eu du mal à trouver sur Internet, qui est quelqu'un qui fait des études à Yale sur l'écologie industrielle. Et l'idée c’était de dire « On peut faire une industrie qui soit écologique. » Ça rejoint, pour ceux qui connaissent, l'économie circulaire. Simplement on essaie de ne produire aucun déchet. C'est-à-dire que si une industrie va produire un déchet, on va voir ce qu'on peut faire de ce déchet, on va essayer d'en faire autre chose.

Typiquement, le classique, c'est si ce sont des déchets végétaux, on va faire du compost et ce compost on va le fournir aux agriculteurs qui vont avoir moins besoin de pesticides sur leurs champs grâce à ça. Ce n'est qu'un exemple, tout simple. Il y a des exemples plus compliqués où des fois on produit des trucs qui sont chimiques. Comment on peut, grâce à la chimie, en faire d'autres produits utiles ? Éviter de les brûler par exemple, ou éviter de les jeter dans des rivières ou éviter de les mettre dans des tonneaux au fin fond du sous-sol ?

Donc l'écologie industrielle c’était ça. C’était essayer de chercher soit des cycles, soit carrément des sauts multiples, pour essayer d'avoir une industrie qui puisse fonctionner de manière écologique. Et dès cette époque-là, je crois que c'est dans les années 70, ils se sont posé aussi la question « il faut aussi que les structures sociales changent ». C'est-à-dire que ce n'est pas tout d'avoir une écologie au sens de respect de la nature, mais aussi respect de la nature humaine, c'est-à-dire comment on fait de telle sorte que les relations au sein des sociétés soient plus fluides, plus humaines, etc.

Donc c’était assez intéressant. Celui qui m'a le plus intéressé, c'est l'économie bleue. C'est un certain Gunter Pauli, qui est un Belge, qui a commencé dans le savon, qui a fini par se rendre compte qu'il polluait, enfin sa fabrique de savon. Il a tout revendu. Il s'est barré au Japon. Il a fait des études avec des chercheurs, au Japon, pendant, je ne sais plus, dix/quinze ans. Et ils ont trouvé une centaine de modèles, typiquement d'écologie industrielle. C'est-à-dire où ils vont, par exemple, produire du café, mais ils vont recycler le marc de café en un système de culture de champignons, donc ça va produire aussi des champignons. Et puis derrière leur marc de café qui a fait pousser des champignons, il est tout moche, donc ils peuvent en faire autre chose. Je crois qu'avec une simple formule, toute simple, ils vont le transformer en triester et que le triester, en fait, on ne va pas le brûler, même si c'est très bien pour faire du chauffage, on va en faire autre chose parce que dans l'industrie, il y en a besoin, beaucoup, pour le parfum ou pour les dentifrices ou je n'en sais rien. Quelque chose de ce genre-là. Et finalement, ils se sont rendu compte que, plutôt que de produire juste du café, ils allaient produire du café, des champignons et des triesters. Et qu'en fait, ce qui allait rapporter le plus, pour l'instant, c'est le triester. Mais finalement ils ont aussi produit des champignons et aussi produit du café.

Et donc ils ont une centaine de modèles de ce type, alors je ne les ai pas tous retenus, je vous en cite un, mais il y en a des dizaines et des dizaines. Et puis Gunter s'est mis à lancer des projets. Et alors, vous allez être étonnés, il n'a pas réussi à en lancer en France. Il n'a pas réussi à en lancer en Belgique, il n'en a pas en Espagne, il n'en a pas en Hollande, pas en Grande-Bretagne, pas aux États-Unis. Non. Le Nicaragua, le Chili, un petit peu en Allemagne, un petit peu en Australie. L'Inde carrément, l'Inde à fond, ils sont à fond sur ce genre de projets. Pourquoi ? Parce que ce sont les sociétés où il n'y a pas déjà les problèmes en mode tout bien verrouillé, on verra lesquels. Et donc il a fait tous ces projets. Et alors Gunter il a eu une idée, cette idée lui est apparue un peu révolutionnaire, mais il s'est rendu compte qu'il n’avait pas le choix, parce qu'en fait il s'est dit « de mon vivant je n'arriverai pas à faire les cent projets ». Il en fait quatorze, il y en a douze qui, aujourd’hui, fonctionnent à merveille. Mais qu'est-ce qu'il peut faire ? Il a cinquante-neuf ans. Il s'est dit « eh bien ce n'est pas dur, les cent projets, on va les mettre en open source, sur Internet, tout détailler, les systèmes chimiques, les cycles qu'ils ont imaginés, les avantages, les inconvénients, comment ça fonctionne. Et ils ont tout mis en open source.

Si vous avez une âme d’entrepreneur, parce là c'était des chercheurs qui avaient fait ça, mais derrière le chercheur on a besoin d'un entrepreneur pour se dire « je vais me sortir les mains des poches, me retrousser les manches et puis je vais le faire ». Et puis des gens autour de lui pour l'aider à le faire, pour travailler et puis, etc. Il a besoin de toute une chaîne d’individus derrière. Il n'y a qu'en le mettant en open source qu'on peut faire ça. Parce que sinon, il faut le vendre, donc il faut des capitaux. Et donc on se retrouve dans une espèce de cercle vicieux de l’industrie, plutôt que d'essayer d'avoir un cercle vertueux. Quitte à avoir un cercle vertueux écologique, autant avoir aussi un cercle vertueux économique et un cercle vertueux social. C'est-à-dire de dire « ce sont des gens qui vont faire des projets et ils ne vont pas pouvoir se réapproprier l'idée ». Ce qui fait que si on fait une petite industrie qui fait un projet A en Inde, on pourra faire la même au Chili et ils ne vont pas se taper dessus. Comme disait mon copain Valentin : « Le sac de riz est toujours assez grand pour tout le monde », dans ce genre de cas, en tout cas.

Dans le même genre, l'écologie actuelle nous invite à faire quelque chose de positif. Je vais citer un exemple. J'essaierai de mettre des références sur le site de La Quadrature dans un petit post parce que Gunter Pauli, il y a une conférence très intéressante sur le biomimétisme aussi, que j'ai vue au Conseil économique social et environnemental, d'un jeune homme qui était super talentueux et nous expliquait le biomimétisme, qui est, pour moi, quelque chose de très intéressant dans l'écologie moderne. C'est de dire : « La nature est un livre. La nature est une putain d'encyclopédie. Vous savez ce qu'on fait depuis cent ans avec cette putain d'encyclopédie ? On la brûle ! Si vous ne savez pas ce que c'est qu'un livre et que vous prenez un livre, je n'ai pas de livre là, vous prenez un livre, ça brûle vachement bien ! Si on ne sait pas ce que c'est. Ah si, si vous ouvrez un peu les pages, ça peut faire des briques, on peut aussi en faire des briques, vous savez. C'est du bois à l'origine. Dans des bonnes conditions, ça peut brûler vachement bien. D'ailleurs le pétrole, on le raffine pour le mettre dans des conditions où il brûle vachement bien. Sauf qu'en fait tout ça c'est une putain d’encyclopédie. »

En fait, plutôt que de le brûler, on pourrait juste ouvrir le livre puis essayer d'apprendre à lire ce qu'il y a dedans. Et appendre à lire ce qu'il y a dedans, ça veut dire essayer de copier la nature pour voir ce qu'elle a de mieux à nous proposer. Et il y avait un exemple qui moi m'avait fait genre [Benjamin se laisse tomber], parce que c'est mon industrie. Vous savez Intel fabrique des puces avec du silicium qu'ils mettent en couches, comme ça, pour faire les transistors. Ils font des grilles de transistors par millions, pour faire des calculs très vite. Ils font ça avec des échelles de quarante nanomètres, trente nanomètres aujourd'hui, entre deux transistors. Le nanomètre, c'est un milliardième de millimètre, OK, un truc comme ça, ou un milliardième de mètre. Enfin bon, c'est tout petit. Un milliardième de mètre, 10–9. En effet, merci. Donc un milliardième de mètre. Ça ne se voit pas. Il faut un microscope électronique à balayage, sinon on ne voit rien.

Le problème c’est que pour faire ça il faut des salles blanches, c'est-à-dire des endroits où il n'y a pas une poussière, mais pas une demie, pas une poussière, qui coûtent une blinde de pognon à entretenir, avec des mecs qui rentrent, qui se font passer au ventilateur pendant un quart d'heure, avec un truc spécial, des équipements et tout, pour n'avoir plus aucune poussière sur eux. Qui ont des trucs aux cheveux, des trucs aux mains, des gants, des machins, qui mettent les bras dans les machins et qui manipulent le bidule de silicium. Pour faire du quarante nanomètres. S'il y a la moindre poussière, c'est la mort. C'est fini, le CPU ne marche pas.

On a trouvé dans la nature un coquillage, une espèce de petit coquillage, dont la coquille est entièrement en silicium, et qui est fait d'une espèce de grille assez régulière, même très régulière où, entre chaque élément de la grille, il y a dix nanomètres. Et vous savez quoi ? Le coquillage il fait ça au milieu du plancton marin, au milieu des requins, au milieu des autres machins de plancton, etc. Et c'est un coquillage qui est tout petit et qui est capable de graver à dix nanomètres.

Donc si on arrive à apprendre de la nature à graver à dix nanomètres, demain, sur votre table de salon, vous pourrez faire des composants de silicium à dix nanomètres. Parce que la poussière du salon ça ne gênera pas le petit coquillage dont on a appris à copier le système tel que la nature l'a inventé.

Et des exemples comme ça, vous pourrez les voir sur la conférence du CESE que je mettrai sur le site de La Quadrature, il y en a des dizaines. Il y en a plein et on peut en trouver plein. Il faut juste se les passer et les passer à d'autres, parce que moi, je suis incapable d'essayer de comprendre comment fonctionne le petit coquillage, mais je suis capable de filer l'idée à quelqu'un qui lui va comprendre.

Et si demain vous voyez quelque chose dans la nature qui vous intrigue, essayez de le comprendre et essayez d'en parler. Parce que, finalement, vous savez tous aussi bien que moi, mais on va le rappeler à nouveau : quand on a un bien et qu'on le donne on ne l'a plus. Mais quand a une connaissance et qu'on la partage, on est deux à l'avoir. L'information, ça se multiplie. Ça ne peut pas disparaître, ça se multiplie. Il y a toujours plus d'idées quand on partage.

Et donc le biomimétisme, c'est pour moi une autre façon de faire de l’écologie positive. C'est d'essayer d’arrêter de brûler cette encyclopédie, mais d'essayer de la lire.

Et puis d’autres idées à venir. Voilà. De préférence, comme je viens de vous le dire, des idées libres.

Et en fait je me suis posé la question après avoir vu Gunter Pauli : pourquoi il n'a pas réussi à faire des projets comme ça en France ? Il y a un truc tout simple, c'est que je vous demande ce qu'il y a comme industries dans notre pays. Alors je ne voulais pas qu'il l’affiche, mais tant pis. En gros, j'ai essayé de voir qu'est-ce qui fait des gros emplois dans notre pays. Eh bien il y a l'énergie : il y a EDF, il y a AREVA. On est très connus pour nos centrales nucléaires et la qualité [Benjamin tousse]de notre capacité à les démanteler et à les éteindre quand il risque d’être trop tard. C'est un gros machin l'énergie en France ! Vous savez comme moi que s'il y a EDF, le patron d'EDF, qui dit quelque chose, le gouvernement suit au taquet.

L'armement. Évidemment les EADS, les Thalès et compagnie, les Dassault. On est très bons en armement. On vient de vendre quoi ? Dix milliards d'équipement militaire à l'Arabie saoudite. Ce sont des gens bien ! Ce sont eux qui coupent des têtes en Arabie saoudite, vous savez, les mêmes que l’État islamique, mais eux ce sont les méchants. Donc pareil. On ne se pose pas du tout de question sur les enjeux de machin. C'est de l'armement, c'est important, ça fait du business, ça fait de l'emploi, plein.

Le pharmaceutique. Alors je connais un peu de l'intérieur. Vous savez que dans l’agroalimentaire on dit « vous ne voulez pas savoir comment c'est fabriqué ». Eh bien dans le pharmaceutique vous ne voulez pas savoir comment c'est poussé, « lobbyfié » et autorisé et développé et breveté dans tous les sens. Leur but c'est de faire du pognon. Point. Ne croyez pas que la recherche pharmaceutique vient de ces boîtes-là. C'est faux, ils font moins, nettement moins. Ils ont des budgets recherche qui sont entre la moitié et un zéro de moins que leur budget marketing et développement commercial. J'ai vu faire des études dans lesquelles il y a des gens qui sont interviewés pour dire : « Voilà, qu'est-ce que vous pensez, M. le médecin X, de ce médicament Y ? » Le but ce n'est pas d'avoir l'opinion du médecin, c'est de lui donner un billet. Parce que quand on fait venir les gens pour leur demander leur avis, on leur donne un billet. Après, la taille du billet peut varier selon la capacité du médecin à promouvoir ledit médicament. Donc ce milieu-là est pour moi un de ceux qu'il y a de plus pourris dans notre pays. Je ne sais pas si je le mets derrière ou avant l'armement. Et honnêtement, son utilité sociale reste à démontrer, vraiment ! D'ailleurs souvenez-vous, je ne sais plus qui avait inventé un de ces premiers vaccins. Je crois que c'est la découverte de la pénicilline, où le découvreur de la pénicilline avait dit : « Je ne veux pas déposer de brevet dessus. Je veux que ce soit disponible à tous. » Et ça c’était répandu comme une traînée de poudre, grâce à ça. Aujourd'hui ça n'est plus le cas et ils rebrevettent des molécules, vaguement modifiées, histoire d’être tranquilles.

Et le luxe. Ah le luxe ! Vous savez les Louis Vuitton, toutes ces marques-là. Moi j'ai connu ces marques-là, enfin ma maman a connu ces marques-là, elle est du milieu de la confection. C'était du putain de stuff. Excusez-moi, ce n'est pas poli, mais waouh ! Vraiment ! C'est-à-dire c'était waouh ! C'est-à-dire vous aviez un manteau de luxe, un sac de luxe, un truc d'une marque vraiment réputée, c'était du super matos. C’était costaud, c’était des coutures invisibles, c'était des savoir-faire, c'est vraiment quelque chose de magnifique. C'est pour ça que c'était du luxe, c’était costaud, c’était beau, c’était des produits de malades, ça tenait chaud si ça avait besoin de tenir chaud, ça ne faisait pas transpirer si ça avait besoin de ne pas faire transpirer, c'est génial. Sauf que, aujourd'hui, on a un truc, c'est qu'ils sont surtout accrochés au droit des marques et leurs logos. Aujourd’hui on est une société dans laquelle le logo fait beaucoup de choses. Fait tout, même, finalement. Si vous avez le bon logo sur votre chemise ou sur votre pull, c'est bon, vous êtes in.

Et on voit finalement que le luxe, je ne suis pas sûr qu'encore aujourd'hui ils soient dans cette logique de dire « on veut faire des super produits ». Il y en a encore. Cherchez-les ! Si vous avez envie de vous faire plaisir, allez plutôt vous renseigner sur ce qu'ils font plutôt que le logo qu'ils imposent. Et finalement c'est aussi une grosse industrie dans notre pays.

Et puis on voit une chose, je vous invite à vous renseigner, c'est Doctorow, Cory Doctorow qui a fait un article très intéressant là-dessus, sur ce qu'on appelle les Bullshit Jobs. Alors vous connaissez tous quelqu'un qui est dans ce cas-là. Peut-être que ça vous concerne ? Dans ce cas-là je vous plains de tout mon cœur et je vous invite à réfléchir à tout ça.

Alors ce n'est pas un mot impoli. C'est juste qu'on est plein, à la Défense, il y a plein de gens qui ont des boulots qui ne servent à rien. Ils font le marketing de la promotion des services internes du conseil technique de EDF. Et c'est que pour l'interne, vous savez, ils font de la promotion interne. Oui il n'y a que des services de ce type, en pagaille. Plus les placards. Parce qu'il y a des gens qui, des fois, se lèvent contre ça, et puis on leur dit : « Non, mais tu es gentil, mais tu es le fils d'untel, donc on ne va pas te virer, donc on te met dans un placard. » Et tous ces gens-là, ils savent. Il y a un truc : la définition du Bullshit Jobs elle est très simple, C'est : vous demandez à quelqu'un ce qu'il fait dans sa vie. Au bout de cinq minutes s'il vous dit : « Eh bien, de toutes façons, ça ne sert à rien. », c'est qu'il a un Bullshit Job. Parce qu'ils le savent ces gens-là. Souvent ils en sont malheureux, mais au moins ils ont un boulot. Et dans une époque où on n'a pas de boulot, où le boulot est dur à trouver, eh bien finalement, quand on en a un, ça a beau servir pas à grand-chose, on se met dans un coin et puis on ne fait pas de bruit.

Voilà. Donc il y a des gens comme ça, ici ? Par pitié, renseignez-vous, essayez de trouver autre chose. Je dis même un truc souvent, quand je suis en école d'ingénieur, parce que j'ai affaire à des ingénieurs, je fais des petites conférences en écoles d’ingénieurs où on parle de technique souvent et puis à la fin je fais : « On va aussi parler d'éthique. » Et alors il y a les profs qui font : « Ah bon ! » Eux ça ne les concerne pas. Les profs, ils ne font pas de cours d'éthique en école d'ingé, ça n'existe pas. Donc c'est le cours d'éthique que vous allez avoir sur vos quatre ans. Et alors, il y a un truc tout bête. Si vous avez des ingénieurs, ce sont des gens talentueux, ils sont dans une profession au chômage négatif. C'est-à-dire que s'ils sont dans une boîte où le matin ils n'ont pas envie d'y aller je leur dis : « Mais barrez-vous. Vous allez retrouver du boulot ailleurs. Et si vous êtes bon, vous allez retrouver d'autant plus vite du boulot ailleurs. Et au bout d'un moment vous allez trouver un boulot qui vous fait plaisir et sur lequel vous avez vos valeurs éthiques, vos valeurs à vous, ce que vous avez envie de faire dans la vie, ce que vous avez envie de changer dans le monde qui va être là. C'est ce que vous allez faire tous les jours ! Et vous allez vous lever le matin tadan ! Même pas besoin de café. C'est génial. Faites-le ! Barrez-vous. » Et alors là, les profs genre [Benjamin bouche bée].

En fait si, c'est ça. L’idée c'est que s'il y a des endroits où le mal est produit, si pour vous ça ne vous va pas, si vous êtes talentueux ne mettez pas votre talent à ce service. Si vous êtes talentueux, vous aurez autre chose, vous allez pouvoir trouver du boulot. Moi j'ai fait ça et puis je me suis barré et aujourd’hui j'ai monté ma boîte. Et puis on a galéré cinq ans, et puis on s'en sort au bout d'un moment. Et on fait des trucs, on fait du logiciel libre, on fait de l'infrastructure, on fait des trucs comme ça. Donc voilà, ça c'est le côté éthique. Mais comment on peut changer ça ? Difficilement ! Difficilement !

Pour revenir à la définition du Libre, je dis « le Libre » y compris en anglais, parce que en anglais ils ont open source ou free sofware et, dans les deux cas, on n'est pas sûrs, sûrs, de quoi on parle. Et je vais faire mon troll, désolé. Ça va encore twitter comme quoi je trolle toujours, mais je suis un très fervent défenseur de la licence GPL en tant que concept face à la licence BSD en tant que concept. La licence GPL c'est celle qui dit : « Le logiciel est libre. Vous faites ce que vous voulez avec. Et si quelqu'un en fait une variante, il est obligé de le mettre dans une licence aussi libre. » Vous voyez ce que ça veut dire sur le long terme ? Ça veut dire qu'on ne peut pas refermer.

Alors que la licence BSD, elle dit : « Ouais, faites ce que vous voulez avec. Tant que vous ne dites pas que c'est vous qui l'avez écrit, c'est parfait. Et puis si vous faites des modifs, c'est une partie vous, une partie nous, et puis c'est tout. Mais vous faites ce que vous voulez. Si vous voulez en faire un logiciel propriétaire, pas de problème. » Eh bien moi ça me pose un problème ! C'est que demain on fait un client FTP, eh bien il est propriétaire, et puis « ah tiens, c'est le client FTP de Microsoft, il vient de BSD ». Et puis il y a plein de logiciels comme ça, qui sont piqués au logiciel libre sous licence BSD. Ils referment la boîte, ça s'appelle Cisco. Vous savez, Cisco ! Tous leurs firewall c'est du BSD. Plus de code source du tout. Pardon ? Apple. Ah, Apple, très bel exemple. Apple, merci.

Finalement, le Libre c'est quoi ? Ce sont des idées librement disponibles et leur application, comme je disais tout à l'heure, comme les brevets. C'est l’application d'idées librement disponibles. C'est la garantie de leur ouverture, en s'assurant qu'on prend des licences. Alors je ne vous dis pas prenez la BSD pour des choses non logicielles, ça ne marchera pas. Mais inventez des licences ou prenez-en qui existent dans d'autres domaines, qui garantissent la liberté au long terme.

C'est aussi une pensée qui devrait, à mon avis, être beaucoup plus large entre le côté la liberté qu'on donne aux individus ; l'économie sociale et solidaire, c'est-à-dire le fait que si on travaille avec d'autres individus dans ces contextes, on essaye d'avoir des équilibres entre les individus et pas chercher à avoir des luttes de pouvoir dans tous les sens parce qu'il faut qu'on essaie d'enlever les verrous dans le social qui sont les mêmes qu'on a essayés d'enlever avec le logiciel libre ; et l'écologie, c'est-à-dire essayer d'aller dans du positif, dans de la construction. Et si on a des idées qui nous paraissent intéressantes dans l'écologie et notamment dans l'écologie industrielle qui, moi, m'intéresse le plus, laissez-les librement disponibles. Vous arriverez à appliquer vos idées et vous arriverez à ce que, grâce à ça, d'autres l'appliquent dans d'autres endroits.

Et finalement, pour moi, tout ça procède du même système, c'est-à-dire d'essayer de faire société. Si certains d'entre vous ont un peu étudié l'écologie de manière générale, vous savez une chose, et donc pour ceux qui ne savent pas, je vous le dis, on ne pourra faire une écologie qui nous sauvera la planète que si on la fait tous ensemble. Si demain, tant que entre la Chine, la Russie, les États-Unis et l'Europe, il y a un de ces quatre acteurs, pas les quatre, un de ces quatre acteurs qui dit fuck, c'est foutu. Parce qu’ils vont continuer à polluer, ils vont continuer à faire n'importe quoi, et ça ne marchera pas. On ne pourra pas sauver le monde, sauver la planète du désastre écologique à venir. Parce qu'il faut être clair, il y en a qui prédisent la troisième guerre mondiale, moi je vous prédis d'abord le désastre écologique à venir. Il est déjà à nos portes. Les réfugiés c’est ça. Il y a déjà des réfugiés climatiques aujourd'hui, pas que des réfugiés syriens qui ont la guerre chez eux. Si demain on ne fait pas, ou même aujourd'hui, on ne fait pas commun, on n'arrivera pas à sortir du désastre écologique à venir. Et ça, pour moi, ça passe par les idées librement disponibles.

Si vous avez quelqu’un en Chine qui parle anglais, ou qui parle français, et qui est capable de lire ce que vous avez mis sur Internet comme idée géniale et que lui, peut l'appliquer chez lui, on va gagner. Et on pourra gagner parce qu'on aura fait commun, finalement un peu comme la fourmi. La fourmi elle ne sait pas forcément à quel point elle fait partie d'une fourmilière. Vous imaginez, un petit cerveau de la taille qu'elle a. On sait qu'elle n'a probablement pas beaucoup moyen d'avoir une compréhension extrêmement complexe et structurée comme peut l'avoir l’être humain. Il y a quelque chose, mais ce n'est pas aussi… Mais par contre elle fait juste. Elle met à disposition la ressource à la fourmi d'à côté, elle va chercher une ressource, elle s'occupe du petit, des trois petites fourmis à naître qu'elle a à côté d'elle. Et finalement, tout ça ensemble, ça fait la fourmilière. C'est une espèce de système auto-stabilisant. Et pour moi ce système auto-stabilisant, enfin le système auto-stabilisant qu'on peut proposer à l'humanité aujourd'hui, c'est un système où on met les idées à disposition. Où on ouvre le livre, l’encyclopédie qu'est la nature, où on lit ce qu’il y a dedans, et que ce qu'on arrive à y lire, on le met à disposition dans notre langue à nous, disponible, gracieusement, et sans limite d’exploitation, et en assurant qu'on aura toujours la liberté de le faire grâce à des licences adéquates.

Et donc finalement, c'est ça faire société, c'est ça faire commun, et c'est ce qu'on appelle aujourd'hui passer à l'économie de la connaissance. C'est-à-dire qu'au lieu de brûler du pétrole, on lit l'encyclopédie de la nature. Et finalement, tout ça, pour moi, c'est lié au logiciel libre, c'est lié à la défense des libertés, à la capacité d'innover, à la capacité d’entreprendre et à la capacité de lutter contre la surveillance. Et il y a un truc génial à tout ça, c'est qu'on peut nous surveiller quand on est en train de faire ça. On n'en a rien à foutre, c'est disponible sur Internet ! Est-ce que vous avez des questions ? J'aimerais avoir des questions. On a un micro, le vert pour les questions. Pas de questions ? Merci Agnès.

Alors je n'ai pas prévu encore les liens à mettre sur le site de La Quadrature, mais si vous revenez dans une semaine, on va mettre ça dans un coin, je ne sais pas où. Sinon vous pouvez me suivre sur Twitter, j'en parlerai, enfin je ne l'ai pas mis sur Twitter.

Public : Je ne suis pas scientifique, je suis citoyenne et je réfléchis. Donc une des choses que j’avais découvertes, c'est la différence entre, je connais la France et je connais l'Asie dans le sens Yi King, etc. Et eux, ils ont une conception cyclique des choses alors que nous, on a une conception linéaire. Et à partir du moment où on a une conception linéaire, on ne peut pas tourner en boucle. En fait ce sont des états d'esprit. En France le cycle c'est tourner en boucle, et franchement c'est con. On tourne en rond. Franchement c'est nul de tourner en rond, c'est franchement nul !

Benjamin : On ne tourne même pas en rond, c'est-à-dire qu'on prend un produit qui est là, on le transforme et on le jette, en fait.

Public : Tandis que par contre, en Chine, le cycle c'est le cycle de la vie. Vous voyez, pour la même chose, on a un regard totalement différent. On a un regard con ou un regard super, mais c'est le même rond.

Benjamin : Je suis d'accord. C'est vrai qu'on a beaucoup à apprendre des philosophies asiatiques en la matière. Je vais voir comment ça peut rentrer, ce qu'on peut écrire autour de ça. C'est assez intéressant. Ça rejoint d'ailleurs le côté, voilà, on a essayé de faire l'écologie circulaire, c'est ça aussi. C'est d'ailleurs une des questions qui m'a été posée, suite à cette discussion, mardi au bookscanner, c'est de dire l'écologie circulaire peut fonctionner en partant des principes de conservation de l'énergie et de la matière. Et on s'est demandé qu'est-ce qu'il y avait comme économie circulaire du même type, c'est-à-dire en conservation d’énergie et de matière, dans le monde du numérique, qui est un monde essentiellement informationnel. En industrie, on fait passer d'un état à l'autre, finalement, les biens et les choses. Comment on peut appliquer ça au numérique ? Je n'ai pas de réponse. Si vous avez une idée, je suis preneur. Est-ce qu'il y a d'autres questions, d'autres suggestions ? Et-ce que ça vous inspire quelque chose ? C'est laquelle la meilleure des deux licences ? C'est la GPL ou la BSD ? S'il n'y a pas d’autres questions, je vais vous laisser. Je vous remercie infiniment.

N'hésitez pas à suivre les actualités de La Quadrature, on a toujours besoin de coups de main à droite et à gauche et on a un stand juste derrière.

Public : Est-ce qu'on peut faire de la pub ?

Benjamin : Oui, oui, faites de la pub. La Quadrature du Net, on a des stickers aussi. Ah de votre pub à vous ! Allez-y !

Public : Moi je suis tombée dans un festival de films de femmes, sur un film sur l'économie et je ne connaissais rien à l’économie et même pire, ça me gonflait quoi. Voilà ! Et quand j'ai vu le film je me suis dit « hou la la, il faut que tout le monde le voit ». C'est-à-dire qu'en une heure et demie je suis passée de « ah non pas l'économie à waouh ! Il faut que tout le monde le regarde ».

Benjamin : Et donc, le titre du film c'est ?

Public : Ceux qui veulent le papier, le voilà.

Benjamin : C'est quoi le titre ?

Public : C'est un film de l'Office national du film du Canada, donc un très gros office.

Benjamin : Donc un film de l'Office national du film du Canada. Vous pouvez le dire dans le micro que les gens entendent

Public : Oui pardon ! C'est un film fait par l'Office national du film du Canada. L’économiste est néo-zélandaise, la cinéaste est canadienne. Et c'est en fait le PIB.

Benjamin : Combien on produit, quoi.

Public : Aujourd'hui on dit qu'il faut que ça croisse, le PIB. Elles, ce qu'elles disent c'est « le PIB ne dit pas entre les mains de qui est l'argent. Le PIB ne dit pas comment on fabrique cet argent, etc. » Et notamment l’armement. Elles parlent de ce dont vous avez parlé. Donc il y a plein de sujets qui sont abordés d'une façon assez inhabituelle. Voilà.

Benjamin : Je vais vous en prendre un, ça m'intéresse.

Public : Je n'en ai peut-être pas pour tout le monde, parce que j'en ai tous les jours sur moi.

Benjamin : C'est un d'ailleurs un des trucs qu'ont développé Gunter Pauli et ses collègues dans l'économie bleue. Alors le titre du film c'est Who's Counting ? Sexe mensonge et mondialisation.

Public : Si on parle anglais on ne le trouve que du côté anglophone au Canada et moi eh bien je n'ai pas pensé, je ne dois en avoir que deux sous-titrés.

Benjamin : Disponible en version originale sous-titrée en français. Il suffit de savoir lire. Bien. C'est un des trucs que Gunter Pauli et compagnie voulaient faire. En gros, ils se sont dit « il y a un autre problème avec l'économie actuelle, c'est qu'on produit en masse, en masse, en grosse masse. On transporte sur des milliers de kilomètres. Donc on a des Chinois malheureux à un bout, des Européens qui n'ont pas d'emploi à l'autre bout, et une pollution totale entre les deux. C'est génial. C'est une belle économie ! » Et donc, lui ce qu'il veut, c'est que les industries soient petites. De toutes façons leurs cycles, en général, ils ne sont pas faciles à réaliser à grosse échelle ou ils n'ont pas d’intérêt, puisqu'il faut se mettre à transporter, ça devient moins rentable. Et donc ils disent « il faut que ce soit rentable localement avec des emplois locaux et nombreux ». Donc ils créent de l'emploi, ils créent de la richesse localement. En général, leur système ne crée pas de déchets et ça ne se transporte pas sur des milliers de kilomètres. C'est fait pour alimenter une région, éventuellement un petit pays, Mais voilà ça reste des choses très raisonnables. Ça j'aime bien aussi l'idée de dire « on prend en compte les absurdités de notre économie actuelle ». Voilà Donc je mettrai les références s'il y en a que ça intéresse, sur le site de La Quadrature dans les jours à venir. Je vous remercie et vous souhaite une bonne fin d'Ubuntu Party. Merci.

Applaudissements

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Logiciel libre, Internet, surveillance, écologie - Benjamin Sonntag - Agnès de Cornulier  Voir?


Benjamin Sonntag

Titre : Logiciel libre, Internet, surveillance, écologie : vision commune d’une révolution en cours
Intervenant : Benjamin Sonntag - Agnès de Cornulier
Lieu : Ubuntu Party - Paris
Date : Novembre 2015
Durée : 52 min 47
Licence : Verbatim
Lien vers la vidéo : le fichier vidéo

Transcription

Bonjour. Ça va être une conférence un peu particulière. D'habitude, à toutes les Ubuntu Party, il y a quelqu’un de La Quadrature du Net1, dont je fais partie, qui fait un point un peu sur les sujets de la Quadrature, où est-ce qu'on est, ce qu'on a fait. Cette fois-ci on va faire un truc un peu différent, parce que c'est un peu ce qu'on avait envie de faire aussi, et puis parce que ce ne sont pas les mêmes qui ont fait la conf. Et donc on est partis d'une idée assez rigolote qu'on avait un peu, à deux ou trois, dans le conseil d'orientation et puis des gens proches de La Quadrature]. Et puis on a essayé de tirer le bout de ficelle et j'ai plus de questions que de réponses à vous apporter aujourd’hui, mais c'est bien d'avoir des questions. On va essayer de se poser quelques questions.

L'idée c’était de voir, un peu, entre le logiciel libre, la façon dont fonctionne Internet, la surveillance de masse et l'écologie et un peu l'avenir de la planète. Ça tombe bien avec COP 21, on est un peu. Non, on n'y est pas du tout, on oublie COP 21, mais la surveillance, par contre, on est dessus. En quoi c'est quelque chose en relation avec ce qu'on appelle les Communs, qu'est-ce que c'est et, en tout cas de mon point de vue, pourquoi c'est une révolution qui est en cours. Et le petit truc bleu dans le coin, c'est un peu le centre du sujet.

Rapidement, je suis Benjamin Sonntag, je suis un des cofondateurs de La Quadrature du Net. Je ne fais pas beaucoup d'apparitions publiques. C'est plutôt les Jérémie, Philippe ou Félix qui s'y collent et maintenant Adrienne, beaucoup. Mais je suis plutôt le geek de la bande. S'il y a des trucs à faire avec les machines c'est plutôt moi qui m'y colle. Sauf qu’aujourd’hui on ne va pas trop parler des machines.

Qui n'a jamais entendu parler de La Quadrature du Net ici ? Avant aujourd'hui ? Non, alors toi je sais que c'est faux, toi je sais que c'est faux, donc c'est bon. Donc personne. Tout le monde en a entendu parler donc je ne vais pas vous dire ce que c'est, association de défense des libertés dans le numérique. Juste un petit truc. Au début on était une association de défense des libertés numériques. Puis c'est devenu il y a quoi, deux ans, une association de défense des libertés « dans le » numérique. C'est-à-dire qu'on applique des contextes où il y a Internet, la communication, etc. Et en fait, aujourd’hui, on est plus ou moins en train de se demander si on ne va pas juste se faire association de défense des libertés, point. Le contexte politique actuel peut en expliquer beaucoup.

Avant de parler du sujet, de questions qui nous intéressent, je vais vous poser quand même un petit bilan de ce qu'on a fait à La Quadrature du Net dans l'année passée. Eh bien ça été très lourd, je me dis, l'année 2015. Eh bien peut-être de laisser, Agnès, si elle veut nous dire 45 secondes ce qu'on a fait au niveau de la neutralité du Net. Est-ce qu'il y en a à qui le concept de neutralité du Net est totalement inconnu ici ? OK. Les mêmes qui veulent jouer. Donc c'est bon. La neutralité du Net, je vais quand même faire une toute petite définition, c'est l'idée très rapide de dire que, sur Internet, qui est un réseau de communication, où l'intelligence est aux extrémités, c'est-à-dire c'est votre ordinateur ou le serveur en face qui est intelligent, mais les tuyaux entre deux sont bêtes, ils ne font que passer l'information. Il est fondamental et il devrait être politiquement défendu, enfin oui, on devrait défendre politiquement le fait que les opérateurs n'ont pas le droit d'accélérer, ralentir, bloquer ou mettre sur des tuyaux préférentiels les contenus en fonction de leur origine, de leur destination ou de leur nature.

En gros, une lettre à la poste, quel que soit le contenu de la lettre, elle ira à la même vitesse. Il n'y a pas de raison qu'il n'en soit pas de même sur Internet, notamment pour favoriser l'innovation et pour éviter les groupements de gros acteurs. Donc c’est un sujet qui est très débattu au Parlement européen et je vais laisser Agnès nous dire où est-ce qu'on en est très récemment.

Agnès : Donc la neutralité du Net. On a eu des négociations sur le règlement européen pendant des années, enfin depuis au moins 2011/12. Le règlement a fini par passer il y a quelques semaines, moins bien que ce qu'on aurait aimé et ce qu'on aurait pu espérer. Moins mauvais que ce qu'on craignait. Mais il n'est pas parfait du tout. On a jusqu’au bout essayé de déposer des amendements pour le renforcer ; ils ne sont pas passés, donc on n'est pas contents. Et du coup tout n'est pas perdu. Il y a encore les régulateurs européens réunis au sein de l'Union européenne, au sein du PEREC. Les régulateurs des Télécoms, c'est l'ARCEP en France et puis les ARCEP de tous les pays de l'Union européenne, qui sont réunis au sein de l'Union européenne, au sein d'une organisation qu'on appelle le BEREC2. Et ce BEREC a six mois pour sortir des lignes directrices, pour donner aux régulateurs nationaux, donc aux ARCEP, des lignes directrices pour savoir comment appliquer exactement ce règlement dans les différents pays. Et là-dessus on va essayer de jouer encore un petit peu pour renforcer, via ces lignes directrices, le règlement. Donc c'est quelque chose qu'on continue à faire, on continue à travailler avec l'ARCEP et au niveau du BEREC, au niveau européen. Voilà.

Benjamin : Le vert est coupé, ce n'est pas grave. Merci Agnès. C'est un des sujets de La Quadrature sur lequel on est très actifs, dès le début de La Quadrature finalement. Il y en a un autre qui nous est un peu tombé dessus en début d'année, qui était prévu depuis longtemps, mais forcément, après les attentats de Charlie Hebdo, ça a été compliqué à défendre, c’était le projet de loi renseignement qui visait, en gros, à légaliser la surveillance de masse des citoyens par les services secrets français. Et quand je dis des citoyens c'est des citoyens français et des citoyens non français, c'est-à-dire y compris les tuyaux de l'internet qui viennent ou qui sortent du pays. Les services secrets se permettent d'écouter ce que font les citoyens français, ils se permettent d'écouter en masse. Eh bien le projet de loi renseignement visait à, tout simplement, légaliser ces pratiques et dire que les services ont le droit de faire ça et que c'est normal.

Ce n'est pas ce qu'il y a écrit dans les fondamentaux de notre République. Mais bon ils ont essayé de faire passer cette loi. FDN, FFDN et La Quadrature ont attaqué un certain nombre de décrets, de choses comme ça. On a attaqué, non pas les décrets. On a attaqué au Conseil constitutionnel. On s'est fait rabrouer, on s'est fait rabrouer massivement. Ce projet de loi est passé comme une lettre à la poste sauf un petit bout qui est la partie surveillance internationale, parce qu'en gros c’était vraiment open bar côté surveillance internationale. Et dans tous les cas, les institutions de régulation, c'est-à-dire le machin semi-parlementaire chargé de vérifier que les services font bien leur boulot n'a, a priori, quasiment pas de pouvoir, en tout cas surtout pas en amont et en aval, enfin, après coup, il ne va pas pouvoir faire grand-chose. Donc le sous-projet surveillance internationale est ensuite passé comme proposition au de projet de loi et il est aussi passé comme une lettre à la poste. Et on a su récemment que le Conseil constitutionnel le validait en disant : « Non, non, tout va bien, il n'y a pas de problème. »

Donc, citoyens, bienvenue. Tout ce que vous dites sur votre téléphone, sur votre accès internet, tout ce que vous faites sur Internet est écouté et mis en statistiques par nos services qui sont censés nous protéger. On sait ce que ça a donné avec les révélations Snowden. On a vu tous les abus que les Américains ont fait en la matière. Je ne doute pas que nos services soient capables de faire le même genre d'abus.

Donc, si vous êtes sur Internet protégez-vous. Considérez que vos conversations, comme toutes les enveloppes en Allemagne de l'Est, sous la Stasi, étaient ouvertes, considérez que tout ce que vous faites sur Internet est fiché. Et ce n'est pas une paranoïa. Snowden nous l'a prouvé et même ça ne coûte rien !

La loi numérique de Mme Axelle Lemaire, avec sa consultation bidon. Alors ça a donné un vrai succès, il y a plein de citoyens qui se sont exprimés. Puis ils ont pris à peu près tout ce qui avait été exprimé et puis ils ont tout jeté, dès que le CSPLA ou d'autres trucs d'ayants droit ont dit : « Non, mais cet article-là est nul, on n'en veut pas ! » Ils ont dit : « Bon d'accord ! Fuitiiiichh. » Globalement la loi numérique on n'en attend rien, ça ne va pas changer, ça ne va pas défendre la neutralité, ça ne va pas permettre le partage des œuvres entre citoyens. Ça ne va pas avancer grand-chose. Peut-être un peu sur l'open data et encore. Voilà. Donc ce n'est pas gagné.

La loi création avec notre autre ministre, Fleur Pellerin, à venir, pas encore finie d'écrire a priori. On a eu des brouillons, déjà noyautés par les ayants droit ou les ayants tort, je ne sais plus trop, enfin bon. Celle-là aussi elle est bien. Il va falloir probablement taper très fort sur nos députés. Mais comme de toutes façons, le pouvoir en place, l'exécutif, prend tous les moyens pour aller au forcing, on n'y croit plus trop, mais il va falloir quand même se battre parce que des fois on a des petites victoires de batailles et on se dit « au moins celui-là ils s'en souviendront ». Souvenez-vous d'HADOPI, joli fiasco.

D'autres petits projets de loi comme, par exemple, le projet de loi contre le système prostitutionnel. Ça c'est un des exemples. Avant HADOPI, en gros, quand il y avait des projets de loi, ils ne parlaient pas d'Internet. Ils parlaient de sujets A, B, C. Et puis il y avait d’autres projets de loi qui parlaient du numérique et d'Internet. Après HADOPI, ils ont commencé, peu à peu, à faire des projets de loi sur tous les sujets, comme d'habitude, mais qui, à chaque fois, incluaient un article parlant d'Internet. Et c'est devenu un problème pour La Quadrature, c'est qu'on s'est retrouvés sous l'eau de projets de loi à suivre et d’articles de projets de loi à défendre ou à attaquer. Typiquement, celui sur la lutte contre le système prostitutionnel, comme tous les projets de loi de ce type, ou la défense du consommateur ou la protection des données, etc. À chaque fois ils proposent de pouvoir censurer des sites web sans intervention du juge judiciaire, ce qui n'est pas normal, À priori. Parce que quand on veut faire de la censure, l'atteinte à la liberté d'expression c'est quelque chose de grave. Il n'y a pas de raison qu'on ne passe pas par un juge qui dit : « Bonjour, c’est normal, ce n'est pas normal, il faut bloquer, il ne faut pas bloquer. » Donc ça, c'est devenu la petite marotte du gouvernement, celui-là et le précédent d'ailleurs, que de censurer administrativement à tout-va. Donc voilà un autre exemple, on n'est pas bien partis.

Dans les bonnes nouvelles, il y a eu l'invalidation du Safe Harbor qui est en gros le fait que, au niveau européen, on disait s'il y a des pays, considérons l'UE comme un pays, où les données des citoyens sont à peu près bien protégées, on autorise les boîtes privées à faire des transferts de données entre ces pays, entre l'UE et ces pays, sans avoir besoin de règlement particulier, tant que ça respecte les lois du pays cible.

Les États-Unis faisaient partie du Safe Harbor, parce que vous comprenez bien, les données des citoyens sont protégées aux États-Unis. Suite aux révélations de Snowden, c'est la CEDH ou la CJUE, la CJUE, la Cour de justice de l'Union européenne a décidé que le Safe Harbor, pour les États-Unis, était invalide, parce qu'il n'y avait aucune raison d’avoir confiance dans les fournisseurs américains. Ce qui veut dire que théoriquement les Facebook, Google, Apple, Microsoft, et tous ces gens qui aspirent vos données, qui regardent tout ce que vous faites sur Internet pour vous traquer, vous ficher, devraient normalement avoir leurs données uniquement en Europe typiquement, ou ne plus avoir le droit de les transférer vers les États-Unis en tout cas. Vous vous doutez bien que ça ne va pas aller aussi vite, mais c’est quand même un sujet intéressant. Donc à suivre pour en voir les conséquences surtout. Donc là-dessus, c'est assez rigolo.

La protection des données au Parlement européen. Ça n'a pas trop bougé. Il y a un trilogue, c'est-à-dire la discussion entre le Parlement, le Conseil et la Commission. Donc en gros, quand on a une montre c'est bien, quand on en a deux c'est ce qu'il y a de pire, à trois je ne suis pas sûr que ça marche bien. Le dialogue entre les trois ne se passe pas très bien et, pour l'instant, il y a un gros lobby de toutes les boîtes qui font de la donnée et ce n'est pas que les Google, Apple, Facebook, Microsoft. C'est aussi tous les assureurs, tous les banquiers, toutes les personnes qui sont susceptibles de savoir des choses sur les citoyens, eh bien ça les intéresse de pouvoir en faire tout ce qu'ils veulent pour de l'exploitation en masse, de la vente de pub, etc., du profiling. Donc ceux-là sont vent debout pour une protection très faible des citoyens. Donc si vous voulez que vos données sur Internet soient un peu sûres, vos données personnelles de tout type, y compris avec l'internet des objets qui se profile à l'horizon, eh bien il va falloir à nouveau se bouger au Parlement européen de temps en temps. On est en train de mettre à jour le site de ce côté-là. Ah oui le site controle-tes-donnees.net3, sur lequel je vous invite à aller voir si vous voulez aider à protéger vos données sur Internet. Merci Agnès.

Et la dernière, celle-là est très récente. C'est tout simplement vous avez vu l'arrivée de l’état d'urgence. La Quadrature, suivie de près par Le Monde, suivie de près par tout un tas d'autres médias, s'est lancée dans une espèce de recensement des abus de l'état d'urgence. On n'a jamais eu autant de visites sur le communiqué de presse correspondant. On n'a jamais eu autant de visites sur un pad de La Quadrature. On a essayé de recenser tout ça, on était 500 sur le pad. Délirant ! Apparemment ça concerne les citoyens, ça concerne beaucoup de monde, parce qu'il y a eu des abus de perquisitions administratives en masse depuis le 13 novembre. Donc on essaie de recenser un peu ça et on essaie de voir dans quelle mesure le numérique, s'il est touché, va essayer de se défendre. Et on va essayer d'aider les citoyens, de leur fournir des outils et des analyses et des moyens pour se défendre. Mais bon ! Là aussi, souvenez-vous du 11 septembre 2001, voyez ce que ça a donné sur les quinze ans qui suivent aux États-Unis. La France n'est pas les États-Unis, mais on a les mêmes politiciens débiles avec les mauvaises idées aux commandes.

Alors ça ce n'est pas Quadrature, c'est tout à fait personnel. Je me souviens d'un truc , c'est quand il y a eu le 11 septembre, M. Bush était là en mode « c'est la guerre, c'est la guerre, c'est la guerre. » Jacques Chirac, le Président de la France, pour qui je n'avais pas voté à l'époque, avait dit : « Je ne suis pas sûr que le terme de guerre soit très approprié. » Ça avait fait un scandale ! Il n’était pas tombé dans le piège qui consiste à répondre à une agression par une agression. Le œil pour œil, on sait que ça ne marche pas. Sur le long terme, ça ne peut faire que des morts civils, alors que c'est la guerre des puissants. Vous voyez. « C'est leur guerre, nos morts. », comme on dit, merci Julien. Et donc, ce qui se passe, c'est que là, M. Hollande est tout simplement tombé dans le piège. Et aujourd'hui, il nous a dit : « La guerre, la guerre, la guerre .» L’état d'urgence est déclaré sans raison a priori valable, parce que les services secrets français n'ont pas fait leur boulot en écoutant en masse les citoyens, plutôt qu'en essayant d'écouter sous forme ciblée les gens concernés. Donc on voit ce que ça donne. Gros boulot en perspective pour La Quadrature !

Par contre il y a plein de bonnes nouvelles cette année. Il y a un groupe constitué de trois organisations avec La Quadrature du net, la Fédération des fournisseurs d'accès associatifs, FFDN et French Data Network qui est un des plus anciens fournisseurs d'accès français, de type associatif qui plus est, qui se sont mises ensemble, depuis un an maintenant quasiment, dans un petit groupe que certains politiques ont appelé « les exégètes amateurs », et on a fini par dire qu'on va les appeler comme ça, ça marche bien, qui a fait une dizaine maintenant, je crois, de dossiers d'attaque en justice, soit au Conseil constitutionnel, soit au Conseil d’État pour des décrets. On envisage d'autres cas s'il y a besoin, tout simplement à des tribunaux civils ou carrément à des cours européennes si besoin, sur des décrets de type projet de loi de renseignement et tous les décrets ou lois qui peuvent être appliqués et qui sont pour nous anticonstitutionnels, eh bien on les attaque. Si vous avez des avocats, des juristes autour de vous, ou si vous êtes vous-même avocat ou juriste et que vous avez envie d'aider, je pense qu'ils sont toujours preneur. Ils se réunissent par téléphone ou physiquement dans Paris tous les lundis, je crois, tous les lundis soir, et c'est un groupe qui déchire. Ils font des super dossiers, merci à tous ceux qui en font partie. Je n'ai pas les noms en tête. Je vous laisse aller voir. L'URL, laquadrature.net/recours, vous permet de voir où on en est. C'est une page qu'on met à jour régulièrement avec les news de ces sujets

On a mis à jour nos propositions. Parce qu'à La Quadrature on râle beaucoup, mais on a toujours proposé des alternatives, on a toujours proposé de manière très précise. Donc si vous voulez savoir un peu, avoir une petite idée de comment on peut essayer de défendre les libertés, de défendre les données des citoyens dans le numérique, n'hésitez pas à aller voir nos propositions. Un truc phare, un peu, de La Quadrature, c'est de dire : « Il y en a marre d'avoir une justice administrative qui est très difficile à mettre en œuvre pour les citoyens pour se défendre, notamment parce qu'ils ne sont pas toujours au courant des décisions en la matière ». Donc on cherche à avoir tout simplement qu'il y ait plus de moyens pour la justice judiciaire et moins d'arbitraire administratif, notamment confère les perquisitions de ces derniers jours.

Dans les trucs à venir, c'est très récent, on est à peine en train de balbutier là-dessus, mais on a envie de relancer des ateliers comme on le faisait. [Il est où lui. C'est le bazar dans mes docs, je suis désolé ! Oh la la ! Tagada tsouin tsouin ! Ça ce sont les fameux gif, ça ne passe pas. Mon Dieu !] Donc à venir une ouverture de La Quadrature, comme je vous disais tout au début. On va de plus en plus s'ouvrir à d'autres ONG, avec d'autres ONG, les Amnesty International, les Ligues des droits de l'homme, les syndicats de la magistrature et d'autres. On est vraiment ouvert à toute discussion avec toute ONG relative, de près ou de loin, à la défense des libertés des individus, à essayer de faire des choses un peu plus centrées sur les libertés en général. Parce que quand on voit l'évolution de notre État et le déclin démocratique progressif mais certain, eh bien voilà ! Je vous invite à nous aider à faire ça, si vous êtes dans des ONG de ce type, venir nous écrire, à essayer de faire des trucs ensemble. Et dans les trucs ensemble, on va essayer de faire plus souvent des ateliers comme on faisait à une époque, soit des ateliers techniques où on va mettre au point ou améliorer des outils techniques comme Memopol, comme le Piphone, ou d'autres à venir, ou des sites web comme Contrôle tes données. Soit simplement des campagnes. On va publier des contenus, mettre en ligne, inviter à faire des flyers, des trucs comme ça, des gifs animés comme on en voit d'autres. C'est-à-dire faire du bruit.

Il faut savoir qu'un des trucs fondateurs de La Quadrature et je vous invite à le garder pour vous et à l’utiliser avec d'autres, c'est tout simplement que les pouvoirs en place n'arrivent à faire du mal que dans le noir. C'est comme des vampires. Ils ne peuvent mordre que dans la nuit. Si vous mettez les projecteurs dessus, ils disparaissent. Le coût politique de faire quelque chose sous les yeux des citoyens est trop élevé. S'il est trop élevé ils ne le feront pas. ACTA a été une réussite pour ça. HADOPI a été une réussite pour ça. On peut gagner d'autres batailles. Il faut juste suivre ces idées-là, je pense qu'il y a vraiment quelque chose à faire, tout simplement en faisant beaucoup de bruit.

Dans ce contexte-là, La Quadrature a lancé sa campagne annuelle de financement. Donc si vous avez quelques sous à mettre, n'hésitez pas. On a un super site web avec des jolis gifs animés, que vous pouvez voir ici sur soutien.laquadrature.net. On en a besoin, vraiment. Si vous ne pouvez pas nous aider avec une action, en appelant vos députés, en ayant une espèce de force citoyenne de proposition et de défense, eh bien n'hésitez pas à donner quelques sous. Et si vous ne pouvez pas donner quelques sous, n'hésitez pas à nous écrire et à dire comment on peut aider. Sur le site il y a plein de façons d'aider qui peuvent être très utiles.

Voilà. Ça c’était le bilan, un peu, des activités de La Quadrature. On va passer un peu au questionnement du moment, sur le logiciel libre, l'internet, la surveillance, l'écologie et les Communs en général. En quoi ça serait peut-être quelque chose d'assez révolutionnaire finalement, même si le logiciel libre a été inventé il y a trente ans, on pourrait dire globalement par Richard Stallman.

Je suis parti d'un constat, c'est que quand j’étais jeune j'ai fait beaucoup de Lego, Lego Technique, des trucs comme ça, avec ceux de mes frères et sœurs, et à chaque fois je faisais de trucs marrants. Et puis mes parents étaient là : « Ah c'est cool ! Tu vas déposer un brevet ?
– Oh ouais, peut-être ! » Bon ! Je n'ai jamais déposé de brevet parce que, quand on a douze ans, on ne dépose pas des brevets. Et puis quand on a vingt ans, on voit comment ça s'écrit un brevet, on se dit « hou là, jamais ! » Et puis quand on a vingt-cinq ans, on découvre le logiciel libre et on se rend compte que c'est chouette parce qu'on peut accéder au code des autres et on peut modifier le code des autres et faire faire autre chose avec. Et puis on peut faire son propre code et le partager avec d'autres qui, pouf !, se mettent à faire des trucs avec. Et juste on se retrouve dans une espèce d'écosystème génial. C'est très biologique, c'est très vivant, ça bouillonne et à la fin on ne se souvient plus comment on faisait avant en fait. « Ah si, je piratais PaintShop Pro 3 sous Windows. » Ouais, c'était nul parce que je ne pouvais pas débuguer le machin qui faisait les flous, qui était tout pourri. Et puis je ne pouvais pas non plus distribuer le flou tout neuf que j'avais écrit et qui permettait de faire des jolis flous sous PaintShop Pro, que je n’ai pas pu faire vu que je n'avais pas le droit de le faire de toutes manières et je n'avais pas le code source.

Finalement, avec le temps, le logiciel libre ça m'est vraiment apparu comme une évidence. Mais plus qu'une évidence, c'est même une nécessité. Et on s'en est rendu compte avec les histoires d'Edward Snowden et avec le monde de la crypto, c'est-à-dire le monde des codes secrets et du chiffrement et du petit cadenas dans votre navigateur. On s'est rendu compte d'une chose, c'est qu'on n'a pas trouvé de logiciel propriétaire qui ne soit pas noyauté de l'intérieur. C'est-à-dire pour lequel il n'y a pas soit une clef qui permet de passer outre le chiffrement, soit une clef qui permet de tout déchiffrer, soit un bug franchement volontaire. Parce que les bugs pas volontaires de ceux, parmi ceux qu'on a pu voir, c'était trop gros ! Qui fait qu'on peut désactiver la crypto ou lui dire « ne fais pas de crypto ». Ce qui fait que les services ou des écoutes ciblées peuvent éventuellement écouter les conversations des gens, ou écouter ce qu'on fait, sans problème.

C'est un problème. C'est un problème aussi industriel. On oublie souvent, on pense souvent, nous on dit souvent : « Oui si vous avez des choses à cacher ou même si vous êtes activiste c'est important. » Mais si vous êtes dans une grosse industrie ou dans une entreprise qui a des secrets ou des choses, c'est un problème parce que vous ne pouvez pas communiquer entre vous de manière confidentielle sans que des États ou des barbouzes ne puissent vous écouter pour un oui pour un non. Et si un État peut le faire, des barbouzes le font, il ne faut pas croire. On a même vu avec les révélations de cette boîte italienne qui s'était fait pirater, que ça se trouve, ça peut s’acheter des logiciels d'écoute, sans problème.

Et donc finalement, pour moi, le logiciel libre est devenu vraiment une nécessité. Pire ! au fur et à mesure, on se dit « on a entendu parler aussi des musiques libres ». Alors les musiques libres, j'ai un vrai problème avec ça, ou l'art libre en général, c'est que, autant je peux prendre Gimp à la place de PaintShop Pro, autant je ne vais pas écouter X, Y, Z à la place de Pink Floyd. Parce que juste X, Y, Z, il ne fait pas pareil que Pink Floyd. Et c'est un vrai problème pour l'art et je n'ai pas trouvé de solution pour l'art, d'ailleurs, pas aujourd'hui. Si ce n'est les propositions de La Quadrature qui consistent à dire « Quand même, on va un peu loin là : 70 ans après la mort de l'auteur avant qu'une œuvre puisse s'élever dans le domaine public, c'est un peu long. » Et puis vous savez, essayer de mettre des trucs d'ayants droit entre deux, qui font plutôt plaisir aux middle men, aux intermédiaires, plutôt que financer les vrais auteurs et les vrais acteurs et les vrais interprètes, ce n'est pas une bonne idée non plus. À part ces grandes idées de La Quadrature qui finalement ne sont pas forcément très orientées open source, logiciel libre, applicables à l'art, je n'ai pas trouvé trop pour l'art.

Il y a plein d'autres domaines dans lesquels les concepts de logiciel libre sont vraiment super intéressants. On va en parler un petit peu.

Un des exemples c’était la surveillance, la surveillance des peuples. Comment ça fonctionne ? En gros ça a été les dernières révélations en la matière, ça a été Edward Snowden dont vous avez tous entendu parler. Qui n'a jamais entendu parler d'Edward Snowden ici ? N'ayez pas peur, ne vous cachez pas. OK. Donc vous voyez de quoi il s'agit : ce sont les écoutes de masse des États-Unis. Avant ça il y a eu Duncan Campbell qui a révélé ce qu'on appelait le programme ECHELON, qui était, en fait, lui-même issu d'accords entre les cinq pays autour des États-Unis – Australie, Canada, Nouvelle-Zélande et Grande-Bretagne, qui était l'accord UKUSA, où, en gros, il y avait des écoutes de masse des signaux électroniques, donc la radio, et puis toutes ces choses-là, les télécommunications en général, dès les années 45. Donc ce n'est pas nouveau. Dès la fin de la Seconde guerre tout l'Occident, l'Occident américain on va dire, était en ligne, rangé, je ne veux voir qu'une tête en mode bidasse, pour écouter toutes les conversations de tout le monde. Ce n’était pas cool.

Mais on se rend compte d'une chose finalement, c'est que ces écoutes sont possibles parce qu'elles sont faites par les puissants, parce quelles sont faites dans l’ombre. Il y a des trucs, par exemple, qui ont eu lieu cette année. Il y a intelexit.org4 qui est un site web qui est a été monté par des copains de Peng à Berlin, qui dit : « Vous êtes des services de renseignement. Si vous jugez en votre âme et conscience, éthiquement, que ce que vous faites est illégitime, sortez, barrez-vous. Si vous êtes talentueux vous allez trouver du boulot ! Et venez dire, venez fuiter, venez sonner l'alerte, devenez whistleblower, devenez lanceur d'alerte pour dire ça ne va pas, il y a ça qui ne va pas, ce n'est pas possible. » Et globalement, cette surveillance, moi j'ai fait le lien un peu avec la façon dont l'histoire est écrite. Quand on regarde les livres d'histoire on se rend compte d'une chose, c'est que, finalement, on voit l'histoire des vainqueurs, toujours. Et même si on voit l’histoire des perdants, c'est-à-dire que les Allemands, je me doute bien qu'ils racontent qu'ils ont perdu les deux guerres mondiales. Et puis les Français, on se souvient qu'on a perdu Waterloo, mais ça reste des grandes batailles. L'avis des citoyens de base, vous, moi, de ce que je vois à peu près tous ceux qui sont ici compris, ce n'est pas nous qui allons écrire l'histoire. Et c'est l'histoire de ces 1 % de vainqueurs, simplement 1 % de ceux qui ont pris le pouvoir parce qu'ils avaient choisi de le prendre, c'est eux qui ont toujours fait la surveillance des peuples.

Et plus que la surveillance, il y a même des bouquins qui ont été écrits là-dessus, que je vous recommande, sur le contrôle de l'individu. Le fameux livret ouvrier, vous voyez. Le livret ouvrier c’était l'ouvrier il a droit d’être dans telle ville, il a droit de travailler à telle mine, et puis c'est tout. Ce n'est pas un passeport. Il a le droit d’être là. Il n'a pas le droit d'aller se promener, il n'a pas le droit… Ou ça lui donne le droit de travailler dans une industrie, à la rigueur, vous voyez. Il a le droit d’être mineur. Il n'a pas le droit de devenir, je ne sais pas, de se mettre à faire autre chose, forgeron ou charpentier, je n'en sais rien moi.

Eh bien ce contrôle, on est en train de le voir revenir peu à peu, par le fichage général des individus, finalement. Parce que quand on voit que Google ne file pas les mêmes résultats à vous qu'à moi, où, à chacun d'entre nous, il file des résultats différents, c'est un peu il crée des bulles et puis il crée un peu le livret ouvrier moderne. On ne sort plus de sa bulle. Il ne nous l'interdit pas, mais on façonne comme ça les gens, on façonne les peuples par la surveillance et par le fichage.

Et puis tout simplement, la surveillance de masse, elle a un problème aussi, c'est qu'elle s'applique aussi dans l'industrie. Elle s'applique aussi quand vous avez des industries d'un pays, et puis la même industrie dans un autre pays. Eh bien les espions du pays A essayent d'espionner l'industrie du pays B, et inversement, pour savoir qui fait quoi, et puis essayer de leur piquer leurs secrets. Et finalement, s'il n'y avait pas de secrets industriels à piquer, il n'y aurait pas besoin de ce genre d'espionnage.

On verra pourquoi. Alors c'est complètement utopique, oui, c'est complètement utopique. S'il n'y avait pas de secrets industriels à protéger, on n'aurait pas besoin de ce genre de choses. On verra pourquoi ça peut, peut-être, avoir du sens finalement. Pourquoi ça pourrait avoir du sens ? Voilà, c'est la question de comment peut-on et doit-on, d'ailleurs, se passer de la société de surveillance. [Pourquoi je ne vois pas mes notes, je n'ai pas de notes. Bon !]

L'écologie. C'est aussi un autre domaine dans lequel on se dit finalement… Alors logiciel libre, on va peut-être définir un peu. Le Libre, en tant que tel, c'est-à-dire le fait de mettre des idées à disposition et y compris leur application, parce que ce qu'on peut breveter ce n'est pas une idée, c'est l'application d'une idée. Mettre l'application d'une idée à disposition de tous, que tous puissent le faire, l'utiliser librement, finalement ça pourrait peut-être s'appliquer à l'écologie.

Aujourd'hui, si vous réfléchissez un peu autour de vous de comment s'applique l'écologie, vous l'avez déjà lu derrière moi. En gros, aujourd'hui, elle est punitive. C’est-à-dire que quand on s'appelle Volkswagen et qu'on ment sur son moteur, on va se prendre des baffes. Si vous fabriquez un appareil qui pollue beaucoup, vous êtes censé payer pour votre pollution. Et toutes les réglementations écologiques vont dans ce sens-là. Vous voyez ce que je veux dire. C'est ce qu'on appelle, finalement, une écologie punitive. Pardon ?

Public : Inaudible.

B. S. : Il y a aussi l'incitatif. Alors l’incitatif c'est marrant, c'est on paye, par exemple, pour mettre des éoliennes. Et alors ça, c'est un problème. C'est que l’écologie c'est complexe, c'est très complexe. Aujourd'hui, faire des éoliennes dans le Nord de la France, c'est une mauvaise idée. Parce que le jour où il y a une tempête en mer du Nord, toutes les éoliennes du Nord de la France se mettent à produire des mégawatts. Le réseau électrique, qui est obligé de l'assumer parce que c'est comme ça, les règlements ont été faits de telle sorte que, se met à exploser en vol parce qu'ils ont trop de courant. On ne peut pas arrêter une centrale nucléaire parce que ça ne s’arrête pas comme ça. Donc ce qu'on fait, c'est que pour compenser le fait que les éoliennes produisent trop, on va mettre d'autres systèmes de production, type gaz ou charbon, eux, qu'on peut allumer ou éteindre très facilement. Ce qui fait que si tout à coup les éoliennes se mettent à tourner très vite, on va baisser la centrale au charbon ou au gaz. Ce qui veut dire qu'on est obligé de garder les centrales au gaz ou à charbon pour compenser le fait que les éoliennes ont des productions qui font ça. Donc financer l’écologie c'est encore une façon totalement jacobine, très française, et de mon point de vue totalement débile, d'essayer de résoudre les problèmes, finalement. Donc on voit que l'écologie est difficile à appliquer. Et honnêtement en France, je ne nous vois pas sortis des routes.

On va parler d'autre chose qui ne se passe pas en France, majoritairement. Il y avait un truc, ça s’appelait, je remercie Calimaq et Julien, l'éditeur du site Page42, qui m'ont un peu donné des idées là-dessus mardi au Bookscanner de La Quadrature, sur un certain Arnulf Grubler, que j'ai eu du mal à trouver sur Internet, qui est quelqu'un qui fait des études à Yale sur l'écologie industrielle. Et l'idée c’était de dire « On peut faire une industrie qui soit écologique. » Ça rejoint, pour ceux qui connaissent, l'économie circulaire. Simplement on essaie de ne produire aucun déchet. C'est-à-dire que si une industrie va produire un déchet, on va voir ce qu'on peut faire de ce déchet, on va essayer d'en faire autre chose.

Typiquement, le classique, c'est si ce sont des déchets végétaux, on va faire du compost et ce compost on va le fournir aux agriculteurs qui vont avoir moins besoin de pesticides sur leurs champs grâce à ça. Ce n'est qu'un exemple, tout simple. Il y a des exemples plus compliqués où des fois on produit des trucs qui sont chimiques. Comment on peut, grâce à la chimie, en faire d'autres produits utiles ? Éviter de les brûler par exemple, ou éviter de les jeter dans des rivières ou éviter de les mettre dans des tonneaux au fin fond du sous-sol ?

Donc l'écologie industrielle c’était ça. C’était essayer de chercher soit des cycles, soit carrément des sauts multiples, pour essayer d'avoir une industrie qui puisse fonctionner de manière écologique. Et dès cette époque-là, je crois que c'est dans les années 70, ils se sont posé aussi la question « il faut aussi que les structures sociales changent ». C'est-à-dire que ce n'est pas tout d'avoir une écologie au sens de respect de la nature, mais aussi respect de la nature humaine, c'est-à-dire comment on fait de telle sorte que les relations au sein des sociétés soient plus fluides, plus humaines, etc.

Donc c’était assez intéressant. Celui qui m'a le plus intéressé, c'est l'économie bleue. C'est un certain Gunter Pauli, qui est un Belge, qui a commencé dans le savon, qui a fini par se rendre compte qu'il polluait, enfin sa fabrique de savon. Il a tout revendu. Il s'est barré au Japon. Il a fait des études avec des chercheurs, au Japon, pendant, je ne sais plus, dix/quinze ans. Et ils ont trouvé une centaine de modèles, typiquement d'écologie industrielle. C'est-à-dire où ils vont, par exemple, produire du café, mais ils vont recycler le marc de café en un système de culture de champignons, donc ça va produire aussi des champignons. Et puis derrière leur marc de café qui a fait pousser des champignons, il est tout moche, donc ils peuvent en faire autre chose. Je crois qu'avec une simple formule, toute simple, ils vont le transformer en triester et que le triester, en fait, on ne va pas le brûler, même si c'est très bien pour faire du chauffage, on va en faire autre chose parce que dans l'industrie, il y en a besoin, beaucoup, pour le parfum ou pour les dentifrices ou je n'en sais rien. Quelque chose de ce genre-là. Et finalement, ils se sont rendu compte que, plutôt que de produire juste du café, ils allaient produire du café, des champignons et des triesters. Et qu'en fait, ce qui allait rapporter le plus, pour l'instant, c'est le triester. Mais finalement ils ont aussi produit des champignons et aussi produit du café.

Et donc ils ont une centaine de modèles de ce type, alors je ne les ai pas tous retenus, je vous en cite un, mais il y en a des dizaines et des dizaines. Et puis Gunter s'est mis à lancer des projets. Et alors, vous allez être étonnés, il n'a pas réussi à en lancer en France. Il n'a pas réussi à en lancer en Belgique, il n'en a pas en Espagne, il n'en a pas en Hollande, pas en Grande-Bretagne, pas aux États-Unis. Non. Le Nicaragua, le Chili, un petit peu en Allemagne, un petit peu en Australie. L'Inde carrément, l'Inde à fond, ils sont à fond sur ce genre de projets. Pourquoi ? Parce que ce sont les sociétés où il n'y a pas déjà les problèmes en mode tout bien verrouillé, on verra lesquels. Et donc il a fait tous ces projets. Et alors Gunter il a eu une idée, cette idée lui est apparue un peu révolutionnaire, mais il s'est rendu compte qu'il n’avait pas le choix, parce qu'en fait il s'est dit « de mon vivant je n'arriverai pas à faire les cent projets ». Il en fait quatorze, il y en a douze qui, aujourd’hui, fonctionnent à merveille. Mais qu'est-ce qu'il peut faire ? Il a cinquante-neuf ans. Il s'est dit « eh bien ce n'est pas dur, les cent projets, on va les mettre en open source, sur Internet, tout détailler, les systèmes chimiques, les cycles qu'ils ont imaginés, les avantages, les inconvénients, comment ça fonctionne. Et ils ont tout mis en open source.

Si vous avez une âme d’entrepreneur, parce là c'était des chercheurs qui avaient fait ça, mais derrière le chercheur on a besoin d'un entrepreneur pour se dire « je vais me sortir les mains des poches, me retrousser les manches et puis je vais le faire ». Et puis des gens autour de lui pour l'aider à le faire, pour travailler et puis, etc. Il a besoin de toute une chaîne d’individus derrière. Il n'y a qu'en le mettant en open source qu'on peut faire ça. Parce que sinon, il faut le vendre, donc il faut des capitaux. Et donc on se retrouve dans une espèce de cercle vicieux de l’industrie, plutôt que d'essayer d'avoir un cercle vertueux. Quitte à avoir un cercle vertueux écologique, autant avoir aussi un cercle vertueux économique et un cercle vertueux social. C'est-à-dire de dire « ce sont des gens qui vont faire des projets et ils ne vont pas pouvoir se réapproprier l'idée ». Ce qui fait que si on fait une petite industrie qui fait un projet A en Inde, on pourra faire la même au Chili et ils ne vont pas se taper dessus. Comme disait mon copain Valentin : « Le sac de riz est toujours assez grand pour tout le monde », dans ce genre de cas, en tout cas.

Dans le même genre, l'écologie actuelle nous invite à faire quelque chose de positif. Je vais citer un exemple. J'essaierai de mettre des références sur le site de La Quadrature dans un petit post parce que Gunter Pauli, il y a une conférence très intéressante sur le biomimétisme aussi, que j'ai vue au Conseil économique social et environnemental, d'un jeune homme qui était super talentueux et nous expliquait le biomimétisme, qui est, pour moi, quelque chose de très intéressant dans l'écologie moderne. C'est de dire : « La nature est un livre. La nature est une putain d'encyclopédie. Vous savez ce qu'on fait depuis cent ans avec cette putain d'encyclopédie ? On la brûle ! Si vous ne savez pas ce que c'est qu'un livre et que vous prenez un livre, je n'ai pas de livre là, vous prenez un livre, ça brûle vachement bien ! Si on ne sait pas ce que c'est. Ah si, si vous ouvrez un peu les pages, ça peut faire des briques, on peut aussi en faire des briques, vous savez. C'est du bois à l'origine. Dans des bonnes conditions, ça peut brûler vachement bien. D'ailleurs le pétrole, on le raffine pour le mettre dans des conditions où il brûle vachement bien. Sauf qu'en fait tout ça c'est une putain d’encyclopédie. »

En fait, plutôt que de le brûler, on pourrait juste ouvrir le livre puis essayer d'apprendre à lire ce qu'il y a dedans. Et appendre à lire ce qu'il y a dedans, ça veut dire essayer de copier la nature pour voir ce qu'elle a de mieux à nous proposer. Et il y avait un exemple qui moi m'avait fait genre [Benjamin se laisse tomber], parce que c'est mon industrie. Vous savez Intel fabrique des puces avec du silicium qu'ils mettent en couches, comme ça, pour faire les transistors. Ils font des grilles de transistors par millions, pour faire des calculs très vite. Ils font ça avec des échelles de quarante nanomètres, trente nanomètres aujourd'hui, entre deux transistors. Le nanomètre, c'est un milliardième de millimètre, OK, un truc comme ça, ou un milliardième de mètre. Enfin bon, c'est tout petit. Un milliardième de mètre, 10–9. En effet, merci. Donc un milliardième de mètre. Ça ne se voit pas. Il faut un microscope électronique à balayage, sinon on ne voit rien.

Le problème c’est que pour faire ça il faut des salles blanches, c'est-à-dire des endroits où il n'y a pas une poussière, mais pas une demie, pas une poussière, qui coûtent une blinde de pognon à entretenir, avec des mecs qui rentrent, qui se font passer au ventilateur pendant un quart d'heure, avec un truc spécial, des équipements et tout, pour n'avoir plus aucune poussière sur eux. Qui ont des trucs aux cheveux, des trucs aux mains, des gants, des machins, qui mettent les bras dans les machins et qui manipulent le bidule de silicium. Pour faire du quarante nanomètres. S'il y a la moindre poussière, c'est la mort. C'est fini, le CPU ne marche pas.

On a trouvé dans la nature un coquillage, une espèce de petit coquillage, dont la coquille est entièrement en silicium, et qui est fait d'une espèce de grille assez régulière, même très régulière où, entre chaque élément de la grille, il y a dix nanomètres. Et vous savez quoi ? Le coquillage il fait ça au milieu du plancton marin, au milieu des requins, au milieu des autres machins de plancton, etc. Et c'est un coquillage qui est tout petit et qui est capable de graver à dix nanomètres.

Donc si on arrive à apprendre de la nature à graver à dix nanomètres, demain, sur votre table de salon, vous pourrez faire des composants de silicium à dix nanomètres. Parce que la poussière du salon ça ne gênera pas le petit coquillage dont on a appris à copier le système tel que la nature l'a inventé.

Et des exemples comme ça, vous pourrez les voir sur la conférence du CESE que je mettrai sur le site de La Quadrature, il y en a des dizaines. Il y en a plein et on peut en trouver plein. Il faut juste se les passer et les passer à d'autres, parce que moi, je suis incapable d'essayer de comprendre comment fonctionne le petit coquillage, mais je suis capable de filer l'idée à quelqu'un qui lui va comprendre.

Et si demain vous voyez quelque chose dans la nature qui vous intrigue, essayez de le comprendre et essayez d'en parler. Parce que, finalement, vous savez tous aussi bien que moi, mais on va le rappeler à nouveau : quand on a un bien et qu'on le donne on ne l'a plus. Mais quand a une connaissance et qu'on la partage, on est deux à l'avoir. L'information, ça se multiplie. Ça ne peut pas disparaître, ça se multiplie. Il y a toujours plus d'idées quand on partage.

Et donc le biomimétisme, c'est pour moi une autre façon de faire de l’écologie positive. C'est d'essayer d’arrêter de brûler cette encyclopédie, mais d'essayer de la lire.

Et puis d’autres idées à venir. Voilà. De préférence, comme je viens de vous le dire, des idées libres.

Et en fait je me suis posé la question après avoir vu Gunter Pauli : pourquoi il n'a pas réussi à faire des projets comme ça en France ? Il y a un truc tout simple, c'est que je vous demande ce qu'il y a comme industries dans notre pays. Alors je ne voulais pas qu'il l’affiche, mais tant pis. En gros, j'ai essayé de voir qu'est-ce qui fait des gros emplois dans notre pays. Eh bien il y a l'énergie : il y a EDF, il y a AREVA. On est très connus pour nos centrales nucléaires et la qualité [Benjamin tousse]de notre capacité à les démanteler et à les éteindre quand il risque d’être trop tard. C'est un gros machin l'énergie en France ! Vous savez comme moi que s'il y a EDF, le patron d'EDF, qui dit quelque chose, le gouvernement suit au taquet.

L'armement. Évidemment les EADS, les Thalès et compagnie, les Dassault. On est très bons en armement. On vient de vendre quoi ? Dix milliards d'équipement militaire à l'Arabie saoudite. Ce sont des gens bien ! Ce sont eux qui coupent des têtes en Arabie saoudite, vous savez, les mêmes que l’État islamique, mais eux ce sont les méchants. Donc pareil. On ne se pose pas du tout de question sur les enjeux de machin. C'est de l'armement, c'est important, ça fait du business, ça fait de l'emploi, plein.

Le pharmaceutique. Alors je connais un peu de l'intérieur. Vous savez que dans l’agroalimentaire on dit « vous ne voulez pas savoir comment c'est fabriqué ». Eh bien dans le pharmaceutique vous ne voulez pas savoir comment c'est poussé, « lobbyfié » et autorisé et développé et breveté dans tous les sens. Leur but c'est de faire du pognon. Point. Ne croyez pas que la recherche pharmaceutique vient de ces boîtes-là. C'est faux, ils font moins, nettement moins. Ils ont des budgets recherche qui sont entre la moitié et un zéro de moins que leur budget marketing et développement commercial. J'ai vu faire des études dans lesquelles il y a des gens qui sont interviewés pour dire : « Voilà, qu'est-ce que vous pensez, M. le médecin X, de ce médicament Y ? » Le but ce n'est pas d'avoir l'opinion du médecin, c'est de lui donner un billet. Parce que quand on fait venir les gens pour leur demander leur avis, on leur donne un billet. Après, la taille du billet peut varier selon la capacité du médecin à promouvoir ledit médicament. Donc ce milieu-là est pour moi un de ceux qu'il y a de plus pourris dans notre pays. Je ne sais pas si je le mets derrière ou avant l'armement. Et honnêtement, son utilité sociale reste à démontrer, vraiment ! D'ailleurs souvenez-vous, je ne sais plus qui avait inventé un de ces premiers vaccins. Je crois que c'est la découverte de la pénicilline, où le découvreur de la pénicilline avait dit : « Je ne veux pas déposer de brevet dessus. Je veux que ce soit disponible à tous. » Et ça c’était répandu comme une traînée de poudre, grâce à ça. Aujourd'hui ça n'est plus le cas et ils rebrevettent des molécules, vaguement modifiées, histoire d’être tranquilles.

Et le luxe. Ah le luxe ! Vous savez les Louis Vuitton, toutes ces marques-là. Moi j'ai connu ces marques-là, enfin ma maman a connu ces marques-là, elle est du milieu de la confection. C'était du putain de stuff. Excusez-moi, ce n'est pas poli, mais waouh ! Vraiment ! C'est-à-dire c'était waouh ! C'est-à-dire vous aviez un manteau de luxe, un sac de luxe, un truc d'une marque vraiment réputée, c'était du super matos. C’était costaud, c’était des coutures invisibles, c'était des savoir-faire, c'est vraiment quelque chose de magnifique. C'est pour ça que c'était du luxe, c’était costaud, c’était beau, c’était des produits de malades, ça tenait chaud si ça avait besoin de tenir chaud, ça ne faisait pas transpirer si ça avait besoin de ne pas faire transpirer, c'est génial. Sauf que, aujourd'hui, on a un truc, c'est qu'ils sont surtout accrochés au droit des marques et leurs logos. Aujourd’hui on est une société dans laquelle le logo fait beaucoup de choses. Fait tout, même, finalement. Si vous avez le bon logo sur votre chemise ou sur votre pull, c'est bon, vous êtes in.

Et on voit finalement que le luxe, je ne suis pas sûr qu'encore aujourd'hui ils soient dans cette logique de dire « on veut faire des super produits ». Il y en a encore. Cherchez-les ! Si vous avez envie de vous faire plaisir, allez plutôt vous renseigner sur ce qu'ils font plutôt que le logo qu'ils imposent. Et finalement c'est aussi une grosse industrie dans notre pays.

Et puis on voit une chose, je vous invite à vous renseigner, c'est Doctorow, Cory Doctorow qui a fait un article très intéressant là-dessus, sur ce qu'on appelle les Bullshit Jobs. Alors vous connaissez tous quelqu'un qui est dans ce cas-là. Peut-être que ça vous concerne ? Dans ce cas-là je vous plains de tout mon cœur et je vous invite à réfléchir à tout ça.

Alors ce n'est pas un mot impoli. C'est juste qu'on est plein, à la Défense, il y a plein de gens qui ont des boulots qui ne servent à rien. Ils font le marketing de la promotion des services internes du conseil technique de EDF. Et c'est que pour l'interne, vous savez, ils font de la promotion interne. Oui il n'y a que des services de ce type, en pagaille. Plus les placards. Parce qu'il y a des gens qui, des fois, se lèvent contre ça, et puis on leur dit : « Non, mais tu es gentil, mais tu es le fils d'untel, donc on ne va pas te virer, donc on te met dans un placard. » Et tous ces gens-là, ils savent. Il y a un truc : la définition du Bullshit Jobs elle est très simple, C'est : vous demandez à quelqu'un ce qu'il fait dans sa vie. Au bout de cinq minutes s'il vous dit : « Eh bien, de toutes façons, ça ne sert à rien. », c'est qu'il a un Bullshit Job. Parce qu'ils le savent ces gens-là. Souvent ils en sont malheureux, mais au moins ils ont un boulot. Et dans une époque où on n'a pas de boulot, où le boulot est dur à trouver, eh bien finalement, quand on en a un, ça a beau servir pas à grand-chose, on se met dans un coin et puis on ne fait pas de bruit.

Voilà. Donc il y a des gens comme ça, ici ? Par pitié, renseignez-vous, essayez de trouver autre chose. Je dis même un truc souvent, quand je suis en école d'ingénieur, parce que j'ai affaire à des ingénieurs, je fais des petites conférences en écoles d’ingénieurs où on parle de technique souvent et puis à la fin je fais : « On va aussi parler d'éthique. » Et alors il y a les profs qui font : « Ah bon ! » Eux ça ne les concerne pas. Les profs, ils ne font pas de cours d'éthique en école d'ingé, ça n'existe pas. Donc c'est le cours d'éthique que vous allez avoir sur vos quatre ans. Et alors, il y a un truc tout bête. Si vous avez des ingénieurs, ce sont des gens talentueux, ils sont dans une profession au chômage négatif. C'est-à-dire que s'ils sont dans une boîte où le matin ils n'ont pas envie d'y aller je leur dis : « Mais barrez-vous. Vous allez retrouver du boulot ailleurs. Et si vous êtes bon, vous allez retrouver d'autant plus vite du boulot ailleurs. Et au bout d'un moment vous allez trouver un boulot qui vous fait plaisir et sur lequel vous avez vos valeurs éthiques, vos valeurs à vous, ce que vous avez envie de faire dans la vie, ce que vous avez envie de changer dans le monde qui va être là. C'est ce que vous allez faire tous les jours ! Et vous allez vous lever le matin tadan ! Même pas besoin de café. C'est génial. Faites-le ! Barrez-vous. » Et alors là, les profs genre [Benjamin bouche bée].

En fait si, c'est ça. L’idée c'est que s'il y a des endroits où le mal est produit, si pour vous ça ne vous va pas, si vous êtes talentueux ne mettez pas votre talent à ce service. Si vous êtes talentueux, vous aurez autre chose, vous allez pouvoir trouver du boulot. Moi j'ai fait ça et puis je me suis barré et aujourd’hui j'ai monté ma boîte. Et puis on a galéré cinq ans, et puis on s'en sort au bout d'un moment. Et on fait des trucs, on fait du logiciel libre, on fait de l'infrastructure, on fait des trucs comme ça. Donc voilà, ça c'est le côté éthique. Mais comment on peut changer ça ? Difficilement ! Difficilement !

Pour revenir à la définition du Libre, je dis « le Libre » y compris en anglais, parce que en anglais ils ont open source ou free sofware et, dans les deux cas, on n'est pas sûrs, sûrs, de quoi on parle. Et je vais faire mon troll, désolé. Ça va encore twitter comme quoi je trolle toujours, mais je suis un très fervent défenseur de la licence GPL en tant que concept face à la licence BSD en tant que concept. La licence GPL c'est celle qui dit : « Le logiciel est libre. Vous faites ce que vous voulez avec. Et si quelqu'un en fait une variante, il est obligé de le mettre dans une licence aussi libre. » Vous voyez ce que ça veut dire sur le long terme ? Ça veut dire qu'on ne peut pas refermer.

Alors que la licence BSD, elle dit : « Ouais, faites ce que vous voulez avec. Tant que vous ne dites pas que c'est vous qui l'avez écrit, c'est parfait. Et puis si vous faites des modifs, c'est une partie vous, une partie nous, et puis c'est tout. Mais vous faites ce que vous voulez. Si vous voulez en faire un logiciel propriétaire, pas de problème. » Eh bien moi ça me pose un problème ! C'est que demain on fait un client FTP, eh bien il est propriétaire, et puis « ah tiens, c'est le client FTP de Microsoft, il vient de BSD ». Et puis il y a plein de logiciels comme ça, qui sont piqués au logiciel libre sous licence BSD. Ils referment la boîte, ça s'appelle Cisco. Vous savez, Cisco ! Tous leurs firewall c'est du BSD. Plus de code source du tout. Pardon ? Apple. Ah, Apple, très bel exemple. Apple, merci.

Finalement, le Libre c'est quoi ? Ce sont des idées librement disponibles et leur application, comme je disais tout à l'heure, comme les brevets. C'est l’application d'idées librement disponibles. C'est la garantie de leur ouverture, en s'assurant qu'on prend des licences. Alors je ne vous dis pas prenez la BSD pour des choses non logicielles, ça ne marchera pas. Mais inventez des licences ou prenez-en qui existent dans d'autres domaines, qui garantissent la liberté au long terme.

C'est aussi une pensée qui devrait, à mon avis, être beaucoup plus large entre le côté la liberté qu'on donne aux individus ; l'économie sociale et solidaire, c'est-à-dire le fait que si on travaille avec d'autres individus dans ces contextes, on essaye d'avoir des équilibres entre les individus et pas chercher à avoir des luttes de pouvoir dans tous les sens parce qu'il faut qu'on essaie d'enlever les verrous dans le social qui sont les mêmes qu'on a essayés d'enlever avec le logiciel libre ; et l'écologie, c'est-à-dire essayer d'aller dans du positif, dans de la construction. Et si on a des idées qui nous paraissent intéressantes dans l'écologie et notamment dans l'écologie industrielle qui, moi, m'intéresse le plus, laissez-les librement disponibles. Vous arriverez à appliquer vos idées et vous arriverez à ce que, grâce à ça, d'autres l'appliquent dans d'autres endroits.

Et finalement, pour moi, tout ça procède du même système, c'est-à-dire d'essayer de faire société. Si certains d'entre vous ont un peu étudié l'écologie de manière générale, vous savez une chose, et donc pour ceux qui ne savent pas, je vous le dis, on ne pourra faire une écologie qui nous sauvera la planète que si on la fait tous ensemble. Si demain, tant que entre la Chine, la Russie, les États-Unis et l'Europe, il y a un de ces quatre acteurs, pas les quatre, un de ces quatre acteurs qui dit fuck, c'est foutu. Parce qu’ils vont continuer à polluer, ils vont continuer à faire n'importe quoi, et ça ne marchera pas. On ne pourra pas sauver le monde, sauver la planète du désastre écologique à venir. Parce qu'il faut être clair, il y en a qui prédisent la troisième guerre mondiale, moi je vous prédis d'abord le désastre écologique à venir. Il est déjà à nos portes. Les réfugiés c’est ça. Il y a déjà des réfugiés climatiques aujourd'hui, pas que des réfugiés syriens qui ont la guerre chez eux. Si demain on ne fait pas, ou même aujourd'hui, on ne fait pas commun, on n'arrivera pas à sortir du désastre écologique à venir. Et ça, pour moi, ça passe par les idées librement disponibles.

Si vous avez quelqu’un en Chine qui parle anglais, ou qui parle français, et qui est capable de lire ce que vous avez mis sur Internet comme idée géniale et que lui, peut l'appliquer chez lui, on va gagner. Et on pourra gagner parce qu'on aura fait commun, finalement un peu comme la fourmi. La fourmi elle ne sait pas forcément à quel point elle fait partie d'une fourmilière. Vous imaginez, un petit cerveau de la taille qu'elle a. On sait qu'elle n'a probablement pas beaucoup moyen d'avoir une compréhension extrêmement complexe et structurée comme peut l'avoir l’être humain. Il y a quelque chose, mais ce n'est pas aussi… Mais par contre elle fait juste. Elle met à disposition la ressource à la fourmi d'à côté, elle va chercher une ressource, elle s'occupe du petit, des trois petites fourmis à naître qu'elle a à côté d'elle. Et finalement, tout ça ensemble, ça fait la fourmilière. C'est une espèce de système auto-stabilisant. Et pour moi ce système auto-stabilisant, enfin le système auto-stabilisant qu'on peut proposer à l'humanité aujourd'hui, c'est un système où on met les idées à disposition. Où on ouvre le livre, l’encyclopédie qu'est la nature, où on lit ce qu’il y a dedans, et que ce qu'on arrive à y lire, on le met à disposition dans notre langue à nous, disponible, gracieusement, et sans limite d’exploitation, et en assurant qu'on aura toujours la liberté de le faire grâce à des licences adéquates.

Et donc finalement, c'est ça faire société, c'est ça faire commun, et c'est ce qu'on appelle aujourd'hui passer à l'économie de la connaissance. C'est-à-dire qu'au lieu de brûler du pétrole, on lit l'encyclopédie de la nature. Et finalement, tout ça, pour moi, c'est lié au logiciel libre, c'est lié à la défense des libertés, à la capacité d'innover, à la capacité d’entreprendre et à la capacité de lutter contre la surveillance. Et il y a un truc génial à tout ça, c'est qu'on peut nous surveiller quand on est en train de faire ça. On n'en a rien à foutre, c'est disponible sur Internet ! Est-ce que vous avez des questions ? J'aimerais avoir des questions. On a un micro, le vert pour les questions. Pas de questions ? Merci Agnès.

Alors je n'ai pas prévu encore les liens à mettre sur le site de La Quadrature, mais si vous revenez dans une semaine, on va mettre ça dans un coin, je ne sais pas où. Sinon vous pouvez me suivre sur Twitter, j'en parlerai, enfin je ne l'ai pas mis sur Twitter.

Public : Je ne suis pas scientifique, je suis citoyenne et je réfléchis. Donc une des choses que j’avais découvertes, c'est la différence entre, je connais la France et je connais l'Asie dans le sens Yi King, etc. Et eux, ils ont une conception cyclique des choses alors que nous, on a une conception linéaire. Et à partir du moment où on a une conception linéaire, on ne peut pas tourner en boucle. En fait ce sont des états d'esprit. En France le cycle c'est tourner en boucle, et franchement c'est con. On tourne en rond. Franchement c'est nul de tourner en rond, c'est franchement nul !

Benjamin : On ne tourne même pas en rond, c'est-à-dire qu'on prend un produit qui est là, on le transforme et on le jette, en fait.

Public : Tandis que par contre, en Chine, le cycle c'est le cycle de la vie. Vous voyez, pour la même chose, on a un regard totalement différent. On a un regard con ou un regard super, mais c'est le même rond.

Benjamin : Je suis d'accord. C'est vrai qu'on a beaucoup à apprendre des philosophies asiatiques en la matière. Je vais voir comment ça peut rentrer, ce qu'on peut écrire autour de ça. C'est assez intéressant. Ça rejoint d'ailleurs le côté, voilà, on a essayé de faire l'écologie circulaire, c'est ça aussi. C'est d'ailleurs une des questions qui m'a été posée, suite à cette discussion, mardi au bookscanner, c'est de dire l'écologie circulaire peut fonctionner en partant des principes de conservation de l'énergie et de la matière. Et on s'est demandé qu'est-ce qu'il y avait comme économie circulaire du même type, c'est-à-dire en conservation d’énergie et de matière, dans le monde du numérique, qui est un monde essentiellement informationnel. En industrie, on fait passer d'un état à l'autre, finalement, les biens et les choses. Comment on peut appliquer ça au numérique ? Je n'ai pas de réponse. Si vous avez une idée, je suis preneur. Est-ce qu'il y a d'autres questions, d'autres suggestions ? Et-ce que ça vous inspire quelque chose ? C'est laquelle la meilleure des deux licences ? C'est la GPL ou la BSD ? S'il n'y a pas d’autres questions, je vais vous laisser. Je vous remercie infiniment.

N'hésitez pas à suivre les actualités de La Quadrature, on a toujours besoin de coups de main à droite et à gauche et on a un stand juste derrière.

Public : Est-ce qu'on peut faire de la pub ?

Benjamin : Oui, oui, faites de la pub. La Quadrature du Net, on a des stickers aussi. Ah de votre pub à vous ! Allez-y !

Public : Moi je suis tombée dans un festival de films de femmes, sur un film sur l'économie et je ne connaissais rien à l’économie et même pire, ça me gonflait quoi. Voilà ! Et quand j'ai vu le film je me suis dit « hou la la, il faut que tout le monde le voit ». C'est-à-dire qu'en une heure et demie je suis passée de « ah non pas l'économie à waouh ! Il faut que tout le monde le regarde ».

Benjamin : Et donc, le titre du film c'est ?

Public : Ceux qui veulent le papier, le voilà.

Benjamin : C'est quoi le titre ?

Public : C'est un film de l'Office national du film du Canada, donc un très gros office.

Benjamin : Donc un film de l'Office national du film du Canada. Vous pouvez le dire dans le micro que les gens entendent

Public : Oui pardon ! C'est un film fait par l'Office national du film du Canada. L’économiste est néo-zélandaise, la cinéaste est canadienne. Et c'est en fait le PIB.

Benjamin : Combien on produit, quoi.

Public : Aujourd'hui on dit qu'il faut que ça croisse, le PIB. Elles, ce qu'elles disent c'est « le PIB ne dit pas entre les mains de qui est l'argent. Le PIB ne dit pas comment on fabrique cet argent, etc. » Et notamment l’armement. Elles parlent de ce dont vous avez parlé. Donc il y a plein de sujets qui sont abordés d'une façon assez inhabituelle. Voilà.

Benjamin : Je vais vous en prendre un, ça m'intéresse.

Public : Je n'en ai peut-être pas pour tout le monde, parce que j'en ai tous les jours sur moi.

Benjamin : C'est un d'ailleurs un des trucs qu'ont développé Gunter Pauli et ses collègues dans l'économie bleue. Alors le titre du film c'est Who's Counting ? Sexe mensonge et mondialisation.

Public : Si on parle anglais on ne le trouve que du côté anglophone au Canada et moi eh bien je n'ai pas pensé, je ne dois en avoir que deux sous-titrés.

Benjamin : Disponible en version originale sous-titrée en français. Il suffit de savoir lire. Bien. C'est un des trucs que Gunter Pauli et compagnie voulaient faire. En gros, ils se sont dit « il y a un autre problème avec l'économie actuelle, c'est qu'on produit en masse, en masse, en grosse masse. On transporte sur des milliers de kilomètres. Donc on a des Chinois malheureux à un bout, des Européens qui n'ont pas d'emploi à l'autre bout, et une pollution totale entre les deux. C'est génial. C'est une belle économie ! » Et donc, lui ce qu'il veut, c'est que les industries soient petites. De toutes façons leurs cycles, en général, ils ne sont pas faciles à réaliser à grosse échelle ou ils n'ont pas d’intérêt, puisqu'il faut se mettre à transporter, ça devient moins rentable. Et donc ils disent « il faut que ce soit rentable localement avec des emplois locaux et nombreux ». Donc ils créent de l'emploi, ils créent de la richesse localement. En général, leur système ne crée pas de déchets et ça ne se transporte pas sur des milliers de kilomètres. C'est fait pour alimenter une région, éventuellement un petit pays, Mais voilà ça reste des choses très raisonnables. Ça j'aime bien aussi l'idée de dire « on prend en compte les absurdités de notre économie actuelle ». Voilà Donc je mettrai les références s'il y en a que ça intéresse, sur le site de La Quadrature dans les jours à venir. Je vous remercie et vous souhaite une bonne fin d'Ubuntu Party. Merci.

Applaudissements

Fermer

(19/06/2016 @ 19:06)

TVA des e-books. Députée pirate - 56Kast mars 2015  Voir?


Erwan et Camille

Présentation

Titre : La TVA des e-books, et la députée pirate face au requin de gauche -
Intervenants : Adrienne Alix - Erwan Cario - Camille Gévaudan
Lieu : Émission 56 Kast
Date : Mars 2015
Durée : 32 min 30
Licence : Verbatim
Lien vers la vidéo : page de l'émission.

Transcription

Libération et Nolife présentent 56Kast

Erwan Cario : Bienvenue dans le 56 Kast, le cinquantième, hou ! Cinquantième du nom, cinquantième du nom. C'est bon.

Camille Gévaudan : Je n'ai pas fait de gâteau !

Erwan Cario : Et des cotillons ?

Camille Gévaudan : Non ! Non plus !

Erwan Cario : Non plus ! On va parler cette semaine du rapport Reda sur le droit d'auteur à la Commission, alors à l'Europe, ou l'Europe d'une manière générale, parce que je ne sais jamais… Parlement… Parlement européen. Elle fait exprès de rire pour commencer, excusez-moi, aujourd'hui, ce n'est pas très sérieux.

Camille Gévaudan : Carte de presse !

Erwan Cario : Avec Adrienne Alix de la Quadrature du Net.

Adrienne Alix : Bonjour.

Erwan Cario : Bonjour Adrienne. Et on parlera aussi du livre numérique et d'un requin, mais celui de gauche. Voilà. C'est important.

Camille Gévaudan : C'est vachement bien.

Erwan Cario : Ça va. Bonjour Camille.

Camille Gévaudan : Bonjour.

Erwan Cario : Et de quoi on ne va pas parler ?

Camille Gévaudan : On ne va pas parler de la chaîne américaine HBO, qui, selon le Business Times, prépare un service de streaming en partenariat avec Apple. L'un s’occuperait de la technique et l'autre des contenus. Je vous laisse deviner lequel. En fait ce serait un Netflix avec du Game of Thronesdedans, si je comprends bien.

Erwan Cario : D'accord.

Camille Gévaudan : Parce que présenté comme ça on comprend mieux.

Erwan Cario : Il n'y a pas de Game of Thronesdans Netflix ?

Camille Gévaudan : Ben non.

Erwan Cario : Ah, d'accord. Mais il n'y aurait que Game of Thrones, en fait.

Camille Gévaudan : Et peut-être bien que ça sortirait avant la Saison 5.

Erwan Cario : Oh ! Et ça s'appellera « HBO Now ».

Camille Gévaudan : Et les gens vont s'abonner en se disant « je m'abonne juste pour la saison Game of Thrones » et puis après ils vont rester abonnés. Ce n'est pas mal comme ça. C'est génial.

Erwan Cario : Ah ouais, c'est bien. Le contrôleur de sommeil Aura va bientôt pouvoir

Fou rire

Camille Gévaudan : Je suis désolée, la phrase n'est pas finie sur la feuille.

Erwan Cario : Ah ! Qu'est-ce qu'il y a ?

Camille Gévaudan : La phrase n'est pas finie.

Erwan Cario : Mais il pourra bientôt communiquer. Alors ça s'est arrêté là, mais communiquer. Eh bien oui, parce que moi, j'ai mes notes s’arrêtent là, mais communiquer avec les appareils Nest. Voilà.

Camille Gévaudan : Les thermostats de Google.

Erwan Cario : Les thermostats de Google.

Camille Gévaudan : Comme ça, quand le détecteur de sommeil sait que tu dors, il dit au thermostat de baisser la température.

Erwan Cario : Qui va communiquer avec Apple et ta chaîne « HBO Now » pour te lancer Game of Thrones.

Camille Gévaudan : Non parce que tu dors.

Erwan Cario : Ah oui, voilà c'est ça. Suivant. C'est compliqué. On va y arriver

Camille Gévaudan : On va y arriver. La machine à imprimer les crêpes qui s'appelle…

Adrienne Alix : Ah ça c'est vachement plus important.

Camille Gévaudan : Qui s'appelle le PancakeBot, a atteint son objectif de 50 000 dollars sur Kickstarter. Donc c'est trop tard, vous n'en avez pas.

Erwan Cario : Et tu n'as pas ?

Camille Gévaudan : Ben non, je ne savais pas.

Erwan Cario : Apple, toujours lui, a dévoilé cette semaine, là il y a quelques jours sa montre connectée. Mais ce n'est pas un truc… ?

Adrienne Alix : Ça n'existait pas déjà.

Camille Gévaudan : Je sais que j'ai fait le live de la keynote il y a six mois déjà sur la montre connectée.

Erwan Cario : En septembre, ah c'est ça.

Camille Gévaudan : Je ne comprends pas pourquoi ça remet ça.

Erwan Cario : En fait, ils doublonnent, pour être sûrs que tout le monde mémorise qu'il y a un truc à surtout ne pas acheter.

Camille Gévaudan : Oui, au cas où on n'avait pas compris Le prochain smartphone Nexus de Google, et il pourrait y en avoir deux. L'un construit par LG, comme le dernier, le numéro 5, et l'autre, moins cher, construit par Huawei, le constructeur chinois.

Erwan Cario : Et donc, ça c'est la news, pour dire qu'on ne parlera pas du MWC, qui s'est tenu à Barcelone. Voilà.

Camille Gévaudan : Le Mobile World Congress.

Erwan Cario : C'est ça.

Camille Gévaudan : Oui c’est ça.

Erwan Cario : Pour la première fois, le nombre de foyers français équipés en ADSL a baissé.

Adrienne Alix : Tant mieux.

Erwan Cario : Et oui, et oui, mais les abonnements Internet par fibre ont, eux, progressé de 67 %. Ceci expliquant, heureusement, cela.

Camille Gévaudan : Et la traditionnelle non news dont on n'a lu que le titre et on n'a pas compris.

Erwan Cario : Alors lis bien !

Camille Gévaudan : U 3 V y c H J p c 2 U =

Adrienne Alix : Ça fait un bon de mode passe sécurisé, cela dit.

Camille Gévaudan : Exactement !

Erwan Cario : Mais plus maintenant !

Camille Gévaudan : Et c’était le contenu de l'invitation envoyée par Free aux journalistes pour la conférence qu'ils ont fait cette semaine. Et, en fait, codé en base 64, ça veut dire « surprise ». C'est super intéressant et la surprise c’était une box, ce qui est super intéressant.

Erwan Cario : Voilà. Ça veut dire que, peut-être en base 64, une surprise n'en est plus une, pour le coup, la mini box 4 K, c'est ça ? La 4 K Free box, mini Free box.

Camille Gévaudan : Oui parce que tout le monde a des films en 4 K à regarder chez lui.

Erwan Cario : Oui, tout le monde, pas à la télé mais il y a les films. On passe à l'actu.

ACTU

Camille Gévaudan : L'actu c'est donc, alors Erwan, qui c'est qui n'est pas satisfait de la politique française en matière de TVA sur les livres numériques ? A) le Parlement européen ; B) la Commission européenne ; C) le Conseil de l’Europe ; D) le Conseil européen ?

Erwan Cario : Je peux avoir un indice ? C'est à Bruxelles ou à Strasbourg ?

Adrienne Alix : Attention, parce que le Parlement européen, il est parfois à Bruxelles et parfois à Strasbourg.

Camille Gévaudan : C'est la Commission européenne.

Erwan Cario : Voilà, j'allais le dire.

Camille Gévaudan : Qui, depuis quelques années, dit que, quand même, selon la directive européenne numéro je ne sais plus combien, 2006/112/CE, sur la TVA, eh bien, la France devrait appliquer un taux de TVA normal à ses livres numériques, c’est-à-dire à 20 %, et non pas un taux réduit, c'est-à-dire à 5,5 %.

Erwan Cario : Dont bénéficient les libraires.

Camille Gévaudan : Dont bénéficient les livres papier. Et en fait, donc ça fait longtemps qu'ils ont déposé un genre de plainte, que je ne sais plus comment ça s'appelle, et la Cour de justice de l'Union européenne vient de trancher et lui a donné raison, à la Commission, donc effectivement elle demande de relever le taux de TVA pour les livres numériques. En fait, le truc c'est que, dans la directive, ce qui a droit à la TVA réduite, c'est une livraison de biens. La fourniture de livres est considérée comme une livraison de biens. Sauf que la question c'est « est-ce qu'un livre électronique est un bien ? » Eh bien non, la Cour de justice a dit que le livre numérique n'est pas un bien corporel, en fait, c'est plus un service parce que c'est dématérialisé. Et si tu essayes de leur dire « oui mais c'est sur un e-book, enfin sur une liseuse d'e-book, et donc, c'est quand même quelque chose que tu palpes », eh bien non, parce que ce n'est pas vendu avec l'e-book.

Erwan Cario : Et donc, bizarrement, les éditeurs ne sont pas contents.

Camille Gévaudan : Et donc les éditeurs ne sont pas contents. Mais, ce n'est pas grave.

Erwan Cario : On s'en fout.

Camille Gévaudan : Parce que, a priori, non mais c'est ça, a priori, ils ne sont pas obligés de réagir du jour au lendemain, il n'y a pas une astreinte qui commence là maintenant. Normalement, là maintenant, ils doivent prendre note qu'on leur a demandé de changer la TVA, et après, si on voit qu'il ne se passe rien, la Commission européenne peut engager une nouvelle procédure pour éventuellement donner une amende. Ça pourrait durer un an ou un an et demi, et l'amende ne serait même pas rétroactive. Donc en gros, il y a du temps pour ne rien faire et laisser traîner les choses. Et en plus, d'ici là, la situation aura peut-être changé, parce qu'il y a beaucoup de gens qui plaident pour un alignement de la TVA sur le livre numérique et le livre physique et le Syndicat National de l’Édition a justement lancé une grosse campagne ces derniers jours. Je ne sais pas s'ils ont fait exprès pour que ça tombe en même temps que la décision ou pas. Pour l'instant, il y a quatre pays qui sont opposés à l’alignement de la TVA réduite sur les deux types de livres, il y a la Bulgarie, le Danemark, L'Estonie et le Royaume-Uni. Le Royaume-Uni, en l'occurrence, eux ils n'ont pas de TVA du tout sur les livres et donc, ils n'ont pas très envie qu'on recommence à discuter de tout ça, qu'on remette à plat et qu'on harmonise, parce que ça ne serait pas bon pour eux.

Et donc, la campagne du Syndicat National de l’Édition, ça s'appelle « This is not a book », en français « CeciNEstPasUnLivre ». Ça consiste en un joli site avec beaucoup de couleurs. Et puis un gentil professeur qui nous montre, un joli professeur qui nous montre au tableau une grenouille et il dit « ça ce n'est pas un livre ». Après il montre un livre et il dit « ça c'est un livre ». Donc il joue sur l'humour et en prenant les gens pour des, enfin, en faisant semblant de prendre la Commission pour une idiote qui ne sait pas faire la différence, pour, en fait, demander aux internautes de prendre leurs propres photos des trucs qui sont des livres et des trucs qui ne sont pas des livres, et ensuite de harceler la Commission européenne sur Twitter en leur envoyant les photos, pour faire pression, pour se mettre le public de leur côté quoi.

Erwan Cario : J'ai comme l'intuition que ça marchera moins bien que certaines campagnes organisées par des activistes pour les libertés fondamentales, par exemple. Se battre pour la TVA réduite des livres électroniques, j'ai l'impression que ce n'est pas un combat, voila.

Camille Gévaudan : C'est un petit peu pointu, je ne sais pas si ça va suivre.

Adrienne Alix : Surtout que l'enjeu il est un peu ailleurs, enfin, si vous parlez des campagnes … autres.

Camille Gévaudan : Oui. On a l'avis de l'April qui est très intéressant là-dessus, donc l'April qui défend le Logiciel Libre, et qui arrive avec un argument auquel personne n'avait pensé quand ils faisaient leur petite campagne avec leurs photos, qui est qu'un livre numérique, la différence c'est quand même que c'est bourré de DRM, qui t’empêchent de le prêter, qui t’empêchent de le lire où tu veux, quand tu veux, autant de fois que tu veux, et que donc, ce n'est pas exactement pareil qu'un livre physique. Que donc, il n'y a pas de raison qu'on ait les mêmes droits, enfin que les livres numériques soient traités de la même façon, alors qu'on a moins de droits, avec un livre numérique.

Adrienne Alix : Si je peux me permettre, la question avait été posée à l'Assemblée Nationale l'année dernière, je crois, et effectivement, l'idée c’était de distinguer ce qui est un service, donc, si vous achetez un livre sur Amazon, en fait, on vous le prête. Amazon peut décider de le retirer, il l'a fait d'ailleurs. Parfois il garde le pouvoir sur ce que vous avez acheté, donc c'est bien un service. Et si vous achetez un livre sans DRM, pour le coup, c'est votre propriété, vous pouvez le donner, vous pouvez le prêter, vous pouvez en faire ce que vous voulez. Et donc la campagne de l'April joue sur cette distinction-là, et ça c'est assez intéressant. Des histoires de TVA, ça peut cacher aussi des questions de liberté d'usage qui sont vraiment importantes et intéressantes, pour le coup.

Erwan Cario : Et de fait, c'est surtout les discussions qui sont, justement sur les trucs à télécharger, blindés de DRM, que ce soit en streaming ou pas, notamment dans les jeux vidéo, il y avait toute une réflexion sur le fait de pouvoir prêter.

Adrienne Alix : Voilà.

Erwan Cario : De pouvoir revendre.

Adrienne Alix : Revendre.

Erwan Cario : Revendre en occasion ces jeux vidéos, et pour contrer ces demandes légitimes des consommateurs, tous les fournisseurs de services disent « oui, mais finalement ce n'est pas peut-être pas une vente, c'est un droit d'usage, un droit d'usage illimité », on va dire. Et donc, du coup, ce n'est pas une vente, donc, du coup, ce n'est pas un livre, c'est l'accès finalement. En fait, tant qu'il y a des DRM, on paye l'accès à un texte.

Adrienne Alix : Exactement. Et nos amis ayants droit sur Twitter se défendent en disant « ah non, mais on s'en fiche du support, ce qui est important c'est le contenu », alors que ce n'est pas vrai. On sait tous que ce n'est pas vrai. Ce qu'on a le droit de faire, ou pas, avec un livre est vachement important. C'est loin d’être inintéressant.

Camille Gévaudan : Précisément le contenu, le jour où on te le retire, tu ne l'as plus !

Adrienne Alix : Exactement.

Erwan Cario : Voilà. Et puis on achète aussi beaucoup les livres pour pouvoir les prêter une fois qu'on les a lus.

Adrienne Alix : Ou les offrir ou les donner.

Erwan Cario : Pour les offrir ou les donner. Et donc voilà. On va voir. On a douze à dix-huit mois pour voir comment ça se résout. Mais je ne sais pas, j'ai l'impression que ce ne sera un engouement populaire sur leur petite opération.

La virgule what the fuck, cette semaine…

Et si d'autres étoiles nous illuminaient ?

Camille Gévaudan : C'est Roskosmos, l'Agence fédérale russe qui a fait une vidéo qui montre à quoi ressemblerait la terre si on avait d'autres étoiles à la place du soleil. Donc ça, en l’occurrence, c’est Syrius, je crois, ça c'est c'est Arcturus, une super géante rouge. Et au début on avait le système Alpha du Centaure où, en fait, il y a trois étoiles qui se tournent l'une autour de l'autre. Avoir trois soleils dans le ciel, ça ferait super classe.

Erwan Cario : Ça ferait super classe, mais il ne ferait pas beaucoup nuit, non ?

Camille Gévaudan : Ah ben ça dépend s'ils se tournent…

Adrienne Alix : Ça dépend comment ils tournent.

Camille Gévaudan : Non, il n'y a pas de raison, parce qu'ils sont tous dans le même coin.

Erwan Cario : Ah ! Ils sont tous dans le même coin.

Camille Gévaudan : Oui.

Erwan Cario : Ah oui ! Ah, ce serait classe.

Camille Gévaudan : Ouais.

Erwan Cario : Ce n'est pas la planète Wink qui a deux soleils ?

Camille Gévaudan : Si. Ceci dit, si on mettait n'importe quelle autre étoile à la place du soleil, comme notre soleil est quand même très petit et que toutes les autres ont tendance à être plus grosses, on serait tous morts.

Erwan Cario : Ouais. Finalement

Camille Gévaudan : Donc c'est joli en vidéo comme ça sur YouTube.

Erwan Cario : Finalement non.

Le quartier libre

Erwan Cario : Donc, c’était il y a quelques mois, c’était en septembre dernier, Junker, de la Commission européenne a commencé à s'intéresser au sujet du droit d'auteur et à son harmonisation sur l'ensemble des pays européens, en matière de réglementation des Télécoms, etc., protection des données. Et il a confié ça à une jeune députée du Parti Pirate, et tu es là pour nous en parler, Adrienne.

Adrienne Alix : Oui, en fait la Commission européenne a mis la question du droit d'auteur parmi les questions prioritaires à régler pour les cinq ans qui viennent, et le Parlement européen a confié à Julia Reda,

Erwan Cario : J'ai révisé mon Europe, ça va.

Adrienne Alix : Oui, c'est super compliqué, qui est la seule députée Pirate, qui est une députée allemande, le soin de faire un rapport sur ce qu'il faudrait améliorer sur les questions de droit d'auteur. En fait, pour remettre ça un petit peu en perspective, ça fait suite à une consultation que la Commission européenne avait faite l'année dernière, fin 2013, début 2014, où ils avaient fait un grand questionnaire bien long et bien technocratique sur ce qu'il fallait améliorer en matière de droit d'auteur. Et ils avaient eu une surprise, que nous on va dire bonne, et qu'ils avaient trouvé plutôt mauvaise, qui est qu'il y a eu un très grand engouement citoyen pour répondre à cette consultation. Et notamment, la Quadrature du Net avait fourni pas mal d'éléments, d'analyses, d'aides pour répondre au questionnaire. Ils avaient eu plus de 11 000 réponses, dont une majorité de réponses de citoyens, à des consultations où, d'habitude, il y a quatre technocrates et lobbyistes qui se battent en duel.

Et du coup, Julia Reda, elle est partie de l'analyse de ces réponses, faite par la Commission, pour faire son rapport en disant « si on analyse un peu le résultat, dans la consultation il y a à la fois les ayants droit, les établissements publics, les gouvernements, les citoyens, enfin tout le monde a répondu, et puis il y a une grosse synthèse », elle est partie de là pour faire son rapport qui présente un certain nombre de points de constat, et puis, quelques propositions de réforme. Le rapport est assez court, en fait, je ne sais plus, il fait quelques pages et, en gros, il se base beaucoup sur les demandes des citoyens. Et les demandes des citoyens, dans la consultation de la Commission, c'est généraliser au niveau européen des exceptions au droit d'auteur qui ne sont que dans quelques pays.

Camille Gévaudan : Les exceptions c'est ?

Adrienne Alix : Ça peut être la liberté de panorama, par exemple, qu'on n'a pas en France. En France on n'a pas le droit de diffuser librement des photos de bâtiments qui sont encore soumis au droit d'auteur.

Camille Gévaudan : Même dans l'espace public ?

Adrienne Alix : Dans l'espace public, par exemple la Pyramide du Louvre, par exemple la Tour Eiffel la nuit, par exemple les tours de la Défense, on n'a pas le droit. Y compris si ça a été financé avec l'argent public, ça ne les dérange pas. On doit continuer à payer des droits d’auteur, alors que dans la quasi totalité des pays d'Europe, ça ne pose pas de problème. Et donc on se dit que ça n'a visiblement pas tué l'architecture contemporaine en Allemagne ou ailleurs, ou aux Pays-Bas. Donc voilà, c'est ce type d’exceptions-là, de dire ça c’était auparavant optionnel.

Camille Gévaudan : Il y a aussi les exceptions de droit de citation, droit de parodie ?

Adrienne Alix : Il y en a une qui est très intéressante, notamment pour la culture Internet, elle recommande d'étendre le droit de citation, donc c'est le droit qu’on a de prendre une partie d'un texte et de le réutiliser, à un droit de citation vidéo et audio, et GIF. Donc c'est super important, notamment pour toute la création, de remix, de mashup, etc., de pouvoir réutiliser ces matériaux-là. Très souvent, les youtubers voient leurs vidéos enlevées de YouTube par des demandes des ayants droit, parce qu'ils prennent des extraits de films, etc. Il y a d'autres questions: c'est tout ce qui est territorialisation, le « ce contenu n'est pas visible dans votre pays », qu'on connaît tous bien.

Camille Gévaudan : D'accord.

Adrienne Alix : Il y a un autre point sur le fait d'avoir le droit de faire un lien vers un contenu, y compris si ce contenu n'est pas tout à fait conforme, n'est pas conforme au droit. Il y a un autre point, je ne vais pas tous les citer, il y en un qui est vachement intéressant sur la possibilité, pour les bibliothèques, de prêter des livres numériques, on revient dessus, de manière beaucoup plus libre et sans contrainte de territorialisation. Donc ça, ce sont des points en fait, qui ne révolutionnent pas l'intégralité du droit d'auteur.

Erwan Cario : C'est juste une sorte de mise à jour du droit d’auteur à aujourd'hui.

Adrienne Alix : Voilà. C'est une mise à jour, partant des usages, assez modérée, reconnaissant l'importance de la rémunération des créateurs, etc.

Camille Gévaudan : Il y a aussi un truc sur les DRM, non, sur l'inter … l’interopérabilité.

Adrienne Alix : L'interopérabilité, le fait de pouvoir lire un contenu indépendamment de la plate-forme sur laquelle on l'a acheté. Typiquement forcer les iTunes, etc., à être beaucoup plus compatibles avec d’autres plate-formes. C'est vraiment une prise en compte assez forte des attentes. Et alors la réaction a été, avant même qu'elle ait publié son rapport, la réaction a été vraiment super violente de la part à la fois des ayants droit et des gouvernements.

Camille Gévaudan : Le problème c'est qu'elle a vingt-huit ans.

Adrienne Alix : Ouais. Qu'elle est pirate.

Camille Gévaudan : Qu'elle est pirate et elle n'a pas dit je fais du piratage, elle est juste dans un parti qui s'appelle le Parti Pirate et ça suffit pour déchaîner les foules.

Adrienne Alix : Oui.

Camille Gévaudan : On a notre propre ministre de la Culture, Fleur Pellerin, qui disait, où est-ce que je l'ai mise ?

Erwan Cario : « Je ne suis pas certaine que ce soit le meilleur moyen de favoriser une réflexion sereine. »

Adrienne Alix : Voilà, ce qui est quand même, avant même.

Camille Gévaudan : Elle est députée, quoi, ça va. Elle a été élue.

Adrienne Alix : Voilà. Et Fleur Pellerin a dit ça avant même d'avoir lu le rapport.

Camille Gévaudan : Oui, c'est ça. C’était juste à l'annonce.

Adrienne Alix : À l'annonce du fait qu'elle allait prendre en charge ce rapport.

Camille Gévaudan : Que c’était elle qui allait s'en occuper.

Adrienne Alix : Donc c'est quand même, il y a un mépris de son travail, elle a eu des réactions assez violentes de la part des ayants droit qui disent « ouais c'est n'importe quoi ! On donne ça aux pirates, etc. »

Erwan Cario : On peut rappeler qu'elle a été élue quand même.

Adrienne Alix : Elle a été élue.

Camille Gévaudan : Je peux citer quelques réactions. Alors le SNAC, Syndicat National des Auteurs et Compositeurs, je cite « l’Europe ne doit pas tuer ses créateurs », ce qui est donc apparemment le but du rapport Reda !

Adrienne Alix : Ouais, c'est juste.

Camille Gévaudan : Petitgirard, président du Conseil d'administration de la SACEM, les auteurs compositeurs et éditeurs de musique estiment que la Commission européenne, avec ce rapport confié à Reda, a pour objectif numéro un la destruction du droit d'auteur. Sans aucun doute ! La Société des Auteurs et Compositeurs dramatiques, la SACD, trouve que c'est un projet déséquilibré, qui véhicule une idéologie anti droits d'auteur, porté par les partenaires d'un Internet sans règles. Celui-là, je l'aide !

Adrienne Alix : On a toujours la grande question du Far West, de l'Internet pas civilisé, etc.

Camille Gévaudan : La zone de non droit.

Erwan Cario : En fait, ça saute un peu à la gueule. En fait, finalement, les ayants droit ce sont des trolls ! Non, mais c’est vrai.

Adrienne Alix : Disons qu'ils réagissent de manière automatique. Et là, par exemple, on a vu, le rapport a été présenté dans les premières commissions internes au Parlement européen et il a été absolument démoli, à coups d'amendements, par les autres partis ou par des députés d'autres partis, où on voit des amendements qui sont quasiment copiés-collés, donc bien fournis par les lobbies, et qui, à coups de petits changements de phrases, sont en train de détruire tout l'esprit de ce rapport, en considérant que ça ne peut pas être voté comme ça, et que c'est quand même inadmissible de prendre en compte les attentes des citoyens. Pour nous c’est important.

Erwan Cario : J'ai quand même toujours un peu de mal avec cette notion de gens élus.

Adrienne Alix : En fait, on oppose les créateurs et les citoyens.

Erwan Cario : Comme toujours !

Adrienne Alix : Et, en fait, voilà, comme d'habitude les sociétés de gestion de droits et les différents lobbies se mettent à la place, parlent au nom des créateurs et opposent de manière, à notre sens, complètement artificielle, créateurs et citoyens.

Erwan Cario : Et surtout, voilà, on est en 2015, et on sait très bien que la musique a disparu à cause d'Internet, par exemple.

Adrienne Alix : Exactement, qu'il n'y a plus de création, qu'il n'y a plus rien.

Erwan Cario : Ça va fait quand même juste de vingt ans qu'ils disent ça, et voilà, il y en a toujours.

Adrienne Alix : Ouais. Mais, du coup, nous on va faire campagne. Donc il va y avoir plusieurs étapes de vote dans différentes commissions du Parlement européen et on va faire campagne, on espère, avec les citoyens et avec les créateurs, pour que ce rapport soit au maximum sauvé, sachant que, encore une fois, il n'est pas du tout révolutionnaire. Et même, par exemple, il est beaucoup plus sage que ce qu'on peut proposer à la Quadrature en matière de réforme du droit d'auteur.

Erwan Cario : D'ailleurs elle s'est faite tacler notamment par Amelia Andersdotter.

Adrienne Alix : Sa prédécesseur, Andersdotter.

Camille Gévaudan : L'euro députée suédoise.

Erwan Cario : Suédoise, dans la mandature précédente, qui juge ce rapport tellement frileux qu'il aurait pu être écrit par Angela Merkel.

Camille Gévaudan : Une insulte quoi !

Erwan Cario : C'est quand même dommage, c'est-à-dire qu'on a une pirate qui fait un rapport, finalement qui fait ce qu'on lui demande, c'est-à-dire juste moderniser le droit d'auteur, ce n'est pas le supprimer, ce n'est pas le révolutionner, c'est moderniser le droit d'auteur, le mettre à jour, finalement et, du coup, elle se fait, elle prend des missiles de partout.

Adrienne Alix : Oui ! Pour nous, en fait, il faudrait qu'il y ait quelques mesures qui soient adoptées, des mesures qui soient un peu plus que symboliques, quand même, mais pour le symbole aussi, c'est vraiment important qu'il reste des chose de ce rapport.

Camille Gévaudan : D'accord. Mais alors, dans les soutiens, en plus, on a non seulement les bibliothécaires et archivistes, mais aussi des groupements de grands noms de l'informatique ou de l'Internet comme Digital Europe, ça c'est Apple, Dell, Samsung et compagnie, ou l'ASIC, l'Association des Sites (Services) Internet Communautaires, Microsoft, Google, Facebook, Dailymotion, Deezer, PriceMinister, Yahoo, Spotify. On ne peut pas dire que ça soit de dangereux rebelles qui soutiennent le rapport.

Adrienne Alix : Eh bien non ! Après oui, parce qu'on est entre les hébergeurs de contenus qui savent bien, aussi, ce qu'ils ont à faire.

Camille Gévaudan : Où est leur intérêt.

Adrienne Alix : Où est leur intérêt. Et puis les associations comme l'April, comme la Quadrature du Net, etc., où pour nous c'est plus une question de fond sur ce qu'on a le droit de faire ou de ne pas faire avec la création. Mais oui, on est quand même assez nombreux à soutenir ce rapport.

Erwan Cario : Et la tendance ? Vu que vous, vous connaissez un petit peu les rouages du Parlement européen et tout ça, il y a une chance que ça passe ou finalement, en termes de partis, qui a pris position contre ?

Adrienne Alix : Alors, elle, Julia Reda, elle siège avec le groupe des Verts. Globalement les Verts, alors pas forcément tous, mais au Parlement européen il y a une culture du consensus, donc c'est pour ça qu'il y a beaucoup d'amendements, après les amendements sont regroupés, etc. Les Verts, probablement, ne vont pas mal aller de son côté. Le Parti Populaire Européen, donc globalement la droite, est vent debout contre. Les socialistes sont extrêmement partagés, mais plutôt contre, et après il reste les centristes. Et côté centristes, alors les centristes français, malheureusement, on a vu Jean-Marie Cavada qui préside la commission sur cette question, enfin qui a été absolument odieux avec Julia Reda, s'attaquant à son âge, etc. Mais bon, il y a d'autres centristes d'autres pays, notamment des Pays-Bas, qui sont beaucoup plus ouverts. Je pense que jamais, de toutes façons il ne sera pas adopté en l'état, ce n'est jamais le cas dans ce genre de rapport. Maintenant, il faut essayer, en soutenant certaines dispositions. Là, ce qu'on est en train de faire nous, c'est d'analyser les amendements, on va publier ce qui nous semble bon, ce qui nous semble à soutenir, ce qui nous semble à rejeter, et puis après on va faire la Quadrature ! On va faire une campagne citoyenne. On a pas mal de YouTubers qui sont en train de préparer une vidéo de soutien pour expliquer pourquoi eux, en tant que créateurs Internet, ils vont soutenir ce rapport, et puis nous on va lancer une < a href="http://www.laquadrature.net/fr/les-eurodeputes-doivent-soutenir-le-rapport-reda-sur-la-reforme-du-droit-dauteur">campagne, probablement avec du piphone, comme d’habitude, pour le soutenir. Sachant que ce rapport est consultatif, c'est-à-dire que ce n'est pas quelque chose qui va être directement mis dans le droit. Par contre, s'il est bien soutenu par le Parlement, il peut ensuite être repris comme base pour la Commission, qui, de toute façon, veut s'attaquer à cette question, comme base de travail, pour la suite.

Camille Gévaudan : Et alors, rapidement, il y a un autre rapport en ce moment ? C'est un genre d'anti rapport Reda.

Adrienne Alix : Oui, il y a un autre rapport. Voilà. En fait, c'est un rapport qui s'appelle le rapport Svoboda, du nom d'un député autrichien, et qui lui, a été publié super tard, alors qu'en fait il est prêt depuis novembre/décembre, mais il n’était pas sur le site, et qui, pour le coup, c'est vraiment l'anti rapport Reda. C'est-à-dire que ça traite beaucoup plus globalement de propriété intellectuelle, et c'est la mise en application de tout ce qu'on dénonce, de tout ce qu'il y a dans les préconisations de Mireille Imbert-Quaretta sur l'HADOPI, c'est-à-dire pénaliser les intermédiaires techniques, les forcer à faire la police eux-mêmes sur leurs contenus, assécher les finances des sites qui font de la contrefaçon commerciale, machin. Et notamment, il y a un truc qui, pour nous est vraiment embêtant, c'est qu'il n'y a pas de différence entre la contrefaçon, donc c'est le nom sage pour tout ce qui est partage ou piratage, etc., il n'y a pas de différence entre ce qui est partagé de manière non commerciale, ou de manière commerciale. Entre les Megaupload, etc., qui se faisaient pas mal d'argent et des sites de partage qui ne font pas d'argent. Donc, ça c’est un peu inquiétant. Et ce rapport Svoboda porte vraiment la marque de tout ce qui est anti partage, c'est vraiment l'anti rapport Reda par excellence.

Erwan Cario : Et celui-là il aurait des chances de passer ?

Adrienne Alix : Celui-là, il a commencé à être étudié dans les commissions, et il passe sans soucis.

Camille Gévaudan : Est-ce qu'on peut mettre Svoboda et Reda sur un ring et prendre des popcorns ?

Adrienne Alix : Soupire. Il est un peu costaud le monsieur.

Camille Gévaudan : Ah merde, non mais en fait.

Erwan Cario : Non. Les soutiens populaires de Reda, contre les soutiens populaires de Svoboda, ça serait mieux.

Camille Gévaudan : Tu as raison, c'est mieux.

Erwan Cario : Merci Adrienne.

Adrienne Alix : Mais de rien.

Erwan Cario : On reparlera forcément. Le vote c'est mi-avril au Parlement européen ? On ne sait pas ?

Adrienne Alix : Mi-avril dans les premières commissions, et au mois de mai en plénière. Mais, de toute façon, en gros, il faut un peu suivre ce qu'on appelle à faire et d'ici quelques jours, on va commencer à lancer la campagne.

Erwan Cario : On suivra ça, et puis on rappellera ça dans le 56 Kast. Merci donc sur ce sujet. Toute autre chose, un requin, mais celui de gauche, dans « Le potager du web »

Musique

Camille Gévaudan : C’était début février, lors de la mondialement célèbre mi-temps du Super Bowl. Le Super Bowl c'est la finale du championnat de football américain, dont on se fiche tous, ici.

Erwan Cario : Pas du tout. Non, tu ne peux pas dire ça, attends. Mais bon, on continue. Pardon.

Camille Gévaudan : Je fais comme si je n'avais rien entendu. Et, à la mi-temps c'est toujours un grand moment parce qu'il y a des super pubs à la télé, ouais, super, et des super concerts sur place, avec des super chanteurs, super connus, et, cette année, on a eu un spectacle pyrotechnique de Katy Perry accompagné de requins et des grosses balles avec des yeux et une bouche, et des palmiers avec des yeux et une bouche.

Vidéo

Erwan Cario : Super. Et donc, vous avez vu des trucs.

Camille Gévaudan : Et donc, c’était un petit peu gênant, et tout le monde a flashé sur les requins, mais c'est vrai que les balles, elles valaient le coup aussi. Mais les requins ont eu un succès énorme, et surtout le requin de gauche. Alors pourquoi le requin de gauche ? Essayez de comprendre.

Vidéo

Adrienne Alix : Il est bourré le requin de gauche. Non ?

Rires

Erwan Cario : Déchiré.

Camille Gévaudan : Alors moi, personnellement, je ne trouve pas beaucoup plus ridicule l'un ou l'autre.

Erwan Cario : Ça se joue sur l'epsilon.

Camille Gévaudan : L'epsilon ! Quoi ?

Erwan Cario : Non, pardon, rien.

Adrienne Alix : Il a fait des maths.

Camille Gévaudan : Mais la majorité des gens ont l'air de trouver que le requin de gauche, à un moment, a complètement perdu la synchronisation de la danse, et a commencé à faire n'importe quoi dans son coin, et donc c'est devenu la star des deux, et c’est devenu un mème, à lui tout seul, qu'on appelle left shark, donc le requin de gauche, tout le monde voit de quoi on parle. Il y a même des gens qui se sont amusés à écrire son journal intime en ligne. Et après on se demande qui est bourré.

Erwan Cario : Internet !

Camille Gévaudan : Ce n'est pas le requin. Oui, voilà. Alors qu'est-ce qui s'est passé sur Internet. C'est difficile à raconter. D'abord, il y a eu une sorte d'énorme chasse, enfin un jeu de piste géant, où tous les gens ont cherché des indices pour savoir qui était sous les costumes des requins. Est-ce que c'était des stars déguisées en requins, est-ce que c'était juste des danseurs anonymes, est-ce que c’était des internautes qui avaient été tirés au sort sur une planète lointaine ?

Erwan Cario : Ah ça aurait été bien ça !

Camille Gévaudan : Toutes les possibilités étaient ouvertes. Un internaute a même prétendu avoir fait un match, sur Tinder, avec l'un des requins, et les gens y ont un petit peu cru. Mais, finalement , la vérité c'est qu'ils s'appellent Bryan Gow et Scott Myrick, et ce sont juste des danseurs de la tournée de Katy Perry.

Adrienne Alix : Je croyais que c’était Svoboda et Reda.

Camille Gévaudan : Oh ç'aurait été bien ! Alors après, du coup, comme c’était les plus grandes stars de la semaine, Scott Myrick, qui est le requin de droite, ce qui est dommage, parce qu'on aurait plutôt voulu le requin de gauche, a fait un AMA sur Reddit, un A,M,A, vous savez ce que c'est Ask Me Anything.

Erwan Cario : Ask Me Anything.

Camille Gévaudan : Donc « posez moi toutes les questions que vous voulez, je suis le requin de droite, j'ai plein de choses à raconter sur ma vie ». Et donc il nous a appris des choses très intéressantes, comme le fait qu'il avait seulement 90 secondes pour enfiler son costume de requin avant le spectacle, mais oui. Ou qu'il ne voyait tellement rien, qu'à un moment il est rentré dans un palmier, mais heureusement, il n’était pas filmé à ce moment-là, donc personne s'en est rendu compte. Donc voilà, j'espère que vous dormirez moins bêtes ce soir.

Erwan Cario : Tout à fait.

Camille Gévaudan : C'est devenu une telle star qu'il y a des gens qui en ont fait un modèle 3D à imprimer sur une imprimante 3D.

Erwan Cario : C'est bien !

Camille Gévaudan : Sur ta cheminée ! Le left shark ! Quand même quoi !

Erwan Cario : Mais oui !

Camille Gévaudan : C'est left shark, quand même. Et les avocats de Katy Perry ont demandé à ce Fernando Sosa de retirer son modèle 3D, parce que c'est eux qui avaient les droits pour le requin de gauche.

Erwan Cario : Oh, ça c'est laid.

Adrienne Alix : Ça c'est Internet aussi, mais dans ce qu'on n'aime pas.

Erwan Cario : Est-ce que Reda va protéger ce requin ?

Adrienne Alix : Je ne sais pas.

Camille Gévaudan : Comme, du coup, ils se sont rendu compte qu'il y avait une certaine demande sur l'image de ces requins et qu'ils ne pouvaient pas juste demander à retirer les images sans donner autre chose en échange, Katy Perry vend maintenant, sur son site officiel, oui messieurs dames, le costume du requin de gauche, à 130 dollars !

Erwan Cario : C'est laid.

Adrienne Alix : Oh ! C'est effrayant.

Camille Gévaudan : Voilà.

Erwan Cario : Normalement, le potager du web, c'est la joie et la bonne humeur.

Adrienne Alix : Mais tu te rends compte qu'au final, ça termine toujours pareil.

Erwan Cario : Ouais.

Camille Gévaudan : En même temps c'est né d'un Super Bowl.

Erwan Cario : Oui, c'est vrai. Non, parce que Super Bowl a fait le spectacle, le mème est né sur Internet. Ce sont des gens qui en ont fait un mème.

Camille Gévaudan : Je ne sais pas, en même temps, il y avait une sorte de bad karma tu vois !

Erwan Cario : Oui, peut-être. Si on avait eu le temps, on aurait parlé des deux ateliers de Wikipédia, où tu est allée, Camille.

Camille Gévaudan : Ouais, j'ai fait exprès de ne pas avoir le temps d'en parler, parce qu'il n'y a pas grand-chose à dire. En fait il fallait y être. Il y avait deux trucs samedi dernier, il y en avait un à la Cité des Sciences, à la Villette, à Paris, sur le thème « Femmes de science », où les gens étaient invités à éditer des fiches Wikipédia de femmes de science. Parce que, d'abord, il n'y a pas assez de femmes sur les fiches Wikipédia et puis, en plus, il n'y a pas assez de filles qui éditent Wikipédia, donc c’était marrant. Et il y avait, en même temps, à la fondation des Galeries Lafayette, un « éditathon », pareil, sur les femmes d'art et de la culture, et le féminisme. Et pareil, avec plein de filles qui éditaient Wikipédia, sur des fiches de filles, et c'était cool aussi. Et, il y a une sorte de méga combo en ce moment, puisque, si ça vous intéresse aussi de faire un marathon Wikipédia, le week-end qui vient, au quai Branly à Paris, à la médiathèque du musée, samedi et dimanche de 11 heures 30 à 18 heures, on peut faire ça sur l'ethnologie.

Erwan Cario : Et bien voilà, vous savez quoi faire ce week-end du coup, formidable. C'est fini pour cette semaine. Nous, on se retrouve. Merci Adrienne Alix de la Quadrature du Net de nous avoir accompagnés dans ce cinquantième 56 Kast et nous on se retrouve la semaine prochaine.

Camille Gévaudan : Oui.

Erwan Cario : Oui. Sur Libération et sur Nolife, bien sûr. Ciao.

Camille Gévaudan : Non, il n'y a pas de ciao ! Et les poils ?

Erwan Cario : Et les poils !

À poils

Camille Gévaudan : Les poils, c'est quand même super important, parce que là je n'ai pas pris n'importe quelle vidéo. C'est le YouTuber français « Parole de chat », dont je suis la fan numéro un. Son job consiste à repérer les vidéos sur YouTube avec des chats bavards. Il faut qu'ils ouvrent beaucoup la bouche, parce qu'après il invente les dialogues du chat, et il refait la bande son par dessus, et il republie sur son compte. Et c'est comme ça qu'il a produit des chefs d’œuvre que vous avez forcément vu, du genre les chats qui font patte patte, là comme ça et fait « dansons la capucine » ou les chats ninjas et sa dernière vidéo en date, s'appelle « le tableau ». C'est l'histoire d'un chat qui veut accrocher un tableau au mur.

Chat : Vas-y !

Voix off : Je le mets là ?

Chat : Attends.

Voix off : Oui.

Chat : Mets-le un peu plus à droite.

Voix off : Là.

Chat : Ouais, c'est bien.

Voix off : OK, J'y vais hein ! Quand même, avant que je plante le clou, est-ce que Van Gogh, sur a porte des cabinets, c'est vraiment une bonne idée ?

Chat : Oui.

Voix off : Non, parce que je ne sais pas moi. À la place on pourrait mettre un portrait d'Antoine Daniel, par exemple.

Chat : Vas-y !

Voix off : Toi, quand t'as une idée dans la tête. Bon, bah allons-y. Faisons confiance au feng shui. Et un, et deux, et trois. Et voilà le travail. Ça ne rend pas si mal en fait.

Chat : Mets-le plus à droite, s'il te plaît.

Voix off : Je ne peux plus là.

Chat : Quoi ?

Voix off : Ben oui, j'ai planté le clou.

Erwan Cario : Très, très bien.

Camille Gévaudan : Il faut voir la version longue.

Erwan Cario : Félicitations à « Parole de chat ». Donc, cette fois-ci c'est la bonne. Ciao, à la semaine prochaine sur Libération et sur Nolife. Ciao.

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TVA des e-books. Députée pirate - 56Kast mars 2015  Voir?


Erwan et Camille

Présentation

Titre : La TVA des e-books, et la députée pirate face au requin de gauche -
Intervenants : Adrienne Alix - Erwan Cario - Camille Gévaudan
Lieu : Émission 56 Kast
Date : Mars 2015
Durée : 32 min 30
Licence : Verbatim
Lien vers la vidéo : page de l'émission.

Transcription

Libération et Nolife présentent 56Kast

Erwan Cario : Bienvenue dans le 56 Kast, le cinquantième, hou ! Cinquantième du nom, cinquantième du nom. C'est bon.

Camille Gévaudan : Je n'ai pas fait de gâteau !

Erwan Cario : Et des cotillons ?

Camille Gévaudan : Non ! Non plus !

Erwan Cario : Non plus ! On va parler cette semaine du rapport Reda sur le droit d'auteur à la Commission, alors à l'Europe, ou l'Europe d'une manière générale, parce que je ne sais jamais… Parlement… Parlement européen. Elle fait exprès de rire pour commencer, excusez-moi, aujourd'hui, ce n'est pas très sérieux.

Camille Gévaudan : Carte de presse !

Erwan Cario : Avec Adrienne Alix de la Quadrature du Net.

Adrienne Alix : Bonjour.

Erwan Cario : Bonjour Adrienne. Et on parlera aussi du livre numérique et d'un requin, mais celui de gauche. Voilà. C'est important.

Camille Gévaudan : C'est vachement bien.

Erwan Cario : Ça va. Bonjour Camille.

Camille Gévaudan : Bonjour.

Erwan Cario : Et de quoi on ne va pas parler ?

Camille Gévaudan : On ne va pas parler de la chaîne américaine HBO, qui, selon le Business Times, prépare un service de streaming en partenariat avec Apple. L'un s’occuperait de la technique et l'autre des contenus. Je vous laisse deviner lequel. En fait ce serait un Netflix avec du Game of Thronesdedans, si je comprends bien.

Erwan Cario : D'accord.

Camille Gévaudan : Parce que présenté comme ça on comprend mieux.

Erwan Cario : Il n'y a pas de Game of Thronesdans Netflix ?

Camille Gévaudan : Ben non.

Erwan Cario : Ah, d'accord. Mais il n'y aurait que Game of Thrones, en fait.

Camille Gévaudan : Et peut-être bien que ça sortirait avant la Saison 5.

Erwan Cario : Oh ! Et ça s'appellera « HBO Now ».

Camille Gévaudan : Et les gens vont s'abonner en se disant « je m'abonne juste pour la saison Game of Thrones » et puis après ils vont rester abonnés. Ce n'est pas mal comme ça. C'est génial.

Erwan Cario : Ah ouais, c'est bien. Le contrôleur de sommeil Aura va bientôt pouvoir

Fou rire

Camille Gévaudan : Je suis désolée, la phrase n'est pas finie sur la feuille.

Erwan Cario : Ah ! Qu'est-ce qu'il y a ?

Camille Gévaudan : La phrase n'est pas finie.

Erwan Cario : Mais il pourra bientôt communiquer. Alors ça s'est arrêté là, mais communiquer. Eh bien oui, parce que moi, j'ai mes notes s’arrêtent là, mais communiquer avec les appareils Nest. Voilà.

Camille Gévaudan : Les thermostats de Google.

Erwan Cario : Les thermostats de Google.

Camille Gévaudan : Comme ça, quand le détecteur de sommeil sait que tu dors, il dit au thermostat de baisser la température.

Erwan Cario : Qui va communiquer avec Apple et ta chaîne « HBO Now » pour te lancer Game of Thrones.

Camille Gévaudan : Non parce que tu dors.

Erwan Cario : Ah oui, voilà c'est ça. Suivant. C'est compliqué. On va y arriver

Camille Gévaudan : On va y arriver. La machine à imprimer les crêpes qui s'appelle…

Adrienne Alix : Ah ça c'est vachement plus important.

Camille Gévaudan : Qui s'appelle le PancakeBot, a atteint son objectif de 50 000 dollars sur Kickstarter. Donc c'est trop tard, vous n'en avez pas.

Erwan Cario : Et tu n'as pas ?

Camille Gévaudan : Ben non, je ne savais pas.

Erwan Cario : Apple, toujours lui, a dévoilé cette semaine, là il y a quelques jours sa montre connectée. Mais ce n'est pas un truc… ?

Adrienne Alix : Ça n'existait pas déjà.

Camille Gévaudan : Je sais que j'ai fait le live de la keynote il y a six mois déjà sur la montre connectée.

Erwan Cario : En septembre, ah c'est ça.

Camille Gévaudan : Je ne comprends pas pourquoi ça remet ça.

Erwan Cario : En fait, ils doublonnent, pour être sûrs que tout le monde mémorise qu'il y a un truc à surtout ne pas acheter.

Camille Gévaudan : Oui, au cas où on n'avait pas compris Le prochain smartphone Nexus de Google, et il pourrait y en avoir deux. L'un construit par LG, comme le dernier, le numéro 5, et l'autre, moins cher, construit par Huawei, le constructeur chinois.

Erwan Cario : Et donc, ça c'est la news, pour dire qu'on ne parlera pas du MWC, qui s'est tenu à Barcelone. Voilà.

Camille Gévaudan : Le Mobile World Congress.

Erwan Cario : C'est ça.

Camille Gévaudan : Oui c’est ça.

Erwan Cario : Pour la première fois, le nombre de foyers français équipés en ADSL a baissé.

Adrienne Alix : Tant mieux.

Erwan Cario : Et oui, et oui, mais les abonnements Internet par fibre ont, eux, progressé de 67 %. Ceci expliquant, heureusement, cela.

Camille Gévaudan : Et la traditionnelle non news dont on n'a lu que le titre et on n'a pas compris.

Erwan Cario : Alors lis bien !

Camille Gévaudan : U 3 V y c H J p c 2 U =

Adrienne Alix : Ça fait un bon de mode passe sécurisé, cela dit.

Camille Gévaudan : Exactement !

Erwan Cario : Mais plus maintenant !

Camille Gévaudan : Et c’était le contenu de l'invitation envoyée par Free aux journalistes pour la conférence qu'ils ont fait cette semaine. Et, en fait, codé en base 64, ça veut dire « surprise ». C'est super intéressant et la surprise c’était une box, ce qui est super intéressant.

Erwan Cario : Voilà. Ça veut dire que, peut-être en base 64, une surprise n'en est plus une, pour le coup, la mini box 4 K, c'est ça ? La 4 K Free box, mini Free box.

Camille Gévaudan : Oui parce que tout le monde a des films en 4 K à regarder chez lui.

Erwan Cario : Oui, tout le monde, pas à la télé mais il y a les films. On passe à l'actu.

ACTU

Camille Gévaudan : L'actu c'est donc, alors Erwan, qui c'est qui n'est pas satisfait de la politique française en matière de TVA sur les livres numériques ? A) le Parlement européen ; B) la Commission européenne ; C) le Conseil de l’Europe ; D) le Conseil européen ?

Erwan Cario : Je peux avoir un indice ? C'est à Bruxelles ou à Strasbourg ?

Adrienne Alix : Attention, parce que le Parlement européen, il est parfois à Bruxelles et parfois à Strasbourg.

Camille Gévaudan : C'est la Commission européenne.

Erwan Cario : Voilà, j'allais le dire.

Camille Gévaudan : Qui, depuis quelques années, dit que, quand même, selon la directive européenne numéro je ne sais plus combien, 2006/112/CE, sur la TVA, eh bien, la France devrait appliquer un taux de TVA normal à ses livres numériques, c’est-à-dire à 20 %, et non pas un taux réduit, c'est-à-dire à 5,5 %.

Erwan Cario : Dont bénéficient les libraires.

Camille Gévaudan : Dont bénéficient les livres papier. Et en fait, donc ça fait longtemps qu'ils ont déposé un genre de plainte, que je ne sais plus comment ça s'appelle, et la Cour de justice de l'Union européenne vient de trancher et lui a donné raison, à la Commission, donc effectivement elle demande de relever le taux de TVA pour les livres numériques. En fait, le truc c'est que, dans la directive, ce qui a droit à la TVA réduite, c'est une livraison de biens. La fourniture de livres est considérée comme une livraison de biens. Sauf que la question c'est « est-ce qu'un livre électronique est un bien ? » Eh bien non, la Cour de justice a dit que le livre numérique n'est pas un bien corporel, en fait, c'est plus un service parce que c'est dématérialisé. Et si tu essayes de leur dire « oui mais c'est sur un e-book, enfin sur une liseuse d'e-book, et donc, c'est quand même quelque chose que tu palpes », eh bien non, parce que ce n'est pas vendu avec l'e-book.

Erwan Cario : Et donc, bizarrement, les éditeurs ne sont pas contents.

Camille Gévaudan : Et donc les éditeurs ne sont pas contents. Mais, ce n'est pas grave.

Erwan Cario : On s'en fout.

Camille Gévaudan : Parce que, a priori, non mais c'est ça, a priori, ils ne sont pas obligés de réagir du jour au lendemain, il n'y a pas une astreinte qui commence là maintenant. Normalement, là maintenant, ils doivent prendre note qu'on leur a demandé de changer la TVA, et après, si on voit qu'il ne se passe rien, la Commission européenne peut engager une nouvelle procédure pour éventuellement donner une amende. Ça pourrait durer un an ou un an et demi, et l'amende ne serait même pas rétroactive. Donc en gros, il y a du temps pour ne rien faire et laisser traîner les choses. Et en plus, d'ici là, la situation aura peut-être changé, parce qu'il y a beaucoup de gens qui plaident pour un alignement de la TVA sur le livre numérique et le livre physique et le Syndicat National de l’Édition a justement lancé une grosse campagne ces derniers jours. Je ne sais pas s'ils ont fait exprès pour que ça tombe en même temps que la décision ou pas. Pour l'instant, il y a quatre pays qui sont opposés à l’alignement de la TVA réduite sur les deux types de livres, il y a la Bulgarie, le Danemark, L'Estonie et le Royaume-Uni. Le Royaume-Uni, en l'occurrence, eux ils n'ont pas de TVA du tout sur les livres et donc, ils n'ont pas très envie qu'on recommence à discuter de tout ça, qu'on remette à plat et qu'on harmonise, parce que ça ne serait pas bon pour eux.

Et donc, la campagne du Syndicat National de l’Édition, ça s'appelle « This is not a book », en français « CeciNEstPasUnLivre ». Ça consiste en un joli site avec beaucoup de couleurs. Et puis un gentil professeur qui nous montre, un joli professeur qui nous montre au tableau une grenouille et il dit « ça ce n'est pas un livre ». Après il montre un livre et il dit « ça c'est un livre ». Donc il joue sur l'humour et en prenant les gens pour des, enfin, en faisant semblant de prendre la Commission pour une idiote qui ne sait pas faire la différence, pour, en fait, demander aux internautes de prendre leurs propres photos des trucs qui sont des livres et des trucs qui ne sont pas des livres, et ensuite de harceler la Commission européenne sur Twitter en leur envoyant les photos, pour faire pression, pour se mettre le public de leur côté quoi.

Erwan Cario : J'ai comme l'intuition que ça marchera moins bien que certaines campagnes organisées par des activistes pour les libertés fondamentales, par exemple. Se battre pour la TVA réduite des livres électroniques, j'ai l'impression que ce n'est pas un combat, voila.

Camille Gévaudan : C'est un petit peu pointu, je ne sais pas si ça va suivre.

Adrienne Alix : Surtout que l'enjeu il est un peu ailleurs, enfin, si vous parlez des campagnes … autres.

Camille Gévaudan : Oui. On a l'avis de l'April qui est très intéressant là-dessus, donc l'April qui défend le Logiciel Libre, et qui arrive avec un argument auquel personne n'avait pensé quand ils faisaient leur petite campagne avec leurs photos, qui est qu'un livre numérique, la différence c'est quand même que c'est bourré de DRM, qui t’empêchent de le prêter, qui t’empêchent de le lire où tu veux, quand tu veux, autant de fois que tu veux, et que donc, ce n'est pas exactement pareil qu'un livre physique. Que donc, il n'y a pas de raison qu'on ait les mêmes droits, enfin que les livres numériques soient traités de la même façon, alors qu'on a moins de droits, avec un livre numérique.

Adrienne Alix : Si je peux me permettre, la question avait été posée à l'Assemblée Nationale l'année dernière, je crois, et effectivement, l'idée c’était de distinguer ce qui est un service, donc, si vous achetez un livre sur Amazon, en fait, on vous le prête. Amazon peut décider de le retirer, il l'a fait d'ailleurs. Parfois il garde le pouvoir sur ce que vous avez acheté, donc c'est bien un service. Et si vous achetez un livre sans DRM, pour le coup, c'est votre propriété, vous pouvez le donner, vous pouvez le prêter, vous pouvez en faire ce que vous voulez. Et donc la campagne de l'April joue sur cette distinction-là, et ça c'est assez intéressant. Des histoires de TVA, ça peut cacher aussi des questions de liberté d'usage qui sont vraiment importantes et intéressantes, pour le coup.

Erwan Cario : Et de fait, c'est surtout les discussions qui sont, justement sur les trucs à télécharger, blindés de DRM, que ce soit en streaming ou pas, notamment dans les jeux vidéo, il y avait toute une réflexion sur le fait de pouvoir prêter.

Adrienne Alix : Voilà.

Erwan Cario : De pouvoir revendre.

Adrienne Alix : Revendre.

Erwan Cario : Revendre en occasion ces jeux vidéos, et pour contrer ces demandes légitimes des consommateurs, tous les fournisseurs de services disent « oui, mais finalement ce n'est pas peut-être pas une vente, c'est un droit d'usage, un droit d'usage illimité », on va dire. Et donc, du coup, ce n'est pas une vente, donc, du coup, ce n'est pas un livre, c'est l'accès finalement. En fait, tant qu'il y a des DRM, on paye l'accès à un texte.

Adrienne Alix : Exactement. Et nos amis ayants droit sur Twitter se défendent en disant « ah non, mais on s'en fiche du support, ce qui est important c'est le contenu », alors que ce n'est pas vrai. On sait tous que ce n'est pas vrai. Ce qu'on a le droit de faire, ou pas, avec un livre est vachement important. C'est loin d’être inintéressant.

Camille Gévaudan : Précisément le contenu, le jour où on te le retire, tu ne l'as plus !

Adrienne Alix : Exactement.

Erwan Cario : Voilà. Et puis on achète aussi beaucoup les livres pour pouvoir les prêter une fois qu'on les a lus.

Adrienne Alix : Ou les offrir ou les donner.

Erwan Cario : Pour les offrir ou les donner. Et donc voilà. On va voir. On a douze à dix-huit mois pour voir comment ça se résout. Mais je ne sais pas, j'ai l'impression que ce ne sera un engouement populaire sur leur petite opération.

La virgule what the fuck, cette semaine…

Et si d'autres étoiles nous illuminaient ?

Camille Gévaudan : C'est Roskosmos, l'Agence fédérale russe qui a fait une vidéo qui montre à quoi ressemblerait la terre si on avait d'autres étoiles à la place du soleil. Donc ça, en l’occurrence, c’est Syrius, je crois, ça c'est c'est Arcturus, une super géante rouge. Et au début on avait le système Alpha du Centaure où, en fait, il y a trois étoiles qui se tournent l'une autour de l'autre. Avoir trois soleils dans le ciel, ça ferait super classe.

Erwan Cario : Ça ferait super classe, mais il ne ferait pas beaucoup nuit, non ?

Camille Gévaudan : Ah ben ça dépend s'ils se tournent…

Adrienne Alix : Ça dépend comment ils tournent.

Camille Gévaudan : Non, il n'y a pas de raison, parce qu'ils sont tous dans le même coin.

Erwan Cario : Ah ! Ils sont tous dans le même coin.

Camille Gévaudan : Oui.

Erwan Cario : Ah oui ! Ah, ce serait classe.

Camille Gévaudan : Ouais.

Erwan Cario : Ce n'est pas la planète Wink qui a deux soleils ?

Camille Gévaudan : Si. Ceci dit, si on mettait n'importe quelle autre étoile à la place du soleil, comme notre soleil est quand même très petit et que toutes les autres ont tendance à être plus grosses, on serait tous morts.

Erwan Cario : Ouais. Finalement

Camille Gévaudan : Donc c'est joli en vidéo comme ça sur YouTube.

Erwan Cario : Finalement non.

Le quartier libre

Erwan Cario : Donc, c’était il y a quelques mois, c’était en septembre dernier, Junker, de la Commission européenne a commencé à s'intéresser au sujet du droit d'auteur et à son harmonisation sur l'ensemble des pays européens, en matière de réglementation des Télécoms, etc., protection des données. Et il a confié ça à une jeune députée du Parti Pirate, et tu es là pour nous en parler, Adrienne.

Adrienne Alix : Oui, en fait la Commission européenne a mis la question du droit d'auteur parmi les questions prioritaires à régler pour les cinq ans qui viennent, et le Parlement européen a confié à Julia Reda,

Erwan Cario : J'ai révisé mon Europe, ça va.

Adrienne Alix : Oui, c'est super compliqué, qui est la seule députée Pirate, qui est une députée allemande, le soin de faire un rapport sur ce qu'il faudrait améliorer sur les questions de droit d'auteur. En fait, pour remettre ça un petit peu en perspective, ça fait suite à une consultation que la Commission européenne avait faite l'année dernière, fin 2013, début 2014, où ils avaient fait un grand questionnaire bien long et bien technocratique sur ce qu'il fallait améliorer en matière de droit d'auteur. Et ils avaient eu une surprise, que nous on va dire bonne, et qu'ils avaient trouvé plutôt mauvaise, qui est qu'il y a eu un très grand engouement citoyen pour répondre à cette consultation. Et notamment, la Quadrature du Net avait fourni pas mal d'éléments, d'analyses, d'aides pour répondre au questionnaire. Ils avaient eu plus de 11 000 réponses, dont une majorité de réponses de citoyens, à des consultations où, d'habitude, il y a quatre technocrates et lobbyistes qui se battent en duel.

Et du coup, Julia Reda, elle est partie de l'analyse de ces réponses, faite par la Commission, pour faire son rapport en disant « si on analyse un peu le résultat, dans la consultation il y a à la fois les ayants droit, les établissements publics, les gouvernements, les citoyens, enfin tout le monde a répondu, et puis il y a une grosse synthèse », elle est partie de là pour faire son rapport qui présente un certain nombre de points de constat, et puis, quelques propositions de réforme. Le rapport est assez court, en fait, je ne sais plus, il fait quelques pages et, en gros, il se base beaucoup sur les demandes des citoyens. Et les demandes des citoyens, dans la consultation de la Commission, c'est généraliser au niveau européen des exceptions au droit d'auteur qui ne sont que dans quelques pays.

Camille Gévaudan : Les exceptions c'est ?

Adrienne Alix : Ça peut être la liberté de panorama, par exemple, qu'on n'a pas en France. En France on n'a pas le droit de diffuser librement des photos de bâtiments qui sont encore soumis au droit d'auteur.

Camille Gévaudan : Même dans l'espace public ?

Adrienne Alix : Dans l'espace public, par exemple la Pyramide du Louvre, par exemple la Tour Eiffel la nuit, par exemple les tours de la Défense, on n'a pas le droit. Y compris si ça a été financé avec l'argent public, ça ne les dérange pas. On doit continuer à payer des droits d’auteur, alors que dans la quasi totalité des pays d'Europe, ça ne pose pas de problème. Et donc on se dit que ça n'a visiblement pas tué l'architecture contemporaine en Allemagne ou ailleurs, ou aux Pays-Bas. Donc voilà, c'est ce type d’exceptions-là, de dire ça c’était auparavant optionnel.

Camille Gévaudan : Il y a aussi les exceptions de droit de citation, droit de parodie ?

Adrienne Alix : Il y en a une qui est très intéressante, notamment pour la culture Internet, elle recommande d'étendre le droit de citation, donc c'est le droit qu’on a de prendre une partie d'un texte et de le réutiliser, à un droit de citation vidéo et audio, et GIF. Donc c'est super important, notamment pour toute la création, de remix, de mashup, etc., de pouvoir réutiliser ces matériaux-là. Très souvent, les youtubers voient leurs vidéos enlevées de YouTube par des demandes des ayants droit, parce qu'ils prennent des extraits de films, etc. Il y a d'autres questions: c'est tout ce qui est territorialisation, le « ce contenu n'est pas visible dans votre pays », qu'on connaît tous bien.

Camille Gévaudan : D'accord.

Adrienne Alix : Il y a un autre point sur le fait d'avoir le droit de faire un lien vers un contenu, y compris si ce contenu n'est pas tout à fait conforme, n'est pas conforme au droit. Il y a un autre point, je ne vais pas tous les citer, il y en un qui est vachement intéressant sur la possibilité, pour les bibliothèques, de prêter des livres numériques, on revient dessus, de manière beaucoup plus libre et sans contrainte de territorialisation. Donc ça, ce sont des points en fait, qui ne révolutionnent pas l'intégralité du droit d'auteur.

Erwan Cario : C'est juste une sorte de mise à jour du droit d’auteur à aujourd'hui.

Adrienne Alix : Voilà. C'est une mise à jour, partant des usages, assez modérée, reconnaissant l'importance de la rémunération des créateurs, etc.

Camille Gévaudan : Il y a aussi un truc sur les DRM, non, sur l'inter … l’interopérabilité.

Adrienne Alix : L'interopérabilité, le fait de pouvoir lire un contenu indépendamment de la plate-forme sur laquelle on l'a acheté. Typiquement forcer les iTunes, etc., à être beaucoup plus compatibles avec d’autres plate-formes. C'est vraiment une prise en compte assez forte des attentes. Et alors la réaction a été, avant même qu'elle ait publié son rapport, la réaction a été vraiment super violente de la part à la fois des ayants droit et des gouvernements.

Camille Gévaudan : Le problème c'est qu'elle a vingt-huit ans.

Adrienne Alix : Ouais. Qu'elle est pirate.

Camille Gévaudan : Qu'elle est pirate et elle n'a pas dit je fais du piratage, elle est juste dans un parti qui s'appelle le Parti Pirate et ça suffit pour déchaîner les foules.

Adrienne Alix : Oui.

Camille Gévaudan : On a notre propre ministre de la Culture, Fleur Pellerin, qui disait, où est-ce que je l'ai mise ?

Erwan Cario : « Je ne suis pas certaine que ce soit le meilleur moyen de favoriser une réflexion sereine. »

Adrienne Alix : Voilà, ce qui est quand même, avant même.

Camille Gévaudan : Elle est députée, quoi, ça va. Elle a été élue.

Adrienne Alix : Voilà. Et Fleur Pellerin a dit ça avant même d'avoir lu le rapport.

Camille Gévaudan : Oui, c'est ça. C’était juste à l'annonce.

Adrienne Alix : À l'annonce du fait qu'elle allait prendre en charge ce rapport.

Camille Gévaudan : Que c’était elle qui allait s'en occuper.

Adrienne Alix : Donc c'est quand même, il y a un mépris de son travail, elle a eu des réactions assez violentes de la part des ayants droit qui disent « ouais c'est n'importe quoi ! On donne ça aux pirates, etc. »

Erwan Cario : On peut rappeler qu'elle a été élue quand même.

Adrienne Alix : Elle a été élue.

Camille Gévaudan : Je peux citer quelques réactions. Alors le SNAC, Syndicat National des Auteurs et Compositeurs, je cite « l’Europe ne doit pas tuer ses créateurs », ce qui est donc apparemment le but du rapport Reda !

Adrienne Alix : Ouais, c'est juste.

Camille Gévaudan : Petitgirard, président du Conseil d'administration de la SACEM, les auteurs compositeurs et éditeurs de musique estiment que la Commission européenne, avec ce rapport confié à Reda, a pour objectif numéro un la destruction du droit d'auteur. Sans aucun doute ! La Société des Auteurs et Compositeurs dramatiques, la SACD, trouve que c'est un projet déséquilibré, qui véhicule une idéologie anti droits d'auteur, porté par les partenaires d'un Internet sans règles. Celui-là, je l'aide !

Adrienne Alix : On a toujours la grande question du Far West, de l'Internet pas civilisé, etc.

Camille Gévaudan : La zone de non droit.

Erwan Cario : En fait, ça saute un peu à la gueule. En fait, finalement, les ayants droit ce sont des trolls ! Non, mais c’est vrai.

Adrienne Alix : Disons qu'ils réagissent de manière automatique. Et là, par exemple, on a vu, le rapport a été présenté dans les premières commissions internes au Parlement européen et il a été absolument démoli, à coups d'amendements, par les autres partis ou par des députés d'autres partis, où on voit des amendements qui sont quasiment copiés-collés, donc bien fournis par les lobbies, et qui, à coups de petits changements de phrases, sont en train de détruire tout l'esprit de ce rapport, en considérant que ça ne peut pas être voté comme ça, et que c'est quand même inadmissible de prendre en compte les attentes des citoyens. Pour nous c’est important.

Erwan Cario : J'ai quand même toujours un peu de mal avec cette notion de gens élus.

Adrienne Alix : En fait, on oppose les créateurs et les citoyens.

Erwan Cario : Comme toujours !

Adrienne Alix : Et, en fait, voilà, comme d'habitude les sociétés de gestion de droits et les différents lobbies se mettent à la place, parlent au nom des créateurs et opposent de manière, à notre sens, complètement artificielle, créateurs et citoyens.

Erwan Cario : Et surtout, voilà, on est en 2015, et on sait très bien que la musique a disparu à cause d'Internet, par exemple.

Adrienne Alix : Exactement, qu'il n'y a plus de création, qu'il n'y a plus rien.

Erwan Cario : Ça va fait quand même juste de vingt ans qu'ils disent ça, et voilà, il y en a toujours.

Adrienne Alix : Ouais. Mais, du coup, nous on va faire campagne. Donc il va y avoir plusieurs étapes de vote dans différentes commissions du Parlement européen et on va faire campagne, on espère, avec les citoyens et avec les créateurs, pour que ce rapport soit au maximum sauvé, sachant que, encore une fois, il n'est pas du tout révolutionnaire. Et même, par exemple, il est beaucoup plus sage que ce qu'on peut proposer à la Quadrature en matière de réforme du droit d'auteur.

Erwan Cario : D'ailleurs elle s'est faite tacler notamment par Amelia Andersdotter.

Adrienne Alix : Sa prédécesseur, Andersdotter.

Camille Gévaudan : L'euro députée suédoise.

Erwan Cario : Suédoise, dans la mandature précédente, qui juge ce rapport tellement frileux qu'il aurait pu être écrit par Angela Merkel.

Camille Gévaudan : Une insulte quoi !

Erwan Cario : C'est quand même dommage, c'est-à-dire qu'on a une pirate qui fait un rapport, finalement qui fait ce qu'on lui demande, c'est-à-dire juste moderniser le droit d'auteur, ce n'est pas le supprimer, ce n'est pas le révolutionner, c'est moderniser le droit d'auteur, le mettre à jour, finalement et, du coup, elle se fait, elle prend des missiles de partout.

Adrienne Alix : Oui ! Pour nous, en fait, il faudrait qu'il y ait quelques mesures qui soient adoptées, des mesures qui soient un peu plus que symboliques, quand même, mais pour le symbole aussi, c'est vraiment important qu'il reste des chose de ce rapport.

Camille Gévaudan : D'accord. Mais alors, dans les soutiens, en plus, on a non seulement les bibliothécaires et archivistes, mais aussi des groupements de grands noms de l'informatique ou de l'Internet comme Digital Europe, ça c'est Apple, Dell, Samsung et compagnie, ou l'ASIC, l'Association des Sites (Services) Internet Communautaires, Microsoft, Google, Facebook, Dailymotion, Deezer, PriceMinister, Yahoo, Spotify. On ne peut pas dire que ça soit de dangereux rebelles qui soutiennent le rapport.

Adrienne Alix : Eh bien non ! Après oui, parce qu'on est entre les hébergeurs de contenus qui savent bien, aussi, ce qu'ils ont à faire.

Camille Gévaudan : Où est leur intérêt.

Adrienne Alix : Où est leur intérêt. Et puis les associations comme l'April, comme la Quadrature du Net, etc., où pour nous c'est plus une question de fond sur ce qu'on a le droit de faire ou de ne pas faire avec la création. Mais oui, on est quand même assez nombreux à soutenir ce rapport.

Erwan Cario : Et la tendance ? Vu que vous, vous connaissez un petit peu les rouages du Parlement européen et tout ça, il y a une chance que ça passe ou finalement, en termes de partis, qui a pris position contre ?

Adrienne Alix : Alors, elle, Julia Reda, elle siège avec le groupe des Verts. Globalement les Verts, alors pas forcément tous, mais au Parlement européen il y a une culture du consensus, donc c'est pour ça qu'il y a beaucoup d'amendements, après les amendements sont regroupés, etc. Les Verts, probablement, ne vont pas mal aller de son côté. Le Parti Populaire Européen, donc globalement la droite, est vent debout contre. Les socialistes sont extrêmement partagés, mais plutôt contre, et après il reste les centristes. Et côté centristes, alors les centristes français, malheureusement, on a vu Jean-Marie Cavada qui préside la commission sur cette question, enfin qui a été absolument odieux avec Julia Reda, s'attaquant à son âge, etc. Mais bon, il y a d'autres centristes d'autres pays, notamment des Pays-Bas, qui sont beaucoup plus ouverts. Je pense que jamais, de toutes façons il ne sera pas adopté en l'état, ce n'est jamais le cas dans ce genre de rapport. Maintenant, il faut essayer, en soutenant certaines dispositions. Là, ce qu'on est en train de faire nous, c'est d'analyser les amendements, on va publier ce qui nous semble bon, ce qui nous semble à soutenir, ce qui nous semble à rejeter, et puis après on va faire la Quadrature ! On va faire une campagne citoyenne. On a pas mal de YouTubers qui sont en train de préparer une vidéo de soutien pour expliquer pourquoi eux, en tant que créateurs Internet, ils vont soutenir ce rapport, et puis nous on va lancer une < a href="http://www.laquadrature.net/fr/les-eurodeputes-doivent-soutenir-le-rapport-reda-sur-la-reforme-du-droit-dauteur">campagne, probablement avec du piphone, comme d’habitude, pour le soutenir. Sachant que ce rapport est consultatif, c'est-à-dire que ce n'est pas quelque chose qui va être directement mis dans le droit. Par contre, s'il est bien soutenu par le Parlement, il peut ensuite être repris comme base pour la Commission, qui, de toute façon, veut s'attaquer à cette question, comme base de travail, pour la suite.

Camille Gévaudan : Et alors, rapidement, il y a un autre rapport en ce moment ? C'est un genre d'anti rapport Reda.

Adrienne Alix : Oui, il y a un autre rapport. Voilà. En fait, c'est un rapport qui s'appelle le rapport Svoboda, du nom d'un député autrichien, et qui lui, a été publié super tard, alors qu'en fait il est prêt depuis novembre/décembre, mais il n’était pas sur le site, et qui, pour le coup, c'est vraiment l'anti rapport Reda. C'est-à-dire que ça traite beaucoup plus globalement de propriété intellectuelle, et c'est la mise en application de tout ce qu'on dénonce, de tout ce qu'il y a dans les préconisations de Mireille Imbert-Quaretta sur l'HADOPI, c'est-à-dire pénaliser les intermédiaires techniques, les forcer à faire la police eux-mêmes sur leurs contenus, assécher les finances des sites qui font de la contrefaçon commerciale, machin. Et notamment, il y a un truc qui, pour nous est vraiment embêtant, c'est qu'il n'y a pas de différence entre la contrefaçon, donc c'est le nom sage pour tout ce qui est partage ou piratage, etc., il n'y a pas de différence entre ce qui est partagé de manière non commerciale, ou de manière commerciale. Entre les Megaupload, etc., qui se faisaient pas mal d'argent et des sites de partage qui ne font pas d'argent. Donc, ça c’est un peu inquiétant. Et ce rapport Svoboda porte vraiment la marque de tout ce qui est anti partage, c'est vraiment l'anti rapport Reda par excellence.

Erwan Cario : Et celui-là il aurait des chances de passer ?

Adrienne Alix : Celui-là, il a commencé à être étudié dans les commissions, et il passe sans soucis.

Camille Gévaudan : Est-ce qu'on peut mettre Svoboda et Reda sur un ring et prendre des popcorns ?

Adrienne Alix : Soupire. Il est un peu costaud le monsieur.

Camille Gévaudan : Ah merde, non mais en fait.

Erwan Cario : Non. Les soutiens populaires de Reda, contre les soutiens populaires de Svoboda, ça serait mieux.

Camille Gévaudan : Tu as raison, c'est mieux.

Erwan Cario : Merci Adrienne.

Adrienne Alix : Mais de rien.

Erwan Cario : On reparlera forcément. Le vote c'est mi-avril au Parlement européen ? On ne sait pas ?

Adrienne Alix : Mi-avril dans les premières commissions, et au mois de mai en plénière. Mais, de toute façon, en gros, il faut un peu suivre ce qu'on appelle à faire et d'ici quelques jours, on va commencer à lancer la campagne.

Erwan Cario : On suivra ça, et puis on rappellera ça dans le 56 Kast. Merci donc sur ce sujet. Toute autre chose, un requin, mais celui de gauche, dans « Le potager du web »

Musique

Camille Gévaudan : C’était début février, lors de la mondialement célèbre mi-temps du Super Bowl. Le Super Bowl c'est la finale du championnat de football américain, dont on se fiche tous, ici.

Erwan Cario : Pas du tout. Non, tu ne peux pas dire ça, attends. Mais bon, on continue. Pardon.

Camille Gévaudan : Je fais comme si je n'avais rien entendu. Et, à la mi-temps c'est toujours un grand moment parce qu'il y a des super pubs à la télé, ouais, super, et des super concerts sur place, avec des super chanteurs, super connus, et, cette année, on a eu un spectacle pyrotechnique de Katy Perry accompagné de requins et des grosses balles avec des yeux et une bouche, et des palmiers avec des yeux et une bouche.

Vidéo

Erwan Cario : Super. Et donc, vous avez vu des trucs.

Camille Gévaudan : Et donc, c’était un petit peu gênant, et tout le monde a flashé sur les requins, mais c'est vrai que les balles, elles valaient le coup aussi. Mais les requins ont eu un succès énorme, et surtout le requin de gauche. Alors pourquoi le requin de gauche ? Essayez de comprendre.

Vidéo

Adrienne Alix : Il est bourré le requin de gauche. Non ?

Rires

Erwan Cario : Déchiré.

Camille Gévaudan : Alors moi, personnellement, je ne trouve pas beaucoup plus ridicule l'un ou l'autre.

Erwan Cario : Ça se joue sur l'epsilon.

Camille Gévaudan : L'epsilon ! Quoi ?

Erwan Cario : Non, pardon, rien.

Adrienne Alix : Il a fait des maths.

Camille Gévaudan : Mais la majorité des gens ont l'air de trouver que le requin de gauche, à un moment, a complètement perdu la synchronisation de la danse, et a commencé à faire n'importe quoi dans son coin, et donc c'est devenu la star des deux, et c’est devenu un mème, à lui tout seul, qu'on appelle left shark, donc le requin de gauche, tout le monde voit de quoi on parle. Il y a même des gens qui se sont amusés à écrire son journal intime en ligne. Et après on se demande qui est bourré.

Erwan Cario : Internet !

Camille Gévaudan : Ce n'est pas le requin. Oui, voilà. Alors qu'est-ce qui s'est passé sur Internet. C'est difficile à raconter. D'abord, il y a eu une sorte d'énorme chasse, enfin un jeu de piste géant, où tous les gens ont cherché des indices pour savoir qui était sous les costumes des requins. Est-ce que c'était des stars déguisées en requins, est-ce que c'était juste des danseurs anonymes, est-ce que c’était des internautes qui avaient été tirés au sort sur une planète lointaine ?

Erwan Cario : Ah ça aurait été bien ça !

Camille Gévaudan : Toutes les possibilités étaient ouvertes. Un internaute a même prétendu avoir fait un match, sur Tinder, avec l'un des requins, et les gens y ont un petit peu cru. Mais, finalement , la vérité c'est qu'ils s'appellent Bryan Gow et Scott Myrick, et ce sont juste des danseurs de la tournée de Katy Perry.

Adrienne Alix : Je croyais que c’était Svoboda et Reda.

Camille Gévaudan : Oh ç'aurait été bien ! Alors après, du coup, comme c’était les plus grandes stars de la semaine, Scott Myrick, qui est le requin de droite, ce qui est dommage, parce qu'on aurait plutôt voulu le requin de gauche, a fait un AMA sur Reddit, un A,M,A, vous savez ce que c'est Ask Me Anything.

Erwan Cario : Ask Me Anything.

Camille Gévaudan : Donc « posez moi toutes les questions que vous voulez, je suis le requin de droite, j'ai plein de choses à raconter sur ma vie ». Et donc il nous a appris des choses très intéressantes, comme le fait qu'il avait seulement 90 secondes pour enfiler son costume de requin avant le spectacle, mais oui. Ou qu'il ne voyait tellement rien, qu'à un moment il est rentré dans un palmier, mais heureusement, il n’était pas filmé à ce moment-là, donc personne s'en est rendu compte. Donc voilà, j'espère que vous dormirez moins bêtes ce soir.

Erwan Cario : Tout à fait.

Camille Gévaudan : C'est devenu une telle star qu'il y a des gens qui en ont fait un modèle 3D à imprimer sur une imprimante 3D.

Erwan Cario : C'est bien !

Camille Gévaudan : Sur ta cheminée ! Le left shark ! Quand même quoi !

Erwan Cario : Mais oui !

Camille Gévaudan : C'est left shark, quand même. Et les avocats de Katy Perry ont demandé à ce Fernando Sosa de retirer son modèle 3D, parce que c'est eux qui avaient les droits pour le requin de gauche.

Erwan Cario : Oh, ça c'est laid.

Adrienne Alix : Ça c'est Internet aussi, mais dans ce qu'on n'aime pas.

Erwan Cario : Est-ce que Reda va protéger ce requin ?

Adrienne Alix : Je ne sais pas.

Camille Gévaudan : Comme, du coup, ils se sont rendu compte qu'il y avait une certaine demande sur l'image de ces requins et qu'ils ne pouvaient pas juste demander à retirer les images sans donner autre chose en échange, Katy Perry vend maintenant, sur son site officiel, oui messieurs dames, le costume du requin de gauche, à 130 dollars !

Erwan Cario : C'est laid.

Adrienne Alix : Oh ! C'est effrayant.

Camille Gévaudan : Voilà.

Erwan Cario : Normalement, le potager du web, c'est la joie et la bonne humeur.

Adrienne Alix : Mais tu te rends compte qu'au final, ça termine toujours pareil.

Erwan Cario : Ouais.

Camille Gévaudan : En même temps c'est né d'un Super Bowl.

Erwan Cario : Oui, c'est vrai. Non, parce que Super Bowl a fait le spectacle, le mème est né sur Internet. Ce sont des gens qui en ont fait un mème.

Camille Gévaudan : Je ne sais pas, en même temps, il y avait une sorte de bad karma tu vois !

Erwan Cario : Oui, peut-être. Si on avait eu le temps, on aurait parlé des deux ateliers de Wikipédia, où tu est allée, Camille.

Camille Gévaudan : Ouais, j'ai fait exprès de ne pas avoir le temps d'en parler, parce qu'il n'y a pas grand-chose à dire. En fait il fallait y être. Il y avait deux trucs samedi dernier, il y en avait un à la Cité des Sciences, à la Villette, à Paris, sur le thème « Femmes de science », où les gens étaient invités à éditer des fiches Wikipédia de femmes de science. Parce que, d'abord, il n'y a pas assez de femmes sur les fiches Wikipédia et puis, en plus, il n'y a pas assez de filles qui éditent Wikipédia, donc c’était marrant. Et il y avait, en même temps, à la fondation des Galeries Lafayette, un « éditathon », pareil, sur les femmes d'art et de la culture, et le féminisme. Et pareil, avec plein de filles qui éditaient Wikipédia, sur des fiches de filles, et c'était cool aussi. Et, il y a une sorte de méga combo en ce moment, puisque, si ça vous intéresse aussi de faire un marathon Wikipédia, le week-end qui vient, au quai Branly à Paris, à la médiathèque du musée, samedi et dimanche de 11 heures 30 à 18 heures, on peut faire ça sur l'ethnologie.

Erwan Cario : Et bien voilà, vous savez quoi faire ce week-end du coup, formidable. C'est fini pour cette semaine. Nous, on se retrouve. Merci Adrienne Alix de la Quadrature du Net de nous avoir accompagnés dans ce cinquantième 56 Kast et nous on se retrouve la semaine prochaine.

Camille Gévaudan : Oui.

Erwan Cario : Oui. Sur Libération et sur Nolife, bien sûr. Ciao.

Camille Gévaudan : Non, il n'y a pas de ciao ! Et les poils ?

Erwan Cario : Et les poils !

À poils

Camille Gévaudan : Les poils, c'est quand même super important, parce que là je n'ai pas pris n'importe quelle vidéo. C'est le YouTuber français « Parole de chat », dont je suis la fan numéro un. Son job consiste à repérer les vidéos sur YouTube avec des chats bavards. Il faut qu'ils ouvrent beaucoup la bouche, parce qu'après il invente les dialogues du chat, et il refait la bande son par dessus, et il republie sur son compte. Et c'est comme ça qu'il a produit des chefs d’œuvre que vous avez forcément vu, du genre les chats qui font patte patte, là comme ça et fait « dansons la capucine » ou les chats ninjas et sa dernière vidéo en date, s'appelle « le tableau ». C'est l'histoire d'un chat qui veut accrocher un tableau au mur.

Chat : Vas-y !

Voix off : Je le mets là ?

Chat : Attends.

Voix off : Oui.

Chat : Mets-le un peu plus à droite.

Voix off : Là.

Chat : Ouais, c'est bien.

Voix off : OK, J'y vais hein ! Quand même, avant que je plante le clou, est-ce que Van Gogh, sur a porte des cabinets, c'est vraiment une bonne idée ?

Chat : Oui.

Voix off : Non, parce que je ne sais pas moi. À la place on pourrait mettre un portrait d'Antoine Daniel, par exemple.

Chat : Vas-y !

Voix off : Toi, quand t'as une idée dans la tête. Bon, bah allons-y. Faisons confiance au feng shui. Et un, et deux, et trois. Et voilà le travail. Ça ne rend pas si mal en fait.

Chat : Mets-le plus à droite, s'il te plaît.

Voix off : Je ne peux plus là.

Chat : Quoi ?

Voix off : Ben oui, j'ai planté le clou.

Erwan Cario : Très, très bien.

Camille Gévaudan : Il faut voir la version longue.

Erwan Cario : Félicitations à « Parole de chat ». Donc, cette fois-ci c'est la bonne. Ciao, à la semaine prochaine sur Libération et sur Nolife. Ciao.

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(19/06/2016 @ 16:11)

Peut-on dégoogliser internet? - France Culture - Émission Du grain à moudre d'été 2015  Voir?


olivier andrea et benjamin

Présentation

Titre : Peut-on dégoogliser internet ?
Intervenants : Andréa Fradin - Benjamin Jean - Olivier Babeau - Émilie Chaudet
Lieu : France Culture - Émission Du grain à moudre d'été
Date : Août 2015
Durée : 44 min
Licence : Verbatim
Lien vers la vidéo : page de l'émission

Transcription

Émilie Chaudet : Bonsoir à toutes et à tous. Bienvenue dans Du Grain à moudre d'été, une émission préparée par Fanny Richez, Catherine Donné, Virginie Leduault et Marie Vidal, réalisée par Lise Côme, accompagnée ce soir à la technique de Clément Datté.

« Google est ». Si vous tapez juste ça sur le moteur de recherche en question, votre phrase se complète automatiquement, sur votre écran : « Google est un moteur de recherche », ou « Google est ton ami ». Maintenant, tapez « Google est un », vous tombez très vite sur une femme ou un dieu. Et je vous passe encore la tentative d'une recherche « Google est trop », un sursaut fantasmé, un brin mégalo, qui donne une idée de la position que se donne la firme à l'échelle du monde, celle d'une entreprise qui jouit de plus en plus d'un contrôle sur la vie privée des internautes et qui se donne pour objectif de contrôler la vie tout court. En effet, la restructuration de la firme qui s'appelle donc Alphabet depuis une semaine, nous rappelle que Google n'est pas qu'un moteur de recherche, une messagerie ou un réseau social. C'est une entreprise de plus de 53 000 salariés qui travaillent aussi à la création et au développement de voitures sans chauffeur, de remèdes contre des maladies graves, tout comme Facebook ou Amazon. Une fois qu'on a dit ça, une question se pose : qui les contrôle ces entreprises ? Qui ? Quelle instance peut leur imposer des limites professionnelles, éthiques, les contraindre à un meilleur respect de la vie privée de leurs usagers ? Et ces questions se posent d'autant plus que Google, qui devait répondre aujourd'hui à des griefs de la Commission européenne pour abus de position dominante, vient, une fois de plus, de repousser ce délai à la fin du mois d’août. Alors peut-on dégoogliser Internet ? Ou, en tout cas, limiter, réglementer le pouvoir de Google sur le Web ? C'est notre sujet du jour.

Et pour en parler j'ai le plaisir de recevoir trois invités. Andréa Fradin, bonsoir.

Andréa Fradin : Bonsoir.

Émilie Chaudet : Vous êtes journaliste pour le site d'information Rue89, spécialiste des questions numériques. À côté de vous, Benjamin Jean, bonsoir.

Benjamin Jean : Bonsoir.

Émilie Chaudet : Vous êtes juriste, spécialisé en propriété intellectuelle et vous êtes membre de Framasoft, une association qui promeut, entre autres, le logiciel libre et qui tente de mettre au point des plates-formes alternatives à Google, Facebook, Twitter ou Skype. Nous y reviendrons, bien sûr, dans le courant de cette émission. Et avec vous, en face de vous, pour discuter, Olivier Babeau, bonsoir.

Olivier Babeau : Bonsoir.

Émilie Chaudet : Vous êtes professeur de stratégie d’entreprise à l’université de Bordeaux et vous êtes, également, membre du Conseil scientifique de l'institut pour la Souveraineté numérique. Vous êtes une vingtaine dans ce comité, je crois. C'est une association qui compte une vingtaine, enfin une vingtaine de personnes au sein de ce comité, peut-être plus en réalité. C'est ça ?

Olivier Babeau : Oui, il y a peut-être une vingtaine de participants très actifs et puis après toute une myriade de participants qui apportent leur savoir et leur intérêt.

Émilie Chaudet : En tout cas cet institut tente de sensibiliser les citoyens et les entreprises sur la protection de nos données et de proposer des actions juridiques en ce sens ; nous aurons, d'ailleurs, l’occasion d'en reparler aussi. Nous avons mis l'accent, aussi bien dans le titre que dans l'introduction de cette émission, sur Google, car c'est cette filiale qui est aujourd'hui dans le collimateur de la Commission européenne et au centre de l'actualité, mais nous allons, bien sûr, aborder ces questions aussi à travers les cas de Twitter, de Facebook, d'Apple, d'Amazon, etc.

Google devait répondre aux griefs de la Commission européenne, à la fin du mois de juin, des griefs dans le cadre d’une enquête de cette Commission pour abus de position dominante. Le délai d'une réponse imparti à Google a été repoussé une première fois et les dirigeants de la société devaient donc livrer leur argumentaire aujourd'hui. Or, la semaine dernière, un délai leur a été de nouveau accordé. Ils ont maintenant jusqu'au 31 août pour répondre à ces griefs. Alors, qu'est-ce que ce déroulé à rallonge de cette procédure juridique dit du pouvoir de Google, de son image d'intouchable, face aux institutions qui lui demandent des comptes ? Benjamin Jean.

Benjamin Jean : C'est une grande question. Le premier élément de réponse c'est, qu'effectivement, Google est une organisation qui produit des services qui remplissent des besoins, déjà, qui répondent aux attentes des utilisateurs, des internautes, et je pense que Google, en cela, a innové sur internet. La difficulté c'est que, de part leur position qui devient, effectivement, de plus en plus dominante, on en est venu à se demander s'il n'y avait pas abus possible de cette position et c’était toute la crainte et les raisons de l’enquête menée par la Commission européenne. Oui.

Émilie Chaudet : Olivier Babeau.

Olivier Babeau : Il ne faut pas confondre deux choses. En fait, il y a la position dominante qui est un fait incontestable et l'abus. C'est l'abus qui est incriminé en l'occurrence. La longueur de la procédure n'est pas très étonnante, si on se souvient de celle de Microsoft. Elle avait duré 13 ans entre 2000 et 2013 et à l'issue de laquelle ils avaient été condamnés à quasiment six cents…

Émilie Chaudet : Plus que ça.

Andréa Fradin : Deux milliards d'euros. Il y a eu deux milliards d'euros d'amende au total.

Émilie Chaudet : Il y a eu plusieurs amendes.

Olivier Babeau : Il y a eu plusieurs amendes, effectivement, au titre d'Internet Explorer, ils avaient eu une amende extrêmement importante. Ça avait quand même duré treize ans. Ici finalement, on aura été sur une durée, si je ne me trompe pas, un peu inférieure, en fait.

Émilie Chaudet : Pour le moment on est à cinq ans, à peu près.

Olivier Babeau : Voilà. C'est relativement rapide.

Andréa Fradin : Ça peut durer encore !

Olivier Babeau : Pour une procédure qui est quand même extrêmement complexe.

Émilie Chaudet : Justement, Andréa, sur cette question, vous vouliez rajouter quelque chose ?

Andréa Fradin : Oui. Moi je suis tout à fait d'accord. C'est un peu l’histoire qui se répète. Et, à mon sens, Google aimerait bien arriver à ce que Microsoft a réussi à avoir aux États-Unis. Parce qu'il faut bien se rappeler que si Microsoft a été condamnée à deux milliards, ce qui n'est pas grand-chose quand on regarde les chiffres d'affaires. Là Google, je crois, encourt en gros, une amende équivalente à maximum 10 % de son chiffre d'affaires, ce qui fait, en gros, six milliards, sur soixante milliards de chiffre d'affaires ça fait beaucoup pour nous autres, mais pour une entreprise comme Google, ce n'est pas si énorme. Mais il faut bien voir que Microsoft, par exemple aux États-Unis dans les années 2000, s’était fait condamner, puis après avait réussi à trouver un accord avec le Département de justice américain, l'équivalent de notre ministère de la justice. Je pense que Google, et d’ailleurs ils ont fait des propositions en ce sens pour le moment refusées, cherche à trouver un accord avec la Commission européenne pour, justement, préserver son image en Europe déjà très écornée et ensuite, essayer de s'en tirer sans faire trop de vagues.

Émilie Chaudet : Mais justement est-ce que Google peut trouver un accord quand on voit le nombre de plaintes qui ont déjà été déposées à son encontre, que ce soit en France ou dans d'autres pays d'Europe ? Olivier Babeau.

Olivier Babeau : En fait, si on regarde l'affaire de la procédure, le détail de la procédure, mais sans, effectivement, rentrer trop dans la complexité de ce qui s'est passé, mais, à un moment donné Jochim Almunia, qui était l'ancien commissaire à la concurrence, avait failli accepter les conditions qui avaient été proposées.

Émilie Chaudet : D’ailleurs je rappelle juste que cet abus de position dominante, ça consiste, pour expliquer un petit peu à nos auditeurs que, en fait Google est accusé de faire sortir.

Olivier Babeau : De favoriser ses services.

Émilie Chaudet : De favoriser ses services.

Olivier Babeau : Dans le moteur de recherche.

Émilie Chaudet : Si on tape une recherche sur Google

Olivier Babeau : Qui est son produit, c'est un de ses produits au milieu de centaines d'autres, mais c'est son produit phare.

Émilie Chaudet : Et on tombe sur des services produits par Google.

Olivier Babeau : L'idée en gros, ce serait qu'il favorise ses propres services.

Andréa Fradin : Plus précisément, Google Shopping, je crois.

Olivier Babeau : Comparateur de prix, tout à fait.

Andréa Fradin : Au lieu de mettre par exemple, je ne sais pas, quel autre service, Amazon, ou eBay, ou je ne sais quoi d'autre, on voit ressortir, quand on fait une recherche, en premier, en exergue, comme par hasard, les services de Google, et c'est ce que met en cause la Commission.

Émilie Chaudet : Benjamin Jean.

Benjamin Jean : Et d’ailleurs, pour re-contextualiser aussi, au regard de la première affaire qui concernait Microsoft, effectivement, Microsoft a été condamnée, mais son concurrent Netscape était mort depuis de nombreuse années au moment où Microsoft a été condamnée. C'est là où on voit que le temps a un effet certain.

Olivier Babeau : Le temps de la justice n'est pas celui des affaires.

Benjamin Jean : Exactement.

Olivier Babeau : Et c'est probablement ce sur quoi les grandes sociétés, de façon générale, jouent et Google, en particulier, ils savent parfaitement qu'ils peuvent faire bouger les lignes de façon considérable, le temps que toute la machine judiciaire se mette en marche. Et donc, quand arrive la sanction, si elle est importante, parce que si on regarde la sanction de la Cnil, 50 000 euros à l’encontre de Google, qui était le maximum légal, 50 000 euros évidemment pour Google ce n’était pas grand-chose, quand arrive la sanction, en fait, ils ont déjà réussi à faire bouger les lignes, de fait. La stratégie à mon avis, elle est assez assumée. Ce n'est pas propre à Google, c'est propre à la plupart des grosses entreprises.

Émilie Chaudet : Mais justement, la question qui se pose là, tout de suite, c'est pourquoi Google demeure intouchable là-dessus, alors que Microsoft a quand même réussi au terme de dix ans certes, mais quand même, à être condamnée, et jusqu’à quand Google peut gagner comme ça du temps, petit à petit, de report en report ?

Andréa Fradin : Effectivement Microsoft ça a pris extrêmement de temps, beaucoup de temps, alors que l'affaire était, selon les juristes qui ont examiné le cas, beaucoup plus simple. Là, la ligne de défense de Google se tient finalement. Ce que dit Eric Schmidt, il l'a encore répété il y a quelques mois, il ne force personne à aller sur le moteur de recherche. La concurrence est à un clic, comme il le dit et, comme vous l'avez très bien rappelé, finalement il y a une demande. Quand on parle de Google, comme ça, on a l'impression qu'on met le couteau sous la gorge des utilisateurs, de l'internaute, en les forçant à aller sur Google ou Facebook ou autre chose. Mais ce n'est pas le cas. Il y a une véritable demande et, finalement, les gens tant qu'on leur offre un service qui leur convient, ils y vont, ils ne vont pas se poser la question, et c'est peut-être ça le problème aussi.

Émilie Chaudet : Il y a pile une semaine Google s'est restructurée, maintenant le moteur de recherche est devenu une filiale abritée sous la maison mère Alphabet qui regroupe plein d'autres activités de Google. L'entreprise, donc, se consacre aussi à la recherche. Larry Page, l'un des patrons de la société, a justifié cette nouvelle organisation par un souci, dit-il, d'allégement et de clarté. Il dit donner plus de niveaux de gestion pour pouvoir gérer indépendamment des choses qui ne sont pas liées. Est-ce que cette restructuration, aussi, c'est une manière de brouiller les pistes juridiques ? Est-ce que c'est une manière d'échapper, une fois de plus, de faire obstacle à des actions juridiques ? Olivier Babeau.

Olivier Babeau : Il y a deux lectures. Une première lecture, assez business, qui est donnée par la plupart des observateurs en stratégie, qui est que, quand une entreprise croît, naturellement, elle va passer d'une organisation fonctionnelle à une organisation divisionnelle. Parce qu'on est beaucoup trop gros, il va falloir séparer les activités pour qu'elles soient, on pourrait dire, plus indépendantes dans leur fonctionnement. C'est la première explication et ça se justifie. La deuxième, c'est peut-être une explication du point de vue des créateurs qui est qu'ils ont mis de côté, on peut dire, le moteur à rentabilité de l’entreprise, et puis ils vont pouvoir, comme ça, s'intéresser et gérer plus directement ce qui les intéresse plus et qui constitue, aujourd'hui, le cœur du développement et de la recherche de Google, on va peut-être en parler, tout ce qui est biomédecine notamment, robotique, intelligence artificielle.

Émilie Chaudet : Benjamin Jean, sur cette question, de la protection juridique qui impliquerait, ou non, Alphabet ? Vous allez nous répondre.

Benjamin Jean : Là ce n'est pas tant en termes de protection juridique, ça serait savoir si le droit à la concurrence serait impacté par cette nouvelle organisation. Je ne crois pas simplement parce que dans les faits, effectivement, même si maintenant il y a une holding et différentes entités, rien n'a changé dans le modèle de gouvernance : ce n'est qu'une maison-mère qui a une multitude de filiales. Donc elle pourrait tout à fait être condamnée pour le même motif d'abus de position dominante. Vraiment, je ne vois aucune difficulté à ça. Pour le reste, effectivement. Peut-être le timing a fait que ça leur permettait, aussi, de gagner du temps au regard de la Commission européenne, ça je ne saurais le dire, mais, pour moi, en tout cas, ce n'est pas un argument suffisant pour échapper à la Commission européenne. Même si ça permet, éventuellement, de donner plus de clarté sur les chiffres des différentes filiales et notamment sur cet abus de position dominante, au regard de certains…

Olivier Babeau : Oui, ça peut avoir, beaucoup de gens ont souligné que ça avait un intérêt boursier. Ça permettait de rassurer.

Émilie Chaudet : Oui, de rassurer les investisseurs.

Olivier Babeau : De clarifier, de montrer clairement où et comment la valeur était produite à l'intérieur de l'entreprise.

Émilie Chaudet : Andréa Fradin.

Andréa Fradin : Ce que disent les patrons de Google, Lary Page et Sergueï Brin, c’est que les investisseurs un peu traditionnels peuvent être effrayés par les grands projets visionnaires de Google qui sont vraiment, aujourd'hui, au cœur de l'entreprise.

Émilie Chaudet : Oui, on parlera de Google Genomics, les génomes humains.

Andréa Fradin : Voilà, notamment ils ont un gros labo de recherche qui génère tout un tas de fantasmes, Google X, et ça peut effrayer. C'est un peu éloigné du cœur de métier, donc internet, moteur de recherche, pub en ligne, et ça va dans tout un tas de domaines, ça permet de donner un peu plus de visibilité.

Émilie Chaudet : Olivier Babeau sur cette dernière question ?

Olivier Babeau : Il y a une dernière lecture. Vous savez il y a un fameux livre qui s'appelle Le dilemme de l'innovateur, d'un auteur qui s'appelle Christensen, qui explique que les grosses entreprises, qui souvent sont nées de l'innovation, ont un grand problème, c'est qu'une fois qu'elles sont devenues grosses, elles n’arrivent plus à innover. D'une certaine façon, les GAFA, on définit l'acronyme.

Émilie Chaudet : Donc Google, Apple.

Olivier Babeau : Apple, Facebook, Amazon, ces grosses entreprises d'internet savent qu'elles sont confrontées à ce dilemme, elles sont nées de l'innovation, mais elles savent qu'elles doivent innover en permanence pour survivre. Et pour régler ce dilemme, pour le surmonter, on pourrait dire que chacune essaye en permanence, n'hésite pas, par exemple, à se cannibaliser. C'est ce que fait Apple quand elle a annoncé un iPhone, dont elle sait qu'il allait tuer l'iPod, Steve jobs a été assez clairvoyant de ce point de vue-là. Peut-être que Google en faisant ça, aussi, essaye de continuer à garder sa capacité innovatrice tout en conservant son activité, enfin l'activité qui intéresse les actionnaires qui est le cash d'aujourd'hui, en préparant le cash de demain.

Émilie Chaudet : Andréa Fradin.

Andréa Fradin : Et c'est une véritable obsession chez Google et d'ailleurs la presse américaine s'en faisait l'écho ces derniers jours après l'annonce de la création d'Alphabet. En fait, Google se réorganise en permanence et veut toujours avoir le coup d'après. Ils ne veulent pas devenir le Yahoo ou le Microsoft de demain, en fait. Ils ne veulent pas s’effondrer parce qu'ils ont encore cette image de trublion du secteur qui sont nés dans un garage, dans l'innovation, dans une espèce de dynamique. Effectivement, les lourdeurs d'une organisation peuvent un petit peu enrayer. L'obsession de Google c'est d’être dans nos vies, demain et toujours. Voilà, ce coup d’avance : ne jamais être en retard quoi.

Émilie Chaudet : Alors juste avant de continuer, Andréa Fradin, vous venez d'introduire, sans le vouloir, le son, cet extrait de documentaire que je voudrais vous faire écouter, très court. C’est un documentaire qui s'appelle Google, la machine à penser, un documentaire réalisé en 2007 par Gilles Cayatte.

Voix off : Il y a un paradoxe intéressant avec Google. Le service est gratuit, le nom est sympa, c'est plein de jeunes, le décor est branché. Il y a des « baballes » en plastique et des tables de billard. Google est synonyme d'« éclate », de contre-culture et plus encore. Mais en fait, quand vous lisez les journaux, le Google que vous découvrez n'est pas le Google de votre imagination. Ce Google-là est énorme. Il domine tous les secteurs qu'il a pénétrés. Il est en train d'avaler l'ensemble du monde de la publicité, morceau par morceau. Il a cédé aux Chinois sur la censure. Il ressemble à un énorme prédateur et, en même temps, dans votre esprit, c'est Google !

Émilie Chaudet : Archive sélectionnée par Virginie Leduault. L'homme que l'on entendait c'était Michael Malone, éditorialiste au Wall Street Journal. Donc Google c'est un paradoxe, dit-il, en termes d'image. Est-ce que cette entreprise est aussi insaisissable au niveau juridique ? Benjamin Jean.

Benjamin Jean : Oui merci. Toujours la même idée, c'est-à-dire que se mettre en position de monopole comme c'est le cas, en tant que tel, ce n'est pas du tout condamnable d'un point de vue de droit à la concurrence, j'entends. Ce qui sera sanctionné c'est s’il y a un abus ou s'il y a une entente avec d'autres sociétés, et donc un effet pervers sur la concurrence, sur le marché. Là, en l’occurrence, si Google se sert de l'une de ses positions dominantes dans un marché pour gagner dans un autre marché, pour lequel ils auraient un produit à priori moins pertinent, parce que c'est ce qui était reproché à Google Shopping à l'origine, ce n'était pas Shopping, je n'ai plus le nom en tête.

Émilie Chaudet : Si, c'est Shopping.

Benjamin Jean : Maintenant c'est Shopping, mais ça a évolué au fur et à mesure.

Émilie Chaudet : Google Shopping.

Andréa Fradin : Ah oui, probablement.

Benjamin Jean : Donc ils avaient un service, ils ont lancé un service qui était moins pertinent que d'autres, mais par leur position dominante en matière de recherche ils ont, semble-t-il, en tout cas c'est ce qui leur est reproché, réussi à rendre leur service plus attractif et ensuite plus pertinent. Donc c'est vraiment ça qui est sanctionnable quel que soit le montage choisi.

Émilie Chaudet : Vous parlez d’abus mais est-ce que ces recherches menées par Google et notamment sur le génome humain, donc Google qui stocke des génomes différents dans un cloud, dans un nuage dématérialisé de données, pour les mettre à la disposition de chercheurs, pour les tester, est-ce que ça, d'un point de vue éthique, c'est considéré, ça doit être considéré comme un abus ? Andréa Fradin.

Andréa Fradin : Comme un abus, je ne sais pas, mais il est clair que les États ne doivent pas se laisser dépasser par les entreprises de cette envergure sur des questions aussi essentielles que la recherche sur le génome humain. Et c'est un petit peu le problème éventuel, parce que, pour le moment, il n'y a pas de problème, mais la question que peuvent susciter les Google, Facebook et tout ça, qui s'engagent dans des secteurs qui n'ont plus rien à voir, comme je le disais plus tôt, avec leur cœur de métier, avec internet. Et c'est d'autant plus préoccupant qu'il y a ce paradoxe, auquel l'extrait audio faisait référence, et, en fait, paradoxe qui montre une image très cool de Google. On l'a encore vu avec Alphabet, ils ont fait toute une campagne marketing très réussie, très cool. Tous les amateurs de high-tech, de news high-tech, étaient ravis. Ils sont même comparés à une entreprise qui existe, virtuelle, fictionnelle, qui n’existe pas, fictive qui n’existe pas en réalité, qui est dans une série de HBO, une série américaine. Ils se comparent et tout le monde a dit : « Ah mon Dieu, c'est génial, Google se compare à cette entreprise qui s'appelle Hooli, sauf que Hooli, dans la série est horrible. Et Google en vient à se comparer à une boîte horrible pour le clin d’œil et tout le monde trouve ça cool. Moi ça me terrifie.

Émilie Chaudet : Allez-y Benjamin Jean.

Benjamin Jean : Juste cet élément, je trouvais votre remarque vraiment intéressante quand vous parliez d'éthique. Effectivement, pour moi la question elle est juridique, on en a déjà parlé quelques minutes. Mais elle est aussi sur bien d'autres plans, et notamment cette question éthique. Est-ce que ce qui est fait, est-ce que ce type de société, les projets sur lesquels ces types de sociétés travaillent sont éthiques ? C'est une question à part entière, sur laquelle il revient à chacun de se positionner. On n'est plus sur la Commission européenne qui va juger au regard du droit à la concurrence la position d'un acteur. Là c'est vraiment chacun qui se positionne face à une organisation qui est partout, sur nos PC, sur nos téléphones. Est-ce que son comportement est éthique ou pas ?

Émilie Chaudet : Olivier Babeau, sur cette question ?

Olivier Babeau : La remarque appelle d'autres questions. C'est de souligner que jamais, il n'y a pas d'exemple dans l’histoire de l'humanité que des entités, on peut dire privées, aient autant de pouvoirs. Certes, autrefois il y a eu des banques qui arrivaient à prêter aux empereurs et aux rois, ou à l’Église enfin aux papes et du coup avaient énormément de pouvoirs, mais on n'a jamais eu d'entreprises qui soient, et donc pas seulement Google mais les GAFA, qui soient aussi puissantes. Si vous prenez le chiffre d'affaires cumulé des GAFA, vous avez l'équivalent du PIB du Danemark, soit la quinzième puissance mondiale. Si vous prenez les réserves financières des GAFA, vous avez 123 milliards de dollars, c’est-à-dire de quoi acheter, grosso modo, les cinquante start-up les plus prometteuses et les plus innovantes. Vous avez un pouvoir énorme, et ça va effectivement bien plus loin, et c'est un petit peu ce que vous souligniez à travers votre remarque sur l'éthique, qui est qu'aujourd'hui le pouvoir de ces GAFA de façon générale c'est d’être la porte d'entrée du monde sur vous, sur l'individu, et la porte d'entrée de l'individu sur le monde.

Émilie Chaudet : Avec la collecte de données personnelles. Oui, c'est ça.

Olivier Babeau : Et donc, c'est être capable de contrôler, on pourrait dire, les deux côtés, et de ce contrôle que vous monétisez, vous tirez votre puissance financière mais aussi votre capacité d'influence.

Émilie Chaudet : Avant justement ces questions-là sur la e-santé, sur ces recherches-là, il y a aussi cette question, longtemps débattue, et encore débattue aujourd'hui, du droit à l'oubli, que ne respecte toujours pas Google. Il y a encore eu une plainte déposée aussi par l'UFC-Que Choisir, en France, par rapport à Facebook et à Twitter. Ce droit à l'oubli, fin juillet, la CNIL s'est fait signifier que ce droit à l'oubli ne serait pas respecté. Est-ce qu'il faut mettre au point un meilleur outil de répression ? Ou alors un meilleur outil de surveillance, permanent, pour faire plier Google ? Andréa Fradin ?

Andréa Fradin : Sur ce point il faut un petit peu nuancer parce qu'en plus le débat est très passionné. Ce qu'a dit Google à la CNIL française c'est : « Nous n’appliquerons pas votre vision du droit à l'oubli,

Émilie Chaudet : Au monde entier.

Andréa Fradin : Au monde entier ». Voilà, c'est ça. C'est-à-dire la Cour de justice européenne a dit : « Voilà, le droit à l'oubli c'est ça, vous avez la responsabilité de retirer des contenus suite à des plaintes ».

Émilie Chaudet : C'est-à-dire que moi si demain je demande à Google de supprimer du contenu me concernant sur internet, il peut le faire sur Google France.

Andréa Fradin : Voilà.

Émilie Chaudet : Mais si on se connecte en Allemagne, en Italie, aux États-Unis, en Amérique latine, on retrouvera ce contenu.

Andréa Fradin : Sur google.fr ce ne sera pas là. Mais si vous voulez vous mettre sur google.com, ou .de, ou point je ne sais quoi, ça apparaîtra. Et Google dit : « On ne peut pas se permettre d'appliquer cette vision des droits sur internet qui est proprement européenne, parce que c'est la porte ouverte à des demandes de régimes moins structurés, moins recommandables, plus dangereux, qui peuvent dire : "Eh bien voilà, nous on n'accepte pas des critiques, je ne sais pas, de notre roi, comme en Thaïlande par exemple, donc vous enlevez tout l'internet" ».

Émilie Chaudet : Ça c'est le directeur juridique de Google qui a dit ça. C'est ça ?

Andréa Fradin : Oui c'était sur le blog de Google. Il prenait l'exemple de la Thaïlande. Et, en même temps, ça se pose vraiment. Est-ce qu'il y a un droit universel d'internet ? Est-ce qu'il y a une cour internationale d'internet ? Non. Pour le moment ce n'est pas le cas.

Émilie Chaudet : Est-ce qu'il devrait y en avoir ?

Andréa Fradin : Je ne pense pas que ce soit souhaitable, tellement internet est flexible.

Benjamin Jean : Ce n'est pas dans l'esprit d'internet. Il faut, au contraire, être très décentralisé.

Émilie Chaudet : Olivier Babeau.

Olivier Babeau : Cette question du droit à l'oubli est effectivement compliquée. Moi, elle me fait tout de suite penser à 1984, et à la réécriture des journaux, enfin réécriture d'histoire.

Émilie Chaudet : Georges Orwell.

Olivier Babeau : Oui, Georges Orwell, évidemment. La question c'est jusqu’où vous devez oublier et quoi ? Peut-être que si vous avez fait, je ne sais pas, une erreur dans votre jeunesse, il y a prescription et donc, vous avez le droit à l'oubli, mais jusqu'à quand peut-on nier un fait historique, un fait qui devient un événement et qui, de fait, fait partie de l'histoire et, à ce moment-là, Google est obligé de le répercuter. Je trouve que ce débat, en tout cas, a le mérite d'attirer l'attention sur ce qui fait un petit peu le paradoxe de ces grandes plates-formes d'internet. On pourrait dire en apparence, et en réalité aussi, elles réalisent une formidable désintermédiation, puisque, à travers la plate-forme, vous avez la demande et l'offre qui vont se rencontrer comme aujourd'hui chez Uber, chez Airbnb, etc., et donc, au-delà des institutions et de tous les intermédiaires. Donc, en apparence, il y a, on pourrait dire, une sorte, carrément, d’hyper-démocratie qui peut se mettre en place. Mais, en réalité, cette plate-forme elle est toujours un filtre, elle est toujours une sélection de la réalité. Elle opère un filtre. Évidemment, le premier filtre c'est celui de la recherche qui ne vous donne pas la réalité d'internet. Il n'y a pas de réalité d'internet. Il vous donne un choix dans toutes les réponses qu'il peut y avoir aux questions que vous posez. Peut-être que le côté un petit peu pernicieux de ces grands plates-formes c'est qu'elles opèrent forcément un choix, mais qui ne dit jamais son nom et qui n’annonce pas la couleur. Et d'ailleurs personne ne connaît la nature de l’algorithme de Google.

Émilie Chaudet : Dans ce cas, allez-y, Andréa Fradin.

Andréa Fradin : Sur ce point, un autre point pernicieux qui montre la difficulté d'appréhender ces plates-formes et de leur imposer une forme de droit au niveau international ou régional, au niveau européen, au niveau national en France, c'est le fait que, en essayant de les responsabiliser comme l'a fait la Cour de justice européenne, on leur donne, en même temps, le pouvoir qu'on leur reproche. Parce que finalement, sur le droit à l'oubli, on dit : « Eh bien c'est Google qui tranche ». Et sur tout un tas d'autres sujets comme le retrait de contenus, on demande aux plates-formes de se responsabiliser et finalement de mettre un peu la casquette de justicier.

Émilie Chaudet : Et ce ne serait pas à elles de gérer cet aspect ?

Andréa Fradin : Mais si on fait ça, on leur donne, du coup, un pouvoir énorme, qui est à priori celui de l’État, tout en leur reprochant qu'elles ont déjà trop de pouvoirs. Donc ça montre bien la difficulté et la place qu'elles ont déjà, de fait.

Émilie Chaudet : Il y a aussi cette responsabilisation de l'utilisateur. La plainte d'UFC-Que Choisir, reprochait notamment à Facebook et à Twitter de faire des conditions générales d’utilisation, ce qu'on signe souvent avant d’utiliser un réseau social, avec des liens très flous, quarante, cent liens hypertextes dans un même texte. Ça aussi c'est à l’utilisateur de faire attention ? Ça tient à l’utilisateur de tout lire ? Ou alors, au contraire, est-ce qu'on doit réformer un petit peu, est-ce qu'on doit modifier ces textes-là ? Simplifier ? Rendre plus accessible, justement, plus transparent, cet aspect-là des réseaux sociaux ? Benjamin Jean.

Benjamin Jean : Plusieurs éléments de réponse. J'aurais tendance à dire que, d'une part, des acteurs comme Facebook, Twitter sont assez représentatifs de sociétés qui changent leurs CGU toutes les semaines ou tous les mois.

Émilie Chaudet : C'est le cas d'Apple, par exemple.

Benjamin Jean : De toutes façons, même si on les a lues une fois, un mois plus tard elles ont changé, et en se reconnectant, on les accepte à nouveau sans le savoir. Ça c'est ce qui est sur le papier.

Émilie Chaudet : Avec des changements parfois invisibles.

Benjamin Jean : Tout à fait. Ça c'est ce qui est sur le papier ce n'est pas nécessairement ce que le juge retiendrait pour finir, parce qu'il y a quand même un droit qui protège le consommateur et qui protège l'internaute. Est-ce qu'il faut que la loi impose un certain comportement aux plates-formes ? Alors peut-être. On pourrait très bien, effectivement, il y a des lois qui contraignent tous les acteurs d'internet, qui obligent à ce que les mentions légales soient affichées d'une certaine manière, à certains endroits. Pourquoi pas ? On pourrait rajouter les aspects aux conditions générales d'utilisation. Là je vous rejoins entièrement quand vous dites que l'utilisateur, lui-même, doit se sentir concerné. Je pense que c'est aux internautes, aux personnes qui choisissent telle ou telle plate-forme, tel ou tel outil, de choisir, peut-être, la plate-forme (ou l'outil) qui lui paraît la plus respectueuse de ses besoins, de ses volontés, de ses droits, de ses libertés. Et là, actuellement, les gens ne le font pas.

Émilie Chaudet : Andréa Fradin.

Andréa Fradin : En même temps, le vrai souci, et qu'on voit particulièrement depuis les révélations d'Edward Snowden sur la surveillance de masse mise en place par les États-Unis, c'est que les gens qui ne sont pas vraiment intéressés par les sujets numériques s'en fichent de ces questions.

Benjamin Jean : Oui.

Andréa Fradin : Et ça, c'est terrible. À chaque fois qu'on écrit un article sur le sujet, on va toujours avoir : « On s'en fiche. Je n'ai rien à cacher. On le savait déjà ». Et en fait, les gens ne veulent pas changer. J'ai le souvenir d'une anecdote très marquante : une ancienne collègue qui avait amené sa mère, une ancienne prof, à une conférence de hackers, donc vraiment la collusion de deux mondes. Et les hackers lui expliquaient l'importance de la vie privée.

Émilie Chaudet : Des pirates informatiques.

Andréa Fradin : Oui, voilà, des gens qui bidouillent le code et qui savent comment marchent toutes ces machines.

Benjamin Jean : Pas forcément des pirates.

Émilie Chaudet : D'accord.

Benjamin Jean : Des spécialistes.

Andréa Fradin : Ceux qui savent comment ça marche, disons.

Émilie Chaudet : D'accord.

Andréa Fradin :Et donc, qui expliquaient l'importance de la vie privée, l'importance de choisir les bons logiciels, les bons services en ligne, etc. Et à la fin de la conférence, tout le monde attendait un petit peu une espèce d'épiphanie chez cette dame, qu'elle n'a pas eue. En fait, elle a dit à la fin : « Eh bien non, s'il y a un système alternatif à Microsoft ou à Google tout aussi pratique, tout aussi confortable, tout aussi gratuit et je ne sais quoi, je n'irai pas ». Donc il n'y a pas de demande, en fait, dans le grand public, c'est peut-être ça le problème.

Émilie Chaudet : Olivier Babeau.

Olivier Babeau : Oui. Là on est au cœur du reproche principal qui est fait aux GAFA, en fait, c'est de monétiser nos données, volées à notre insu, prises, captées à notre insu.

Émilie Chaudet : Alors qu'elles sont souvent données par les utilisateurs, en signant.

Olivier Babeau : Alors qu'effectivement elles sont données en totale indifférence, mais souvent en totale ignorance aussi, parce que non seulement vous donnez, je ne sais pas, votre nom, votre date de naissance, mais en plus, le site va souvent capter, par exemple, votre comportement on-line en dehors de ce que vous faites sur sa propre… Et ça, on ne le sait pas, en général. Si on parle peut-être des mesures, ou des règles à mettre en place, je ne suis pas le seul à le dire, mais il y aurait quelque chose à mettre en place comme une forme d'opt-in, c'est-à-dire le fait que vous devez, pour accepter qu'on prenne vos données et qu'on suive vos données, faire une acceptation. Alors qu'aujourd'hui c'est plutôt, à la limite c'est plutôt l'opt-out, c’est-à-dire vous pouvez essayer, si vous faites beaucoup d'efforts, vous pouvez essayer de refuser le suivi.

Émilie Chaudet : Allez-y, Benjamin Jean.

Benjamin Jean : Le régime que vous évoquez c'est celui de la loi Informatique et Libertés, mais qui ne concerne que les données à caractère personnel. Et là, en l’occurrence, on a des données qui ne sont pas nécessairement à caractère personnel, ou qui sont considérées comme telles, ce qui leur permet de ne pas être dans l'opt-in, mais effectivement je vous rejoins tout à fait sur ce raisonnement.

Voix off : France Culture. Du Grain à moudre d'été. Émilie Chaudet.

Émilie Chaudet : Peut-on dégoogliser internet ? C'est la question qu'on essaye de se poser, à laquelle on tente de répondre, plutôt, ce soir, avec vous Andréa Fradin, journaliste à Rue89, Benjamin Jean de l'association Framasoft, juriste par ailleurs, et vous, Olivier Babeau, consultant en stratégie. En fait, je me souviens d'un mot d'Erwan Le Noan, un de vos confrères, sûrement que vous connaissez.

Olivier Babeau : Oui, je connais.

Émilie Chaudet : Qui a écrit dans une tribune : « La Commission européenne est critiquée sur son mode d’action. La Commission européenne invoque le droit à la concurrence pour sanctionner Google, là où elle devrait essayer de le contrôler ». Est-ce que c'est votre avis aussi à tous ? Est-ce que la Commission européenne, telle qu'elle se conduit maintenant, devrait plutôt se concentrer sur un contrôle, plutôt qu'à une éventuelle sanction ? Andréa Fradin.

Andréa Fradin : En même temps, c'est ce qu'elle amorce là. Elle pousse, par ses griefs, Google à faire des propositions, à formuler des propositions.

Émilie Chaudet : Est-ce qu'il n'est pas trop tard, justement ? Est-ce que Google n'a pas pris un peu trop d'avance ?

Andréa Fradin : En même temps, la loi, le contrôle, les sanctions, c’est toujours après et toujours trop tard. Donc, je pense que sur ça on n’arrivera jamais à prendre l'avance sur les innovations et les entreprises. Je pense que la Commission européenne, en formulant ses griefs, a quand même mis un gros coup de pression. Les eurodéputés ont fait de même en appelant, très symboliquement, puisqu'ils n'ont pas de pouvoir sur ce sujet, au démantèlement des services de Google, sans le mentionner explicitement, mais tout le monde savait qu'il s'agissait de Google. Je pense que la pression est là et d'ailleurs, le fait que Google ait formulé des propositions prouve qu'ils le prennent très au sérieux.

Émilie Chaudet : Olivier Babeau.

Olivier Babeau : On pourrait dire qu'il y a deux visions. L'une, on pourrait dire, légalise, qui dit qu'il faut peut-être, à la limite, démembrer Google comme autrefois la Standard Oil de Rockefeller, au début du 20e siècle. D'ailleurs beaucoup de gens l'invoquent. Il y a eu un vote du Parlement européen à ce sujet, que n'a pas repris la commission. La deuxième vision, et c'est peut-être personnellement celle que je partage plus, c'est de faire confiance à la concurrence justement, et de dire qu'il n'y a pas non plus d'exemple, dans l'histoire, d’entreprises qui aient réussi à survivre à leur cycle économique, au cycle économique qui les avait fait battre. Si on regarde Google, ils ont eu des revers, ils ont complètement loupé le tournant des réseaux sociaux.

Émilie Chaudet : Google +, qui n'a pas marché.

Olivier Babeau : Ils ont loupé les applications, ils ont beau être dominants avec Android, en réalité, de plus en plus de trafic leur échappe. En fait, le moteur de recherche est en train de diminuer en importance. D'abord, il faut se souvenir, ils ont 90 % en France, mais, au niveau mondial, ils n'ont que 60 %. Ils ne sont pas leaders en Russie et en Chine.

Émilie Chaudet : Et qui sont ses principaux concurrents, justement ?

Olivier Babeau : En Chine, par exemple, c'est Baidu.

Émilie Chaudet : Les locaux.

Olivier Babeau : Mais il faut savoir qu'aujourd'hui les gens arrivent sur des contenus, par exemple des vidéos, non pas à travers le moteur, mais à travers des réseaux sociaux, par exemple Facebook. Donc ils ont loupé des trucs. Google, probablement, est aussi mortelle que les autres entreprises.

Émilie Chaudet : Andréa Fradin.

Andréa Fradin : Mais en même temps ça n'a pas d'impact sur eux. L'échec cuisant de Google +, et d'ailleurs je crois que là c'est la fin de la fin.

Émilie Chaudet : Le réseau social lancé par Google.

Andréa Fradin : Voilà qui devait concurrencer Facebook, n'a pas du tout ébranlé Google, en quoi que ce soit. Justement, ce que je disais plus tôt, le fait que les fondateurs aient bien ça en tête, on voit qu'ils ont la hantise de voir leur boîte s'effondrer et mourir, et le fait qu'ils investissent comme ça dans la robotique, dans la maison connectée, dans la voiture sans pilote, enfin tout ça, prouve qu'ils essaient, justement, de survivre et de, sans arrêt, relancer l’intérêt, l'innovation. C'est vraiment une grande obsession et c'est peut-être la nouveauté par rapport, à l'époque, à Microsoft.

Émilie Chaudet : Benjamin Jean.

Benjamin Jean : Pareil. Si je peux rebondir sur votre remarque, pour moi le droit à la concurrence c'est de la régulation, c'est du contrôle. C'est-à-dire qu'on est vraiment dans cette action de la part de la Commission européenne et, ce qui me semble important, et tout le monde en parle comme ça, c'est de dé-personnifier Google, mais peut-être que demain ça ne sera plus Google. Ce qui est important c'est de limiter ce type d'acteur, en tout cas d'organisation, qui grossit, qui peut avoir un effet pervers sur le marché et sur nos libertés, sur notre éthique. Ce sont des sujets qu'on pourra évoquer. N'importe qui pourrait prendre la place de Google demain, il devrait, lui-même, être régulé, ou, en tout cas, on devrait encadrer. C'est notre position.

Émilie Chaudet : Olivier Babeau.

Olivier Babeau : Oui. Je ne veux pas me faire l'avocat du diable, et le diable aujourd'hui, évidemment, c'est Google, contrairement à ce qu'ils prétendent, Don't be evil, mais ça, c'est une sorte d'antiphrase.

Émilie Chaudet : Don't be evil, c'est la devise de Google.

Olivier Babeau : Aujourd'hui c'est le grand Satan numérique.

Émilie Chaudet : Ne soyez pas mesquin, ne soyez pas méchant.

Olivier Babeau : Voilà. En fait, le combat anti Google revient très souvent, une sorte d'invocation apotropaïque, vous savez, une sorte d'exorcisme. Mais en réalité, tuer Google ne serait pas tuer les problèmes de l'internet et ne serait pas résoudre les problèmes. Parce que les problèmes, en gros, il y en a trois. Les grands enjeux de ce siècle, c'est quoi ? C'est l'enjeu économique parce qu'on a, effectivement, des transformations des façons de travailler, très concrètement un recul, par exemple, de la forme du CDI traditionnel, avec les nouvelles formes de collaboration. En termes politiques, c'est évidemment la surveillance généralisée, la société panoptique qui est en train de se mettre en place, qui, entre parenthèses, est plus le fait, au moins autant le fait, disons, par des entités publiques et des États que des sociétés privées.

Émilie Chaudet : Disons que ça se fait main dans la main.

Olivier Babeau : D'ailleurs, les sociétés privées qui développent aujourd'hui des formules de cryptage sur le téléphone sont critiquées par les États, notamment la Grande-Bretagne, parce que justement ce cryptage ne leur permet pas de les écouter. Donc aujourd'hui qui est du côté de la confidentialité de la vie privée, ce n'est pas le public, c'est plutôt le privé. Et le troisième grand enjeu, évidemment, c'est un enjeu civilisationnel, sur lequel Google est très engagé, c'est l'enjeu de l’intelligence artificielle. Lisez Laurent Alexandre, La mort de la mort, tous ces auteurs futurologues qui décrivent ça de façon assez saisissante : un camp transhumaniste, c'est-à-dire des gens qui sont partisans de l’application à l'humanité de toutes les avancées scientifiques, un camp transhumaniste qui est très clairement incarné, aujourd'hui, par Google.

Émilie Chaudet : Benjamin Jean vous disiez à l'instant qu'on ne réglerait pas le problème en remplaçant Google, ce à quoi nos autres invités ont répondu qu'ils étaient d'accord. Chez Framasoft, vous, vous travaillez sur l'élaboration, le développement, d'un autre moteur de recherche, autre que Google, une alternative à Google. Vous allez nous en dire plus dans un instant. Vous travaillez aussi sur des alternatives de réseaux sociaux tels que Facebook, Skype aussi. Est-ce que ces recherches ont été menées parce qu'il y avait un vide face à l'impuissance des États, justement ? Qu'est-ce qui a motivé ces recherches d'alternatives ?

Benjamin Jean : Je dirais qu'on n'est même pas allé jusqu'au concept d'impuissance des États, ce n'était vraiment pas notre préoccupation. On est un réseau qui date des années 2000, un réseau de projets collaboratifs, éducation populaire autour de la culture libre, du logiciel libre, et, à la base on est, effectivement, très centré sur le logiciel et au fur et à mesure on a évolué. Notre constat c'était qu'avec internet et avec tous ces nouveaux acteurs qui proposent du service sur internet, mais on n'est plus dans l'ère du logiciel qu'on irait acheter dans les grandes surfaces. Maintenant on se connecte, on appuie trois fois sur accept, et ça y est on est connecté à un nouveau service et la moitié de notre vie est déjà sur ce service-là. Nous, devant ce constat des usages en fait, qu'internet génère, on a lancé l'an dernier, en 2014, une campagne qui s'appelle « Dégooglisons Internet ». L'idée de cette campagne c’était surtout de sensibiliser, de montrer qu'internet et le développement d'acteurs de type Google, c'est pour ça qu'on a parlé de « Dégooglisons Internet », mais c'est beaucoup plus large, c'est YouTube, c'est Facebook, on les a déjà évoqués. Je rajoute volontiers Microsoft dans le GAFAM. Donc c'est tous ces gros acteurs. Cet internet a de vrais dangers pour l'utilisateur, vraiment. On ne parle pas tant de la technique, on parle de l'utilisateur, du service.

Émilie Chaudet : Un danger qui se situe au niveau du fait de confier des données très personnelles ?

Benjamin Jean : C'est ça. On en a parlé : c'est l'espionnage. C'est la centralisation : on va tous se retrouver chez un seul. C'est l'éthique. C'est la liberté aussi : est-ce qu'on peut sortir facilement de tout ça ? Nous, face à ces différents enjeux, ces dangers, on a essayé de proposer des réponses qui sont la liberté, la décentralisation, l'éthique, justement, au profit des utilisateurs. Et donc, devant ce constat des dangers et des réponses que pouvaient apporter certains logiciels libres, on a mis, face à chaque service ou projet de Google ou de Facebook utilisé massivement, des alternatives libres, open source, que chacun peut télécharger, installer chez soi, mais aussi tester chez nous.

Émilie Chaudet : Code source ouvert ? Que les gens peuvent ? Donc le code source ouvert c'est quand les gens peuvent venir prendre des données, en ajouter d'autres pour améliorer un service.

Benjamin Jean : Exactement. L'idée, en fait, du logiciel libre c'est que lorsqu'on achète le logiciel ou lorsqu'on le télécharge, on a la recette à côté. C'est-à-dire que, d'une part, on sait ce qu'il y a dedans, mais en plus on peut le reconstruire, voire le modifier si jamais on préfère le faire d'une autre façon. C'est vraiment la base du logiciel libre, sans rentrer dans les détails. Donc tous les services qu'on propose s'appuient sur ces logiciels-là et en plus, on documente toute l'installation qui permet à chacun de la faire chez soi, ou au sein de sa propre organisation. Donc, on n'a pas vocation à remplacer Google. L'idée ce n'est pas de dire « allez chez Framasoft plutôt que d'aller chez Google ».

Émilie Chaudet : C'est d'offrir un service, du coup, pour lequel vous vantez une certaine transparence ?

Benjamin Jean : Montrer une alternative, montrer une autre façon. Oui, c'est ça, montrer une autre façon que d'utiliser tous ces services centralisés, que Google symptomatise très bien mais, encore une fois, ce ne sont pas les seuls, et permettre ensuite à chacun de le faire chez soi, ou de le faire au sein de son organisation, ou de prôner l'usage auprès de ses proches.

Émilie Chaudet : Ces moteurs de recherche sont déjà actifs ? Il y a déjà des utilisateurs, de fait.

Benjamin Jean : C'est ça. On a un moteur de recherche, on peut aller sur trouvons.org. Le mieux, je dirais, c'est d'aller sur le site degooglisons–internet.org, où vous avez l'ensemble des services qui sont proposés avec aussi tous les enjeux derrière ça. Et un état, c'est-à-dire les projets qui sont mis en place au fur et à mesure.

Émilie Chaudet : Vous dites que le message n'est pas de dire « n'allez plus chez Google », mais, quand même, degooglisons-internet.org, c'est un message assez fort.

Benjamin Jean : Oui, c'est fort. Mais aussi parce qu'on est dans la vulgarisation. Soyons lucides. La première difficulté c'est de faire comprendre à chacun l'enjeu de penser autrement que ce qu'on nous propose. Quand on achète un téléphone, on n'a pas tellement le choix, on a le choix entre différents téléphones. Mais si on regarde l'usage que nous permet de faire le téléphone, les fonctionnalités qui nous sont apportées, on n'a pas vraiment le choix. On a des applications qui sont déjà installées, des fonctionnalités qui sont apportées et c'est dur d'en sortir.

Émilie Chaudet : Olivier Babeau, vous vouliez réagir.

Olivier Babeau : Oui. Ce sont des initiatives très intéressantes. Il faut se souvenir que Google est une entreprise qui est arrivée tard dans l’histoire d'internet, elle est créée en 98. Pourquoi elle a réussi face à, par exemple, un Altavista qui était déjà un acteur en place. Donc ce n'est pas the first, du tout, le premier arrivant sur le marché.

Émilie Chaudet : Pourquoi a-t-elle mieux réussi que les autres ?

Olivier Babeau : Il y a plusieurs explications. Parce que ses réponses étaient plus pertinentes, en gros. Le service était meilleur. On dit aussi qu'il était beaucoup plus simple, parce que le fameux rectangle blanc, il y a un côté magique : vous y mettez votre question, il vous donne une réponse. Alors qu'à l'époque Yahoo, Altavista étaient dans une logique, dans une espèce…

Benjamin Jean : D’annuaire.

Olivier Babeau : D'annuaire, c’était totalement illisible. Le génie de Google c'est d'arriver avec juste son rectangle. Mais en tout cas, il y avait une offre qui avait une meilleure qualité. Et probablement, la meilleure réponse qu'on puisse faire à Google, si on n'est pas du côté des partisans du démantèlement, c'est de dire « eh bien proposons quelque chose de mieux ». Regardez un moteur français, tel que Qwant, par exemple : l'année dernière un milliard de requêtes. Il est parti de rien, il y a peu de temps. Ça veut dire que quand on a moteur qui arrive à apporter des réponses plus pertinentes, ou qui correspondent plus aux besoins des consommateurs, à ce moment-là vous avez une demande. Cela étant, ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas un problème culturel dans le fait que les gens… Il faudrait, idéalement, que le besoin, on pourrait dire, de protection de sa vie privée devienne une part importante de la demande des consommateurs.

Émilie Chaudet : La solution n'est donc pas forcément juridique.

Benjamin Jean : Je pense qu'elle n'est pas seulement juridique, c'est totalement illusoire de le penser.

Émilie Chaudet : Andréa Fradin.

Andréa Fradin : Il y a tout un tas de facteurs, effectivement, et malheureusement, j’ai envie de croire que la seule innovation permettra de faire germer le futur Google et la future grosse multinationale du Net de demain. Mais j'ai du mal à y croire parce que, comme je disais tout à l'heure, Google met quand même en place tout un ensemble de barrières pour empêcher les futures pousses d'arriver sur le marché, notamment en les achetant très vite. Les acquisitions de Google, c'est juste monstrueux.

Émilie Chaudet : Vous pensez à quelles entreprises, par exemple ?

Andréa Fradin : Les dernières qu'ils ont eues : Nest sur les objets connectés, il y a eu Boston Dynamics dans la robotique. Il y en a eu tout un tas. Je crois qu'il y a cent cinquante, depuis le début de Google, et ils ont commencé très très tôt.

Olivier Babeau : Il y avait avant Waze, YouTube.

Andréa Fradin : Voilà. Il y a eu Motorola aussi. Ils ont acheté, je crois, cent cinquante start-up, ou entreprises confirmées, depuis le début de leur histoire. C'est énorme, et encore, ce n'est que le chiffre connu, parce qu'il y a toutes celles dont les deals ont été tus. C'est absolument énorme, et donc ils phagocytent, comme ça, pour ne pas, justement, se laisser concurrencer. Bien sûr, il y aura toujours la possibilité d'une innovation de, comme pour Google, des génies dans leur garage qui font un truc super, qui marche, meilleur, plus ergonomique, plus séduisant pour les utilisateurs. Mais là, quand même, il y a un effet de réseau qui fait qu'on est tous soit chez Facebook, soit chez Twitter, soit chez Google. Basculer sur un autre service ? Ah, ça demande quand même du temps, quoi. Il n'y a pas les copains, il n'y a pas la famille, donc c'est un peu embêtant. Et de la même façon, comme je disais plus tôt, il y a aussi un problème chez le grand public qui ne s'intéresse pas à ces questions Ça n'intéresse pas forcément la question de la vie privée, la nécessité de basculer. L’initiative de Framasoft, je la trouve géniale, mais il faudrait la diffuser auprès du grand public, pour concurrencer, effectivement, ces géants.

Émilie Chaudet : Olivier Babeau.

Olivier Babeau : Moi je partage un peu vos doutes. Mais, vous savez, il y a eu cette fameuse théorie de Huntington sur la fin des civilisations qui depuis, a été un peu battue en brèche. Mais penser que Google sera toujours Google c'est un peu penser à la fin de l'économie ou à la fin de l'histoire économique. Ça j'ai du mal à y croire, personnellement. Moi, je suis comme vous, je partage vos doutes. Mais ce que je constate, tout de même, en revanche, c'est que le coût d’entrée dans un métier, grâce à internet et grâce au numérique, justement à cause d'effets de réseaux et puis des coûts marginaux nuls, etc., et puis du cloud computing, le coût d'entrée est devenu extrêmement faible. Donc vous n'avez plus besoin de beaucoup de capitaux pour vous créer. C'est bien pour ça, d’ailleurs, qu'effectivement Google rachète des start-up qui se sont créées, la plupart du temps, dans des garages, dans des piaules d'étudiants. Ils le savent. C'est vrai qu’ils ont cette capacité à racheter, mais ça ne veut pas dire que les choses n'émergent pas en dehors d'eux, en dehors. En fait, ça émerge de facto, aujourd'hui encore, en dehors d'eux.

Émilie Chaudet : Ce que disait Andréa Fradin sur justement cet appétit de Google pour les petites entreprises qu'elle rachète, cette presque autosuffisance, on pourrait dire, est-ce que ça ne peut pas aboutir, à terme, justement, à son auto destruction, si on emploie des mots très radicaux ? Andréa Fradin.

Andréa Fradin : Je crois que c'est ce qu'ils redoutent. C'est pour ça qu'ils n’arrêtent pas de se restructurer, d'essayer de retrouver cette flexibilité des débuts, des petites organisations, qu'ils ne pourront jamais ravoir. Ils ne sont plus les trublions du secteur malgré l'image qu’ils veulent donner. Ce sont les nouveaux géants, c'est le nouveau monopole, ce sont ceux qu'il faut aller détrôner, clairement.

Émilie Chaudet : En attendant cette fin programmée de Google, on a parlé beaucoup de la responsabilité des États, de la responsabilité des consommateurs, et des différences culturelles aussi, que ça peut impliquer d'un pays à l'autre. Comment est-ce qu'on peut synthétiser ? Comment est-ce qu'on peut homogénéiser tout ça ? Vous disiez, tout à l'heure, qu'une cour internationale de l'internet ne serait pas souhaitable. Mais alors comment, en attendant, on peut régulariser, imposer des réglementations à Google ? Rapidement, en guise de conclusion. Andréa Fradin.

Andréa Fradin : C'est extrêmement complexe. J'en discutais récemment avec Bertrand de la Chapelle, un ancien du conseil d’administration de l'ICANN, un diplomate qui essaie de réfléchir à ces questions dans un nouveau projet, qui s'appelle « Internet et Juridiction », qui est très intéressant, qui essaie de combler, justement, ce fossé entre des juridictions en France, aux États-Unis, enfin bref dans tous les pays, et aussi dans des régions comme l'Europe, par exemple, qui sont lourdes, qui demandent beaucoup d’années et beaucoup d'argent, et qui ne sont pas adaptées au temps d'internet, et, de l'autre côté, des règlements qui sont faits sur le tas parce qu'il fallait bien trouver des solutions entre les pays et les plates-formes. Par exemple, quand la France demande à Twitter de gérer le hashtag « un bon juif », et du coup ça c’est opaque, c'est informel, on ne sait pas trop pourquoi des contenus sont retirés. Donc on essaie de trouver une solution, mais c'est très marginal.

Émilie Chaudet : Eh bien, merci beaucoup à vous trois d'avoir été avec nous ce soir. Andréa Fradin, journaliste, Olivier Babeau, consultant en stratégie et Benjamin Jean, juriste et membre de Framasoft. Peut-on dégoogliser Internet ? C'est la question à laquelle nous avons tenté de répondre ce soir. Demain on se retrouve avec une tout autre question : « Dans quelle guerre la Turquie s'engage-t-elle ? ». Très bonne soirée à tous et à demain.

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Peut-on dégoogliser internet? - France Culture - Émission Du grain à moudre d'été 2015  Voir?


olivier andrea et benjamin

Présentation

Titre : Peut-on dégoogliser internet ?
Intervenants : Andréa Fradin - Benjamin Jean - Olivier Babeau - Émilie Chaudet
Lieu : France Culture - Émission Du grain à moudre d'été
Date : Août 2015
Durée : 44 min
Licence : Verbatim
Lien vers la vidéo : page de l'émission

Transcription

Émilie Chaudet : Bonsoir à toutes et à tous. Bienvenue dans Du Grain à moudre d'été, une émission préparée par Fanny Richez, Catherine Donné, Virginie Leduault et Marie Vidal, réalisée par Lise Côme, accompagnée ce soir à la technique de Clément Datté.

« Google est ». Si vous tapez juste ça sur le moteur de recherche en question, votre phrase se complète automatiquement, sur votre écran : « Google est un moteur de recherche », ou « Google est ton ami ». Maintenant, tapez « Google est un », vous tombez très vite sur une femme ou un dieu. Et je vous passe encore la tentative d'une recherche « Google est trop », un sursaut fantasmé, un brin mégalo, qui donne une idée de la position que se donne la firme à l'échelle du monde, celle d'une entreprise qui jouit de plus en plus d'un contrôle sur la vie privée des internautes et qui se donne pour objectif de contrôler la vie tout court. En effet, la restructuration de la firme qui s'appelle donc Alphabet depuis une semaine, nous rappelle que Google n'est pas qu'un moteur de recherche, une messagerie ou un réseau social. C'est une entreprise de plus de 53 000 salariés qui travaillent aussi à la création et au développement de voitures sans chauffeur, de remèdes contre des maladies graves, tout comme Facebook ou Amazon. Une fois qu'on a dit ça, une question se pose : qui les contrôle ces entreprises ? Qui ? Quelle instance peut leur imposer des limites professionnelles, éthiques, les contraindre à un meilleur respect de la vie privée de leurs usagers ? Et ces questions se posent d'autant plus que Google, qui devait répondre aujourd'hui à des griefs de la Commission européenne pour abus de position dominante, vient, une fois de plus, de repousser ce délai à la fin du mois d’août. Alors peut-on dégoogliser Internet ? Ou, en tout cas, limiter, réglementer le pouvoir de Google sur le Web ? C'est notre sujet du jour.

Et pour en parler j'ai le plaisir de recevoir trois invités. Andréa Fradin, bonsoir.

Andréa Fradin : Bonsoir.

Émilie Chaudet : Vous êtes journaliste pour le site d'information Rue89, spécialiste des questions numériques. À côté de vous, Benjamin Jean, bonsoir.

Benjamin Jean : Bonsoir.

Émilie Chaudet : Vous êtes juriste, spécialisé en propriété intellectuelle et vous êtes membre de Framasoft, une association qui promeut, entre autres, le logiciel libre et qui tente de mettre au point des plates-formes alternatives à Google, Facebook, Twitter ou Skype. Nous y reviendrons, bien sûr, dans le courant de cette émission. Et avec vous, en face de vous, pour discuter, Olivier Babeau, bonsoir.

Olivier Babeau : Bonsoir.

Émilie Chaudet : Vous êtes professeur de stratégie d’entreprise à l’université de Bordeaux et vous êtes, également, membre du Conseil scientifique de l'institut pour la Souveraineté numérique. Vous êtes une vingtaine dans ce comité, je crois. C'est une association qui compte une vingtaine, enfin une vingtaine de personnes au sein de ce comité, peut-être plus en réalité. C'est ça ?

Olivier Babeau : Oui, il y a peut-être une vingtaine de participants très actifs et puis après toute une myriade de participants qui apportent leur savoir et leur intérêt.

Émilie Chaudet : En tout cas cet institut tente de sensibiliser les citoyens et les entreprises sur la protection de nos données et de proposer des actions juridiques en ce sens ; nous aurons, d'ailleurs, l’occasion d'en reparler aussi. Nous avons mis l'accent, aussi bien dans le titre que dans l'introduction de cette émission, sur Google, car c'est cette filiale qui est aujourd'hui dans le collimateur de la Commission européenne et au centre de l'actualité, mais nous allons, bien sûr, aborder ces questions aussi à travers les cas de Twitter, de Facebook, d'Apple, d'Amazon, etc.

Google devait répondre aux griefs de la Commission européenne, à la fin du mois de juin, des griefs dans le cadre d’une enquête de cette Commission pour abus de position dominante. Le délai d'une réponse imparti à Google a été repoussé une première fois et les dirigeants de la société devaient donc livrer leur argumentaire aujourd'hui. Or, la semaine dernière, un délai leur a été de nouveau accordé. Ils ont maintenant jusqu'au 31 août pour répondre à ces griefs. Alors, qu'est-ce que ce déroulé à rallonge de cette procédure juridique dit du pouvoir de Google, de son image d'intouchable, face aux institutions qui lui demandent des comptes ? Benjamin Jean.

Benjamin Jean : C'est une grande question. Le premier élément de réponse c'est, qu'effectivement, Google est une organisation qui produit des services qui remplissent des besoins, déjà, qui répondent aux attentes des utilisateurs, des internautes, et je pense que Google, en cela, a innové sur internet. La difficulté c'est que, de part leur position qui devient, effectivement, de plus en plus dominante, on en est venu à se demander s'il n'y avait pas abus possible de cette position et c’était toute la crainte et les raisons de l’enquête menée par la Commission européenne. Oui.

Émilie Chaudet : Olivier Babeau.

Olivier Babeau : Il ne faut pas confondre deux choses. En fait, il y a la position dominante qui est un fait incontestable et l'abus. C'est l'abus qui est incriminé en l'occurrence. La longueur de la procédure n'est pas très étonnante, si on se souvient de celle de Microsoft. Elle avait duré 13 ans entre 2000 et 2013 et à l'issue de laquelle ils avaient été condamnés à quasiment six cents…

Émilie Chaudet : Plus que ça.

Andréa Fradin : Deux milliards d'euros. Il y a eu deux milliards d'euros d'amende au total.

Émilie Chaudet : Il y a eu plusieurs amendes.

Olivier Babeau : Il y a eu plusieurs amendes, effectivement, au titre d'Internet Explorer, ils avaient eu une amende extrêmement importante. Ça avait quand même duré treize ans. Ici finalement, on aura été sur une durée, si je ne me trompe pas, un peu inférieure, en fait.

Émilie Chaudet : Pour le moment on est à cinq ans, à peu près.

Olivier Babeau : Voilà. C'est relativement rapide.

Andréa Fradin : Ça peut durer encore !

Olivier Babeau : Pour une procédure qui est quand même extrêmement complexe.

Émilie Chaudet : Justement, Andréa, sur cette question, vous vouliez rajouter quelque chose ?

Andréa Fradin : Oui. Moi je suis tout à fait d'accord. C'est un peu l’histoire qui se répète. Et, à mon sens, Google aimerait bien arriver à ce que Microsoft a réussi à avoir aux États-Unis. Parce qu'il faut bien se rappeler que si Microsoft a été condamnée à deux milliards, ce qui n'est pas grand-chose quand on regarde les chiffres d'affaires. Là Google, je crois, encourt en gros, une amende équivalente à maximum 10 % de son chiffre d'affaires, ce qui fait, en gros, six milliards, sur soixante milliards de chiffre d'affaires ça fait beaucoup pour nous autres, mais pour une entreprise comme Google, ce n'est pas si énorme. Mais il faut bien voir que Microsoft, par exemple aux États-Unis dans les années 2000, s’était fait condamner, puis après avait réussi à trouver un accord avec le Département de justice américain, l'équivalent de notre ministère de la justice. Je pense que Google, et d’ailleurs ils ont fait des propositions en ce sens pour le moment refusées, cherche à trouver un accord avec la Commission européenne pour, justement, préserver son image en Europe déjà très écornée et ensuite, essayer de s'en tirer sans faire trop de vagues.

Émilie Chaudet : Mais justement est-ce que Google peut trouver un accord quand on voit le nombre de plaintes qui ont déjà été déposées à son encontre, que ce soit en France ou dans d'autres pays d'Europe ? Olivier Babeau.

Olivier Babeau : En fait, si on regarde l'affaire de la procédure, le détail de la procédure, mais sans, effectivement, rentrer trop dans la complexité de ce qui s'est passé, mais, à un moment donné Jochim Almunia, qui était l'ancien commissaire à la concurrence, avait failli accepter les conditions qui avaient été proposées.

Émilie Chaudet : D’ailleurs je rappelle juste que cet abus de position dominante, ça consiste, pour expliquer un petit peu à nos auditeurs que, en fait Google est accusé de faire sortir.

Olivier Babeau : De favoriser ses services.

Émilie Chaudet : De favoriser ses services.

Olivier Babeau : Dans le moteur de recherche.

Émilie Chaudet : Si on tape une recherche sur Google

Olivier Babeau : Qui est son produit, c'est un de ses produits au milieu de centaines d'autres, mais c'est son produit phare.

Émilie Chaudet : Et on tombe sur des services produits par Google.

Olivier Babeau : L'idée en gros, ce serait qu'il favorise ses propres services.

Andréa Fradin : Plus précisément, Google Shopping, je crois.

Olivier Babeau : Comparateur de prix, tout à fait.

Andréa Fradin : Au lieu de mettre par exemple, je ne sais pas, quel autre service, Amazon, ou eBay, ou je ne sais quoi d'autre, on voit ressortir, quand on fait une recherche, en premier, en exergue, comme par hasard, les services de Google, et c'est ce que met en cause la Commission.

Émilie Chaudet : Benjamin Jean.

Benjamin Jean : Et d’ailleurs, pour re-contextualiser aussi, au regard de la première affaire qui concernait Microsoft, effectivement, Microsoft a été condamnée, mais son concurrent Netscape était mort depuis de nombreuse années au moment où Microsoft a été condamnée. C'est là où on voit que le temps a un effet certain.

Olivier Babeau : Le temps de la justice n'est pas celui des affaires.

Benjamin Jean : Exactement.

Olivier Babeau : Et c'est probablement ce sur quoi les grandes sociétés, de façon générale, jouent et Google, en particulier, ils savent parfaitement qu'ils peuvent faire bouger les lignes de façon considérable, le temps que toute la machine judiciaire se mette en marche. Et donc, quand arrive la sanction, si elle est importante, parce que si on regarde la sanction de la Cnil, 50 000 euros à l’encontre de Google, qui était le maximum légal, 50 000 euros évidemment pour Google ce n’était pas grand-chose, quand arrive la sanction, en fait, ils ont déjà réussi à faire bouger les lignes, de fait. La stratégie à mon avis, elle est assez assumée. Ce n'est pas propre à Google, c'est propre à la plupart des grosses entreprises.

Émilie Chaudet : Mais justement, la question qui se pose là, tout de suite, c'est pourquoi Google demeure intouchable là-dessus, alors que Microsoft a quand même réussi au terme de dix ans certes, mais quand même, à être condamnée, et jusqu’à quand Google peut gagner comme ça du temps, petit à petit, de report en report ?

Andréa Fradin : Effectivement Microsoft ça a pris extrêmement de temps, beaucoup de temps, alors que l'affaire était, selon les juristes qui ont examiné le cas, beaucoup plus simple. Là, la ligne de défense de Google se tient finalement. Ce que dit Eric Schmidt, il l'a encore répété il y a quelques mois, il ne force personne à aller sur le moteur de recherche. La concurrence est à un clic, comme il le dit et, comme vous l'avez très bien rappelé, finalement il y a une demande. Quand on parle de Google, comme ça, on a l'impression qu'on met le couteau sous la gorge des utilisateurs, de l'internaute, en les forçant à aller sur Google ou Facebook ou autre chose. Mais ce n'est pas le cas. Il y a une véritable demande et, finalement, les gens tant qu'on leur offre un service qui leur convient, ils y vont, ils ne vont pas se poser la question, et c'est peut-être ça le problème aussi.

Émilie Chaudet : Il y a pile une semaine Google s'est restructurée, maintenant le moteur de recherche est devenu une filiale abritée sous la maison mère Alphabet qui regroupe plein d'autres activités de Google. L'entreprise, donc, se consacre aussi à la recherche. Larry Page, l'un des patrons de la société, a justifié cette nouvelle organisation par un souci, dit-il, d'allégement et de clarté. Il dit donner plus de niveaux de gestion pour pouvoir gérer indépendamment des choses qui ne sont pas liées. Est-ce que cette restructuration, aussi, c'est une manière de brouiller les pistes juridiques ? Est-ce que c'est une manière d'échapper, une fois de plus, de faire obstacle à des actions juridiques ? Olivier Babeau.

Olivier Babeau : Il y a deux lectures. Une première lecture, assez business, qui est donnée par la plupart des observateurs en stratégie, qui est que, quand une entreprise croît, naturellement, elle va passer d'une organisation fonctionnelle à une organisation divisionnelle. Parce qu'on est beaucoup trop gros, il va falloir séparer les activités pour qu'elles soient, on pourrait dire, plus indépendantes dans leur fonctionnement. C'est la première explication et ça se justifie. La deuxième, c'est peut-être une explication du point de vue des créateurs qui est qu'ils ont mis de côté, on peut dire, le moteur à rentabilité de l’entreprise, et puis ils vont pouvoir, comme ça, s'intéresser et gérer plus directement ce qui les intéresse plus et qui constitue, aujourd'hui, le cœur du développement et de la recherche de Google, on va peut-être en parler, tout ce qui est biomédecine notamment, robotique, intelligence artificielle.

Émilie Chaudet : Benjamin Jean, sur cette question, de la protection juridique qui impliquerait, ou non, Alphabet ? Vous allez nous répondre.

Benjamin Jean : Là ce n'est pas tant en termes de protection juridique, ça serait savoir si le droit à la concurrence serait impacté par cette nouvelle organisation. Je ne crois pas simplement parce que dans les faits, effectivement, même si maintenant il y a une holding et différentes entités, rien n'a changé dans le modèle de gouvernance : ce n'est qu'une maison-mère qui a une multitude de filiales. Donc elle pourrait tout à fait être condamnée pour le même motif d'abus de position dominante. Vraiment, je ne vois aucune difficulté à ça. Pour le reste, effectivement. Peut-être le timing a fait que ça leur permettait, aussi, de gagner du temps au regard de la Commission européenne, ça je ne saurais le dire, mais, pour moi, en tout cas, ce n'est pas un argument suffisant pour échapper à la Commission européenne. Même si ça permet, éventuellement, de donner plus de clarté sur les chiffres des différentes filiales et notamment sur cet abus de position dominante, au regard de certains…

Olivier Babeau : Oui, ça peut avoir, beaucoup de gens ont souligné que ça avait un intérêt boursier. Ça permettait de rassurer.

Émilie Chaudet : Oui, de rassurer les investisseurs.

Olivier Babeau : De clarifier, de montrer clairement où et comment la valeur était produite à l'intérieur de l'entreprise.

Émilie Chaudet : Andréa Fradin.

Andréa Fradin : Ce que disent les patrons de Google, Lary Page et Sergueï Brin, c’est que les investisseurs un peu traditionnels peuvent être effrayés par les grands projets visionnaires de Google qui sont vraiment, aujourd'hui, au cœur de l'entreprise.

Émilie Chaudet : Oui, on parlera de Google Genomics, les génomes humains.

Andréa Fradin : Voilà, notamment ils ont un gros labo de recherche qui génère tout un tas de fantasmes, Google X, et ça peut effrayer. C'est un peu éloigné du cœur de métier, donc internet, moteur de recherche, pub en ligne, et ça va dans tout un tas de domaines, ça permet de donner un peu plus de visibilité.

Émilie Chaudet : Olivier Babeau sur cette dernière question ?

Olivier Babeau : Il y a une dernière lecture. Vous savez il y a un fameux livre qui s'appelle Le dilemme de l'innovateur, d'un auteur qui s'appelle Christensen, qui explique que les grosses entreprises, qui souvent sont nées de l'innovation, ont un grand problème, c'est qu'une fois qu'elles sont devenues grosses, elles n’arrivent plus à innover. D'une certaine façon, les GAFA, on définit l'acronyme.

Émilie Chaudet : Donc Google, Apple.

Olivier Babeau : Apple, Facebook, Amazon, ces grosses entreprises d'internet savent qu'elles sont confrontées à ce dilemme, elles sont nées de l'innovation, mais elles savent qu'elles doivent innover en permanence pour survivre. Et pour régler ce dilemme, pour le surmonter, on pourrait dire que chacune essaye en permanence, n'hésite pas, par exemple, à se cannibaliser. C'est ce que fait Apple quand elle a annoncé un iPhone, dont elle sait qu'il allait tuer l'iPod, Steve jobs a été assez clairvoyant de ce point de vue-là. Peut-être que Google en faisant ça, aussi, essaye de continuer à garder sa capacité innovatrice tout en conservant son activité, enfin l'activité qui intéresse les actionnaires qui est le cash d'aujourd'hui, en préparant le cash de demain.

Émilie Chaudet : Andréa Fradin.

Andréa Fradin : Et c'est une véritable obsession chez Google et d'ailleurs la presse américaine s'en faisait l'écho ces derniers jours après l'annonce de la création d'Alphabet. En fait, Google se réorganise en permanence et veut toujours avoir le coup d'après. Ils ne veulent pas devenir le Yahoo ou le Microsoft de demain, en fait. Ils ne veulent pas s’effondrer parce qu'ils ont encore cette image de trublion du secteur qui sont nés dans un garage, dans l'innovation, dans une espèce de dynamique. Effectivement, les lourdeurs d'une organisation peuvent un petit peu enrayer. L'obsession de Google c'est d’être dans nos vies, demain et toujours. Voilà, ce coup d’avance : ne jamais être en retard quoi.

Émilie Chaudet : Alors juste avant de continuer, Andréa Fradin, vous venez d'introduire, sans le vouloir, le son, cet extrait de documentaire que je voudrais vous faire écouter, très court. C’est un documentaire qui s'appelle Google, la machine à penser, un documentaire réalisé en 2007 par Gilles Cayatte.

Voix off : Il y a un paradoxe intéressant avec Google. Le service est gratuit, le nom est sympa, c'est plein de jeunes, le décor est branché. Il y a des « baballes » en plastique et des tables de billard. Google est synonyme d'« éclate », de contre-culture et plus encore. Mais en fait, quand vous lisez les journaux, le Google que vous découvrez n'est pas le Google de votre imagination. Ce Google-là est énorme. Il domine tous les secteurs qu'il a pénétrés. Il est en train d'avaler l'ensemble du monde de la publicité, morceau par morceau. Il a cédé aux Chinois sur la censure. Il ressemble à un énorme prédateur et, en même temps, dans votre esprit, c'est Google !

Émilie Chaudet : Archive sélectionnée par Virginie Leduault. L'homme que l'on entendait c'était Michael Malone, éditorialiste au Wall Street Journal. Donc Google c'est un paradoxe, dit-il, en termes d'image. Est-ce que cette entreprise est aussi insaisissable au niveau juridique ? Benjamin Jean.

Benjamin Jean : Oui merci. Toujours la même idée, c'est-à-dire que se mettre en position de monopole comme c'est le cas, en tant que tel, ce n'est pas du tout condamnable d'un point de vue de droit à la concurrence, j'entends. Ce qui sera sanctionné c'est s’il y a un abus ou s'il y a une entente avec d'autres sociétés, et donc un effet pervers sur la concurrence, sur le marché. Là, en l’occurrence, si Google se sert de l'une de ses positions dominantes dans un marché pour gagner dans un autre marché, pour lequel ils auraient un produit à priori moins pertinent, parce que c'est ce qui était reproché à Google Shopping à l'origine, ce n'était pas Shopping, je n'ai plus le nom en tête.

Émilie Chaudet : Si, c'est Shopping.

Benjamin Jean : Maintenant c'est Shopping, mais ça a évolué au fur et à mesure.

Émilie Chaudet : Google Shopping.

Andréa Fradin : Ah oui, probablement.

Benjamin Jean : Donc ils avaient un service, ils ont lancé un service qui était moins pertinent que d'autres, mais par leur position dominante en matière de recherche ils ont, semble-t-il, en tout cas c'est ce qui leur est reproché, réussi à rendre leur service plus attractif et ensuite plus pertinent. Donc c'est vraiment ça qui est sanctionnable quel que soit le montage choisi.

Émilie Chaudet : Vous parlez d’abus mais est-ce que ces recherches menées par Google et notamment sur le génome humain, donc Google qui stocke des génomes différents dans un cloud, dans un nuage dématérialisé de données, pour les mettre à la disposition de chercheurs, pour les tester, est-ce que ça, d'un point de vue éthique, c'est considéré, ça doit être considéré comme un abus ? Andréa Fradin.

Andréa Fradin : Comme un abus, je ne sais pas, mais il est clair que les États ne doivent pas se laisser dépasser par les entreprises de cette envergure sur des questions aussi essentielles que la recherche sur le génome humain. Et c'est un petit peu le problème éventuel, parce que, pour le moment, il n'y a pas de problème, mais la question que peuvent susciter les Google, Facebook et tout ça, qui s'engagent dans des secteurs qui n'ont plus rien à voir, comme je le disais plus tôt, avec leur cœur de métier, avec internet. Et c'est d'autant plus préoccupant qu'il y a ce paradoxe, auquel l'extrait audio faisait référence, et, en fait, paradoxe qui montre une image très cool de Google. On l'a encore vu avec Alphabet, ils ont fait toute une campagne marketing très réussie, très cool. Tous les amateurs de high-tech, de news high-tech, étaient ravis. Ils sont même comparés à une entreprise qui existe, virtuelle, fictionnelle, qui n’existe pas, fictive qui n’existe pas en réalité, qui est dans une série de HBO, une série américaine. Ils se comparent et tout le monde a dit : « Ah mon Dieu, c'est génial, Google se compare à cette entreprise qui s'appelle Hooli, sauf que Hooli, dans la série est horrible. Et Google en vient à se comparer à une boîte horrible pour le clin d’œil et tout le monde trouve ça cool. Moi ça me terrifie.

Émilie Chaudet : Allez-y Benjamin Jean.

Benjamin Jean : Juste cet élément, je trouvais votre remarque vraiment intéressante quand vous parliez d'éthique. Effectivement, pour moi la question elle est juridique, on en a déjà parlé quelques minutes. Mais elle est aussi sur bien d'autres plans, et notamment cette question éthique. Est-ce que ce qui est fait, est-ce que ce type de société, les projets sur lesquels ces types de sociétés travaillent sont éthiques ? C'est une question à part entière, sur laquelle il revient à chacun de se positionner. On n'est plus sur la Commission européenne qui va juger au regard du droit à la concurrence la position d'un acteur. Là c'est vraiment chacun qui se positionne face à une organisation qui est partout, sur nos PC, sur nos téléphones. Est-ce que son comportement est éthique ou pas ?

Émilie Chaudet : Olivier Babeau, sur cette question ?

Olivier Babeau : La remarque appelle d'autres questions. C'est de souligner que jamais, il n'y a pas d'exemple dans l’histoire de l'humanité que des entités, on peut dire privées, aient autant de pouvoirs. Certes, autrefois il y a eu des banques qui arrivaient à prêter aux empereurs et aux rois, ou à l’Église enfin aux papes et du coup avaient énormément de pouvoirs, mais on n'a jamais eu d'entreprises qui soient, et donc pas seulement Google mais les GAFA, qui soient aussi puissantes. Si vous prenez le chiffre d'affaires cumulé des GAFA, vous avez l'équivalent du PIB du Danemark, soit la quinzième puissance mondiale. Si vous prenez les réserves financières des GAFA, vous avez 123 milliards de dollars, c’est-à-dire de quoi acheter, grosso modo, les cinquante start-up les plus prometteuses et les plus innovantes. Vous avez un pouvoir énorme, et ça va effectivement bien plus loin, et c'est un petit peu ce que vous souligniez à travers votre remarque sur l'éthique, qui est qu'aujourd'hui le pouvoir de ces GAFA de façon générale c'est d’être la porte d'entrée du monde sur vous, sur l'individu, et la porte d'entrée de l'individu sur le monde.

Émilie Chaudet : Avec la collecte de données personnelles. Oui, c'est ça.

Olivier Babeau : Et donc, c'est être capable de contrôler, on pourrait dire, les deux côtés, et de ce contrôle que vous monétisez, vous tirez votre puissance financière mais aussi votre capacité d'influence.

Émilie Chaudet : Avant justement ces questions-là sur la e-santé, sur ces recherches-là, il y a aussi cette question, longtemps débattue, et encore débattue aujourd'hui, du droit à l'oubli, que ne respecte toujours pas Google. Il y a encore eu une plainte déposée aussi par l'UFC-Que Choisir, en France, par rapport à Facebook et à Twitter. Ce droit à l'oubli, fin juillet, la CNIL s'est fait signifier que ce droit à l'oubli ne serait pas respecté. Est-ce qu'il faut mettre au point un meilleur outil de répression ? Ou alors un meilleur outil de surveillance, permanent, pour faire plier Google ? Andréa Fradin ?

Andréa Fradin : Sur ce point il faut un petit peu nuancer parce qu'en plus le débat est très passionné. Ce qu'a dit Google à la CNIL française c'est : « Nous n’appliquerons pas votre vision du droit à l'oubli,

Émilie Chaudet : Au monde entier.

Andréa Fradin : Au monde entier ». Voilà, c'est ça. C'est-à-dire la Cour de justice européenne a dit : « Voilà, le droit à l'oubli c'est ça, vous avez la responsabilité de retirer des contenus suite à des plaintes ».

Émilie Chaudet : C'est-à-dire que moi si demain je demande à Google de supprimer du contenu me concernant sur internet, il peut le faire sur Google France.

Andréa Fradin : Voilà.

Émilie Chaudet : Mais si on se connecte en Allemagne, en Italie, aux États-Unis, en Amérique latine, on retrouvera ce contenu.

Andréa Fradin : Sur google.fr ce ne sera pas là. Mais si vous voulez vous mettre sur google.com, ou .de, ou point je ne sais quoi, ça apparaîtra. Et Google dit : « On ne peut pas se permettre d'appliquer cette vision des droits sur internet qui est proprement européenne, parce que c'est la porte ouverte à des demandes de régimes moins structurés, moins recommandables, plus dangereux, qui peuvent dire : "Eh bien voilà, nous on n'accepte pas des critiques, je ne sais pas, de notre roi, comme en Thaïlande par exemple, donc vous enlevez tout l'internet" ».

Émilie Chaudet : Ça c'est le directeur juridique de Google qui a dit ça. C'est ça ?

Andréa Fradin : Oui c'était sur le blog de Google. Il prenait l'exemple de la Thaïlande. Et, en même temps, ça se pose vraiment. Est-ce qu'il y a un droit universel d'internet ? Est-ce qu'il y a une cour internationale d'internet ? Non. Pour le moment ce n'est pas le cas.

Émilie Chaudet : Est-ce qu'il devrait y en avoir ?

Andréa Fradin : Je ne pense pas que ce soit souhaitable, tellement internet est flexible.

Benjamin Jean : Ce n'est pas dans l'esprit d'internet. Il faut, au contraire, être très décentralisé.

Émilie Chaudet : Olivier Babeau.

Olivier Babeau : Cette question du droit à l'oubli est effectivement compliquée. Moi, elle me fait tout de suite penser à 1984, et à la réécriture des journaux, enfin réécriture d'histoire.

Émilie Chaudet : Georges Orwell.

Olivier Babeau : Oui, Georges Orwell, évidemment. La question c'est jusqu’où vous devez oublier et quoi ? Peut-être que si vous avez fait, je ne sais pas, une erreur dans votre jeunesse, il y a prescription et donc, vous avez le droit à l'oubli, mais jusqu'à quand peut-on nier un fait historique, un fait qui devient un événement et qui, de fait, fait partie de l'histoire et, à ce moment-là, Google est obligé de le répercuter. Je trouve que ce débat, en tout cas, a le mérite d'attirer l'attention sur ce qui fait un petit peu le paradoxe de ces grandes plates-formes d'internet. On pourrait dire en apparence, et en réalité aussi, elles réalisent une formidable désintermédiation, puisque, à travers la plate-forme, vous avez la demande et l'offre qui vont se rencontrer comme aujourd'hui chez Uber, chez Airbnb, etc., et donc, au-delà des institutions et de tous les intermédiaires. Donc, en apparence, il y a, on pourrait dire, une sorte, carrément, d’hyper-démocratie qui peut se mettre en place. Mais, en réalité, cette plate-forme elle est toujours un filtre, elle est toujours une sélection de la réalité. Elle opère un filtre. Évidemment, le premier filtre c'est celui de la recherche qui ne vous donne pas la réalité d'internet. Il n'y a pas de réalité d'internet. Il vous donne un choix dans toutes les réponses qu'il peut y avoir aux questions que vous posez. Peut-être que le côté un petit peu pernicieux de ces grands plates-formes c'est qu'elles opèrent forcément un choix, mais qui ne dit jamais son nom et qui n’annonce pas la couleur. Et d'ailleurs personne ne connaît la nature de l’algorithme de Google.

Émilie Chaudet : Dans ce cas, allez-y, Andréa Fradin.

Andréa Fradin : Sur ce point, un autre point pernicieux qui montre la difficulté d'appréhender ces plates-formes et de leur imposer une forme de droit au niveau international ou régional, au niveau européen, au niveau national en France, c'est le fait que, en essayant de les responsabiliser comme l'a fait la Cour de justice européenne, on leur donne, en même temps, le pouvoir qu'on leur reproche. Parce que finalement, sur le droit à l'oubli, on dit : « Eh bien c'est Google qui tranche ». Et sur tout un tas d'autres sujets comme le retrait de contenus, on demande aux plates-formes de se responsabiliser et finalement de mettre un peu la casquette de justicier.

Émilie Chaudet : Et ce ne serait pas à elles de gérer cet aspect ?

Andréa Fradin : Mais si on fait ça, on leur donne, du coup, un pouvoir énorme, qui est à priori celui de l’État, tout en leur reprochant qu'elles ont déjà trop de pouvoirs. Donc ça montre bien la difficulté et la place qu'elles ont déjà, de fait.

Émilie Chaudet : Il y a aussi cette responsabilisation de l'utilisateur. La plainte d'UFC-Que Choisir, reprochait notamment à Facebook et à Twitter de faire des conditions générales d’utilisation, ce qu'on signe souvent avant d’utiliser un réseau social, avec des liens très flous, quarante, cent liens hypertextes dans un même texte. Ça aussi c'est à l’utilisateur de faire attention ? Ça tient à l’utilisateur de tout lire ? Ou alors, au contraire, est-ce qu'on doit réformer un petit peu, est-ce qu'on doit modifier ces textes-là ? Simplifier ? Rendre plus accessible, justement, plus transparent, cet aspect-là des réseaux sociaux ? Benjamin Jean.

Benjamin Jean : Plusieurs éléments de réponse. J'aurais tendance à dire que, d'une part, des acteurs comme Facebook, Twitter sont assez représentatifs de sociétés qui changent leurs CGU toutes les semaines ou tous les mois.

Émilie Chaudet : C'est le cas d'Apple, par exemple.

Benjamin Jean : De toutes façons, même si on les a lues une fois, un mois plus tard elles ont changé, et en se reconnectant, on les accepte à nouveau sans le savoir. Ça c'est ce qui est sur le papier.

Émilie Chaudet : Avec des changements parfois invisibles.

Benjamin Jean : Tout à fait. Ça c'est ce qui est sur le papier ce n'est pas nécessairement ce que le juge retiendrait pour finir, parce qu'il y a quand même un droit qui protège le consommateur et qui protège l'internaute. Est-ce qu'il faut que la loi impose un certain comportement aux plates-formes ? Alors peut-être. On pourrait très bien, effectivement, il y a des lois qui contraignent tous les acteurs d'internet, qui obligent à ce que les mentions légales soient affichées d'une certaine manière, à certains endroits. Pourquoi pas ? On pourrait rajouter les aspects aux conditions générales d'utilisation. Là je vous rejoins entièrement quand vous dites que l'utilisateur, lui-même, doit se sentir concerné. Je pense que c'est aux internautes, aux personnes qui choisissent telle ou telle plate-forme, tel ou tel outil, de choisir, peut-être, la plate-forme (ou l'outil) qui lui paraît la plus respectueuse de ses besoins, de ses volontés, de ses droits, de ses libertés. Et là, actuellement, les gens ne le font pas.

Émilie Chaudet : Andréa Fradin.

Andréa Fradin : En même temps, le vrai souci, et qu'on voit particulièrement depuis les révélations d'Edward Snowden sur la surveillance de masse mise en place par les États-Unis, c'est que les gens qui ne sont pas vraiment intéressés par les sujets numériques s'en fichent de ces questions.

Benjamin Jean : Oui.

Andréa Fradin : Et ça, c'est terrible. À chaque fois qu'on écrit un article sur le sujet, on va toujours avoir : « On s'en fiche. Je n'ai rien à cacher. On le savait déjà ». Et en fait, les gens ne veulent pas changer. J'ai le souvenir d'une anecdote très marquante : une ancienne collègue qui avait amené sa mère, une ancienne prof, à une conférence de hackers, donc vraiment la collusion de deux mondes. Et les hackers lui expliquaient l'importance de la vie privée.

Émilie Chaudet : Des pirates informatiques.

Andréa Fradin : Oui, voilà, des gens qui bidouillent le code et qui savent comment marchent toutes ces machines.

Benjamin Jean : Pas forcément des pirates.

Émilie Chaudet : D'accord.

Benjamin Jean : Des spécialistes.

Andréa Fradin : Ceux qui savent comment ça marche, disons.

Émilie Chaudet : D'accord.

Andréa Fradin :Et donc, qui expliquaient l'importance de la vie privée, l'importance de choisir les bons logiciels, les bons services en ligne, etc. Et à la fin de la conférence, tout le monde attendait un petit peu une espèce d'épiphanie chez cette dame, qu'elle n'a pas eue. En fait, elle a dit à la fin : « Eh bien non, s'il y a un système alternatif à Microsoft ou à Google tout aussi pratique, tout aussi confortable, tout aussi gratuit et je ne sais quoi, je n'irai pas ». Donc il n'y a pas de demande, en fait, dans le grand public, c'est peut-être ça le problème.

Émilie Chaudet : Olivier Babeau.

Olivier Babeau : Oui. Là on est au cœur du reproche principal qui est fait aux GAFA, en fait, c'est de monétiser nos données, volées à notre insu, prises, captées à notre insu.

Émilie Chaudet : Alors qu'elles sont souvent données par les utilisateurs, en signant.

Olivier Babeau : Alors qu'effectivement elles sont données en totale indifférence, mais souvent en totale ignorance aussi, parce que non seulement vous donnez, je ne sais pas, votre nom, votre date de naissance, mais en plus, le site va souvent capter, par exemple, votre comportement on-line en dehors de ce que vous faites sur sa propre… Et ça, on ne le sait pas, en général. Si on parle peut-être des mesures, ou des règles à mettre en place, je ne suis pas le seul à le dire, mais il y aurait quelque chose à mettre en place comme une forme d'opt-in, c'est-à-dire le fait que vous devez, pour accepter qu'on prenne vos données et qu'on suive vos données, faire une acceptation. Alors qu'aujourd'hui c'est plutôt, à la limite c'est plutôt l'opt-out, c’est-à-dire vous pouvez essayer, si vous faites beaucoup d'efforts, vous pouvez essayer de refuser le suivi.

Émilie Chaudet : Allez-y, Benjamin Jean.

Benjamin Jean : Le régime que vous évoquez c'est celui de la loi Informatique et Libertés, mais qui ne concerne que les données à caractère personnel. Et là, en l’occurrence, on a des données qui ne sont pas nécessairement à caractère personnel, ou qui sont considérées comme telles, ce qui leur permet de ne pas être dans l'opt-in, mais effectivement je vous rejoins tout à fait sur ce raisonnement.

Voix off : France Culture. Du Grain à moudre d'été. Émilie Chaudet.

Émilie Chaudet : Peut-on dégoogliser internet ? C'est la question qu'on essaye de se poser, à laquelle on tente de répondre, plutôt, ce soir, avec vous Andréa Fradin, journaliste à Rue89, Benjamin Jean de l'association Framasoft, juriste par ailleurs, et vous, Olivier Babeau, consultant en stratégie. En fait, je me souviens d'un mot d'Erwan Le Noan, un de vos confrères, sûrement que vous connaissez.

Olivier Babeau : Oui, je connais.

Émilie Chaudet : Qui a écrit dans une tribune : « La Commission européenne est critiquée sur son mode d’action. La Commission européenne invoque le droit à la concurrence pour sanctionner Google, là où elle devrait essayer de le contrôler ». Est-ce que c'est votre avis aussi à tous ? Est-ce que la Commission européenne, telle qu'elle se conduit maintenant, devrait plutôt se concentrer sur un contrôle, plutôt qu'à une éventuelle sanction ? Andréa Fradin.

Andréa Fradin : En même temps, c'est ce qu'elle amorce là. Elle pousse, par ses griefs, Google à faire des propositions, à formuler des propositions.

Émilie Chaudet : Est-ce qu'il n'est pas trop tard, justement ? Est-ce que Google n'a pas pris un peu trop d'avance ?

Andréa Fradin : En même temps, la loi, le contrôle, les sanctions, c’est toujours après et toujours trop tard. Donc, je pense que sur ça on n’arrivera jamais à prendre l'avance sur les innovations et les entreprises. Je pense que la Commission européenne, en formulant ses griefs, a quand même mis un gros coup de pression. Les eurodéputés ont fait de même en appelant, très symboliquement, puisqu'ils n'ont pas de pouvoir sur ce sujet, au démantèlement des services de Google, sans le mentionner explicitement, mais tout le monde savait qu'il s'agissait de Google. Je pense que la pression est là et d'ailleurs, le fait que Google ait formulé des propositions prouve qu'ils le prennent très au sérieux.

Émilie Chaudet : Olivier Babeau.

Olivier Babeau : On pourrait dire qu'il y a deux visions. L'une, on pourrait dire, légalise, qui dit qu'il faut peut-être, à la limite, démembrer Google comme autrefois la Standard Oil de Rockefeller, au début du 20e siècle. D'ailleurs beaucoup de gens l'invoquent. Il y a eu un vote du Parlement européen à ce sujet, que n'a pas repris la commission. La deuxième vision, et c'est peut-être personnellement celle que je partage plus, c'est de faire confiance à la concurrence justement, et de dire qu'il n'y a pas non plus d'exemple, dans l'histoire, d’entreprises qui aient réussi à survivre à leur cycle économique, au cycle économique qui les avait fait battre. Si on regarde Google, ils ont eu des revers, ils ont complètement loupé le tournant des réseaux sociaux.

Émilie Chaudet : Google +, qui n'a pas marché.

Olivier Babeau : Ils ont loupé les applications, ils ont beau être dominants avec Android, en réalité, de plus en plus de trafic leur échappe. En fait, le moteur de recherche est en train de diminuer en importance. D'abord, il faut se souvenir, ils ont 90 % en France, mais, au niveau mondial, ils n'ont que 60 %. Ils ne sont pas leaders en Russie et en Chine.

Émilie Chaudet : Et qui sont ses principaux concurrents, justement ?

Olivier Babeau : En Chine, par exemple, c'est Baidu.

Émilie Chaudet : Les locaux.

Olivier Babeau : Mais il faut savoir qu'aujourd'hui les gens arrivent sur des contenus, par exemple des vidéos, non pas à travers le moteur, mais à travers des réseaux sociaux, par exemple Facebook. Donc ils ont loupé des trucs. Google, probablement, est aussi mortelle que les autres entreprises.

Émilie Chaudet : Andréa Fradin.

Andréa Fradin : Mais en même temps ça n'a pas d'impact sur eux. L'échec cuisant de Google +, et d'ailleurs je crois que là c'est la fin de la fin.

Émilie Chaudet : Le réseau social lancé par Google.

Andréa Fradin : Voilà qui devait concurrencer Facebook, n'a pas du tout ébranlé Google, en quoi que ce soit. Justement, ce que je disais plus tôt, le fait que les fondateurs aient bien ça en tête, on voit qu'ils ont la hantise de voir leur boîte s'effondrer et mourir, et le fait qu'ils investissent comme ça dans la robotique, dans la maison connectée, dans la voiture sans pilote, enfin tout ça, prouve qu'ils essaient, justement, de survivre et de, sans arrêt, relancer l’intérêt, l'innovation. C'est vraiment une grande obsession et c'est peut-être la nouveauté par rapport, à l'époque, à Microsoft.

Émilie Chaudet : Benjamin Jean.

Benjamin Jean : Pareil. Si je peux rebondir sur votre remarque, pour moi le droit à la concurrence c'est de la régulation, c'est du contrôle. C'est-à-dire qu'on est vraiment dans cette action de la part de la Commission européenne et, ce qui me semble important, et tout le monde en parle comme ça, c'est de dé-personnifier Google, mais peut-être que demain ça ne sera plus Google. Ce qui est important c'est de limiter ce type d'acteur, en tout cas d'organisation, qui grossit, qui peut avoir un effet pervers sur le marché et sur nos libertés, sur notre éthique. Ce sont des sujets qu'on pourra évoquer. N'importe qui pourrait prendre la place de Google demain, il devrait, lui-même, être régulé, ou, en tout cas, on devrait encadrer. C'est notre position.

Émilie Chaudet : Olivier Babeau.

Olivier Babeau : Oui. Je ne veux pas me faire l'avocat du diable, et le diable aujourd'hui, évidemment, c'est Google, contrairement à ce qu'ils prétendent, Don't be evil, mais ça, c'est une sorte d'antiphrase.

Émilie Chaudet : Don't be evil, c'est la devise de Google.

Olivier Babeau : Aujourd'hui c'est le grand Satan numérique.

Émilie Chaudet : Ne soyez pas mesquin, ne soyez pas méchant.

Olivier Babeau : Voilà. En fait, le combat anti Google revient très souvent, une sorte d'invocation apotropaïque, vous savez, une sorte d'exorcisme. Mais en réalité, tuer Google ne serait pas tuer les problèmes de l'internet et ne serait pas résoudre les problèmes. Parce que les problèmes, en gros, il y en a trois. Les grands enjeux de ce siècle, c'est quoi ? C'est l'enjeu économique parce qu'on a, effectivement, des transformations des façons de travailler, très concrètement un recul, par exemple, de la forme du CDI traditionnel, avec les nouvelles formes de collaboration. En termes politiques, c'est évidemment la surveillance généralisée, la société panoptique qui est en train de se mettre en place, qui, entre parenthèses, est plus le fait, au moins autant le fait, disons, par des entités publiques et des États que des sociétés privées.

Émilie Chaudet : Disons que ça se fait main dans la main.

Olivier Babeau : D'ailleurs, les sociétés privées qui développent aujourd'hui des formules de cryptage sur le téléphone sont critiquées par les États, notamment la Grande-Bretagne, parce que justement ce cryptage ne leur permet pas de les écouter. Donc aujourd'hui qui est du côté de la confidentialité de la vie privée, ce n'est pas le public, c'est plutôt le privé. Et le troisième grand enjeu, évidemment, c'est un enjeu civilisationnel, sur lequel Google est très engagé, c'est l'enjeu de l’intelligence artificielle. Lisez Laurent Alexandre, La mort de la mort, tous ces auteurs futurologues qui décrivent ça de façon assez saisissante : un camp transhumaniste, c'est-à-dire des gens qui sont partisans de l’application à l'humanité de toutes les avancées scientifiques, un camp transhumaniste qui est très clairement incarné, aujourd'hui, par Google.

Émilie Chaudet : Benjamin Jean vous disiez à l'instant qu'on ne réglerait pas le problème en remplaçant Google, ce à quoi nos autres invités ont répondu qu'ils étaient d'accord. Chez Framasoft, vous, vous travaillez sur l'élaboration, le développement, d'un autre moteur de recherche, autre que Google, une alternative à Google. Vous allez nous en dire plus dans un instant. Vous travaillez aussi sur des alternatives de réseaux sociaux tels que Facebook, Skype aussi. Est-ce que ces recherches ont été menées parce qu'il y avait un vide face à l'impuissance des États, justement ? Qu'est-ce qui a motivé ces recherches d'alternatives ?

Benjamin Jean : Je dirais qu'on n'est même pas allé jusqu'au concept d'impuissance des États, ce n'était vraiment pas notre préoccupation. On est un réseau qui date des années 2000, un réseau de projets collaboratifs, éducation populaire autour de la culture libre, du logiciel libre, et, à la base on est, effectivement, très centré sur le logiciel et au fur et à mesure on a évolué. Notre constat c'était qu'avec internet et avec tous ces nouveaux acteurs qui proposent du service sur internet, mais on n'est plus dans l'ère du logiciel qu'on irait acheter dans les grandes surfaces. Maintenant on se connecte, on appuie trois fois sur accept, et ça y est on est connecté à un nouveau service et la moitié de notre vie est déjà sur ce service-là. Nous, devant ce constat des usages en fait, qu'internet génère, on a lancé l'an dernier, en 2014, une campagne qui s'appelle « Dégooglisons Internet ». L'idée de cette campagne c’était surtout de sensibiliser, de montrer qu'internet et le développement d'acteurs de type Google, c'est pour ça qu'on a parlé de « Dégooglisons Internet », mais c'est beaucoup plus large, c'est YouTube, c'est Facebook, on les a déjà évoqués. Je rajoute volontiers Microsoft dans le GAFAM. Donc c'est tous ces gros acteurs. Cet internet a de vrais dangers pour l'utilisateur, vraiment. On ne parle pas tant de la technique, on parle de l'utilisateur, du service.

Émilie Chaudet : Un danger qui se situe au niveau du fait de confier des données très personnelles ?

Benjamin Jean : C'est ça. On en a parlé : c'est l'espionnage. C'est la centralisation : on va tous se retrouver chez un seul. C'est l'éthique. C'est la liberté aussi : est-ce qu'on peut sortir facilement de tout ça ? Nous, face à ces différents enjeux, ces dangers, on a essayé de proposer des réponses qui sont la liberté, la décentralisation, l'éthique, justement, au profit des utilisateurs. Et donc, devant ce constat des dangers et des réponses que pouvaient apporter certains logiciels libres, on a mis, face à chaque service ou projet de Google ou de Facebook utilisé massivement, des alternatives libres, open source, que chacun peut télécharger, installer chez soi, mais aussi tester chez nous.

Émilie Chaudet : Code source ouvert ? Que les gens peuvent ? Donc le code source ouvert c'est quand les gens peuvent venir prendre des données, en ajouter d'autres pour améliorer un service.

Benjamin Jean : Exactement. L'idée, en fait, du logiciel libre c'est que lorsqu'on achète le logiciel ou lorsqu'on le télécharge, on a la recette à côté. C'est-à-dire que, d'une part, on sait ce qu'il y a dedans, mais en plus on peut le reconstruire, voire le modifier si jamais on préfère le faire d'une autre façon. C'est vraiment la base du logiciel libre, sans rentrer dans les détails. Donc tous les services qu'on propose s'appuient sur ces logiciels-là et en plus, on documente toute l'installation qui permet à chacun de la faire chez soi, ou au sein de sa propre organisation. Donc, on n'a pas vocation à remplacer Google. L'idée ce n'est pas de dire « allez chez Framasoft plutôt que d'aller chez Google ».

Émilie Chaudet : C'est d'offrir un service, du coup, pour lequel vous vantez une certaine transparence ?

Benjamin Jean : Montrer une alternative, montrer une autre façon. Oui, c'est ça, montrer une autre façon que d'utiliser tous ces services centralisés, que Google symptomatise très bien mais, encore une fois, ce ne sont pas les seuls, et permettre ensuite à chacun de le faire chez soi, ou de le faire au sein de son organisation, ou de prôner l'usage auprès de ses proches.

Émilie Chaudet : Ces moteurs de recherche sont déjà actifs ? Il y a déjà des utilisateurs, de fait.

Benjamin Jean : C'est ça. On a un moteur de recherche, on peut aller sur trouvons.org. Le mieux, je dirais, c'est d'aller sur le site degooglisons–internet.org, où vous avez l'ensemble des services qui sont proposés avec aussi tous les enjeux derrière ça. Et un état, c'est-à-dire les projets qui sont mis en place au fur et à mesure.

Émilie Chaudet : Vous dites que le message n'est pas de dire « n'allez plus chez Google », mais, quand même, degooglisons-internet.org, c'est un message assez fort.

Benjamin Jean : Oui, c'est fort. Mais aussi parce qu'on est dans la vulgarisation. Soyons lucides. La première difficulté c'est de faire comprendre à chacun l'enjeu de penser autrement que ce qu'on nous propose. Quand on achète un téléphone, on n'a pas tellement le choix, on a le choix entre différents téléphones. Mais si on regarde l'usage que nous permet de faire le téléphone, les fonctionnalités qui nous sont apportées, on n'a pas vraiment le choix. On a des applications qui sont déjà installées, des fonctionnalités qui sont apportées et c'est dur d'en sortir.

Émilie Chaudet : Olivier Babeau, vous vouliez réagir.

Olivier Babeau : Oui. Ce sont des initiatives très intéressantes. Il faut se souvenir que Google est une entreprise qui est arrivée tard dans l’histoire d'internet, elle est créée en 98. Pourquoi elle a réussi face à, par exemple, un Altavista qui était déjà un acteur en place. Donc ce n'est pas the first, du tout, le premier arrivant sur le marché.

Émilie Chaudet : Pourquoi a-t-elle mieux réussi que les autres ?

Olivier Babeau : Il y a plusieurs explications. Parce que ses réponses étaient plus pertinentes, en gros. Le service était meilleur. On dit aussi qu'il était beaucoup plus simple, parce que le fameux rectangle blanc, il y a un côté magique : vous y mettez votre question, il vous donne une réponse. Alors qu'à l'époque Yahoo, Altavista étaient dans une logique, dans une espèce…

Benjamin Jean : D’annuaire.

Olivier Babeau : D'annuaire, c’était totalement illisible. Le génie de Google c'est d'arriver avec juste son rectangle. Mais en tout cas, il y avait une offre qui avait une meilleure qualité. Et probablement, la meilleure réponse qu'on puisse faire à Google, si on n'est pas du côté des partisans du démantèlement, c'est de dire « eh bien proposons quelque chose de mieux ». Regardez un moteur français, tel que Qwant, par exemple : l'année dernière un milliard de requêtes. Il est parti de rien, il y a peu de temps. Ça veut dire que quand on a moteur qui arrive à apporter des réponses plus pertinentes, ou qui correspondent plus aux besoins des consommateurs, à ce moment-là vous avez une demande. Cela étant, ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas un problème culturel dans le fait que les gens… Il faudrait, idéalement, que le besoin, on pourrait dire, de protection de sa vie privée devienne une part importante de la demande des consommateurs.

Émilie Chaudet : La solution n'est donc pas forcément juridique.

Benjamin Jean : Je pense qu'elle n'est pas seulement juridique, c'est totalement illusoire de le penser.

Émilie Chaudet : Andréa Fradin.

Andréa Fradin : Il y a tout un tas de facteurs, effectivement, et malheureusement, j’ai envie de croire que la seule innovation permettra de faire germer le futur Google et la future grosse multinationale du Net de demain. Mais j'ai du mal à y croire parce que, comme je disais tout à l'heure, Google met quand même en place tout un ensemble de barrières pour empêcher les futures pousses d'arriver sur le marché, notamment en les achetant très vite. Les acquisitions de Google, c'est juste monstrueux.

Émilie Chaudet : Vous pensez à quelles entreprises, par exemple ?

Andréa Fradin : Les dernières qu'ils ont eues : Nest sur les objets connectés, il y a eu Boston Dynamics dans la robotique. Il y en a eu tout un tas. Je crois qu'il y a cent cinquante, depuis le début de Google, et ils ont commencé très très tôt.

Olivier Babeau : Il y avait avant Waze, YouTube.

Andréa Fradin : Voilà. Il y a eu Motorola aussi. Ils ont acheté, je crois, cent cinquante start-up, ou entreprises confirmées, depuis le début de leur histoire. C'est énorme, et encore, ce n'est que le chiffre connu, parce qu'il y a toutes celles dont les deals ont été tus. C'est absolument énorme, et donc ils phagocytent, comme ça, pour ne pas, justement, se laisser concurrencer. Bien sûr, il y aura toujours la possibilité d'une innovation de, comme pour Google, des génies dans leur garage qui font un truc super, qui marche, meilleur, plus ergonomique, plus séduisant pour les utilisateurs. Mais là, quand même, il y a un effet de réseau qui fait qu'on est tous soit chez Facebook, soit chez Twitter, soit chez Google. Basculer sur un autre service ? Ah, ça demande quand même du temps, quoi. Il n'y a pas les copains, il n'y a pas la famille, donc c'est un peu embêtant. Et de la même façon, comme je disais plus tôt, il y a aussi un problème chez le grand public qui ne s'intéresse pas à ces questions Ça n'intéresse pas forcément la question de la vie privée, la nécessité de basculer. L’initiative de Framasoft, je la trouve géniale, mais il faudrait la diffuser auprès du grand public, pour concurrencer, effectivement, ces géants.

Émilie Chaudet : Olivier Babeau.

Olivier Babeau : Moi je partage un peu vos doutes. Mais, vous savez, il y a eu cette fameuse théorie de Huntington sur la fin des civilisations qui depuis, a été un peu battue en brèche. Mais penser que Google sera toujours Google c'est un peu penser à la fin de l'économie ou à la fin de l'histoire économique. Ça j'ai du mal à y croire, personnellement. Moi, je suis comme vous, je partage vos doutes. Mais ce que je constate, tout de même, en revanche, c'est que le coût d’entrée dans un métier, grâce à internet et grâce au numérique, justement à cause d'effets de réseaux et puis des coûts marginaux nuls, etc., et puis du cloud computing, le coût d'entrée est devenu extrêmement faible. Donc vous n'avez plus besoin de beaucoup de capitaux pour vous créer. C'est bien pour ça, d’ailleurs, qu'effectivement Google rachète des start-up qui se sont créées, la plupart du temps, dans des garages, dans des piaules d'étudiants. Ils le savent. C'est vrai qu’ils ont cette capacité à racheter, mais ça ne veut pas dire que les choses n'émergent pas en dehors d'eux, en dehors. En fait, ça émerge de facto, aujourd'hui encore, en dehors d'eux.

Émilie Chaudet : Ce que disait Andréa Fradin sur justement cet appétit de Google pour les petites entreprises qu'elle rachète, cette presque autosuffisance, on pourrait dire, est-ce que ça ne peut pas aboutir, à terme, justement, à son auto destruction, si on emploie des mots très radicaux ? Andréa Fradin.

Andréa Fradin : Je crois que c'est ce qu'ils redoutent. C'est pour ça qu'ils n’arrêtent pas de se restructurer, d'essayer de retrouver cette flexibilité des débuts, des petites organisations, qu'ils ne pourront jamais ravoir. Ils ne sont plus les trublions du secteur malgré l'image qu’ils veulent donner. Ce sont les nouveaux géants, c'est le nouveau monopole, ce sont ceux qu'il faut aller détrôner, clairement.

Émilie Chaudet : En attendant cette fin programmée de Google, on a parlé beaucoup de la responsabilité des États, de la responsabilité des consommateurs, et des différences culturelles aussi, que ça peut impliquer d'un pays à l'autre. Comment est-ce qu'on peut synthétiser ? Comment est-ce qu'on peut homogénéiser tout ça ? Vous disiez, tout à l'heure, qu'une cour internationale de l'internet ne serait pas souhaitable. Mais alors comment, en attendant, on peut régulariser, imposer des réglementations à Google ? Rapidement, en guise de conclusion. Andréa Fradin.

Andréa Fradin : C'est extrêmement complexe. J'en discutais récemment avec Bertrand de la Chapelle, un ancien du conseil d’administration de l'ICANN, un diplomate qui essaie de réfléchir à ces questions dans un nouveau projet, qui s'appelle « Internet et Juridiction », qui est très intéressant, qui essaie de combler, justement, ce fossé entre des juridictions en France, aux États-Unis, enfin bref dans tous les pays, et aussi dans des régions comme l'Europe, par exemple, qui sont lourdes, qui demandent beaucoup d’années et beaucoup d'argent, et qui ne sont pas adaptées au temps d'internet, et, de l'autre côté, des règlements qui sont faits sur le tas parce qu'il fallait bien trouver des solutions entre les pays et les plates-formes. Par exemple, quand la France demande à Twitter de gérer le hashtag « un bon juif », et du coup ça c’est opaque, c'est informel, on ne sait pas trop pourquoi des contenus sont retirés. Donc on essaie de trouver une solution, mais c'est très marginal.

Émilie Chaudet : Eh bien, merci beaucoup à vous trois d'avoir été avec nous ce soir. Andréa Fradin, journaliste, Olivier Babeau, consultant en stratégie et Benjamin Jean, juriste et membre de Framasoft. Peut-on dégoogliser Internet ? C'est la question à laquelle nous avons tenté de répondre ce soir. Demain on se retrouve avec une tout autre question : « Dans quelle guerre la Turquie s'engage-t-elle ? ». Très bonne soirée à tous et à demain.

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(19/06/2016 @ 15:23)

Je n'ai rien à cacher - Questions du public à Julien Vaubourg  Voir?


Nom de l'orateur

Titre : Je n'ai rien à cacher. Questions du public
Intervenant : Julien Vaubourg
Lieu : Séminaire MathC2+ - Inria Grand Est - Nancy
Date : Avril 2015
Durée : 25 min 12
Licence : Verbatim
Pour visionner la vidéo et le site de Julien Vaubourg

Transcription

Public : Bonjour. Mais juste, là d’accord on est surveillé partout et tout le temps, mais qu’est-ce qu’on peut faire ? Enfin c’est trop tard ! De toutes façons la majorité des gens ici ils ont tous un compte Facebook, peut-être Twitter, enfin voilà. Et qu’est-ce qu’on peut faire pour que justement ça s’arrête et qu’on puisse se rebeller face à tout ça ?

Julien Vaubourg : C’est très facile et c’est ça qui est intéressant, c’est qu’on a tous le pouvoir en fait. C’est-à-dire qu’à un moment donné, si tu n’es pas d’accord avec ce que fait Google ou Facebook sur toi, tu n’es pas obligée de les utiliser. Si tout le monde dit : « Moi Google, Facebook, j’arrête », ça veut dire que eux, à un moment donné, ils vont devoir réagir, parce que ce ne sont que des sociétés qui sont là pour gagner de l’argent, au final. Donc tu as l’entier pouvoir de ce qui se passe, tu n’es pas une victime, tu ne subis pas. Tu peux te positionner et dire : « Eh bien moi, Facebook, j’arrête ». Ou alors, faire un compromis. C’est-à-dire que plutôt que d’utiliser Facebook pour tout et n’importe quoi, plutôt que d’écrire en permanence à quelqu’un dans la messagerie instantanée de Facebook, eh bien je vais utiliser plutôt un e-mail, qui soit, de préférence, pas chez Google. Et petit à petit, comme ça, se sortir un peu de ce genre de service qui ne mérite pas notre confiance. On a tous les pouvoirs, sur beaucoup de choses, en fait.

Public : Vous avez dit que la NSA a des profils sur nous. C’est juste la NSA ? Ou il y a aussi quelque chose en France ou en Allemagne ? Plus proche ?

Julien Vaubourg : Effectivement on connaît bien la NSA parce qu’il y a eu les révélations d’Edward Snowden là-dessus, de Wikileaks à Julien Assange avant, et d’autres, et que c’est parce que c’est d’ampleur particulièrement impressionnante. Cela dit, effectivement, il ne faut pas se tromper, tous les pays rêveraient d’avoir plus ou moins ce que fait la NSA. Et ils l’ont à une échelle plus basse. On a eu des révélations, en France, il n’y a pas très longtemps, de ce faisait la DGSE et on sait qu’ils ont quelque chose qui est, au moins pour l’échelle française, plutôt similaire. En France, en ce moment, on est aussi sur le débat de la loi de renseignement, qui consiste à faire comme les États-Unis mais en plus, à le faire en légal. Donc, là, c’est ce que proposent nos députés, nos députés qui sont censés nous protéger, eh bien, en ce moment ils sont prêts à voter une loi qui va autoriser l’État à poser des boîtes noires sur tous les matériels des fournisseurs d’accès à internet. Ça veut dire que l’État va pouvoir, à un moment donné, espionner l’ensemble des communications des citoyens sur internet. C’est intolérable dans une démocratie et pourtant, nos députés vont peut-être voter ça dans quelques jours. Donc oui, en France, effectivement, on a le même problème.

Public : Les données que la NSA a, elles sont stockées où en fait ? Elles sont stockées où ? Où on peut les trouver si on veut, par exemple ?

Julien Vaubourg : Où exactement ça va être compliqué à déterminer. Cela dit il y a quelques centres de données qui sont connus, globalement ça va être dans ce qu’on appelle des data centers. Ce sont des grands, grands hangars, remplis d’ordinateurs, qui ont eux-mêmes tout plein de disques durs, et c’est là-dessus que c’est stocké. Donc c’est purement physique. Il y a des endroits, si on veut aller tout faire sauter on peut, et c’est bien pour ça que ces différents hangars ne sont certainement pas répertoriés sur une carte accessible à tous.

Public : La loi qui est en cours de vote actuellement, c’est juste une réédition, en fait, de la loi de Sarkozy d’il y a une dizaine d’années quand il était ministre de l’Intérieur, puisqu’il imposait déjà aux fournisseurs d’accès de stocker les informations pour cinq ans sur l’intégralité des clients.

Julien Vaubourg : Ouais, mais il y a une différence qui est fondamentale, c’est qu’effectivement on a nous a toujours demandé, pendant un an, de stocker l’ensemble de ces métadonnées. Et ensuite, c’est le gouvernement qui va faire des requêtes, dans le cadre d’une procédure judiciaire, pour savoir, pour obtenir des informations. Dons ça veut dire que les fournisseurs savent exactement ce qu’on leur demande, ils n’ont pas le droit de le divulguer, mais il y a une certaine forme de contrôle. Ici on parle de quelque chose de beaucoup plus proactif. Non seulement on va poser des boîtes noires, et vraiment le « boîtes noires » a été utilisé par Manuel Vals, c’est-à-dire qu’on va poser un équipement dont on n’a aucune connaissance de ce qu’il fait et c’est le gouvernement qui va pouvoir y accéder quand il souhaite pour espionner l’ensemble des communications. Donc on ne sait pas du tout ce qu’ils font avec, ni dans quelle mesure, et enfin, surtout très important, c’est que tout ça c’est sans juge.

Public : Avant c'était uniquement sur commission rogatoire. On est bien d'accord !

Julien Vaubourg : C’est ça. Donc là ils font ce qu’ils veulent et en plus, même s’ils veulent le faire légalement, eh bien ce n’est pas très compliqué parce qu’ils n’ont pas besoin de s’embêter. C’est le principe, presque, d’un État policier.

Public : Est-ce que justement, pour la loi de renseignement, là, il y a une lettre type qui existe, qu’on peut envoyer à nos députés, avec les argumentaires que tu as évoqués, avec les arguments que tu as évoqués. Parce que ça, ça se fait assez souvent, ça s’est fait pour d’autres lois. Les députés sont quand même assez réactifs sur ce que les citoyens qui les ont élus racontent.

Julien Vaubourg : Il y a tout un site qui existe qui s’appelle sous tiret surveillance point fr1, qui regroupe plein d’informations. Il y a notamment le piphone2. En fait c’est une initiative de la Quadrature du Net3, qu’ils ressortent malheureusement souvent, avec l’ensemble des députés qui sont référencés. On peut simplement cliquer et on peut appeler un député depuis internet, gratuitement, pour lui parler. Après des lettres types, il y en a qui existent. Le souci c’est que ça, ça passe vite dans les spams, les lettres types, parce qu’effectivement un député qui va recevoir cinquante fois la même lettre, c’est comme une pétition, ça perd très vite de sa valeur. Les députés c’est censé être notre accès local au gouvernement, donc c’est important d’aller les rencontrer et de leur parler les yeux dans les yeux pour leur demander : « Eh bien vous, qu’est-ce que vous votez ? Vous vous y êtes intéressé, qu’est-ce que vous en pensez ? » C’est vraiment l’argument de proximité qu’il faut privilégier, je pense.

Public : Les données qu’ils stockent, les profils, ils sont bien protégés alors, sûrement ? Est-ce qu’ils se sont déjà faits cracker une fois par quelqu’un ?

Julien Vaubourg : Pour la NSA, c’est dur de savoir, étant donné qu’on n’a aucune information sur ce qu’ils font. Du coup, on n’aura certainement pas l’information s’ils se font voler des choses. Cela dit ils se sont quand même fait voler des choses. Edward Snowden, c’est le principe, c’est qu’il a volé plein d’informations et les a données. Ça va que c’est un citoyen et qu’il a donné des choses qui protègent les citoyens. J’imagine qu’il aurait pu sortir des choses qui mettent à mal les citoyens. Après pour tous les intermédiaires, comme Google et Facebook, ça je l’ai dit, eux, par contre, ils se font régulièrement voler des données. Tout ce que vous leur confiez, toutes les choses qui concernent la moindre conversation que vous envoyez sur Facebook, ça arrive qu’ils se fassent voler tout ça. Et là on ne sait pas où ça part.

Public : Si on s’inscrit à la NSA et on se fait recruter par eux, on a accès à toutes ces données ?

Julien Vaubourg : Ça ne peut pas te répondre. J’imagine qu’ils ont des procédures en interne, qui font que la moindre personne qui est agent d’entretien dans la NSA n’a pas accès à toutes les données. Mais Edward Snowden qui est un informaticien, qui était un militant, il y a eu accès et c’est une bonne chose pour nous.

Public : Environ jusqu'à quel grade ilfaut monter alors pour avoir accès à plus ou moins de données ?

Julien Vaubourg : Pardon ?

Public : Jusqu'à quel grade il faut monter pour avoir accès ?

Julien Vaubourg : Je n’en sais rien du tout. Je ne peux pas. C’est aussi le problème, c’est que finalement tout ça c’est opaque. C’est un souci que je ne puisse pas te donner la réponse. C’est qu’à un moment donné, ils ont toutes les informations et, comme j’ai dit, c’est chez eux. On ne sait pas comment c’est protégé.

Public : En fait, dans les révélations de Snowden, il dit qu’il y a six niveaux d’autorisations différents, donc il faut arriver au dernier échelon. Donc il y a six échelons à monter. Du coup, pour continuer sur la loi de renseignement, il y a un petit argumentaire, l’argument, par exemple, des députés c’est de dire que s’ils ne votent pas cette loi, les prochains événements terroristes, en fait, ça sera de leur faute, parce qu’ils n’auront pas prévu de protéger les gens. Et il y a petit argument, en fait, qui est juste mathématique, c’est que dans ces boîtes noires, c’est prévu de faire du deep packet inspection4, c’est-à-dire d’inspecter tout ce qui passe, essayer de tirer un peu des profils typiques de terroristes. Et donc, si vous faites un test statistique, qui dit, par exemple, « cette personne-là, il y a 99 % de chances qu’elle soit terroriste ». Si en France il y a une personne sur mille qui est effectivement terroriste, quelle est la probabilité que la personne dont le test a dit : « Bon, celui-là c’est peut-être 99 % un terroriste », qu’elle soit vraiment un terroriste. C’est des probabilités, P de A sachant B, la loi de Bayes, et en fait, si vous avez un test qui dit « cette personne-là est peut-être terroriste », en fait elle ne le sera qu’à 9 %, avec une personne sur mille qui est terroriste, donc ça fait quand même 65 000 personnes terroristes en France. Donc les chiffres sont énormes. Comme quoi il y a des arguments. Et sur le site sous-surveillance, il y a un argumentaire pour appeler les députés. Alors ce n’est pas une lettre type. Il y a une lettre type, bien sûr, mais il y a des arguments auxquels on peut répondre quand, par exemple, les députés comme aujourd’hui, il y a Jean-Yves Le Déault, qui est un député de Meurthe-et-Moselle, qui vient de dire que « c’est bien parce que les metadata, de toutes façons, seront anonymes ». Sauf qu’on vient de le voir, les metadata ne sont pas anonymes. Et c’est notre député de Meurthe-et-Moselle qui le dit : « Ah, mais les metadata sont anonymes ». Donc qu’est-ce qu’on fait, du coup ?

Organisateur : Je voudrais reprendre son explication qui est très intéressante. Vous avez compris ce qui se passe, c’est que, comme il y a très peu de terroristes, même si le test se trompe rarement, comme c’est un événement rare, eh bien, quand vous faites la multiplication des probabilités, il va se planter. Et donc le problème, c’est qu’il n’y a pas assez de terroristes pour que le test soit efficace. Le deuxième élément, c’est que vous êtes peut-être surpris que dans un amphi scientifique, il y ait des chercheurs, ou d’autres collègues de la recherche, vous avez vu qu’il n’y a pas que des chercheurs qui se mobilisent. Eh bien, on est un peu concernés, parce qu’effectivement on ne se contente pas juste de faire nos équations. Et alors ensuite, j’ai deux mauvaises nouvelles. J’en ai une troisième, Julien, c’est qu’à mon avis toi maintenant tu vas être surveillé !

Julien Vaubourg : Oui, peut-être comme toi. Tu ne le sais pas !

Orgnisateur : La première mauvaise nouvelle, c’est qu'aujourd’hui, au moment où l'on vous parle, ils sont dans le Parlement en train de discuter la loi, et vous savez ce qui se passe, ils sont trente-cinq ! C’est-à-dire que ce qui se passe de très étonnant, c’est que le Parlement est vide. Et moi, je crois quelque chose, je crois que c’est une catastrophe, parce qu’en fait, ces députés n’ont jamais appris l’informatique à l’école. Et donc, s’ils ne sont que ça, je ne crois pas qu’ils soient plus méchants que les autres, je pense juste qu’ils ne comprennent pas du tout la loi qu’ils sont en train de voter. Une autre question pour continuer de se foutre les boules ?

Julien Vaubourg : Essaye de changer de voix à chaque fois.

Public : OK. Je vais changer de voix. Je voudrais savoir pour la loi en France, alors si elle se fait voter, est-ce qu’on aurait accès soi-même au profil reçu ?

Julien Vaubourg : Ça c’est assez compliqué. Je ne sais pas s’il y a cette information-là actuellement dans le projet de loi.

Organisateur : Tu peux résumer sa question parce qu’on n’a pas forcément tous compris vraiment bien.

Julien Vaubourg : C’est si la loi de renseignement, qui est actuellement en cours de débat, est effectivement adoptée, est-ce qu’on aura accès aux profils qui seront faits sur nous par le gouvernement français ? C’est dur à déterminer. Je ne sais pas s’il y a les informations qui sont dans le projet de loi qui permettent d’y répondre. Toujours est-il que, théoriquement, les fichiers comme le STIC que j’ai présenté tout à l’heure, on devrait aussi y avoir accès. Concrètement, ceux qui ont essayé savent que c'est extrêmement compliqué d'y avoir accès. Donc ce sera probablement quelque chose de similaire. On sait aussi que la France, en fait, c’est Le Monde qui l'a révélé il n'y a pas longtemps, a aussi un organisme de surveillance qui est rattaché à la DGSE et à beaucoup d'autres organismes, qui traitent aussi avec la NSA au passage, et qui font, en fait, déjà de la grosse surveillance, mais sans la loi. C'est-à-dire que c'est fait de façon illégale. La loi, d'ailleurs, n’encadrera pas plus que ça et donc tout ça, étant donné que ce n’est pas dans le cadre de la loi, eh bien on n’a accès à rien du tout. Donc probablement que non, tu ne sauras rien de qu'ils font sur toi.

Organisateur : Maintenant Julien ce que j’aimerais c’est qu’on ne quitte pas cette salle… Il y a des solutions alternatives. Et sans faire forcément de publicité pour telle ou telle, tu pourrais nous expliquer un petit peu à quel endroit on peut partager ? Il paraît que toi tu fais partie d'une association qui fait ça. Donc est-ce qu’aujourd’hui, pour des gens comme toi ou moi, on a des solutions qui remplaceraient, entre guillemets, Google et qui nous mettraient dans des situations beaucoup plus confortables ?

Julien Vaubourg : Alors on a beaucoup de solutions. Elles ne sont pas forcément extrêmement visibles parce que c'est le souci, c'est qu'on n'a pas les moyens de Google pour les rendre aussi visibles. Il y a pas exemple tout l’écosystème d’une association qui s'appelle Framasoft, sur framasoft.org5 qui va vous proposer d’avoir des réseaux sociaux qui sont respectueux de la vie privée, qui va vous permettre d'éditer des documents de façon collaborative, de façon respectueuse de votre vie privée, etc. Vous allez pouvoir faire tout plein de choses grâce à ces services-là, qui sont un exemple de ce qu'on peut faire sans Google et Facebook, et ce sont des services qui sont extrêmement performants.

Ensuite pour vos adresses e-mails vous avez aussi des associations. C’est extrêmement important d'avoir confiance en ceux à qui vous filez vos données. C'est-à-dire qu'à un moment donné, si vous partez en vacances, et que vous laissez vos clefs à un voisin pour qu'il consulte votre courrier papier, vous n'allez pas filer vos clefs à n'importe quel voisin. Vous allez avoir envie d'avoir confiance en lui. Eh bien là, c’est la même chose pour vos e-mails. Il faut aller chez des gens qu'on connaît, en qui on peut avoir confiance. Pour ça il y a des associations locales. Je vous avais donné, tout à l'heure, le lien ffdn.org6. Ça c’est une trentaine d’associations en France, et dedans vous pouvez en contacter une, et leur demander « est-ce vous fournissez une adresse e-mail » et du coup ils vous fourniront ce qu'il faut avec le même niveau de service que vous avez sur Gmail. Vous ne retrouverez pas forcément exactement toutes les fonctionnalités, mais en réalité ce n'est vraiment pas très grave. En plus ce sera cool, au lieu d’avoir @gmail.com, vous aurez @ votre nom de famille ou ce que vous voulez, .fr, .com, .net, ce sera beaucoup plus classe !

Public : Mais pour que ça soit efficace il faudrait que tout notre entourage ait ce genre de boîte mail, puisque vous avez dit, tout à l’heure, qu’on mettait en danger tout notre entourage, par exemple en ayant une boîte mail Google. Ça veut dire que si on envoie des messages à des personnes qui ont une boîte mail Google, même si notre messagerie est protégée, en quelque sorte, nos messages ne le seront pas.

Julien Vaubourg : Effectivement, c’est un vrai problème, c’est une excellente réflexion. C'est qu'à un moment donné, si je suis tout seul à militer, si je suis tout seul à faire attention à ma vie privée et que je ne communique qu'avec des gens qui sont, de toutes façons, sur des trucs pourris qu'ils surveillent, ça ne sert à rien. Cela dit, ça ne sert pas à rien, parce que toi, ça veut dire que dans ton écosystème, au milieu de tes amis, eh bien tu as une adresse qui n'est pas chez Gmail. Et donc il y a des gens qui vont te poser la question, qui vont te demander : « Eh bien pourquoi tu n’es pas sur Gmail ? » Et tu vas pouvoir leur répondre. Et il y en aura peut-être un deuxième qui va finir par faire la même chose, et puis un troisième, et puis un quatrième. C’est un peu le principe des 99 % et des 1 %, c’est-à-dire que ceux qui contrôlent tout, ce sont les 1 %, et nous, on est tous les 99 %. C'est-à-dire que, à nous tous, on a réellement ce pouvoir-là. Donc toi, tu vas commencer, tu vas être toute seule, tu vas être le 1 %, enfin le 0,001 % dans le 99 %. Mais ce n'est pas grave, parce qu'après, il suffit qu'il y ait une personne qui te suive, deux, s’il y a deux personnes qui suivent, chacune des personnes qui te suivent de façon exponentielle, très, très vite, tout le monde va quitter Gmail. C’est utopique, mais c’est comme ça, qu’en fait, toutes les grandes révolutions se sont faites, donc c’est aussi intéressant de les tenter.

Public : Tu parlais d’utopie. Je ne suis pas complètement convaincu par l’utopie, parce que, en particulier chez Google, ils avaient un service qui est Map et qui existe sur vos téléphones à tous, Google Maps, vous l’avez. Il y a approximativement cinq ans, je pense maintenant, ils avaient un service de localisation. C'est-à-dire qu’on acceptait certaines conditions, sur téléphone, et on était en permanence localisé et on localisait nos amis. C'est-à-dire que tu ouvrais ta carte Gmail, il y avait ton pointeur et il y avait le pointeur des gens que tu connaissais. Je ne sais pas si tu as connu le truc, ou pas, et ça a duré approximativement un an et demi puisqu'il y a eu une action collective, a priori en Allemagne, qui a justement mis en cause la sécurité des données, liée à ce phénomène-là. Et Google a retiré immédiatement ses applications, et aujourd’hui Maps ne fournit plus du tout ce genre de prestation, associé, justement, à l'aspect privatif de la position du téléphone. Donc de temps en temps, on peut même faire reculer des géants comme Google.

Julien Vaubourg : Oui bien sûr, je dis que ça peut paraître utopique, mais on fait énormément de choses et les lois européennes, en général, sont très bien pour casser, un peu, toutes les mauvaises pratiques de Google. Après, il faut aussi qu’on surveille ces lois-là parce que quand on voit ce qu'on vote en France, on se dit que ce serait bien qu'ils continuent à aller dans le bon sens et pas qu’ils se mettent à aller dans le mauvais. Effectivement, on peut faire beaucoup de choses. En réalité, on n'est pas du tout impuissant, au contraire, on a toute la puissance. Et ce sont nos choix qui font qu'ils existent : si personne n’utilise Gmail, Gmail n’existe pas, c’est aussi simple que ça.

Public : Y a-t-il aussi un moyen de recherche sur internet sans se faire surveiller, mais complètement. Comment Google encore, quand on ouvre internet ! Aucune surveillance ?

Julien Vaubourg : Il faudrait déterminer ce qu’on appelle aucune surveillance. Cela dit, ne pas se faire surveiller aussi grotesquement que ce qu’on se fait surveiller actuellement sur Google, il y a des services. Alors en l’occurrence il y a duckduckgo.com7. Moi c’est le moteur de recherche que j’utilise, qui est une alternative totale à Google et à ceux qui sont un peu du même acabit comme Bing et compagnie, qui fonctionne plutôt très bien. Ensuite il y a ceux qui fonctionnent en mode proxy, c'est-à-dire qui vont faire des requêtes pour vous chez Google et compagnie, mais finalement, on ne saura jamais que c'est vous, Google et compagnie ne sauront pas que c’est vous qui avez fait la requête à la base. Donc ça. Il y en a d'autres. Il y a Ixquick8, il y a plusieurs ce qu'on appelle des méta-recherches, qui existent. Il y a Framabee9 aussi. Je vous ai parlé de Framasoft, ça c’est leur solution à eux, pour faire ce genre de recherches.

Après, c’est peut-être aussi ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. C'est-à-dire qu'à un moment donné, si on considère que ces alternatives, qui sont peu connues, et parce qu'elles ne sont pas très connues, elles ne sont pas aussi puissantes que des solutions comme Google, etc., donc elles ne vont pas être forcément aussi pertinentes. Eh bien, ce n’est pas grave ! On peut, par exemple, si on va chez le Bing de Microsoft, alors Microsoft était dans la liste pour PRISM, il vous surveille bien comme il faut. Cela dit, si vous avez Android, que vous utilisez YouTube, Google Maps et compagnie, et que vous mettez le moteur de recherche Bing, eh bien, ça permet de diluer un peu quand même. C’est-à-dire, qu'à un moment donné, on ne donne quand même pas tout au même. Donc aller chez un autre méchant pour quitter un méchant. Si ce n’est pas le même méchant, et en plus, Google - Microsoft on sait qu'ils ne s'aiment pas trop, c’est toujours mieux que rien, c’est une solution. Mais sinon, duckduckgo.com, je vous invite à essayer. Je trouve ça plutôt cool.

Public : Moi j’ai deux questions. La première c’est quel est le modèle économique de Framasoft ? C’est-à-dire qu'on comprend bien que Google on ne paye pas parce que c’est nous le produit. Et Framasoft, comment il vit ?

Julien Vaubourg : Uniquement de dons. Donc ce sont les dons que font les gens. Si vous voulez faire un don, vous pouvez. Effectivement, c'est qu'à un moment donné, tous ces services-là, Google et compagnie, s'ils sont gratuits c’est parce que, derrière, ils revendent vos informations privées. Donc en fait, ils ne sont pas gratuits, vous les payez en nature avec vos informations privées. Donc, en fait vous les payez avec ce que vous avez de plus intime. En fait, c’est très cher Gmail et compagnie. Framasoft, eh bien à un moment donné, il y a des gens qui font simplement un virement bancaire, donc là c’est beaucoup plus rationnel et ça fonctionne bien. Cela dit, vous pouvez l'utiliser gratuitement et un jour, si vous voulez vous pourrez faire un don, mais ce n'est même pas obligatoire.

Public : Et ça passerait à l'échelle ? Parce que là, peut-être que le modèle économique par dons il tient le coup parce qu'il y a une petite frange de la population. Mais si on s'y mettait tous ?

Julien Vaubourg : Effectivement. Et le but n'est pas que Framasoft passe à l'échelle. Si Framasoft devenait énorme, aussi énorme que Google, il n'y a aucun souci qu'à un moment donné, les gouvernements feraient en sorte d’être chez Framasoft pour récupérer les données là où elles sont. Le but de Framasoft c'est de fournir des services, de montrer que ça fonctionne, de montrer que ce sont des alternatives crédibles, de les filer clefs en main, et qu'à un moment donné il y ait d'autres associations, d'autres structures qui reprennent tous les services et qui les refassent chez elles. Ça, c'est un truc qui est vachement important, c'est qu'ils n’utilisent que des logiciels libres, c'est-à-dire des logiciels que n'importe qui peut utiliser, n'importe qui peut lire, n'importe qui peut modifier, n'importe qui peut redistribuer, comme il le souhaite. Donc en fait, si vous avez un service chez Framasoft, que vous le trouvez particulièrement bien fait, eh bien simplement vous prenez le logiciel qu'ils utilisent, qui est en libre accès, vous l'installez sur une machine chez vous, et vous pouvez créer votre propre communauté. Et le but c'est d'avoir beaucoup, beaucoup de communautés, parce la décentralisation c'est toujours ce qu'il y a de plus sain quand on a ce genre de problèmes de surveillance.

Organisateur : Dis-nous en plus. Ce sont des logiciels donc que je peux prendre, mais ce sont aussi des logiciels que je peux lire. Donc tu peux peut-être vérifier dedans s'ils m'ont mis une saloperie ou s'ils sont vraiment clean ?

Julien Vaubourg : Effectivement, c'est ce qu'on disait tout à l'heure avec les boîtes noires, par exemple, sur la loi de renseignement. On va mettre des boîtes noires qui vont surveiller les accès, tous vos accès à internet, le problème c'est que ce soit une boîte noire ; c'est-à-dire que personne ne sait ce qu'elle fait à l’intérieur. C'est pareil pour les logiciels, quand vous utilisez un logiciel comme Windows, par exemple, vous n'avez aucune idée de ce fait ce logiciel-là avec vos données. À un moment donné, il peut décider de communiquer toutes vos informations, vous ne le saurez pas. Si vous utilisez des logiciels libres, ce sont des logiciels qui sont ouverts, que n'importe qui peut consulter. Alors vous, vous n'avez peut-être pas la capacité, actuellement, de le faire, encore que, mais en tout cas, vous pouvez vous reposer sur une base de bénévoles, de citoyens, de gens, de développeurs, qui eux, eh bien en permanence vont vérifier les codes sources de ces applications-là et, ne vous inquiétez pas, ils le diront s'il y a truc qui craint vraiment dedans. Donc en fait, quand vous utilisez des logiciels libres ce sont des logiciels qui, à priori, vous pouvez leur faire confiance parce que n'importe qui peut vérifier ce qu'ils font. Ce n'est pas le cas des autres logiciels que vous pouvez trouver, qu'on qualifie de propriétaires ou de privateurs.

Organisateur : Mais en fait, c'est entièrement de ta faute Julien ! Parce que ce sont des chercheurs en informatique qui ont permis à Google de monter leur produit. Et donc c'est à cause de mecs comme toi qu'on en est là, au niveau du numérique ! Non ?

Julien Vaubourg : Oui, éventuellement, c'est pour ça que c'est important d'avoir une éthique et de toujours se remettre en question, de réfléchir et de ne pas forcément aller à l’appât du gain, éventuellement.

Organisateur : À part l'un d'entre nous, est-ce que d'autres ont des questions ? Bitte Herr.

Public : Vous pouvez expliquer tous les domaines dans lesquels on peut utiliser Framasoft ?

Julien Vaubourg : Je ne vais pas te faire la liste complète parce que, et c'est plutôt une bonne nouvelle en fait, il y en a énormément. Je t'invite à aller sur framasoft.org et à regarder la liste toi-même. Il y a beaucoup d'outils, y compris des outils qu'on n'est pas habitué à utiliser. Par exemple faire un dessin de façon collaborative,c’est-à-dire qu'on va faire un schéma tous ensemble et, en fait, on pourra tous se connecter et le modifier. Ce sont les choses qui sont possibles. Il faut aller consulter.

Public : Est-ce que Framasoft et Framapad c'est la même chose ?

Julien Vaubourg : Framapad est un service de Framasoft. Tous les services de Framasoft commencent pas Frama. Framapad10, donc un pad, c'est un truc où on va pouvoir, du coup j'imagine que tu connais, mais pour les autres, ça va être une page sur laquelle on va voir tout le monde qui édite en même temps. C'est un peu ce qu'on retrouve dans Google Docs, sauf que là c'est en mode encore plus libre. Et n'importe qui peut ouvrir un document, il n'y a pas besoin de compte, il n'y a besoin de rien: On va pouvoir tous écrire en même temps, eh bien je ne sais pas, un rapport d'assemblée générale, un rapport pour un TP, pour un exposé, pour n'importe quoi. Et donc, effectivement, c'est un des services les plus connus que fournit Framasoft, de faire ça.

Organisateur : Est-ce que nous avons d’autres questions ? Je propose d'abord de remercier Julien.

Julien Vaubourg : Merci.

“Applaudissements.”

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Je n'ai rien à cacher - Questions du public à Julien Vaubourg  Voir?


Nom de l'orateur

Titre : Je n'ai rien à cacher. Questions du public
Intervenant : Julien Vaubourg
Lieu : Séminaire MathC2+ - Inria Grand Est - Nancy
Date : Avril 2015
Durée : 25 min 12
Licence : Verbatim
Pour visionner la vidéo et le site de Julien Vaubourg

Transcription

Public : Bonjour. Mais juste, là d’accord on est surveillé partout et tout le temps, mais qu’est-ce qu’on peut faire ? Enfin c’est trop tard ! De toutes façons la majorité des gens ici ils ont tous un compte Facebook, peut-être Twitter, enfin voilà. Et qu’est-ce qu’on peut faire pour que justement ça s’arrête et qu’on puisse se rebeller face à tout ça ?

Julien Vaubourg : C’est très facile et c’est ça qui est intéressant, c’est qu’on a tous le pouvoir en fait. C’est-à-dire qu’à un moment donné, si tu n’es pas d’accord avec ce que fait Google ou Facebook sur toi, tu n’es pas obligée de les utiliser. Si tout le monde dit : « Moi Google, Facebook, j’arrête », ça veut dire que eux, à un moment donné, ils vont devoir réagir, parce que ce ne sont que des sociétés qui sont là pour gagner de l’argent, au final. Donc tu as l’entier pouvoir de ce qui se passe, tu n’es pas une victime, tu ne subis pas. Tu peux te positionner et dire : « Eh bien moi, Facebook, j’arrête ». Ou alors, faire un compromis. C’est-à-dire que plutôt que d’utiliser Facebook pour tout et n’importe quoi, plutôt que d’écrire en permanence à quelqu’un dans la messagerie instantanée de Facebook, eh bien je vais utiliser plutôt un e-mail, qui soit, de préférence, pas chez Google. Et petit à petit, comme ça, se sortir un peu de ce genre de service qui ne mérite pas notre confiance. On a tous les pouvoirs, sur beaucoup de choses, en fait.

Public : Vous avez dit que la NSA a des profils sur nous. C’est juste la NSA ? Ou il y a aussi quelque chose en France ou en Allemagne ? Plus proche ?

Julien Vaubourg : Effectivement on connaît bien la NSA parce qu’il y a eu les révélations d’Edward Snowden là-dessus, de Wikileaks à Julien Assange avant, et d’autres, et que c’est parce que c’est d’ampleur particulièrement impressionnante. Cela dit, effectivement, il ne faut pas se tromper, tous les pays rêveraient d’avoir plus ou moins ce que fait la NSA. Et ils l’ont à une échelle plus basse. On a eu des révélations, en France, il n’y a pas très longtemps, de ce faisait la DGSE et on sait qu’ils ont quelque chose qui est, au moins pour l’échelle française, plutôt similaire. En France, en ce moment, on est aussi sur le débat de la loi de renseignement, qui consiste à faire comme les États-Unis mais en plus, à le faire en légal. Donc, là, c’est ce que proposent nos députés, nos députés qui sont censés nous protéger, eh bien, en ce moment ils sont prêts à voter une loi qui va autoriser l’État à poser des boîtes noires sur tous les matériels des fournisseurs d’accès à internet. Ça veut dire que l’État va pouvoir, à un moment donné, espionner l’ensemble des communications des citoyens sur internet. C’est intolérable dans une démocratie et pourtant, nos députés vont peut-être voter ça dans quelques jours. Donc oui, en France, effectivement, on a le même problème.

Public : Les données que la NSA a, elles sont stockées où en fait ? Elles sont stockées où ? Où on peut les trouver si on veut, par exemple ?

Julien Vaubourg : Où exactement ça va être compliqué à déterminer. Cela dit il y a quelques centres de données qui sont connus, globalement ça va être dans ce qu’on appelle des data centers. Ce sont des grands, grands hangars, remplis d’ordinateurs, qui ont eux-mêmes tout plein de disques durs, et c’est là-dessus que c’est stocké. Donc c’est purement physique. Il y a des endroits, si on veut aller tout faire sauter on peut, et c’est bien pour ça que ces différents hangars ne sont certainement pas répertoriés sur une carte accessible à tous.

Public : La loi qui est en cours de vote actuellement, c’est juste une réédition, en fait, de la loi de Sarkozy d’il y a une dizaine d’années quand il était ministre de l’Intérieur, puisqu’il imposait déjà aux fournisseurs d’accès de stocker les informations pour cinq ans sur l’intégralité des clients.

Julien Vaubourg : Ouais, mais il y a une différence qui est fondamentale, c’est qu’effectivement on a nous a toujours demandé, pendant un an, de stocker l’ensemble de ces métadonnées. Et ensuite, c’est le gouvernement qui va faire des requêtes, dans le cadre d’une procédure judiciaire, pour savoir, pour obtenir des informations. Dons ça veut dire que les fournisseurs savent exactement ce qu’on leur demande, ils n’ont pas le droit de le divulguer, mais il y a une certaine forme de contrôle. Ici on parle de quelque chose de beaucoup plus proactif. Non seulement on va poser des boîtes noires, et vraiment le « boîtes noires » a été utilisé par Manuel Vals, c’est-à-dire qu’on va poser un équipement dont on n’a aucune connaissance de ce qu’il fait et c’est le gouvernement qui va pouvoir y accéder quand il souhaite pour espionner l’ensemble des communications. Donc on ne sait pas du tout ce qu’ils font avec, ni dans quelle mesure, et enfin, surtout très important, c’est que tout ça c’est sans juge.

Public : Avant c'était uniquement sur commission rogatoire. On est bien d'accord !

Julien Vaubourg : C’est ça. Donc là ils font ce qu’ils veulent et en plus, même s’ils veulent le faire légalement, eh bien ce n’est pas très compliqué parce qu’ils n’ont pas besoin de s’embêter. C’est le principe, presque, d’un État policier.

Public : Est-ce que justement, pour la loi de renseignement, là, il y a une lettre type qui existe, qu’on peut envoyer à nos députés, avec les argumentaires que tu as évoqués, avec les arguments que tu as évoqués. Parce que ça, ça se fait assez souvent, ça s’est fait pour d’autres lois. Les députés sont quand même assez réactifs sur ce que les citoyens qui les ont élus racontent.

Julien Vaubourg : Il y a tout un site qui existe qui s’appelle sous tiret surveillance point fr1, qui regroupe plein d’informations. Il y a notamment le piphone2. En fait c’est une initiative de la Quadrature du Net3, qu’ils ressortent malheureusement souvent, avec l’ensemble des députés qui sont référencés. On peut simplement cliquer et on peut appeler un député depuis internet, gratuitement, pour lui parler. Après des lettres types, il y en a qui existent. Le souci c’est que ça, ça passe vite dans les spams, les lettres types, parce qu’effectivement un député qui va recevoir cinquante fois la même lettre, c’est comme une pétition, ça perd très vite de sa valeur. Les députés c’est censé être notre accès local au gouvernement, donc c’est important d’aller les rencontrer et de leur parler les yeux dans les yeux pour leur demander : « Eh bien vous, qu’est-ce que vous votez ? Vous vous y êtes intéressé, qu’est-ce que vous en pensez ? » C’est vraiment l’argument de proximité qu’il faut privilégier, je pense.

Public : Les données qu’ils stockent, les profils, ils sont bien protégés alors, sûrement ? Est-ce qu’ils se sont déjà faits cracker une fois par quelqu’un ?

Julien Vaubourg : Pour la NSA, c’est dur de savoir, étant donné qu’on n’a aucune information sur ce qu’ils font. Du coup, on n’aura certainement pas l’information s’ils se font voler des choses. Cela dit ils se sont quand même fait voler des choses. Edward Snowden, c’est le principe, c’est qu’il a volé plein d’informations et les a données. Ça va que c’est un citoyen et qu’il a donné des choses qui protègent les citoyens. J’imagine qu’il aurait pu sortir des choses qui mettent à mal les citoyens. Après pour tous les intermédiaires, comme Google et Facebook, ça je l’ai dit, eux, par contre, ils se font régulièrement voler des données. Tout ce que vous leur confiez, toutes les choses qui concernent la moindre conversation que vous envoyez sur Facebook, ça arrive qu’ils se fassent voler tout ça. Et là on ne sait pas où ça part.

Public : Si on s’inscrit à la NSA et on se fait recruter par eux, on a accès à toutes ces données ?

Julien Vaubourg : Ça ne peut pas te répondre. J’imagine qu’ils ont des procédures en interne, qui font que la moindre personne qui est agent d’entretien dans la NSA n’a pas accès à toutes les données. Mais Edward Snowden qui est un informaticien, qui était un militant, il y a eu accès et c’est une bonne chose pour nous.

Public : Environ jusqu'à quel grade ilfaut monter alors pour avoir accès à plus ou moins de données ?

Julien Vaubourg : Pardon ?

Public : Jusqu'à quel grade il faut monter pour avoir accès ?

Julien Vaubourg : Je n’en sais rien du tout. Je ne peux pas. C’est aussi le problème, c’est que finalement tout ça c’est opaque. C’est un souci que je ne puisse pas te donner la réponse. C’est qu’à un moment donné, ils ont toutes les informations et, comme j’ai dit, c’est chez eux. On ne sait pas comment c’est protégé.

Public : En fait, dans les révélations de Snowden, il dit qu’il y a six niveaux d’autorisations différents, donc il faut arriver au dernier échelon. Donc il y a six échelons à monter. Du coup, pour continuer sur la loi de renseignement, il y a un petit argumentaire, l’argument, par exemple, des députés c’est de dire que s’ils ne votent pas cette loi, les prochains événements terroristes, en fait, ça sera de leur faute, parce qu’ils n’auront pas prévu de protéger les gens. Et il y a petit argument, en fait, qui est juste mathématique, c’est que dans ces boîtes noires, c’est prévu de faire du deep packet inspection4, c’est-à-dire d’inspecter tout ce qui passe, essayer de tirer un peu des profils typiques de terroristes. Et donc, si vous faites un test statistique, qui dit, par exemple, « cette personne-là, il y a 99 % de chances qu’elle soit terroriste ». Si en France il y a une personne sur mille qui est effectivement terroriste, quelle est la probabilité que la personne dont le test a dit : « Bon, celui-là c’est peut-être 99 % un terroriste », qu’elle soit vraiment un terroriste. C’est des probabilités, P de A sachant B, la loi de Bayes, et en fait, si vous avez un test qui dit « cette personne-là est peut-être terroriste », en fait elle ne le sera qu’à 9 %, avec une personne sur mille qui est terroriste, donc ça fait quand même 65 000 personnes terroristes en France. Donc les chiffres sont énormes. Comme quoi il y a des arguments. Et sur le site sous-surveillance, il y a un argumentaire pour appeler les députés. Alors ce n’est pas une lettre type. Il y a une lettre type, bien sûr, mais il y a des arguments auxquels on peut répondre quand, par exemple, les députés comme aujourd’hui, il y a Jean-Yves Le Déault, qui est un député de Meurthe-et-Moselle, qui vient de dire que « c’est bien parce que les metadata, de toutes façons, seront anonymes ». Sauf qu’on vient de le voir, les metadata ne sont pas anonymes. Et c’est notre député de Meurthe-et-Moselle qui le dit : « Ah, mais les metadata sont anonymes ». Donc qu’est-ce qu’on fait, du coup ?

Organisateur : Je voudrais reprendre son explication qui est très intéressante. Vous avez compris ce qui se passe, c’est que, comme il y a très peu de terroristes, même si le test se trompe rarement, comme c’est un événement rare, eh bien, quand vous faites la multiplication des probabilités, il va se planter. Et donc le problème, c’est qu’il n’y a pas assez de terroristes pour que le test soit efficace. Le deuxième élément, c’est que vous êtes peut-être surpris que dans un amphi scientifique, il y ait des chercheurs, ou d’autres collègues de la recherche, vous avez vu qu’il n’y a pas que des chercheurs qui se mobilisent. Eh bien, on est un peu concernés, parce qu’effectivement on ne se contente pas juste de faire nos équations. Et alors ensuite, j’ai deux mauvaises nouvelles. J’en ai une troisième, Julien, c’est qu’à mon avis toi maintenant tu vas être surveillé !

Julien Vaubourg : Oui, peut-être comme toi. Tu ne le sais pas !

Orgnisateur : La première mauvaise nouvelle, c’est qu'aujourd’hui, au moment où l'on vous parle, ils sont dans le Parlement en train de discuter la loi, et vous savez ce qui se passe, ils sont trente-cinq ! C’est-à-dire que ce qui se passe de très étonnant, c’est que le Parlement est vide. Et moi, je crois quelque chose, je crois que c’est une catastrophe, parce qu’en fait, ces députés n’ont jamais appris l’informatique à l’école. Et donc, s’ils ne sont que ça, je ne crois pas qu’ils soient plus méchants que les autres, je pense juste qu’ils ne comprennent pas du tout la loi qu’ils sont en train de voter. Une autre question pour continuer de se foutre les boules ?

Julien Vaubourg : Essaye de changer de voix à chaque fois.

Public : OK. Je vais changer de voix. Je voudrais savoir pour la loi en France, alors si elle se fait voter, est-ce qu’on aurait accès soi-même au profil reçu ?

Julien Vaubourg : Ça c’est assez compliqué. Je ne sais pas s’il y a cette information-là actuellement dans le projet de loi.

Organisateur : Tu peux résumer sa question parce qu’on n’a pas forcément tous compris vraiment bien.

Julien Vaubourg : C’est si la loi de renseignement, qui est actuellement en cours de débat, est effectivement adoptée, est-ce qu’on aura accès aux profils qui seront faits sur nous par le gouvernement français ? C’est dur à déterminer. Je ne sais pas s’il y a les informations qui sont dans le projet de loi qui permettent d’y répondre. Toujours est-il que, théoriquement, les fichiers comme le STIC que j’ai présenté tout à l’heure, on devrait aussi y avoir accès. Concrètement, ceux qui ont essayé savent que c'est extrêmement compliqué d'y avoir accès. Donc ce sera probablement quelque chose de similaire. On sait aussi que la France, en fait, c’est Le Monde qui l'a révélé il n'y a pas longtemps, a aussi un organisme de surveillance qui est rattaché à la DGSE et à beaucoup d'autres organismes, qui traitent aussi avec la NSA au passage, et qui font, en fait, déjà de la grosse surveillance, mais sans la loi. C'est-à-dire que c'est fait de façon illégale. La loi, d'ailleurs, n’encadrera pas plus que ça et donc tout ça, étant donné que ce n’est pas dans le cadre de la loi, eh bien on n’a accès à rien du tout. Donc probablement que non, tu ne sauras rien de qu'ils font sur toi.

Organisateur : Maintenant Julien ce que j’aimerais c’est qu’on ne quitte pas cette salle… Il y a des solutions alternatives. Et sans faire forcément de publicité pour telle ou telle, tu pourrais nous expliquer un petit peu à quel endroit on peut partager ? Il paraît que toi tu fais partie d'une association qui fait ça. Donc est-ce qu’aujourd’hui, pour des gens comme toi ou moi, on a des solutions qui remplaceraient, entre guillemets, Google et qui nous mettraient dans des situations beaucoup plus confortables ?

Julien Vaubourg : Alors on a beaucoup de solutions. Elles ne sont pas forcément extrêmement visibles parce que c'est le souci, c'est qu'on n'a pas les moyens de Google pour les rendre aussi visibles. Il y a pas exemple tout l’écosystème d’une association qui s'appelle Framasoft, sur framasoft.org5 qui va vous proposer d’avoir des réseaux sociaux qui sont respectueux de la vie privée, qui va vous permettre d'éditer des documents de façon collaborative, de façon respectueuse de votre vie privée, etc. Vous allez pouvoir faire tout plein de choses grâce à ces services-là, qui sont un exemple de ce qu'on peut faire sans Google et Facebook, et ce sont des services qui sont extrêmement performants.

Ensuite pour vos adresses e-mails vous avez aussi des associations. C’est extrêmement important d'avoir confiance en ceux à qui vous filez vos données. C'est-à-dire qu'à un moment donné, si vous partez en vacances, et que vous laissez vos clefs à un voisin pour qu'il consulte votre courrier papier, vous n'allez pas filer vos clefs à n'importe quel voisin. Vous allez avoir envie d'avoir confiance en lui. Eh bien là, c’est la même chose pour vos e-mails. Il faut aller chez des gens qu'on connaît, en qui on peut avoir confiance. Pour ça il y a des associations locales. Je vous avais donné, tout à l'heure, le lien ffdn.org6. Ça c’est une trentaine d’associations en France, et dedans vous pouvez en contacter une, et leur demander « est-ce vous fournissez une adresse e-mail » et du coup ils vous fourniront ce qu'il faut avec le même niveau de service que vous avez sur Gmail. Vous ne retrouverez pas forcément exactement toutes les fonctionnalités, mais en réalité ce n'est vraiment pas très grave. En plus ce sera cool, au lieu d’avoir @gmail.com, vous aurez @ votre nom de famille ou ce que vous voulez, .fr, .com, .net, ce sera beaucoup plus classe !

Public : Mais pour que ça soit efficace il faudrait que tout notre entourage ait ce genre de boîte mail, puisque vous avez dit, tout à l’heure, qu’on mettait en danger tout notre entourage, par exemple en ayant une boîte mail Google. Ça veut dire que si on envoie des messages à des personnes qui ont une boîte mail Google, même si notre messagerie est protégée, en quelque sorte, nos messages ne le seront pas.

Julien Vaubourg : Effectivement, c’est un vrai problème, c’est une excellente réflexion. C'est qu'à un moment donné, si je suis tout seul à militer, si je suis tout seul à faire attention à ma vie privée et que je ne communique qu'avec des gens qui sont, de toutes façons, sur des trucs pourris qu'ils surveillent, ça ne sert à rien. Cela dit, ça ne sert pas à rien, parce que toi, ça veut dire que dans ton écosystème, au milieu de tes amis, eh bien tu as une adresse qui n'est pas chez Gmail. Et donc il y a des gens qui vont te poser la question, qui vont te demander : « Eh bien pourquoi tu n’es pas sur Gmail ? » Et tu vas pouvoir leur répondre. Et il y en aura peut-être un deuxième qui va finir par faire la même chose, et puis un troisième, et puis un quatrième. C’est un peu le principe des 99 % et des 1 %, c’est-à-dire que ceux qui contrôlent tout, ce sont les 1 %, et nous, on est tous les 99 %. C'est-à-dire que, à nous tous, on a réellement ce pouvoir-là. Donc toi, tu vas commencer, tu vas être toute seule, tu vas être le 1 %, enfin le 0,001 % dans le 99 %. Mais ce n'est pas grave, parce qu'après, il suffit qu'il y ait une personne qui te suive, deux, s’il y a deux personnes qui suivent, chacune des personnes qui te suivent de façon exponentielle, très, très vite, tout le monde va quitter Gmail. C’est utopique, mais c’est comme ça, qu’en fait, toutes les grandes révolutions se sont faites, donc c’est aussi intéressant de les tenter.

Public : Tu parlais d’utopie. Je ne suis pas complètement convaincu par l’utopie, parce que, en particulier chez Google, ils avaient un service qui est Map et qui existe sur vos téléphones à tous, Google Maps, vous l’avez. Il y a approximativement cinq ans, je pense maintenant, ils avaient un service de localisation. C'est-à-dire qu’on acceptait certaines conditions, sur téléphone, et on était en permanence localisé et on localisait nos amis. C'est-à-dire que tu ouvrais ta carte Gmail, il y avait ton pointeur et il y avait le pointeur des gens que tu connaissais. Je ne sais pas si tu as connu le truc, ou pas, et ça a duré approximativement un an et demi puisqu'il y a eu une action collective, a priori en Allemagne, qui a justement mis en cause la sécurité des données, liée à ce phénomène-là. Et Google a retiré immédiatement ses applications, et aujourd’hui Maps ne fournit plus du tout ce genre de prestation, associé, justement, à l'aspect privatif de la position du téléphone. Donc de temps en temps, on peut même faire reculer des géants comme Google.

Julien Vaubourg : Oui bien sûr, je dis que ça peut paraître utopique, mais on fait énormément de choses et les lois européennes, en général, sont très bien pour casser, un peu, toutes les mauvaises pratiques de Google. Après, il faut aussi qu’on surveille ces lois-là parce que quand on voit ce qu'on vote en France, on se dit que ce serait bien qu'ils continuent à aller dans le bon sens et pas qu’ils se mettent à aller dans le mauvais. Effectivement, on peut faire beaucoup de choses. En réalité, on n'est pas du tout impuissant, au contraire, on a toute la puissance. Et ce sont nos choix qui font qu'ils existent : si personne n’utilise Gmail, Gmail n’existe pas, c’est aussi simple que ça.

Public : Y a-t-il aussi un moyen de recherche sur internet sans se faire surveiller, mais complètement. Comment Google encore, quand on ouvre internet ! Aucune surveillance ?

Julien Vaubourg : Il faudrait déterminer ce qu’on appelle aucune surveillance. Cela dit, ne pas se faire surveiller aussi grotesquement que ce qu’on se fait surveiller actuellement sur Google, il y a des services. Alors en l’occurrence il y a duckduckgo.com7. Moi c’est le moteur de recherche que j’utilise, qui est une alternative totale à Google et à ceux qui sont un peu du même acabit comme Bing et compagnie, qui fonctionne plutôt très bien. Ensuite il y a ceux qui fonctionnent en mode proxy, c'est-à-dire qui vont faire des requêtes pour vous chez Google et compagnie, mais finalement, on ne saura jamais que c'est vous, Google et compagnie ne sauront pas que c’est vous qui avez fait la requête à la base. Donc ça. Il y en a d'autres. Il y a Ixquick8, il y a plusieurs ce qu'on appelle des méta-recherches, qui existent. Il y a Framabee9 aussi. Je vous ai parlé de Framasoft, ça c’est leur solution à eux, pour faire ce genre de recherches.

Après, c’est peut-être aussi ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. C'est-à-dire qu'à un moment donné, si on considère que ces alternatives, qui sont peu connues, et parce qu'elles ne sont pas très connues, elles ne sont pas aussi puissantes que des solutions comme Google, etc., donc elles ne vont pas être forcément aussi pertinentes. Eh bien, ce n’est pas grave ! On peut, par exemple, si on va chez le Bing de Microsoft, alors Microsoft était dans la liste pour PRISM, il vous surveille bien comme il faut. Cela dit, si vous avez Android, que vous utilisez YouTube, Google Maps et compagnie, et que vous mettez le moteur de recherche Bing, eh bien, ça permet de diluer un peu quand même. C’est-à-dire, qu'à un moment donné, on ne donne quand même pas tout au même. Donc aller chez un autre méchant pour quitter un méchant. Si ce n’est pas le même méchant, et en plus, Google - Microsoft on sait qu'ils ne s'aiment pas trop, c’est toujours mieux que rien, c’est une solution. Mais sinon, duckduckgo.com, je vous invite à essayer. Je trouve ça plutôt cool.

Public : Moi j’ai deux questions. La première c’est quel est le modèle économique de Framasoft ? C’est-à-dire qu'on comprend bien que Google on ne paye pas parce que c’est nous le produit. Et Framasoft, comment il vit ?

Julien Vaubourg : Uniquement de dons. Donc ce sont les dons que font les gens. Si vous voulez faire un don, vous pouvez. Effectivement, c'est qu'à un moment donné, tous ces services-là, Google et compagnie, s'ils sont gratuits c’est parce que, derrière, ils revendent vos informations privées. Donc en fait, ils ne sont pas gratuits, vous les payez en nature avec vos informations privées. Donc, en fait vous les payez avec ce que vous avez de plus intime. En fait, c’est très cher Gmail et compagnie. Framasoft, eh bien à un moment donné, il y a des gens qui font simplement un virement bancaire, donc là c’est beaucoup plus rationnel et ça fonctionne bien. Cela dit, vous pouvez l'utiliser gratuitement et un jour, si vous voulez vous pourrez faire un don, mais ce n'est même pas obligatoire.

Public : Et ça passerait à l'échelle ? Parce que là, peut-être que le modèle économique par dons il tient le coup parce qu'il y a une petite frange de la population. Mais si on s'y mettait tous ?

Julien Vaubourg : Effectivement. Et le but n'est pas que Framasoft passe à l'échelle. Si Framasoft devenait énorme, aussi énorme que Google, il n'y a aucun souci qu'à un moment donné, les gouvernements feraient en sorte d’être chez Framasoft pour récupérer les données là où elles sont. Le but de Framasoft c'est de fournir des services, de montrer que ça fonctionne, de montrer que ce sont des alternatives crédibles, de les filer clefs en main, et qu'à un moment donné il y ait d'autres associations, d'autres structures qui reprennent tous les services et qui les refassent chez elles. Ça, c'est un truc qui est vachement important, c'est qu'ils n’utilisent que des logiciels libres, c'est-à-dire des logiciels que n'importe qui peut utiliser, n'importe qui peut lire, n'importe qui peut modifier, n'importe qui peut redistribuer, comme il le souhaite. Donc en fait, si vous avez un service chez Framasoft, que vous le trouvez particulièrement bien fait, eh bien simplement vous prenez le logiciel qu'ils utilisent, qui est en libre accès, vous l'installez sur une machine chez vous, et vous pouvez créer votre propre communauté. Et le but c'est d'avoir beaucoup, beaucoup de communautés, parce la décentralisation c'est toujours ce qu'il y a de plus sain quand on a ce genre de problèmes de surveillance.

Organisateur : Dis-nous en plus. Ce sont des logiciels donc que je peux prendre, mais ce sont aussi des logiciels que je peux lire. Donc tu peux peut-être vérifier dedans s'ils m'ont mis une saloperie ou s'ils sont vraiment clean ?

Julien Vaubourg : Effectivement, c'est ce qu'on disait tout à l'heure avec les boîtes noires, par exemple, sur la loi de renseignement. On va mettre des boîtes noires qui vont surveiller les accès, tous vos accès à internet, le problème c'est que ce soit une boîte noire ; c'est-à-dire que personne ne sait ce qu'elle fait à l’intérieur. C'est pareil pour les logiciels, quand vous utilisez un logiciel comme Windows, par exemple, vous n'avez aucune idée de ce fait ce logiciel-là avec vos données. À un moment donné, il peut décider de communiquer toutes vos informations, vous ne le saurez pas. Si vous utilisez des logiciels libres, ce sont des logiciels qui sont ouverts, que n'importe qui peut consulter. Alors vous, vous n'avez peut-être pas la capacité, actuellement, de le faire, encore que, mais en tout cas, vous pouvez vous reposer sur une base de bénévoles, de citoyens, de gens, de développeurs, qui eux, eh bien en permanence vont vérifier les codes sources de ces applications-là et, ne vous inquiétez pas, ils le diront s'il y a truc qui craint vraiment dedans. Donc en fait, quand vous utilisez des logiciels libres ce sont des logiciels qui, à priori, vous pouvez leur faire confiance parce que n'importe qui peut vérifier ce qu'ils font. Ce n'est pas le cas des autres logiciels que vous pouvez trouver, qu'on qualifie de propriétaires ou de privateurs.

Organisateur : Mais en fait, c'est entièrement de ta faute Julien ! Parce que ce sont des chercheurs en informatique qui ont permis à Google de monter leur produit. Et donc c'est à cause de mecs comme toi qu'on en est là, au niveau du numérique ! Non ?

Julien Vaubourg : Oui, éventuellement, c'est pour ça que c'est important d'avoir une éthique et de toujours se remettre en question, de réfléchir et de ne pas forcément aller à l’appât du gain, éventuellement.

Organisateur : À part l'un d'entre nous, est-ce que d'autres ont des questions ? Bitte Herr.

Public : Vous pouvez expliquer tous les domaines dans lesquels on peut utiliser Framasoft ?

Julien Vaubourg : Je ne vais pas te faire la liste complète parce que, et c'est plutôt une bonne nouvelle en fait, il y en a énormément. Je t'invite à aller sur framasoft.org et à regarder la liste toi-même. Il y a beaucoup d'outils, y compris des outils qu'on n'est pas habitué à utiliser. Par exemple faire un dessin de façon collaborative,c’est-à-dire qu'on va faire un schéma tous ensemble et, en fait, on pourra tous se connecter et le modifier. Ce sont les choses qui sont possibles. Il faut aller consulter.

Public : Est-ce que Framasoft et Framapad c'est la même chose ?

Julien Vaubourg : Framapad est un service de Framasoft. Tous les services de Framasoft commencent pas Frama. Framapad10, donc un pad, c'est un truc où on va pouvoir, du coup j'imagine que tu connais, mais pour les autres, ça va être une page sur laquelle on va voir tout le monde qui édite en même temps. C'est un peu ce qu'on retrouve dans Google Docs, sauf que là c'est en mode encore plus libre. Et n'importe qui peut ouvrir un document, il n'y a pas besoin de compte, il n'y a besoin de rien: On va pouvoir tous écrire en même temps, eh bien je ne sais pas, un rapport d'assemblée générale, un rapport pour un TP, pour un exposé, pour n'importe quoi. Et donc, effectivement, c'est un des services les plus connus que fournit Framasoft, de faire ça.

Organisateur : Est-ce que nous avons d’autres questions ? Je propose d'abord de remercier Julien.

Julien Vaubourg : Merci.

“Applaudissements.”

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(19/06/2016 @ 15:06)

Cloud, vie privée et surveillance de masse - Tristan Nitot  Voir?


Tristan Nitot

Titre : Cloud, vie privée et surveillance de masse
Intervenant : Tristan Nitot
Lieu : Rencontre Nationale des Directeurs de l’Innovation
Date : Juin 2015
Durée : 47 min 15
Licence : Verbatim
Pour visualiser la vidéo

Transcription

Je vais me présenter très brièvement, je m'appelle Tristan Nitot, j'ai quarante-huit ans, je suis un citoyen français. Je suis Chief Product Officer chez Cozy Cloud1, une startup française. Je suis membre du Conseil National du Numérique, et je travaille sur un livre2 que je publie, au fur et à mesure, sur mon blog, sur la problématique de vie privée, surveillance de masse et la problématique du cloud. Donc, en gros, vous allez avoir accès, en partie, à ce contenu, à ce livre, sachant que, normalement, en septembre, si tout se passe bien, il existera en version papier.

Comme c'était, quand même, une longue journée, on va commencer par un tout petit peu d’exercice, et je vais demander aux utilisateurs de Facebook, de Google Search, les recherches Google, ou d'un service Yahoo de se lever. Donc si vous utilisez un de ces services, merci de vous lever. C'est bienvenu un peu d'exercice ! Restez debout ! Hou là là, attendez, l'exercice n'est pas terminé. Je vois qu'il y a des personnes qui n'ont pas compris les instructions, ou qui n'écoutent pas. Il y a un monsieur qui est au téléphone, que je dérange beaucoup visiblement, là. Restez debout ! Maintenant, ceux qui utilisent ces services sans payer, peuvent se rasseoir

Public : Sans payer ?

Tristan Nitot : Sans payer. Si vous ne payez pas pour ces services, rasseyez-vous. Voilà. D'accord donc il y a quand même, monsieur hésite, est-ce qu'il a payé ? Vous avez envoyé votre chèque à Facebook le mois dernier ou pas ? Non, finalement il se rassoit. Bon d'accord ! Il y en a quatre qui n'ont pas compris les instructions, même pas. Bon ! Tout le monde peut se rasseoir maintenant. Merci. Non, mais il y a un monsieur qui a compris les instructions, mais il veut rester debout. Voilà.

Cet exercice est intéressant, c'est qu'on utilise tous ces services, peut-être qu'il y a une exception, sans payer, c'est-à-dire Google Search vous ne payez pas, Facebook vous ne payez pas, Yahoo vous ne payez pas. Il y a un adage qui dit : « Si c'est gratuit, c'est vous le produit ». Effectivement ! Donc vous voyez, là c'est une ferme industrielle de cochons, et on ne comprend pas toujours très bien, mais le cochon, je vous le dis tout de suite, le cochon n'est pas le client du fermier. Il y a un moment où il faut revenir sur la base. C'est-à-dire que le cochon, il est nourri gratuitement, il est logé gratuitement, mais aucun de nous, d'ailleurs nous ne sommes pas des cochons, donc on peut avoir une certaine distance vis-à-vis du sujet, nous savons, indéniablement, que le cochon n'est pas le client du fermier. Le client c'est celui qui mange le saucisson. Il y a un parallèle intéressant, d'ailleurs, entre le cochon et nous, utilisateurs du numérique, je n'ai pas dit clients du numérique, mais utilisateurs du numérique, c'est que, finalement, on va peut-être finir en saucissons.

Pourquoi, au-delà de cet exemple qui est un peu amusant, il y a une problématique à comprendre, c'est que les données c'est le pétrole du 21e siècle. Ça c'est Los Angeles en 1908 et, au milieu des pavillons, c'est bourré de derricks. Pourquoi il y a ces derricks qui pompent du pétrole comme on le faisait il y a presque 110 ans en Californie ? Eh bien, je vais vous donner un exemple. Ça c'est l'application de Facebook que j'ai commencée à installer sur mon téléphone Android. Finalement, je n'ai pas accepté. Parce que ce n'est pas acceptable, d'après moi, que Facebook, pour que je puisse m'en servir et lui donner mes données, il me demande d'avoir accès à tous mes SMS, mes photos, ma position par GPS, la liste de tous mes contacts, mon agenda, et l'historique de l'appareil des applications que j'utilise, autres que Facebook. Donc ça, vous voyez, ça c'est un derrick dans ma poche. En fait, les sociétés, les grandes sociétés du numérique aujourd'hui, Google, Facebook, Yahoo, etc., et Microsoft, ce sont des gens qui viennent mettre des derricks dans nos jardins, c'est-à-dire qu'ils viennent pomper nos données.

Alors, là on va dire : « Il a une dent contre Facebook ». Non, pas du tout ! Enfin si, mais pas seulement. Ça, ce sont des informations que j'ai trouvées sur un serveur de Google. Un serveur de Google, donc ce n’était pas dans mon ordinateur. C'est un serveur de Google. Si vous utilisez Google Maps et que vous avez, comme tout le monde, lu les conditions générales d’utilisation, je ne vous fais pas lever, tout le monde les a lues les conditions générales d'utilisation de Google Maps, je ne vais pas vous faire cet affront, évidemment. Je lisais d'ailleurs récemment que, en fait, si on lisait toutes les conditions générales d’utilisation de tous les services en ligne qu'on utilise, il faudrait des dizaines d'années, à raison de huit heures par jour, pour les lire et les analyser. Vous voyez ! Donc on ne le fait pas, forcément. Eh bien donc, en utilisant Google Maps, Google Maps collecte des données sur mes déplacements. Et c'est ainsi qu'on voit que le 2 décembre 2014, je me suis promené, je suis allé faire un tour dans le 16e, je suis allé faire un tour du côté du canal Saint Martin, et du côté du boulevard Montmartre. Et quand ça fait des lignes droites, c'est que je prends le métro et il ne peut pas me repérer par GPS. Et ça, ces données, elles sont envoyées automatiquement à Google. Alors du coup, je me suis dis, je vais désactiver le GPS et la géolocalisation. Et là, il me dit, vous pouvez désactiver le GPS et la géolocalisation, et le Wi-Fi, mais sachez quand même qu'on va détecter les bornes Wi-Fi autour de vous, et on va les stocker pour plus tard. Vous pouvez aller, c'est très compliqué, les chercher dans les préférences, l'endroit où vous pouvez désactiver ça. Et puis, forcément, votre téléphone marche beaucoup moins bien après, donc, non, on ne le fait pas. Donc c'est ça, c'est : « Je pompe tes données ou tu crèves, quoi, ou, en tout cas, ça ne marche ! »

Donc voilà pour Facebook, voilà pour Google. Je ne vous les fais pas tous, je crois qu'on a compris le système. Et évidemment, les grands services nous disent : « Ah non, mais ne vous en faites pas, les utilisateurs sont extrêmement conscients de ça, ils sont ravis d'échanger des données personnelles contre des services gratuits ». Ils ont des services de relations presse et relations publiques, qui expliquent ça, à longueur de journée, comme quoi c'est un très bon accord.

Moi, en fait, ça m'évoque plutôt l'accord, où c'est comme quand qu'on achetait des esclaves contre des verroteries. Vous voyez ! C'est un bon accord. On allait en Afrique, on donnait des verroteries et on embarquait des esclaves. Et les gens étaient contents, regardez des verroteries. C'est vrai que des verroteries, quand vous vous étiez en Afrique occidentale, vous n'en voyiez pas beaucoup, il y a deux siècles, et on était content de faire des échanges. C'était quand même une arnaque. Ou, des Indiens d'Amérique, à qui on achetait des terres en échange de verroteries, parce que pour eux le notion même de propriété de la terre leur était impossible, et on les arnaquait de la même manière. Donc c'est exactement le même genre d’arnaque, et je pense que, dans quelques dizaines d’années, on regardera la période d'aujourd'hui avec effroi, en disant « mais comment les gens ont-ils pu donner des données personnelles en échange de services aussi bon marché ».

Parce que j'ai fait le calcul. Si vous regardez les comptes, la comptabilité de Facebook, qui est en partie publique, parce que, évidemment, ils sont cotés en bourse, vous regardez qu'un utilisateur Facebook, pendant un an, ça coûte cinq euros : pour faire fonctionner Facebook pour une personne, cinq euros. Donc en fait, vous échangez toutes vos données dans Facebook pour un service qui vaut cinq euros. En gros pour le prix de deux expressos au comptoir, vous avez donné toutes vos données personnelles. J'aime beaucoup le café, mais à ce prix-là, je préférerais payer directement Facebook, que avoir cet échange de dupes. D'ailleurs ça a commencé à se voir. Il y a un rapport qui est sorti, il y a une dizaine de jours, qui s'appelle The Tradeoff Fallacy, qui explique que, en gros, il y a l'immense majorité, plus des deux tiers des gens trouvent que c'est une arnaque. C’est-à-dire que les sociétés internet en savent trop sur nos données, mais, de toutes façons, comme on ne peut absolument rien faire genre Google Maps, genre Facebook, autant en tirer un service gratuit. Donc, bon an, mal an, un peu déçus par ce procédé pas très loyal, tant qu'à se faire pomper les données, autant avoir un service gratuit en échange.

[Si vous permettez, je vais chercher une petite bouteille. Excusez-moi pour cet intermède.]

Après, il y a une problématique, aussi, c'est que toute cette collecte de données, elle n'est pas neutre pour les individus, c'est le moins qu'on puisse dire, elle n'est pas neutre pour les entreprises, non plus. Je suppose que vous avez tous entendu parler d'Uber qui dit, j'ai fait un copié-collé de leur site web tout à l’heure, « Uber révolutionne le monde du transport ». Donc cette fameuse société, qui a quelques concurrents en France, qui permet de faire une alternative aux taxis. Et Uber révolutionne le monde du transport en mettant en relation utilisateurs et chauffeurs. Donc, ils sont en train de concurrencer les taxis, au point que les taxis font grève, bloquent la circulation, que la police s'en mêle, qu'on change la loi, etc. C'est un gros, gros changement. Ce qui est juste dingue c'est que le taxi qui est physiquement à Paris, il est à quelques centaines de mètres de moi, eh bien un type, en Californie, avec son application, a réussi à s’intercaler entre le taxi qui est dans la rue et moi. Ça a donné un nouveau mot qui s'appelle « l'ubération », c'est-à-dire se faire disrupter, c'est-à-dire perturber, grâce à cette mise en relation, que j'ai mis en gras, parce que c'est ça, ils commencent à s'insérer en tant qu’intermédiaire, entre la grande société du CAC 40, établie, etc., et l'utilisateur final, le client final. Ils viennent, en fait, perturber cette relation.

Donc, ce n'est pas juste les individus qui sont touchés, ce sont aussi les grandes entreprises. Alors il y a des prises de conscience de ces choses-là, qui sont épisodiques, des histoires horribles qui frappent les esprits. Ça c’était l'été dernier, en août, où un certain nombre de starlettes qui avaient pris des photos avec leur iPhone, la plupart du temps, des photos extrêmement intimes, et ces photos ont terminé sur internet. C'est-à-dire que ce qui était extrêmement paradoxal, c’était le fait qu'elles avaient toujours leur téléphone à la main, il n'avait pas disparu leur téléphone, on ne leur avait pas volé le téléphone. Mais les photos prises étaient sauvegardées dans le cloud. Alors le cloud, je précise pour ceux qui ne savent pas, le cloud c'est l’ordinateur de quelqu'un d'autre. C'est juste un joli mot qui raccourcit et qui donne un côté vaporeux et sympathique, mais, littéralement, le cloud c'est un ordinateur, c'est l’ordinateur de quelqu'un d'autre. Et donc, effectivement, leurs photos extrêmement intimes, mises sur l'ordinateur de quelqu’un d'autre, lequel avait été piraté, s'est retrouvé, le contenu, sur internet, ce qui est extrêmement gênant. Moi, je suis allé me documenter, effectivement, j'aurais été embêté de me retrouver avec des photos comme ça, de moi ou de ma femme, sur internet. Donc c'était une grande prise de conscience :« Mais en fait, même si on ne me vole pas mon téléphone, on peut me voler mes photos ! » C'est quand même très bizarre.

Edward Snowden

Il y a eu une autre prise de conscience, qui était un an plus tôt, juin 2013, Edward Snowden. Edward Snowden étant un lanceur d'alerte, qui travaillait pour la NSA, qui est donc les agents secrets américains, et Edward Snowden est parti avec des dizaines de milliers de documents, qui sont encore en train d’être épluchés, deux ans plus tard, par des journalistes, pour comprendre tout ce qu'il y a. Et, en gros, c'était sympa parce que c'était les diapos qui étaient remises à l’état-major de la NSA et on expliquait qu'ils voulaient écouter tout le monde, tout le temps : le téléphone, l'internet, tout, tout le monde, tout le temps, parce que ça peut valoir quelque chose, on ne sait pas. On se dit : « Oui, bon, c'est surtout pour les militaires, les terroristes, tout ça ». Non, non, pas du tout. Il est aussi expliqué, dans les mêmes slides, que les clients de la NSA c'est le ministère du Commerce, le ministère de l'Agriculture, des Transports, etc., c'est-à-dire des civils, qui font de l'intelligence économique sur la base de ce que pompe la NSA, sur nos données.

Alors quel rapport entre Edward Snowden et ce qui nous intéresse, parce qu'Edward Snowden nous dit : « Mais vos données, elles sont pompées, en tout cas la NSA veut les pomper ». Et elle a des budgets énormes, mais quand même pas au point de mettre sur écoute trois milliards d'internautes, avec trois milliards de capteurs dans chacun des trois milliards d'ordinateurs et de smartphones des trois milliards d'internautes, ça coûterait trop cher. Alors qu'est-ce qu'ils font ? Eh bien tout simplement, ils vont mettre des micros chez Google, Facebook, Apple, etc., Yahoo, Microsoft, et vous mettez une bonne douzaine de gros micros, des micros virtuels, vous allez pomper les données dans ce qui est, finalement, un paquet de silos. Et donc, au lieu d'aller surveiller des individus, chacun chez soi, vous allez surveiller quelques gros géants, ici Google, Facebook, Yahoo, Microsoft. Il y en a d'autres, mais je n'ai trouvé qu'une photo avec quatre silos. Je suis passé devant, il y avait quatre silos. Bon, peut-être qu'ils en ont mis plus depuis, mais, il n'y a pas que eux.

Donc voilà le problème, c'est que cette centralisation des données, dans les grands silos, elle rend économiquement possible la surveillance de masse. C’est-à-dire que si on était chacun chez soi, ça serait très compliqué de nous surveiller, mais comme on met toutes nos données au même endroit, ça devient, finalement, trivial. D'autant que, en fait, ces données elles sont aussi analysées par Google, Facebook, etc., pour nous vendre de la publicité ciblée et nous profiler. Donc en fait déjà, sans le voir, ces géants de l'internet nous profilent, et la NSA n'a plus qu'à prendre les fruits qui tombent de l'arbre.

Là où c'est dramatique, c'est qu'en France, ça c'est une photo du Sénat, qui n'est pas très loin, a été voté, donc au Sénat la semaine dernière, et puis la commission mixte paritaire entre l'Assemblée nationale a voté aussi un texte de loi, le projet de loi renseignement, où, en France, au nom de la modernisation de la loi des services de renseignement, on autorise la surveillance de masse. Si vous demandez à Manuel Valls ou à Bernard Cazeneuve s'il fait de la surveillance de masse il vous jurera que non, que cette histoire de boîte noire ce ne sont que des illuminés comme moi qui vous racontent des histoires. Le fait est c'est que, en gros, dans la loi, il y a des provisions pour mettre des équipements sur le réseau internet, en vue de surveiller des pans entiers de l’internet français, pour détecter des mouvements suspects.

Moi j'ai commencé à communiquer sur la chose, en tant que membre du Conseil National du Numérique, en disant « écoutez, là, je n'ai pas dit là vous yoyotez, mais c'est ce que je pensais, ça ne va pas, la surveillance de masse, ce n'est pas une très bonne idée », parce que je suis resté poli, quand même. J'ai été convoqué à Matignon. On m'a expliqué que je n'avais rien compris, mais dès que je posais une question on me répondait : « Je ne peux pas vous répondre, c'est secret défense ». Donc on ne sait pas ce que c'est que les algorithmes des boîtes noires, on ne sait pas sur quoi ça porte. Le code source, évidemment, n'est pas ouvert. À quoi ressemble un mouvement suspect, je n'en rien. Je leur ai dit : « Mais alors, je vais chercher Djihad, sur Wikipédia, c'est un mouvement suspect ? ». « Ah, euh ». Ils ne répondent, mais enfin, bon, ils font des mines et tout, genre « arrêtez de me prendre pour un con ». Et je dis : « Mais alors dans la foulée, je vais prendre, je ne sais pas moi, je vais prendre un voyage en Turquie. Je regarde Djihad et je vais faire un week-end en Turquie. Et là, c'est bon ? Je suis dedans ou je ne suis pas dedans ? ». là Ils font moins les malins, quand même. Et on ne sait pas. Et c'est un vrai problème de ne pas savoir ce que c'est qu'un comportement suspect, parce que, du coup, on se dit : « Ah non, je ne vais pas regarder Djihad sur Wikipédia ». Si on commence à se dire qu'on ne peut plus regarder Wikipédia partout sans être, éventuellement, fliqué par des barbouzes, ça commence à être gênant. Si quand je prends un billet d'avion pour Istanbul je me dis « eh, c'est peut-être suspect, etc. » C'est une vraie intrusion, en fait, dans nos libertés.

Rien à cacher ?

Alors on dit : « Oui, mais vous n'avez rien à cacher, M. Nitot. Vous n'avez rien à cacher ! ». Eh bien si, j'ai des trucs à cacher et je parie que vous tous, dans la salle, vous avez des choses à cacher. On ne va pas refaire l'exercice de vous faire lever, mais qui n'a pas de loquet à ses toilettes ? Dénoncez-vous, levez la main. OK. Il y a un monsieur qui se lève. Alors monsieur, c'est très bien d’être innovant dans sa vie sexuelle, mais ça ne nous intéresse pas. Donc on a tous des loquets à nos toilettes, parce que c'est important d'avoir des moments d'intimité. Et ce n'est pas illégal d'avoir un loquet dans ses toilettes. Et je ne pense pas que vous ayez, chez vous, dans vos toilettes, une activité illégale. Alors peut-être, parfois, on s'enferme dans les toilettes, on fume des trucs pas autorisés, mais c'est vraiment la limite, quoi. Normalement ce n'est pas illégal.

Deuxième exemple. Moi, j'ai une famille, une femme, deux enfants, je ne vais pas rentrer dans le détail, j'en suis très fier, mais on a fait des enfants, ma femme et moi, et on va s’arrêter là. D’accord ? Je suis marié, j'ai bien fait tout dans les règles, seulement j'ai mis des rideaux à ma fenêtre, parce que je n'ai pas très envie que les gens sachent comment je fais les enfants avec ma femme. Et c'est même recommandé de faire des enfants, parce qu'on en a besoin, mais ce n'est pas illégal. Et pourtant, c'est secret. Enfin, il y a des gens, je ne sais pas si vous en faites partie monsieur qui n'avez pas de loquet, après vous pouvez vous filmer aussi, si vous voulez, mais ce n'est pas obligé. Moi je préfère ne pas filmer.

Et puis j'ai changé d'employeur il n'y a pas longtemps et évidemment, j'ai envoyé des CV, et je n'avais pas envie qu'ils sachent, c’était secret, mais ce n'était pas illégal, parce si changer de boulot devient illégal, là, on est mal. Donc, vous voyez, des tas de choses qui sont secrètes et qui ne sont pas, pour autant, illégales. Je vais vous donner un dernier exemple, quand je suis sous la douche je chante atrocement faux, mais alors, atrocement faux. Et c'est parce que je suis tout seul. Mais si j'entends la porte de l'appartement claquer, ma femme qui rentre des courses, là ça coupe tout, net quoi ! Parce que je ne peux pas chanter aussi faux que ça, parce que, objectivement, c'est ridicule, j'ai même un peu de mal à vous en parler maintenant, mais je n'ai pas envie qu'on m'entende être aussi mauvais que ça. Voilà. Et pourtant j'ai le droit de chanter sous la douche, c'est important pour moi, ne serait-ce que pour un jour, peut-être, j'oserai prendre le micro dans un karaoké, et chanter moins faux que si je ne m'étais pas entraîné avant sous la douche. Donc on a tous quelque chose à cacher.

Ce que vous voyez ici c'est une prison, à Cuba, une prison dite modèle, qui est bâtie sous le format de la prison panoptique, inventée par les frères Bentham au 19e siècle. Alors, que je vous explique un peu, la pauvre elle est désaffectée, mais normalement il y a des barreaux, et c'est un bâtiment circulaire. Les cellules sont à l'extérieur et, au centre, il y a une tour, vous voyez, avec des meurtrières. Et dans la tour il y a le gardien. Et donc le gardien on ne le voit pas parce qu'il regarde juste dans les meurtrières. Et le gardien est susceptible de surveiller tout le monde, à tout instant. Mais évidemment, le gardien il a des yeux devant mais pas derrière ni sur les côtés, donc il ne peut regarder qu'une toute petite partie des prisonniers à un instant T. Mais tous les prisonniers savent qu'ils sont surveillés, et qu'ils sont peut-être surveillés là, maintenant. Et du coup, le prisonnier se tient à carreau. Donc ce modèle de la prison panoptique, où il y a zéro, absolument zéro intimité, les Bentham étaient deux frères, et il y en a un qui a inventé la prison panoptique, l’autre a fait : « C'est génial, je vais inventer l'usine panoptique ». Déjà, limite perturbant. C'est-à-dire qu'on ait envie de faire subir des choses à des prisonniers, c'est une chose, la même chose à des ouvriers, moi je le sens moins bien. Et les frères Bentham quand ils allaient voir différents hommes politiques, à l'époque, pour leur vendre les concepts du panoptisme, ils disaient : « Regardez, c'est génial, parce que vous avez un seul gardien qui surveille absolument tout le monde, c'est super. Et même quand il s'absente pour aller déjeuner, eh bien personne ne moufte, parce que tout le monde se sent surveillé ». Donc je veux dire, même en n'étant pas surveillé, mais en étant potentiellement surveillé, on va changer son attitude pour être conforme. Et d’ailleurs, Michel Foucault, le philosophe, dans les années 70, a publié Surveiller et punir sur le thème du panoptisme. Et il explique qu'en gros, en fait le panoptisme, la surveillance, c'est une façon d'imposer un comportement à une masse de personnes, pas nécessairement juste à des prisonniers.

Et donc c'est important aussi pour nous, pour être une société libre, de ne pas être dans un modèle panoptique où on est potentiellement surveillé. Parce que quand on grandit, quand on passe de l'état d'enfant à celui d'adulte et de citoyen, il faut être capable d'essayer d'inventer des choses, d’être créatif. Après tout, on parle d'innovation aujourd'hui. L'innovation c'est toujours un moment où on crée quelque chose qui a l'air complètement stupide. Tout à l'heure, les bouées dérivantes, au moment où l'idée est venue, je suis sûr qu'il y a des gens très bien pensants, très bien, qui ont fait : « C'est n'importe quoi ! » Bon, en l’occurrence ce n’était pas une super idée parce que ça n'a pas marché. Mais si vous n'avez pas assumé la volonté de faire quelque chose qui est potentiellement débile et que vous avez validé que ce n’était pas une super idée, mais, en fait, si, parce que avec des jets d'eau sur le côté, finalement, vous arrivez à faire quelque chose qui fonctionne, eh bien vous avez été débile à un moment et vous avez été brillant la semaine d'après, ou un an après. Donc c'est ça, si on veut être créatif, si on veut être innovant, il ne faut pas être surveillé.

Quelle efficacité pour la surveillance de masse ? Quasiment aucune...

Alors la cerise sur le gâteau, c'est que l'efficacité de la surveillance de masse est quasiment nulle. Pourquoi ? Parce que, vous voyez, en bas j'ai mis trois logos. Ce sont trois systèmes de cryptographie, de chiffrement, le premier à gauche c'est Tor, c'est un navigateur qui est basé sur Firefox de Mozilla, qui permet de passer inaperçu sur internet.

Public : Inaudible.

Tristan Nitot : Pardon ? De passer inaperçu sur internet, donc on va naviguer sur internet sans être surveillé. Ce qui est extrêmement drôle c'est que c'est, au départ, utilisé par l'armée américaine pour aller surveiller des sites ennemis, mais qu'ils ont besoin qu'il y ait beaucoup de gens qui s'en servent. C'est utilisé et recommandé par des organisations comme Reporters sans Frontières, pour que des activistes, dans des pays dictatoriaux, puissent communiquer et s'informer sans laisser de traces. Donc c'est très important pour la liberté de parole et liberté de la presse. Et aujourd'hui, sur les sites djihadistes, il y a déjà des tutoriels qui expliquent comment utiliser Tor pour ne pas se faire attraper par les boîtes noires du projet de loi renseignement.

GnuPG, et Protomail, sont deux systèmes qui sont faits pour protéger sa correspondance e-mail. Et il y en a d'autres. Il y a des choses qui s'appellent OTR, Off the Record, qui sert à la messagerie instantanée. Il y a des systèmes du type VPN qui permettent aussi de chiffrer tout le trafic internet depuis votre ordinateur vers un lieu extérieur.

Donc, aujourd'hui, quiconque a envie de se cacher peut le faire. Et donc surveiller toute la population française, potentiellement, ne servira pas à attraper le moindre terroriste qui est décidé et pas totalement stupide. On peut arrêter des terroristes crétins, mais ce ne sont pas les gens dangereux, non plus. On a bien arrêté un type qui a essayé de mettre le feu à sa semelle dans un 747. Voilà, c'est ce genre de mec qu'on va arrêter, mais ce ne sont pas les dangereux. Mais le prix sociétal de la surveillance, il va être payé par tous.

Que faire ?

Alors, qu'est-ce qu'on fait ? Moi je suis informaticien, je suis entrepreneur, j'ai des idées et je me dis : « Mais je ne vais pas rester comme ça ». Alors j'ai bien essayé d'expliquer au gouvernement qu'il faisait des bêtises. Tous les gens à peu près censés l'ont fait. Il y a une liste, longue comme ça, d'organisations qui ont expliqué au gouvernement, qui ont pris position clairement contre la loi renseignement, ça ne les a pas empêchés de s'enferrer dans ce cul de sac qui ne sert à rien. Alors puisque expliquer aux politiques que ça ne marche pas, et ça ne servira à rien, et que c'est coûteux, ne fonctionne pas, qu'est-ce qu'on fait ? Évidemment, on pourrait débrancher internet. Ce n'est pas mon choix. Qu'est-ce qu'on peut faire, ou en tout cas se débrancher, chacun, de l'internet. Bon, en même temps, c'est un peu fichu. Même si vous avez un téléphone qui n'est pas Smart, sachez que vous êtes repérable à tout instant parce que le système GSM, de téléphonie mobile, il est obligé de savoir où vous êtes, dans un certain rayon, de façon à savoir où router les appels. Donc même si vous dites : « J'ai juste un vieux Nokia 8210, des années 90, je suis tranquille ! », eh bien non, même pas ! Donc, il faut appeler depuis les cabines téléphoniques, mais je ne sais pas si vous avez remarqué, il y en a de moins en moins.

Inventer le futur qu'on veut, pas celui qu'on voudra bien nous laisser...

Alors que faire ? Eh bien je vous propose, simplement, d'inventer le futur qu'on veut. C'est-à-dire un futur où on a le contrôle de nos données, pour qu'elles ne soient données ni aux géants de l'internet, ni aux espions.

S.I.R.C.U.S. Systèmes d'Information Redonnant le Contrôle aux UtilisateurS

J'ai inventé le concept de S.I.R.C.U.S. L'acronyme, il vaut ce qu'il vaut. C'est un Systèmes d'Information Redonnant le Contrôle aux UtilisateurS. Eh ouais, je fais ce que je peux. Et il a sept critères pour définir ce que c'est qu'un SIRCUS.

Se débarrasser de la publicité ciblée

Premièrement, première étape : accepter de se débarrasser de la publicité ciblée, qui est la source de tous les maux en termes de ciblage. C’est le business modèle dominant, actuellement, sur internet, c'est « je collecte des données, je sais tout de vous et, en sachant tout de vous, je vais vous afficher de la publicité ciblée, qui ne rapporte quasiment rien, mais bon, c'est mieux que rien ». Regardez, tous les titres de presse ont un mal fou à survivre, malgré les tonnes de trackers qu'ils nous mettent dans leurs pages. Ça se compte par dizaines. Si vous allez sur la page du Figaro ou du Monde, vous avez des dizaines de sites tiers qui essayent de savoir où vous vous promenez sur internet, et ça ne rapporte pas suffisamment, ça ne rapporte pas de quoi faire un journalisme de qualité. Disons que si vous regardez les comptes du journalisme, vous vous rendez compte que ça ne va pas bien.

Le problème, c'est que les individus ont une fascination pour la gratuité. Je ne vais pas rentrer dans le détail, mais il y a des gens qui l'ont fait, en l’occurrence des économistes du comportement, behavioral economics, qui ont fait des études sur le sujet et que quand c'est gratuit, entre un truc vraiment d’excellente qualité, pas cher, et un truc pourri, encore moins cher, on prend celui qui est d'excellente qualité. Mais dès que celui qui est vraiment pourri, il est gratuit, on prend le pourri, au lieu de prendre l'excellent qui n'est vraiment pas cher. C'est juste « si c'est gratuit, je ne peux pas me tromper ». Eh bien non. Il l'a fait avec des chocolats, eh bien à chaque fois les gens prennent les mauvais chocolats au lieu de prendre… Non, c'est super drôle, il s'appelle Dan Ariely, c'est une super lecture.

Il faut donc se débarrasser de la publicité ciblée, ça veut dire qu'il faut accepter de payer. Pas très cher : regardez, Facebook, cinq euros par an. Si on pouvait avoir l'alternative à Facebook pour cinq euros par an, ça vaudrait tellement le coup. Mais il faut accepter de mettre en jeu cinq euros, et c'est dur. Mais il faut comprendre que sinon c'est un accord de dupes.

Utiliser du matériel que l'on contrôle

Deuxièmement. Utiliser du matériel qu'on contrôle. Celui-là, je sais, c'est une diapo qui est petit peu flippante, je suis désolé, j'aurais dû vous prévenir, mais ça c’est un ordinateur, ça s'appelle un Cubietruck3, maintenant on en fait des beaucoup moins chers et des aussi performants que ça. Ça vaut quelques dizaines d'euros, maintenant, l'équivalent de ce genre de choses, avec un disque dur derrière. Et ça c'est mon cloud, à moi, que je peux mettre chez moi, physiquement chez moi. On le devine derrière, il y a un disque dur, la barre noire derrière, c'est le disque dur où sont stockées mes données. Et donc c'est possible d'avoir du matériel que je contrôle. Alors tout le monde n'a pas envie de mettre ça dans sa box, ou à côté de sa box ADSL, et de la connecter avec un câble Ethernet, ça peut faire, peut-être, un petit peu peur.

Une alternative qui est tout à fait acceptable c'est de se dire, en fait, je veux un ordinateur que je vais louer, à un hébergeur, et cet hébergeur va s'occuper de tout. Il va s’occuper de la connexion internet, il va s'occuper de payer l'électricité. Ça, ça consomme quelques watts donc ce n'est pas la problématique. Il va s'occuper du refroidissement de la chose. Il n'y a même pas besoin de ventilateur, mais bon, on ne sait jamais. Il va s'occuper de tout, et puis si jamais un jour ça casse il s'occupe de le remplacer, et moi je vais lui louer un service pour ça. Donc ça, aujourd'hui, ça n'existe pas encore de faire un SIRCUS hébergé, mais chez Cozy Cloud, on y travaille.

Utiliser du logiciel libre

Troisièmement. Sur cet ordinateur que l'on contrôle, qui vaut quelques dizaines d'euros, on va mettre du logiciel libre. Brièvement, pour ceux qui ne savent pas bien ce que c'est que du logiciel libre, on appelle souvent ça aussi de l'open source, c'est du logiciel qui est développé de façon ouverte et souvent collaborative. Le code, la recette, le fonctionnement interne, il est ouvert, visible, compréhensible par tous, ou du moins tous ceux qui veulent s'en donner la peine et, du coup, il est auditable. C'est-à-dire qu'on est sûr que le logiciel fait ce qu'il dit qu'il fait, et que s'il y a des données qui fuitent de ce logiciel, ça va se voir. Et s’il n'est pas libre, ce logiciel, eh bien on ne peut pas avoir confiance en lui. Donc c'est important pour qu'il soit auditable et transparent.

Utiliser le chiffrement

Il faut utiliser du chiffrement. Le chiffrement, c'est ce qu'on appelle, à tort, le cryptage. Ça n'existe pas, en vrai, « cryptage », sauf dans le dictionnaire québécois, ce qui nous met un peu en difficulté, évidemment, mais bon, les Québécois n'ont pas toujours les meilleures pratiques de la langue française. Le chiffrement ça consiste donc à chiffrer, à utiliser la cryptologie, pour que les messages qu'on envoie ne soient pas compréhensibles par quelqu'un qui écouterait la conversation. Aujourd'hui, comme je vous l'ai expliqué plus tôt, ce sont des technologies qui fonctionnent, et on sait que les espions, et Edward Snowden, le lanceur d'alerte de la NSA, l'a très bien démontré. Il a expliqué qu'il y a des trucs dans le chiffrement qu'il ne faut pas utiliser, parce que ça a été piraté, cracké par la NSA, mais il y a des tas de choses qui existent et qui sont solides, en termes de chiffrement. Donc, utiliser le chiffrement, mais c'est simple, c'est dans le logiciel qu'on va mettre sur cet ordinateur, il faut qu'il n'accepte que des données chiffrées en entrée et en sortie, et ça va fonctionner.

Ergonomie avancée

Cinquième principe, il faut une ergonomie avancée. C'est-à-dire que, alors là je vous ai fait un petit peu peur en montrant mon ordinateur dans son boîtier de plexiglas, c'était un peu hardcore. Ce n'est pas quelque chose qui donne envie à la ménagère de moins de cinquante ans ou à M. et Mme Michu, parce qu’on se dit : « Ah ! c'est compliqué, etc. » Non, il faut quelque chose de hyper, hyper simple, qui soit un délice à utiliser, sinon, déjà qu'on a la barrière du prix à franchir, mais si, en plus, c'est rébarbatif, ça ne va pas fonctionner, c'est sûr.

Interopérabilité grâce aux standards

Il faut que ces systèmes ils fonctionnent entre eux grâce à des standards. C'est ce qu’on appelle l'interopérabilité, pour que je sois capable d'échanger des fichiers avec des gens qui utilisent des systèmes comparables, mais d'une autre marque.

Une killer feature

Et enfin, ce qu'on appelle dans le jargon des startups, une killer feature, ou une killer app, c’est-à-dire le truc, l'application qui tue ou la fonctionnalité qui tue, le truc qui donne envie à l'utilisateur d'avoir ce système-là. Il faut que ça soit absolument unique. Il faut qu'il n'y ait que là que ça fonctionne. Alors ça peut être le respect de la vie privée et de l'intimité numérique. Ce n'est pas assez concret. Il faut être capable de rendre un service qui saute aux yeux, qui fait : « Ah ouais, qu'est-ce que je suis content d'avoir déboursé tant d'argent soit en abonnement auprès de mon hébergeur, soit tant d'argent pour mettre cette box chez moi et m’embêter à la brancher ». Alors ça, ce n'est pas simple, mais si vous voulez on va explorer cette partie-là, si vous le voulez bien.

Je vais vous montrer, j’espérais faire une démonstration de Cozy Cloud, donc le produit sur lequel on travaille, il y en a d'autres, aussi, sur le marché. C’était trop compliqué, etc., donc j'ai fait des copies d'écran successives, et on va imaginer que je suis en train d’utiliser mon ordinateur. En fait, je l'ai utilisé hier après-midi, à chaque fois que je faisais un truc, je faisais une copie d'écran.

Donc là, je me connecte sur, on voit un petit peu, tristan2.cozycloud.cc, qui est le nom de mon serveur à moi, voilà, il est là, et donc il sait que c'est moi. De toutes façons, à cet endroit-là, c'est un cloud personnel, c'est là où sont mes données à moi, il y a un seul utilisateur de ce système, et si on s'y connecte, c'est forcément moi. Donc il me dit : « Bonjour Tristan ». Il ne sait pas qui je suis, mais si je connais le mot de passe, c'est que c'est moi.

Je tape mon mot de passe, je clique sur le bouton bleu Sign in, ça existe aussi en français aussi, mais bon, j'ai fait les copies d'écran en anglais, et, voilà, je suis connecté, et voici ce que je vois : des applications, ça ressemble un petit à un smartphone sauf que c'est sur l'écran de mon ordinateur, ou c'est sur l'écran de mon smartphone aussi, évidemment, ça fonctionne sur un smartphone, et je vois des applications de base, le calendrier, donc l'agenda, les contacts, les e-mails, les fichiers, les photos. J'ai rajouté des applications de prises de notes, de listes des choses à faire, on a appelé Tasky, le rond vert avec la coche, et en bas à gauche, la gestion de ma banque ou de mes comptes bancaires.

Alors je vais cliquer sur le calendrier. Voilà. Ça c'est mon calendrier, sauf que les données elles sont chez moi, et elles ne sont pas sur Google Calendar et, évidemment, je peux les avoir aussi sur mon téléphone. Je reviens à la page d'accueil et je vais maintenant cliquer sur les contacts. Voilà mon carnet d'adresses, avec la liste des personnes, je n'en ai que trois, mais c’était pour la démo. Là c'est mon application fichiers, où j'ai la liste de mes fichiers, dont certaines occurrences sont des photos, etc. Donc je vais stocker des fichiers dans mon serveur personnel, dans mon cloud personnel, et je vais pouvoir y accéder aussi depuis mon téléphone ou depuis mon navigateur.

Et enfin l'application banque que voici. Les chiffres sont fictifs, je n'ai pas près de trois cent mille euros sur mes comptes et je n'ai pas de compte à la Deutsche Bank, non plus, je ne fais pas d'évasion fiscale, mais j'ai la liste. Donc, sur un de mes comptes, en l’occurrence à la Caisse d’Épargne, Checking account à gauche, eh bien il m'affiche le relevé bancaire et en particulier, vous voyez, la première ligne c'est SNCF. Et, à droite, il y a un coût de quinze euros, et c'est un lien bleu. Et comme c'est le Web, je sais que je peux cliquer dessus, et quand je clique dessus apparaît le document PDF qui est dans mes fichiers, et qui est mon billet de train. Évidemment, puisque sur cet endroit, qui est mon cloud personnel, où je stocke mes fichiers, mon agenda, etc., comme je peux tout stocker, eh bien je peux faire des liens entre eux. Et c'est peut-être ça, en fait, la killer feature, l'application, ou l’utilisation qui tue. La capacité, en fait, de croiser des données, qui sont mes données, qui viennent de sources différentes.

Souvenez-vous comme le pétrole du 21e siècle, eh bien ce sont les données, on voit que toutes les entreprises essayent de se les accaparer, et du coup, elles refusent de partager ces données entre elles. Un cas extrêmement concret. Prenons le cas de l'énergie électrique en France. Vous avez un énergéticien, il aimerait beaucoup avoir accès à des données du type thermostat Nest, qui sont les nouveaux thermostats à la mode en Silicon Valley, rachetés par Google. Google sait, du coup, quelle est la température, quel est le nombre de personnes présentes, qui est présent, qui est absent, quand est-ce que la maison est vide, etc., ils savent un nombre de choses, mais incroyable sur vous, juste parce que vous avez payé très cher un thermostat que vous avez mis chez vous. C'est fort, c'est un business modèle de dingue. C'est-à-dire que vous payez le truc, vous payez le derrick, en fait, vous payez le derrick qui va siphonner vos données. Et évidemment, ces données ils refusent de les communiquer à qui que ce soit d'autre, sauf à vous, parce que ce sont quand même vos données.

Donc en tant qu’utilisateur, on peut accéder aux données qui sont capturées par le Nest, on peut récupérer les données du compteur électrique, c'est un compteur EDF blanc, numérique. Vous savez qu'il y a deux bornes en dessous, sur lesquelles on peut connecter un module pour récupérer toute la consommation. Et on peut commencer à croiser les données. Et cet endroit, le cloud personnel, c'est le seul endroit au monde où on peut le faire, parce qu'en tant que client EDF, j'ai le droit d'avoir accès à ces données, et physiquement, accès au compteur, et en tant qu'acheteur du Nest, j'ai le droit, aussi, d'accéder à ces données. Et je peux commencer à les croiser. Et on peut imaginer des tas de choses extraordinaires sur la base du croisement de ces données, à cet endroit unique, qui est le cloud personnel, et qui permet de tirer la valeur de la donnée pour l’utilisateur et pas pour n'importe qui.

Que faire maintenant ?

J'en suis arrivé là. J'ai fini sur les SIRCUS. La question est qu'est-ce qu'on peut faire maintenant ? Alors ça dépend qui on est, ou dans quelle casquette on est. Est-ce qu'on est un utilisateur final ? Premièrement, pour moi c'est une évidence, il faut chiffrer nos communications. Ceux qui utilisent Firefox, mais je crois que ça marche aussi dans Google Chrome, on peut utiliser une extension qui s'appelle HTTPS Everywhere. Le S de HTTPS, dans http :www. va la, eh bien là c'est S comme sécurité, donc c'est chiffrage, enfin chiffrement, pardon. Eh bien, si on met HTTPS Everywhere, dès qu'on va sur un site, on va se connecter sur le site de façon chiffrée, sans rien faire. On installe l'extension, on n'y touche plus jamais, et automatiquement, à chaque fois qu'il y a une version chiffrée du site, on va sur la version chiffrée du site, et s'il n'y en a pas, on va sur la version non chiffrée, plutôt que ne pas accéder du tout au site. Moi je m'en sers depuis des années et donc moi, toutes mes connexions, par exemple sur Wikipédia, eh bien elles sont en HTTPS. Donc c'est une première façon de faire.

On va pouvoir aussi éviter de centraliser des données chez Google, Facebook et Yahoo. Alors ce n'est pas toujours facile, sur Facebook, pas facile, parce qu'il faudra trouver une alternative et, aujourd’hui, ça n'a pas complètement émergé. Par contre, sur la messagerie, on peut très bien sortir de Gmail et aller, il y a une société française qui s'appelle Gandi, qui vend des noms de domaine et qui, pour douze euros par an, par exemple je suis propriétaire de nitot.com, donc si vous m'écrivez tristan@nitot.com, je vais recevoir vos e-mails. Je paye quelques euros par an, en l'occurrence c'est douze euros chez Gandi, et pour ce prix-là, ils hébergent mon mail, et j'ai, en gros, les mêmes services que Gmail, sauf que Gmail ne lit pas mes courriers.

On sait que Gmail lit les courriers. On le sait, c'est marqué dans les conditions générales d’utilisation que personne n'a lu sauf moi, où, très clairement, noir sur blanc, ils disent : « Nous lisons vos e-mails pour savoir de quoi vous parlez et comme ça on va vous proposer des publicités qui vont vous rendre service ». On sait à quel point maintenant ! Et ce qu'on ne sait pas, c'est qu'ils lisent aussi les pièces jointes. On se dit : « Ouais, c'est trop compliqué lire les pièces jointes, les images ». Imaginez le nombre d'images qui circulent, etc. Eh bien si ! Il y a un pédophile qui en a fait la malheureuse expérience, je suis très content que ce type soit derrière les barreaux, mais le jour où ce type a été arrêté, on s'est rendu compte qu'en fait Google lisait les pièces jointes de tout le monde et avait vu que ça c’était une photo de fillette et donc, pan, dénoncé aux flics. Alors, encore une fois, je suis très content qu'il soit sous les barreaux, mais là c'est tout de même, « Ah oui, en fait ils lisent aussi les pièces jointes ». Ah ouais !

Facebook a dénoncé Jean-Luc Lahaye qui échangeait des messages privés avec des jeunes filles. Moins de quinze ans et trois mois, paf ! Un an de détention avec sursis. C’était des messages privés. Ils n'avaient rien demandé. Les parents des enfants ni les filles elles-mêmes, n'avaient porté plainte. Personne. Juste Facebook a pris la décision de le faire. Encore une fois je n'ai pas une grande sympathie pour ce genre de choses. Mais tout d'un coup on s'est dit : « Ah oui, les messages privés de Facebook, en fait, ils les lisent aussi et s'ils ne sont pas d'accord, ils nous dénoncent aux flics ». Bon c'est une nouvelle prise de conscience. Donc si on veut éviter de revenir dans cette société de surveillance, eh bien il faut reprendre le contrôle et acheter notre nom de domaine pour échanger des e-mails qui ne soient pas lus par tout le monde, eh bien, c'est la première des étapes.

Avec Cozy Cloud, on est encore au début de cette aventure. C'est une jeune startup. Les produits ne sont pas encore utilisables par tout le monde. Mais si vous avez envie de nous aider à tester, améliorer, encore mieux écrire des applications ou écrire des connecteurs, ces connecteurs qui vont, par exemple, rapatrier les billets SNCF, ou rapatrier les factures de votre opérateur de télécoms ou autres, eh bien on est preneur parce qu'on a besoin de ça pour nourrir le cloud personnel qui vous appartient, avec vos données.

Si vous êtes un utilisateur moins avancé, il faudrait juste que ça marche, il va falloir patienter un petit tout petit peu. Désolé pour la mauvaise nouvelle, mais on y travaille, d’arrache-pied. Et alors, si vous êtes une entreprise qui redoute l'ubérisation, eh bien venez nous voir, on a peut-être une solution pour vous aider à éviter l'ubérisation. Dans Les Échos, cette semaine, il y avait un article où EDF expliquait comment, avec Cozy Cloud, ils sont en train de préparer, enfin essayer d'éviter l'ubérisation. Parce que même EDF est susceptible d’être ubérisé.

Il y a des choses totalement improbables. Par exemple, SFR qui a une relation avec vous, vous avez un téléphone SFR dans votre poche, ou Orange, ou quoi que ce soit d'autre, il vous donne les cartes SIM, eh bien Apple a annoncé qu'ils allaient faire des cartes SIM virtuelles, et le jour où vous voudrez changer d'opérateur, vous irez directement sur le site apple.com, pour changer la case à cocher en disant : « J'en ai marre d'Orange. Hop, je passe chez SFR, ou chez Bouygues », et là, pouf, ubérisé. C'est-à-dire que toutes les boutiques qu'on voit partout, qui essayent de vous vendre des téléphones, c'est cuit à partir du moment où c'est l'iPhone, parce qu'ils se seront faits ubérisés, alors qu'il est difficile d'ubériser, pourtant, ce qu'on pensait être le mobile, où il y a une telle relation clientèle.

Eh bien voilà. Écoutez, je crois que j'ai terminé. Il nous reste cinq, dix minutes pour des questions, si vous avez un peu le temps ou pas.

Public : Tout à fait. Merci beaucoup.

Applaudissements

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Cloud, vie privée et surveillance de masse - Tristan Nitot  Voir?


Tristan Nitot

Titre : Cloud, vie privée et surveillance de masse
Intervenant : Tristan Nitot
Lieu : Rencontre Nationale des Directeurs de l’Innovation
Date : Juin 2015
Durée : 47 min 15
Licence : Verbatim
Pour visualiser la vidéo

Transcription

Je vais me présenter très brièvement, je m'appelle Tristan Nitot, j'ai quarante-huit ans, je suis un citoyen français. Je suis Chief Product Officer chez Cozy Cloud1, une startup française. Je suis membre du Conseil National du Numérique, et je travaille sur un livre2 que je publie, au fur et à mesure, sur mon blog, sur la problématique de vie privée, surveillance de masse et la problématique du cloud. Donc, en gros, vous allez avoir accès, en partie, à ce contenu, à ce livre, sachant que, normalement, en septembre, si tout se passe bien, il existera en version papier.

Comme c'était, quand même, une longue journée, on va commencer par un tout petit peu d’exercice, et je vais demander aux utilisateurs de Facebook, de Google Search, les recherches Google, ou d'un service Yahoo de se lever. Donc si vous utilisez un de ces services, merci de vous lever. C'est bienvenu un peu d'exercice ! Restez debout ! Hou là là, attendez, l'exercice n'est pas terminé. Je vois qu'il y a des personnes qui n'ont pas compris les instructions, ou qui n'écoutent pas. Il y a un monsieur qui est au téléphone, que je dérange beaucoup visiblement, là. Restez debout ! Maintenant, ceux qui utilisent ces services sans payer, peuvent se rasseoir

Public : Sans payer ?

Tristan Nitot : Sans payer. Si vous ne payez pas pour ces services, rasseyez-vous. Voilà. D'accord donc il y a quand même, monsieur hésite, est-ce qu'il a payé ? Vous avez envoyé votre chèque à Facebook le mois dernier ou pas ? Non, finalement il se rassoit. Bon d'accord ! Il y en a quatre qui n'ont pas compris les instructions, même pas. Bon ! Tout le monde peut se rasseoir maintenant. Merci. Non, mais il y a un monsieur qui a compris les instructions, mais il veut rester debout. Voilà.

Cet exercice est intéressant, c'est qu'on utilise tous ces services, peut-être qu'il y a une exception, sans payer, c'est-à-dire Google Search vous ne payez pas, Facebook vous ne payez pas, Yahoo vous ne payez pas. Il y a un adage qui dit : « Si c'est gratuit, c'est vous le produit ». Effectivement ! Donc vous voyez, là c'est une ferme industrielle de cochons, et on ne comprend pas toujours très bien, mais le cochon, je vous le dis tout de suite, le cochon n'est pas le client du fermier. Il y a un moment où il faut revenir sur la base. C'est-à-dire que le cochon, il est nourri gratuitement, il est logé gratuitement, mais aucun de nous, d'ailleurs nous ne sommes pas des cochons, donc on peut avoir une certaine distance vis-à-vis du sujet, nous savons, indéniablement, que le cochon n'est pas le client du fermier. Le client c'est celui qui mange le saucisson. Il y a un parallèle intéressant, d'ailleurs, entre le cochon et nous, utilisateurs du numérique, je n'ai pas dit clients du numérique, mais utilisateurs du numérique, c'est que, finalement, on va peut-être finir en saucissons.

Pourquoi, au-delà de cet exemple qui est un peu amusant, il y a une problématique à comprendre, c'est que les données c'est le pétrole du 21e siècle. Ça c'est Los Angeles en 1908 et, au milieu des pavillons, c'est bourré de derricks. Pourquoi il y a ces derricks qui pompent du pétrole comme on le faisait il y a presque 110 ans en Californie ? Eh bien, je vais vous donner un exemple. Ça c'est l'application de Facebook que j'ai commencée à installer sur mon téléphone Android. Finalement, je n'ai pas accepté. Parce que ce n'est pas acceptable, d'après moi, que Facebook, pour que je puisse m'en servir et lui donner mes données, il me demande d'avoir accès à tous mes SMS, mes photos, ma position par GPS, la liste de tous mes contacts, mon agenda, et l'historique de l'appareil des applications que j'utilise, autres que Facebook. Donc ça, vous voyez, ça c'est un derrick dans ma poche. En fait, les sociétés, les grandes sociétés du numérique aujourd'hui, Google, Facebook, Yahoo, etc., et Microsoft, ce sont des gens qui viennent mettre des derricks dans nos jardins, c'est-à-dire qu'ils viennent pomper nos données.

Alors, là on va dire : « Il a une dent contre Facebook ». Non, pas du tout ! Enfin si, mais pas seulement. Ça, ce sont des informations que j'ai trouvées sur un serveur de Google. Un serveur de Google, donc ce n’était pas dans mon ordinateur. C'est un serveur de Google. Si vous utilisez Google Maps et que vous avez, comme tout le monde, lu les conditions générales d’utilisation, je ne vous fais pas lever, tout le monde les a lues les conditions générales d'utilisation de Google Maps, je ne vais pas vous faire cet affront, évidemment. Je lisais d'ailleurs récemment que, en fait, si on lisait toutes les conditions générales d’utilisation de tous les services en ligne qu'on utilise, il faudrait des dizaines d'années, à raison de huit heures par jour, pour les lire et les analyser. Vous voyez ! Donc on ne le fait pas, forcément. Eh bien donc, en utilisant Google Maps, Google Maps collecte des données sur mes déplacements. Et c'est ainsi qu'on voit que le 2 décembre 2014, je me suis promené, je suis allé faire un tour dans le 16e, je suis allé faire un tour du côté du canal Saint Martin, et du côté du boulevard Montmartre. Et quand ça fait des lignes droites, c'est que je prends le métro et il ne peut pas me repérer par GPS. Et ça, ces données, elles sont envoyées automatiquement à Google. Alors du coup, je me suis dis, je vais désactiver le GPS et la géolocalisation. Et là, il me dit, vous pouvez désactiver le GPS et la géolocalisation, et le Wi-Fi, mais sachez quand même qu'on va détecter les bornes Wi-Fi autour de vous, et on va les stocker pour plus tard. Vous pouvez aller, c'est très compliqué, les chercher dans les préférences, l'endroit où vous pouvez désactiver ça. Et puis, forcément, votre téléphone marche beaucoup moins bien après, donc, non, on ne le fait pas. Donc c'est ça, c'est : « Je pompe tes données ou tu crèves, quoi, ou, en tout cas, ça ne marche ! »

Donc voilà pour Facebook, voilà pour Google. Je ne vous les fais pas tous, je crois qu'on a compris le système. Et évidemment, les grands services nous disent : « Ah non, mais ne vous en faites pas, les utilisateurs sont extrêmement conscients de ça, ils sont ravis d'échanger des données personnelles contre des services gratuits ». Ils ont des services de relations presse et relations publiques, qui expliquent ça, à longueur de journée, comme quoi c'est un très bon accord.

Moi, en fait, ça m'évoque plutôt l'accord, où c'est comme quand qu'on achetait des esclaves contre des verroteries. Vous voyez ! C'est un bon accord. On allait en Afrique, on donnait des verroteries et on embarquait des esclaves. Et les gens étaient contents, regardez des verroteries. C'est vrai que des verroteries, quand vous vous étiez en Afrique occidentale, vous n'en voyiez pas beaucoup, il y a deux siècles, et on était content de faire des échanges. C'était quand même une arnaque. Ou, des Indiens d'Amérique, à qui on achetait des terres en échange de verroteries, parce que pour eux le notion même de propriété de la terre leur était impossible, et on les arnaquait de la même manière. Donc c'est exactement le même genre d’arnaque, et je pense que, dans quelques dizaines d’années, on regardera la période d'aujourd'hui avec effroi, en disant « mais comment les gens ont-ils pu donner des données personnelles en échange de services aussi bon marché ».

Parce que j'ai fait le calcul. Si vous regardez les comptes, la comptabilité de Facebook, qui est en partie publique, parce que, évidemment, ils sont cotés en bourse, vous regardez qu'un utilisateur Facebook, pendant un an, ça coûte cinq euros : pour faire fonctionner Facebook pour une personne, cinq euros. Donc en fait, vous échangez toutes vos données dans Facebook pour un service qui vaut cinq euros. En gros pour le prix de deux expressos au comptoir, vous avez donné toutes vos données personnelles. J'aime beaucoup le café, mais à ce prix-là, je préférerais payer directement Facebook, que avoir cet échange de dupes. D'ailleurs ça a commencé à se voir. Il y a un rapport qui est sorti, il y a une dizaine de jours, qui s'appelle The Tradeoff Fallacy, qui explique que, en gros, il y a l'immense majorité, plus des deux tiers des gens trouvent que c'est une arnaque. C’est-à-dire que les sociétés internet en savent trop sur nos données, mais, de toutes façons, comme on ne peut absolument rien faire genre Google Maps, genre Facebook, autant en tirer un service gratuit. Donc, bon an, mal an, un peu déçus par ce procédé pas très loyal, tant qu'à se faire pomper les données, autant avoir un service gratuit en échange.

[Si vous permettez, je vais chercher une petite bouteille. Excusez-moi pour cet intermède.]

Après, il y a une problématique, aussi, c'est que toute cette collecte de données, elle n'est pas neutre pour les individus, c'est le moins qu'on puisse dire, elle n'est pas neutre pour les entreprises, non plus. Je suppose que vous avez tous entendu parler d'Uber qui dit, j'ai fait un copié-collé de leur site web tout à l’heure, « Uber révolutionne le monde du transport ». Donc cette fameuse société, qui a quelques concurrents en France, qui permet de faire une alternative aux taxis. Et Uber révolutionne le monde du transport en mettant en relation utilisateurs et chauffeurs. Donc, ils sont en train de concurrencer les taxis, au point que les taxis font grève, bloquent la circulation, que la police s'en mêle, qu'on change la loi, etc. C'est un gros, gros changement. Ce qui est juste dingue c'est que le taxi qui est physiquement à Paris, il est à quelques centaines de mètres de moi, eh bien un type, en Californie, avec son application, a réussi à s’intercaler entre le taxi qui est dans la rue et moi. Ça a donné un nouveau mot qui s'appelle « l'ubération », c'est-à-dire se faire disrupter, c'est-à-dire perturber, grâce à cette mise en relation, que j'ai mis en gras, parce que c'est ça, ils commencent à s'insérer en tant qu’intermédiaire, entre la grande société du CAC 40, établie, etc., et l'utilisateur final, le client final. Ils viennent, en fait, perturber cette relation.

Donc, ce n'est pas juste les individus qui sont touchés, ce sont aussi les grandes entreprises. Alors il y a des prises de conscience de ces choses-là, qui sont épisodiques, des histoires horribles qui frappent les esprits. Ça c’était l'été dernier, en août, où un certain nombre de starlettes qui avaient pris des photos avec leur iPhone, la plupart du temps, des photos extrêmement intimes, et ces photos ont terminé sur internet. C'est-à-dire que ce qui était extrêmement paradoxal, c’était le fait qu'elles avaient toujours leur téléphone à la main, il n'avait pas disparu leur téléphone, on ne leur avait pas volé le téléphone. Mais les photos prises étaient sauvegardées dans le cloud. Alors le cloud, je précise pour ceux qui ne savent pas, le cloud c'est l’ordinateur de quelqu'un d'autre. C'est juste un joli mot qui raccourcit et qui donne un côté vaporeux et sympathique, mais, littéralement, le cloud c'est un ordinateur, c'est l’ordinateur de quelqu'un d'autre. Et donc, effectivement, leurs photos extrêmement intimes, mises sur l'ordinateur de quelqu’un d'autre, lequel avait été piraté, s'est retrouvé, le contenu, sur internet, ce qui est extrêmement gênant. Moi, je suis allé me documenter, effectivement, j'aurais été embêté de me retrouver avec des photos comme ça, de moi ou de ma femme, sur internet. Donc c'était une grande prise de conscience :« Mais en fait, même si on ne me vole pas mon téléphone, on peut me voler mes photos ! » C'est quand même très bizarre.

Edward Snowden

Il y a eu une autre prise de conscience, qui était un an plus tôt, juin 2013, Edward Snowden. Edward Snowden étant un lanceur d'alerte, qui travaillait pour la NSA, qui est donc les agents secrets américains, et Edward Snowden est parti avec des dizaines de milliers de documents, qui sont encore en train d’être épluchés, deux ans plus tard, par des journalistes, pour comprendre tout ce qu'il y a. Et, en gros, c'était sympa parce que c'était les diapos qui étaient remises à l’état-major de la NSA et on expliquait qu'ils voulaient écouter tout le monde, tout le temps : le téléphone, l'internet, tout, tout le monde, tout le temps, parce que ça peut valoir quelque chose, on ne sait pas. On se dit : « Oui, bon, c'est surtout pour les militaires, les terroristes, tout ça ». Non, non, pas du tout. Il est aussi expliqué, dans les mêmes slides, que les clients de la NSA c'est le ministère du Commerce, le ministère de l'Agriculture, des Transports, etc., c'est-à-dire des civils, qui font de l'intelligence économique sur la base de ce que pompe la NSA, sur nos données.

Alors quel rapport entre Edward Snowden et ce qui nous intéresse, parce qu'Edward Snowden nous dit : « Mais vos données, elles sont pompées, en tout cas la NSA veut les pomper ». Et elle a des budgets énormes, mais quand même pas au point de mettre sur écoute trois milliards d'internautes, avec trois milliards de capteurs dans chacun des trois milliards d'ordinateurs et de smartphones des trois milliards d'internautes, ça coûterait trop cher. Alors qu'est-ce qu'ils font ? Eh bien tout simplement, ils vont mettre des micros chez Google, Facebook, Apple, etc., Yahoo, Microsoft, et vous mettez une bonne douzaine de gros micros, des micros virtuels, vous allez pomper les données dans ce qui est, finalement, un paquet de silos. Et donc, au lieu d'aller surveiller des individus, chacun chez soi, vous allez surveiller quelques gros géants, ici Google, Facebook, Yahoo, Microsoft. Il y en a d'autres, mais je n'ai trouvé qu'une photo avec quatre silos. Je suis passé devant, il y avait quatre silos. Bon, peut-être qu'ils en ont mis plus depuis, mais, il n'y a pas que eux.

Donc voilà le problème, c'est que cette centralisation des données, dans les grands silos, elle rend économiquement possible la surveillance de masse. C’est-à-dire que si on était chacun chez soi, ça serait très compliqué de nous surveiller, mais comme on met toutes nos données au même endroit, ça devient, finalement, trivial. D'autant que, en fait, ces données elles sont aussi analysées par Google, Facebook, etc., pour nous vendre de la publicité ciblée et nous profiler. Donc en fait déjà, sans le voir, ces géants de l'internet nous profilent, et la NSA n'a plus qu'à prendre les fruits qui tombent de l'arbre.

Là où c'est dramatique, c'est qu'en France, ça c'est une photo du Sénat, qui n'est pas très loin, a été voté, donc au Sénat la semaine dernière, et puis la commission mixte paritaire entre l'Assemblée nationale a voté aussi un texte de loi, le projet de loi renseignement, où, en France, au nom de la modernisation de la loi des services de renseignement, on autorise la surveillance de masse. Si vous demandez à Manuel Valls ou à Bernard Cazeneuve s'il fait de la surveillance de masse il vous jurera que non, que cette histoire de boîte noire ce ne sont que des illuminés comme moi qui vous racontent des histoires. Le fait est c'est que, en gros, dans la loi, il y a des provisions pour mettre des équipements sur le réseau internet, en vue de surveiller des pans entiers de l’internet français, pour détecter des mouvements suspects.

Moi j'ai commencé à communiquer sur la chose, en tant que membre du Conseil National du Numérique, en disant « écoutez, là, je n'ai pas dit là vous yoyotez, mais c'est ce que je pensais, ça ne va pas, la surveillance de masse, ce n'est pas une très bonne idée », parce que je suis resté poli, quand même. J'ai été convoqué à Matignon. On m'a expliqué que je n'avais rien compris, mais dès que je posais une question on me répondait : « Je ne peux pas vous répondre, c'est secret défense ». Donc on ne sait pas ce que c'est que les algorithmes des boîtes noires, on ne sait pas sur quoi ça porte. Le code source, évidemment, n'est pas ouvert. À quoi ressemble un mouvement suspect, je n'en rien. Je leur ai dit : « Mais alors, je vais chercher Djihad, sur Wikipédia, c'est un mouvement suspect ? ». « Ah, euh ». Ils ne répondent, mais enfin, bon, ils font des mines et tout, genre « arrêtez de me prendre pour un con ». Et je dis : « Mais alors dans la foulée, je vais prendre, je ne sais pas moi, je vais prendre un voyage en Turquie. Je regarde Djihad et je vais faire un week-end en Turquie. Et là, c'est bon ? Je suis dedans ou je ne suis pas dedans ? ». là Ils font moins les malins, quand même. Et on ne sait pas. Et c'est un vrai problème de ne pas savoir ce que c'est qu'un comportement suspect, parce que, du coup, on se dit : « Ah non, je ne vais pas regarder Djihad sur Wikipédia ». Si on commence à se dire qu'on ne peut plus regarder Wikipédia partout sans être, éventuellement, fliqué par des barbouzes, ça commence à être gênant. Si quand je prends un billet d'avion pour Istanbul je me dis « eh, c'est peut-être suspect, etc. » C'est une vraie intrusion, en fait, dans nos libertés.

Rien à cacher ?

Alors on dit : « Oui, mais vous n'avez rien à cacher, M. Nitot. Vous n'avez rien à cacher ! ». Eh bien si, j'ai des trucs à cacher et je parie que vous tous, dans la salle, vous avez des choses à cacher. On ne va pas refaire l'exercice de vous faire lever, mais qui n'a pas de loquet à ses toilettes ? Dénoncez-vous, levez la main. OK. Il y a un monsieur qui se lève. Alors monsieur, c'est très bien d’être innovant dans sa vie sexuelle, mais ça ne nous intéresse pas. Donc on a tous des loquets à nos toilettes, parce que c'est important d'avoir des moments d'intimité. Et ce n'est pas illégal d'avoir un loquet dans ses toilettes. Et je ne pense pas que vous ayez, chez vous, dans vos toilettes, une activité illégale. Alors peut-être, parfois, on s'enferme dans les toilettes, on fume des trucs pas autorisés, mais c'est vraiment la limite, quoi. Normalement ce n'est pas illégal.

Deuxième exemple. Moi, j'ai une famille, une femme, deux enfants, je ne vais pas rentrer dans le détail, j'en suis très fier, mais on a fait des enfants, ma femme et moi, et on va s’arrêter là. D’accord ? Je suis marié, j'ai bien fait tout dans les règles, seulement j'ai mis des rideaux à ma fenêtre, parce que je n'ai pas très envie que les gens sachent comment je fais les enfants avec ma femme. Et c'est même recommandé de faire des enfants, parce qu'on en a besoin, mais ce n'est pas illégal. Et pourtant, c'est secret. Enfin, il y a des gens, je ne sais pas si vous en faites partie monsieur qui n'avez pas de loquet, après vous pouvez vous filmer aussi, si vous voulez, mais ce n'est pas obligé. Moi je préfère ne pas filmer.

Et puis j'ai changé d'employeur il n'y a pas longtemps et évidemment, j'ai envoyé des CV, et je n'avais pas envie qu'ils sachent, c’était secret, mais ce n'était pas illégal, parce si changer de boulot devient illégal, là, on est mal. Donc, vous voyez, des tas de choses qui sont secrètes et qui ne sont pas, pour autant, illégales. Je vais vous donner un dernier exemple, quand je suis sous la douche je chante atrocement faux, mais alors, atrocement faux. Et c'est parce que je suis tout seul. Mais si j'entends la porte de l'appartement claquer, ma femme qui rentre des courses, là ça coupe tout, net quoi ! Parce que je ne peux pas chanter aussi faux que ça, parce que, objectivement, c'est ridicule, j'ai même un peu de mal à vous en parler maintenant, mais je n'ai pas envie qu'on m'entende être aussi mauvais que ça. Voilà. Et pourtant j'ai le droit de chanter sous la douche, c'est important pour moi, ne serait-ce que pour un jour, peut-être, j'oserai prendre le micro dans un karaoké, et chanter moins faux que si je ne m'étais pas entraîné avant sous la douche. Donc on a tous quelque chose à cacher.

Ce que vous voyez ici c'est une prison, à Cuba, une prison dite modèle, qui est bâtie sous le format de la prison panoptique, inventée par les frères Bentham au 19e siècle. Alors, que je vous explique un peu, la pauvre elle est désaffectée, mais normalement il y a des barreaux, et c'est un bâtiment circulaire. Les cellules sont à l'extérieur et, au centre, il y a une tour, vous voyez, avec des meurtrières. Et dans la tour il y a le gardien. Et donc le gardien on ne le voit pas parce qu'il regarde juste dans les meurtrières. Et le gardien est susceptible de surveiller tout le monde, à tout instant. Mais évidemment, le gardien il a des yeux devant mais pas derrière ni sur les côtés, donc il ne peut regarder qu'une toute petite partie des prisonniers à un instant T. Mais tous les prisonniers savent qu'ils sont surveillés, et qu'ils sont peut-être surveillés là, maintenant. Et du coup, le prisonnier se tient à carreau. Donc ce modèle de la prison panoptique, où il y a zéro, absolument zéro intimité, les Bentham étaient deux frères, et il y en a un qui a inventé la prison panoptique, l’autre a fait : « C'est génial, je vais inventer l'usine panoptique ». Déjà, limite perturbant. C'est-à-dire qu'on ait envie de faire subir des choses à des prisonniers, c'est une chose, la même chose à des ouvriers, moi je le sens moins bien. Et les frères Bentham quand ils allaient voir différents hommes politiques, à l'époque, pour leur vendre les concepts du panoptisme, ils disaient : « Regardez, c'est génial, parce que vous avez un seul gardien qui surveille absolument tout le monde, c'est super. Et même quand il s'absente pour aller déjeuner, eh bien personne ne moufte, parce que tout le monde se sent surveillé ». Donc je veux dire, même en n'étant pas surveillé, mais en étant potentiellement surveillé, on va changer son attitude pour être conforme. Et d’ailleurs, Michel Foucault, le philosophe, dans les années 70, a publié Surveiller et punir sur le thème du panoptisme. Et il explique qu'en gros, en fait le panoptisme, la surveillance, c'est une façon d'imposer un comportement à une masse de personnes, pas nécessairement juste à des prisonniers.

Et donc c'est important aussi pour nous, pour être une société libre, de ne pas être dans un modèle panoptique où on est potentiellement surveillé. Parce que quand on grandit, quand on passe de l'état d'enfant à celui d'adulte et de citoyen, il faut être capable d'essayer d'inventer des choses, d’être créatif. Après tout, on parle d'innovation aujourd'hui. L'innovation c'est toujours un moment où on crée quelque chose qui a l'air complètement stupide. Tout à l'heure, les bouées dérivantes, au moment où l'idée est venue, je suis sûr qu'il y a des gens très bien pensants, très bien, qui ont fait : « C'est n'importe quoi ! » Bon, en l’occurrence ce n’était pas une super idée parce que ça n'a pas marché. Mais si vous n'avez pas assumé la volonté de faire quelque chose qui est potentiellement débile et que vous avez validé que ce n’était pas une super idée, mais, en fait, si, parce que avec des jets d'eau sur le côté, finalement, vous arrivez à faire quelque chose qui fonctionne, eh bien vous avez été débile à un moment et vous avez été brillant la semaine d'après, ou un an après. Donc c'est ça, si on veut être créatif, si on veut être innovant, il ne faut pas être surveillé.

Quelle efficacité pour la surveillance de masse ? Quasiment aucune...

Alors la cerise sur le gâteau, c'est que l'efficacité de la surveillance de masse est quasiment nulle. Pourquoi ? Parce que, vous voyez, en bas j'ai mis trois logos. Ce sont trois systèmes de cryptographie, de chiffrement, le premier à gauche c'est Tor, c'est un navigateur qui est basé sur Firefox de Mozilla, qui permet de passer inaperçu sur internet.

Public : Inaudible.

Tristan Nitot : Pardon ? De passer inaperçu sur internet, donc on va naviguer sur internet sans être surveillé. Ce qui est extrêmement drôle c'est que c'est, au départ, utilisé par l'armée américaine pour aller surveiller des sites ennemis, mais qu'ils ont besoin qu'il y ait beaucoup de gens qui s'en servent. C'est utilisé et recommandé par des organisations comme Reporters sans Frontières, pour que des activistes, dans des pays dictatoriaux, puissent communiquer et s'informer sans laisser de traces. Donc c'est très important pour la liberté de parole et liberté de la presse. Et aujourd'hui, sur les sites djihadistes, il y a déjà des tutoriels qui expliquent comment utiliser Tor pour ne pas se faire attraper par les boîtes noires du projet de loi renseignement.

GnuPG, et Protomail, sont deux systèmes qui sont faits pour protéger sa correspondance e-mail. Et il y en a d'autres. Il y a des choses qui s'appellent OTR, Off the Record, qui sert à la messagerie instantanée. Il y a des systèmes du type VPN qui permettent aussi de chiffrer tout le trafic internet depuis votre ordinateur vers un lieu extérieur.

Donc, aujourd'hui, quiconque a envie de se cacher peut le faire. Et donc surveiller toute la population française, potentiellement, ne servira pas à attraper le moindre terroriste qui est décidé et pas totalement stupide. On peut arrêter des terroristes crétins, mais ce ne sont pas les gens dangereux, non plus. On a bien arrêté un type qui a essayé de mettre le feu à sa semelle dans un 747. Voilà, c'est ce genre de mec qu'on va arrêter, mais ce ne sont pas les dangereux. Mais le prix sociétal de la surveillance, il va être payé par tous.

Que faire ?

Alors, qu'est-ce qu'on fait ? Moi je suis informaticien, je suis entrepreneur, j'ai des idées et je me dis : « Mais je ne vais pas rester comme ça ». Alors j'ai bien essayé d'expliquer au gouvernement qu'il faisait des bêtises. Tous les gens à peu près censés l'ont fait. Il y a une liste, longue comme ça, d'organisations qui ont expliqué au gouvernement, qui ont pris position clairement contre la loi renseignement, ça ne les a pas empêchés de s'enferrer dans ce cul de sac qui ne sert à rien. Alors puisque expliquer aux politiques que ça ne marche pas, et ça ne servira à rien, et que c'est coûteux, ne fonctionne pas, qu'est-ce qu'on fait ? Évidemment, on pourrait débrancher internet. Ce n'est pas mon choix. Qu'est-ce qu'on peut faire, ou en tout cas se débrancher, chacun, de l'internet. Bon, en même temps, c'est un peu fichu. Même si vous avez un téléphone qui n'est pas Smart, sachez que vous êtes repérable à tout instant parce que le système GSM, de téléphonie mobile, il est obligé de savoir où vous êtes, dans un certain rayon, de façon à savoir où router les appels. Donc même si vous dites : « J'ai juste un vieux Nokia 8210, des années 90, je suis tranquille ! », eh bien non, même pas ! Donc, il faut appeler depuis les cabines téléphoniques, mais je ne sais pas si vous avez remarqué, il y en a de moins en moins.

Inventer le futur qu'on veut, pas celui qu'on voudra bien nous laisser...

Alors que faire ? Eh bien je vous propose, simplement, d'inventer le futur qu'on veut. C'est-à-dire un futur où on a le contrôle de nos données, pour qu'elles ne soient données ni aux géants de l'internet, ni aux espions.

S.I.R.C.U.S. Systèmes d'Information Redonnant le Contrôle aux UtilisateurS

J'ai inventé le concept de S.I.R.C.U.S. L'acronyme, il vaut ce qu'il vaut. C'est un Systèmes d'Information Redonnant le Contrôle aux UtilisateurS. Eh ouais, je fais ce que je peux. Et il a sept critères pour définir ce que c'est qu'un SIRCUS.

Se débarrasser de la publicité ciblée

Premièrement, première étape : accepter de se débarrasser de la publicité ciblée, qui est la source de tous les maux en termes de ciblage. C’est le business modèle dominant, actuellement, sur internet, c'est « je collecte des données, je sais tout de vous et, en sachant tout de vous, je vais vous afficher de la publicité ciblée, qui ne rapporte quasiment rien, mais bon, c'est mieux que rien ». Regardez, tous les titres de presse ont un mal fou à survivre, malgré les tonnes de trackers qu'ils nous mettent dans leurs pages. Ça se compte par dizaines. Si vous allez sur la page du Figaro ou du Monde, vous avez des dizaines de sites tiers qui essayent de savoir où vous vous promenez sur internet, et ça ne rapporte pas suffisamment, ça ne rapporte pas de quoi faire un journalisme de qualité. Disons que si vous regardez les comptes du journalisme, vous vous rendez compte que ça ne va pas bien.

Le problème, c'est que les individus ont une fascination pour la gratuité. Je ne vais pas rentrer dans le détail, mais il y a des gens qui l'ont fait, en l’occurrence des économistes du comportement, behavioral economics, qui ont fait des études sur le sujet et que quand c'est gratuit, entre un truc vraiment d’excellente qualité, pas cher, et un truc pourri, encore moins cher, on prend celui qui est d'excellente qualité. Mais dès que celui qui est vraiment pourri, il est gratuit, on prend le pourri, au lieu de prendre l'excellent qui n'est vraiment pas cher. C'est juste « si c'est gratuit, je ne peux pas me tromper ». Eh bien non. Il l'a fait avec des chocolats, eh bien à chaque fois les gens prennent les mauvais chocolats au lieu de prendre… Non, c'est super drôle, il s'appelle Dan Ariely, c'est une super lecture.

Il faut donc se débarrasser de la publicité ciblée, ça veut dire qu'il faut accepter de payer. Pas très cher : regardez, Facebook, cinq euros par an. Si on pouvait avoir l'alternative à Facebook pour cinq euros par an, ça vaudrait tellement le coup. Mais il faut accepter de mettre en jeu cinq euros, et c'est dur. Mais il faut comprendre que sinon c'est un accord de dupes.

Utiliser du matériel que l'on contrôle

Deuxièmement. Utiliser du matériel qu'on contrôle. Celui-là, je sais, c'est une diapo qui est petit peu flippante, je suis désolé, j'aurais dû vous prévenir, mais ça c’est un ordinateur, ça s'appelle un Cubietruck3, maintenant on en fait des beaucoup moins chers et des aussi performants que ça. Ça vaut quelques dizaines d'euros, maintenant, l'équivalent de ce genre de choses, avec un disque dur derrière. Et ça c'est mon cloud, à moi, que je peux mettre chez moi, physiquement chez moi. On le devine derrière, il y a un disque dur, la barre noire derrière, c'est le disque dur où sont stockées mes données. Et donc c'est possible d'avoir du matériel que je contrôle. Alors tout le monde n'a pas envie de mettre ça dans sa box, ou à côté de sa box ADSL, et de la connecter avec un câble Ethernet, ça peut faire, peut-être, un petit peu peur.

Une alternative qui est tout à fait acceptable c'est de se dire, en fait, je veux un ordinateur que je vais louer, à un hébergeur, et cet hébergeur va s'occuper de tout. Il va s’occuper de la connexion internet, il va s'occuper de payer l'électricité. Ça, ça consomme quelques watts donc ce n'est pas la problématique. Il va s'occuper du refroidissement de la chose. Il n'y a même pas besoin de ventilateur, mais bon, on ne sait jamais. Il va s'occuper de tout, et puis si jamais un jour ça casse il s'occupe de le remplacer, et moi je vais lui louer un service pour ça. Donc ça, aujourd'hui, ça n'existe pas encore de faire un SIRCUS hébergé, mais chez Cozy Cloud, on y travaille.

Utiliser du logiciel libre

Troisièmement. Sur cet ordinateur que l'on contrôle, qui vaut quelques dizaines d'euros, on va mettre du logiciel libre. Brièvement, pour ceux qui ne savent pas bien ce que c'est que du logiciel libre, on appelle souvent ça aussi de l'open source, c'est du logiciel qui est développé de façon ouverte et souvent collaborative. Le code, la recette, le fonctionnement interne, il est ouvert, visible, compréhensible par tous, ou du moins tous ceux qui veulent s'en donner la peine et, du coup, il est auditable. C'est-à-dire qu'on est sûr que le logiciel fait ce qu'il dit qu'il fait, et que s'il y a des données qui fuitent de ce logiciel, ça va se voir. Et s’il n'est pas libre, ce logiciel, eh bien on ne peut pas avoir confiance en lui. Donc c'est important pour qu'il soit auditable et transparent.

Utiliser le chiffrement

Il faut utiliser du chiffrement. Le chiffrement, c'est ce qu'on appelle, à tort, le cryptage. Ça n'existe pas, en vrai, « cryptage », sauf dans le dictionnaire québécois, ce qui nous met un peu en difficulté, évidemment, mais bon, les Québécois n'ont pas toujours les meilleures pratiques de la langue française. Le chiffrement ça consiste donc à chiffrer, à utiliser la cryptologie, pour que les messages qu'on envoie ne soient pas compréhensibles par quelqu'un qui écouterait la conversation. Aujourd'hui, comme je vous l'ai expliqué plus tôt, ce sont des technologies qui fonctionnent, et on sait que les espions, et Edward Snowden, le lanceur d'alerte de la NSA, l'a très bien démontré. Il a expliqué qu'il y a des trucs dans le chiffrement qu'il ne faut pas utiliser, parce que ça a été piraté, cracké par la NSA, mais il y a des tas de choses qui existent et qui sont solides, en termes de chiffrement. Donc, utiliser le chiffrement, mais c'est simple, c'est dans le logiciel qu'on va mettre sur cet ordinateur, il faut qu'il n'accepte que des données chiffrées en entrée et en sortie, et ça va fonctionner.

Ergonomie avancée

Cinquième principe, il faut une ergonomie avancée. C'est-à-dire que, alors là je vous ai fait un petit peu peur en montrant mon ordinateur dans son boîtier de plexiglas, c'était un peu hardcore. Ce n'est pas quelque chose qui donne envie à la ménagère de moins de cinquante ans ou à M. et Mme Michu, parce qu’on se dit : « Ah ! c'est compliqué, etc. » Non, il faut quelque chose de hyper, hyper simple, qui soit un délice à utiliser, sinon, déjà qu'on a la barrière du prix à franchir, mais si, en plus, c'est rébarbatif, ça ne va pas fonctionner, c'est sûr.

Interopérabilité grâce aux standards

Il faut que ces systèmes ils fonctionnent entre eux grâce à des standards. C'est ce qu’on appelle l'interopérabilité, pour que je sois capable d'échanger des fichiers avec des gens qui utilisent des systèmes comparables, mais d'une autre marque.

Une killer feature

Et enfin, ce qu'on appelle dans le jargon des startups, une killer feature, ou une killer app, c’est-à-dire le truc, l'application qui tue ou la fonctionnalité qui tue, le truc qui donne envie à l'utilisateur d'avoir ce système-là. Il faut que ça soit absolument unique. Il faut qu'il n'y ait que là que ça fonctionne. Alors ça peut être le respect de la vie privée et de l'intimité numérique. Ce n'est pas assez concret. Il faut être capable de rendre un service qui saute aux yeux, qui fait : « Ah ouais, qu'est-ce que je suis content d'avoir déboursé tant d'argent soit en abonnement auprès de mon hébergeur, soit tant d'argent pour mettre cette box chez moi et m’embêter à la brancher ». Alors ça, ce n'est pas simple, mais si vous voulez on va explorer cette partie-là, si vous le voulez bien.

Je vais vous montrer, j’espérais faire une démonstration de Cozy Cloud, donc le produit sur lequel on travaille, il y en a d'autres, aussi, sur le marché. C’était trop compliqué, etc., donc j'ai fait des copies d'écran successives, et on va imaginer que je suis en train d’utiliser mon ordinateur. En fait, je l'ai utilisé hier après-midi, à chaque fois que je faisais un truc, je faisais une copie d'écran.

Donc là, je me connecte sur, on voit un petit peu, tristan2.cozycloud.cc, qui est le nom de mon serveur à moi, voilà, il est là, et donc il sait que c'est moi. De toutes façons, à cet endroit-là, c'est un cloud personnel, c'est là où sont mes données à moi, il y a un seul utilisateur de ce système, et si on s'y connecte, c'est forcément moi. Donc il me dit : « Bonjour Tristan ». Il ne sait pas qui je suis, mais si je connais le mot de passe, c'est que c'est moi.

Je tape mon mot de passe, je clique sur le bouton bleu Sign in, ça existe aussi en français aussi, mais bon, j'ai fait les copies d'écran en anglais, et, voilà, je suis connecté, et voici ce que je vois : des applications, ça ressemble un petit à un smartphone sauf que c'est sur l'écran de mon ordinateur, ou c'est sur l'écran de mon smartphone aussi, évidemment, ça fonctionne sur un smartphone, et je vois des applications de base, le calendrier, donc l'agenda, les contacts, les e-mails, les fichiers, les photos. J'ai rajouté des applications de prises de notes, de listes des choses à faire, on a appelé Tasky, le rond vert avec la coche, et en bas à gauche, la gestion de ma banque ou de mes comptes bancaires.

Alors je vais cliquer sur le calendrier. Voilà. Ça c'est mon calendrier, sauf que les données elles sont chez moi, et elles ne sont pas sur Google Calendar et, évidemment, je peux les avoir aussi sur mon téléphone. Je reviens à la page d'accueil et je vais maintenant cliquer sur les contacts. Voilà mon carnet d'adresses, avec la liste des personnes, je n'en ai que trois, mais c’était pour la démo. Là c'est mon application fichiers, où j'ai la liste de mes fichiers, dont certaines occurrences sont des photos, etc. Donc je vais stocker des fichiers dans mon serveur personnel, dans mon cloud personnel, et je vais pouvoir y accéder aussi depuis mon téléphone ou depuis mon navigateur.

Et enfin l'application banque que voici. Les chiffres sont fictifs, je n'ai pas près de trois cent mille euros sur mes comptes et je n'ai pas de compte à la Deutsche Bank, non plus, je ne fais pas d'évasion fiscale, mais j'ai la liste. Donc, sur un de mes comptes, en l’occurrence à la Caisse d’Épargne, Checking account à gauche, eh bien il m'affiche le relevé bancaire et en particulier, vous voyez, la première ligne c'est SNCF. Et, à droite, il y a un coût de quinze euros, et c'est un lien bleu. Et comme c'est le Web, je sais que je peux cliquer dessus, et quand je clique dessus apparaît le document PDF qui est dans mes fichiers, et qui est mon billet de train. Évidemment, puisque sur cet endroit, qui est mon cloud personnel, où je stocke mes fichiers, mon agenda, etc., comme je peux tout stocker, eh bien je peux faire des liens entre eux. Et c'est peut-être ça, en fait, la killer feature, l'application, ou l’utilisation qui tue. La capacité, en fait, de croiser des données, qui sont mes données, qui viennent de sources différentes.

Souvenez-vous comme le pétrole du 21e siècle, eh bien ce sont les données, on voit que toutes les entreprises essayent de se les accaparer, et du coup, elles refusent de partager ces données entre elles. Un cas extrêmement concret. Prenons le cas de l'énergie électrique en France. Vous avez un énergéticien, il aimerait beaucoup avoir accès à des données du type thermostat Nest, qui sont les nouveaux thermostats à la mode en Silicon Valley, rachetés par Google. Google sait, du coup, quelle est la température, quel est le nombre de personnes présentes, qui est présent, qui est absent, quand est-ce que la maison est vide, etc., ils savent un nombre de choses, mais incroyable sur vous, juste parce que vous avez payé très cher un thermostat que vous avez mis chez vous. C'est fort, c'est un business modèle de dingue. C'est-à-dire que vous payez le truc, vous payez le derrick, en fait, vous payez le derrick qui va siphonner vos données. Et évidemment, ces données ils refusent de les communiquer à qui que ce soit d'autre, sauf à vous, parce que ce sont quand même vos données.

Donc en tant qu’utilisateur, on peut accéder aux données qui sont capturées par le Nest, on peut récupérer les données du compteur électrique, c'est un compteur EDF blanc, numérique. Vous savez qu'il y a deux bornes en dessous, sur lesquelles on peut connecter un module pour récupérer toute la consommation. Et on peut commencer à croiser les données. Et cet endroit, le cloud personnel, c'est le seul endroit au monde où on peut le faire, parce qu'en tant que client EDF, j'ai le droit d'avoir accès à ces données, et physiquement, accès au compteur, et en tant qu'acheteur du Nest, j'ai le droit, aussi, d'accéder à ces données. Et je peux commencer à les croiser. Et on peut imaginer des tas de choses extraordinaires sur la base du croisement de ces données, à cet endroit unique, qui est le cloud personnel, et qui permet de tirer la valeur de la donnée pour l’utilisateur et pas pour n'importe qui.

Que faire maintenant ?

J'en suis arrivé là. J'ai fini sur les SIRCUS. La question est qu'est-ce qu'on peut faire maintenant ? Alors ça dépend qui on est, ou dans quelle casquette on est. Est-ce qu'on est un utilisateur final ? Premièrement, pour moi c'est une évidence, il faut chiffrer nos communications. Ceux qui utilisent Firefox, mais je crois que ça marche aussi dans Google Chrome, on peut utiliser une extension qui s'appelle HTTPS Everywhere. Le S de HTTPS, dans http :www. va la, eh bien là c'est S comme sécurité, donc c'est chiffrage, enfin chiffrement, pardon. Eh bien, si on met HTTPS Everywhere, dès qu'on va sur un site, on va se connecter sur le site de façon chiffrée, sans rien faire. On installe l'extension, on n'y touche plus jamais, et automatiquement, à chaque fois qu'il y a une version chiffrée du site, on va sur la version chiffrée du site, et s'il n'y en a pas, on va sur la version non chiffrée, plutôt que ne pas accéder du tout au site. Moi je m'en sers depuis des années et donc moi, toutes mes connexions, par exemple sur Wikipédia, eh bien elles sont en HTTPS. Donc c'est une première façon de faire.

On va pouvoir aussi éviter de centraliser des données chez Google, Facebook et Yahoo. Alors ce n'est pas toujours facile, sur Facebook, pas facile, parce qu'il faudra trouver une alternative et, aujourd’hui, ça n'a pas complètement émergé. Par contre, sur la messagerie, on peut très bien sortir de Gmail et aller, il y a une société française qui s'appelle Gandi, qui vend des noms de domaine et qui, pour douze euros par an, par exemple je suis propriétaire de nitot.com, donc si vous m'écrivez tristan@nitot.com, je vais recevoir vos e-mails. Je paye quelques euros par an, en l'occurrence c'est douze euros chez Gandi, et pour ce prix-là, ils hébergent mon mail, et j'ai, en gros, les mêmes services que Gmail, sauf que Gmail ne lit pas mes courriers.

On sait que Gmail lit les courriers. On le sait, c'est marqué dans les conditions générales d’utilisation que personne n'a lu sauf moi, où, très clairement, noir sur blanc, ils disent : « Nous lisons vos e-mails pour savoir de quoi vous parlez et comme ça on va vous proposer des publicités qui vont vous rendre service ». On sait à quel point maintenant ! Et ce qu'on ne sait pas, c'est qu'ils lisent aussi les pièces jointes. On se dit : « Ouais, c'est trop compliqué lire les pièces jointes, les images ». Imaginez le nombre d'images qui circulent, etc. Eh bien si ! Il y a un pédophile qui en a fait la malheureuse expérience, je suis très content que ce type soit derrière les barreaux, mais le jour où ce type a été arrêté, on s'est rendu compte qu'en fait Google lisait les pièces jointes de tout le monde et avait vu que ça c’était une photo de fillette et donc, pan, dénoncé aux flics. Alors, encore une fois, je suis très content qu'il soit sous les barreaux, mais là c'est tout de même, « Ah oui, en fait ils lisent aussi les pièces jointes ». Ah ouais !

Facebook a dénoncé Jean-Luc Lahaye qui échangeait des messages privés avec des jeunes filles. Moins de quinze ans et trois mois, paf ! Un an de détention avec sursis. C’était des messages privés. Ils n'avaient rien demandé. Les parents des enfants ni les filles elles-mêmes, n'avaient porté plainte. Personne. Juste Facebook a pris la décision de le faire. Encore une fois je n'ai pas une grande sympathie pour ce genre de choses. Mais tout d'un coup on s'est dit : « Ah oui, les messages privés de Facebook, en fait, ils les lisent aussi et s'ils ne sont pas d'accord, ils nous dénoncent aux flics ». Bon c'est une nouvelle prise de conscience. Donc si on veut éviter de revenir dans cette société de surveillance, eh bien il faut reprendre le contrôle et acheter notre nom de domaine pour échanger des e-mails qui ne soient pas lus par tout le monde, eh bien, c'est la première des étapes.

Avec Cozy Cloud, on est encore au début de cette aventure. C'est une jeune startup. Les produits ne sont pas encore utilisables par tout le monde. Mais si vous avez envie de nous aider à tester, améliorer, encore mieux écrire des applications ou écrire des connecteurs, ces connecteurs qui vont, par exemple, rapatrier les billets SNCF, ou rapatrier les factures de votre opérateur de télécoms ou autres, eh bien on est preneur parce qu'on a besoin de ça pour nourrir le cloud personnel qui vous appartient, avec vos données.

Si vous êtes un utilisateur moins avancé, il faudrait juste que ça marche, il va falloir patienter un petit tout petit peu. Désolé pour la mauvaise nouvelle, mais on y travaille, d’arrache-pied. Et alors, si vous êtes une entreprise qui redoute l'ubérisation, eh bien venez nous voir, on a peut-être une solution pour vous aider à éviter l'ubérisation. Dans Les Échos, cette semaine, il y avait un article où EDF expliquait comment, avec Cozy Cloud, ils sont en train de préparer, enfin essayer d'éviter l'ubérisation. Parce que même EDF est susceptible d’être ubérisé.

Il y a des choses totalement improbables. Par exemple, SFR qui a une relation avec vous, vous avez un téléphone SFR dans votre poche, ou Orange, ou quoi que ce soit d'autre, il vous donne les cartes SIM, eh bien Apple a annoncé qu'ils allaient faire des cartes SIM virtuelles, et le jour où vous voudrez changer d'opérateur, vous irez directement sur le site apple.com, pour changer la case à cocher en disant : « J'en ai marre d'Orange. Hop, je passe chez SFR, ou chez Bouygues », et là, pouf, ubérisé. C'est-à-dire que toutes les boutiques qu'on voit partout, qui essayent de vous vendre des téléphones, c'est cuit à partir du moment où c'est l'iPhone, parce qu'ils se seront faits ubérisés, alors qu'il est difficile d'ubériser, pourtant, ce qu'on pensait être le mobile, où il y a une telle relation clientèle.

Eh bien voilà. Écoutez, je crois que j'ai terminé. Il nous reste cinq, dix minutes pour des questions, si vous avez un peu le temps ou pas.

Public : Tout à fait. Merci beaucoup.

Applaudissements

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(18/06/2016 @ 14:54)

Allons-nous vers une Cyber-Dictature ?  Voir?


Zimmermann - Filiol

Titre : Allons-nous vers une Cyber-Dictature ?
Intervenants : Jérémie Zimmermann - Éric Filiol - Journaliste
Lieu : ThinkerView
Date : Janvier 2014
Durée : 16 min 08
Licence : Verbatim
Pour visionner la vidéo

Transcription

Journaliste : Messieurs bonjour. Je vous interviewe aujourd'hui pour un site internet qui s'appelle ThinkerView. J'aurais voulu avoir votre avis sur le concept de cyberguerre ou de cyberpaix. Qu'est-ce que vous pouvez nous dire là-dessus ?

Jérémie Zimmermann : Je peux commencer là-dessus. On s'est fait bassiner pendant des années avec ce concept de cyberguerre, qui correspond à une forme de militarisation de l'internet, déploiement d’infrastructures, on pense aux joujoux d'Amésys, à la Deep Packet Inspection, des dispositions législatives pour donner des pouvoirs offensifs en matière de cyberattaque, maintenant en France à l'ANSSI et à des institutions dans le monde entier. C'est la commande publique qui part avec des contrats à je ne sais combien de zéros pour les mêmes entreprises qui vendent des missiles et des chasseurs. Le problème c'est quand on parle de cyberguerre on parle d'internet comme un champ de bataille, on parle de mouvements de troupes. On oublie juste un paramètre qui est le citoyen. Et pendant des années on nous a vendu une vision de la sécurité, de la cybersécurité, qui s'appelait cyberguerre, dans laquelle on a juste oublié les citoyens. Et aujourd'hui on s'aperçoit, avec les révélations de Snowden, le programme Bullrun de la NSA qui vise à saboter activement, une par une, toutes les technologies commerciales de protection de nos données de communication, on s'aperçoit aujourd'hui qu'on a tous un espion dans la poche.

Journaliste : Est-ce que vous pouvez un petit peu me développer le programme Lustre1 ?

Jérémie Zimmermann : Au-delà des différents programmes de la NSA, on constate l'échec des politiques de cybersécurité. La seule chose à laquelle ça a servi c'est à des contrats, d'un complexe « militaro industriel », qu'il va falloir renommer, je ne sais pas, complexe « militaro numétrique » ou quelque chose comme ça, alors que personne n'a pensé à développer la cyberpaix. La cyberpaix se basait sur la définition de la paix. La paix c'est un état dans lequel on est libre de la peur, de l'agression. Qu'est-ce que ça voudrait dire, dans l'environnement numérique, être libre de la peur ou de l'agression ? Ça veut dire mettre le citoyen au cœur de la sécurité ; ça veut dire mettre le citoyen au cœur de la technologie ; ça veut dire rendre le contrôle de la technologie au citoyen. Eh bien, on aspire à des politiques publiques qui penseraient en termes de cyberpaix plutôt qu'en termes de cyberguerre.

Journaliste : Éric Filiol est-ce que vous pouvez ?

Éric Filiol : Moi je crois que ce concept de cyberpaix et de cyberguerre, ne soit probablement que la plus grosse escroquerie intellectuelle de ces dernières années. Je vais me placer dans le plan purement opérationnel. Je pense que la partie « cyber » qui est une dimension supplémentaire à la fin du 20ème siècle comme l'a été l'aviation au début du 20ème, ne jouera qu'un rôle marginal, ou d'appui ou de préparation, sur des conflits classiques. Il ne faut pas oublier que la guerre consiste à prendre la possession de réalités bien matérielles, que ce soit des territoires, que ce soit des ressources, et que ce soit aussi des esprits. Il ne faut pas oublier que la finalité de la guerre c'est justement de prendre la main sur des réalités concrètes. Donc le « cyber », à mon avis, restera marginal. Ça ne veut pas dire qu'il faut le relativiser, ni le dédaigner, c'est une réalité qui s'impose à nous, mais elle n'a pas l’ampleur qu'on veut bien lui prêter et je suis d'accord que c'est plus pour légitimer d'une part des dépenses pharaoniques dans le domaine, puisque je crois que surtout plus qu'une cyberguerre, je crois qu'on est en train de mettre en place des cyberdictatures.

Journaliste : Vous pouvez développer ?

Éric Filiol : On s’aperçoit que le programme PRISM, et PRISM existe, a eu des antécédents.On s'aperçoit qu'il y a quand même, les principales démocraties ont tendance à se tourner en États policiers numériques. Moi ce qui me gêne, dans les évolutions récentes, c'est qu'on remplace la présomption d'innocence par la présomption de culpabilité. Quand on espionne toutes les personnes par défaut, pas seulement les communications téléphoniques parce que vous avez un contact avéré avec des terroristes corses ou des terroristes islamiques, quand on espionne en permanence, je vais dire, vos moindres faits et gestes. Il faut savoir qu'avec l'internet connecté et notamment le CPL Outdoor 2, c’est-à-dire que de l'extérieur on peut savoir ce qui se passe dans votre maison, votre consommation électrique et les outils mathématiques de traitement de l'information vont le permettre, quand on espionne en permanence et de manière aussi intime les gens, c'est qu'on part du principe qu'ils sont, par défaut, coupables ou susceptibles de perpétrer des actes. On ne peut pas avoir un État fort, un État doit être fort, mais sans faire confiance aux citoyens, sans les laisser libres et sans les respecter. Et si on se méfie des citoyens, les citoyens se méfieront de l’État et on aura un État faible.

Journaliste : Récemment un cryptographe belge3 a annoncé que lui-même était piraté par la NSA, poutré dans le jargon. Qu'est-ce que vous en pensez ?

Éric Filiol : Ce qui me surprend c'est que ça surprenne encore des gens. C'est logique. En plus ce cryptographe belge, est bien connu pour avoir eu des activités mathématiques dans des domaines sensibles. C'est aussi quelqu’un qui, à une époque, n'a pas voulu aller dans le sens du contrôle de la cryptographie, notamment universitaire, par les milieux américains. Tout simplement c'est quelqu'un qui compte dans le domaine, qui a eu une production scientifique de tout premier plan ; qui a d'ailleurs eu des cahiers pillés à l'époque, parce qu'il faut savoir qu'il avait fait, avec un autre cryptographe français, Guillou, le fameux protocole Guillou-Quisquater, qui a été pillé par une entreprise américaine, en violation directe des brevets. Sauf que trois avocats français contre cinquante avocats américains, la cause était vite entendue ! Ce n'est pas étonnant qu'il ait été espionné, mais encore une fois ce qui m'étonne c'est que ça étonne encore des gens.

Journaliste : Qu'est-ce que vous pouvez nous dire, un petit peu, sur la capacité que les gens eux-mêmes, le simple particulier a à se protéger de ce genre de pillage, d’infiltration dans son système ?

Jérémie Zimmermann : Il y a deux choses distinctes. La surveillance ciblée et la surveillance de masse. J'espère que les prochaines révélations de Snowden nous montreront d'une part comment on peut passer de l'une à l'autre. Est-ce que le simple fait de ne pas utiliser Facebook, Google ou Apple ne vous met pas immédiatement dans la catégorie surveillance ciblée, pour peu que vous utilisiez des logiciels libres ou Tor, et là ça fait de vous un potentiel terroriste. Mais il faut encore distinguer les deux. La surveillance ciblée, on le voit avec les dernières révélations sur les implants matériels et autres joujoux de la NSA, vous savez déjà qu'on ne peut pas y échapper. Ça c'est une réalité. La surveillance ciblée est légitime lorsque encadrée par l'autorité judiciaire, lorsqu'il y a un rétrocontrôle citoyen et démocratique des actions des services qui la pratiquent. Ce qui est véritablement intolérable, c'est la surveillance de masse, comme le disait Éric Filiol, c'est la présomption de culpabilité, ce sont des violations massives de nos libertés individuelles qui ne peuvent en aucun cas respecter le principe de proportionnalité. Or cette surveillance de masse, à priori, on peut y échapper.

Journaliste : Est-ce que vous allez dans le sens d'Eric Filiol sur la cyberdictature d'un gouvernement ou des gouvernements qui commencent à avoir peur de leurs propres concitoyens et qui commencent à monitorer l'ensemble de leur population ?

Jérémie Zimmermann : C'est manifeste. La doctrine de la NSA c'est que, l'ennemi se situant par définition dans le reste du monde, on va espionner le reste du monde comme ça on aura, après coup, espionné nos ennemis. C'est une doctrine qui est une forme de paranoïa d’État et c'est évidemment un problème. Le fait est, que l'on peut aujourd'hui, probablement, échapper à cette surveillance de masse. Et c'est ça l'enjeu aujourd'hui, c'est d’augmenter le coût de cette surveillance ou de tenter de la rendre inopérante par nos actions. À la différence des processus classiques dans lesquels on voyait intervenir le renseignement ou l'armée, où c'était souvent armée contre armée, État contre État, là, la vaste majorité des acteurs ce sont des citoyens.

Journaliste : Vous parlez de citoyens. Vous sortez d'une conférence que vous avez menée à Sciences-Po, est-ce que vous avez trouvé les étudiants sensibles à ce type de nouvelles valeurs, ce type de menace ? Est-ce que vous pensez qu'ils étaient en retard par rapport à la perception que la communauté des hackers peut avoir sur la cybersécurité, sur les techniques de surveillance de masse, et ce genre de choses ? Est-ce que vous pensez que la nouvelle génération est prête à résister ou est prête à trouver les nouveaux outils pour pouvoir échapper à ce type de surveillance ?

Jérémie Zimmermann : Je ne sais pas si une heure avec une promo d'un master de Sciences-Po est un échantillon représentatif. Une chose dont je suis sûr c'est que sur les dix jours qui viennent de s’écouler, il y a cinq personnes qui sont venues me voir en disant : « Ah, tu sais quoi, j'ai quitté Facebook ! » Et pour beaucoup ils m'ont dit c'est suite à une conversation qu'on avait eue ensemble. Dans ces derniers mois, ce sont des dizaines de journalistes que j'ai vu se mettre à OTR ou à GPG pour chiffrer leurs communications et c'est 100 % des journalistes à qui j'ai parlé de la protection de leurs sources qui m'ont répondu : « Ah ouais, c'est vrai, là on a un problème. »

Journaliste : Eric Filiol, Jérémie parle de chiffrement pour la protection des sources. Qu'est-ce que vous pouvez nous dire en tant qu'expert, avec votre qualité d'expertise, de cryptographe ? Est-ce que les journalistes sont à l'abri ?

Éric Filiol : Il est sûr que d’abord c'est mieux que de communiquer en clair. Ça complique les difficultés, ça complique les choses. Maintenant je crois qu'il ne faut pas se voiler la face, que la plupart des standards de chiffrement sont d'obédience américaine et que la subtilité américaine c'est la politique des œufs et du panier. Ils n'ont pas placé toutes les vulnérabilités au même endroit. Moi ce qui me gêne, c'est que l'ensemble de la planète utilise des algorithmes d'obédience américaine et uniquement ceux-là. J'ai vu un constructeur que je ne nommerai pas, qui avait fait le choix d'un crypt de chiffrement non américain et qui, quand il a été racheté par un société américaine, a été obligé de mettre l'AES4. Le problème c'est qu'on laisse aux États-Unis le monopole de toute la standardisation. Moi je conteste le fait que les Américains définissent le standard cryptologique mondial. Je pense qu'il y a de très bons cryptologues en France, il y en partout en Europe. Pourquoi devrait-on sous-traiter notre sécurité et les standards de chiffrement aux Américains ?

Journaliste : Est-ce que vous trouvez que c'est un renoncement de l’État français ?

Éric Filiol : Pas que de l’État français, de l'ensemble des pays du G8 ou du G20. Il est sûr qu'en France c'est d’autant plus surprenant, pour ne pas dire scandaleux, quand on est une des nations prééminentes en matière de cryptologie, quand on a l’École normale supérieure qui produit des cerveaux extrêmement brillants. Le problème c'est que pour une place dans un comité de programmes dans des conférences américaines, sous contrôle de la NSA, malheureusement ils font le jeu des États-Unis. Nous avons une capacité de réaction, nous avons une capacité de résistance, nous avons un génie français, il ne faut pas l’oublier. On ne peut pas sous-traiter notre sécurité, en tout cas on ne fera jamais de sécurité si on utilise les méthodes, les standards, les outils, de l'adversaire.

Journaliste : Jérémie Zimmermann, vous voulez rebondir ?

Jérémie Zimmermann : Je n'aime pas parler de souveraineté à proprement parler, parce que le concept d’État-nation n'est pas ce qui m'anime le plus, qui me définit le plus. Mais là, il y a quelque chose de vraiment flagrant, à voir la souveraineté d'un État tiers, non seulement empiéter sur la souveraineté d'autres États, mais aussi sur la souveraineté des individus, sur nos souverainetés informationnelles. Donc là, il y a manifestement un espace pour des politiques publiques, à tenter d'inverser cette vapeur-là. Et le seul moyen de faire ça, j'en suis convaincu, c'est de remettre la technologie aux mains des citoyens. Il faut que les citoyens comprennent l'importance de la vie privée, pour comprendre l’intérêt de la cryptographie, pour comprendre comment gérer des clefs de chiffrement, et pour éventuellement, être en position de choisir leur logiciel de chiffrement ou de choisir leur algorithme. Quand on génère une clef GPG, on peut choisir entre plusieurs algorithmes. Eh bien j'ai l’impression qu'il est essentiel aujourd'hui d'élever les niveaux de conscience des individus, d'une part, et de l'autre qu'il faut des politiques publiques, des politiques industrielles, pour aller favoriser ces technologies qui ne sont pas aux mains de la NSA, qui reposent évidemment sur le Logiciel Libre, les architectures décentralisées et le chiffrement point à point.

Journaliste : Le mot de la fin. Eric Filiol ?

Éric Filiol : Moi ce qui me fait peur, c'est que, depuis 95, on peut très vite basculer d'un gouvernement démocratique à un gouvernement non démocratique. Quand on met en place des infrastructures, quand on met en place, potentiellement du moins, des outils de surveillance, je pense à HADOPI, ça a l'air anodin, mais HADOPI peut permettre à quelqu’un non seulement de savoir que vous téléchargez du contenu potentiellement illégal, mais de savoir que vous vous intéressez à l'art africain, à l'art juif, ce qui est tout à fait légitime. Demain, c'est un risque qui est permanent et j'ai été surpris de voir que les étudiants de Science-Po n'étaient pas sensibilisés à ça. Ce risque il est permanent. On peut très bien basculer vers un régime beaucoup moins démocratique, avec des valeurs nauséabondes. Et je crois que l'actualité récemment a montré que, encore une fois, on n'en était pas si éloigné que ça. Ce qui me fait peur c'est que tout ce que l'on met en place pourra être utilisé, légitiment, par justement ces gouvernements moins démocratiques, s'ils venaient au pouvoir, et pourrait automatiser un génocide ou automatiser des arrestations en masse, et c'est ça qui me fait peur. Tant qu'on est dans un État démocratique, je veux bien faire confiance à nos États, mais…

Journaliste : Éric Filiol, Jérémie Zimmermann, peut-être un dernier mot, oui ?

Éric Filiol : Tant que ces États restent démocratiques.

Journaliste : Jérémie un dernier mot ?

Jérémie Zimmermann : Je peux ajouter quelque chose ?

Journaliste : Bien sûr.

Jérémie Zimmermann : Quand on parle de protection de la vie privée, on parle d'une liberté plus fondamentale que les autres parce qu'elle permet l'exercice des autres libertés et que cette vie privée c'est avant tout nos intimités. Nos intimités c'est un espace dans lequel on n'est pas jugé, dans lequel on partage la confiance, et dans lequel on peut expérimenter, dans lequel on peut inventer de nouvelles idées ou de nouveaux concepts, dans lequel on peut être nous-mêmes. Cette vie privée, cette intimité, ce sont nos identités. C'est ce qui nous définit en tant qu’être humain. Et c'est ça qui est en jeu, je crois, au travers de cet impératif de reprendre le contrôle de la technologie. C'est reprendre le contrôle de la technologie pour reprendre le contrôle de nos humanités ou au contraire se laisser contrôler par la machine.

Journaliste : Jérémie Zimmermann, merci. Éric Filiol, merci.

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Allons-nous vers une Cyber-Dictature ?  Voir?


Zimmermann - Filiol

Titre : Allons-nous vers une Cyber-Dictature ?
Intervenants : Jérémie Zimmermann - Éric Filiol - Journaliste
Lieu : ThinkerView
Date : Janvier 2014
Durée : 16 min 08
Licence : Verbatim
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Transcription

Journaliste : Messieurs bonjour. Je vous interviewe aujourd'hui pour un site internet qui s'appelle ThinkerView. J'aurais voulu avoir votre avis sur le concept de cyberguerre ou de cyberpaix. Qu'est-ce que vous pouvez nous dire là-dessus ?

Jérémie Zimmermann : Je peux commencer là-dessus. On s'est fait bassiner pendant des années avec ce concept de cyberguerre, qui correspond à une forme de militarisation de l'internet, déploiement d’infrastructures, on pense aux joujoux d'Amésys, à la Deep Packet Inspection, des dispositions législatives pour donner des pouvoirs offensifs en matière de cyberattaque, maintenant en France à l'ANSSI et à des institutions dans le monde entier. C'est la commande publique qui part avec des contrats à je ne sais combien de zéros pour les mêmes entreprises qui vendent des missiles et des chasseurs. Le problème c'est quand on parle de cyberguerre on parle d'internet comme un champ de bataille, on parle de mouvements de troupes. On oublie juste un paramètre qui est le citoyen. Et pendant des années on nous a vendu une vision de la sécurité, de la cybersécurité, qui s'appelait cyberguerre, dans laquelle on a juste oublié les citoyens. Et aujourd'hui on s'aperçoit, avec les révélations de Snowden, le programme Bullrun de la NSA qui vise à saboter activement, une par une, toutes les technologies commerciales de protection de nos données de communication, on s'aperçoit aujourd'hui qu'on a tous un espion dans la poche.

Journaliste : Est-ce que vous pouvez un petit peu me développer le programme Lustre1 ?

Jérémie Zimmermann : Au-delà des différents programmes de la NSA, on constate l'échec des politiques de cybersécurité. La seule chose à laquelle ça a servi c'est à des contrats, d'un complexe « militaro industriel », qu'il va falloir renommer, je ne sais pas, complexe « militaro numétrique » ou quelque chose comme ça, alors que personne n'a pensé à développer la cyberpaix. La cyberpaix se basait sur la définition de la paix. La paix c'est un état dans lequel on est libre de la peur, de l'agression. Qu'est-ce que ça voudrait dire, dans l'environnement numérique, être libre de la peur ou de l'agression ? Ça veut dire mettre le citoyen au cœur de la sécurité ; ça veut dire mettre le citoyen au cœur de la technologie ; ça veut dire rendre le contrôle de la technologie au citoyen. Eh bien, on aspire à des politiques publiques qui penseraient en termes de cyberpaix plutôt qu'en termes de cyberguerre.

Journaliste : Éric Filiol est-ce que vous pouvez ?

Éric Filiol : Moi je crois que ce concept de cyberpaix et de cyberguerre, ne soit probablement que la plus grosse escroquerie intellectuelle de ces dernières années. Je vais me placer dans le plan purement opérationnel. Je pense que la partie « cyber » qui est une dimension supplémentaire à la fin du 20ème siècle comme l'a été l'aviation au début du 20ème, ne jouera qu'un rôle marginal, ou d'appui ou de préparation, sur des conflits classiques. Il ne faut pas oublier que la guerre consiste à prendre la possession de réalités bien matérielles, que ce soit des territoires, que ce soit des ressources, et que ce soit aussi des esprits. Il ne faut pas oublier que la finalité de la guerre c'est justement de prendre la main sur des réalités concrètes. Donc le « cyber », à mon avis, restera marginal. Ça ne veut pas dire qu'il faut le relativiser, ni le dédaigner, c'est une réalité qui s'impose à nous, mais elle n'a pas l’ampleur qu'on veut bien lui prêter et je suis d'accord que c'est plus pour légitimer d'une part des dépenses pharaoniques dans le domaine, puisque je crois que surtout plus qu'une cyberguerre, je crois qu'on est en train de mettre en place des cyberdictatures.

Journaliste : Vous pouvez développer ?

Éric Filiol : On s’aperçoit que le programme PRISM, et PRISM existe, a eu des antécédents.On s'aperçoit qu'il y a quand même, les principales démocraties ont tendance à se tourner en États policiers numériques. Moi ce qui me gêne, dans les évolutions récentes, c'est qu'on remplace la présomption d'innocence par la présomption de culpabilité. Quand on espionne toutes les personnes par défaut, pas seulement les communications téléphoniques parce que vous avez un contact avéré avec des terroristes corses ou des terroristes islamiques, quand on espionne en permanence, je vais dire, vos moindres faits et gestes. Il faut savoir qu'avec l'internet connecté et notamment le CPL Outdoor 2, c’est-à-dire que de l'extérieur on peut savoir ce qui se passe dans votre maison, votre consommation électrique et les outils mathématiques de traitement de l'information vont le permettre, quand on espionne en permanence et de manière aussi intime les gens, c'est qu'on part du principe qu'ils sont, par défaut, coupables ou susceptibles de perpétrer des actes. On ne peut pas avoir un État fort, un État doit être fort, mais sans faire confiance aux citoyens, sans les laisser libres et sans les respecter. Et si on se méfie des citoyens, les citoyens se méfieront de l’État et on aura un État faible.

Journaliste : Récemment un cryptographe belge3 a annoncé que lui-même était piraté par la NSA, poutré dans le jargon. Qu'est-ce que vous en pensez ?

Éric Filiol : Ce qui me surprend c'est que ça surprenne encore des gens. C'est logique. En plus ce cryptographe belge, est bien connu pour avoir eu des activités mathématiques dans des domaines sensibles. C'est aussi quelqu’un qui, à une époque, n'a pas voulu aller dans le sens du contrôle de la cryptographie, notamment universitaire, par les milieux américains. Tout simplement c'est quelqu'un qui compte dans le domaine, qui a eu une production scientifique de tout premier plan ; qui a d'ailleurs eu des cahiers pillés à l'époque, parce qu'il faut savoir qu'il avait fait, avec un autre cryptographe français, Guillou, le fameux protocole Guillou-Quisquater, qui a été pillé par une entreprise américaine, en violation directe des brevets. Sauf que trois avocats français contre cinquante avocats américains, la cause était vite entendue ! Ce n'est pas étonnant qu'il ait été espionné, mais encore une fois ce qui m'étonne c'est que ça étonne encore des gens.

Journaliste : Qu'est-ce que vous pouvez nous dire, un petit peu, sur la capacité que les gens eux-mêmes, le simple particulier a à se protéger de ce genre de pillage, d’infiltration dans son système ?

Jérémie Zimmermann : Il y a deux choses distinctes. La surveillance ciblée et la surveillance de masse. J'espère que les prochaines révélations de Snowden nous montreront d'une part comment on peut passer de l'une à l'autre. Est-ce que le simple fait de ne pas utiliser Facebook, Google ou Apple ne vous met pas immédiatement dans la catégorie surveillance ciblée, pour peu que vous utilisiez des logiciels libres ou Tor, et là ça fait de vous un potentiel terroriste. Mais il faut encore distinguer les deux. La surveillance ciblée, on le voit avec les dernières révélations sur les implants matériels et autres joujoux de la NSA, vous savez déjà qu'on ne peut pas y échapper. Ça c'est une réalité. La surveillance ciblée est légitime lorsque encadrée par l'autorité judiciaire, lorsqu'il y a un rétrocontrôle citoyen et démocratique des actions des services qui la pratiquent. Ce qui est véritablement intolérable, c'est la surveillance de masse, comme le disait Éric Filiol, c'est la présomption de culpabilité, ce sont des violations massives de nos libertés individuelles qui ne peuvent en aucun cas respecter le principe de proportionnalité. Or cette surveillance de masse, à priori, on peut y échapper.

Journaliste : Est-ce que vous allez dans le sens d'Eric Filiol sur la cyberdictature d'un gouvernement ou des gouvernements qui commencent à avoir peur de leurs propres concitoyens et qui commencent à monitorer l'ensemble de leur population ?

Jérémie Zimmermann : C'est manifeste. La doctrine de la NSA c'est que, l'ennemi se situant par définition dans le reste du monde, on va espionner le reste du monde comme ça on aura, après coup, espionné nos ennemis. C'est une doctrine qui est une forme de paranoïa d’État et c'est évidemment un problème. Le fait est, que l'on peut aujourd'hui, probablement, échapper à cette surveillance de masse. Et c'est ça l'enjeu aujourd'hui, c'est d’augmenter le coût de cette surveillance ou de tenter de la rendre inopérante par nos actions. À la différence des processus classiques dans lesquels on voyait intervenir le renseignement ou l'armée, où c'était souvent armée contre armée, État contre État, là, la vaste majorité des acteurs ce sont des citoyens.

Journaliste : Vous parlez de citoyens. Vous sortez d'une conférence que vous avez menée à Sciences-Po, est-ce que vous avez trouvé les étudiants sensibles à ce type de nouvelles valeurs, ce type de menace ? Est-ce que vous pensez qu'ils étaient en retard par rapport à la perception que la communauté des hackers peut avoir sur la cybersécurité, sur les techniques de surveillance de masse, et ce genre de choses ? Est-ce que vous pensez que la nouvelle génération est prête à résister ou est prête à trouver les nouveaux outils pour pouvoir échapper à ce type de surveillance ?

Jérémie Zimmermann : Je ne sais pas si une heure avec une promo d'un master de Sciences-Po est un échantillon représentatif. Une chose dont je suis sûr c'est que sur les dix jours qui viennent de s’écouler, il y a cinq personnes qui sont venues me voir en disant : « Ah, tu sais quoi, j'ai quitté Facebook ! » Et pour beaucoup ils m'ont dit c'est suite à une conversation qu'on avait eue ensemble. Dans ces derniers mois, ce sont des dizaines de journalistes que j'ai vu se mettre à OTR ou à GPG pour chiffrer leurs communications et c'est 100 % des journalistes à qui j'ai parlé de la protection de leurs sources qui m'ont répondu : « Ah ouais, c'est vrai, là on a un problème. »

Journaliste : Eric Filiol, Jérémie parle de chiffrement pour la protection des sources. Qu'est-ce que vous pouvez nous dire en tant qu'expert, avec votre qualité d'expertise, de cryptographe ? Est-ce que les journalistes sont à l'abri ?

Éric Filiol : Il est sûr que d’abord c'est mieux que de communiquer en clair. Ça complique les difficultés, ça complique les choses. Maintenant je crois qu'il ne faut pas se voiler la face, que la plupart des standards de chiffrement sont d'obédience américaine et que la subtilité américaine c'est la politique des œufs et du panier. Ils n'ont pas placé toutes les vulnérabilités au même endroit. Moi ce qui me gêne, c'est que l'ensemble de la planète utilise des algorithmes d'obédience américaine et uniquement ceux-là. J'ai vu un constructeur que je ne nommerai pas, qui avait fait le choix d'un crypt de chiffrement non américain et qui, quand il a été racheté par un société américaine, a été obligé de mettre l'AES4. Le problème c'est qu'on laisse aux États-Unis le monopole de toute la standardisation. Moi je conteste le fait que les Américains définissent le standard cryptologique mondial. Je pense qu'il y a de très bons cryptologues en France, il y en partout en Europe. Pourquoi devrait-on sous-traiter notre sécurité et les standards de chiffrement aux Américains ?

Journaliste : Est-ce que vous trouvez que c'est un renoncement de l’État français ?

Éric Filiol : Pas que de l’État français, de l'ensemble des pays du G8 ou du G20. Il est sûr qu'en France c'est d’autant plus surprenant, pour ne pas dire scandaleux, quand on est une des nations prééminentes en matière de cryptologie, quand on a l’École normale supérieure qui produit des cerveaux extrêmement brillants. Le problème c'est que pour une place dans un comité de programmes dans des conférences américaines, sous contrôle de la NSA, malheureusement ils font le jeu des États-Unis. Nous avons une capacité de réaction, nous avons une capacité de résistance, nous avons un génie français, il ne faut pas l’oublier. On ne peut pas sous-traiter notre sécurité, en tout cas on ne fera jamais de sécurité si on utilise les méthodes, les standards, les outils, de l'adversaire.

Journaliste : Jérémie Zimmermann, vous voulez rebondir ?

Jérémie Zimmermann : Je n'aime pas parler de souveraineté à proprement parler, parce que le concept d’État-nation n'est pas ce qui m'anime le plus, qui me définit le plus. Mais là, il y a quelque chose de vraiment flagrant, à voir la souveraineté d'un État tiers, non seulement empiéter sur la souveraineté d'autres États, mais aussi sur la souveraineté des individus, sur nos souverainetés informationnelles. Donc là, il y a manifestement un espace pour des politiques publiques, à tenter d'inverser cette vapeur-là. Et le seul moyen de faire ça, j'en suis convaincu, c'est de remettre la technologie aux mains des citoyens. Il faut que les citoyens comprennent l'importance de la vie privée, pour comprendre l’intérêt de la cryptographie, pour comprendre comment gérer des clefs de chiffrement, et pour éventuellement, être en position de choisir leur logiciel de chiffrement ou de choisir leur algorithme. Quand on génère une clef GPG, on peut choisir entre plusieurs algorithmes. Eh bien j'ai l’impression qu'il est essentiel aujourd'hui d'élever les niveaux de conscience des individus, d'une part, et de l'autre qu'il faut des politiques publiques, des politiques industrielles, pour aller favoriser ces technologies qui ne sont pas aux mains de la NSA, qui reposent évidemment sur le Logiciel Libre, les architectures décentralisées et le chiffrement point à point.

Journaliste : Le mot de la fin. Eric Filiol ?

Éric Filiol : Moi ce qui me fait peur, c'est que, depuis 95, on peut très vite basculer d'un gouvernement démocratique à un gouvernement non démocratique. Quand on met en place des infrastructures, quand on met en place, potentiellement du moins, des outils de surveillance, je pense à HADOPI, ça a l'air anodin, mais HADOPI peut permettre à quelqu’un non seulement de savoir que vous téléchargez du contenu potentiellement illégal, mais de savoir que vous vous intéressez à l'art africain, à l'art juif, ce qui est tout à fait légitime. Demain, c'est un risque qui est permanent et j'ai été surpris de voir que les étudiants de Science-Po n'étaient pas sensibilisés à ça. Ce risque il est permanent. On peut très bien basculer vers un régime beaucoup moins démocratique, avec des valeurs nauséabondes. Et je crois que l'actualité récemment a montré que, encore une fois, on n'en était pas si éloigné que ça. Ce qui me fait peur c'est que tout ce que l'on met en place pourra être utilisé, légitiment, par justement ces gouvernements moins démocratiques, s'ils venaient au pouvoir, et pourrait automatiser un génocide ou automatiser des arrestations en masse, et c'est ça qui me fait peur. Tant qu'on est dans un État démocratique, je veux bien faire confiance à nos États, mais…

Journaliste : Éric Filiol, Jérémie Zimmermann, peut-être un dernier mot, oui ?

Éric Filiol : Tant que ces États restent démocratiques.

Journaliste : Jérémie un dernier mot ?

Jérémie Zimmermann : Je peux ajouter quelque chose ?

Journaliste : Bien sûr.

Jérémie Zimmermann : Quand on parle de protection de la vie privée, on parle d'une liberté plus fondamentale que les autres parce qu'elle permet l'exercice des autres libertés et que cette vie privée c'est avant tout nos intimités. Nos intimités c'est un espace dans lequel on n'est pas jugé, dans lequel on partage la confiance, et dans lequel on peut expérimenter, dans lequel on peut inventer de nouvelles idées ou de nouveaux concepts, dans lequel on peut être nous-mêmes. Cette vie privée, cette intimité, ce sont nos identités. C'est ce qui nous définit en tant qu’être humain. Et c'est ça qui est en jeu, je crois, au travers de cet impératif de reprendre le contrôle de la technologie. C'est reprendre le contrôle de la technologie pour reprendre le contrôle de nos humanités ou au contraire se laisser contrôler par la machine.

Journaliste : Jérémie Zimmermann, merci. Éric Filiol, merci.

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(15/06/2016 @ 15:36)

La Brique Internet, conférence de Sébastien Petit  Voir?


Sébastien Petit

Titre : La Brique Internet
Intervenant : Sébastien Petit
Lieu : Pas Sage En Seine 2015 - Paris
Date : Juin 2015
Durée : 52 min
Licence : Verbatim
Pour visionner la vidéo

Résumé

Vous rêvez d'un accès à Internet neutre, nomade et pas cher au travers d'un VPN fourni par un FAI de la Fédération FDN ? Vous rêvez d'avoir la maîtrise sur vos services et vos données ? #VPN #TOR #auto-hébergement #piratebox et plein d'autre choses…

La Brique Internet permet deux principaux usages : nettoyer son accès à Internet, s'auto-héberger.

Transcription

La Brique Internet, s'il y en a qui connaissent la private joke.

Applaudissements

Je ne vais pas la passer dans le public, parce que ça craint un peu si on casse Internet, ça craint. Mais par contre je peux vous montrer un truc que vous n'avez pas vu dans IT Crowd, c’est que dans la Brique, enfin dans Internet, il y a la Brique.

Je suis Petit, aka Sébastien, je vous présente La Brique internet. Qui na jamais entendu parler de La Brique Internet ici ? Ah les menteurs ! L'année dernière à Pas Sage En Seine avec LDN, on donnait une conférence qui s'appelait Sexe, alcool et vie privée : libérer Internet. L'idée c'était de dire qu'on avait tous quelque chose à cacher, et à titre individuel, et à titre collectif et qu'il fallait reprendre en main ses données, ses services et le Net. La conclusion était assez classique : c’était chiffrement, communications point à point, auto-hébergement, logiciels libres. Bon c’était très théorique. Cette année on essaye d'apporter un petit bout de solution. C'est une solution parmi d'autres, et donc, c'est un peu la suite de Sexe, alcool et vie privée, et c'est un projet de la fédé FDN. Pour les rares qui ne connaissent pas la fédé FDN1, c'est la fédération qui regroupe tous les fournisseurs d'accès associatifs et participatifs de France.

On est partis, La Brique Internet. Alors nous, à la fédé, ce qu'on kiffe, c'est l'internet libre, neutre et décentralisé. Donc du coup on va se poser les questions de savoir si aujourd'hui on a un internet libre, neutre et si on a un internet décentralisé. Est-ce que, aujourd'hui, on a un accès à un internet libre et neutre ? Comment ça se passe pour M. et Mme Tout-le-monde, puisque l'objectif de la Brique c'est vraiment de répondre à des besoins le plus grand public possible. Est-ce qu'on a un accès internet libre et neutre ? C'est ce qu'on va essayer de comprendre.

Le grand public, quand il a besoin de connecter son ordinateur, sa tablette, son téléphone, ce qu'on veut à internet, en général il passe par un opérateur, un intermédiaire qu'on appelle un fournisseur d'accès à internet. En général, ce fournisseur d'accès à internet, il fournit une box, une « machin box », qui a la bonne idée de fournir du Wi-Fi, et on connecte ses périphériques en Wi-Fi, très souvent, à sa box et ça nous permet d’être connecté à internet. Ça marche bien, mais la question c'est de savoir s'il n'y a pas des problèmes sur cet intermédiaire qu'est le fournisseur d'accès à internet. À la fédé, on pense qu'il y a des problèmes.

Je vais en donner quelques-uns, qui sont connus, il n'y a pas de scoop. Typiquement du bridage de contenus. L'exemple récemment, même si ça s'est un peu calmé, c'est Free qui faisait en sorte que YouTube fonctionne un peu moins bien sur son réseau.

Des problématiques de blocage de ports : quand vous prenez un abonnement chez Orange, vous n'avez pas accès à internet ; vous avez accès à une partie d'internet, uniquement. Et donc Orange dit : « Eh bien non, il y a des applications que vous n'aurez pas le droit d'utiliser en prenant un abonnement chez nous ».

Il y a des problématiques de l'adressage dynamique et pas d'IPv6. Les adresses IP, ce sont les adresses numériques qui permettent de joindre un équipement sur le réseau, et donc, typiquement Orange, mais ce ne sont pas les seuls, s'amuse à changer les adresses que vous avez sur le réseau tous les trois, quatre matins, voire ne vous fournissent pas d'IPv6, qui est, quand même, l'internet d’aujourd’hui.

Actuellement on a des problèmes de censure. Pour le grand public on utilise les serveurs DNS, donc ce sont les équipements qui répondent, enfin qui permettent, dans le cas du surf, d’associer un nom de domaine à une adresse IP. On peut avoir des réponses qui sont mensongères. Typiquement, chez les grands opérateurs aujourd’hui, il y a des sites web sur lesquels vous n'avez plus le droit d'accéder, soit pour des raisons politiques, soit pour des raisons sécuritaires, soit pour des raisons idéologiques.

Les boîtes noires, je n'en parle pas, c'est un sujet qui est à la mode ces dernières semaines. En tout cas, il y a, potentiellement, la mise en place d'une surveillance à moyen terme chez nos opérateurs.

Et puis les opérateurs peuvent utiliser nos données personnelles. Enfin, quand je dis peuvent, c'est un mensonge, parce qu'en fait ils le promettent. Si on regarde les conditions d'utilisation d'un opérateur comme Free, il est clairement indiqué que les données personnelles de l'abonné recueillies, on autorise Free à les conserver, à les utiliser et à les communiquer à des sociétés tierces. Donc ils s’engagent, expressément, c'est une promesse, à exploiter nos données personnelles.

Alors l'idée de la Brique c'est quoi ?

La Brique, c'est un équipement qui, au choix, si vous êtes joueur fait la taille d'un jeu de cartes, si vous êtes un toxico, fait la taille d'un paquet de cigarettes, en tout cas c'est petit, que vous avez chez vous, et que vous allez connecter physiquement, avec un câble, à votre box. Et si la Brique est correctement configurée, elle va automatiquement monter ce que nous, on appelle, chez les techniciens, un tunnel VPN. Un VPN2 c'est quoi ? C'est un service auquel on souscrit sur internet, c'est un service. Donc on souscrit un service auprès d'un VPN, qui permet de monter un tunnel chiffré. Et en fait, l'idée ça va être de déporter la confiance qu'on avait dans son fournisseur d'accès à son VPN. C'est-à-dire que l'ensemble des activités réseau qu'on va faire, que la Brique va faire, elle va le faire en utilisant comme intermédiaire, certes, votre FAI, mais tout va être fait depuis votre VPN. Et le FAI, à ce moment-là, ce n'est plus un fournisseur d'accès à Internet, en fait, ça devient un fournisseur d'accès à votre VPN, et c'est votre VPN qui va faire le job.
Dans notre idée, puisque c'est un projet FDN, c'est de s'appuyer sur un VPN de la fédé. Ce n'est pas une obligation, vous pouvez tout à fait souscrire à un VPN tiers, mais en tous les cas la promotion de la solution qu'on propose c'est au travers des fournisseurs de la fédé, et donc, du coup, vous allez déporter la confiance toute relative que vous avez chez Orange, Free & Co, au travers de fournisseurs d'accès de la fédé. Les plus connus étant FDN, tetaneutral, etc. Et la Brique a la bonne idée de vous fournir une antenne Wi-Fi. Donc de la même manière que vous vous connectiez anciennement à votre « machin box » de votre FAI, là, vous allez vous connecter à votre Brique et pouvoir accéder à internet.

Tout à l'heure j'avais listé toute une série de problèmes. La question qui va se poser c'est : « Est-ce que ces problèmes persistent ou pas ? » En fait c'est assez subtil. Au sein de la fédé, on ne bridera pas, ça fait partie de notre charte, on ne bridera pas en fonction de ce que vous souhaitez consulter. Donc ça c'est un problème qui n'existe pas.

Les VPN de la fédé ne vous bloqueront pas de ports : nous, on offre un accès complet à internet.

Nous, à la fédé, on aime bien l'internet d'aujourd'hui, donc on aime l'IPv6 et on fera en sorte, systématiquement, que vous ayez des adresses IP fixes. Ce qui permet que votre équipement soit toujours joignable, de façon pratique, sans avoir fait de la gymnastique technique.

Plus gênant, les DNS menteurs et les boîtes noires. Alors pourquoi les opérateurs font ça ? C’est parce que la loi leur impose. Aujourd'hui, à ma connaissance, j'ai le droit de me tromper, mais à ma connaissance, on n'a jamais demandé à un fournisseur de la fédé de mentir sur un résultat du DNS. Il existe des DNS ouverts, typiquement j'en connais deux, mais il doit y en avoir d'autres de la fédé, il y a ceux de FDN, il y a ceux de LDN. On ne ment pas pour la simple et bonne raison c'est qu'on ne nous l'a pas demandé.

Il y a le sujet des boîtes noires, sujet à la mode. Aujourd'hui, la loi vient tout juste d’être votée, on attend les décrets d’application, en tout cas ceux qui vont être publiques, parce qu'il y en a une partie qui ne seront pas publiques. Honnêtement, je pense qu'il est peu probable qu'on nous le demande, mais, en tous les cas, ce n'est pas vraiment un problème, pour deux raisons. La première c'est que, comme on est des FAI participatifs, vous pouvez participer au fonctionnement du FAI et s'il devait y avoir, effectivement, des autorités qui nous imposent un fonctionnement qui ne corresponde pas à nos valeurs, d'une manière ou d'une autre, on le fera savoir, et vous pourrez le savoir, et rien ne vous empêche d'aller voir ailleurs. Donc ce n'est pas vraiment un problème, en tout cas aujourd'hui, ça n'est pas un problème.

L'utilisation des données personnelles, c'est un truc qu'on ne fera pas. Nous, notre modèle business, ce n'est pas de revendre vos données. On a bien compris que la vie privée de chacun était importante, et à titre individuel et à titre collectif, donc c'est quelque chose qu'on ne fera pas.

Pour les problèmes soulevés, on peut considérer qu'on a réussi à avoir un internet beaucoup plus propre.

La deuxième partie du slogan c’était décentralisé. L'idée est la suivante : comment on communique ? Comment la majeure partie d'entre nous communique sur internet ? En utilisant des services extrêmement centralisés. Même les petits rigolos qui ont un serveur mail personnel, quand ils font des stats sur « à qui j’envoie des mails, de qui je reçois des mails », ont des pourcentages de mails qui transitent par Google juste gigantissimes. Donc on communique tous avec des services centralisés, Google, Facebook, Twitter & Co. Est-ce que c'est vraiment un problème ? Je pense que tout le monde est convaincu ici, mais c'est toujours bien de relire les conditions générales d'utilisation. Alors quand on regarde celles de Google, là elles sont contemporaines. Il est clairement indiqué qu'on accorde à Google et à toute personne travaillant avec Google, je ne sais pas qui sont ces gens-là, et ils ne communiquent pas dessus, une licence de reproduction, de modification, d'affichage ou de distribution publique des dits contenus. En gros, ils font ce qu'ils veulent avec ce qu'on publie sur Google. Si on regarde chez Facebook, c'est à peu près la même chose : on accorde une licence transférable, sous-licenciable, ça ce sont les copains de Facebook que je ne connais pas, pour l'utilisation des contenus de propriété intellectuelle que vous publiez sur Facebook. Donc OK, on leur donne le droit d'exploiter les contenus qui transitent sur leurs services comme on veut.

C'est toujours intéressant de se poser la question pendant combien de temps. Chez Google, ça a le mérite d’être très franc : cette autorisation demeure pour toute la durée légale de protection de votre contenu, même si on cesse d'utiliser les services de Google. En gros, même si vous fermez votre compte Google et que vous arrivez à vous passer de Google, ce qui est extrêmement difficile, de toutes façons, c'est mort.

Chez Facebook, c'est à peu près la même chose. C'est un peu plus subtil. En gros, ils nous expliquent que cette licence se termine une fois qu'on supprime les contenus, sauf si votre compte est partagé avec d'autres personnes. Bon ! Facebook c'est un réseau social, donc le but du jeu c'est de partager. C'est un peu con, mais du coup ça va être difficile de demander à tous ses amis et toutes ces personnes qui ont cliqué sur « j'aime » ou sur retweete de dire : « Ah oui, mais il faut l'enlever parce sinon ça ne va pas être supprimé ». De toutes façons Facebook nous indique qu'il faut bien comprendre que les contenus supprimés peuvent persister dans les copies de sauvegarde pendant un certain temps. Certain temps n'étant pas défini, ça ne veut strictement rien dire, je ne sais pas si c'est quelques millisecondes ou quelques années. Donc on considère qu'il y a un problème.

Avec La Brique Internet, ça se passe comment ? Est-ce qu'on va être capable de répondre à ce challenge ? Sur la Brique, derrière c'est une Debian, on installe une application qui s’appelle YunoHost3, qui a pour objectif de faciliter l'hébergement de ses données et de ses services. En gros, on a une interface web, qui permet de se connecter à sa Brique, et qui va permettre d’administrer sa Brique, c'est-à-dire installer des applications, mettre sa Brique à jour, contrôler les accès, etc. Dans les faits, installer un ownCloud4 sur une Brique, il n'y a pas eu d'huissier pour le valider, mais c'est cinq clics. Vous vous identifiez, au travers d'une interface web, à votre Brique, vous cliquez sur OK, une fois ; vous allez cliquer sur applications, deux fois ; vous allez cliquer sur installer pour avoir la liste des applications que vous pouvez installer, vous allez cliquer sur ownCloud et vous allez cliquer sur installer. Et en cinq clics, vous avez un cloud personnel sur votre Brique. Ça marche. C'est un cloud que j'utilise quotidiennement, ou quasi quotidiennement, avec ma chère et tendre.

Il y a plein d'applications. J'ai parlé du cloud, on peut installer un WordPress, on peut installer un wiki, on peut installer une instance Searx. Il y a tout un écosystème. En fait l’idée c'est qu'on s'appuie sur l'écosystème YunoHost pour pouvoir fournir des services à nos utilisateurs. On croit qu'on a réussi à répondre à la solution de la décentralisation du Net.

Alors combien ça coûte ce truc ?

Il n'y a rien à souder. Contrairement à une légende urbaine qui a circulé, on ne soude rien ! Quand on achète une Brique, on récupère une petite carte mère de cette taille-là. Parce que le plus technique, c'est vraiment le plus compliqué, c'est de réussir à trouver les bons trous pour la mettre. Non, sérieux, c'est super compliqué ! Alors, je ne vais pas mettre les caches latéraux parce que ce n'est pas si évident que ça. On a un boîtier qu'on ferme. Il y a quatre vis à fixer. C'est vraiment le challenge technique, les quatre vis. Si vous n'y arrivez pas, n'essayez pas. Il nous faut alimenter la Brique, avec un adaptateur secteur. Il nous faut une antenne Wi-Fi, que je vais brancher. Et il nous faut une micro SD, c'est grand comme ça, sur laquelle, si la Brique a été configurée correctement, vous avez votre système d'exploitation. Donc il y a une fente prévue à cet effet. Il faut que je la retrouve, parce que sans les caches latéraux… Il y en a déjà une. Voilà. Et ensuite il suffit de la brancher. Alors là je l'ai branchée au 220, mais ça fonctionne avec une connectique USB, et là vous avez une Brique. Il y a un truc qui manque, que je n'ai pas mis, qui est super important, ce sont les stickers, parce qu'un ordinateur sans stickers, ce n'est pas un ordinateur ! Et puis, pour que ça fonctionne, vous prenez un câble réseau et vous la branchez à votre box. En l’occurrence ce n'est pas une vraie box, mais on fait style, c'est un routeur, mais c'est la même chose.

Et si tout est configuré, ça fonctionne. C'est-à-dire que vous avez un nouvel SSID, un nouveau Wi-Fi disponible, sur lequel vous pouvez vous connecter et tout votre trafic circulera au travers du VPN qui a été pré-configuré sur votre Brique.

C'est censé valoir environ 80 euros si vous les achetez tout seul. Ça vaut moins de 70 euros, parce qu'on est en train d'avoir des prix auprès du fabriquant de la carte mère. La carte mère c'est Olimex. C'est un choix lié au fait que le matériel est un peu plus ouvert que la Raspberry, en plus qu'à des intérêts liés à des instructions de chiffrement que ne possède pas la Raspberry. Et pour souscrire un accès VPN, ça vaut, en général, moins de 10 euros par mois. Donc pour moins de 10 euros par mois, vous pouvez avoir un accès propre et avoir un joujou qui vous permet de reprendre la main sur vos services et sur vos données.

Je ne vais pas me taire, et je ne vais pas prendre votre argent. Je ne vais pas taire parce que la conf n'est pas finie, je ne vais pas prendre votre argent parce que je ne vends pas de Brique, je n'ai pas d’intérêt à vendre la Brique. La question c'est où vous allez trouver ce boîtier ? L'idée, pour nous, c'est vraiment de s'appuyer sur la fédé. Il y a des FAI partout en France, qui font des choses bien, il y a des commandes en cours, il y a des commandes qui sont déjà faites. Solliciter les FAI locaux, participatifs et associatifs de France, pour vous procurer une Brique. Leur demander de vous aider à la configurer, c'est vraiment ce qu'on défend, parce que, de toutes façons, personne parmi les FAI locaux n'a ni l'ambition, ni la légitimité, ni les personnes motivées, pour fournir sur toute la France. Donc, de toutes façons, on s’appuiera sur l'écosystème de FDN et, faisant partie de FDN, nous on refuse des gens en dehors de Lorraine, donc, embêtez vos FAI locaux.

S'ils ne le font pas, encore, vous pouvez la construire vous-même. Tout est libre sur le site internet de la Brique, labriqueinter.net5, vous avez toutes les références pour acheter le matériel, tous les liens pour récupérer les logiciels, c'est-à-dire une image de la Brique à copier sur la carte, et ensuite vous n’avez plus qu'à configurer votre VPN. Donc c'est quelque chose que tout le monde peut quasiment faire, ou, en tout cas, on sera ravis de vous aider si vous faites le choix de monter votre Brique tout seul.

Donc, si on fait un petit bilan, la Brique Internet ça permet de facilement nettoyer son accès à internet. On a vu qu'il y avait des problèmes. On a vu que c’était potentiellement une solution. D'héberger ses services et ses données. Je ne vous refais pas le coup de Tristan Nitot ; je ne vous fais pas le coup de Laurent Chemla, enfin toutes les confs, enfin il y a pas mal de confs de Pas Sage En Seine qui ont tourné autour de ces problématiques de vie privée. C'est un bout de solution.

Ça permet une autre chose la Brique, parce que c'est super fun''. La Brique, il suffit de se déplacer avec. Moi, je vais partir dans quelques semaines chez mes beaux-parents, eh bien je vais débrancher la Brique de chez moi et je vais la rebrancher sur la box de mes beaux-parents. Résultat des courses, je conserve mes services et mes données avec moi, et je conserve mon accès internet avec moi. Je vais me connecter au même VPN. Je vais avoir accès aux mêmes services internet. Ça permet de nettoyer globalement n'importe quel accès internet à partir du moment où vous avez une prise RJ45 ou USB. Typiquement vous pouvez nettoyer l'accès à internet de votre téléphone portable, ce qu'on appelle en mode ''tethering. Vous connectez votre portable sur un port USB. Au préalable, vous aurez demandé à votre portable de partager la connexion internet. Et vous pouvez monter le VPN et nettoyer un accès 3 ou 4G. Ça permet d'avoir des adresses IPv4 et IPv6 fixes. Ça permet aussi de conserver des services qui sont cool, en tout cas, pour certains qui utilisent des « machins box ». Typiquement la Brique ne vous empêche pas de continuer à regarder la télé avec votre fournisseur d'accès traditionnel, ou de continuer à utiliser le téléphone illimité.

Un des problèmes chez les fournisseurs d'accès associatifs et participatifs, ce sont les services qu'on ne rend pas. Là comme on s'appuie toujours sur une connectivité réseau liée à un fournisseur d'accès commercial, vous pouvez continuer à utiliser des services comme le téléphone ou la télévision.

On a vu l’application VPN. Mais comme c'est un truc qui est bidouillable, qui est hackable'', on peut en faire ce qu'on en veut, il y a des gens, enfin il y a des développeurs autour du projet de la Brique qui se sont dit : « Ah tiens, on va faire une autre application, un truc ''fun'' », donc ça c'est le VPN, « on va faire un autre truc ''fun, on va faire une « partage box ». A priori il ne faut pas dire PirateBox, parce que ça fait peur à certaines personnes. Moi j'aime bien le mot PirateBox. Une PirateBox c'est quoi ? Une PirateBox c'est un équipement qui va diffuser un Wi-Fi sur lequel vous allez pouvoir vous connecter. D'ailleurs juste, la Brique que j'ai montée là, actuellement elle a SSID qui s'appelle « La Brique Internet est généreuse », vous pouvez vous connecter dessus, il y a des documents, et en particulier il y a la conf, si tout marche bien.

Donc il y a une application qui a été développée pour faire une PirateBox. Cette PirateBox s'est promenée au Forum Social Mondial à Tunis, par des adhérents de LDN, avec un panneau solaire et avec une pancarte en disant : « Connectez-vous à moi il y a des fichiers à récupérer », et plein de conférences de libristes bien cools. Donc ça marche. Il y a une application tiers de la Brique.

Il a d'autres personnes qui se sont dit : « Ah tiens, ça pourrait être marrant, on pourrait faire une application pour la Brique pour passer en Tor ». Ça n'offre pas le même niveau de sécurité qu'un Tor Browser, on pourra en parler après, mais en tous les cas, on peut se connecter au travers de Tor, et on peut fournir un accès Tor avec la Brique. Le problème c'est que chez FDN, on aime bien avoir le beurre et l’argent du beurre. Et on s'est dit : « Ah ouais, mais est-ce qu'avec l'antenne Wi-Fi, on ne pourrait pas diffuser trois SSID : un SSID pour avoir mon VPN, un SSID pour avoir du Tor, un SSID pour avoir de la pirate box ? » Et ça c'est l'avenir, enfin l'avenir c'est aujourd'hui, c'est chez moi : actuellement j'ai vraiment trois SSID qui tournent. Alors j'utilise comme accès à internet, tous les jours depuis six mois, le VPN de LDN. J'ai trouvé ça marrant de partager des confs de LDN, de la fédé, enfin divers trucs marrants avec une PirateBox. Et puis ça m'amusait de dire : « Tiens, moi j'aime vraiment bien l'internet, j’ai envie de le partager, ça ne me coûte pas grand-chose de partager internet. Sauf que si par hasard, je partage mon internet, et il y a quelqu'un qui télécharge Rihanna ou Johnny Hallyday, je peux avoir des emmerdes avec l'HADOPI. En gros c'est quasiment le plus gros risque que vous risquez. On peut vous poursuivre pour non sécurisation de votre Wi-Fi parce qu'il y a des œuvres couvertes par la propriété intellectuelle qui ont été téléchargées. Et donc du coup, moi ce que je laisse ouvert, sans mot de passe, c'est un accès Tor. Du coup, j'utilise Tor non pas pour me protéger moi, enfin non pas pour protéger les gens qui utilisent internet, mais juste je m’appuie sur le réseau d'anonymisation de Tor pour dire « s'il y a une utilisation qui ne plaît pas à l'HADOPI ou à d'autres, en théorie Tor est censé me protéger, et on ne peut pas remonter jusqu'à moi ». Donc je peux fournir un accès à internet gratuit, autour de moi, grâce à Tor.

La Brique Internet c'est quoi ? Eh bien du coup, pour finir, ça permet de s'émanciper du pouvoir de son FAI. En fait, on déplace la confiance au sein d'une structure qui est participative, sur laquelle on peut mettre les mains dans le cambouis, on peut regarder ce qui s'y passe, si vous en avez envie, si vous en avez l’appétence, si vous en avez le temps. Ça permet de reprendre le contrôle sur ses services et ses données, qui est un sujet récurrent à « Pas sage En Seine », et pas uniquement, et ça permet d'utiliser un internet propre sereinement.

C'est vrai, quand j'ai prêté ma Brique, quand elle est partie à Tunis, j'avais l'impression d’être à poil sur internet. Alors, c'est très psychologique, j'ai accédé aux mêmes contenus. Enfin j'ai accédé un peu moins bien à T4116 [un tracker Torrent, NdT.], enfin je n’accédais pas à T411.me/7. Mais à part ça, je n'ai pas eu de changements, mais juste j'avais l’impression d’être à poil, parce que j'avais un opérateur de réseau en qui je n’avais pas confiance.

Et si vous avez de l'appétence technique et que vous avez envie de jouer avec nous, vous pouvez jouer avec du logiciel libre. Si ça vous amuse, venez jouer avec nous, le site officiel de la Brique c'est labriqueinter.net, il y a des listes de discussions, il y a de l'IRC. Vous allez pouvoir retrouver les images. Scoop d'aujourd'hui, enfin d'hier soir, on est passé en Jessie.

Public : Inaudible.

Sébastien : Oui, avec système des bad troll, merci. On est passé en Jessie. Il y a des scripts, si vous voulez refaire la Brique. La Brique, le pré-requis c'est d'avoir du matériel qui supporte Debian. Si ça supporte Debian, ça va supporter YunoHost, et ça va supporter les applications qu'on a développées pour la Brique. Et je vous encourage à regarder db.ffdn.org, qui recense l'ensemble des fournisseurs d'accès à internet de France, pour retrouver le plus proche de là où vous habitez, pour pouvoir voir avec eux si ce n'est pas possible de faire des achats groupés, des install-parties. Il y a plein de choses qui se passent autour de la Brique et autour des FAI de la fédé : des commandes groupées, des tutoriaux qui sont écrits, des remontées de bugs, de la traduction. Enfin voilà. Le projet se lance, au plaisir de vous y voir, liste de discussions, tout ça. Je vous remercie beaucoup. Si vous avez des questions, je suis là pour ça.

Applaudissements

Public : Des questions de pure curiosité technique pour commencer. Du point de vue matériel, ce n'est qu'une carte existante déjà, ou il y a eu du développement matériel ou c'est purement logiciel ?

Sébastien : La partie matérielle, c'est Olimex, c'est un fabricant électronique. A priori c'est un bidouilleur motivé, qui ne connaissait pas la Brique, qui la découvre depuis quelques semaines, mais qui vendait, au même titre que Raspberry Pi, du matériel, enfin un ordinateur bidouillable. Le fait que ça soit un peu plus ouvert que Raspberry nous a motivés. Mais non, ce n'est pas du matériel dédié. Actuellement ça c'est l'Olimex 1. A priori il y a un Olimex 2, il y a des personnes qui commencent à faire des tests avec, mais globalement ça marche également avec une Raspberry. Il y a des gens qui l'ont fait tourner avec une Raspberry, parce qu'à partir du moment où vous installez une Debian, dessus tu installes YunoHost, les applications qui vont bien pour fournir du Tor, du VPN, enfin que sais-je, et ça fonctionne. Le matériel n'est pas fermé. Ça c'est vraiment la solution clefs en main. Nous, notre problème c'est qu'il y a énormément de solutions avec des cahiers des charges qui sont absolument géniaux en disant : « Eh bien voilà, nous c'est notre objectif », avec pas grand-chose qui arrive. Ça, ça vaut ce que ça vaut, mais ça marche. C'est mon accès à internet depuis six mois, juste ça marche. Donc c'est plus qu'un proof of concept. On est plusieurs adhérents à la faire fonctionner tous les jours, même sur de l'événementiel. À la dernière AG de LDN, il y a un adhérent qui est arrivé en disant : « Hop, ma Brique, je la branche sur la box du lieu sur lequel on est gérés. Ils nous donnent le mot de passe et tout le monde peut accéder à un internet propre ». Le choix du matériel c’était parce que ça correspondait un peu plus à notre valeur. Ça peut évoluer dans le temps, mais on peut imaginer des Briques qui n'ont strictement strictement rien à voir d'un point de vue hardware.

Public : Et le VPN, il utilise quoi ? C'est de l'IPSec ?

Sébastien : C'est de l'open VPN. IPSec8 ? Non. C’est de l'open VPN. Je crois qu'on fait la même chose chez LDN, on a fait le choix de l'ouvrir sur tous les ports possibles et imaginables. Donc en gros, si vous avez du 443 ouvert, le 443 c'est pour faire de l'HTTPS. En général c'est à peu près ouvert partout, de toutes façons, ça fonctionne même sur le port 80. Vous pouvez faire du Net, enfin du Web, pardon, si vous pouvez faire du Web, vous allez pouvoir monter votre tunnel VPN, et donc, en théorie, même en milieu hostile d'un point de vue connectivité, vous devriez pouvoir. Enfin moi je l’utilise en 443, je n'ai aucun souci, alors sur un accès très ouvert. Je n'ai jamais essayé dans un hôtel, mais je ne vois pas la limitation technique. Après ce sont les choix de chacun.

Public : La limitation technique, c'est qu'il y a des gens qui font du DPI sur le port 443. S'ils ne voient pas passer du TLS, qui est bien reconnaissable avec sa négociation au début, en clair, à ce moment-là, ils coupent. C'est aussi pour ça que je demandais quelle était la technologie utilisée.

Sébastien : Sur le port 80, ça me semble un peu plus compliqué de faire ce genre de gymnastique.

Public : Eh bien si, sur le port 80 c'est même plus facile, puisque normalement on voit passer de l'HTTP, en clair.

Sébastien : OK.

Public : Effectivement ça peut être un vrai problème.

Sébastien : Sur des milieux très hostiles. Là, c'est un problème VPN, malheureusement ce n'est pas lié à la Brique. OK.

Public : En général IPSec passe mieux, parce que IPSec c'est le truc des « costards-cravates », en vadrouille dans les hôtels, donc il faut qu'ils puissent se connecter au VPN de leur boîte, et donc, en général, ça fonctionne, avec eux.

Sébastien : Mais je serais curieux d'aller dans un hôtel restrictif en termes d'accès à internet et tester ma Brique, avec énormément de plaisir. En tout cas, ça marche très bien, par exemple, avec un téléphone.

Lunar : Moi d’abord ? Un point par rapport au truc de Tor. J'ai discuté pour l'AG, mais je le redis. Nous, au sein du projet Tor, on considère que ce n'est pas du tout une bonne approche que de faire ce genre de point d'accès ouvert, où tout passe par Tor, parce que la meilleure façon d'utiliser Tor c'est du chiffrement point à point entre l’ordinateur qui veut se connecter au réseau Tor et le réseau Tor. Et en fait, avec ce type de setup'', je n'ai plus, avec mon ordinateur, la possibilité de savoir ce qui se passe. Et par exemple, si jamais je lance le Tor Brower sur mon ordinateur, il se passe un truc qui n'est pas du tout bien, c'est Tor dans Tor, qui perd des paquets, qui est très lent, et qui a des problèmes de sécurité. Donc nous, ce qu'on suggère comme ''setup'' pour ce genre de box qui ferait un point d'accès Wi-Fi « connectez-vous à Tor », c'est de filtrer toutes les connexions qui ne vont pas vers le réseau Tor, vers un des relais qui va vers le réseau Tor, et avec, éventuellement, un portail captif pour les autres adresses, qui dirait aux gens : « Tiens, télécharge le Tor Brower ». L’intérêt d'un ''setup comme ça, c'est que les gens restent en contrôle de leur usage du réseau, et ils n'ont pas de mauvaises surprises. Il y a un certain de nombres de sites qui modifient leur comportement quand on vient du réseau Tor. Typiquement Google va demander des confirmations bizarres, ou Facebook pareil. Ça peut déstabiliser les gens, ou il y a des CAPTCHA. Du coup, moi j'adorerais…

Sébastien : Tu remarqueras que j'ai dit que ce n'était pas aussi sécurisé que le Tor Browser.

Lunar : Oui, oui.

Sébastien : Et qu'à titre personnel, j'en détournais l'usage, c'est que je ne l'utilise pas pour me protéger, moi, d'un point de vue utilisation personnelle, je l'utilise simplement pour protéger mon anonymat sur l'accès ouvert. Donc c'est un usage détourné de Tor, avec une valeur ajoutée supplémentaire qui est de générer du trafic, et donc de participer à noyer le poisson. Maintenant, pour rejoindre Lunar, très clairement si vous avez besoin d'un anonymat sérieux, ça n'est pas la bonne solution. Il ne faut pas le faire.

Lunar : Vraiment ce qui me fait plus peur c'est les gens font ça puisque c'est un accès ouvert, c'est super, et ensuite sont confrontés à des CAPTCHA, sont confrontés à Google qui râle, et sont perdus.

Sébastien : Sauf que moi je fournis un accès gratuit, je ne veux pas trop d'emmerdes. Je ne dis pas « c'est sécurisé, c'est Tor allez-y ! » Je dis juste « c'est ouvert », ça fonctionne, ça ne fonctionne pas, c'est moins mon problème. Mais c'est toujours bien de le rappeler, c'est important qu'il n'y ait pas d’ambiguïté sur les enjeux d'un point de vue sécurité.

Public : Juste, pour rebondir sur ce qui disait Lunar, il y a des solutions qui sont en cours de développement aujourd'hui sur des box store qui feraient ça proprement, mais c'est vrai que ce n'est pas encore près d’être sorti parce que c'est très compliqué à faire. Sinon, sur la Brique Internet, c'est quoi les problèmes, enfin, les performances qu'on peut attendre ? Parce que c'est de la carte SD, il y a un VPN. C'est quoi la perte de débit en passant par un VPN, surtout quand on a un DSL déjà tout pourri ? Et les performances, si on veut héberger un blog, ou du serveur de mails avec les problèmes de carte SD ?

Sébastien : Alors je ne sais pas. On est en train de faire des mesures. Il y a, sur la mailing liste de la Brique, des discussions avec la liste labriqueinter.net. On a les premiers utilisateurs qui commencent à faire des mesures de perfs over VPN. Manifestement le goulot d'étranglement il est côté de nous, en tant que VPN, et on atteindrait un peu plus d'une dizaine de mégas. Ce n'est pas exceptionnel. C'est moins bon qu'une fibre. Très clairement, on perd un peu en confort. En tout cas, pour te répondre, plus loin, actuellement, je pense, enfin…

Public : Donc du coup, il y a Aquilenet, pardon Grenode, qui ont fait des tests aussi. Ce sont des adhérents. Et donc sur une fibre, donc une fibre en un giga, c'est la petite Brique, enfin la version une, c'est du 100 mégas, donc 1 pour 100 mégas, donc c'est le processeur, en fait, qui va limiter et on va être, on va atteindre 20 mégas, donc en passant par le VPN. Après, pour l'utilisation classique, enfin du mail, du Web ou de l'auto-hébergement, il n'y a aucun souci, et même pour accéder à internet, il n'y a aucun souci.

Sébastien : La qualité, enfin la classe de la carte SD joue beaucoup dans les benchmarks.

Public : Une petite question, en fait, par rapport à la sauvegarde.

Sébastien : Ah ! Qui me parle encore ?

Public : C'est moi.

Sébastien : Non, il n'y a pas de sauvegarde. C'est un vrai problème. C'est un problème fondamental. C'est que c'est très difficile. Aujourd'hui, il n'y a pas de solution de sauvegarde, et effectivement, de proposer une solution qui dit aux utilisateurs grand public « voilà vos données, vos services sont là, et qu'il n'y a pas de sauvegarde », ça pose un vrai problème.

Public : Des pistes ?

Sébastien : Oui, alors, il y a des pistes. Pour les gens qui ont un minimum d'appétence technique, c'est très facile de faire un R5 sur un disque chiffré, enfin c'est mon cas. Pour M. et Mme Tout-le-monde, ce n'est pas possible. Les gens de YunoHost travaillent dessus. Donc voilà. C'est encore largement améliorable, on est bien d'accord. C'est pourquoi on aimerait rameuter des personnes et des acteurs compétents pour déboguer et avancer.

Public : Si je peux rajouter juste, donc, deux points. Les gens de YunoHost, en fait, avaient implémenté une grille Tahoe-LAFS9, pour faire de la sauvegarde. C’était super compliqué, en fait, à mettre en œuvre, et même, en fait, à maintenir par la grille, à mettre la grille, du coup, à maintenir la grille. Actuellement, avec YunoHost, LDN, enfin Neutrinet, tout le monde, on est en train de développer donc du backup friend to friend. C'est un ami, du coup, qui va dire donc sur le petit port Sata, en fait, qu'il y a sur la Brique, je vais mettre, je ne sais pas, 20 gigas, ou autre, du coup un ami dit : « Je mets 20 gigas » et en fait du coup on fait du point à point, enfin friend to friend. Et du coup on utilise un nouveau logiciel qui s'appelle Attic10, qui fait du chiffrement avant d'envoyer sur le presta. C'est en cours de développement. On est complètent conscients, ça va être en fait, là où on doit nous attendre, et du coup, on développe.

Public : Et aussi je voulais savoir si c’était possible, dans le cas où on n'a pas d'accès ni à une prise Ethernet, ni à une connexion 3G, sûrement avec une deuxième clef Wi-Fi, de récupérer le débit par un Hostpost, par exemple le SFR Wi-Fi public, avec un petit script dessus qui tourne pour auto reconnecter automatiquement, quand il nous dégage sur le portail captif toutes les 20 minutes, et après de reproposer le VPN, Tor ou la pirate box ?

Sébastien : Oui, c'est possible une fois que tu auras fait le développement !

Rires du public

Public : D'accord.

Sébastien : Aujourd'hui non. C'est clairement un problème dont on est conscient. Je n'ai pas vu qui posait la question, ça me dérange. Pardon. C'est clairement un problème. On nous demande comment nettoyer un accès Wi-Fi, ou comment faire du Ethernet to Ethernet. Il y a des besoins qui se développent. Aujourd’hui la motivation de la Brique, c'était de faire quelque chose de simple qui réponde au grand public, mais comme c'est largement améliorable et largement hackable, et que ce sont des demandes qui sont récurrentes, si ce n'est systématiques, il faut qu'il y ait quelqu'un qui s'y colle en disant : « Eh bien oui, est-ce que ce n'est pas possible de nettoyer un autre accès Wi-Fi, ou de faire du RJ45, enfin de l’Ethernet to Ethernet. Il faut que ça soit fait, oui, c'est un besoin.

Public : Une petite question, par ici.

Sébastien : Merci.

Public : J'ai vu que l'interface venait avec plusieurs applications. J'aimerais savoir s'il y a une application incluse, assez facile à utiliser, qui permet de chiffrer les données localement, sans avoir à faire quelque chose de manuel, qui serait un peu compliqué.

Sébastien : Pas à ma connaissance, et c'est un besoin.

Public : OK. Merci.

Sébastien : Pas à ma connaissance. Après il faudrait voir quelles sont les perfs, à quel point ça va tuer les perfs de la Brique qui n'est quand même une bête de course, d'avoir du LUKS FS ou des choses comme ça. Mais c'est une vraie question. Après c'est un serveur qui est normalement censé rester chez vous. Si vous le déplacez, ça peut poser problème. Enfin c'est un besoin. Moi je ressens aussi le besoin. Actuellement, non. Ça mériterait d’être testé. Ce n'est pas très compliqué, il suffit juste de monter une Debian chiffrée, on installe à la main YunoHost, et puis on regarde quels sont les dégâts en termes de performance, mais aujourd’hui, non.

Public : Pour l'avoir fait sur des box de ce genre-là, c'est Benjamin, il y a deux choses. Un, le problème c'est souvent comment on saisit la passphrase, parce que tu n'as pas d'écran, enfin c'est une vraie galère.

Sébastien : Effectivement.

Public : Donc il faut faire du LUKS over SSH, donc c'est un peu compliqué. Et le deuxième truc, c'est il faut juste choisir un algo de chiffrement que le matériel de ta box soit optimisé. C'est faire en hard, sinon, c'est pourri. Sinon, ça marche bien en général. Et là en l’occurrence pour de l'AES, ça marche bien.

Sébastien : D'autres questions ?

Public : J'abuse un peu rapidement tant que j'ai le micro. Ici, là. Salut

Sébastien : Pardon.

Public : Salut. Il y a un ensemble d'applis hostées de base, hébergées du coup sur la carte ?

Sébastien : Non. Il n'y a pas d'applis.

Public : Il y a YunoHost qui permet de mettre, qui met à disposition un certain nombre d'applications. Est-ce qu'elles se mettent à jour automatiquement ? Est-ce qu'il faut une interaction humaine pour les mettre à jour ?

Sébastien : Effectivement, tu as deux types d'applications. Tu as les applications qui sont, entre guillemets, validées par YunoHost, qui sont proposées par défaut, donc tu vas dans liste des applications installées et ils vont te proposer tout plein de choses fun. Tu as plein d'autres applications qui ne sont pas, entre guillemets, validées par YunoHost et qui sont disponibles sur Github, etc. Actuellement c'est un vrai débat de savoir comment on gère l'administration au jour le jour. Les mises à jour ne se font pas automatiques, il y a juste un onglet « état du serveur, mettre à jour ma machine », et ça fait toutes les mises à jour qui vont bien. On est plusieurs à penser, au sein du projet de la Brique, qu'il faut que ça soit fait de façon automatique.

Public : Ouais, parce que si on veut simplifier au plus l'accès pour la majorité de la population, il faut que ça puisse s'update tout seul.

Sébastien : Je fais partie des gens qui considèrent que ça doit être fait de façon automatique.

Public : Bonsoir.

Sébastien : Pardon. On fait juste remarquer pourquoi la réponse n'est pas si simple, même si j'ai été sévère en disant « je veux que ça soit fait de façon automatique ». Il y a une autre approche qui considère à dire « ah non, ça ne doit pas être fait de façon automatique, parce que faire des choses dans le dos des utilisateurs c'est empêcher leur formation et leur éducation technique ». Voilà. Je ne sais pas si ça parle.

Public : Non, mais justement, chez Neutrinet, il me semble qu'à la dernière conf, ils disaient qu'ils travaillaient typiquement sur ces mises à jour.

Sébastien : Faire les mises à jour c'est très simple. C'est un apt-cron et un apt, un aptitude upgrade automatique. C'est très simple à mettre en place. Bon, après il y a des choix philosophiques. Vu que l'objectif c'est d’être le plus user friendly, pour moi, ça doit être fait de façon automatique. Actuellement, ce n'est pas le cas.

Public : Juste un truc rapide. Est-ce qu'il y a des possibilités de mettre un deuxième port RJ45 là-dessus ? Parce que la plupart des gens, en fait, ont déjà un réseau local derrière leur box, et ne se connectent pas que en Wi-Fi.

Sébastien : En fait, je suis carrément nul au niveau matos. Il existe des ports RJ45 sur USB, et de faire une règle IPtable qui va bien pour faire du routage. Ouais.

Public : Ce n'est pas prévu à la base.

Sébastien : Non rebelote, ce n'est pas prévu. C'est vraiment du réseau physique, donc soit par du RJ45, soit par du SB Tethering vers du Wi-Fi. Actuellement c'est juste ça. Juste ça marche ! On aimerait bien avoir mieux. « Viendez » jouer avec nous !

Public : OK. Et sinon on m'a soufflé une question. Comment on se les procure en Île-de-France ?

Sébastien : Francilien ? FDN.

Public : Alors voilà. Pour ceux qui seraient en Île-de-France et intéressés, j'ai des petites brochures à distribuer.

Sébastien : Moi j'ai dit que je ne vendais rien, mais il y en a d'autres qui en profitent.

Public : Venez me voir après la conf et je vous en donnerai.

Sébastien : D'autres questions ? Vous n'avez pas un micro là-bas ?

Public : Bonjour, moi c'est Erdir. Je suis utilisateur déjà de la Brique. Merci, déjà, je voulais remercier un peu les gens qui avaient contribué à ce truc, dont ceux qui nous regardent sur le stream aujourd'hui. Je suis utilisateur, mais ça m'a été compliqué au départ, pourtant je suis un peu technicien, j'organise un peu des cryptos, donc en plus je fais pas mal la promotion de la Brique en même temps. Je n'ai pas de blog, mais ce n'est pas grave. Je voulais savoir, en fait, quel est le terme final de la Brique ? Combien de temps vous pensez que ça va prendre pour avoir une vraie forme à grande échelle, que ça soit déployé à grande échelle ? Et est-ce que vous pensez qu'un utilisateur final qui, aujourd'hui, achète sa « machin box » chez Carrefour, va essayer de se prendre la tête à faire ça ? Malgré, je sais que beaucoup de gens ici sont chez FDN ou sont sensibles à ça.

Sébastien : Ouais. Enfin, ça ce n'est pas gagné. Pour répondre à combien de temps ça va mettre, eh bien je n'en sais rien, ça dépend du nombre de motivés, de participants. Plus on est de fous, plus ça va motiver. Il y a une grosse montée en puissance, et en termes de demandes, et en termes de contributions. Il y a plein de gens, puisqu'à la base c'était des gens d'un FAI, avec Neutrinet en Belgique, et les gens de YunoHost qui ont bossé dans leur coin. Maintenant que le projet est brandé FFDN, on a plein de gens de la fédé qui participent, qui viennent aux devs. Donc on est en montée en puissance, même si on n'a pas l'ambition d'arroser toute la France. Je n'ai pas de délais à fournir, on est, actuellement encore, en bêta, mais voilà, ça monte.

Quant à convaincre les gens, eh bien oui, effectivement, si le prérequis, c'est pour ça que j’introduisais la présentation comme ça, si le prérequis de Sexe, alcool et vie privée, c'est-à-dire que votre vie privée a une importance, et à titre individuel, et à titre collectif, que ça vous dérange d’être surveillé et que vous aimeriez bien reprendre la main sur vos données, etc., si vous n'avez pas acquis ça, je ne vois pas le kif de prendre la Brique. Il y a un prérequis et effectivement il y a toute la sensibilisation en amont des problématiques et des enjeux, qui était d'ailleurs un des sujets de la conférence de Laurent Chemla hier, en disant « mais comment on peut convaincre les gens ». Cette Brique ne répond qu'à des personnes déjà convaincues des enjeux. C'est la solution à un problème, mais si on n'a pas identifié le problème, malheureusement, quel est l’intérêt de placer un équipement, même si ça ne consomme rien, ça consomme deux watts ; à côté, votre « machin box », elle en consomme dix fois plus. Créer une complexité dans le sens où voilà, il y a des fils à brancher, il y a au moins deux fils, une alimentation et un accès à un réseau. Ça va aller moins vite. Il faut que les enjeux politiques en amont aient été bien compris pour y trouver de l’intérêt, sinon c'est le fail. Je n'imposerai jamais une Brique à personne. J'aime bien qu'on me demande des Briques parce que ça veut dire qu'il y a une logique intellectuelle derrière et là c'est plutôt cool. M ais sinon, en tant que telle, elle répond à un problème. Il faut que le problème soit clairement intellectuellement compris, assimilé et qu'il pose problème. Oui ?

Public : Bonjour. Moi c'est Diane. J'ai une question un peu dérivée. J'ai un ami qui pousse les choses très loin, qui me dit : « La Brique ça a l'air super, j'ai regardé », il ne peut pas être là ce soir, « mais mon problème c'est le VPN, concrètement je n'ai pas envie que ma banque sache que je paye un VPN ». Comment je peux payer en cash ? Est-ce que quelqu’un aurait un début de réponse ?

Sébastien : Ouais ! J'étais emmerdé pour répondre, mais il y en a un qui a levé la main, ça me convient. Vas-y, lance-toi !

Public : Bonjour. Oui, il y a des bouts de réponses. Les FAI de la Fédération, donc qui sont, potentiellement, en tout cas, des bouts de commencement de solutions, puisque dans l'idée c'est, en tout cas, de commencer par s'appuyer sur les solutions VPN que proposent les FAI de la Fédération. Les FAI de la Fédération acceptent les moyens de paiement qu'ils souhaitent bien, et que donc, tu souhaiteras bien accepter une fois que tu seras impliquée dans ce FAI, et qu'en AG tu auras exprimé la problématique. Je connais personnellement, et je peux en citer au moins un, FAI, qui accepte les paiements en liquide, et où tu peux payer, mettre 50 euros en liquide, puis avoir un compte créditeur, et puis tu as payé pour quelques mois de VPN, et ça s’arrête quand il n'y a plus de sous sur le compte. En l’occurrence c'est Rézine à Grenoble.

Sébastien : Il faudrait se renseigner auprès d'Illico, qui ont des postures politiques entières.

Public : Inaudible.

Sébastien : Ouais. Mais c'est très intéressant parce que c'est un sujet récurrent. Nous, on a eu un adhérent chez LDN, il y a quelques mois, qui est venu en nous disant, alors là, ce n'était pas pour accéder à un service, c'était juste en termes de don, en disant : « Je ne veux pas être , entre guillemets, fiché ». Et donc du coup ce sont des problématiques qui reviennent et qui sont intéressantes.

Public : Juste pour répondre, moi je suis franciliens.net. La même chose on fait partie de la FFDN. Si tu nous payes par chèque, on a un VPN à huit euros par mois. Si tu nous payes un chèque de 80 euros, je ne pense pas que ta banque sache que derrière il y a un VPN, quoi. Ça sera libellé à franciliens.net, point barre, quoi. Tu ne sais pas que ce que tu fais si c'est une adhésion, un fonds de soutien, quoi que ce soit. Voire, si tu veux payer en cash, nous, on peut faire d’intermédiaire. Je pense qu'il n'y a pas de problème.

Sébastien : Oui. Dernière question, parce qu'il y a une conf derrière.

Public : YunoHost est passé en version 2.2, il n'y a pas si longtemps que ça. Quand il y a des soucis de SSOwat ou des applis qui dégagent des users, on gère comment ? Et un petit mot sur YunoHost, peut-être ? Je n'ai pas d'actions chez eux.

Sébastien : Il y a Kload, qui est des développeurs de YunoHost, qui sera plus à même que moi de répondre. Effectivement, actuellement le projet est en alpha bêta et voilà. Il mérite d’être amélioré. Mais sinon, on peut en parler après. Je ne voudrais pas mentir en disant que tout est parfait. Dans les faits, c'est vraiment mon accès à Internet, quasiment quotidien depuis six mois. Donc ça fonctionne, ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas des choses à améliorer. En fait le problème c'est qu'à chaque fois qu'on repère un bug, s'il n'est pas remonté, s'il n'est pas analysé, s'il n'y a pas de participation malheureusement de la victime, on n'améliore pas le produit. Je vous remercie beaucoup.

Applaudissements

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La Brique Internet, conférence de Sébastien Petit  Voir?


Sébastien Petit

Titre : La Brique Internet
Intervenant : Sébastien Petit
Lieu : Pas Sage En Seine 2015 - Paris
Date : Juin 2015
Durée : 52 min
Licence : Verbatim
Pour visionner la vidéo

Résumé

Vous rêvez d'un accès à Internet neutre, nomade et pas cher au travers d'un VPN fourni par un FAI de la Fédération FDN ? Vous rêvez d'avoir la maîtrise sur vos services et vos données ? #VPN #TOR #auto-hébergement #piratebox et plein d'autre choses…

La Brique Internet permet deux principaux usages : nettoyer son accès à Internet, s'auto-héberger.

Transcription

La Brique Internet, s'il y en a qui connaissent la private joke.

Applaudissements

Je ne vais pas la passer dans le public, parce que ça craint un peu si on casse Internet, ça craint. Mais par contre je peux vous montrer un truc que vous n'avez pas vu dans IT Crowd, c’est que dans la Brique, enfin dans Internet, il y a la Brique.

Je suis Petit, aka Sébastien, je vous présente La Brique internet. Qui na jamais entendu parler de La Brique Internet ici ? Ah les menteurs ! L'année dernière à Pas Sage En Seine avec LDN, on donnait une conférence qui s'appelait Sexe, alcool et vie privée : libérer Internet. L'idée c'était de dire qu'on avait tous quelque chose à cacher, et à titre individuel, et à titre collectif et qu'il fallait reprendre en main ses données, ses services et le Net. La conclusion était assez classique : c’était chiffrement, communications point à point, auto-hébergement, logiciels libres. Bon c’était très théorique. Cette année on essaye d'apporter un petit bout de solution. C'est une solution parmi d'autres, et donc, c'est un peu la suite de Sexe, alcool et vie privée, et c'est un projet de la fédé FDN. Pour les rares qui ne connaissent pas la fédé FDN1, c'est la fédération qui regroupe tous les fournisseurs d'accès associatifs et participatifs de France.

On est partis, La Brique Internet. Alors nous, à la fédé, ce qu'on kiffe, c'est l'internet libre, neutre et décentralisé. Donc du coup on va se poser les questions de savoir si aujourd'hui on a un internet libre, neutre et si on a un internet décentralisé. Est-ce que, aujourd'hui, on a un accès à un internet libre et neutre ? Comment ça se passe pour M. et Mme Tout-le-monde, puisque l'objectif de la Brique c'est vraiment de répondre à des besoins le plus grand public possible. Est-ce qu'on a un accès internet libre et neutre ? C'est ce qu'on va essayer de comprendre.

Le grand public, quand il a besoin de connecter son ordinateur, sa tablette, son téléphone, ce qu'on veut à internet, en général il passe par un opérateur, un intermédiaire qu'on appelle un fournisseur d'accès à internet. En général, ce fournisseur d'accès à internet, il fournit une box, une « machin box », qui a la bonne idée de fournir du Wi-Fi, et on connecte ses périphériques en Wi-Fi, très souvent, à sa box et ça nous permet d’être connecté à internet. Ça marche bien, mais la question c'est de savoir s'il n'y a pas des problèmes sur cet intermédiaire qu'est le fournisseur d'accès à internet. À la fédé, on pense qu'il y a des problèmes.

Je vais en donner quelques-uns, qui sont connus, il n'y a pas de scoop. Typiquement du bridage de contenus. L'exemple récemment, même si ça s'est un peu calmé, c'est Free qui faisait en sorte que YouTube fonctionne un peu moins bien sur son réseau.

Des problématiques de blocage de ports : quand vous prenez un abonnement chez Orange, vous n'avez pas accès à internet ; vous avez accès à une partie d'internet, uniquement. Et donc Orange dit : « Eh bien non, il y a des applications que vous n'aurez pas le droit d'utiliser en prenant un abonnement chez nous ».

Il y a des problématiques de l'adressage dynamique et pas d'IPv6. Les adresses IP, ce sont les adresses numériques qui permettent de joindre un équipement sur le réseau, et donc, typiquement Orange, mais ce ne sont pas les seuls, s'amuse à changer les adresses que vous avez sur le réseau tous les trois, quatre matins, voire ne vous fournissent pas d'IPv6, qui est, quand même, l'internet d’aujourd’hui.

Actuellement on a des problèmes de censure. Pour le grand public on utilise les serveurs DNS, donc ce sont les équipements qui répondent, enfin qui permettent, dans le cas du surf, d’associer un nom de domaine à une adresse IP. On peut avoir des réponses qui sont mensongères. Typiquement, chez les grands opérateurs aujourd’hui, il y a des sites web sur lesquels vous n'avez plus le droit d'accéder, soit pour des raisons politiques, soit pour des raisons sécuritaires, soit pour des raisons idéologiques.

Les boîtes noires, je n'en parle pas, c'est un sujet qui est à la mode ces dernières semaines. En tout cas, il y a, potentiellement, la mise en place d'une surveillance à moyen terme chez nos opérateurs.

Et puis les opérateurs peuvent utiliser nos données personnelles. Enfin, quand je dis peuvent, c'est un mensonge, parce qu'en fait ils le promettent. Si on regarde les conditions d'utilisation d'un opérateur comme Free, il est clairement indiqué que les données personnelles de l'abonné recueillies, on autorise Free à les conserver, à les utiliser et à les communiquer à des sociétés tierces. Donc ils s’engagent, expressément, c'est une promesse, à exploiter nos données personnelles.

Alors l'idée de la Brique c'est quoi ?

La Brique, c'est un équipement qui, au choix, si vous êtes joueur fait la taille d'un jeu de cartes, si vous êtes un toxico, fait la taille d'un paquet de cigarettes, en tout cas c'est petit, que vous avez chez vous, et que vous allez connecter physiquement, avec un câble, à votre box. Et si la Brique est correctement configurée, elle va automatiquement monter ce que nous, on appelle, chez les techniciens, un tunnel VPN. Un VPN2 c'est quoi ? C'est un service auquel on souscrit sur internet, c'est un service. Donc on souscrit un service auprès d'un VPN, qui permet de monter un tunnel chiffré. Et en fait, l'idée ça va être de déporter la confiance qu'on avait dans son fournisseur d'accès à son VPN. C'est-à-dire que l'ensemble des activités réseau qu'on va faire, que la Brique va faire, elle va le faire en utilisant comme intermédiaire, certes, votre FAI, mais tout va être fait depuis votre VPN. Et le FAI, à ce moment-là, ce n'est plus un fournisseur d'accès à Internet, en fait, ça devient un fournisseur d'accès à votre VPN, et c'est votre VPN qui va faire le job.
Dans notre idée, puisque c'est un projet FDN, c'est de s'appuyer sur un VPN de la fédé. Ce n'est pas une obligation, vous pouvez tout à fait souscrire à un VPN tiers, mais en tous les cas la promotion de la solution qu'on propose c'est au travers des fournisseurs de la fédé, et donc, du coup, vous allez déporter la confiance toute relative que vous avez chez Orange, Free & Co, au travers de fournisseurs d'accès de la fédé. Les plus connus étant FDN, tetaneutral, etc. Et la Brique a la bonne idée de vous fournir une antenne Wi-Fi. Donc de la même manière que vous vous connectiez anciennement à votre « machin box » de votre FAI, là, vous allez vous connecter à votre Brique et pouvoir accéder à internet.

Tout à l'heure j'avais listé toute une série de problèmes. La question qui va se poser c'est : « Est-ce que ces problèmes persistent ou pas ? » En fait c'est assez subtil. Au sein de la fédé, on ne bridera pas, ça fait partie de notre charte, on ne bridera pas en fonction de ce que vous souhaitez consulter. Donc ça c'est un problème qui n'existe pas.

Les VPN de la fédé ne vous bloqueront pas de ports : nous, on offre un accès complet à internet.

Nous, à la fédé, on aime bien l'internet d'aujourd'hui, donc on aime l'IPv6 et on fera en sorte, systématiquement, que vous ayez des adresses IP fixes. Ce qui permet que votre équipement soit toujours joignable, de façon pratique, sans avoir fait de la gymnastique technique.

Plus gênant, les DNS menteurs et les boîtes noires. Alors pourquoi les opérateurs font ça ? C’est parce que la loi leur impose. Aujourd'hui, à ma connaissance, j'ai le droit de me tromper, mais à ma connaissance, on n'a jamais demandé à un fournisseur de la fédé de mentir sur un résultat du DNS. Il existe des DNS ouverts, typiquement j'en connais deux, mais il doit y en avoir d'autres de la fédé, il y a ceux de FDN, il y a ceux de LDN. On ne ment pas pour la simple et bonne raison c'est qu'on ne nous l'a pas demandé.

Il y a le sujet des boîtes noires, sujet à la mode. Aujourd'hui, la loi vient tout juste d’être votée, on attend les décrets d’application, en tout cas ceux qui vont être publiques, parce qu'il y en a une partie qui ne seront pas publiques. Honnêtement, je pense qu'il est peu probable qu'on nous le demande, mais, en tous les cas, ce n'est pas vraiment un problème, pour deux raisons. La première c'est que, comme on est des FAI participatifs, vous pouvez participer au fonctionnement du FAI et s'il devait y avoir, effectivement, des autorités qui nous imposent un fonctionnement qui ne corresponde pas à nos valeurs, d'une manière ou d'une autre, on le fera savoir, et vous pourrez le savoir, et rien ne vous empêche d'aller voir ailleurs. Donc ce n'est pas vraiment un problème, en tout cas aujourd'hui, ça n'est pas un problème.

L'utilisation des données personnelles, c'est un truc qu'on ne fera pas. Nous, notre modèle business, ce n'est pas de revendre vos données. On a bien compris que la vie privée de chacun était importante, et à titre individuel et à titre collectif, donc c'est quelque chose qu'on ne fera pas.

Pour les problèmes soulevés, on peut considérer qu'on a réussi à avoir un internet beaucoup plus propre.

La deuxième partie du slogan c’était décentralisé. L'idée est la suivante : comment on communique ? Comment la majeure partie d'entre nous communique sur internet ? En utilisant des services extrêmement centralisés. Même les petits rigolos qui ont un serveur mail personnel, quand ils font des stats sur « à qui j’envoie des mails, de qui je reçois des mails », ont des pourcentages de mails qui transitent par Google juste gigantissimes. Donc on communique tous avec des services centralisés, Google, Facebook, Twitter & Co. Est-ce que c'est vraiment un problème ? Je pense que tout le monde est convaincu ici, mais c'est toujours bien de relire les conditions générales d'utilisation. Alors quand on regarde celles de Google, là elles sont contemporaines. Il est clairement indiqué qu'on accorde à Google et à toute personne travaillant avec Google, je ne sais pas qui sont ces gens-là, et ils ne communiquent pas dessus, une licence de reproduction, de modification, d'affichage ou de distribution publique des dits contenus. En gros, ils font ce qu'ils veulent avec ce qu'on publie sur Google. Si on regarde chez Facebook, c'est à peu près la même chose : on accorde une licence transférable, sous-licenciable, ça ce sont les copains de Facebook que je ne connais pas, pour l'utilisation des contenus de propriété intellectuelle que vous publiez sur Facebook. Donc OK, on leur donne le droit d'exploiter les contenus qui transitent sur leurs services comme on veut.

C'est toujours intéressant de se poser la question pendant combien de temps. Chez Google, ça a le mérite d’être très franc : cette autorisation demeure pour toute la durée légale de protection de votre contenu, même si on cesse d'utiliser les services de Google. En gros, même si vous fermez votre compte Google et que vous arrivez à vous passer de Google, ce qui est extrêmement difficile, de toutes façons, c'est mort.

Chez Facebook, c'est à peu près la même chose. C'est un peu plus subtil. En gros, ils nous expliquent que cette licence se termine une fois qu'on supprime les contenus, sauf si votre compte est partagé avec d'autres personnes. Bon ! Facebook c'est un réseau social, donc le but du jeu c'est de partager. C'est un peu con, mais du coup ça va être difficile de demander à tous ses amis et toutes ces personnes qui ont cliqué sur « j'aime » ou sur retweete de dire : « Ah oui, mais il faut l'enlever parce sinon ça ne va pas être supprimé ». De toutes façons Facebook nous indique qu'il faut bien comprendre que les contenus supprimés peuvent persister dans les copies de sauvegarde pendant un certain temps. Certain temps n'étant pas défini, ça ne veut strictement rien dire, je ne sais pas si c'est quelques millisecondes ou quelques années. Donc on considère qu'il y a un problème.

Avec La Brique Internet, ça se passe comment ? Est-ce qu'on va être capable de répondre à ce challenge ? Sur la Brique, derrière c'est une Debian, on installe une application qui s’appelle YunoHost3, qui a pour objectif de faciliter l'hébergement de ses données et de ses services. En gros, on a une interface web, qui permet de se connecter à sa Brique, et qui va permettre d’administrer sa Brique, c'est-à-dire installer des applications, mettre sa Brique à jour, contrôler les accès, etc. Dans les faits, installer un ownCloud4 sur une Brique, il n'y a pas eu d'huissier pour le valider, mais c'est cinq clics. Vous vous identifiez, au travers d'une interface web, à votre Brique, vous cliquez sur OK, une fois ; vous allez cliquer sur applications, deux fois ; vous allez cliquer sur installer pour avoir la liste des applications que vous pouvez installer, vous allez cliquer sur ownCloud et vous allez cliquer sur installer. Et en cinq clics, vous avez un cloud personnel sur votre Brique. Ça marche. C'est un cloud que j'utilise quotidiennement, ou quasi quotidiennement, avec ma chère et tendre.

Il y a plein d'applications. J'ai parlé du cloud, on peut installer un WordPress, on peut installer un wiki, on peut installer une instance Searx. Il y a tout un écosystème. En fait l’idée c'est qu'on s'appuie sur l'écosystème YunoHost pour pouvoir fournir des services à nos utilisateurs. On croit qu'on a réussi à répondre à la solution de la décentralisation du Net.

Alors combien ça coûte ce truc ?

Il n'y a rien à souder. Contrairement à une légende urbaine qui a circulé, on ne soude rien ! Quand on achète une Brique, on récupère une petite carte mère de cette taille-là. Parce que le plus technique, c'est vraiment le plus compliqué, c'est de réussir à trouver les bons trous pour la mettre. Non, sérieux, c'est super compliqué ! Alors, je ne vais pas mettre les caches latéraux parce que ce n'est pas si évident que ça. On a un boîtier qu'on ferme. Il y a quatre vis à fixer. C'est vraiment le challenge technique, les quatre vis. Si vous n'y arrivez pas, n'essayez pas. Il nous faut alimenter la Brique, avec un adaptateur secteur. Il nous faut une antenne Wi-Fi, que je vais brancher. Et il nous faut une micro SD, c'est grand comme ça, sur laquelle, si la Brique a été configurée correctement, vous avez votre système d'exploitation. Donc il y a une fente prévue à cet effet. Il faut que je la retrouve, parce que sans les caches latéraux… Il y en a déjà une. Voilà. Et ensuite il suffit de la brancher. Alors là je l'ai branchée au 220, mais ça fonctionne avec une connectique USB, et là vous avez une Brique. Il y a un truc qui manque, que je n'ai pas mis, qui est super important, ce sont les stickers, parce qu'un ordinateur sans stickers, ce n'est pas un ordinateur ! Et puis, pour que ça fonctionne, vous prenez un câble réseau et vous la branchez à votre box. En l’occurrence ce n'est pas une vraie box, mais on fait style, c'est un routeur, mais c'est la même chose.

Et si tout est configuré, ça fonctionne. C'est-à-dire que vous avez un nouvel SSID, un nouveau Wi-Fi disponible, sur lequel vous pouvez vous connecter et tout votre trafic circulera au travers du VPN qui a été pré-configuré sur votre Brique.

C'est censé valoir environ 80 euros si vous les achetez tout seul. Ça vaut moins de 70 euros, parce qu'on est en train d'avoir des prix auprès du fabriquant de la carte mère. La carte mère c'est Olimex. C'est un choix lié au fait que le matériel est un peu plus ouvert que la Raspberry, en plus qu'à des intérêts liés à des instructions de chiffrement que ne possède pas la Raspberry. Et pour souscrire un accès VPN, ça vaut, en général, moins de 10 euros par mois. Donc pour moins de 10 euros par mois, vous pouvez avoir un accès propre et avoir un joujou qui vous permet de reprendre la main sur vos services et sur vos données.

Je ne vais pas me taire, et je ne vais pas prendre votre argent. Je ne vais pas taire parce que la conf n'est pas finie, je ne vais pas prendre votre argent parce que je ne vends pas de Brique, je n'ai pas d’intérêt à vendre la Brique. La question c'est où vous allez trouver ce boîtier ? L'idée, pour nous, c'est vraiment de s'appuyer sur la fédé. Il y a des FAI partout en France, qui font des choses bien, il y a des commandes en cours, il y a des commandes qui sont déjà faites. Solliciter les FAI locaux, participatifs et associatifs de France, pour vous procurer une Brique. Leur demander de vous aider à la configurer, c'est vraiment ce qu'on défend, parce que, de toutes façons, personne parmi les FAI locaux n'a ni l'ambition, ni la légitimité, ni les personnes motivées, pour fournir sur toute la France. Donc, de toutes façons, on s’appuiera sur l'écosystème de FDN et, faisant partie de FDN, nous on refuse des gens en dehors de Lorraine, donc, embêtez vos FAI locaux.

S'ils ne le font pas, encore, vous pouvez la construire vous-même. Tout est libre sur le site internet de la Brique, labriqueinter.net5, vous avez toutes les références pour acheter le matériel, tous les liens pour récupérer les logiciels, c'est-à-dire une image de la Brique à copier sur la carte, et ensuite vous n’avez plus qu'à configurer votre VPN. Donc c'est quelque chose que tout le monde peut quasiment faire, ou, en tout cas, on sera ravis de vous aider si vous faites le choix de monter votre Brique tout seul.

Donc, si on fait un petit bilan, la Brique Internet ça permet de facilement nettoyer son accès à internet. On a vu qu'il y avait des problèmes. On a vu que c’était potentiellement une solution. D'héberger ses services et ses données. Je ne vous refais pas le coup de Tristan Nitot ; je ne vous fais pas le coup de Laurent Chemla, enfin toutes les confs, enfin il y a pas mal de confs de Pas Sage En Seine qui ont tourné autour de ces problématiques de vie privée. C'est un bout de solution.

Ça permet une autre chose la Brique, parce que c'est super fun''. La Brique, il suffit de se déplacer avec. Moi, je vais partir dans quelques semaines chez mes beaux-parents, eh bien je vais débrancher la Brique de chez moi et je vais la rebrancher sur la box de mes beaux-parents. Résultat des courses, je conserve mes services et mes données avec moi, et je conserve mon accès internet avec moi. Je vais me connecter au même VPN. Je vais avoir accès aux mêmes services internet. Ça permet de nettoyer globalement n'importe quel accès internet à partir du moment où vous avez une prise RJ45 ou USB. Typiquement vous pouvez nettoyer l'accès à internet de votre téléphone portable, ce qu'on appelle en mode ''tethering. Vous connectez votre portable sur un port USB. Au préalable, vous aurez demandé à votre portable de partager la connexion internet. Et vous pouvez monter le VPN et nettoyer un accès 3 ou 4G. Ça permet d'avoir des adresses IPv4 et IPv6 fixes. Ça permet aussi de conserver des services qui sont cool, en tout cas, pour certains qui utilisent des « machins box ». Typiquement la Brique ne vous empêche pas de continuer à regarder la télé avec votre fournisseur d'accès traditionnel, ou de continuer à utiliser le téléphone illimité.

Un des problèmes chez les fournisseurs d'accès associatifs et participatifs, ce sont les services qu'on ne rend pas. Là comme on s'appuie toujours sur une connectivité réseau liée à un fournisseur d'accès commercial, vous pouvez continuer à utiliser des services comme le téléphone ou la télévision.

On a vu l’application VPN. Mais comme c'est un truc qui est bidouillable, qui est hackable'', on peut en faire ce qu'on en veut, il y a des gens, enfin il y a des développeurs autour du projet de la Brique qui se sont dit : « Ah tiens, on va faire une autre application, un truc ''fun'' », donc ça c'est le VPN, « on va faire un autre truc ''fun, on va faire une « partage box ». A priori il ne faut pas dire PirateBox, parce que ça fait peur à certaines personnes. Moi j'aime bien le mot PirateBox. Une PirateBox c'est quoi ? Une PirateBox c'est un équipement qui va diffuser un Wi-Fi sur lequel vous allez pouvoir vous connecter. D'ailleurs juste, la Brique que j'ai montée là, actuellement elle a SSID qui s'appelle « La Brique Internet est généreuse », vous pouvez vous connecter dessus, il y a des documents, et en particulier il y a la conf, si tout marche bien.

Donc il y a une application qui a été développée pour faire une PirateBox. Cette PirateBox s'est promenée au Forum Social Mondial à Tunis, par des adhérents de LDN, avec un panneau solaire et avec une pancarte en disant : « Connectez-vous à moi il y a des fichiers à récupérer », et plein de conférences de libristes bien cools. Donc ça marche. Il y a une application tiers de la Brique.

Il a d'autres personnes qui se sont dit : « Ah tiens, ça pourrait être marrant, on pourrait faire une application pour la Brique pour passer en Tor ». Ça n'offre pas le même niveau de sécurité qu'un Tor Browser, on pourra en parler après, mais en tous les cas, on peut se connecter au travers de Tor, et on peut fournir un accès Tor avec la Brique. Le problème c'est que chez FDN, on aime bien avoir le beurre et l’argent du beurre. Et on s'est dit : « Ah ouais, mais est-ce qu'avec l'antenne Wi-Fi, on ne pourrait pas diffuser trois SSID : un SSID pour avoir mon VPN, un SSID pour avoir du Tor, un SSID pour avoir de la pirate box ? » Et ça c'est l'avenir, enfin l'avenir c'est aujourd'hui, c'est chez moi : actuellement j'ai vraiment trois SSID qui tournent. Alors j'utilise comme accès à internet, tous les jours depuis six mois, le VPN de LDN. J'ai trouvé ça marrant de partager des confs de LDN, de la fédé, enfin divers trucs marrants avec une PirateBox. Et puis ça m'amusait de dire : « Tiens, moi j'aime vraiment bien l'internet, j’ai envie de le partager, ça ne me coûte pas grand-chose de partager internet. Sauf que si par hasard, je partage mon internet, et il y a quelqu'un qui télécharge Rihanna ou Johnny Hallyday, je peux avoir des emmerdes avec l'HADOPI. En gros c'est quasiment le plus gros risque que vous risquez. On peut vous poursuivre pour non sécurisation de votre Wi-Fi parce qu'il y a des œuvres couvertes par la propriété intellectuelle qui ont été téléchargées. Et donc du coup, moi ce que je laisse ouvert, sans mot de passe, c'est un accès Tor. Du coup, j'utilise Tor non pas pour me protéger moi, enfin non pas pour protéger les gens qui utilisent internet, mais juste je m’appuie sur le réseau d'anonymisation de Tor pour dire « s'il y a une utilisation qui ne plaît pas à l'HADOPI ou à d'autres, en théorie Tor est censé me protéger, et on ne peut pas remonter jusqu'à moi ». Donc je peux fournir un accès à internet gratuit, autour de moi, grâce à Tor.

La Brique Internet c'est quoi ? Eh bien du coup, pour finir, ça permet de s'émanciper du pouvoir de son FAI. En fait, on déplace la confiance au sein d'une structure qui est participative, sur laquelle on peut mettre les mains dans le cambouis, on peut regarder ce qui s'y passe, si vous en avez envie, si vous en avez l’appétence, si vous en avez le temps. Ça permet de reprendre le contrôle sur ses services et ses données, qui est un sujet récurrent à « Pas sage En Seine », et pas uniquement, et ça permet d'utiliser un internet propre sereinement.

C'est vrai, quand j'ai prêté ma Brique, quand elle est partie à Tunis, j'avais l'impression d’être à poil sur internet. Alors, c'est très psychologique, j'ai accédé aux mêmes contenus. Enfin j'ai accédé un peu moins bien à T4116 [un tracker Torrent, NdT.], enfin je n’accédais pas à T411.me/7. Mais à part ça, je n'ai pas eu de changements, mais juste j'avais l’impression d’être à poil, parce que j'avais un opérateur de réseau en qui je n’avais pas confiance.

Et si vous avez de l'appétence technique et que vous avez envie de jouer avec nous, vous pouvez jouer avec du logiciel libre. Si ça vous amuse, venez jouer avec nous, le site officiel de la Brique c'est labriqueinter.net, il y a des listes de discussions, il y a de l'IRC. Vous allez pouvoir retrouver les images. Scoop d'aujourd'hui, enfin d'hier soir, on est passé en Jessie.

Public : Inaudible.

Sébastien : Oui, avec système des bad troll, merci. On est passé en Jessie. Il y a des scripts, si vous voulez refaire la Brique. La Brique, le pré-requis c'est d'avoir du matériel qui supporte Debian. Si ça supporte Debian, ça va supporter YunoHost, et ça va supporter les applications qu'on a développées pour la Brique. Et je vous encourage à regarder db.ffdn.org, qui recense l'ensemble des fournisseurs d'accès à internet de France, pour retrouver le plus proche de là où vous habitez, pour pouvoir voir avec eux si ce n'est pas possible de faire des achats groupés, des install-parties. Il y a plein de choses qui se passent autour de la Brique et autour des FAI de la fédé : des commandes groupées, des tutoriaux qui sont écrits, des remontées de bugs, de la traduction. Enfin voilà. Le projet se lance, au plaisir de vous y voir, liste de discussions, tout ça. Je vous remercie beaucoup. Si vous avez des questions, je suis là pour ça.

Applaudissements

Public : Des questions de pure curiosité technique pour commencer. Du point de vue matériel, ce n'est qu'une carte existante déjà, ou il y a eu du développement matériel ou c'est purement logiciel ?

Sébastien : La partie matérielle, c'est Olimex, c'est un fabricant électronique. A priori c'est un bidouilleur motivé, qui ne connaissait pas la Brique, qui la découvre depuis quelques semaines, mais qui vendait, au même titre que Raspberry Pi, du matériel, enfin un ordinateur bidouillable. Le fait que ça soit un peu plus ouvert que Raspberry nous a motivés. Mais non, ce n'est pas du matériel dédié. Actuellement ça c'est l'Olimex 1. A priori il y a un Olimex 2, il y a des personnes qui commencent à faire des tests avec, mais globalement ça marche également avec une Raspberry. Il y a des gens qui l'ont fait tourner avec une Raspberry, parce qu'à partir du moment où vous installez une Debian, dessus tu installes YunoHost, les applications qui vont bien pour fournir du Tor, du VPN, enfin que sais-je, et ça fonctionne. Le matériel n'est pas fermé. Ça c'est vraiment la solution clefs en main. Nous, notre problème c'est qu'il y a énormément de solutions avec des cahiers des charges qui sont absolument géniaux en disant : « Eh bien voilà, nous c'est notre objectif », avec pas grand-chose qui arrive. Ça, ça vaut ce que ça vaut, mais ça marche. C'est mon accès à internet depuis six mois, juste ça marche. Donc c'est plus qu'un proof of concept. On est plusieurs adhérents à la faire fonctionner tous les jours, même sur de l'événementiel. À la dernière AG de LDN, il y a un adhérent qui est arrivé en disant : « Hop, ma Brique, je la branche sur la box du lieu sur lequel on est gérés. Ils nous donnent le mot de passe et tout le monde peut accéder à un internet propre ». Le choix du matériel c’était parce que ça correspondait un peu plus à notre valeur. Ça peut évoluer dans le temps, mais on peut imaginer des Briques qui n'ont strictement strictement rien à voir d'un point de vue hardware.

Public : Et le VPN, il utilise quoi ? C'est de l'IPSec ?

Sébastien : C'est de l'open VPN. IPSec8 ? Non. C’est de l'open VPN. Je crois qu'on fait la même chose chez LDN, on a fait le choix de l'ouvrir sur tous les ports possibles et imaginables. Donc en gros, si vous avez du 443 ouvert, le 443 c'est pour faire de l'HTTPS. En général c'est à peu près ouvert partout, de toutes façons, ça fonctionne même sur le port 80. Vous pouvez faire du Net, enfin du Web, pardon, si vous pouvez faire du Web, vous allez pouvoir monter votre tunnel VPN, et donc, en théorie, même en milieu hostile d'un point de vue connectivité, vous devriez pouvoir. Enfin moi je l’utilise en 443, je n'ai aucun souci, alors sur un accès très ouvert. Je n'ai jamais essayé dans un hôtel, mais je ne vois pas la limitation technique. Après ce sont les choix de chacun.

Public : La limitation technique, c'est qu'il y a des gens qui font du DPI sur le port 443. S'ils ne voient pas passer du TLS, qui est bien reconnaissable avec sa négociation au début, en clair, à ce moment-là, ils coupent. C'est aussi pour ça que je demandais quelle était la technologie utilisée.

Sébastien : Sur le port 80, ça me semble un peu plus compliqué de faire ce genre de gymnastique.

Public : Eh bien si, sur le port 80 c'est même plus facile, puisque normalement on voit passer de l'HTTP, en clair.

Sébastien : OK.

Public : Effectivement ça peut être un vrai problème.

Sébastien : Sur des milieux très hostiles. Là, c'est un problème VPN, malheureusement ce n'est pas lié à la Brique. OK.

Public : En général IPSec passe mieux, parce que IPSec c'est le truc des « costards-cravates », en vadrouille dans les hôtels, donc il faut qu'ils puissent se connecter au VPN de leur boîte, et donc, en général, ça fonctionne, avec eux.

Sébastien : Mais je serais curieux d'aller dans un hôtel restrictif en termes d'accès à internet et tester ma Brique, avec énormément de plaisir. En tout cas, ça marche très bien, par exemple, avec un téléphone.

Lunar : Moi d’abord ? Un point par rapport au truc de Tor. J'ai discuté pour l'AG, mais je le redis. Nous, au sein du projet Tor, on considère que ce n'est pas du tout une bonne approche que de faire ce genre de point d'accès ouvert, où tout passe par Tor, parce que la meilleure façon d'utiliser Tor c'est du chiffrement point à point entre l’ordinateur qui veut se connecter au réseau Tor et le réseau Tor. Et en fait, avec ce type de setup'', je n'ai plus, avec mon ordinateur, la possibilité de savoir ce qui se passe. Et par exemple, si jamais je lance le Tor Brower sur mon ordinateur, il se passe un truc qui n'est pas du tout bien, c'est Tor dans Tor, qui perd des paquets, qui est très lent, et qui a des problèmes de sécurité. Donc nous, ce qu'on suggère comme ''setup'' pour ce genre de box qui ferait un point d'accès Wi-Fi « connectez-vous à Tor », c'est de filtrer toutes les connexions qui ne vont pas vers le réseau Tor, vers un des relais qui va vers le réseau Tor, et avec, éventuellement, un portail captif pour les autres adresses, qui dirait aux gens : « Tiens, télécharge le Tor Brower ». L’intérêt d'un ''setup comme ça, c'est que les gens restent en contrôle de leur usage du réseau, et ils n'ont pas de mauvaises surprises. Il y a un certain de nombres de sites qui modifient leur comportement quand on vient du réseau Tor. Typiquement Google va demander des confirmations bizarres, ou Facebook pareil. Ça peut déstabiliser les gens, ou il y a des CAPTCHA. Du coup, moi j'adorerais…

Sébastien : Tu remarqueras que j'ai dit que ce n'était pas aussi sécurisé que le Tor Browser.

Lunar : Oui, oui.

Sébastien : Et qu'à titre personnel, j'en détournais l'usage, c'est que je ne l'utilise pas pour me protéger, moi, d'un point de vue utilisation personnelle, je l'utilise simplement pour protéger mon anonymat sur l'accès ouvert. Donc c'est un usage détourné de Tor, avec une valeur ajoutée supplémentaire qui est de générer du trafic, et donc de participer à noyer le poisson. Maintenant, pour rejoindre Lunar, très clairement si vous avez besoin d'un anonymat sérieux, ça n'est pas la bonne solution. Il ne faut pas le faire.

Lunar : Vraiment ce qui me fait plus peur c'est les gens font ça puisque c'est un accès ouvert, c'est super, et ensuite sont confrontés à des CAPTCHA, sont confrontés à Google qui râle, et sont perdus.

Sébastien : Sauf que moi je fournis un accès gratuit, je ne veux pas trop d'emmerdes. Je ne dis pas « c'est sécurisé, c'est Tor allez-y ! » Je dis juste « c'est ouvert », ça fonctionne, ça ne fonctionne pas, c'est moins mon problème. Mais c'est toujours bien de le rappeler, c'est important qu'il n'y ait pas d’ambiguïté sur les enjeux d'un point de vue sécurité.

Public : Juste, pour rebondir sur ce qui disait Lunar, il y a des solutions qui sont en cours de développement aujourd'hui sur des box store qui feraient ça proprement, mais c'est vrai que ce n'est pas encore près d’être sorti parce que c'est très compliqué à faire. Sinon, sur la Brique Internet, c'est quoi les problèmes, enfin, les performances qu'on peut attendre ? Parce que c'est de la carte SD, il y a un VPN. C'est quoi la perte de débit en passant par un VPN, surtout quand on a un DSL déjà tout pourri ? Et les performances, si on veut héberger un blog, ou du serveur de mails avec les problèmes de carte SD ?

Sébastien : Alors je ne sais pas. On est en train de faire des mesures. Il y a, sur la mailing liste de la Brique, des discussions avec la liste labriqueinter.net. On a les premiers utilisateurs qui commencent à faire des mesures de perfs over VPN. Manifestement le goulot d'étranglement il est côté de nous, en tant que VPN, et on atteindrait un peu plus d'une dizaine de mégas. Ce n'est pas exceptionnel. C'est moins bon qu'une fibre. Très clairement, on perd un peu en confort. En tout cas, pour te répondre, plus loin, actuellement, je pense, enfin…

Public : Donc du coup, il y a Aquilenet, pardon Grenode, qui ont fait des tests aussi. Ce sont des adhérents. Et donc sur une fibre, donc une fibre en un giga, c'est la petite Brique, enfin la version une, c'est du 100 mégas, donc 1 pour 100 mégas, donc c'est le processeur, en fait, qui va limiter et on va être, on va atteindre 20 mégas, donc en passant par le VPN. Après, pour l'utilisation classique, enfin du mail, du Web ou de l'auto-hébergement, il n'y a aucun souci, et même pour accéder à internet, il n'y a aucun souci.

Sébastien : La qualité, enfin la classe de la carte SD joue beaucoup dans les benchmarks.

Public : Une petite question, en fait, par rapport à la sauvegarde.

Sébastien : Ah ! Qui me parle encore ?

Public : C'est moi.

Sébastien : Non, il n'y a pas de sauvegarde. C'est un vrai problème. C'est un problème fondamental. C'est que c'est très difficile. Aujourd'hui, il n'y a pas de solution de sauvegarde, et effectivement, de proposer une solution qui dit aux utilisateurs grand public « voilà vos données, vos services sont là, et qu'il n'y a pas de sauvegarde », ça pose un vrai problème.

Public : Des pistes ?

Sébastien : Oui, alors, il y a des pistes. Pour les gens qui ont un minimum d'appétence technique, c'est très facile de faire un R5 sur un disque chiffré, enfin c'est mon cas. Pour M. et Mme Tout-le-monde, ce n'est pas possible. Les gens de YunoHost travaillent dessus. Donc voilà. C'est encore largement améliorable, on est bien d'accord. C'est pourquoi on aimerait rameuter des personnes et des acteurs compétents pour déboguer et avancer.

Public : Si je peux rajouter juste, donc, deux points. Les gens de YunoHost, en fait, avaient implémenté une grille Tahoe-LAFS9, pour faire de la sauvegarde. C’était super compliqué, en fait, à mettre en œuvre, et même, en fait, à maintenir par la grille, à mettre la grille, du coup, à maintenir la grille. Actuellement, avec YunoHost, LDN, enfin Neutrinet, tout le monde, on est en train de développer donc du backup friend to friend. C'est un ami, du coup, qui va dire donc sur le petit port Sata, en fait, qu'il y a sur la Brique, je vais mettre, je ne sais pas, 20 gigas, ou autre, du coup un ami dit : « Je mets 20 gigas » et en fait du coup on fait du point à point, enfin friend to friend. Et du coup on utilise un nouveau logiciel qui s'appelle Attic10, qui fait du chiffrement avant d'envoyer sur le presta. C'est en cours de développement. On est complètent conscients, ça va être en fait, là où on doit nous attendre, et du coup, on développe.

Public : Et aussi je voulais savoir si c’était possible, dans le cas où on n'a pas d'accès ni à une prise Ethernet, ni à une connexion 3G, sûrement avec une deuxième clef Wi-Fi, de récupérer le débit par un Hostpost, par exemple le SFR Wi-Fi public, avec un petit script dessus qui tourne pour auto reconnecter automatiquement, quand il nous dégage sur le portail captif toutes les 20 minutes, et après de reproposer le VPN, Tor ou la pirate box ?

Sébastien : Oui, c'est possible une fois que tu auras fait le développement !

Rires du public

Public : D'accord.

Sébastien : Aujourd'hui non. C'est clairement un problème dont on est conscient. Je n'ai pas vu qui posait la question, ça me dérange. Pardon. C'est clairement un problème. On nous demande comment nettoyer un accès Wi-Fi, ou comment faire du Ethernet to Ethernet. Il y a des besoins qui se développent. Aujourd’hui la motivation de la Brique, c'était de faire quelque chose de simple qui réponde au grand public, mais comme c'est largement améliorable et largement hackable, et que ce sont des demandes qui sont récurrentes, si ce n'est systématiques, il faut qu'il y ait quelqu'un qui s'y colle en disant : « Eh bien oui, est-ce que ce n'est pas possible de nettoyer un autre accès Wi-Fi, ou de faire du RJ45, enfin de l’Ethernet to Ethernet. Il faut que ça soit fait, oui, c'est un besoin.

Public : Une petite question, par ici.

Sébastien : Merci.

Public : J'ai vu que l'interface venait avec plusieurs applications. J'aimerais savoir s'il y a une application incluse, assez facile à utiliser, qui permet de chiffrer les données localement, sans avoir à faire quelque chose de manuel, qui serait un peu compliqué.

Sébastien : Pas à ma connaissance, et c'est un besoin.

Public : OK. Merci.

Sébastien : Pas à ma connaissance. Après il faudrait voir quelles sont les perfs, à quel point ça va tuer les perfs de la Brique qui n'est quand même une bête de course, d'avoir du LUKS FS ou des choses comme ça. Mais c'est une vraie question. Après c'est un serveur qui est normalement censé rester chez vous. Si vous le déplacez, ça peut poser problème. Enfin c'est un besoin. Moi je ressens aussi le besoin. Actuellement, non. Ça mériterait d’être testé. Ce n'est pas très compliqué, il suffit juste de monter une Debian chiffrée, on installe à la main YunoHost, et puis on regarde quels sont les dégâts en termes de performance, mais aujourd’hui, non.

Public : Pour l'avoir fait sur des box de ce genre-là, c'est Benjamin, il y a deux choses. Un, le problème c'est souvent comment on saisit la passphrase, parce que tu n'as pas d'écran, enfin c'est une vraie galère.

Sébastien : Effectivement.

Public : Donc il faut faire du LUKS over SSH, donc c'est un peu compliqué. Et le deuxième truc, c'est il faut juste choisir un algo de chiffrement que le matériel de ta box soit optimisé. C'est faire en hard, sinon, c'est pourri. Sinon, ça marche bien en général. Et là en l’occurrence pour de l'AES, ça marche bien.

Sébastien : D'autres questions ?

Public : J'abuse un peu rapidement tant que j'ai le micro. Ici, là. Salut

Sébastien : Pardon.

Public : Salut. Il y a un ensemble d'applis hostées de base, hébergées du coup sur la carte ?

Sébastien : Non. Il n'y a pas d'applis.

Public : Il y a YunoHost qui permet de mettre, qui met à disposition un certain nombre d'applications. Est-ce qu'elles se mettent à jour automatiquement ? Est-ce qu'il faut une interaction humaine pour les mettre à jour ?

Sébastien : Effectivement, tu as deux types d'applications. Tu as les applications qui sont, entre guillemets, validées par YunoHost, qui sont proposées par défaut, donc tu vas dans liste des applications installées et ils vont te proposer tout plein de choses fun. Tu as plein d'autres applications qui ne sont pas, entre guillemets, validées par YunoHost et qui sont disponibles sur Github, etc. Actuellement c'est un vrai débat de savoir comment on gère l'administration au jour le jour. Les mises à jour ne se font pas automatiques, il y a juste un onglet « état du serveur, mettre à jour ma machine », et ça fait toutes les mises à jour qui vont bien. On est plusieurs à penser, au sein du projet de la Brique, qu'il faut que ça soit fait de façon automatique.

Public : Ouais, parce que si on veut simplifier au plus l'accès pour la majorité de la population, il faut que ça puisse s'update tout seul.

Sébastien : Je fais partie des gens qui considèrent que ça doit être fait de façon automatique.

Public : Bonsoir.

Sébastien : Pardon. On fait juste remarquer pourquoi la réponse n'est pas si simple, même si j'ai été sévère en disant « je veux que ça soit fait de façon automatique ». Il y a une autre approche qui considère à dire « ah non, ça ne doit pas être fait de façon automatique, parce que faire des choses dans le dos des utilisateurs c'est empêcher leur formation et leur éducation technique ». Voilà. Je ne sais pas si ça parle.

Public : Non, mais justement, chez Neutrinet, il me semble qu'à la dernière conf, ils disaient qu'ils travaillaient typiquement sur ces mises à jour.

Sébastien : Faire les mises à jour c'est très simple. C'est un apt-cron et un apt, un aptitude upgrade automatique. C'est très simple à mettre en place. Bon, après il y a des choix philosophiques. Vu que l'objectif c'est d’être le plus user friendly, pour moi, ça doit être fait de façon automatique. Actuellement, ce n'est pas le cas.

Public : Juste un truc rapide. Est-ce qu'il y a des possibilités de mettre un deuxième port RJ45 là-dessus ? Parce que la plupart des gens, en fait, ont déjà un réseau local derrière leur box, et ne se connectent pas que en Wi-Fi.

Sébastien : En fait, je suis carrément nul au niveau matos. Il existe des ports RJ45 sur USB, et de faire une règle IPtable qui va bien pour faire du routage. Ouais.

Public : Ce n'est pas prévu à la base.

Sébastien : Non rebelote, ce n'est pas prévu. C'est vraiment du réseau physique, donc soit par du RJ45, soit par du SB Tethering vers du Wi-Fi. Actuellement c'est juste ça. Juste ça marche ! On aimerait bien avoir mieux. « Viendez » jouer avec nous !

Public : OK. Et sinon on m'a soufflé une question. Comment on se les procure en Île-de-France ?

Sébastien : Francilien ? FDN.

Public : Alors voilà. Pour ceux qui seraient en Île-de-France et intéressés, j'ai des petites brochures à distribuer.

Sébastien : Moi j'ai dit que je ne vendais rien, mais il y en a d'autres qui en profitent.

Public : Venez me voir après la conf et je vous en donnerai.

Sébastien : D'autres questions ? Vous n'avez pas un micro là-bas ?

Public : Bonjour, moi c'est Erdir. Je suis utilisateur déjà de la Brique. Merci, déjà, je voulais remercier un peu les gens qui avaient contribué à ce truc, dont ceux qui nous regardent sur le stream aujourd'hui. Je suis utilisateur, mais ça m'a été compliqué au départ, pourtant je suis un peu technicien, j'organise un peu des cryptos, donc en plus je fais pas mal la promotion de la Brique en même temps. Je n'ai pas de blog, mais ce n'est pas grave. Je voulais savoir, en fait, quel est le terme final de la Brique ? Combien de temps vous pensez que ça va prendre pour avoir une vraie forme à grande échelle, que ça soit déployé à grande échelle ? Et est-ce que vous pensez qu'un utilisateur final qui, aujourd'hui, achète sa « machin box » chez Carrefour, va essayer de se prendre la tête à faire ça ? Malgré, je sais que beaucoup de gens ici sont chez FDN ou sont sensibles à ça.

Sébastien : Ouais. Enfin, ça ce n'est pas gagné. Pour répondre à combien de temps ça va mettre, eh bien je n'en sais rien, ça dépend du nombre de motivés, de participants. Plus on est de fous, plus ça va motiver. Il y a une grosse montée en puissance, et en termes de demandes, et en termes de contributions. Il y a plein de gens, puisqu'à la base c'était des gens d'un FAI, avec Neutrinet en Belgique, et les gens de YunoHost qui ont bossé dans leur coin. Maintenant que le projet est brandé FFDN, on a plein de gens de la fédé qui participent, qui viennent aux devs. Donc on est en montée en puissance, même si on n'a pas l'ambition d'arroser toute la France. Je n'ai pas de délais à fournir, on est, actuellement encore, en bêta, mais voilà, ça monte.

Quant à convaincre les gens, eh bien oui, effectivement, si le prérequis, c'est pour ça que j’introduisais la présentation comme ça, si le prérequis de Sexe, alcool et vie privée, c'est-à-dire que votre vie privée a une importance, et à titre individuel, et à titre collectif, que ça vous dérange d’être surveillé et que vous aimeriez bien reprendre la main sur vos données, etc., si vous n'avez pas acquis ça, je ne vois pas le kif de prendre la Brique. Il y a un prérequis et effectivement il y a toute la sensibilisation en amont des problématiques et des enjeux, qui était d'ailleurs un des sujets de la conférence de Laurent Chemla hier, en disant « mais comment on peut convaincre les gens ». Cette Brique ne répond qu'à des personnes déjà convaincues des enjeux. C'est la solution à un problème, mais si on n'a pas identifié le problème, malheureusement, quel est l’intérêt de placer un équipement, même si ça ne consomme rien, ça consomme deux watts ; à côté, votre « machin box », elle en consomme dix fois plus. Créer une complexité dans le sens où voilà, il y a des fils à brancher, il y a au moins deux fils, une alimentation et un accès à un réseau. Ça va aller moins vite. Il faut que les enjeux politiques en amont aient été bien compris pour y trouver de l’intérêt, sinon c'est le fail. Je n'imposerai jamais une Brique à personne. J'aime bien qu'on me demande des Briques parce que ça veut dire qu'il y a une logique intellectuelle derrière et là c'est plutôt cool. M ais sinon, en tant que telle, elle répond à un problème. Il faut que le problème soit clairement intellectuellement compris, assimilé et qu'il pose problème. Oui ?

Public : Bonjour. Moi c'est Diane. J'ai une question un peu dérivée. J'ai un ami qui pousse les choses très loin, qui me dit : « La Brique ça a l'air super, j'ai regardé », il ne peut pas être là ce soir, « mais mon problème c'est le VPN, concrètement je n'ai pas envie que ma banque sache que je paye un VPN ». Comment je peux payer en cash ? Est-ce que quelqu’un aurait un début de réponse ?

Sébastien : Ouais ! J'étais emmerdé pour répondre, mais il y en a un qui a levé la main, ça me convient. Vas-y, lance-toi !

Public : Bonjour. Oui, il y a des bouts de réponses. Les FAI de la Fédération, donc qui sont, potentiellement, en tout cas, des bouts de commencement de solutions, puisque dans l'idée c'est, en tout cas, de commencer par s'appuyer sur les solutions VPN que proposent les FAI de la Fédération. Les FAI de la Fédération acceptent les moyens de paiement qu'ils souhaitent bien, et que donc, tu souhaiteras bien accepter une fois que tu seras impliquée dans ce FAI, et qu'en AG tu auras exprimé la problématique. Je connais personnellement, et je peux en citer au moins un, FAI, qui accepte les paiements en liquide, et où tu peux payer, mettre 50 euros en liquide, puis avoir un compte créditeur, et puis tu as payé pour quelques mois de VPN, et ça s’arrête quand il n'y a plus de sous sur le compte. En l’occurrence c'est Rézine à Grenoble.

Sébastien : Il faudrait se renseigner auprès d'Illico, qui ont des postures politiques entières.

Public : Inaudible.

Sébastien : Ouais. Mais c'est très intéressant parce que c'est un sujet récurrent. Nous, on a eu un adhérent chez LDN, il y a quelques mois, qui est venu en nous disant, alors là, ce n'était pas pour accéder à un service, c'était juste en termes de don, en disant : « Je ne veux pas être , entre guillemets, fiché ». Et donc du coup ce sont des problématiques qui reviennent et qui sont intéressantes.

Public : Juste pour répondre, moi je suis franciliens.net. La même chose on fait partie de la FFDN. Si tu nous payes par chèque, on a un VPN à huit euros par mois. Si tu nous payes un chèque de 80 euros, je ne pense pas que ta banque sache que derrière il y a un VPN, quoi. Ça sera libellé à franciliens.net, point barre, quoi. Tu ne sais pas que ce que tu fais si c'est une adhésion, un fonds de soutien, quoi que ce soit. Voire, si tu veux payer en cash, nous, on peut faire d’intermédiaire. Je pense qu'il n'y a pas de problème.

Sébastien : Oui. Dernière question, parce qu'il y a une conf derrière.

Public : YunoHost est passé en version 2.2, il n'y a pas si longtemps que ça. Quand il y a des soucis de SSOwat ou des applis qui dégagent des users, on gère comment ? Et un petit mot sur YunoHost, peut-être ? Je n'ai pas d'actions chez eux.

Sébastien : Il y a Kload, qui est des développeurs de YunoHost, qui sera plus à même que moi de répondre. Effectivement, actuellement le projet est en alpha bêta et voilà. Il mérite d’être amélioré. Mais sinon, on peut en parler après. Je ne voudrais pas mentir en disant que tout est parfait. Dans les faits, c'est vraiment mon accès à Internet, quasiment quotidien depuis six mois. Donc ça fonctionne, ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas des choses à améliorer. En fait le problème c'est qu'à chaque fois qu'on repère un bug, s'il n'est pas remonté, s'il n'est pas analysé, s'il n'y a pas de participation malheureusement de la victime, on n'améliore pas le produit. Je vous remercie beaucoup.

Applaudissements

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(14/06/2016 @ 17:57)

Revue de presse de l'April pour la semaine 23 de l'année 2016  Voir?

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 23

[ZDNet France] Tim Berners Lee veut s’attaquer à la surveillance du Web

Par la rédaction, le vendredi 10 juin 2016. Extrait:
> Lors d’un sommet tenu à San Francisco, le père fondateur du web a exprimé ses inquiétudes à l’égard de son réseau, devenu aujourd’hui un «outil de surveillance» de la population. Le chercheur appelle a trouver des solutions techniques pour lutter contre ce phénomène.
Lien vers l'article original: http://www.zdnet.fr/actualites/tim-berners-lee-veut-s-attaquer-a-la-surveillance-du-web-39838174.htm

[Le Monde Informatique] Mozilla finance des audits de sécurité de code open source

Par Stephen Lawson, le vendredi 10 juin 2016. Extrait:
> La fondation Mozilla a créé Secure Open Source, un fonds qui va permettre de financer des audits de sécurité de code open source afin d'identifier des bugs de sécurité critiques. Ce dernier fait partie d'une initiative plus globale, Open Source Support, lancée en octobre dernier.
Lien vers l'article original: http://www.lemondeinformatique.fr/actualites/lire-mozilla-finance-des-audits-de-securite-de-code-open-source-65108.html

Et aussi:
[ZDNet France] SOS: Mozilla veut financer les projets critiques de l’Open Source

[consoGlobe] YouChange: une plateforme qui promeut les projets innovants

Par la rédaction, le jeudi 9 juin 2016. Extrait:
> La plateforme YouChange.org se propose d’être la première encyclopédie open-source des projets durables. Les particuliers, les entreprises ou les porteurs de projet peuvent, sur cette plateforme, suivre et proposer des projets innovants et écologiques.
Lien vers l'article original: http://www.consoglobe.com/youchange-plateforme-promeut-projets-innovants-cg

[Libération] Appli alerte attentats: «Il faut que la France respecte les standards internationaux»

Par Camille Gévaudan, le jeudi 9 juin 2016. Extrait:
> Alors que le gouvernement propose une appli pour les alertes aux attentats, Gaël Musquet, hacker et militant du logiciel libre, presse l'Etat d'adopter la diffusion cellulaire, plus efficace et respectueuse de la vie privée.
Lien vers l'article original: http://www.liberation.fr/futurs/2016/06/09/appli-alerte-attentats-il-faut-que-la-france-respecte-les-standards-internationaux_1458385

[Sud Ouest] Informatique: Open Source School arrive à Bordeaux pour pallier la pénurie de candidats

Par Nicolas César, le mercredi 8 juin 2016. Extrait:
> 4 000 emplois restent non pourvus chaque année en France dans les logiciels libres. La première école d’enseignement supérieur et de formation continue dans l’open source a pris mardi 6 juin ses quartiers aux Bassins à flot.
Lien vers l'article original: http://www.sudouest.fr/2016/06/08/informatique-oss-school-arrive-a-bordeaux-pour-pallier-la-penurie-d-emplois-2391609-705.php

[Silicon] Décrire un logiciel par le menu n'est pas saper le droit d'auteur

Par Ariane Beky, le mardi 7 juin 2016. Extrait:
> Faute d’apporter la preuve de l’originalité de son logiciel de gestion d’archives, la société Anaphore qui avait assigné le Conseil général de l’Eure en contrefaçon, n’a pas obtenu gain de cause.
Lien vers l'article original: http://www.silicon.fr/decrire-logiciel-droit-auteur-149416.html

[Next INpact] Parti de Tor, Jacob Appelbaum nie les allégations d'agressions sexuelles

Par Vincent Hermann, le lundi 6 juin 2016. Extrait:
> «Ce sera notre seul et unique communiqué public». Le projet Tor a annoncé samedi que le développeur Jacob Appelbaum était la cible d'allégations d'abus sexuels et qu'un cabinet spécialisé avait été engagé. Dans un tout récent communiqué, le développeur conteste ces accusations.
Lien vers l'article original: http://www.nextinpact.com/news/100139-accuse-dagressions-sexuelles-jacob-appelbaum-quitte-projet-tor.htm

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

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Revue de presse de l'April pour la semaine 23 de l'année 2016  Voir?

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

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[ZDNet France] Tim Berners Lee veut s’attaquer à la surveillance du Web

Par la rédaction, le vendredi 10 juin 2016. Extrait:
> Lors d’un sommet tenu à San Francisco, le père fondateur du web a exprimé ses inquiétudes à l’égard de son réseau, devenu aujourd’hui un «outil de surveillance» de la population. Le chercheur appelle a trouver des solutions techniques pour lutter contre ce phénomène.
Lien vers l'article original: http://www.zdnet.fr/actualites/tim-berners-lee-veut-s-attaquer-a-la-surveillance-du-web-39838174.htm

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> La fondation Mozilla a créé Secure Open Source, un fonds qui va permettre de financer des audits de sécurité de code open source afin d'identifier des bugs de sécurité critiques. Ce dernier fait partie d'une initiative plus globale, Open Source Support, lancée en octobre dernier.
Lien vers l'article original: http://www.lemondeinformatique.fr/actualites/lire-mozilla-finance-des-audits-de-securite-de-code-open-source-65108.html

Et aussi:
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[consoGlobe] YouChange: une plateforme qui promeut les projets innovants

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> La plateforme YouChange.org se propose d’être la première encyclopédie open-source des projets durables. Les particuliers, les entreprises ou les porteurs de projet peuvent, sur cette plateforme, suivre et proposer des projets innovants et écologiques.
Lien vers l'article original: http://www.consoglobe.com/youchange-plateforme-promeut-projets-innovants-cg

[Libération] Appli alerte attentats: «Il faut que la France respecte les standards internationaux»

Par Camille Gévaudan, le jeudi 9 juin 2016. Extrait:
> Alors que le gouvernement propose une appli pour les alertes aux attentats, Gaël Musquet, hacker et militant du logiciel libre, presse l'Etat d'adopter la diffusion cellulaire, plus efficace et respectueuse de la vie privée.
Lien vers l'article original: http://www.liberation.fr/futurs/2016/06/09/appli-alerte-attentats-il-faut-que-la-france-respecte-les-standards-internationaux_1458385

[Sud Ouest] Informatique: Open Source School arrive à Bordeaux pour pallier la pénurie de candidats

Par Nicolas César, le mercredi 8 juin 2016. Extrait:
> 4 000 emplois restent non pourvus chaque année en France dans les logiciels libres. La première école d’enseignement supérieur et de formation continue dans l’open source a pris mardi 6 juin ses quartiers aux Bassins à flot.
Lien vers l'article original: http://www.sudouest.fr/2016/06/08/informatique-oss-school-arrive-a-bordeaux-pour-pallier-la-penurie-d-emplois-2391609-705.php

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Par Ariane Beky, le mardi 7 juin 2016. Extrait:
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> «Ce sera notre seul et unique communiqué public». Le projet Tor a annoncé samedi que le développeur Jacob Appelbaum était la cible d'allégations d'abus sexuels et qu'un cabinet spécialisé avait été engagé. Dans un tout récent communiqué, le développeur conteste ces accusations.
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Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

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Dernière mise à jour : 01/07/2016 @ 11:19

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